- Speaker #0
Bienvenue à l'émission À part égale, l'émission de réseau parité 1-1 du groupe La Poste. Aujourd'hui, j'ai l'honneur de recevoir parmi nous Laura Assan. Bonjour Laura.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Laura, vous êtes directrice générale d'Epitech. Et avant ça, vous étiez professeure certifiée en sens industriel de l'ingénieur en optique, puis directrice pédagogique. Directrice de campus à l'ISG avant de prendre la direction de l'ISSEG et puis enfin de devenir directrice générale d'Epitech qui est une école d'informatique et de tech. Laura, j'ai envie de vous poser cette question, est-ce que c'est facile d'être une femme dans cette filière et ces filières plutôt techniques a priori ?
- Speaker #1
Oui, alors à titre personnel je vais plutôt répondre par l'affirmatif puisque je ne me considère pas homme ou femme au travail donc ça c'est un trait de ma personnalité. Je ne vais pas m'adresser à mes collaborateurs en me disant « je suis une femme, DG, donc je dois faire attention à comment je dis telle ou telle chose » . Par contre, effectivement, quand je dois faire de la représentation, ça peut être une barrière de se considérer femme et de se sentir non légitime, d'avoir ce sentiment d'imposteur. Je ne l'ai pas personnellement, mais oui, pour répondre plus généralement à la question, ça peut être très difficile d'être une femme qui évolue dans le milieu de la tech.
- Speaker #0
Vous en faites un peu plus que les hommes, vous pensez ?
- Speaker #1
Oui, il faut en faire un peu plus. Toujours ce sentiment de devoir travailler plus longtemps, de rester peut-être plus tard, de travailler plus dur sur les dossiers, d'arriver à mettre son nom sur certains dossiers. Oui, c'est ce sentiment de ne pas laisser la place à un homme. Encore une fois, peut-être moins à titre personnel, mais je le vois dans mes équipes et j'essaye justement de valoriser la place de la femme au siège d'Epitech.
- Speaker #0
Vous dites que vous êtes autodidacte en réalité augmentée, réalité virtuelle. Ce sont quand même des métiers très techniques là aussi. Et vous aviez à cœur d'aider vos élèves, notamment en montrant tout l'intérêt de la tech et des mathématiques et que c'est accessible finalement un peu à tous, à ceux qui se semblent éloignés des mathématiques, etc. Est-ce que vous pouvez nous dire un mot là-dessus et pourquoi c'est important pour vous ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr. En fait, moi, j'ai toujours baigné. Je suis la génération web. Je suis née en 1987. Donc, les premiers sites Internet, c'était pour moi les premiers modems. Et mon père est entrepreneur, donc j'ai commencé à monter des sites web simplement pour... Le système de réservation, alors il était coiffeur, donc réservation de son coiffeur, de son brushing, etc. Et donc, en ça, je suis montée vite en autodidacte. Après, je suis devenue professeure et j'ai essayé de mettre à disposition de mes étudiants mes capacités à coder. Alors, ça n'allait pas forcément très loin quand maintenant je compare avec ce qu'a fait un épithèque. Mais d'abord, moi, je voulais rentrer à l'épithèque. D'ailleurs, c'est une histoire globale. On a oublié de préciser que j'aurais voulu rentrer à l'épithèque en 2005. Mes parents m'en ont empêchée. Oui, mais après, je me suis un petit peu vengée. Et donc, professeure en sciences industrielles de l'ingénieur, il y avait beaucoup de rayons d'optique qui devaient se déplacer et faire un cheminement logique et déductible par calcul à travers des instruments. C'est difficile pour mes étudiants de rentrer chez eux, de ne plus avoir ma voix pour pouvoir se rappeler de comment ils avaient réussi à construire ce schéma où à la fin, il y a peut-être 50 cent traits. Et donc, j'ai monté une chaîne YouTube en 2012. Aujourd'hui, ce serait très classique, mais en 2012, ce n'était pas évident.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
et je me filmais tous les soirs, toutes les nuits, à refaire tous les schémas, à les coder aussi pour qu'ils arrivent en animation. Et puis, il y avait des QR codes dans mes différents cours qu'on flashait. On arrivait sur la correction en vidéo, chaîne YouTube, etc. Et je me disais que ces QR codes étaient vraiment horriblement laids. Ça ne fait rien d'aller dans ces documents. Donc, en fait, j'ai utilisé de la réalité augmentée pour que les étudiants avec une application puissent simplement survoler avec l'appareil photo mes cours et puis apparaisser. en superposition, en réalité augmentée, moi en train de dessiner ces fameux rayons. Donc j'ai fait ça de 2012 à 2018. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai repris après un master en ingénierie pédagogique avec l'usage des nouvelles technologies. Donc là, je suis allée plus loin encore dans l'usage des nouvelles technos. Et puis, c'est comme ça que je suis plus rentrée d'ailleurs à l'ISG en tant que directrice pédagogique, puisque j'avais été repérée pour ces compétences-là.
- Speaker #0
Vous avez dit quelque chose qui m'intéresse. Vous avez dit, mes parents m'ont empêchée d'aller à l'épithèque. Vous savez pourquoi ?
- Speaker #1
Oui, j'aurais été une des premières femmes, entre la deuxième et la troisième femme à être diplômée d'Epitech si j'étais rentrée à Epitech. Donc mes parents, vous voyez, dans le monde de l'informatique, un monde trop masculin. Pourtant, moi, j'étais en bac S, donc aujourd'hui, option mathématiques, spécialité math, donc spémath. Et puis, comment on appelle ça ? Une option, mesure physique informatique. Donc moi, j'étais vouée à faire des mathématiques et puis des mathématiques appliquées à l'informatique. Donc j'avais vraiment cette idée en tête. Mais mes parents, quand ils ont su que je voulais faire de l'informatique, m'ont dit non, c'est un monde trop masculin. Ils ont pris rendez-vous avec mes professeurs principaux qui, eux, ont dit non, non, mais l'informatique, on est en 2005. C'est sûr, en 2010, il n'y aura plus de métier dans la tech et dans l'informatique. tout le monde sera au chômage ne laissez surtout pas votre fille aller dans cette voie là
- Speaker #0
C'est fou, c'est fou. Et vos parents, donc, avaient cette crainte, en fait, c'est ça ? C'est exact.
- Speaker #1
Ils me voyaient dans la santé, ils me voyaient très très bien dans la santé. Oui,
- Speaker #0
comme les finales de beaucoup de femmes, oui. Et vous n'avez rien lâché. Qu'est-ce qui fait que vous n'avez rien lâché, vous pensez ?
- Speaker #1
Alors, je suis l'aînée d'une famille de quatre enfants, donc d'abord j'ai été éduquée... C'était bizarre d'ailleurs comme réaction de mes parents, parce que j'ai toujours été éduquée, un peu comme un garçon manqué, l'aînée de la famille, celle qui va monter les meubles, celle qui va faire l'électricité le week-end avec son papa, tourner la pelouse, etc. Donc je n'ai jamais été considérée comme une fille, je trouve, à la maison. il n'y a vraiment que dans ce choix d'études que j'ai été mal aiguillée à 18 ans, 17 ans je ne sais pas pourquoi par contre comme j'ai toujours été cette aînée et que j'ai toujours été mise en responsabilité avec mes frères et sœurs et que j'ai un père avec qui il faut savoir dire non quand on n'est pas d'accord avec tout savoir négocier un petit peu ça apprend la négociation et ça apprend à s'appuyer
- Speaker #0
Et c'est des sœurs ou des frères que vous avez ?
- Speaker #1
Frères, sœurs, frères.
- Speaker #0
Donc c'est vraiment le rôle d'aînée un peu quelque part. Exactement,
- Speaker #1
il y a le modèle, ce rôle modèle aussi qui était important pour mes parents. Regardez votre grande sœur, continuez, faites comme elle. Donc beaucoup de pression aussi. Je suis une personne sur laquelle la pression glisse assez.
- Speaker #0
Ce qu'il faut parfois dans certains types de pensées. Exactement,
- Speaker #1
mais j'ai un haut niveau d'exigence avec moi-même.
- Speaker #0
Laura, vous avez l'objectif d'atteindre 30% d'étudiantes.
- Speaker #1
Exactement. 30% !
- Speaker #0
30%
- Speaker #1
de filles à Epitech d'ici 2030. Je m'y suis engagée dès ma prise de poste, il y a pile un an, quand j'ai pris la direction de toute Epitech.
- Speaker #0
Vous êtes à combien aujourd'hui et comment vous allez vous y prendre ?
- Speaker #1
C'est une très bonne question. Alors, à la prise de poste, ça a été 9%, nous sommes à 10%. Bon, 3% à un an. Ça passe par la représentation. D'abord, je suis bénévole, rôle modèle dans énormément d'associations. Elle bouge, STEM for All, pour citer qu'elle. On a un système de bourse à Eptec. Donc, on a des partenaires comme Amazon et Article 1 qui financent chaque année 30 boursières. Donc, voilà, pendant cinq ans, c'est pas rien. On va diplômer la première promotion d'étudiants de boursière sortant d'Amazon. C'est 150 jeunes filles qui ont pu profiter pendant cinq ans d'une bourse Amazon. On a un système de bourse interne aussi, grâce à la Fondation Ionis, auquel appartient... et bien Epitech. Donc là aussi, on favorise la mixité. Alors ces bourses-là ne sont pas réservées coffee. Les bourses Amazon ne sont réservées coffee. Ça passe aussi par des coding camps. Alors ce sont des ateliers d'initiation qui sont ouverts du CM2 jusqu'à 99 ans. C'est vraiment très sympa. Il y a les grands-parents qui viennent avec les jeunes, jeunes filles ou jeunes hommes, mais ils viennent ensemble pendant les vacances scolaires. Ce matin, j'ai accueilli 37 jeunes filles dans un atelier de coding camp. C'est un atelier de code, d'initiation à l'IA, l'impression 3D. Là, c'est un partenariat avec STEM4ALL, avec lequel on travaille, et 35 jeunes filles. C'est le donné à voir. Nous, on a une école de la data et de l'IA, vous connaissez. Les paritaires, on y tient, et ce n'est pas simple. Mais on ne lâche rien comme vous.
- Speaker #0
Est-ce que vous pensez justement le fait d'être une femme ? Vous avez dit que vous étiez aussi un peu un rôle modèle, d'aller prendre la parole, de montrer. Est-ce que vous pensez que le fait d'être une femme... ça change aussi votre manière d'appréhender les choses et d'aller plus sur ce sujet là où il faut y aller de toutes les manières.
- Speaker #1
Je le vois rien que dans la constitution du COPI d'Epitech ou du CODIR. Quand je suis arrivée, il y avait deux femmes au CODIR d'Epitech. Aujourd'hui, c'est 70% de femmes. Alors je ne suis pas allée les chercher, je ne me suis pas dit je veux recruter absolument des femmes, je cherchais des compétences, tant mieux, c'était des femmes. Maintenant, c'est sûr que Epitech étant dirigé majoritairement par des femmes, on a tout ensemble cette sensibilité-là et c'est plus facile. collectivement d'aller chercher des actions. Je peux citer une autre action, on a accueilli 2000 stagiaires de seconde, fameux stage de seconde qui existe depuis deux ans sous l'impulsion de l'Education nationale. Et bien c'est 2000 stagiaires de seconde qu'on a accueillis pendant 15 jours sur l'ensemble de 15 campus et on a accueilli là 30% de femmes.
- Speaker #0
Oui donc c'est très bien. Et vous, vous êtes présente sur pas mal de pays en fait, sur pas mal de continents même on peut dire. Oui, en Europe, en Afrique. En Europe, en Afrique. Est-ce que vous constatez des différences selon les pays ? En
- Speaker #1
Afrique, la place de la femme dans l'enseignement supérieur et notamment dans la tech, c'est signe d'émancipation. Donc c'est vrai qu'on voit beaucoup plus de femmes au Bénin et en Côte d'Ivoire, pour les deux campus qui s'y trouvent. Là, on est presque à 40% de femmes aujourd'hui. Après, ce sont des pays qui recherchent la tech. pour la transformation digitale. Donc, il y a une autre vision de la tech, la tech au service du business, de la transformation, du bien commun. Donc, forcément, ça attire plus de filles. Après, dans les pays européens, on a deux campus en Espagne, Barcelone et Madrid, Berlin et Bruxelles ensuite. Là, on a à peu près les mêmes statistiques qu'en France.
- Speaker #0
Donc, la manière peut-être de raconter l'histoire attire différemment. Totalement.
- Speaker #1
Mais c'est aussi comme ça que j'ai... Donc, avant d'avoir l'entièreté d'Epitech, les 15 campus en France, les 6 à l'international. J'avais monté une spin-off d'Epitech Digital School et là aussi on partait de 9% de filles et je m'étais donné cette même ambition, mais alors pas à 5 ans mais à 2 ans. Et je suis arrivée à 30% de filles en 2 ans, mais parce que c'était l'école pour la transformation digitale, donc c'était faire de la tech, mais pas que la tech soit une finalité en soi, mais on donnait bien du sens à ces études de la tech et donc les jeunes filles s'y retrouvaient.
- Speaker #0
Le sens, c'est intéressant. C'est vrai. Je crois qu'il y a un test comme ça de mathématiques, vous devez le savoir, avec des petits garçons, des petites filles, tout jeunes, et aux petits garçons, ils leur disent vous allez résoudre un problème de mathématiques. Ils disent pareil aux petites filles, il y a plus de réussite chez les petits garçons. Ils font le même exercice et ils disent aux petits garçons, aux petites filles, vous allez faire résoudre une énigme et dessiner à la fin quelque chose de géométrique qui amènera... Bref, une solution, une solution, et les petites filles réussissent mieux. Et c'est exactement le même exercice. On compte sur vous parce que... C'est très intéressant ce que vous dites. Qu'est-ce que vous conseilleriez aux jeunes femmes qui hésitent à rejoindre une filière informatique ou tech ?
- Speaker #1
D'abord, de ne pas se laisser... Mon histoire personnelle montre qu'il ne faut pas se laisser dévier de son objectif. De tester, de venir faire des stages, de venir faire les coding camps et autres. Et autre atelier d'initiation, ça c'est important. Je sais que ce n'est pas facile quand on est jeune, mais essayer de trouver des mentors ou en tout cas des personnes qui peuvent nous parler de leur quotidien, même si ce n'est pas un stage, nous prendre en immersion une journée, ne serait-ce que nous raconter leur histoire et puis leur quotidien, c'est très très important. Parce que moi, je me suis rendu compte d'une chose entre les jeunes filles et les garçons. Les jeunes garçons, on leur dit souvent « quelle est ta passion ? » et ils vont répondre « l'aérospatiale, les voitures » . Ah bah super, continue ta passion parce que tu pourras y trouver un métier. Donc, il se pose assez... pas assez tôt, pas très tôt, la question de l'orientation, ils se disent juste super, j'adore les étoiles, un jour je partirai sur la Lune, mais alors, est-ce que je serai astronaute ? Est-ce que je serai physicien ? Est-ce que je serai astrophysicien ? Peu importe, ils se disent juste, je vais aller jusqu'au bout de ma passion. Et la jeune fille, on lui pose la question directement, mais quel métier tu veux faire ? Très très rapidement. Et quand même, en plus, il y a la pression sociale sur combien d'enfants tu veux, est-ce que tu vas te marier tôt ? Est-ce que tu te vois partir de chez papa et maman ? Finalement, tout s'accumule, et la jeune fille, elle doit être dans une résolution de problème opérationnelle. opérationnellement parlant, est-ce que les métiers que je vise, est-ce que les études que je vise vont me permettre d'assurer toutes ces étapes-là ? Alors que le garçon, on lui a juste dit, vide ta passion. Aussi, peut-être par rapport aux parents, d'arrêter, c'est difficile, je suis moi-même parent et je suis tombée dans le biais de genre. Et tous ! Mais de moins aiguiller sur la question du métier directement et de la pression sociale sur la jeune fille, et plus se comporter comme on se comporte avec nos jeunes garçons. Moi je ne me suis pas rendu compte cet été.
- Speaker #0
Je suis en train de réfléchir, là effectivement, ce sont des choses que l'on fait sans même s'en rendre compte, et qu'on fait même, on fait attention même aux termes de recrutement, même quand on recrute des femmes ou des hommes, parfois même si ce n'est pas conscient, on ne pose pas exactement les mêmes questions. Et c'est un peu ce que vous dites, ça rejoint un peu ce que vous dites, c'est vrai que du coup... Du coup, avec les femmes, on va tester si tout est bien aligné pour qu'elles puissent être à même de mener à bien ce poste, l'équilibre, etc., le stress, la gestion. Est-ce qu'on ne pose pas un homme ? Alors que l'homme, il y a deux filles. Voilà, ça marche.
- Speaker #1
Est-ce qu'on prend la bonne vision ? Est-ce que vous avez une vision ? Mais pas pour la femme.
- Speaker #0
C'est vrai. Donc, il faut qu'on change ça. Il faut qu'on fasse attention à ça. Et pour vous, c'est dès quel âge, par exemple ?
- Speaker #1
Franchement, il y a d'autres exemples. Parce que j'ai une petite fille qui a aujourd'hui 10 ans. Dès le CE2, j'ai eu des problèmes avec la maîtresse qui lui disait si tu as fini tes exercices de maths, tu fais un coloriage. La même maîtresse qui, deux ans avant, avait eu mon fils et qui lui disait tu peux aller en salle informatique tout seul parce que je vois que tu es très à l'aise. Donc ma fille très vexée, elle dit je veux prendre rendez-vous tout de suite avec la maîtresse. Oui, tu es en CE2, on ne prend pas rendez-vous avec la maîtresse.
- Speaker #0
Non mais c'est bien, la petite doc de sa maman.
- Speaker #1
Donc je ne savais absolument pas pourquoi j'allais voir la maîtresse parce que je me suis dit on va tester. puis je lui dis mais en fait Moi, je ne veux pas faire du coloriage, je voudrais faire des mathématiques, de l'informatique. Et la maîtresse lui répond « Mais toi, tu es une princesse ! »
- Speaker #0
C'est pas vrai !
- Speaker #1
C'est un passionné !
- Speaker #0
C'est pas possible !
- Speaker #1
Donc, il faut faire très attention, extrêmement tôt. Je peux donner un autre exemple. J'avais donné des initiations de code, alors de code, c'est un grand mot, de robotique à des grandes sections maternelles, parce que ma maman est un citrice, et donc elle m'avait demandé de venir animer ces petits ateliers. Donc, ça se passe très bien. Les collègues de ma maman me disaient « Si tu pouvais animer aussi ! » Je lui dis « Très bien, il me faut juste deux groupes, parce que je ne peux pas animer 30 enfants en même temps. Deux groupes de 15, ça serait parfait, je reviens la semaine prochaine. » Et alors là, trois fois de suite, on m'a fait le coup. La première maîtresse dit « Allez les garçons, le premier groupe commence, tous les petits passionnés de petites voiturettes, allez faire des robots. » Je lui ai dit « Mais moi, je n'ai pas demandé de faire des robots. » « Ah bah oui, mais c'était les plus passionnés, parce que vos petits robots ressemblent à des voitures. » Je me suis dit « Vous vous rendez compte du message que vous avez envoyé ? Ils ont 5 ans. » Vous avez dit, allez les garçons passionnés par les petites voiturettes et les parcs pratiques. Et en fait, ça, on me l'a refait trois fois. Trois fois, donc... C'est pas différente.
- Speaker #0
C'est très, très ancré. C'est vraiment très compliqué. Tout ça est très inconscient, en plus. C'est ce qu'on essaie de faire, d'éveiller, de nous faire réfléchir. Vous voyez, là, vous nous faites réfléchir sur des choses qui ont l'air de rien, mais qui sont ancrées même pour toute la suite. C'est un sujet qui est... Même les profs, des fois, font sans le vouloir.
- Speaker #1
C'est vrai. Pour revenir sur les robots qui sont maintenant très adaptés aux très jeunes, 3, 4 ans, il y a les premiers robots. C'est vrai qu'ils ont toute la forme d'une voiture. Et comme on doit déjà lutter contre les parents qui... offrent des jouets genrés à leurs enfants. Finalement, le robot ayant une tête de voiturette, plutôt pour le garçon, alors qu'il n'y a pas encore de Barbie robotique.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais dire. J'allais dire à quand la Barbie ? On est en train de penser juste avant ça. Peut-être que ce serait un moyen de changer un peu les choses, mais on a encore du boulot. Vous, est-ce qu'à un moment, vous avez douté ? ou il y a eu des moments où vous auriez pu vous dire ?
- Speaker #1
Peut-être dans le choix, je suis une éternelle apprenante donc ça c'est un autre conseil que je peux donner c'est de jamais arrêter d'apprendre et alors c'est peut-être d'un poster enfoui je ne sais pas mais j'ai besoin en plus de passer des diplômes j'adore, non seulement j'apprends mais en plus je me réinscris en master, le concours d'éducation nationale c'est comme un master, là en doctorat, j'ai besoin d'aller de certificat etc. C'est vrai que quand j'ai passé mon master en ingénierie pédagogique, j'avais deux conseils qui m'ont donné, deux hommes. L'un me disait, il faut passer un MBA plutôt management, école de commerce. Et puis mon inspecteur qui me disait, non, non, avec tout ce que vous faites sur votre chaîne YouTube et tout ce que vous faites dans les cours, il faut ce master en ingénierie pédagogique. Ça a été le moment où j'ai douté et je me suis dit, il faut faire un choix parce que je ne peux pas faire les deux en même temps. Et bon, il y avait une histoire de temporalité. mais sinon à part ça vraiment pas eu de... Non, j'ai pas eu de moment de doute. À 29 ans, j'ai ce fameux master en ingénierie pédagogique et puis l'IAG m'appelle pour me proposer ce poste. Et moi, je me voyais directrice pédagogique, mais je me voyais à 40 ans, parce qu'en fait, les chefs de travaux dans l'éducation nationale, ils ont plutôt 40 ans. J'appelle mon mari. Un mari très présent, c'est aussi un autre conseil, avoir un mari. Bien choisir le mari. Et donc, je l'appelle et je lui dis, on me propose un poste. Alors, je ne l'attendais pas du tout, celui-ci. J'ai dit, attends, 29 ans, j'ai deux enfants en bas âge, ils avaient 3 et 4 ans. Il m'a dit, tu ne peux pas renoncer, tu n'as pas le choix, ce n'est pas grave, la famille, on va s'arranger, on va s'organiser, ça ne doit pas être un problème. C'est vrai que ça, c'est...
- Speaker #0
Oui, mais merci pour ce... Je suis en temps souvent ça, donc c'est intéressant ce que vous dites.
- Speaker #1
Et là, je n'ai pas douté longtemps, parce qu'à partir du moment où mon mari m'a dit, je serai là pour toi et on va avancer ensemble, et si c'est aujourd'hui que toi qui as besoin d'un coup de pouce organisationnel à la maison, demain, ce sera moi, et puis c'est pas grave Mais oui.
- Speaker #0
Et libérée de cette charge mentale, peut-être, dont on parle. Alors moi,
- Speaker #1
je suis très libérée de la charge mentale. Par contre, je fais absolument qu'une tatouage à l'agent. Voilà, plus je gravis les échelons, et plus je lui dis, non mais on peut se permettre, maintenant, une femme de ménage, on peut. Et c'est vrai que ça me libère, ça me libère beaucoup. Ça peut créer des tensions, puisque je ne sais pas m'approcher d'une machine à laver, c'est vrai. Mais par contre, c'est du temps aussi que je peux...
- Speaker #0
Mais c'est bien, on entend souvent des messieurs dire qu'ils ne savent pas utiliser des machines à laver. Non, mais les femmes n'ont plus, finalement. donc c'est pas plus mal.
- Speaker #1
Parce qu'il y a un célibataire. Il y a un homme célibataire à la maison.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez un rôle modèle, vous, Laura ? Je pose souvent cette question.
- Speaker #1
J'en ai plein. Elisabeth Moreno qui pousse les portes. Je vais la citer. C'est ce côté un peu politique aussi. Je ne sais pas si un jour je finirai en politique, mais c'est quelque chose qui peut vous... Oui, parce que j'ai cette volonté de changer les choses. Et je sais... Jusqu'à maintenant, quand j'arrive quelque part, je change rapidement les choses et que j'arrive à avoir l'adhésion, une vision. Donc c'est vrai que si un jour j'avais cette vision pour les politiques, ça serait une direction que je pourrais...
- Speaker #0
Elle n'a pas été faite.
- Speaker #1
Peut-être. C'est ça, peut-être.
- Speaker #0
Et alors, c'est intéressant parce que vous avez vraiment de la certitude, vous êtes sûre, vous défoncez les porcs, j'ai envie de dire. Et en même temps, je vous ai entendu plusieurs fois parler du syndrome de l'imposteur, malgré tout.
- Speaker #1
Oui, je pense qu'on l'a... toutes, malgré tout. Je ne sais pas s'il est absent chez les hommes. J'essaye, je l'interroge. Il n'appelle peut-être pas comme ça. Peut-être. En tout cas, quand on parle avec des hommes, je n'ai pas de répondant. Le syndrome de l'imposteur, c'est plus lié au regard qu'on peut avoir sur nous. Il y a des hommes qui veulent ma place. Forcément, ils peuvent me dire, ils me disent ouvertement, comment tu es arrivé à ce poste-là ? Ça amène forcément à se poser des questions. Est-ce que je suis la bonne personne à la bonne place ? Après, je me dis qu'entre hommes, ils se poseraient totalement... C'est une question peut-être. Je ne m'offusque pas. Syndrome de l'imposteur peut-être aussi, parce que quand j'ai pris mon poste à Epitech en tant que directeur général l'année dernière, j'ai appelé mon père et je lui ai dit, tu m'as empêché de faire Epitech, il n'y a rien à faire. Je vais là-haut. Il m'a répondu, je ne sais toujours pas ce que tu trouves à cette école. C'est bien, c'était ses études. Et en fait, je me suis dit, mais est-ce que c'est mon père qui a raison ? Est-ce que je suis vraiment à ma place ? Elle va te tirailler entre les... Je fais ma place. Ce n'est pas quelque chose que je me poserais comme question. Donc oui, je vais avoir peut-être des moments de doute, mais ma vie, je la vis tellement aussi à 100%. Bien sûr,
- Speaker #0
et puis vous avez des résultats, vous n'avez pas besoin d'autres. Mais c'est vrai que ce que vous dites, je le retrouve beaucoup, même chez des femmes dirigeantes, très souvent, malgré les parcours incroyables qu'elles ont réalisés. Il y a ce doute, quoi.
- Speaker #1
C'est toujours la question. Est-ce qu'il y a mieux que moi ? Parce que je pense que, comme on cherche aussi nos rôles modèles à nous, est-ce que mon rôle modèle aurait été meilleur que moi ? Est-ce qu'il n'y a pas... Si demain, ce n'est plus moi, ce poste-là, qui peut prendre ma place ? Est-ce qu'il y a meilleur que moi ? Je pense que ce sont des questions qu'on se pose toutes et tous. Honnêtement, je n'ai pas beaucoup le syndrome de l'imposteur. Mais on l'a quand même tout le temps malgré tout. C'est les autres qui le renvoient en fait. C'est les autres qui le renvoient. C'est des gens qui font beaucoup d'émissions, d'interviews, et je suis toujours un journaliste pour me dire, et donc le syndrome de l'imposteur, et donc forcément je suis obligée de me poser la question.
- Speaker #0
Oui, on ne pose pas les mêmes questions.
- Speaker #1
Et moi d'ailleurs, en tant que femme DG d'Epitech, beaucoup d'interviews de la presse passent sur la place des femmes dans la tech. Alors c'est très bien, mais je ne suis pas que investie sur la place des femmes dans la tech, et c'est vrai que ça prend toujours ça. souvent cette direction sur la maternité et les enfants etc etc alors non même pas mais moi j'aimerais non je préférais enfin je préférais je suis pour l'inclusion de toutes et de tous dans les territoires et c'est vrai que ce focus sur les femmes alors il est important est vraiment je veux être rôle modèle et porter la voix et faire en sorte que beaucoup de femmes me suivent derrière mais par contre je me bats tout autant pour les profils éloignés de l'emploi qui grâce au numérique peuvent retrouver une belle carrière. et puis se reformer, donc la reconversion, les territoires aussi. Bon Epitech en plus j'ai la chance de diriger des écoles, des campus qui sont dans tous les territoires. À Moulins par exemple, et on est très très fiers de ce qu'on fait à Moulins parce qu'on redynamise l'Allier finalement, on a des conventions de partenariat très fortes avec l'Allier et ça ne touche pas que les femmes. C'est en ça que des fois c'est Laura Hassan, l'ADG des femmes dans la Tech, et je leur dis non non.
- Speaker #0
Oui vous êtes ADG et puis c'est tout, bien sûr. Et Laura est-ce que vous avez vu qu'il y a une ministre en Albanie qui a été nommée, mais qui a été en fait une ministre... Une IA. Une IA, exactement. Et du coup, est-ce que vous pensez, quel est votre avis, le fait d'avoir une femme, et finalement qui est de l'IA et qui n'est pas une vraie femme, j'ai envie de dire ?
- Speaker #1
Alors sur le choix de la femme, je pense que c'était vraiment une question d'adoption. Voilà, adoucir un petit peu le test, parce que c'est vrai que... Bon, il faut féminiser... Enfin, c'est en féminisant qu'on permet d'adoucir les traits de caractère. et donc sans doute ils ont cherché à lui donner des traits de caractère les plus doux possibles, qui allaient moins bousculer les codes, quoiqu'on voit bien que les femmes, quand elles sont dirigeantes, bousculent beaucoup plus rapidement que les hommes, et ont moins de résistance aux changements. Alors, une IA féminine, c'était un choix assumé.
- Speaker #0
Et est-ce que ce n'est pas aussi, enfin, je sais qu'il y a des chercheurs qui réfléchissent et qui disent finalement, est-ce que la femme ministre idéale n'est pas une femme que... À qui on fait dire ce qu'on souhaite ?
- Speaker #1
Est-ce qu'elle est contrôlée ? Alors, si c'est une femme qu'on a tenté de contrôler, je suis déjà moins d'accord avec l'idée. Oui, alors on lui fait dire ce qu'on veut, effectivement. Après, il ne faut pas oublier que toutes les IA ont été entraînées par des hommes, donc elle a quand même des biais elle-même masculins. L'avenir le dira, mais c'est vrai qu'il faut faire attention à ne pas répéter ses biais. Je n'ai pas forcément d'avis sur la question et je pense que c'est le long terme qui va nous montrer ce qu'elle est capable de faire. Par contre, si ça peut réguler le marché public.
- Speaker #0
Oui, en tout cas, on voit qu'il y a encore ces sérotypes de la femme qui renvoient une image peut-être de rassurant. Est-ce qu'il y a quelque chose que vous voudriez rajouter, Laura ?
- Speaker #1
D'abord, que toutes les femmes veillent à ne pas tomber dans ce fameux syndrome de l'imposteur. Peut-être aux maîtresses, aux maîtres d'école. qui veille très très tôt à ne pas créer ces biais de genre, à ne pas créer de différence. Une jeune fille n'est pas faite que pour écrire, parce que ça aussi on l'entend souvent. Non mais toi c'est pas grave si tu n'as pas tout compris, si tu n'avais pas toute la logique, tu écris bien et tu feras une femme de lettres. C'est très bien, il faut des femmes de lettres. Mais c'est pas parce qu'on écrit bien qu'on n'a pas une logique qui nous permet de faire du code. Je le disais il n'y a pas longtemps, les jeunes gens qui font du latin, du grec, ils ont une structure, une logique. qui est très particulière dans les fonctions grammaticales, qui va s'apparenter à ce qu'ils vont pouvoir faire dans le code, dans la logique du code. On a un test de logique pour rentrer à Epitech. Et finalement, qu'on vienne d'un bac plutôt scientifique ou d'un bac littéraire, c'est la logique qui compte et comment on imbrique les propositions. Donc, ne pas se dire, j'ai été orientée vers des études littéraires et finalement, je ne peux pas viser la tech. Ou inversement, je suis dans un car... très scientifique biologiste en fait tout le monde de demain c'est la tech c'est l'informatique et donc il faut aller jusqu'au bout de son rêve et se dire que c'est des belles carrières Avec de l'émancipation aussi pour les femmes, puisque qui dit belle carrière dit beau salaire. Des métiers qui sont compatibles avec le télétravail, avec une vie de famille, quoi qu'on en dise. L'informatique, la tech, c'est plus le geek dans sa caverne, avec... Enfin, ça n'a peut-être jamais été le cas. C'est l'animal qu'on a. Voilà, le métier qu'on peut avoir à cause des séries télé et autres. Ce n'est pas le geek qui mange la pizza au fond de sa cave. Les femmes, on a besoin de vous. S'il vous plaît, c'est un appel aux femmes. Rejoignez la tech, rejoignez l'IA, la cybersécurité, la data, l'ingénierie logicielle, le jeu vidéo. Bref, il y en a vraiment pour tous.
- Speaker #0
Après, vous serez embauchées à la poste parce que nous, on en cherche. C'est très bien. Vous allez les fermer et nous, on va les embaucher.
- Speaker #1
Avec plaisir, on vous les envoie.
- Speaker #0
Merci beaucoup, Laura.
- Speaker #1
C'est moi.
- Speaker #0
Je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Appareil Gal. Merci, Laura. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir. À très vite. Merci.