- Speaker #0
Bienvenue à A Paris Galle, émission du réseau Parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur de recevoir parmi nous Julie Couturier, maître Julie Couturier. Vous êtes présidente du Conseil National des Barreaux, Julie. Vous êtes ancienne bâtonnière de l'Ordre des Avocats du Barreau de Paris. Et d'ailleurs, vous êtes la première à avoir souhaité avoir le nom de bâtonnière.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Et vous êtes la quatrième femme sur...
- Speaker #1
222.
- Speaker #0
Donc c'est pas rien. Et donc, vous êtes avocate. Alors, je vous appelle Julie parce que vous m'avez dit, je pourrais vous appeler évidemment respectueusement Madame la Présidente, mais vous m'avez dit que j'aime bien être, voilà, pas trop de protocole et d'être à l'aise. Donc, je me permets du coup de vous appeler Julie.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Julie, pourquoi ? Pourquoi justement ce choix de raffirmer, de prendre ce nom de bâtonnière ? Vraiment, c'est significatif, donc expliquez-nous. Oui, alors pour tout vous dire, ce n'était pas forcément un choix totalement évident. C'est vrai que mes prédécesseurs se sont fait appeler Madame le bâtonnier.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a eu toute une école tendant à considérer que c'était la fonction qui primait. Et je dois dire, pas de religion véritablement faite sur le sujet. et puis quand j'ai été élue, J'ai reçu pas mal de messages de jeunes femmes disant mais si vous n'y mettez pas vous, on n'y arrivera jamais. Et avec une autre histoire un peu plus humoristique, mais je vous la livre, qui nous vient du Québec, où la féminisation est manifestement plus en avance que nous et où une ancienne bâtonnière du Québec, à qui un français un peu condescendant avait dit mais vous savez chez nous, la bâtonnière c'est la femme du bâtonnier, avait répondu sans se démonter, eh bien chez nous le bâtonnier c'est mon mari.
- Speaker #0
Ah oui c'est pas mal,
- Speaker #1
je sais bien cette histoire. Voilà, et ça a achevé de me convaincre que oui, je pouvais me faire appeler bâtonnière sans que ça heurte trop les uns et les autres. Et maintenant, c'est vrai que c'est pas mal entré dans les mœurs.
- Speaker #0
Oui, ça, c'est vraiment chouette. Et d'ailleurs, vous êtes engagée sur pas mal de sujets. Vous modernisez beaucoup les choses. Vous, comment dire, vous osez un peu chambouler aussi des professions, peut-être avec des choses assez établies. Et notamment, vous avez été engagée, vous l'êtes toujours, contre le harcèlement dans la profession. C'est quelque chose qui vous tient particulièrement à cœur ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. La profession, en réalité, n'échappe pas à ce qui se passe dans le reste de la société. Et donc, elle a été, ces dernières années, percutée par un certain nombre de mouvements, par le changement du rapport du travail auquel on assiste, notamment depuis la Covid. et aussi sur les problématiques de harcèlement, de discrimination. Et c'est vrai que comme on est une profession autorégulée, c'est-à-dire que nous gérons notre propre discipline, c'est vrai qu'on a, je pense pendant longtemps, alors à juste titre dans une certaine mesure, mais pas que, renvoyé l'image aussi peut-être un peu d'un entre-soi et du fait que les institutions de la profession protégeaient entre guillemets un peu les leurs. Et c'est vrai que j'ai eu à cœur, mais je ne suis pas la première, je mérite et entre guillemets on va dire partagé, de vouloir justement peut-être un peu casser cet entre-soi et casser ce sentiment de l'entre-soi. Et c'est vrai que dans notre profession comme dans les autres, il y a pu y avoir un certain nombre de comportements un peu déviants, de patrons un peu abusifs. Et on ne parle pas seulement là de harcèlement sexuel, mais comme c'est une profession qui est très exigeante aussi de comportements un peu compliqués avec les collaborateurs. Et c'est vrai que dans le cadre de mes fonctions disciplinaires, puisque le bâtonnier, c'est aussi celui qui poursuit, qui est le procureur dans les procédures disciplinaires et qui a donc cette opportunité des poursuites. C'est vrai que j'ai mené, entre guillemets, une politique disciplinaire que nous avons voulu... avec un peu une tolérance zéro sur ces comportements-là qui aujourd'hui ne sont clairement plus admissibles.
- Speaker #0
Oui, avec une exemplarité aussi à donner, à montrer à votre niveau, j'imagine. Est-ce que c'est plus difficile d'être une femme aussi dans ce milieu ? Finalement, j'entends un peu... Il n'y a pas que le harcèlement sexuel, vous le dites, mais c'est une profession qui est assez féminisée et malgré tout, il y a encore un peu le plafond vert, non Julie ?
- Speaker #1
Il y a clairement le plafond de verre en ce sens que oui, la profession est très féminisée. Je crois qu'aujourd'hui, les derniers chiffres, c'est qu'on est 64% de femmes dans la profession, ce qui est quand même évidemment un chiffre assez impressionnant. Et en même temps, comme souvent, les femmes ont plus de mal à accéder aux postes de responsabilité, à être associées dans les cabinets importants. La maternité, hélas, reste un frein important. Et ça rejoint ce que je vous disais tout à l'heure sur le changement aussi du rapport au travail. c'est que La plus grande aspiration des jeunes avocats et des jeunes avocates à une meilleure conciliation entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle conduit aussi pas mal de jeunes avocates, hélas, à quitter la profession au bout de quelques années, 5, 8, 10 ans, pour aller plutôt en entreprise, considérant que l'exercice libéral est difficilement compatible avec une vie de famille.
- Speaker #0
Vous pensez qu'on peut arriver à changer les choses, à un peu transformer ? Le métier a trouvé cet équilibre où fondamentalement, c'est quand même très compliqué, comme nous, dans nos métiers, d'ailleurs, de prod ou de... Voilà, on parle de...
- Speaker #1
Oui, alors, bon, comme je suis une incorrigible optimiste, je pense que oui, c'est-à-dire qu'il faut aussi, mais c'est des changements culturels relativement lents, c'est-à-dire qu'il faut évidemment trouver le juste équilibre et, j'allais dire, réconcilier les générations, parce que c'est vrai aussi qu'on a aussi cette génération plus expérimentée. montée d'avocats qui considèrent qu'il faut, entre guillemets, souffrir et que c'est comme ça, et que c'est le nerf de la guerre. Et puis les plus jeunes qui aspirent à cette meilleure conciliation entre vie pro et vie perso. Donc il faut arriver à réconcilier tout le monde, à considérer que les jeunes ne sont pas des jeunes cons et les vieux ne sont pas des vieux cons. Pardon,
- Speaker #0
de toute façon,
- Speaker #1
il y a sans doute une vérité au milieu et il faut effectivement s'écouter. sur ces sujets-là, même si on est dans une période de cycle et où on nous dit que les jeunes veulent travailler autrement, ce qui est une aspiration bien légitime, même s'il ne faut évidemment pas oublier qu'on est une profession libérale et que le travail et la force de travail, ça reste néanmoins quand même le nerf de la guerre, mais peut-être aménagé autrement et dans un vrai respect, justement, de l'essence libérale de la profession.
- Speaker #0
Vous parlez des jeunes, je crois que ça vous tient à cœur, tout ce qui est autour de l'éducation aussi, de la sensibilisation des plus jeunes, vous menez pas mal d'actions ?
- Speaker #1
Oui, alors là c'est plus le regard vers la société civile, c'est vrai qu'on a un vrai enjeu de connaissance du droit, en réalité le droit c'est la règle du jeu de la vie en société, et malheureusement elle est assez mal connue, cette règle du jeu, et c'est vrai qu'on est dans un moment un peu inquiétant avec une remise en question de l'état de droit. Voilà, l'état de droit, ça repose sur trois principes. Je les rappelle parce que quand on fait des études, on sait qu'il y a 2% des Français qui savent véritablement ce que c'est que l'état de droit, à quoi ça se rattache. Donc, ce n'est pas un acquis et donc il faut en effet le rappeler. L'état de droit, ça repose en fait sur trois piliers que sont l'égalité devant la loi, la hiérarchie des normes et la séparation des pouvoirs. Et je pense que c'est important de rappeler ça et de rappeler que donc cet État de droit, il est sacré et intangible, contrairement à ce qu'on a pu entendre, là où l'État du droit, lui, évidemment, a vocation à évoluer. Et c'est ce que fait le Parlement tous les jours, ce que font les ministères tous les jours.
- Speaker #0
Et donc justement, Julie, vous parlez d'égalité, c'est quelque chose qui est important. Et on parle encore d'égalité entre les femmes et les hommes. Et il y a des personnes, même, on entend parfois qu'ils sont... même s'ils ne disent pas si ouvertement que ça, complètement d'accord avec ce sujet d'égalité, notamment professionnelle. Ça ne devrait même pas être une question, finalement, non ?
- Speaker #1
Ah non, ça ne doit clairement pas être une question. Il ne s'agit pas d'être féministe radical. De toute façon, le féminisme, ce n'est pas autre chose que d'être en faveur de l'égalité des droits. Donc, on ne peut pas ne pas être en faveur de cette égalité des droits. Mais c'est vrai que ça reste effectivement encore un sujet et qu'on observe encore dans un certain nombre de cabinets. Qu'à compétence égale, les rémunérations ne le sont pas forcément. Ça a été théorisé d'une façon intéressante et que je vous invite à voir. par mon amie Caroline Vigneault, qui est une ex-avocate devenue comédienne et... Et qui fait une correspondance assez intéressante sur ce sujet, en témoignant de sa propre expérience lorsqu'elle était avocate.
- Speaker #0
Bien sûr, et c'est vrai que pour le coup, là, quand on peut dire à compétence égale, quand on sort des études, je le dis tout le temps, mais au moins, c'est là où on a un comparatif. Souvent, les femmes ont des très bons niveaux, mais sont embauchées à des rémunérations inférieures ou à des postes inférieurs aussi. Donc, il y a encore du chemin, même si ça ne devrait plus être un sujet. On parlait des jeunes. Je crois même que vous avez fait un compte TikTok pour le barreau de... de Paris en 2023 pour aller les chercher ? Vous modernisez vraiment l'image ? En fait,
- Speaker #1
c'est ce que je vous disais sur la question de l'état de droit et donc de l'éducation au droit. C'est-à-dire qu'en réalité, je pense que c'est vraiment très important de faire comprendre à nos concitoyens que contrairement à la petite musique qu'on a un peu tendance à entendre en ce moment, le droit n'est pas un obstacle à la souveraineté du peuple, bien au concitoyen. Au contraire, le droit, encore une fois, c'est un cadre, c'est encore une fois la règle du jeu de la vie en société. Et c'est vrai que nos plus jeunes concitoyens doivent, à mon sens, le mesurer. Donc, c'est vrai qu'on développe un certain nombre d'actions, d'éducation au droit. Je pense par exemple à la journée du droit dans les collèges qui a lieu une fois par an, où des avocats vont dans les collèges et les lycées pour dispenser aux élèves. un certain nombre de principes. Alors, on thématise en général. Cette année, c'était la liberté d'expression. Et je pense que c'était particulièrement parlant pour eux parce qu'on leur explique, eux qui sont sur les réseaux sociaux en permanence, ce qu'ils ont le droit de faire, ce qu'ils n'ont pas le droit de faire, que la liberté d'expression, c'est évidemment un grand principe, mais qu'il n'est pas sans limite. De toute façon, il n'y a pas de grand principe sans limite. Et donc, respect de la vie privée, incitation à la haine ou... propos discriminatoires. Donc, toutes ces notions du droit et de ses limites, de l'équilibre que constitue le droit, qui sont des notions intéressantes. Oui,
- Speaker #0
ça, c'est très important. Et notamment, est-ce que vous ne pensez pas qu'avec tous ces réseaux, beaucoup de jeunes, mais pas que d'ailleurs, vont chercher de l'information qui souvent est biaisée, parce qu'à force d'aller chercher de l'information, ces algorithmes vous envoient toutes les mêmes informations, finalement. Et qu'à ce risque de dérive et de se dire finalement, par nous-mêmes, on a accès à tout, on n'a pas besoin de personnes érudites sur le sujet. Je pense qu'en fait,
- Speaker #1
ils les subissent, c'est-à-dire qu'ils ne vont pas forcément les chercher, qu'ils les subissent. Et que donc, il faut, nous, qu'on aille précisément les chercher avec de la vraie information pour essayer de lutter contre la désinformation. D'où, en effet, l'idée d'un compte TikTok pour faire tout simplement de la pédagogie sur le droit et sur les grands principes du droit.
- Speaker #0
Eh oui. Il faut aller les chercher sur leur terrain, j'ai envie de dire. Alors, vous l'avez abordé un peu, j'avais une question sur justement comment on arrive un peu à gérer cet équilibre vie pro-vie perso. Vous, vous y arrivez ? Avec tout ce que vous faites ?
- Speaker #1
Oui, j'y arrive, mais c'est vrai que ce sont des fonctions qui sont en même temps très chronophages, mais très passionnantes. C'est un extraordinaire privilège. d'être à la tête du barreau français. D'abord, j'aime les avocats, c'est un peu la raison aussi pour laquelle j'ai accepté, enfin j'ai pris ces fonctions. Donc moi, ça me passionne beaucoup d'aller rencontrer mes confrères partout en France, aussi à l'international, pour voir un peu quelles sont les pratiques, quelles sont les attentes, ce que nous, institution, on peut faire pour leur rendre service, puisque c'est quand même notre rôle, c'est de les représenter. vis-à-vis des pouvoirs publics, et donc d'aller prendre un peu le pouce, c'est passionnant. Et puis c'est aussi une relation privilégiée, justement, avec les pouvoirs publics, c'est de la négociation, c'est venir défendre en effet un certain nombre d'oppositions, prendre part au débat public, se battre en effet pour la défense de l'État de droit, pour l'éducation aux droits, qui sont en effet des thèmes qui me tiennent à cœur.
- Speaker #0
Et vous avez notamment des partis pris aussi de l'influence au niveau international, vous le dites, ce qu'on sait un peu moins.
- Speaker #1
Oui, alors on a une politique internationale qui est, j'allais dire, un peu sur deux jambes. C'est-à-dire qu'on est très préoccupé notamment par toutes les questions tout simplement de développement du droit continental. C'est-à-dire qu'on a aussi un enjeu d'influence, l'influence par le droit. Ça fait aussi partie de la politique des ministères français. Il y a toute une stratégie d'influence par le droit qui a été développée par le ministère des Affaires étrangères et par le ministère de la Justice depuis quelques années. on y prend effectivement notre part parce que l'influence du pays, elle passe aussi par la langue, elle passe aussi par le système juridique et ce système de droit continental qui n'est pas le même que le système de common law. Donc on a cet aspect, si je puis dire, pour caricaturer un peu, mais peut-être plus business. Et puis d'un autre côté, on a notre jambe, entre guillemets, plutôt liberté fondamentale, droit de l'homme. Et c'est vrai qu'on est au soutien de tous les avocats en danger dans le monde et de respect aussi du droit international. la mobilisation des gens de droit et des gens de justice est particulièrement important et c'est la raison pour laquelle on se mobilise
- Speaker #0
Vous pensez qu'il y a même un il faut continuer de se battre et qu'on peut avoir un risque même en France de dérive qu'il faut réaffirmer Il faut sans cesse réaffirmer on est à l'abri de rien,
- Speaker #1
jamais c'est pour ça que je rappelais les piliers de l'état de droit, je pense notamment à la hiérarchie des normes, c'est-à-dire accepter Merci. notamment qu'un certain nombre de textes européens aient valeur supérieure à notre droit français, parce que c'est en effet le socle commun sur lequel, après la Deuxième Guerre mondiale, les pays de l'Union et même au-delà, les pays du Conseil de l'Europe, se sont mis d'accord. C'est-à-dire qu'effectivement, ces textes-là sont le fondement de notre vie commune. et ce sur quoi on s'est mis d'accord pour vivre en paix. Donc oui, je pense qu'effectivement, on n'est jamais à l'abri et que ce qui semblait acquis aujourd'hui ne l'est plus. On voit par exemple, pour les domaines qui nous concernent, énormément d'attaques contre l'institution judiciaire par exemple. Et ça, c'est vrai que ça nous paraît particulièrement dangereux.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Il faut rester vigilant et agir. Nous, on essaye aussi à notre niveau, avec d'autres... postes européennes à agir, à ouvrir, parce qu'évidemment, on a 230 000 personnes, on est partout en France, mais on a aussi 45% de nos chiffres d'affaires d'ailleurs à l'international, et on a des filiales à l'international, donc on réaffirme, on essaye comme ça de réaffirmer aussi nos valeurs fondamentales, et je crois que les entreprises ont aussi un rôle à jouer. Vous avez le sens de la justice de l'humain, vous aimez la profession, vous aimez les hommes et les femmes de cette profession, vous aimez les hommes et les femmes, je crois aussi, en tout cas, on le sent. Est-ce que vous auriez pu, j'ai peut-être vous posé une question un peu, défendre des causes auxquelles vous ne croyez pas ou des personnes qui ne seraient pas d'accord avec vos valeurs ?
- Speaker #1
Alors, il se trouve que moi, je ne suis pas du tout pénaliste. D'accord. Et que cette question se pose essentiellement quand on exerce le droit pénal. Moi, c'est vrai que je n'exerce pas dans cette matière, mais je crois fondamentalement au fait que tout le monde a droit à une défense. C'est-à-dire que je pense que l'humain... à cette capacité de rédemption, si on peut dire, même si je n'aime pas utiliser un terme à connotation religieuse, mais je pense qu'en effet, si on n'a plus d'espoir en l'homme, j'allais dire, on raccroche. C'est vrai que moi, je suis très fondamentalement attachée à ce principe de la défense, et dans nos combats aussi, il y a celui... contre l'amalgame qui est souvent fait entre l'avocat et son client. C'est-à-dire que défendre un client n'est pas adhérer à la thèse du client. Ça, c'est quelque chose auquel il faut faire très attention. C'est une question qu'on entend souvent. Mais dans un état de droit, le fait qu'effectivement toute personne, quoi qu'elle ait fait, puisse être défendue, et encore une fois, il y a plein de façons de défendre, et défendre, encore une fois, n'est pas forcément adhérer. Ça peut être expliquer un passage à l'acte. expliqués dans l'histoire de l'auteur. Il peut y avoir des façons de défendre qui soient respectueuses des victimes quand il y en a et qui ne sont pas, encore une fois, une adhésion à la thèse de l'auteur. Mais cette défense, elle est évidemment absolument essentielle et il est très indispensable qu'elle soit libre.
- Speaker #0
Bien sûr. Il me semble qu'il y a quelques années, en tout cas, j'ai lu quelque chose. Vous posiez la question, en tout cas, sur les quotas. Il y a beaucoup de femmes dans votre profession, mais vous étiez plutôt pour arriver à l'adhésion. Est-ce que vous pensez que ça suffit ou que les quotas, finalement, sont un passage un peu nécessaire pour l'égalité, la parité ? Dans les plus petits barreaux, c'est vrai qu'on a un peu plus de mal à trouver des candidats et des candidates. Et c'est vrai que les femmes,
- Speaker #1
contre toute attente, s'y mettent plus qu'à Paris. Voilà, et c'est vrai que d'ailleurs ça a donné lieu à tout un débat sur le fait de savoir s'il fallait qu'on continue cette élection en binôme attaché, ou s'il fallait faire deux collèges, un collège homme, un collège femme, parce qu'en réalité, autant à Paris les hommes se présentent plus, autant en province les femmes se présentent plus. C'est assez étonnant.
- Speaker #0
Donc finalement on va aussi chercher des talents féminins, parce qu'il y a des hommes qui s'engagent moins ?
- Speaker #1
Oui, oui, oui, dans une certaine mesure, oui. Et puis, je pense qu'il y a aussi un sens du devoir, un sens de l'autre, peut-être plus féminin, même si je n'aime pas ce genre de généralisation.
- Speaker #0
Mais de par notre éducation aussi, de pas mal de stéréotypes de biais que l'on a. Exactement. C'est ce qu'on constate malgré tout. Vous avez raison. Et comment vous expliquez justement le fait que les hommes s'engagent un peu moins dans ces professions et notamment en province, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui. Sincèrement, je ne sais pas véritablement l'analyser, si ce n'est encore une fois que c'est un effet induit de ce changement du rapport au travail aussi.
- Speaker #0
Oui, d'accord. Je comprends. Donc moins de jeunes, peut-être les jeunes générations vont sur d'autres choses. Julie, il y a une révolution aussi que l'on vit actuellement autour de l'intelligence artificielle. Il y a aussi des enjeux parce qu'il y a beaucoup d'hommes qui travaillent sur ces sujets-là et on sait que... Voilà, on a de moins en moins de femmes, donc c'est biaisé. Quels sont, vous, vos constats par rapport à ce sujet, et notamment en termes de droits et des craintes, ou pas, d'ailleurs, autour du sujet de l'intelligence artificielle ?
- Speaker #1
Alors, nous, c'est nos constats, mais c'est aussi surtout nos actions, parce qu'en réalité, quand moi, j'ai pris mes fonctions début 2024, on est donc une mandature qui est très marquée. par cette révolution de l'intelligence artificielle, dont j'ai beaucoup dit au début de la mandature que c'était l'éléphant au milieu de la pièce. Parce qu'en termes de transformation de notre profession, c'est vrai que c'est une vraie révolution et on fait partie des métiers à risque, si je puis dire, comme des journalistes, comme un certain nombre de professions, dans lesquelles cette intelligence artificielle va être vraiment une grande transformation. Donc nous, dans notre rôle d'institution représentative de la profession d'avocat, Notre boulot, notre devoir, c'est vraiment d'accompagner nos confrères sur ce chemin de l'intelligence artificielle. Et nous, Instance Nationale, on le fait de façon complémentaire avec les ordres d'avocats qui peuvent fournir un certain nombre de services à leurs avocats, à leurs administrés si je puis dire. Mais nous, c'est vrai qu'on l'a envisagé sous différents angles parce qu'effectivement, on a des sujets notamment déontologiques. On est, par exemple, nous très attachés à notre secret professionnel. à la confidentialité des échanges. Donc, dans nos devoirs, il y a le fait de rappeler à nos confrères et notamment à nos plus jeunes confrères qu'ils ne peuvent pas mettre n'importe quoi dans la machine et que notamment, ils ne peuvent pas mettre les données de leurs clients et des données confidentielles dans la machine pour pondre un document, une consultation, des conclusions ou quoi que ce soit. Donc, on a tout un tas d'enjeux déontologiques très importants. On a un enjeu de formation et ça aussi, c'est notre rôle d'instance professionnelle. puisque c'est nous qui assurons la formation, qui définissons les programmes de formation. Donc évidemment, prendre en compte cette formation nouvelle à l'intelligence artificielle, c'est ce qu'on a fait en faisant un partenariat avec un éditeur juridique. On a aussi un enjeu de souveraineté, c'est-à-dire que là aussi, compte tenu de la prégnance du droit anglo-saxon. Et alors que 99% des algorithmes sont entraînés en anglais, on a un sujet de souveraineté juridique et de souveraineté... Voilà, donc on essaye de contribuer à l'émergence d'une IA souveraine et européenne, avec effectivement une prégnance du droit continental et de la défense effectivement de notre modèle. Et puis on a fait faire une étude très intéressante, on a travaillé sur cette étude avec ViaVoice, justement pour voir comment ça allait transformer. le métier et commencer à les transformer la relation avec le client. Parce que la crainte est un peu celle du grand remplacement. Tout le monde dit, mais les avocats, demain, on n'a pas besoin de vous parce que n'importe qui, on regarde sur Internet, sur n'importe quel, je ne citerai pas, outil d'intelligence artificielle, mais vous mettez votre problématique juridique et vous avez la consultation qui sort, etc. Et en réalité, ce dont on s'aperçoit, c'est qu'on n'en est pas du tout au grand remplacement, mais qu'en revanche, nos tâches se transforment, qu'on passe de tâches de production intellectuelle pur. à des tâches de vérification, de validation, parce qu'il y a encore beaucoup d'hallucinations, des jurisprudences fausses qui sortent, ce qui entraîne d'ailleurs des sujets de responsabilité. Et ce dont on s'aperçoit, c'est qu'en fait les clients sont beaucoup plus avertis qu'ils ne l'étaient, parce qu'eux-mêmes ont accès en réalité aux mêmes outils, mais en revanche ils restent très attachés au conseil stratégique de l'avocat. Et l'avocat ça va l'obliger aussi à être un meilleur juriste parce qu'il va devoir challenger l'IA. Et donc ça implique d'avoir quand même encore une formation très solide pour pouvoir exercer son esprit critique sur la production de l'IA. C'est très résumé parce qu'on a évidemment mille problématiques autour de ça, mais c'est vraiment un sujet qu'on a pris à bras-le-corps sous cette mandature pour accompagner nos confrères dans tous ces aspects. Et pour qu'il n'y ait pas de fracture numérique, c'est vraiment notre grande préoccupation, c'est qu'il ne puisse pas y avoir de fracture numérique entre ceux qui ont le moyen de s'offrir les outils. et ceux qui n'ont pas les moyens.
- Speaker #0
C'est un gros sujet, nous c'est pareil, on est en train d'essayer de tout s'y mettre, parce que de toute façon ça a chamboulé à peu près tous les métiers, et il ne faut pas passer à côté, il faut savoir, bien je disais, mais effectivement on aura encore besoin d'hommes et de femmes a priori. Julie, est-ce que vous avez, je pose souvent cette question, vous un rôle modèle, quelqu'un qui vous inspire ?
- Speaker #1
Oh, le premier nom qui me vient, mais parce que... Il y a évidemment Gisèle Halimi. Il se trouve que je fais partie du jury du prix littéraire Gisèle Halimi, qui est un joli prix qui récompense des romans sur les combats des femmes. Et c'est vrai qu'elle a eu cette capacité, comme d'autres avocats d'ailleurs, femmes ou hommes. C'était aussi le cas de Robert Badinter qui a fait... avancer le droit grâce à ces dossiers, c'est-à-dire de se servir en réalité de ce métier d'avocat, de ce beau métier d'avocat, pour faire évoluer le droit. Ça peut aussi être le rôle des avocats. Gisèle Halimi, avec le procès de Bobigny, dénonce l'indignité des conditions dans lesquelles les femmes recourent à l'avortement, qui est à l'époque illégal, et fait avancer le droit de cette façon-là. relayé ensuite par Simone Veil dans les conditions qu'on connaît, comme Robert Badinter, au moment du procès Patrick Henry, fait en réalité le procès de la peine de mort, et ça aboutit ensuite à l'abolition. Donc voilà, c'est aussi le lien entre, j'allais dire, celui qui fait la loi, celui qui l'applique, et celui qui l'utilise pour défendre. Ces liens-là sont intéressants. Et donc, oui, Gisèle Halimi était en effet sans doute... Et à l'époque où c'était vraiment moins facile d'être une femme, a été évidemment, je pense, un exemple et un modèle pour beaucoup de femmes.
- Speaker #0
D'ailleurs, vous vous êtes engagée, vous, pour que l'appartement soit dans la Constitution. Bien sûr.
- Speaker #1
On a pris position. et ça a été une grande émotion d'assister le 8 mars 2025 à cette à cet avènement de l'avortement de la Constitution,
- Speaker #0
bien sûr, se battre. Est-ce que vous avez des conseils à donner à des femmes qui nous écouteraient, mais aussi à des hommes d'ailleurs, sur Oser ? Parce que vous, finalement, vous avez quand même... Vous étiez au-delà des plafonds verts, souvent. Qu'est-ce qui vous anime ? On voit qu'il y a le sens, mais est-ce que vous avez douté parfois ? Est-ce que vous avez des conseils ? Je ne suis que doute, alors c'est difficile. Je continue à n'être que doute,
- Speaker #1
en fait. Voilà, et moi, j'ai beaucoup douté. Alors, moi, je dois quand même reconnaître et lui rendre hommage. C'est que moi, j'ai été un peu aidée par un homme, qui est le mien, qui m'a beaucoup poussée. parce que c'est vrai que... j'ai eu la chance d'avoir quelqu'un à mes côtés qui ne prenait pas en brage et pour lequel manifestement l'admiration est une forme de moteur donc c'est vrai que je pense que s'il n'avait pas été là peut-être que je ne me serais pas poussée comme je l'ai fait donc oui, moi j'ai toujours douté parce que je pense que ça pour le coup c'est aussi un peu féminin d'avoir un peu plus que d'autres le sein d'un de la poster qui ne se dément jamais. En même temps, je pense que le doute est aussi un moteur. Et que c'est très très bien. En même temps, je remettrai ça en cause pour rien au monde. C'est que le doute, ça oblige aussi à se poser des questions de est-ce qu'on est dans le chemin juste ou pas.
- Speaker #0
Julie, j'ai une petite remarque. Je vais faire ma québécoise comme la dame qui me dit vous avez parlé de confrères.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
des consoeurs et des confrères. Alors je vous confère, c'est consoeur. C'est consoeur. Vous avez un mot à rajouter ou quelque chose, un message que vous voulez faire passer ?
- Speaker #1
Non, si ce n'est que... Non mais enfin, en réalité sur les conseils, moi je n'ai pas de conseils à donner. Un message ? Voilà, non mais surtout, d'abord c'est rester soi-même dans toute la mesure du possible et continuer à se battre pour ce en quoi on croit. Voilà, et c'est vrai que... dans cette fonction qui est aujourd'hui la mienne. Je pense que notre combat essentiel, c'est celui des libertés et de l'État de droit, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Très beau mot de la fin, je n'irai pas plus loin. Je vous remercie beaucoup Julie.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Bravo, c'était passionnant. Merci vraiment pour cet échange.
- Speaker #1
Merci à vous.
- Speaker #0
Et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Aparigal. Merci Julie.