- Speaker #0
Bienvenue à À part égale, l'émission du réseau parité 1-1 du groupe La Poste. Et aujourd'hui j'ai la grande joie de recevoir parmi nous Laurie de L'Hostal.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Bonjour Laurie. Alors Laurie vous êtes journaliste sportive, vous êtes Vous êtes spécialiste de pas mal de sports. Vous avez commencé avec le handball. Et puis, vous avez continué sur tout type de sport, notamment. Vous êtes présentatrice. Alors, je peux tout citer, mais il y a une question que vous avez réalisée.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et puis, vous êtes aussi réalisatrice de documentaires, notamment récemment, avec un documentaire sur Laure Manodou. Et vous êtes aussi autrice d'ailleurs de Championnes. Vous avez co-écrit avec Cécile. Gré, c'est ça ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Et puis vous avez fait un documentaire de devenir bleue. Enfin bref, vous avez un parcours très large dans le milieu du sport.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et pour mettre en lumière aussi les femmes dans le sport. Parce que vous avez aussi confondé d'ailleurs le collectif Les Femmes Journalistes du Sport.
- Speaker #1
Exactement, oui, c'est ça.
- Speaker #0
Donc on est ravis de vous recevoir, Laurie. On avait reçu aussi Candice Prévost, qui est une subvence professionnelle. du PSG qui a été dans l'équipe de France. Et votre documentaire, Les Bleus, vous parlez de femmes combattantes. J'ai envie de vous poser cette question. Est-ce qu'il faut se battre ? Est-ce que c'est le parcours du combattant quand on est une femme et qu'on arrive dans un milieu qui est plutôt réputé comme masculin ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que l'épisode sur l'équipe de France féminine de football s'appelait « Devenir bleu et les combattants » parce qu'effectivement comme ces joueuses de l'équipe de France on peut dire que toutes les femmes dans le sport doivent dépasser un certain nombre d'obstacles On va dire que le sport c'est un bastion masculin que ce soit pour les journalistes comme moi parce qu'on est... Très minoritaires les femmes dans le sport, c'est assez particulier, les gens ne se rendent pas forcément compte mais il y a peu de métiers finalement où on est autant en minorité puisqu'on est autour de 10% de femmes dans les rédactions de sport donc c'est extrêmement minoritaire et le fait est que souvent quand on est minoritaire on est minorisé voire discriminé donc c'est forcément compliqué. Quand j'avais confondé ce collectif de femmes journalistes On avait appelé toutes les journalistes. Alors comme on n'est pas beaucoup, c'est pratique. On avait contacté les 250-300 journalistes pour les appeler. En leur posant la question « Est-ce que tu as eu des sujets dans ta carrière ? » Les seuls qui me disaient « Non, rien du tout » . Je leur disais « Comment s'est passé ton congé maternité ? » Et à la fin, il y avait toujours eu des soucis. C'est compliqué pour les femmes journalistes, c'est compliqué pour les sportives, notamment économiquement. Et c'est compliqué de manière générale dans ce monde du sport que les hommes ont assez envie de se réserver. C'est un peu à eux.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, il y a la loi Rixin, il y a des quotas pour arriver à avoir plus de femmes, atteindre ces 40%. Est-ce qu'il y a les mêmes genres de quotas ?
- Speaker #1
quota dans le milieu ? Oui, il y a un travail qui est mis en place parce qu'il le faut. Parce que pour le coup, les instances dirigeantes dans le sport, c'était la catastrophe. Mais il y a encore seulement aujourd'hui deux femmes dirigeantes d'une fédération olympique. C'est extrêmement compliqué. Deux femmes sur une minorité ? Alors, il y a une trentaine de fédérations olympiques. D'accord. On augmente un petit peu en dessous, mais en haut du panier, ça n'a pas du tout évolué. On peut se dire, on se dit toujours, mais si, ça va un petit peu mieux. En vrai, les chiffres tout en haut, ça n'a pas du tout bougé. Donc, on ne peut pas dire que ça s'améliore. Ce serait malhonnête de dire ça.
- Speaker #0
Bien sûr, ça ne bouge pas des masses.
- Speaker #1
Malgré la mise en place de quotas qui font progressivement... monter les filles dans cette pyramide, les femmes.
- Speaker #0
Vous Laurie vous avez plutôt un parcours de formation j'entends littéraire,
- Speaker #1
hypokine, philosophie...
- Speaker #0
Et donc avec un milieu j'imagine où il y a plus de femmes ?
- Speaker #1
Oui ! Donc vous avez vu les deux et qu'est ce qui vous a donné envie en fait d'aller dans un milieu complètement différent ? Ce n'est pas que j'ai eu envie d'aller dans ce milieu, c'est que c'était mon milieu. Pour moi, c'était assez évident. Le sport faisait partie de ma vie, de ma famille. Comme beaucoup d'enfants, je suis venue encore par ma famille. Mais c'était représenté autant par les hommes que par les femmes dans ma famille. Pour moi, je n'avais pas ce biais. Mon père, ma mère, mes grands-parents faisaient beaucoup de sport. Donc voilà, il y avait cette passion de pratiquer le sport et de le regarder. Et donc, j'ai fait très jeune du sport. Et donc, c'était mon milieu en fait. Je ne me suis pas dit...
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Je me sentais complètement légitime. J'ai commencé à travailler sur le handball qui était mon sport. Donc là aussi, j'étais légitime. En plus, dans des rédactions où il y avait peu de gens qui connaissaient bien ce sport. Donc, j'avais ma petite expertise. Et c'est vrai que je ne suis pas rentrée dans ce milieu en me disant « Il n'y a que des garçons, je ne suis pas légitime » . En plus, comme beaucoup de femmes, je suis rentrée dans ce milieu il y a plus de 20 ans. Comme beaucoup de femmes, à ce moment-là, Je ne voyais pas tous les biais qui m'entouraient en tant que femme dans ce milieu. Il y avait plein de petites micro-agressions, mais que j'ai mis plusieurs années à intégrer et à me dire « Non, mais ça, ce n'était pas OK. Ce n'était pas normal. » Et je peux vous dire que quand vous êtes une jeune fille... J'y commençais assez tôt. J'ai eu ma première carte de presse à 24 ans. Quand vous êtes une jeune femme qui arrive dans des stades... avec quasiment que des confrères, je peux vous dire que ce n'est pas évident.
- Speaker #0
C'est vrai qu'on en parle peut-être plus et c'est un peu tabou. Ce que j'entends dans ce que vous dites et qu'on retrouve beaucoup nous aussi dans le milieu de l'entreprise, vous étiez totalement légitime. Vous connaissiez bien ce sport, peut-être plus que d'autres. En tout cas, vous étiez complètement légitime et vous avez été Et on retrouve parfois ce qu'on appelle, nous, dans l'entreprise en tout cas, chez les femmes, ce fameux syndrome de l'imposteur, que finalement les femmes ont peu à la base puisqu'elles vont sur des types... Est-ce que c'est une construction du coup ? Est-ce qu'on renvoie ça ? Est-ce que l'entourage, l'environnement dans lequel on est, renvoie cette espèce de doute ? Est-ce qu'elle est vraiment capable de le faire ?
- Speaker #1
Est-ce qu'elle n'est pas dans les normes ? Je pense que des regards, des petites réflexions... Petit à petit, ça cumule. Et puis au début, je n'osais pas dire que ce n'était pas normal de dire ça. Je me souviens précisément la première fois où je l'ai dit. Je me souviens très bien qu'en fin de saison, je présentais une émission de football et c'était la fin de saison, tous les matchs étaient en même temps, donc tout le monde devait partir faire des interviews sur place. On me dit « tiens, je me souviens, c'était toi Laurie, tu vas aller à Bordeaux » . Et il y a un journaliste, qui en plus n'était même pas un bon journaliste, qui a dit… Quoi ? Mais même elle, elle va faire les interviews. Alors que j'avais déjà mes presque 15 ans de carrière. Et là, je me suis dit, c'est quand même le pompon. Et c'est la première fois où je lui ai dit, ce n'est pas OK ce que tu dis. Et où je suis allée voir mes chefs pour leur dire, en fait, ce n'est pas OK qu'ils disent ça devant tout le monde. Parce qu'en plus, ils m'humilient. Et en plus, c'est lui qui est naze en plus.
- Speaker #0
Je ne comprends pas quoi.
- Speaker #1
Mais j'ai mis des années à dire « Non, ce n'est pas OK de dire ça. » Et donc on accumule des petites remarques. Une des premières remarques que j'avais eues, que je raconte souvent qui était très drôle, une des premières fois où je suis allée dans un stade pour faire mon travail, je suis arrivée et il y a un confrère qui m'a dit « Tu es la secrétaire d'un journaliste. » Et je lui ai dit parce que quand même, j'avais quand même de la répartie malgré mon journal, je me suis dit « Ah bon ? Mais on peut avoir un ou une secrétaire quand on est journaliste, mais moi aussi j'en veux une. » Alors qu'en plus, ça n'existait même pas. Je ne sais même pas d'où il a sorti ça. Oui, donc c'est bien ancré. Il y a ce sexisme qu'on appelle ce sexisme ordinaire, en fait, avec des petites phrases pour l'heure de rien.
- Speaker #0
Est-ce qu'on se libère ? Est-ce que c'est parce qu'on prend maturité ? Enfin moi, je vois aussi avec l'expérience, avec le recul, on voit les femmes qui apprivent plus à s'exprimer ou à mettre du holà. Est-ce que d'ailleurs... Des événements comme MeToo, ce qui a pu se passer, a libéré aussi la parole. Qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui, peut-être on remarque plus ces petites phrases anodines qui enferment quelqu'un dans un certain rôle auquel on veut le mettre ?
- Speaker #1
C'est une bonne question. Moi je pense que c'est en prenant de l'âge et surtout en commençant à discuter avec des consoeurs. Et puis aussi, je me souviens que les premières choses qui m'ont fait parler... c'était d'observer des consoeurs victimes de discrimination. Je me souviens d'une amie qui était enceinte et un directeur de la rédaction avait dit... Elle avait pris du poids, oui. C'est normal, elle est enceinte. Il avait dit... Je l'ai vu dire à un réalisateur et à un rédacteur en chef « Faites en sorte que ça ne se voit pas » pour une émission à venir. Et ça, ça m'avait mis très en colère. Et voilà... C'est ces moments-là où j'ai commencé à être en colère, où ça a commencé un peu à se construire dans ma tête, où on a commencé à en parler, à se dire « non mais ça c'est pas normal » . Par exemple, c'était un vrai sujet les enfants parce que cette même amie m'avait dit « je rencontre tout un seul enfant et les autres ils en ont deux, trois, les garçons donc. Et elle m'avait dit « Tu crois que c'est normal, ça ? » Et on a commencé à... On s'est construit un petit peu notre culture autour de ça dans le sport. On se l'est construit nous-mêmes en lisant après de la littérature féministe. Il y a quelqu'un qui est très important aussi pour nous dans le sport. Elle s'appelle Béatrice Barbus, qui est une sociologue, qui a travaillé sur le sujet, avec qui j'ai eu ma première expérience de sororité. Vraiment, au tout début où je travaillais sur le handball, elle était énorme. présidente d'un club professionnel, ça a été la première en France. Et elle est venue me voir un jour, alors que je commentais un match, elle est venue me voir en me disant « On est deux femmes dans ce milieu, ça va toi ? » Et c'est la première qui m'a fait découvrir ce concept de se dire « Oula, quand on n'est pas beaucoup, est-ce qu'on irait pas se parler et se dire « Ça va toi, personne t'embête » ou « C'est ok » . En fait, je me suis nourrie des autres, on s'est toutes nourries de ça.
- Speaker #0
C'est une question que je voulais vous poser. La sororité, quand on est femme en minorité, on essaie aussi d'avoir des temps d'échange entre femmes. On a un réseau parité, donc il y a des hommes et des femmes. Mais on trouve que c'est important d'essayer de faire en sorte que les femmes se rencontrent et se parlent vrai. Parce qu'effectivement, je vous rejoins, quand on pose la première question, quand on rencontre des femmes, notamment à certains types de postes et plus au monde d'ailleurs, qu'elles vous disent « moi jamais je n'ai eu de problème » parce qu'il y a une position à tenir aussi. Sûrement. Et en fait, quand les femmes se parlent entre elles, elles se parlent le vrai. Est-ce qu'il faut essayer de mettre en place des moments pour vraiment aller vers cette sororité sincère et transparente ?
- Speaker #1
Je pense que c'est essentiel que celles qui sont privilégiées, dont je fais partie, qui sont en place dans un milieu, parlent entre elles de ce qu'on peut faire pour faire bouger les choses et puis pour aider celles qui arrivent, celles qui sont plus en fragilité. Moi, quand on a cofondé le collectif, c'est parce qu'à ce moment-là, je me suis dit « Ok, moi là, je suis privilégiée. J'ai ma place et je fais partie de celles qui peuvent dire « C'est pas ok ça, on doit faire les choses différemment » . » Et donc, je me suis dit « C'est le moment de s'engager pour aller aider les autres. » Moi, honnêtement, je continue comme toute femme classique, mais quand même dans un rôle privilégié puisque j'ai un statut, je suis une femme blanche. blonde. Et donc, oui, après je pense même que, je vais même aller plus loin, je pense qu'on a cette obligation aussi de créer ces espaces pour aider les autres. Et aider les femmes qui sont en difficulté, c'est aussi aider les hommes qui sont en difficulté. Dans les rédactions de sport, il y a toute une partie des hommes qui ne sont pas acceptés. Je ne vous parle même pas des hommes qui peuvent être homosexuels. Là, on est peut-être au plus loin. Mais il y a plein d'hommes qui n'ont pas envie d'être dans des boys clubs, d'être dans cet environnement qui est violent. On peut être dans un environnement concurrentiel, ça, il n'y a pas de souci. Mais voilà, c'est évident que ça profite à tout le monde.
- Speaker #0
Bien sûr. Moi, je suis complètement d'accord avec vous parce que parfois, j'entends, on me confronte en disant l'égalité ou les femmes, quand on travaille sur l'égalité entre les hommes et les femmes, finalement, il y a aussi d'autres sujets. Mais bien souvent, quand on travaille déjà sur ce sujet de parité et d'égalité, on embarque tous les autres sujets. Il y a souvent qu'on est déjà ouvert à cette diversité de la moitié de la population humaine. Évidemment, on est ouvert pour travailler les autres. Et ce que je trouve intéressant dans ce que vous dites, c'est que malgré tout, malgré qu'on a l'impression de voir plus de femmes, qu'il y a des choses qui se passent, j'entends que vous n'êtes encore que 10%, Qu'est-ce qui fait, à un moment donné, et on sait que ça profite à d'autres, ça profite aussi aux hommes, qu'on vit de ne pas être dans ce... enfin, on a reçu ce papier palin,
- Speaker #1
d'être dans ces stéréotypes, ou d'être un homme fort, etc., qui s'occupe pas des enfants.
- Speaker #0
Il y a plein d'hommes qui ont envie d'avoir du libre.
- Speaker #1
Le sujet de la parentalité, voilà, c'est évidemment que plus d'égalité profiterait aussi aux hommes qui ont eux aussi besoin d'avoir plus de temps pour s'occuper de leurs enfants. Et ils en ont envie, j'en suis sûre. Il y a beaucoup de résistance encore, c'est évident. C'est plus compliqué que ce que je pensais au départ de faire bouger les choses. Je me disais qu'en se mettant... Alors je vais dire toutes ensemble parce que malheureusement quand on a commencé à parler du fait qu'on ne se sentait pas forcément à l'aise dans les rédactions, ça c'est le minimum parce qu'après finalement j'ai découvert aussi plein de violences que j'ignorais, des femmes qui avaient été victimes de violences. Typiquement, classiquement, la petite stagiaire qui arrive, qui reçoit des SMS pas du tout appropriés du chef et qui après quitte le milieu. Bref.
- Speaker #0
C'est toujours la victime qui doit quitter. À ce moment-là,
- Speaker #1
quand on a lancé ça, j'ai été vraiment très triste parce qu'on est embarqué aussi peu d'hommes. J'étais honnêtement... Je me disais, moi j'ai plein de garçons bien qui travaillent autour de moi, mais on n'est pas arrivé à les embarquer. Je n'arrive toujours pas trop à savoir pourquoi, parce que je sais qu'ils sont ok avec ça, mais ils ne se sentent pas légitimes. Alors qu'évidemment c'est un mouvement, et j'ai l'air de ne pas répondre à la question, mais j'y réponds. C'est-à-dire que pour aller au-delà de ces résistances et véritablement avancer, c'est archi bateau. Mais personne n'y arrive trop encore à travailler tous ensemble et à se dire non, ça ce n'est plus possible, on ne veut plus de ça. Plus personne ne veut de ça. Ça commence un peu, il y a des hommes qui ont signé des tribunes, qui commencent un peu à parler, à prendre la parole.
- Speaker #0
Mais c'est vrai, moi je vois dans l'émission là, j'ai contacté pas mal d'hommes parce que j'essaye d'avoir un équilibre. Et même s'ils sont tout à fait ok avec le sujet, peu acceptent de venir parler devant une caméra. C'est assez étonnant et assez troublant. Donc il y a encore du chemin. Est-ce qu'ils ne se sentent pas légitimes ? Je ne sais pas, mais c'est vrai qu'il y a encore un petit sujet autour de ça. Il y a toujours une inégalité salariale et notamment dans le milieu sportif. Je crois que c'est le cas peut-être en tant que journée sportive, mais aussi en tant que sportive au niveau. Alors qu'il y a quand même un principe qui est un travail égal, un salaire égal. Est-ce qu'une footballeuse à un footballeur par exemple ou une balleuse... Les handballeurs font le même job, a priori. Bon, ils sont moins vus, peut-être du coup c'est moins bookable. Qu'est-ce qui fait qu'il y a encore ces freins, ces différences ? Et dans le milieu de journée, je ne sais pas, est-ce que c'est le cas aussi ? Est-ce qu'il y a encore cette différence dans le même travail ?
- Speaker #1
Le sujet des footballeuses, c'est un vrai sujet intéressant. C'est-à-dire que si on ne réfléchit pas et on répond comme beaucoup de gens, comme certaines joueuses elles-mêmes, évidemment, on génère moins d'argent. Donc c'est évident qu'on gagne moins d'argent. Après, on peut aussi réfléchir aux valeurs qui nous intéressent dans la vie. Est-ce qu'on est obligé de se baser uniquement sur du rendement économique ? Ou est-ce que ça serait pas mal de combler un peu de retard ? Et justement, sur cette question de retard, Béatrice Barbus a pas mal travaillé là-dessus. Sur le fait qu'il y a 50 ans de retard, le sport féminin et notamment le foot féminin, pendant 50 ans, on n'a pas investi sur le foot féminin. elle considère qu'il y a une dette envers ces sportives qui devrait être rattrapée. Donc on peut aussi voir les choses comme ça. Et de toute façon, ça se mord la queue. C'est-à-dire que si on n'investit pas dans le foot féminin, évidemment qu'il est moins attractif, évidemment qu'il est moins regardé. Tout le monde sait, c'est simple. Mais ça, pour le coup, je sens qu'il commence à y avoir quelque chose. Il y a une femme formidable dans le sport en ce moment qui s'appelle Michelle Kang qui a racheté l'Olympique Lyonnais féminin et qui maintenant est à la tête de l'Olympique Lyonnais masculin également, qui est une femme d'affaires sino-américaine qui a fondé sa fortune, qui est milliardaire. Et quand elle a racheté son premier club de foot aux Etats-Unis, le précédent club de foot avait été vendu, je vais vous dire n'importe quoi, 20 millions. Elle, elle a acheté celui-là en disant « moi je l'achète 50 millions » . Et elle a fixé ? Voilà, il y avait fixé une somme. Et elle a fait monter les enchères. Et voilà, elle a décidé d'investir dans le sport féminin. Et elle le dit, ce n'est pas parce que j'aime les femmes. Elle aime les femmes. Elle veut que le sport féminin soit soutenu. Mais c'est parce qu'elle est persuadée que c'est un business à aller chercher. Ça,
- Speaker #0
c'est intéressant.
- Speaker #1
Et c'est vraiment bien qu'elle soit arrivée en France pour faire un petit peu bouger ça. Je pense que vraiment, le business du foot féminin Il y a un vrai public à aller chercher et il y a de l'argent à se faire, donc il faut investir dedans. Et il y a pas mal de gens qui commencent à comprendre ça et à travailler là-dessus dans le milieu.
- Speaker #0
Et on l'a vu parce qu'à chaque fois qu'il y a eu des footballeuses, des matchs, c'est très regardé en fait. Donc finalement, c'est montré et ça c'est étonnant aussi. C'est-à-dire que quand on se dit qu'il y a plus de femmes, il y a moins de business, alors qu'en fait c'est très avéré aujourd'hui que plus il y a de mixité et plus il y a de femmes et d'hommes d'ailleurs. Oui bien sûr ! plus les entreprises et n'importe quel business rapportent, puisqu'on va chercher les bonnes personnes, les bons talents sans les discriminer de par le genre. Mais il y a encore ça qui est très ancré. J'avais aussi, je voulais vous demander finalement, en donnant la voix aux autres, en tant que journaliste, en faisant des documentaires, est-ce que finalement, mais je crois qu'on a la réponse sur vos entendances, c'est votre propre voix que vous voulez faire entendre à travers la voix des autres ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr ! En tout cas, le fil conducteur de mon travail, Oui, c'est de mettre en lumière des femmes et puis d'essayer de mettre une petite graine à chaque fois, une petite idée dans la tête. L'Ormanodou par exemple, avec Guillaume Prion on a fait un documentaire sur elle, c'est parce qu'il y a très peu de films sur les sportives. que c'est une immense championne, et puis qu'on avait l'impression que personne ne l'avait écoutée, cette jeune femme, et qu'on voulait lui donner l'opportunité de raconter son histoire. Donc oui, je pense que ça passe par plein de petites choses comme ça, et oui j'ai besoin de cet engagement-là toujours, sinon ça ne m'intéresse pas vraiment.
- Speaker #0
D'ailleurs, les femmes sportives sont aussi souvent plus critiquées ou regardées que le justeur de niveau sportif.
- Speaker #1
Oui, alors Manoudou par exemple, ça a été un très bon exemple et c'est encore le cas beaucoup aujourd'hui.
- Speaker #0
C'est encore le cas ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, bien sûr. Mais elles commencent à se rebeller. Ça aussi, ça vient des Etats-Unis. Et j'espère qu'en France, de plus en plus, elles vont dire « non, on n'est pas d'accord » et qu'elles vont faire entendre leur voix. Je crois qu'elles ont très peur des réactions.
- Speaker #0
C'est la question que j'avais posée. Elles ont peur d'être rejetées, de ne plus avoir de possibilités ?
- Speaker #1
C'est compliqué pour elles de s'exprimer. On sent qu'elles sont très prudentes, elles ont peur des réactions. Mais ça aussi, je pense que c'est un mouvement qui est en cours et elles vont nous apporter beaucoup. Elles vont oser taper du poing sur la table. Une Romane Dico, que je trouve qui est une sortie vraiment très intéressante, la judocate, elle qui a été beaucoup attaquée par des grossophobes sur les réseaux sociaux. Bah oui, évidemment, c'est une judocate... C'est sa catégorie, c'est plus de... Je ne sais plus d'ailleurs combien c'est, mais bref. On ne dit pas ça sur des... Elle pèse pas 45 euros, c'est une évidence. Et donc à un moment, elle a pris la parole pour dire que ça suffit maintenant.
- Speaker #0
C'est ça. Donc, les femmes sont souvent attaquées dans le sport, mais même ailleurs, sur leur physique aussi, sur ce qu'elles renvoient à l'agisme. On sait aussi que c'est important. Alors, dans le milieu du sport, certainement encore pire parce que de fait, on est très vite retraité. Mais ce rôle physique est important. Est-ce que vous, Laurie, vous avez un rôle modèle ? Quelqu'un qui vous a inspiré, qui vous inspire ?
- Speaker #1
Il y a plein de femmes qui m'inspirent, mais... J'ai un peu parfois changé de rôle modèle, mais Michel Kang, c'est quelqu'un qui m'inspire. C'est tout ce que j'aime, quelqu'un d'efficace, de terre à terre. Elle a fait un truc très intelligent quand elle est arrivée en France. J'ai eu la chance avec d'autres de déjeuner avec elle parce qu'elle avait envie d'entendre ce qu'on pensait du foot féminin en France et donc elle a invité des journalistes. femme à déjeuner avec elle pour savoir quelles étaient nos problématiques et comment on pouvait avancer ensemble. Voilà, le dialogue, avoir l'intelligence d'écouter les autres. Ça je pense que c'est une vraie belle qualité aujourd'hui.
- Speaker #0
Merci Laurie parce qu'à chaque fois on découvre aussi des personnalités. Oui oui. Que je sois quelqu'un de différent et ce n'est pas forcément les trois pères et les simones qu'on nous cite habituellement. On redécouvre...
- Speaker #1
Allez chercher sur internet et lire les papiers sur ces femmes. C'est extraordinaire.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui resterait à faire, Laurie ? Enfin, beaucoup de choses, mais là, en priorité pour vous, il faudrait aller sur quoi ? Comment on peut travailler ?
- Speaker #1
La gouvernance. Il faut changer la gouvernance. C'est mon sentiment, mais c'est le sentiment de plein d'autres. Et pour changer la gouvernance, je pense qu'il faut agir ensemble et peut-être avec les mêmes moyens qu'ont utilisés certains hommes qui sont tout en haut. Voilà, il faut qu'on soit malines et... J'ai envie de dire malin, parce que je pense qu'on pourrait s'y mettre à plusieurs.
- Speaker #0
Maline et malin.
- Speaker #1
Voilà. Comme ça, on peut... Pour essayer de placer toutes ces femmes compétentes pour équilibrer un petit peu la gouvernance. Il y aura encore évidemment des hommes, mais ce serait bien qu'il y ait un petit peu plus de femmes.
- Speaker #0
Et avoir un modèle qui ne soit pas forcément toujours dans cette force, comme vous le disiez, ou dans des choses à côté qui ne permettent pas d'avoir du bien-être aussi au travail, et un équilibre, et de venir travailler sereinement. Parce qu'à travers vos propos, on sent ça aussi. Oui, bien sûr. C'est important de le dire. Bien sûr. Merci beaucoup,
- Speaker #1
Laurie.
- Speaker #0
Encore un grand merci. Et puis je vous donne rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode d'Appareil Gale. Merci, Laurie. Merci.