- Speaker #0
Bienvenue à l'émission À part égale, l'émission du réseau parité 1-1 du groupe La Poste. Aujourd'hui, j'ai le grand honneur de recevoir parmi nous Nora Lakeal. Bonjour Nora.
- Speaker #1
Bonjour Aurore.
- Speaker #0
Nora, vous êtes ancienne membre des renseignements généraux. Vous êtes spécialisée dans l'antiterrorisme djihadiste, rien que ça, conférencière et autrice. Nora, vous êtes née à Montreuil et rien ne vous prédestinait a priori à faire votre carrière. dans les forces spéciales. Racontez-nous un peu ce qui a été déclencheur.
- Speaker #1
C'est une longue histoire que je vais essayer de résumer. Globalement, moi, je ne me destinais pas du tout à rentrer dans la police. Je voulais être professeure de philosophie. Donc, dès mes 18 ans, le bac en poche, je me suis inscrite à la Sorbonne parien, tranquillement. Et parallèlement à ça, j'ai fait des cours de boxe, boxe française. Et j'ai découvert... au cours des années de pratique, que mes professeurs, mes moniteurs, étaient des policiers. Et à partir de là, on a commencé à échanger sur le métier. Et je ne sais pas comment ils ont réussi, mais ils ont réussi à me donner envie d'être policière. Donc à partir de là, j'ai changé de voie, j'ai passé le concours. J'ai réussi, donc c'était en 98. Et après un an de formation, me voilà arrivée sur Paris. Paris, 20e arrondissement. Donc, police-secours, j'étais très bien, vraiment. Pour moi, c'était le métier qu'il me fallait. C'était un métier dans lequel j'allais être au service des autres. Être utile tous les jours, c'est ce que... Ça vous anime ? Complètement, complètement. Donc, moi, pour moi, j'étais au climax. J'avais vraiment réussi ma vie. Ensuite, j'ai passé des, comment dire, des sortes de tests pour entrer dans une brigade anticriminalité sur le 20e arrondissement qui s'appelait le GSI. Et en fait, ce qui a changé ma vie, c'est vraiment le 11 septembre 2001. Donc là, vraiment, tout le monde a pris conscience de la menace du terrorisme islamiste dans le monde. Et les renseignements français ont décidé de revoir un peu leur manière d'aller chercher l'information. Et c'est là où ils se sont dit que ce serait pas mal d'avoir une femme, puisqu'il n'y avait pas de femme. Ah oui, c'est ça.
- Speaker #0
Vous êtes la première. Vous étiez la première femme.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et dans un milieu avec des hommes, est-ce que ça a été facile pour vous ? Vous avez vraiment senti des différences de traitement du fait de votre genre ?
- Speaker #1
Disons que le premier frein, on va dire, que j'ai vécu, c'est le frein que je mettais moi-même. Parce qu'en fait, je pense que culturellement et socialement, je ne pouvais pas me projeter dans un métier pareil. Donc moi, j'avais... Parce qu'en fait, j'ai vu que des James Bond. Les James Bond, c'était des hommes. Et leur amuse-bouche, c'était des femmes. Ce n'étaient pas elles les héroïnes. Donc jamais je ne me suis projetée pour devenir une espionne au service de la France. Donc déjà, il y a ça. Et puis le fait aussi que mes parents ne m'ont jamais encouragée à devenir policière parce que c'est un métier d'homme. Donc tout ça cumulé. Moi-même, je me suis mise à un frein. Je me suis dit, j'ai réfléchi quand même avant de dire oui. J'ai mis du temps. La première fois où on est venu me voir, je n'y ai pas cru. Et justement, parce que je suis conditionnée, ou j'étais conditionnée par cette image-là, quand la personne est venue pour me recruter, sincèrement, j'ai cru qu'elle me demandait un rencard, en fait.
- Speaker #0
Ah, c'est rigolo. Ah oui,
- Speaker #1
mais c'est réel. Pour dire à quel point on a des biais qui nous enferment dans une certaine image de nous-mêmes. Donc, la première personne qui n'y croyait pas, c'était moi.
- Speaker #0
C'est ça, c'est intéressant. C'est les biais que nous-mêmes nous mettons en tant que femmes, de par notre éducation, etc.
- Speaker #1
Tout à fait.
- Speaker #0
Mais vous y êtes quand même allée.
- Speaker #1
J'y suis allée parce qu'en fait, il y a deux choses. D'abord, j'adore le challenge. Donc, ça peut être bien comme pas bien parfois, mais j'aime bien toujours me transcender. Je pense que j'ai pris ça de la philosophie, se dépasser. être en capacité de faire des choses plus grandes que vous-même. Et ça, moi, j'ai toujours été comme ça.
- Speaker #0
Sauf qu'en philosophie, c'est intellectuel. Là, vous allez jusqu'à transformer l'essai de la pensée.
- Speaker #1
Exactement. J'ai décidé, en fait, un peu... On peut dire que la philosophie, c'est intellectuel, mais aussi, parfois, ça mêle aussi le réel et le concret. Moi, j'étais fan d'Emmanuel Kant. Et en fait, toute cette... théorie, en fait, était toujours projetée sur la réalité. être plus grand que soi, dans le rapport au monde et dans le rapport avec les autres. Donc voilà, j'avais ça en moi. Ajouter à cela le fait que c'était une belle mission pour moi, parce que moi qui suis musulmane, je voyais toutes ces personnes qui dévoyaient ma religion et je me dis mais alors quel panache de savoir que c'est une femme musulmane qui va lutter contre le terrorisme islamiste. Je trouvais ça quand même super. Je pense que j'ai senti que j'étais à ma place. Jusqu'au moment où j'ai intégré le groupe et où là, tout de suite, comme je n'étais pas vraiment attendue, on est envahi par le syndrome de l'imposteur. C'est-à-dire, pourquoi on m'a pris ?
- Speaker #0
Vous êtes envahi vous-même par le syndrome de l'imposteur ? Vous avez senti des regards qui vous ont fait penser que vous étiez...
- Speaker #1
La bascule arrive très vite. C'est-à-dire qu'on est toujours complexe, on n'est pas simple. Et donc, à partir de là, je peux être muée d'une grande envie de faire et de me réaliser. Et ensuite, au bout de deux, trois réflexions ou de manières de faire ou de regards qui sont hostiles, perdre foi en moi et en ce que je dois faire. Donc, ça a été très compliqué.
- Speaker #0
Et comment vous avez fait pour aller au-delà ? Parce que certaines auraient lâché l'affaire.
- Speaker #1
Alors, moi, en fait, j'ai... À peine je suis arrivée, dix jours plus tard, j'étais déjà en mission. Donc, il était hors de question de quitter la mission, puisque j'avais déjà tous les éléments. Je savais qui on allait suivre et je savais quelles étaient ses intentions. Donc, du coup, fatalement, quand on rentre dans une histoire pareille, on a envie d'éviter les attentats. Et donc, à partir de là, c'est plus grand. On y est. Donc, incapacité de faire marche arrière. En revanche, comment faire ? Nous, en fait, on vivait tous ensemble. Donc, on partait partout en France et donc, on se déplaçait régulièrement. Et donc, en fait, on habitait dans des endroits où on se retrouvait, on mettait nos affaires et tout ça. Et donc, il y a des fois où je me cachais pour un peu évacuer. Voilà. Donc, évacuer le stress, évacuer les émotions et puis aussi évacuer la rage que j'avais sur des choses qui ont été faites à mon encontre tout simplement parce que je suis femme. Voilà. Par exemple, sexisme, par exemple, ne pas faire le plein du véhicule parce qu'on sait que la personne qui va prendre la voiture après, c'est moi. Oui,
- Speaker #0
donc c'est même plus que ça. C'est vraiment mettre un peu des bâtons dans les roues. Ça titille. Une espèce de jalousie de se dire, est-ce qu'elle est vraiment légitime et pourquoi ce n'est pas moi ? Voilà.
- Speaker #1
Donc au début, c'était un peu ça. Et en fait, très rapidement, quand ils ont vu que j'avais toute ma place et que je pouvais m'adapter, en fait, les choses ont totalement changé. Donc, on va dire que j'ai un peu, entre guillemets, été bisutée, même si bisutée, ce n'est pas un joli mot. Et puis, en plus, ce n'est pas très festif dans ce genre de situation. Mais à partir du moment où j'ai réussi à m'imposer, ça s'est bien passé.
- Speaker #0
C'est assez intéressant. On fait des parallèles aussi. De toute façon, ça marche un peu dans le même cas à chaque fois que les gens sont en minorité. Dans tous les environnements, il y a un peu ça qui se passe. Du coup, il faut en faire un peu plus pour être accepté. Et après...
- Speaker #1
C'est terrible parce qu'en fait, on ne devrait pas avoir à en faire plus. C'est ça en fait la chose qui ne va pas. Et le problème, c'est que je me rends compte que même maintenant, lorsque je rencontre des gens, je rencontre beaucoup de femmes lors des conférences ou mes déplacements dans les écoles, les jeunes filles, en fait, on doit toujours faire face à ce type d'hostilité. Et ça, c'est insupportable. C'est insupportable. Donc toujours en faire deux fois plus. Je pense qu'il serait temps que les gens, que le monde nous accepte tel que nous sommes et qu'en fait, nous ne sommes pas... J'ai entendu l'autre jour une phrase, c'était, je ne sais plus qui disait ça, qui disait « Non, la femme n'est pas l'égale de l'homme, elle est plus forte que l'homme. » Voilà, il faudrait qu'on renverse un peu la vapeur, le temps de remettre les choses à niveau.
- Speaker #0
Bien sûr. Et vous sentez ça chez les jeunes aussi ? Ah, c'est terrible.
- Speaker #1
Ah oui, chez les jeunes, c'est ça qui m'inquiète le plus en fait.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
parce que nous, quand même, bon, voilà, on… On est assez aguerris. Alors que les jeunes, avec une société qui est deux fois plus violente, si les jeunes filles sont encore en plus en difficulté à pouvoir s'épanouir, choisir les métiers qu'elles veulent en 2026, c'est quand même dramatique. C'est dramatique. Donc, il y a des endroits où ça évolue, bien sûr. Moi, par exemple, la police nationale, je suis très heureuse. que cette institution ait fait un travail remarquable au niveau de la diversité et d'évolution égalité hommes-femmes. Donc là, moi, quand je suis rentrée dans la police, on était 7%. Et aujourd'hui, on est à plus de 32%.
- Speaker #0
Ah oui ?
- Speaker #1
Donc c'est énorme. Il y a eu un changement. Oui, bien sûr. Et je pense que par contre, tout le monde doit se remettre un peu en question et essayer de faire le même chemin.
- Speaker #0
Et ça reste fragile quand même ?
- Speaker #1
Quand même, oui, je pense que ça reste fragile. Et puis qu'il faut toujours... Ce qui est triste et en même temps qui est amusant, c'est qu'on doit jamais... Comment dire ? On doit toujours faire preuve de répartie pour s'imposer. Quand je vois qu'il y a des personnes encore qui résistent, tout de suite, je lance la bonne phrase qui fait qu'on va désamorcer et dire finalement, mon coco, calme-toi parce que si je suis là,
- Speaker #0
vous n'avez pas volé et vous avez largement prouvé que vous aviez les compétences et capacités.
- Speaker #1
Mais ça n'a pas été une chose facile. Moi, je cumulais parce que non seulement je suis une femme, mais en plus, maghrébine. Donc vous imaginez que... Le chemin n'a pas été facile.
- Speaker #0
Mais qu'est-ce qui vous donne justement, selon vous, je ne sais pas si vous allez répondre à ça, mais cette force, parce que vous dites souvent que vous n'aimez pas les organisations qui enferment les personnes dans des cases, permettent vraiment de casser les cases, je pense, je crois, que vous êtes vraiment sur cette ligne-là. Qu'est-ce qui vous a donné cette force, selon vous ? Est-ce que vous savez l'identifier déjà ? Même si vous avez eu le syndrome d'un imposteur, même si vous avez eu du sexisme, vous êtes allé au-delà, il y a une cause plus grande que vous. Mais vous n'avez jamais peur, en fait, aussi ?
- Speaker #1
Je crois que la pire des choses, ce serait que quelqu'un qui a travaillé au service de la France vous dise qu'il n'a jamais eu peur. Ça, ça veut dire qu'il y a un gros problème et qu'il y a eu une erreur au niveau des cases psy. Donc, non, non, non. Mais bien sûr que j'ai peur. J'ai eu peur. J'ai toujours peur. Et heureusement, parce que la peur aussi, parfois, vous aide à faire le bon choix. On n'est pas des robots et des automates. Donc, évidemment, j'ai eu peur. là maintenant je parle de Avec vous, après 26 ans de service, vous me voyez comme une femme « accomplie » . Mais vous m'auriez rencontrée il y a quelques années, vous m'auriez vue avec mes incertitudes, mes interrogations, mes faiblesses. Et c'est bien normal. En fait, c'est la somme de tous ces moments-là qui font ce que je suis aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est très intéressant et je pense que ça parle à beaucoup de femmes. Parce que c'est vrai que parfois, on a les fameux rôles modèles inaccessibles. Et de parler tel que vous le faites, de manière très naturelle, sur des choses que vous avez faites assez extraordinaires, enfin très loin de choses communes, je trouve que c'est assez fort. D'ailleurs, j'ai une question, alors souvent je la pose à la fin, mais j'ai envie de vous la poser maintenant, un peu au milieu de cet échange. Est-ce que vous, vous avez eu un rôle modèle ? Vous avez toujours un rôle modèle ou des rôles modèles, des personnes qui vous inspirent ?
- Speaker #1
Oui, mais le problème, c'est que moi, mes rôles modèles, c'est... C'est des hommes. C'est vrai ? J'aimerais bien qu'il y ait plus de rôle modèle femme.
- Speaker #0
Vous voyez ?
- Speaker #1
Parce qu'en fait, il n'y a pas de raison. Et c'est vrai que, par exemple, j'ai découvert Louise Michel, mais sur le tard. J'ai découvert... Avant Louise Michel, c'est Sylvester Stallone. Vous voyez ce que je veux dire ? Il y a un problème aussi au niveau de l'éducation et tout ça. Et là, maintenant, moi, ma fille sait qui est Louise Michel, sait qui est Simone Veil, sait qui est... Voilà, c'est... un devoir pour nous en tant que femmes de, comment dire, d'enseigner à nos enfants ces femmes-là, l'existence de ces femmes, que ça ne soit pas au hasard comme ça. Donc, pour en revenir à votre question, effectivement, moi, c'est Sylvestre Stallone et c'est Rocky parce qu'en fait, c'était la culture de consommation, première culture, culture télévisuelle. Moi, j'ai grandi dans une famille qui n'était pas une famille d'érudits. On n'avait pas des livres chez moi. Et en fait, c'est la première personne où j'ai vu quelqu'un se transcender pour devenir ce qu'il est, en fait. C'est très philosophique encore. Et c'est vrai que jusqu'à maintenant, d'ailleurs, dans mon premier livre, j'en parle. Je vais encore en parler dans le second. C'est quand même un indicateur, c'est un sextant. Je me souviens, quand j'ai des moments un peu difficiles, parce que j'en ai encore, bien évidemment, je me dis, mais il ne faut pas lâcher. Il ne faut pas lâcher ça. On n'a qu'une seule vie. On est en compétence, on est en capacité. Et puis de toute façon, le non, on l'a. C'est ce que je dis toujours, c'est ma phrase. Donc il faut y aller pour aller arracher un oui. À partir du moment où on croit en soi, il faut s'aimer et croire en soi.
- Speaker #0
C'est chouette. Alors ça, c'est un vrai coaching pour toutes les personnes qui nous écoutent. Moi, j'aime beaucoup Sylvestre Salon parce qu'on me donne beaucoup de noms de femmes. On me donne souvent un peu les mêmes et je trouve que c'est un bon indicateur de qui vous êtes aussi, de ce qui vous a arrivé. Mais là où vous avez raison, c'est vrai que les femmes ont été invisibilisées, le sont encore. Là maintenant, il y a des noms de femmes qui vont être sur la tour Eiffel de scientifiques, 72. On essaye d'un peu faire connaître les femmes et c'est vrai que beaucoup de jeunes filles, quand on ne voit pas de modèle... On en parlait encore récemment avec d'autres personnes, on a du mal à s'identifier et du coup à se projeter. Et vous, vous avez cette force quand même de vous projeter auprès de Sylvester Stallone. C'est quand même un homme, un Américain. C'est ce que je trouve assez génial. Vous faites le parallèle aussi avec le monde de l'entreprise, même si vous n'êtes pas du monde d'entreprise. Est-ce que la police, c'est différent ? Merci. Finalement, vous dites que personne ne doit un peu rester à côté, sur le bord de la route, et que malgré qu'on ait un parcours atypique, ça permet de relativiser, de prendre de la hauteur, et de se dire de tout s'autoriser, que tout est possible. C'est un peu ce que vous venez de dire là. Vous intervenez dans les entreprises un peu pour leur expliquer ça, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça, pour leur expliquer qu'en fait, il faut croire en soi, et que ce n'est pas une simple formule, ce n'est pas une incantation en fait, et que croire en soi, c'est un travail. Et il faut passer par là, il faut le faire. Il faut se regarder dans une glace à un moment et se dire, mais ça suffit, quoi. Qu'est-ce que je veux réellement ? Qu'est-ce que je veux faire ? Je n'ai qu'une seule vie, je dois m'accomplir. Et donc, comment puis-je faire pour m'accomplir ? Et essayer de mettre toutes les choses sur un papier. Qu'est-ce que je peux faire ? Quelles sont mes compétences ? Qu'est-ce que j'ai envie de faire ? Et si je n'ai pas les compétences, me former. C'est ce que je fais maintenant. J'écris des films. Enfin, je veux dire, j'ai eu envie. d'écrire. Donc je suis allée faire une formation de scénariste et ensuite je suis allée toquer aux portes et voilà. Et puis combien de fois on m'a dit non ? C'est pareil, on m'a dit non voilà je sais pas combien de fois mais on m'a dit pour un oui. Je l'ai eu ce oui et ce oui il est magique et bon je peux pas trop vous en parler mais...
- Speaker #0
Non j'espère que c'est une héroïne qui va être comme Sylvester mais en femme.
- Speaker #1
Ah oui oui ! C'est très simple ! Je pense que s'il y a vraiment un angle sur lequel je vais beaucoup travailler et beaucoup produire, ça sera toujours... pour mettre en valeur les femmes et la jeunesse. Ça, c'est vraiment mes deux priorités. La jeunesse et les femmes, parce que je vois qu'en fait, on ne leur fait pas la place qu'elles devraient avoir. Les combats sont toujours d'actualité. On a gagné beaucoup, mais il reste fort à faire encore. Et au vu des périodes qui s'annoncent qui sont un peu complexes au niveau politique, il faut absolument... que nous restions vraiment solidaires.
- Speaker #0
Unis et solidaires. Voilà,
- Speaker #1
unis et solidaires. Je tiens beaucoup au mot solidaire parce qu'en fait, il y a aussi un concept qui est le concept de sororité qui n'est pas tout le temps vérifiable. Et ça aussi, qui devient parfois une incantation. Et donc ça, je trouve ça quand même assez inadmissible parce que face à tout ce qui nous attend, le chantier qui nous attend devant nous, on doit, c'est un devoir. La sororité est un devoir. Et moi-même étant victime de comportements pas très sympathiques de la part de chefs-femmes à l'époque, je me dis, bon, alors moi j'ai transformé ça, vous voyez, parce que ça s'est mal passé avec une de mes chefs, et c'est grâce à ça que j'ai écrit mon premier livre.
- Speaker #0
Et oui, donc finalement... Même dans des choses difficiles, c'est vraiment chouette votre message parce qu'il faut en faire un levier positif pour autre chose.
- Speaker #1
Exactement. Transformer. Transformer le négatif. Il faut le transformer en positif et il y a moyen de le transformer en positif. Il faut juste se poser et se connaître. C'est pour ça que je dis qu'avoir confiance en soi, c'est un travail, mais un travail qui vaut tellement le coup parce qu'ensuite après, ça vous ouvre des portes incroyables. Et si moi, j'ai pu le faire, tout le monde peut le faire.
- Speaker #0
Je ne sais pas, mais en tout cas, ça me donne envie de suivre. Et c'est intéressant ce que vous dites aussi sur la sororité, parce que c'est vrai qu'il y a des hommes qui ont peur parfois des femmes, qu'elles prennent leur place. C'est des choses qu'on peut entendre. Mince, comment je vais faire dans ma carrière professionnelle ? Il y a de plus en plus de femmes avec les côtés, etc. Il y a des femmes aussi qui ont peur d'autres femmes. Pourquoi ? Parce qu'il y a peu d'hommes qui ont peur d'hommes. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce truc qui devrait parfois... Et ça vient de notre éducation ? Ça vient de cette concurrence ? Comme il y a peu de femmes, elles sont un peu en concurrence pour arriver à certains types de postes. Elles ont dû en faire plus, donc du coup, elles se disent pourquoi pas les autres ? Est-ce que vous avez un avis sur ça ?
- Speaker #1
Il y a aussi une sorte d'effet mascotte parce que moins il y en a, plus elles se tirent entre les pattes. Je pense qu'il y a l'effet mascotte qui est là. Il y a aussi une manière aussi, c'est vrai que la culture, Ils participent aussi parce qu'en fait, ne serait-ce que dans les séries pour les teenagers. Je vois ma fille qui regarde sur Netflix. On voit souvent la concurrence entre deux filles.
- Speaker #0
On en a encore là.
- Speaker #1
Bien sûr. Généralement, c'est la blonde, la brune. Tout le même homme. C'est catastrophique.
- Speaker #0
Il y a donc une finalité, c'est d'aller conquérir un homme.
- Speaker #1
Tout à fait. On commence juste un poste. Mais ça, c'est pour les séries entre 20 et... Voilà. Mais les filles, déjà, elles sont en concurrence.
- Speaker #0
C'est vrai que ça se joue.
- Speaker #1
Bien sûr. Et là, il y a vraiment un travail à faire. Et j'espère que j'aurai l'occasion de pouvoir un jour réfléchir là-dessus et produire quelque chose là-dessus. Parce que je pense qu'on... Comment dire ? On oriente dès le départ les filles à se concurrencer entre elles alors qu'on peut avoir une force incroyable.
- Speaker #0
ensemble. Je pense qu'il y a une classe pour tout le monde. Ah,
- Speaker #1
mais complètement.
- Speaker #0
Très largement. Pour vous, quelles sont les clés du leadership ? Vous avez des... On parle beaucoup de leadership. Moi, j'aime pas, on parle de leadership féminin, j'aime pas du tout, parce que je trouve qu'on a l'impression qu'il y a un autre leadership entre les hommes et les femmes. Mais quelles sont les clés qu'on retrouve pour vous chez quelqu'un qui...
- Speaker #1
Pour moi, c'est la sincérité, la première des choses. Je pense que si vous n'avez pas la sincérité, vous n'avez pas la confiance. Et sans confiance, vous ne pouvez pas avoir de leadership. Pour que vous soyez écoutés, entendus et respectés par vos équipes, il faut être sincère et être en harmonie avec soi-même. Et aussi, je ne supporte pas l'effet de caste. C'est-à-dire que quand on travaille tous ensemble, moi j'étais chef d'une dizaine de personnes, pour moi, on est tous au même niveau. Parce qu'on sert tous la même mission. Et c'est pareil en entreprise. Je pense qu'à partir du moment où vous êtes honnête et sincère et que vous travaillez et que vous mettez l'humain au centre de tout, je pense que les choses se font tranquillement.
- Speaker #0
Je suis totalement d'accord avec vous. J'aime beaucoup ce que vous dites et je partage à 200%. Alors, il y a des choses que vous avez pas mal répondu. Est-ce que vous avez parfois eu envie de tout laisser tomber ? Des moments vraiment de remise en question et qui est-ce qui vous a fait tenir ? Parce que là, vous êtes assez humble et pudique, Nora. Mais je ne sais pas si les gens se rendent compte des choses incroyables que vous avez faites jusqu'à risquer votre vie pour les autres. Je sais que vous avez cette générosité, cette humilité, mais vous avez un parcours incroyable. Moi, je suis très impressionnée. Merci d'être là. Merci. Mais j'imagine que... Il y a eu des moments peut-être de difficulté, mais vous êtes allée. J'entends que c'est cette chose qui est au-dessus de vous qui vous drive.
- Speaker #1
C'est ça, en fait. Je pense que, bien évidemment, j'ai eu des moments où je n'étais pas bien, où je me suis vraiment beaucoup posé de questions. Quand j'étais, par exemple, en anticriminalité, où je rentrais le soir avec des crachats sur ma tenue par les gens que j'arrêtais, où je n'étais pas non plus attendue par certains de mes collègues, donc c'était dur. Il y a des moments de déprime, il y a des moments de larmes. Mais je ne sais pas en fait ce qui se passe, c'est que quand il y a des moments comme ça, l'émotion sort et le lendemain, c'est place au défi.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Voilà, j'ai eu mon moment, il ne faut pas refouler non plus, il faut accepter quand on n'est pas bien. Et faire avec et se dire, si je suis là, c'est pour une raison. Et comme on est en harmonie avec soi-même et avec les intentions qu'on a, Je pense que c'est ce qui m'a vraiment guidée et fait en sorte de me sortir de mon lit quand j'étais déprimée ou quand je me posais des questions sur mon existence.
- Speaker #0
C'est un beau message pour des gens qui parfois se posent des questions. Je trouve que votre sincérité aide aussi à se rendre compte que même si on fait des choses complètement démesurées, complètement incroyables, on a aussi parfois des fragilités. Moi, j'aime beaucoup votre sincérité. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous voudriez dire ou rajouter que je n'aurais peut-être pas abordé ? Vous me donnez pas mal de clés. Est-ce qu'il y a quelque chose de particulier qui vous tient à cœur, Nora, qu'on n'aurait pas abordé là ?
- Speaker #1
Disons que le message que je voudrais dire aux femmes en particulier, c'est qu'on vient de loin. On revient de loin, nous, les femmes de ma génération. Moi, j'ai plus de 50 ans. Donc, voilà, on a déblayé quand même le terrain. Et maintenant, il ne faut rien lâcher. C'est très important. Il ne faut pas rester dormir sur les acquis. Parce que les acquis peuvent vite s'envoler. On l'a vu dans plein d'endroits.
- Speaker #0
Oui, dans plein d'endroits, même démocratiques.
- Speaker #1
Donc, restons vigilantes. Et surtout, restons solidaires. Voilà.
- Speaker #0
C'est un beau message, vraiment. Et moi, je tiens vraiment du fond du cœur à vous remercier parce que je sais que vous êtes là. On s'est rencontrés et vous avez fait cette gentillesse de venir dans un emploi de temps très dingue avec toutes vos activités. On vous suivra, ça c'est sûr, dans le groupe La Poste et au-delà. Merci. Merci beaucoup Nora. Merci à vous de m'avoir invité. Et je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Appareil Galle. Merci Nora. Encore.
- Speaker #1
Très bien.