- Speaker #0
Bienvenue à À part égale, l'émission du réseau Parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai la chance de recevoir parmi nous Mathilde Marc. Bonjour Mathilde.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Mathilde, vous êtes photographe depuis de longues années. Longtemps, on ne peut pas dire ça comme ça. Mais en tout cas, vous m'avez dit que vous êtes une des rares d'ailleurs femmes à être restée et à être toujours photographe malgré être devenue mère de famille. Est-ce qu'il y a une espèce de... d'invisibilisation à un moment donné dans ce métier ?
- Speaker #1
Oui, après je ne suis pas la seule femme photographe à avoir des enfants, bien sûr. Mais c'est vrai que ce que je voulais vous raconter, c'est qu'en fait il y a eu un constat, des études qui ont été faites, notamment un collectif qui s'appelle La part des femmes, qui, si je ne dis pas de bêtises, a été constitué en 2018. Et en fait, ils ont fait des études vraiment chiffrées pour voir l'évolution. en fait Pourquoi il y avait si peu de femmes photographes en activité ? Et aussi parce qu'il y a beaucoup de diplômés, il y a beaucoup de jeunes femmes qui font des études de photographie dans les écoles prestigieuses comme Arles ou différentes formations. Mais c'est vrai qu'on voit un pourcentage même plus élevé de femmes aux études. Et en fait, au fur et à mesure des années, effectivement, après la trentaine, il y a une grosse chute. On comprend, c'est vrai que... Souvent, c'est un choix qui est fait un petit peu par défaut. Dès qu'il y a un premier enfant, la compatibilité avec l'activité de photographe est souvent compliquée.
- Speaker #0
Dans des filières scientifiques, on dit qu'on ne trouve pas de femmes. Là, dans votre filière, il y avait beaucoup de jeunes femmes étudiantes. Et 30 ans, c'est jeune. Et finalement, qu'est-ce qui explique qu'à un moment donné, parce qu'il y a plein de métiers où les femmes deviennent maman, mère, et ça n'empêche pas. pas, on pourrait se dire que c'est un métier qui permet aussi d'être libre dans son organisation.
- Speaker #1
En fait, photographe, il y a plein de statuts possibles. Il y a être artiste-auteur. Moi, je suis artiste-autrice. On peut être photographe artisan. Je pense aux gens qui sont, par exemple, les photos de mariage. Donc ça, c'est photographe artisan. Il y a photojournaliste. En fait, il y a plusieurs façons d'être photographe. Et c'est vrai que ce qui, aujourd'hui, permet à la plupart des photographes de vivre, c'est quand même tout ce qui est lié à l'événementiel, l'institutionnel. Et souvent, c'est vrai que c'est des missions qui sont données assez tardivement, par exemple, qui ont lieu soit le soir, des cérémonies. Et parfois, on nous prévient assez le jour même. Donc c'est vrai que par rapport à cette flexibilité, c'est vrai que je pense que la plupart de mes... collègues ou des autres photographes trouvent toujours des solutions. Mais c'est vrai que je pense qu'il y a au niveau organisationnel et aussi les a priori qu'on peut avoir sur les femmes photographes qui seraient peut-être moins disponibles d'emblée, moins flexibles, alors que franchement, je pense que c'est...
- Speaker #0
C'est un faux... C'est aussi ce que ça renvoie, ce stéréotype qui inconsciemment, ça veut dire que la femme sur ce métier va être forcément... pas disponibles à ce moment-là. On pense, en tout cas. Et donc, on va moins vous proposer de...
- Speaker #1
Je pense que c'est fort possible. Et puis même dans l'imaginaire, je travaille par exemple pour des festivals de cinéma. C'est vrai que quand on voit, par exemple, pour des gros festivals, c'est quand même plutôt des hommes qui sont là. Et d'ailleurs, on va faire rappeler... Bonjour, j'ai besoin d'un photographe. Enfin, ça va jamais être féminisé, en fait. Donc...
- Speaker #0
Rien que ça. On essaye aussi dans nos... poste de féminiser les titres, parce que quand on dit un directeur, on met systématiquement, on recherche une directrice ou un directeur, et le fait de féminiser, effectivement, ça autorise à y aller, c'est la même chose par rapport à vos métiers.
- Speaker #1
Je dirais que depuis cinq ans, il y a quand même un effort qui est fait de la part même de la presse, de faire plus... Parce que la presse, je pense, dans les rédactions, il y a à peu près autant de femmes que d'hommes, mais c'est vrai que par rapport spécifiquement par exemple, Le métier d'iconographe, c'est un métier plutôt féminin. Mais c'est vrai que jusqu'à il y a encore quelques années, on faisait appel effectivement à un photographe. Et j'ai l'impression quand même que depuis justement ces études, même le ministère de la Culture aussi a essayé de féminiser, enfin de faire des actions en ce sens. Il y a aussi un collectif qui s'appelle les filles de la photo, où en fait c'est plein de métiers. qui sont reliés à l'écosystème de la photographie. Ils font en sorte de faire des lectures de portfolio, des rencontres, de faire aussi en sorte que le réseau fasse sens, parce que c'est des métiers où on est quand même très solitaire. On doit gérer plein de choses seul, à la fois, évidemment, le savoir-faire, mais aussi sa propre communication, son rapport aux réseaux sociaux, comment faire... parler de soi. Et justement, Mathilde, c'est important de se retrouver aussi entre femmes, j'entends ça,
- Speaker #0
cette sororité, d'avoir des espaces de partage, d'expérience, d'entraide aussi.
- Speaker #1
C'est vrai que j'ai quand même plus d'occasion de faire des portraits de femmes. On fait plus appel à moi pour faire des portraits de femmes, alors qu'en soi, je peux faire vraiment... Oui, oui, oui, je pense qu'il y a un lien sur ça. Je pense que c'est vrai que quand on fait appel à moi, c'est vrai que il n'y a plus... Je le constate. C'est vrai que c'est plutôt pour faire des portraits officiels de femmes.
- Speaker #0
D'accord. Et alors, justement, vous avez aussi voulu donner, vous, de la visibilité aux femmes de plus de 50 ans.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
À travers la photo, à travers votre exposition sur les rôles modèles. Ces actrices de plus de 50 ans, vous avez mis vraiment en visibilité une exposition qui avait beaucoup de retombées, etc. D'où ça vous est venu ? Pourquoi ? Pourquoi cette volonté ?
- Speaker #1
Alors, ça remonte un peu, parce que j'ai commencé à m'intéresser à cette question, je dirais, en 2018-2019. J'avais lu plusieurs livres sur ce sujet, des romans aussi. Et il y a le livre « Sorcière, la puissance vaincue des femmes » de Mona Chollet, qui est sortie cette année-là. Et il y avait tout un chapitre qui s'intitulait « Livresse des cimes » , et qui était consacrée justement à... Donc, la femme âgée, en fait, qu'on veut faire disparaître, qu'on veut... Voilà, avec tous les a priori qu'on peut avoir sur une femme qui vieillit. Et donc, voilà, il y avait à la fois cette prise de conscience, ou en tout cas, c'est vrai que c'est un chapitre qui m'a beaucoup interrogée. Et à peu près à la même époque, j'ai assisté à un colloque, enfin, c'est pas vraiment un colloque, mais à une table ronde, sur le thème, en fait, de la disparition de la comédienne de plus de 50 ans. C'est un collectif qui a été mené par Marina Thaumé, qui est comédienne. C'était au sein d'une association qui s'appelle l'AFA, l'Association des Actrices et des Acteurs de France. C'était au départ une réflexion sur comment faire pour que les comédiennes de plus de 50 ans trouvent des rôles. parce que je crois que dans le cinéma Et la fiction, enfin vraiment, les représentations, si je ne dis pas de bêtises, je crois que ça tourne autour de 8 à 9 % de tous les rôles qui sont vraiment tous rôles confondus, que ce soit premier rôle, rôle secondaire ou même tout petit rôle. C'est seulement 8 à 9 % qui sont donnés à des femmes de plus de 50 ans. Donc, du coup, ça fait très peu. Évidemment, on peut avoir des contre-exemples. Il y a Juliette Binoche, on parlait d'Isabelle Huppert. Mais c'est un peu l'arbre qui cache la forêt, parce que concrètement, quand on fait ses études ou on chiffre, c'est très peu. Et donc moi, à l'époque, forcément, ça m'a interpellée, ça m'a interrogée. Je me suis dit, même dans ma propre photographie ou dans ma propre pratique, j'avais peu d'occasion de faire des portraits d'actrices de plus de 50 ans. Et parce que je ne les connaissais pas, parce qu'on ne pensait pas me proposer de ce genre de commandes. commande. Et du coup, ben... Petit à petit, j'ai contacté par Facebook, par Instagram des comédiennes en leur proposant de faire une série sur ce thème de l'âge. Au départ, c'était très délicat. Il faut se rappeler qu'en 2019, c'était un sujet absolument tabou, très touchy. Après, ça a un peu changé ces dernières années. Mais vraiment, je me rappelle que quand je venais avec ce sujet, Sans commanditaire, sans sponsor, sans magazine ou quoi que ce soit derrière, juste moi en tant que photographe, ma démarche, c'est vrai que c'était, j'essayais de faire attention parce que c'était une bonne intention, mais je n'avais pas envie que ça soit ma désertion.
- Speaker #0
Ça va me mettre en visibilité, en pointant mon âge, alors je n'ai pas du tout envie d'en parler. C'est ça, exactement.
- Speaker #1
Et surtout, je pense qu'il y avait aussi une peur que ça soit... Un sujet vu de façon misérabiliste. Moi, j'avais vraiment envie de faire une série où on montre la beauté des femmes, que ce soit aussi de la montrer de façon positive, de montrer leur puissance, tout ce qui peut avoir de positif de vieillir, en fait. Et c'est vrai que ce n'est pas quelque chose qui était évident au départ. Mais en fait, j'ai eu une très bonne réception des actrices. Ça a mis un peu de temps quand même pour les convaincre, parce que justement, il fallait que je fasse mes premières photos, que je prouve un peu.
- Speaker #0
C'était qui la première ?
- Speaker #1
La première ?
- Speaker #0
On va lui rendre honneur. C'est
- Speaker #1
Lili Le Dron, qui est une actrice qui joue beaucoup dans des téléfilms, mais justement, qui a un peu une carrière où elle a commencé à avoir des rôles après 45 ans.
- Speaker #0
Ah oui, donc elle, c'est le contraire. Donc elle est à l'aise avec le sujet, en fait.
- Speaker #1
Et Gigi me disait qu'il y avait un facteur aussi, c'est que par rapport à France Télévisions ou certaines chaînes, on a besoin aussi de montrer une diversité de profils, de femmes. Et Gigi, elle est afro-descendante, et donc c'était aussi montrer une femme noire de plus de 40 ans. Et donc il me semble que c'était aussi un argument pour avoir plus de rôles. Dès le départ, c'était un contre-exemple, c'est-à-dire qu'après 45 ans, elle devenait actrice, alors que la plupart du temps, effectivement, le métier d'actrice, ça commence très très très jeune. Même quand on voit les conservatoires pour les concours et tout ça, je crois qu'on peut postuler jusqu'à 25 ans. Donc tout est poussé quand même pour commencer à embrasser la carrière d'actrice très très jeune. Et donc je trouvais ça chouette de commencer par quelqu'un qui avait commencé justement après 45 ans.
- Speaker #0
Je vais poser une question peut-être. Finalement, ce que vous disiez, c'est à travers France Télévisions et qu'il y avait cette volonté de faire plus de diversité. Et finalement, elle a réussi à être visible parce qu'ils allaient chercher de la diversité. Et quelque part, ça pose aussi la question d'autoriser des choses différentes et d'ouvrir à la diversité, l'égalité, la parité, d'aller chercher plus de femmes. aussi d'aller chercher des diversités, ça demande un effort aussi. Enfin, un effort, ça ne devrait pas, mais en tout cas, d'aller chercher. Et elle a bénéficié de ça, mais ce qui n'empêche pas qu'elle a toutes les qualités et qu'elle aurait pu presque le faire avant.
- Speaker #1
Oui, sûrement. Mais en tout cas, dans mon souvenir, elle m'avait dit que c'était un bon timing.
- Speaker #0
Et ça a ouvert d'autres voies.
- Speaker #1
C'est ça. Après, elle ne peut pas savoir l'avenir. Est-ce que ça va continuer et tout ça ? Mais en tout cas, c'était une chance, contrairement à... justement, parce que comme on était dans des chiffres ou des constats plutôt déprimants, je trouvais ça chouette de me dire que c'est possible. Et voilà, on a besoin d'espoir.
- Speaker #0
Parce que l'agisme, vous le constatez quand même, on sait que ça concerne globalement un peu tout le monde. Ça arrive très tôt, c'est Maïtena Bérabène qui dit... Sans dévoiler, mais elle le dit, qu'elle a 58 ans et qu'elle s'est rendue compte qu'elle était senior, qu'on lui disait qu'elle était senior à 45, alors qu'elle trouve ça horrible, ce mot, moi aussi. Oui, c'est pas très beau. Et qu'à 55 ans, il reste encore plus de 20 ans pour travailler. C'est quand même un peu dur. Est-ce que la giste, ça concerne quand même plus les femmes que les hommes ? Vous, vous l'observez ? Oui, oui,
- Speaker #1
c'est sûr. Après, je pense que les hommes aussi en souffrent. Enfin, je pense que tout le monde, en fait, à un moment donné, on est quand même vachement dans une société. où il y a des catégories comme ça. Genre même, je ne sais pas, je pense la carte SNCF jusqu'à 25-26 ans. On passe après un... En fait, toute notre vie, on est conditionnés à des dates limites. Des dates limites pour les concours, les dates limites pour... Peu importe un peu dans quel domaine on évolue. Moi, je me suis intéressée aux actrices, mais les actrices, en fait, représentent aussi...
- Speaker #0
La société.
- Speaker #1
Voilà, c'est une image dans le qui... dans... dans laquelle les gens se projettent. Et c'est sûr qu'effectivement, ce que Marina Thaumé donnait comme formule, c'est que ce qui n'est pas représenté n'existe pas. Et donc du coup, je trouvais que c'était intéressant de s'intéresser au thème de l'âge à travers les actrices et de trouver des contre-exemples pour donner un peu d'espoir, de se dire, voilà, c'est possible. Et puis si, au niveau de l'image, on peut donner un petit aperçu de montrer des femmes épanouie, belle. Et puis, j'essaie de trouver aussi des exemples vraiment de ce que c'était à partir de 50 ans. J'aurais pu le faire un peu plus tôt, un peu plus tard. Mais voilà, je suis partie sur 50. Après, j'ai photographié pas mal de sexagénaires, en fait. Parce que 50 ans, c'est vrai que c'est un âge un peu fragile, parce que c'est justement cet âge de bascule, où justement, on n'a pas forcément envie de dire qu'on vient d'avoir 50 ans. On a envie de faire peut-être un peu plus jeune encore. Et donc, que... Les jeunes quinquas, quelque part, étaient peut-être un peu plus frileuses.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Tandis que les sexagénaires, bon ben voilà, elles avaient 10 ans, elles avaient 60 ans et donc du coup elles assumaient beaucoup plus. J'ai trouvé beaucoup plus, comment dire, épanouie et beaucoup plus à assumer leur âge.
- Speaker #0
Oui, puis quand on a 60 ans, on peut dire qu'on a plus de 50.
- Speaker #1
Oui. Quand on a 50 ans,
- Speaker #0
on peut dire qu'on a plus de 50. C'est ça. Et vous parlez de date limite, il y a un mot comme ça qui m'est venu, c'est presque une date de péremption à un moment donné. Enfin, c'est assez dur. Il y a beaucoup, il y a Mesdames Média, justement je parlais de Maëtena, il y a Fortes Femmes Association pour les femmes de plus de 50 ans, on voit qu'il y a des choses, il y a de plus en plus d'actrices, vous avez fait aussi cette exposition qui prenne la parole, des actrices sublimes qui n'hésitent pas, et d'ailleurs vous, elles ne sont pas retouchées en vos photos.
- Speaker #1
Non, non.
- Speaker #0
Ça c'était important de vous le dire, elles sont très belles, elles ne sont pas retouchées.
- Speaker #1
parce que la retouche, c'est vraiment une question. Moi, je pense même aux toutes jeunes générations. Parce que... Je vois même que ce soit des ados ou des gens qui ont la vingtaine qui se retouchent déjà par les filtres, par Insta, et qui ne supportent pas le moindre grain de peau. Et en fait, on est dans une société comme ça qui devient de plus en plus aseptisée au niveau de l'image, où quelque part, les images artificielles qui sont générées par l'IA, par la 3D, vont paraître plus humaines que les photos d'humains qui vont être... tellement retouchés que du coup, ils vont ressembler plus à des androïdes que des images qui vont être finalement artificielles. Donc on est dans un point de bascule un peu étrange en fait, entre l'humain qui veut paraître artificiel et les images artificielles qui veulent en fait paraître plus humaines. Donc du coup, on est dans un truc un peu étrange comme ça. Et moi, je me suis dit, bon, avec un bon maquillage, avec de bonnes lumières... une bonne photographe oui merci en tout cas je pense qu'on peut faire quelque chose qui où mon but c'était que les gens voient ces photos en se disant ah j'aimerais bien être comme ça plus tard et ça c'est vrai que ça fait plaisir en fait quoi et justement Mathilde par rapport à Didier avec
- Speaker #0
Lya qui essaye de plus en plus à ressembler des personnages à ressembler à des personnages à la réalité et à viser à contrario notamment des jeunes femmes aussi qui essayent de... tomber dans des normes physiques et avoir recours parfois à des chirurgies esthétiques très jeunes d'ailleurs est ce qu'on va pas finir par tous se ressembler et finalement puis décevoir de diversité j'espère pas j'espère pas honnêtement mais c'est vrai que c'est c'est
- Speaker #1
un peu la tangente quand même enfin c'est ce qui est après ce que je pense que bon actuellement enfin on voit ça aussi dans la mode on voit ça dans pas mal de domaines une quelque chose où on lise tout pour avoir peut-être moins de risques, que ça puisse convenir à un maximum de gens. Et du coup, c'est un peu dommage. Moi, je trouve que j'aime bien les personnalités excentriques. J'aime bien les personnes, justement, qui sortent un peu des normes. Et j'ai toujours été attirée par ça, même depuis toute petite. C'est vrai, les personnalités comme David Bowie ou les, je ne sais pas, Kate Bush. Enfin, les gens qui sortent un petit peu. qui... Et en plus... ces personnalités ont énormément marché ont été connues mondialement et c'est pour ça de vouloir faire quelque chose où on est tous dans le même moule ou avoir ce côté comme ça où tout le monde se ressemble c'est déprimant il faut garder sa singularité c'est la différence, que les gens sont impactants d'ailleurs ah oui oui les personnes que j'ai photographiées en tout cas pour cette série Je pense, je ne sais pas, à Elie Medeiros, qui a eu plusieurs vies, qui a été chanteuse, qui a fait des tubes dans les années 80, qui est maintenant danseuse. Ça, c'est vrai que c'est vraiment des personnes qui m'ont inspirée, que je trouvais super chouette de photographier aussi dans leur majesté.
- Speaker #0
Ah, c'est joli. Du coup, j'ai une petite question aussi qui me traverse esprit, c'est que... Habituellement, et peut-être notamment dans le marketing, la publicité, donc à travers la photo, on parlait de la ménagère de moins de 50 ans. Donc la ménagère, elle avait même moins de 50 ans. On voit que la limite passe après 50 ans, mais finalement, c'est un peu le même sujet, non ?
- Speaker #1
Alors cette terminologie de ménagère de moins de 50 ans, c'est vrai qu'on ne l'entend plus trop.
- Speaker #0
On ne l'entend plus.
- Speaker #1
Parce que je pense que c'était vraiment une cible aussi par rapport à la télévision. Et je pense que peut-être que la télévision, comme elle a un peu descendu... Maintenant, c'est vraiment plutôt les réseaux sociaux ou YouTube. C'est peut-être un âge pivot. Ce que je constate, en tout cas, c'est que la plupart des personnes quinquas que je connais, c'est quand même des personnes qui, maintenant, se connaissent bien. connaissent leurs capacités, ont peut-être aussi, que ce soit professionnel, que ce soit dans les domaines artistiques et humainement, moi je vois quand même des femmes, en tout cas, qui ont une confiance en elles qu'elles n'avaient pas avant et qui sont beaucoup moins soucieuses du regard des autres. Et du coup, il y a une sorte de dichotomie entre cette confiance gagnée et en même temps la société qui renvoie à ce... au problème de l'âge, qui est pourtant pas un problème pour elle. Parce qu'à 50 ans, on est en bonne santé, à moins de ne pas avoir de chance. A priori, on a la capacité de se faire encore... En plus, pour le coup, j'ai rencontré des personnes... Je pense à Arlette Cochounian, qui a 84 ans, Liliane Rover, qui en a 91, 92 ans. Ah oui. et qui... tournent et tout ça, et pour qui c'est vraiment pas un problème, en fait. Après, comme toujours, je suis mesurée, parce qu'il y a cette question de la santé, de la fatigue, et qu'on ne peut pas nier, évidemment. Et on n'est pas tous logés à la même enseigne. Mais par contre, quand même, en fait, tant qu'on n'a pas ce genre de problématique, justement, il ne faut pas qu'on s'en empêche, en fait. Si on a envie de créer, si on a envie de faire des choses, il ne faut pas que l'âge soit un obstacle.
- Speaker #0
Est-ce que 50 ans, ce n'est pas aussi le moment où, en tout cas, l'esprit des gens, il y a la ménopause ? Donc, la femme ne peut plus avoir d'enfant. Et donc, le fait qu'il y ait une fonctionnalité, c'est très moche que je vais dire, mais volontairement, de reproduction, fait qu'à un moment donné, la femme disparaît parce qu'elle n'a plus ce rôle. En tout cas...
- Speaker #1
C'est triste.
- Speaker #0
Je me questionne aussi parce que c'est vrai qu'on l'entend plus chez les femmes. Par exemple, chez les talents aussi, les gens à potentiel, ce critère revient peut-être plus chez des femmes que chez des hommes qui peuvent apprendre des poses de très grande responsabilité, plutôt à cet âge-là d'ailleurs. Et donc finalement, il y a peut-être quelque chose autour du genre qui nous questionne aussi, nous, sur cette différence quelque part.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'avoue que pour cette série, je n'ai pas trop pensé à la ménopause.
- Speaker #0
Mais on est sur un autre niveau.
- Speaker #1
C'était pas vraiment... Mais après, c'est vrai que oui, c'est quelque chose qu'on ne peut pas... C'est un facteur, effectivement, physiologique, où il y a forcément des choses qui se passent. Je suis, par exemple, Elsa Walensky, qui en parle bien. Mais après, c'est pas forcément, effectivement, un sujet qu'on a trop abordé, même si peut-être, oui, il y en a certaines qui l'évoquaient. Mais c'était plus, effectivement, ce fossé où cette... Déception en fait de voir que des gens nous rangent dans des cases suivant notre âge, alors qu'on se sent plein de vie et plein d'envie.
- Speaker #0
Et en général, et vous avez raison, les femmes sont libérées à cet âge-là de beaucoup de choses, de beaucoup d'injonctions et sont très fortes. D'ailleurs, il y a des tribus ou en fait des modèles où les femmes, quand elles arrivent à la ménopause, deviennent chefs de village. Parce qu'elles sont libérées, donc elles peuvent prendre des rêves. Donc c'est intéressant de s'en inspirer. Est-ce que vous, Mathilde, vous qui avez fait une exposition sur les rôles modèles, vous avez un rôle modèle ?
- Speaker #1
Je pense que j'en ai plein. Il y a plein de personnes qui m'inspirent. Et puis, je pense que toutes les femmes de cette série que j'ai rencontrées, quelque part, sont devenues mes rôles modèles. J'ai eu plusieurs titres par rapport à cette série. J'ai mis du temps à trouver mon titre. Au départ, c'était Futur au féminin pluriel. Puis après, je me disais que c'était peut-être un peu trop abstrait ou que ça ne parlait pas forcément. Et rôle modèle, pour moi, c'était parce que vraiment, il y avait cette idée du rôle qu'on ne donne pas aux actrices. En fait, le rôle, effectivement, dans cette série, elle s'empare du rôle. Elles sont au premier plan. Elles sont les héroïnes de la photo. En fait, j'ai essayé de faire mes photos un peu comme des films, en fait, où ça pourrait être une séquence de films, d'un film imaginaire. Et c'est pour ça, oui, je tenais à ce qui est du stylisme, des lumières, qu'il y ait une ambiance, en fait, qu'elle soit vraiment l'héroïne de l'image. Et modèle, ben oui, parce que oui, c'est forcément dans le sens de poser. Et aussi parce que rôle modèle, en fait, c'est un terme sociologique au départ. C'est en fait comment on peut, en montrant, inspirer et donner, en fait, l'exemple en fait que c'est possible en fait donc un rôle modèle ça peut être en fait dans la société ça peut être effectivement montré je sais pas qu'une femme scientifique qui va découvrir des découvertes va être primée va inspirer peut-être des jeunes filles à voilà faire une carrière ou en tout cas faire des études de sciences voilà donc et la barreau le modèle s'est montré voilà C'était des actrices parce que, effectivement, c'était mon fil rouge, mon fil conducteur. Mais au final, j'ai photographié toute une partie de personnes aussi qui se sont mises à écrire, à mettre en scène, qui se sont dit « bon, on ne propose pas de rôle, je vais soit écrire mon propre rôle ou je fais autre chose, mais en tout cas, je suis active en fait » .
- Speaker #0
C'est très intéressant et nous on a des mentors aussi, on fait du mentorat pour les femmes, c'est un peu ça, c'est d'inspirer, d'avoir des rôles, des modèles qui montent dans l'entreprise, les parcours différents et variés que l'on peut avoir et que tout est possible, que l'on soit une femme ou un homme, tant que l'on a toutes les capacités, les compétences, et que tout est possible tout au long de son parcours et c'est très bien. Votre exposition est superbe et j'invite vraiment toutes les spectatrices et spectateurs à venir voir, regarder votre site et découvrir ces femmes magnifiques. Et peut-être de changer le regard, vous aider aussi à changer le regard sur toutes les femmes que nous sommes, diverses.
- Speaker #1
Le message que je pourrais donner, c'est en fait de ne pas avoir peur en tout cas de son âge, enfin en tout cas d'essayer parce que forcément la société va nous... Je ne dirais pas le reprocher, mais en tout cas le signifier. Donc, il faut effectivement tenter de l'assumer, puis de ne pas avoir peur des artistes aussi. Parce que c'est vrai qu'en fait, je pense qu'il y a pas mal d'a priori sur la fonction d'artiste globalement. Je suis photographe, je suis artiste visuel aussi. Et c'est vrai qu'en fait, je pense que l'artiste, il y a malheureusement pas mal d'a priori sur cette fonction, alors que c'est vraiment un statut. Voilà, l'URSSAF, c'est le nom. Voilà, et donc, je pense qu'on est dans une société où, en tout cas, je pense qu'il faut une réconciliation avec les artistes, avec les personnes qui s'exposent et qui ont ce courage-là.
- Speaker #0
Nous, on adore les artistes, il y en a beaucoup. On vous résout par les termes. Une, groupe La Poste, et on pense que tous les mondes ont à s'apprendre, à partager, qu'on arrivera comme ça à faire bouger les lignes à tous les niveaux et que c'est souvent à travers l'art qu'on arrive à...
- Speaker #1
À fédérer, en fait, aussi.
- Speaker #0
à fédérer et à montrer des choses que c'est possible, parce que finalement, ce que vous disiez est très juste, c'est qu'on ne voit pas les choses si on ne les nomme pas, elles n'existent pas.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Merci beaucoup Mathilde.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci, et puis je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouveau numéro d'Appareil GAL. Merci beaucoup Mathilde.
- Speaker #1
Merci.