- Speaker #0
Hello les voyageurs et bienvenue sur A ton tour du monde, le récit des voyageurs. Aujourd'hui je vous emmène à la rencontre de nouveaux aventuriers. Alors préparez-vous à être transportés au bout du monde. Bonne écoute ! Aujourd'hui, j'ai la chance de recevoir Denis Van Den Berghe, marin professionnel, le premier Belge à avoir bouclé le Vendée Globe, cette course autour du monde à la voile, en solitaire, sans escale et sans assistance, et sans option de retour. Son bateau faisait partie des plus anciens, une équipe 100% bénévole, et pourtant tellement soudée qu'elle aurait même pu traverser l'Atlantique à la nage derrière lui. Il est devenu l'un des plus grands vainqueurs médiatiques de cette édition. Non pas pour sa vitesse, mais pour sa résilience, son courage et sa simplicité. Finir le Vendée Globe, c'est mieux que fumer un pétard. C'est Denis qui le dit. Et pourtant, il n'en a jamais fumé, mais il plane, il pleure, il repleure. Et franchement, on comprend pourquoi. Ce qui m'a donné envie de tendre mon micro à Denis aujourd'hui, ce n'est pas juste le défi sportif, mais c'est ce qui révèle de l'humain. Parce que cette combinaison rare de doutes, de fatigue, de solitude et de sens. Alors dans cet épisode, on va parler de rêves qui viennent réalité, de sacrifices, de grands départs, de casse matérielle et mentale, mais aussi de joie inattendue, de pleurs sur les vagues, et surtout, ce qui peut pousser un homme comme Denis à tout risquer pour vivre quelque chose de grand, très grand, de vrai et d'essentiel. Préparez-vous pour un voyage intérieur et bienvenue dans le sillage de Denis. Est-ce que cette présentation te convient ?
- Speaker #1
Oui, c'est beaucoup d'éloges. Grosse mission pour moi dans le podcast.
- Speaker #0
Avant qu'on monte sur ton bateau, je voudrais qu'on revienne juste un petit peu la veille du départ parce que je sais que c'est souvent des nuits un peu agitées, un peu folles. Je voudrais que tu nous fasses revivre cette nuit-là. Qu'est-ce qui se passe dans ta tête la veille du départ ?
- Speaker #1
J'ai un peu l'impression d'être sur RTL dans les histoires de Pierre Belmar. J'écoutais justement quand j'étais... gamin sur le bateau de mes parents. La veille du départ, dernier repas avec les enfants. En toute simplicité, là où j'ai logé pendant deux ans et demi pour ma préparation du Vendée Globe, j'ai d'abord logé longtemps dans le bateau parce qu'on n'avait pas de budget. C'est quand même des bateaux qui ne sont pas confortables puisque c'est des bateaux de course. Il n'y a pas de sanitaire, il n'y a pas de toilette, il n'y a pas de douche, il n'y a à peine une mini-cuisine. Et puis après, j'ai eu la chance d'avoir un partenaire technique qui était à un camping près et Sable de Lonne et il me... Ils me prêtaient un bungalow 10 mois par an. Et donc, la veille du départ, dîner avec les enfants dans ma cabane, comme je l'appelais. Tu te demandes un peu où t'es, mais de toute façon, t'es au pied du mur et il n'y a plus beaucoup d'échappatoires. Donc, il y a un moment, il faut y aller. Puis, c'est une nuit aussi, on se lève assez tôt parce qu'on a rendez-vous. Moi, je pense que j'avais rendez-vous à 6h15. Et puis l'anecdote, c'est que toutes les routes sont barrées pour arriver jusqu'au Sable d'Olonne. Et que là, on a laissé passer, mais on se fait quand même arrêter par un ou deux contrôleurs à un moment, qui me demandent « Mais qu'est-ce que vous faites là ? » Et je dis « Excusez-moi, je vais prendre le départ. » « Ah pardon, pardon ! » Ils me laissent passer, donc c'est assez rigolo, assez loquace, mais c'est vrai que tu ne fais pas le malin. Ceci dit, on s'est retrouvés les 40 skippers ensemble, et tu vois que même là, les skippers qui ont déjà fait un, deux, trois ou quatre Vendée Globe, ils ne font pas beaucoup plus les malins finalement. On est tous quand même dans nos petits souliers. Mais après, ça reste quand même aussi un grand moment. C'est beaucoup d'émotion. Et c'est vrai que tu arrives sur le ponton. Et là, tu sais que c'est parti. Donc, c'est assez impressionnant.
- Speaker #0
Je me souviens, moi, j'ai eu la chance de te rencontrer justement quelques semaines avant le départ. Tu avais donné une conférence et on avait surtout parlé de la préparation. Comment on se prépare pour une expérience comme celle-là pour le Vendée Globe ?
- Speaker #1
Déjà, il y a le volet qualification. Donc, c'est quatre ans en total de qualification. donc j'ai fait Presque 20 000 milles, donc 40 km avec le bateau juste en qualification. Donc ça, c'était un volet qui était impératif pour pouvoir prendre le départ. Et puis après, tu as toute la préparation physique que toi, tu peux faire en amont. Donc l'idée, c'était un maximum navigué, parce que c'est quand même la meilleure des préparations. Donc pendant tout le mois d'août, j'ai navigué 7 jours sur 7 en faisant des nav' de 24 à 48 heures, plus des journées. Et puis, il y a tout un volet préparation physique. Donc, c'était aller à la salle avec un kiné et un coach. C'était nager, c'était rouler à vélo. Donc, quatre fois par semaine pratiquement du sport. Et puis, un petit volet préparation mentale aussi avec un coach mental. Imagerie, sophrologie pour pouvoir se relaxer, travailler la respiration aussi. Avec quelqu'un que je connaissais qui était spécialisé dans tout ce qui est respiration profonde et des choses comme ça, respiration en cycle pour pouvoir se relaxer, pour pouvoir s'endormir facilement. Ça fait partie d'un atout. Il y a aussi un aspect diététique. Moi, ça avait une influence directe aussi sur le mal de mer. Donc, c'était important que je fasse attention. Les dix jours avant le départ, de faire attention à ce que je mangeais, à ce que je buvais, comment je m'alimentais.
- Speaker #0
Ça me paraît dingue ce que tu viens de dire. Ça veut dire qu'un marin professionnel, il a encore des fois le mal de mer ?
- Speaker #1
On a tous le mal de mer. C'est un mythe de croire qu'on n'a pas le mal de mer. Et finalement, c'est tout à fait normal. On n'est pas égaux devant le mal de mer. On peut tous être sujet au mal de mer, mais c'est quelque chose de normal puisque c'est un bug dans le cerveau entre les informations de l'oreille interne et de la vision. Et donc, il faut que le cerveau s'habitue. Heureusement, on a eu des conditions légères au départ du Vendée Globe, donc ça a permis de s'acclimater facilement.
- Speaker #0
La préparation a été intense et longue puisque tu parles de quatre ans. C'est quoi justement tout ce qui est arrivé, tous les aléas auxquels tu n'as pas pu te préparer ?
- Speaker #1
Alors, il y en a beaucoup, puisqu'on a beau... beaucoup, beaucoup s'entraîner. C'est pour faire face justement à l'imprévu qu'on s'entraîne beaucoup. Donc voilà, il y a eu des casses matérielles, il y a eu des phénomènes météo auxquels on n'était pas préparé, il y a eu la gestion de la solitude quand même, qui était un vrai dossier à partir d'un certain moment. Voilà, donc la chose à laquelle on n'est pas préparé, c'est qu'on fait plein de courses pour s'entraîner. Le plus long, c'est les transats. Donc c'est, on va dire, 14 jours maximum en mer. Donc on n'est jamais préparé après à faire… Au-delà d'une trentaine de jours, ça commence à devenir un vrai dossier. Une fois que moi, au mois de juin, j'étais qualifié pour le Vendée Globe, on est rentré dans un autre volet de préparation et tout prend une dimension tout à fait différente et tout est hors norme. Ne fût-ce que la nourriture, on part avec 100 jours de nourriture et donc je pouvais préparer moi-même tranquillement avec mes deux petits sacs de nourriture quand je faisais une transat, c'est-à-dire le sucré et le salé. Et là, il y a eu deux personnes pendant une semaine qui ont préparé la nourriture. Les sacs semaine par semaine, avec un sac journalier, avec tout ce qu'il fallait dedans, la barre de chocolat, la barre de céréales, les différents repas en fonction des endroits où on est. Donc, on ne mange pas la même chose quand on est à l'équateur que quand on est en Grand Sud, puisqu'on dépense plus de calories, puisqu'il fait chaud et puis il fait très froid. Tout à l'avenant, les histoires de communication aussi. Quand il se passe quelque chose sur le bateau, comment on communique en fonction de la gravité de l'incident. Et puis, s'il y a quelque chose de grave qui se passe à terre, par exemple dans la famille. quelles sont les personnes ressources, quelles sont les personnes références. On aborde des problèmes auxquels on n'a jamais été confronté avant dans des courses classiques.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai qu'on pense surtout à toi et au bateau, mais on ne pense pas aussi à ce qui peut se passer pendant ton départ sur Terre, ne serait-ce que pour ta famille. Comment tu avais appréhendé ça ?
- Speaker #1
C'est simple, il y avait des personnes ressources qui étaient censées me communiquer l'état de santé de certains membres de ma famille. Et puis on avait aussi une procédure. L'idée, c'est que j'arrête tellement des globes que s'il y avait un problème vital pour mes enfants, si un de mes parents décédait malheureusement, l'idée, c'était qu'il reste au frais en attendant que j'arrive. C'est assez cynique et assez pragmatique, mais il faut le définir avant, parce que sinon, si on est dans des situations comme ça, qu'est-ce qu'on fait quand on est au milieu de l'eau et qui prend la responsabilité de te donner les informations ? J'ai deux très bons amis qui sont médecins. Et c'est vrai que c'était leur responsabilité de dire, écoute, voilà, là, il y a quelque chose d'important qui se passe par rapport à tes enfants. Il y a une communication, il y a des protocoles à mettre dans les deux sens, ce qu'on ne fait pas nécessairement sur les courses plus courtes, parce que sur une Transat, sur 10 jours, la proportion pour qu'il y ait quelque chose qui se passe de grave, elle est quand même assez infime. Et puis après, on est facilement accessible et on peut facilement s'arrêter aussi.
- Speaker #0
Moi, j'aimerais voir aussi comment tu as appréhendé la solitude. Je sais qu'il y avait quand même les réseaux sociaux parce qu'on a vu passer justement des vidéos sur Insta et ça, c'est quand même génial parce qu'on avait l'impression de le vivre avec toi. Mais tu étais quand même tout seul pendant 117 jours. Comment on a... prendre cette solitude et avec qui tu pouvais communiquer au quotidien ?
- Speaker #1
C'est devenu très facile en fait maintenant. de communiquer depuis un an et demi, deux ans. Il y a quelque chose qui a vraiment révolutionné, c'est les fameuses antennes Starlink, parce que du coup, on a une facilité de communication partout dans le monde et surtout, ça coûte à peine 200 euros par mois pour avoir 90 gigas de bandes passantes. Donc, c'est plus que ce qu'on a sur l'abonnement Internet à la maison. Alors, ça rend l'accès à la météo très facile, ça c'est important en termes de sécurité. Et puis après, ça rend vraiment la communication via les réseaux très facile, puisqu'en fait, on peut faire une visio quand on veut. Moi, j'ai fait des réunions au Teams avec 200 personnes pour les sponsors, entre l'Australie et le Cap Horn. Donc, ça change pas mal de choses. En même temps, l'isolement, il reste quand même important parce qu'il n'y a rien qui remplace autre chose que les vrais contacts sociaux. Et donc, il n'y a rien à faire. Les contacts via écran, il y a toujours au minimum deux écrans entre les personnes. Et donc, c'est sûr que ça change le rapport, ça change les émotions, ça change le... Le body language, le mindset aussi. Donc forcément, ce ne sont pas les mêmes contacts. Et c'est vrai que quand tu arrives, tu es content de réavoir de nouveau des vrais contacts sociaux. Et voilà, on peut se rappeler, il y a quatre ans, pendant le confinement, on a tous été super contents de faire des apéros via des applications avec nos copains. Mais la première chose qu'on a faite, quand il n'y a plus les couvre-feu et les restrictions, c'est quand même faire un apéro avec deux ou trois personnes parce que c'était tout à fait différent.
- Speaker #0
Heureusement d'ailleurs.
- Speaker #1
Oui, heureusement, évidemment. Donc voilà, c'est beaucoup plus facile, mais ça ne remplacera jamais les vrais contacts sociaux.
- Speaker #0
Alors du coup, je rebondis parce que c'est vrai que ça ne remplacera jamais, mais je m'imagine que par exemple pour tes fils, c'est génial parce qu'ils ont pu vivre quand même des moments quasiment réels avec toi, même s'ils n'étaient pas sur le bateau. Sentir tes émotions en moment où tu les vivais, je trouve que c'est quand même dingo.
- Speaker #1
Oui, c'est clair que c'est beaucoup plus sympa en termes de contacts et je pense qu'on n'arriverait plus à faire sans. Parce qu'on n'est plus habitué à ne plus avoir de contact pendant 3 ou 4 jours avec des personnes qui nous entourent. Autant avant, on partait en expédition, on partait un tour du monde, on partait faire une course, on était habitué à ce qu'on n'ait qu'un contact tous les 3 ou 4 jours. Moi, je me souviens, au début, quand je faisais la course au large, on envoyait un petit mail quand ça se passait bien et on n'écrivait pas trop de mots parce que sinon c'est trop lourd et ça coûtait cher en connexion satellite. Et même la première course que j'ai faite, on n'avait pas de contact. On avait zéro téléphone satellite, donc on n'avait pas de contact avec des proches. Donc, je pense qu'on n'est plus habitués et on n'aurait plus à couper comme ça pendant 10, 15, 20 jours tous les contacts qu'on a puisqu'on est hyper connectés tout le temps. Donc, sur le fond, sur la forme, c'est sympa. Mais sur le fond, ça pose aussi question sur notre rapport à ces médias et à ces relais sociaux. Et c'est vrai que ça permettait de communiquer assez facilement avec tout le monde et d'avoir des relations privilégiées avec les proches. Et dans les moments difficiles, c'est vrai que ça fait partie d'un vrai soutien moral.
- Speaker #0
Évidemment. Tu parlais de l'apéro tout à l'heure pendant les confinements, mais j'ai cru comprendre que tu t'étais accordé aussi des petites binous de temps en temps. Il y a eu la petite apéro quand même. Donc dans ces cas-là, c'est autorisé, on a le droit de se prendre sa petite bière au coucher de soleil ?
- Speaker #1
Oui, exactement. Ça faisait partie moi aussi d'une manière de déconnecter, de sortir du mode course. Alors voilà, après on fait super attention à ça parce que les études scientifiques et médicales montrent qu'avec la fatigue qu'on a, c'est comme si on était déjà à 0,5 degrés d'alcool. Donc voilà, et moi c'est vrai que j'avais quelques petites bières, mais c'était des 25 centilitres, donc c'est vraiment deux fois rien. Et puis on offre déjà une partie, un épume suivant la tradition, une partie au bateau et puis on boit ce qui reste. Donc voilà, mais c'est plus la symbolique quelque part. de réinstaurer ou de recréer ou de s'inventer une sorte de moment social en fait.
- Speaker #0
C'est hyper chouette. À l'inverse, quand tu as eu les gros aléas, notamment avec la voile, comment on gère ce stress, ces peurs ? Parce qu'il y avait forcément des peurs que tu as dû surmonter. Comment on gère ça quand on est tout seul et c'est le genre de crise de panique tout seul sur l'eau ?
- Speaker #1
Alors, crise de panique, quand tu es dans l'action, tu n'as pas de crise de panique. Au contraire, euh parce que de toute façon, tu es tout seul. C'est une crise de panique, il n'y a rien qui se passe. Ça ne marche pas. Non, tu gères, tu fais face et tu réfléchis aux différentes solutions. Tu essaies de trouver des points positifs. Même quand tu as des grosses avaries, le point positif, c'est que tu es toujours en course. En fait, nous, on savait que tant qu'on n'allait pas perdre le mât ou perdre la quille ou avoir une grosse voie d'eau dans le bateau, on pouvait continuer la course et on pouvait espérer terminer. C'était quand même l'objectif. Donc voilà, on est plus dans l'action. Après, je dirais qu'il y a plus des moments, parfois des crises de nerfs ou des gros moments d'août. C'est plus dans d'autres moments, quand il n'y a pas de vent, quand on n'avance pas, quand c'est compliqué au niveau de la météo. Voilà, c'est plus des trucs comme ça. Mais c'est vrai que quand tu as des avaries, tu cherches les. Il y a un moment où tu te dis, OK, comment on va faire ? Comment on va gérer ça ? Comment on va pouvoir continuer ? Et puis, tu réfléchis, tu trouves des solutions. Tu peux être en contact avec ton équipe quand même à ce moment-là, puisque c'est des conseils techniques. Donc, voilà, il y a une sorte de cellule de crise qui se met en place. Et puis, on réfléchit. Même si moi, comme tu l'as dit en intro, c'est une équipe de bénévoles. Et aussi, surtout, c'est une équipe qui ne navigue pas. donc Donc, c'est sûr que quand moi, je navigue et que j'ai des problèmes comme ça, je n'ai pas de conseil de bon marin qui a beaucoup d'expérience. J'ai des conseils de gens qui sont techniques, donc c'est super important pour moi. Mais c'est vrai que du coup, moi, je m'oblige aussi à prendre plus de recul pour analyser les options stratégiques et tactiques que je peux avoir par rapport à telle ou telle route ou aller à tel endroit pour être plus en sécurité et pouvoir réparer. Donc, voilà, c'est un peu différent aussi comme approche du coup.
- Speaker #0
Ce côté justement très pragmatique de dire, ben voilà, on prend les choses comme elles viennent, on va trouver une solution. Est-ce que c'est à force justement de naviguer ou ça toujours fait partie de ta personnalité ?
- Speaker #1
Alors, je ne sais pas. Je ne sais pas si ça fait partie de ma personnalité, mais en tout cas, quand tu navigues en solitaire, c'est la seule des solutions. C'est la seule voie à avoir parce qu'il n'y a que toi qui peux résoudre le problème, même si tu as un appui technique par rapport à ton équipe. Voilà. Et c'est vrai qu'à force d'avoir fait des courses en solitaire, tu arrives à trouver des solutions à différents moments et puis tu te débrouilles après. Je pense que ça fait partie aussi un peu de ma personnalité d'essayer d'abord de trouver la solution avant de commencer à pleurnicher ou de se plaindre. Et puis, c'est une manière aussi de rester maître de la situation. C'est-à-dire, si tu commences directement à essayer de trouver les solutions, tu as plus l'impression que c'est toi qui décides, alors que finalement, ce n'est pas toi qui as décidé, mais ce n'est pas grave. Mais voilà, je pense que psychologiquement, ça, c'est important aussi.
- Speaker #0
Je sais que dans le passé, tu as été entrepreneur. C'est ce genre de qualité qu'on retrouve aussi.
- Speaker #1
Oui, si ce n'est que je pense que quand tu es entrepreneur, tu as plus le temps de gamberger parce qu'il n'y a parfois pas nécessairement beaucoup, beaucoup d'urgence. Enfin, pas d'urgence impérative et vitale. Donc oui, tu as peut-être une urgence financière, une urgence pour un client. Mais la terre ne va pas s'arrêter de tourner. Ton projet ne va pas s'arrêter de tourner. tu as toujours un peu plus de temps, je veux dire, sur un bateau en solitaire, dans des coins hostiles, assez reculés, tu sais bien qu'il y a quand même un impératif de moyens à avoir et de mettre des choses en place pour déjà être en sécurité et pouvoir continuer à avancer. Donc c'est vrai que tu es dans une autre logique quand même.
- Speaker #0
Dans une interview sur le Vendée Globe, tu avais notamment dit que tu avais essayé de naviguer comme un bon père.
- Speaker #1
De famille.
- Speaker #0
Exactement, comme un bon père de famille. Est-ce que tu peux nous expliquer cette comparaison ?
- Speaker #1
Oui, alors c'était surtout par rapport à la gestion du projet, parce que c'est vrai qu'on n'avait pas un grand budget, on était un des plus petits budgets sur la course, donc vraiment faire attention et ne pas jeter un genre par les fenêtres. réfléchir aux dépenses, aux différents postes budgétaires, à faire des choix dans les dépenses. Puis après, naviguer en bon père de famille, je pense que c'est naviguer en marin, en fait. Et c'est peut-être... Voilà, moi, je suis plutôt marin que régatier, et c'est peut-être mon souci, et je dirais, c'est que je fais plus attention au bateau et au bonhomme que... Voilà, les gars qui sont dans la compétition, ils savent bien qu'ils peuvent casser le bateau, ou bien s'ils cassent le bateau, ça fait partie de l'histoire. Moi, c'est vrai que j'aime pas quand il y a un truc qui te casse sur le bateau, donc Donc, parfois, je mets... Je ne mets pas le curseur à 120% sur les performances du bateau, mais plutôt à 85-90%, donc ça remplit des choix de routes. C'est aussi pour ça, par exemple, que je n'ai pas été très sud dans le Grand Sud, que j'ai fait plus de routes parce que je ne voulais pas aller dans le plus fort des dépressions. On avait un monsieur en Indien qui était assez compliqué sur cette édition. Il n'y a pas que moi qui le dit, j'ai peu d'expérience par rapport à ça, mais quand on voit... Jean Le Cam entre autres qui était devant moi et qui fait des routes assez nord tu regardes un peu les vents, les états de la mer et tu vois que c'est quand même plus fort que d'habitude donc voilà c'était plutôt une notion,
- Speaker #0
nous l'idée c'était de terminer le Vendée Globe donc à partir de ce moment là tu as aussi une autre manière de gérer les choses tu parles de budget tout à l'heure tu disais que c'était pas le plus gros des budgets mais moi je me souviens, est-ce que tu peux nous parler quand même de ce budget parce que ça me paraissait quand même des chiffres assez colossaux alors
- Speaker #1
Alors oui, c'est ça le problème, c'est que c'est des chiffres colossaux, mais qu'en même temps, nous, dans notre milieu, ce n'est pas des chiffres colossaux du tout, on est sur des rapports de de 1 à 10, voire 1 à 15 par rapport à certaines équipes. Donc quand nous on avait 100 euros, eux ils en avaient 1 800, c'est aussi simple que ça, voire 2 000. Le problème c'est que tout coûte très cher dans ce monde de la voile, et puis on reste sur des budgets quand même... Il y a le Tour de France pour le moment, on sait qu'une petite équipe du Tour de France c'est 25 à 30 millions par an, et que la plus grosse équipe c'est 70 millions par an. Donc on reste quand même sur des budgets très très raisonnables comparé à d'autres sports. Même si c'est beaucoup d'argent et que moi, on est plusieurs skippers, armateurs et chefs d'entreprise, à être un peu effrayés par les budgets, la course au budget, pour acheter certaines choses qui coûtent une fortune alors que ça reste que des pièces mécaniques. Mais voilà, nous, pour donner quelques exemples, juste s'inscrire au Vendée Globe, c'est 20 000 euros. Et c'est 20 000 euros de caution en plus, donc on a déjà 40 000 euros qui partent avant de rien faire. Une assurance de bateau, on est entre 60 et 80 000 euros en fonction des années. Donc voilà, et avec ça, on n'a pas encore navigué, on n'a pas encore rien fait. Les inscriptions de courses, toutes les transats, c'est pratiquement 15 000 euros à chaque fois. Voilà, on en a fait six sur le projet, donc ça fait déjà des budgets importants. Donc voilà, c'est vraiment une course au budget. Avant d'être sur l'eau, il faut d'abord trouver les budgets.
- Speaker #0
Il y a forcément beaucoup de gens qui ont du mal à visualiser ce que ça peut être. Il n'y a pas de journée type sur une course comme celle-là, mais est-ce que tu peux nous raconter soit la journée de la plus galère, soit la journée la plus facile ? mais est-ce que tu peux nous en raconter une seule que tu auras peut-être envie justement de revivre ?
- Speaker #1
Non, après, je dirais qu'il y a quatre grands piliers dans une journée. Déjà, on a des journées de 24 heures. On n'a pas des journées de 14 ou 15 heures. On va dire, on a des journées de 24 heures, et puis après, on répartit ça. Le premier gros poste, en fait, dans nos journées, c'est vraiment faire la météo, parce qu'on utilise les bulletins météo qu'on va chercher à gauche et à droite, des fichiers météo, en fait. On utilise dans un logiciel de routage qui nous permet de donner les routes optimum en fonction des vitesses cibles et des vents qu'on a sur zone. Maintenant, ça prend vraiment beaucoup de temps parce qu'on a plusieurs sources météo. Donc, on fait ça le matin et le soir. On va chercher plein de sources météo en fonction de la provenance. C'est des modèles européens, c'est des modèles français, c'est des modèles américains, des modèles allemands en fonction. Ça prend déjà 4 à 5 heures par jour, juste cette activité-là. Puis après, souvent, il y a tout ce qui est manœuvre, le volet manœuvre. Donc sur un bateau comme ça, qui fait 18,40 mètres de long, avec un mât de 28 mètres, avec la plus grande voile qui fait 300 mètres carrés, et puis ma grande voile derrière qui fait 140 mètres carrés, forcément déjà les manœuvres ça prend du temps aussi. Un virement de bord ou un empannage, donc changer de direction, c'est on va dire entre une heure et demie et deux heures. Il y a aussi un poste là-dedans qui est très important, c'est qu'on change tout le matériel de place à l'intérieur du bateau pour équilibrer le bateau. Donc on a 350 kilos grosso modo de nourriture, de matériel. de rechange de pièces pour des réparations dans différents sacs, donc tout ça en bouge. Puis après, il y a l'aspect quand même nourriture, donc il faut se nourrir. C'est une partie qui est quand même importante. Et puis aussi, c'est un petit moment où on essaie d'avoir parfois du plaisir, même si on ne mange que de la nourriture lyophilisée à 100%, sauf qu'au début de la course, on avait des produits frais, mais très peu finalement. Quand même, une petite partie plaisir, c'est tout ce qui est bout de chocolat, petite gâterie. Biscuit, moi j'avais une école qui avait travaillé avec moi, l'école du CERIA à Anderlecht, qui m'avait préparé plein de choses. On avait beaucoup travaillé ça en amont sur les deux transats qu'on avait fait en 2024 pour ce qu'il y a d'ici. Et puis il y a la partie dormir, on dort vraiment tranche par tranche en fonction des endroits où on est. Quand on est près des côtes, on dort des 20-30 minutes en fonction du trafic et de ce qu'on pourrait rencontrer. Et puis c'est vrai que quand on est au milieu de l'Atlantique ou bien dans les mers du Sud, dans les mers du Sud il n'y a pas de trafic commercial donc il n'y a pas de trafic commercial. Il y a zéro risque de collision avec un autre bateau. Et donc là, on peut faire des slots d'une heure et demie, on peut essayer d'enchaîner les slots deux, trois ou quatre fois parfois sur une même nuit, mais toujours en se réveillant, en faisant un petit quelque chose, en allant voir dehors ou bien en vérifiant les instruments ou l'ordinateur et puis on peut se redormir. Donc voilà, ça permet parfois d'enchaîner trois ou quatre slots sur la même période. L'idée, c'était d'avoir presque sept heures de sommeil sur vingt.
- Speaker #0
Quand même, oui. Mais tu ne dors pas profondément, donc ce n'est pas le même sommeil réparateur, mais en même temps, tu es tellement épuisé que…
- Speaker #1
Oui, il y a des moments où tu dors bien. Tu vas quand même dormir bien profondément et vraiment très rapidement. Ça permet de tenir le coup. Et puis, ce qui compte, en fait, c'est d'arriver dans ton sommeil lent profond. C'est ça le plus important. C'est vrai qu'on s'entraîne à ça, qu'on est habitué à ça. Après, c'est facile de tenir le coup sur, on va dire, deux semaines ou trois semaines, sur des périodes plus longues. forcément il faut qu'il y ait des... des routines qui s'installent et il faut faire attention à sa récupération, à son sommeil.
- Speaker #0
Tu parlais de chocolat, c'était ça le plus gros kiff ?
- Speaker #1
Oui, c'était un des plus gros kiffs, vraiment le chocolat. Après non, c'est sûr qu'il y a des chouettes moments. mais c'est vraiment des moments qui sont éphémères par rapport à l'endroit où on est et par rapport à ce qu'on vit. Et puis ce qu'il y a, c'est qu'il y a... Moi, en tout cas, personnellement, j'étais toujours dans la perspective de ce qui va arriver. Donc c'est vrai qu'il y a des grosses, grosses échéances et qu'on ne peut jamais vraiment totalement se lâcher parce qu'il y a toujours quelque chose d'important et de gros qui arrive et de phénoménal même, que ce soit l'entrée dans les mers du Sud, que ce soit passer le Cap de Bonne Espérance. le Cap Leouine par le point des mots, le Cap Horn, remonter l'Atlantique, puis repasser l'équateur, c'est toujours des grosses, grosses échéances. Et on sait bien que tout peut s'arrêter quand même presque d'une minute à l'autre. Un mât, ça peut tomber, on peut perdre un quai, on peut taper dans quelque chose avant une voie d'eau, perdre quelque chose de primordial sur le bateau. Donc voilà, on est quand même toujours un peu dans l'attente du pire qui pourrait arriver.
- Speaker #0
Toi, c'est un peu ce qui t'est arrivé quand même avec ce problème de voile qui t'empêchait d'avancer. Est-ce qu'à un moment donné, tu as pensé à abandonner ou jamais ?
- Speaker #1
Oui, oui, non, vraiment. Ça a été envisagé à un moment. Quand j'ai mon problème de voile qui est quand même important, là, je suis près des Açores. Donc, grosso modo, c'était simple de m'arrêter aux Açores. Je pense qu'après 10 ou 12 heures, j'étais dans un port, en sécurité, au chaud, prendre une douche, aller au resto, dormir dans un vrai lit. Tu réfléchis à ça et puis tu dis, moi, j'avais noté sur un bout de papier. Et puis, je me dis, OK, mais c'est très bien. Mais dans 24 heures, dans un mois, dans un an, dans 10 ans, comment je fais pour me lever du pied droit tout le matin et me regarder droit dans la glace ? Donc, je me dis, non, c'est impossible. Et puis, je n'ai pas fait six ans de sacrifice et six ans de projet et de passer par tout ça pour abandonner juste parce que j'ai un problème de voile. Donc, tant que je pourrais continuer, même si j'avais dû continuer juste avec la voile d'avant, j'aurais continué. Ça s'est passé quand même pendant… pendant 4-5 jours pour aller jusque vers le Portugal. Et puis après, on a discuté aussi avec l'équipe et la direction de course aussi. La sécurité n'était pas mise en péril, que ce soit du bateau ou que ce soit du skipper, c'est-à-dire moi, il n'y avait pas de raison de ne pas continuer. Après, il faut savoir qu'avec ces bateaux-là, c'est compliqué de s'arrêter quelque part et on ne s'arrête pas facilement. Et donc, on avait déterminé trois points, étapes où on aurait pu s'arrêter. Un, à Cascais au Portugal, un peu plus au nord en Espagne et puis à la pointe nord de l'Espagne, à la Corogne. Et après, on savait que, enfin, je savais que si j'étais à la Corogne, j'étais vraiment plus très loin. Donc, c'est des coins qu'on connaît, c'est des coins où on est déjà beaucoup plus en sécurité aussi. Il n'y a pas eu de débat, finalement, sur abandonner. Ça m'est passé par l'esprit, mais je me suis dit, non, ce n'est pas possible avec tout ce qu'il y a eu avant. On ne va pas abandonner juste pour ce problème. Et c'est un problème important, c'est un petit problème, finalement, par rapport à un abandon.
- Speaker #0
il y a quand même un truc qui fait partie de toi, et je l'ai entendu dans plusieurs moments d'interview, c'est aussi de dire, je ne veux pas de regrets, je ne veux pas ce vieux goût d'amertume dans ma bouche, je préfère des échecs. Et en même temps, je rebondis aussi sur autre chose, c'est que dans ce podcast, tu vois, souvent, on interview des gens qui font du voyage pour des rencontres, pour des moments de plaisir. Toi, je sais que, que ce soit sur ce Vendée Globe ou aussi dans ton parcours, parce que je sais que tu as fait aussi pas mal de bénévolat, mais dans des trucs assez extrêmes. J'ai l'impression que tout ce que tu vises aussi dans toutes ces expériences et ce voyage, c'est d'aller un peu au bout de toi-même, d'aller presque dans la souffrance. Donc ça, il faut que tu me l'expliques.
- Speaker #1
Oui, alors c'est vrai que nous, on a fait un tour du monde, mais je n'ai rien vu. J'ai vu de l'eau et des couchers de soleil, des levées de soleil. Mais j'ai vu un peu la cordillère des Andes quand même avant d'arriver au Cap Horn, mais même le Cap Horn, je n'ai pas vu parce que je suis passé de nuit. En plus, il y avait tempête. Donc voilà. Après, c'est paradoxal sur un Vendée Globe. J'ai eu des super moments, mais comme je disais, c'est vraiment éphémère. Ce n'est pas 20% du temps. Au contraire, on est quand même dans des conditions qui sont compliquées tout le temps. Et puis, un bateau, ça bouge. Tout aborde un bateau. Surtout en plus en compétition, quand on essaye d'aller le plus vite possible. Tout est compliqué. donc la vie quotidienne est compliquée donc se laver les dents ça est compliqué se doucher on n'en parle même pas se faire à manger aller à la toilette toutes les tâches quotidiennes des choses simples sont vraiment compliquées ça prend une dimension énorme donc voilà oui après c'est vrai que moi j'aime bien faire des trucs qui ont l'air un peu impossibles comme ça je pense que c'est ça aussi qui fait la richesse des choses si on faisait que des choses possibles ben Il n'y aurait pas beaucoup d'excitation et les choses possibles. Ce n'est pas ça qui fait avancer grand-chose. Les choses possibles, c'est plutôt les choses impossibles. Et puis après, sur la notion du regret, oui, c'est ça aussi. Par rapport à l'abandon, je ne voulais pas avoir de regrets. Si le bateau coule, il coule. Mais là, on ne sait rien faire. Mais tant qu'il y a moyen de continuer, il faut continuer. Et puis, ça a été aussi le...
- Speaker #0
l'histoire du projet, puisque moi, je voulais déjà faire le Vendée Globe en 2020, puis je n'ai pas trouvé les financements. Et puis, j'ai recommencé en 2021, après le confinement, à chercher des partenaires et des choses comme ça. Donc, moi, je pense que c'est mieux d'avoir... Ça ne fonctionne pas, mais au moins, c'est de donner à fond. Et puis, comme ça, au moins, on est, je dirais, en raccord et en paix avec soi-même quand on peut repenser après. Mais,
- Speaker #1
quand même, d'où ça vient, ce goût pour les défis ? De vivre des choses grandes, quoi, de réaliser des rêves ? Ça n'appartient pas à tout le monde ? Est-ce qu'il y a quelque chose qui t'anime plus que tout ?
- Speaker #0
Je pense que non. Au contraire, ça appartient à tout le monde. On a tous des rêves. Il n'y a pas de petits ou de grands rêves. Je prends toujours l'exemple du gars qui est banquier et qui veut devenir fleuriste, mais qui ne le fera pas parce que, socialement, ce n'est pas accepté, parce qu'il va gagner moins bien sa vie, parce qu'il n'aura plus son petit confort, parce que ses copains vont rigoler, parce que sa famille va lui dire « Non, tu ne peux pas être fleuriste. » des banquiers. J'aime bien ce parallèle, cette métaphore-là. Ce n'est pas pour ça qu'on doit changer diamétralement de vie. Il y a plein de gens qui sont très heureux dans leur vie, mais on a tous des petites choses qu'on a envie, que ce soit faire un marathon, que ce soit partir voyager. Il y a un moment où il faut oser, il faut se donner les moyens d'eux. Et puis si ça ne fonctionne pas, ce n'est pas grave, mais au moins on n'aura pas de regrets plus tard. Je pense que ça, c'est important, c'est l'idée de ne pas avoir de regrets. Et puis, il y a aussi où on se dit, quelle est la chose que moi je peux faire, que personne d'autre pourrait faire ? Quand on veut changer de carrière, on est le seul maître à bord, on est le seul à avoir les rênes entre les mains pour pouvoir changer de carrière, si on le sent comme ça, évidemment ce n'est pas une finalité pour tout le monde.
- Speaker #1
On a vécu un petit peu avec toi sur le bateau. On va juste parler maintenant du retour sur la terre ferme et des retrouvailles. Est-ce que tu peux nous parler de ces retrouvailles dans le chenal après ces 117 jours ? J'ai vu tellement de larmes, tellement d'émotions, mais forcément, je voudrais que tu nous en parles.
- Speaker #0
Oui, c'est vraiment paradoxal, c'est vraiment particulier. Même encore maintenant, c'est que quand je vois les images que je me rends compte de la... ferveur et de l'émotion. Moi, j'étais vraiment dans le cri par l'événement. On n'est pas préparé à ça, on n'est pas entraîné à ça. On ne fait pas non plus un Vendée Globe et un projet comme ça pour ça, même si c'est génial. Mais c'est vrai que c'est difficile de mettre des mots sur tout ce que tu ressens. À ce moment-là, j'en discutais avec certains copains sportifs qui ont été champions de Belgique ou champions olympiques dans le hockey. Et voilà, ils me disent la même chose aussi. Donc, je pense qu'on peut ressentir ce genre d'émotion et de revivre ce genre de moment que quand on a atteint un certain graal peut-être, donc être champion de Belgique, être champion olympique ou participer aux Jeux olympiques. Voilà, moi, c'est tout ça. C'est comme quand on arrive à la grande place ou quand on est reçu par le roi. Voilà, c'est difficile à expliquer. C'est énorme. Voilà, c'est tout énorme. Puis après, c'est quand même sympa à 57 ans d'avoir encore des premières fois. Donc ça, c'est rigolo.
- Speaker #1
C'est les meilleurs.
- Speaker #0
Oui, pas toujours, mais ça dépend pourquoi. Mais ma première cuite, ce n'était pas la meilleure. Donc voilà, par exemple. Mais donc voilà, c'est vrai qu'il y a beaucoup d'émotions. Et c'est vrai que même, j'ai encore vu quelqu'un dernièrement et je ne me rappelais plus de l'avoir vu les premières 24 heures parce qu'en fait, on ne se rend pas compte de ce qui se passe. On a deux, trois flashs. Et puis, c'est que par après, quand on débriefe et qu'on redescend un petit tapis sur terre, on se rend compte que telle personne était là, telle personne était là. Moi, j'ai plein de copains qui étaient là à l'arrivée. J'ai vu cinq, six jours après en arrivant à Bruxelles. Et c'est qu'à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'ils étaient là. Parce que pourtant, je les avais vus, je les avais serrés dans mes bras, j'avais parlé avec eux, j'avais rigolé avec eux. Mais en fait, on est tellement pris dans l'événement qu'on ne se rend pas compte de tout.
- Speaker #1
Là, pour le coup, je pense qu'on peut parler de vrais shoots, shoots de bonheur. Par contre, je pense qu'une fois que tu as goûté ça une fois dans ta vie, tu as tellement envie de le revivre, non ?
- Speaker #0
Oui et non. Le Vendée Globe, peut-être pas. C'est vrai que c'est des grosses doses de bonheur, comme tu disais. Maintenant, il faut quand même raison garder. Je pense qu'heureusement, je vis ça à un certain âge où on commence normalement à avoir un peu de maturité. Normalement. Mais je peux comprendre que quand on est sportif de haut niveau, ou star, ou artiste, Merci. et qu'on a 21, 22, 23 ans, ça peut vite monter à la tête. Ce n'est pas une excuse, mais c'est vrai qu'après, c'est addictif. et que lui aussi ben Comme beaucoup de sportifs, après une épreuve comme ça, tu as un don. Ça fait maintenant mars, 4 mois et demi, 5 mois. C'est vrai que tu mets du temps à te remettre de ça parce que tu as été au centre de l'attention, tout le monde est focalisé sur toi. Tu arrives, tu vas faire tes courses la première fois, tu ne sais presque pas faire tes courses parce que beaucoup de gens viennent parler avec toi et c'est super bienveillant, super sympa. Donc voilà, c'est surprenant. Donc voilà, il faut se remettre de ça et puis après il faut retrouver aussi du plaisir dans des choses simples. La vie, ce n'est pas que des grands moments comme ça, il y a plein de plaisir. C'est partager des moments avec tes enfants, c'est avec des copains, c'est aller rouler un vélo, c'est ça aussi. Et c'est ça qui est bien, c'est de pouvoir redescendre tranquillement et sans qu'on vienne trop t'embêter par rapport à ça. Je pense que c'est important aussi.
- Speaker #1
Ce qui est génial, c'est que toi, tu as goûté à cette notoriété d'un coup. Et puis après, comme tu dis, ça ne t'empêchera pas de pouvoir profiter de moments simples aussi.
- Speaker #0
J'espère, heureusement, parce que sinon, ça va être compliqué. Non, non, c'est ça. Je veux dire, après, c'est des moments incroyables, privilégiés. Moi, je les prends vraiment comme des moments privilégiés et comme des moments, en me disant, c'est une fois ou deux fois dans ta vie et je n'ai pas envie d'en faire une manière de vivre. Le Vendée Globe, c'est un gras à aller chercher. C'est fait. Il y a plein d'autres choses à faire, mais je ne me vois pas refaire un Vendée Globe en tout cas comme skipper.
- Speaker #1
On sait que tu es arrivé, je crois que c'est 24 heures avant la fermeture. Après, pardon. Après la fermeture. Pour autant, je pense que tu as été un de ceux qui a été le plus médiatisé comme le grand champion, comme le héros de Belgique. selon toi qu'est-ce que t'as gagné en fait ?
- Speaker #0
ben écoute alors je pense qu'en Belgique de toute façon quand t'es le premier comme j'aurais été ça change rien j'étais le premier belge à terminer le Vendée Globe donc je pense que l'emballement médiatique il aurait été là je pense et voilà le fait après qu'il y ait tout ce débat sur cette ligne qui se ferme, qui se ferme pas savoir si les organisateurs vont être un peu complaisants faire... plaies ou élégants par rapport à ça. Ça a rajouté évidemment de la dramaturgie dans l'histoire, ça a fait grandir l'histoire et que du coup, c'est sûr qu'on passe un peu pour les lucky losers, le gars sympa, le poulidor du moment. Donc on a eu du coup, au niveau international aussi en France, beaucoup de médiatisation par rapport à ça. Maintenant, on aurait préféré que ça se passe 24 heures avant et qu'il n'y ait pas cet emballement médiatique juste dû à ça. Après, c'est comme ça. Moi, ce que je dis, c'est que le job, il est fait. J'ai fait le tour du monde sans escale, sans assistance et en solitaire. Donc, le Vendée Globe, il est fait. Et ça, on ne peut pas l'enlever, même si du coup, les ordinateurs, il y a quand même un problème de reconnaissance par rapport à ça. C'est des questions réglementaires, on va dire, qui ne font pas beaucoup de sens, qui sont émuliques par rapport à ça. Mais voilà, est-ce que ça vaut la peine de se battre après contre eux ? C'est un autre débat.
- Speaker #1
C'est quoi la suite ? Comment tu vois les choses ? Comment tu gères justement l'après-Vendée Globe ? Et qu'est-ce qui va encore te faire rêver ?
- Speaker #0
la suite concrète c'est qu'on est occupé à écrire un livre avec un ami journaliste qui arrivera bientôt dans les rayons c'est prévu pour fin octobre début novembre c'est juste bien pour les cadeaux génial pour les cadeaux de Noël pour la Saint-Nicolas et pour Noël je fais un appel des pieds donc voilà ça c'est l'idée ça prend quand même pas mal de temps et puis c'est vrai que ça a été 4 années qui ont été vraiment très pronom très euphorisante aussi, mais voilà, où il y a plein de choses que je n'ai pas eu l'occasion de faire et que je fais maintenant. Et donc, voilà, par exemple, tout le mois de juillet, je reste à la maison tranquillement. Enfin, rester à la maison, c'est un grand mot, mais je m'occupe de plein de choses que je n'ai pas eu l'occasion de faire, que ce soit en administratif. Les impôts. Oui, oui, genre ça. Enfin, voilà, donc, non, les impôts, j'ai toujours payé. Mais voilà, donc, non, mais plein de petites choses que je n'ai pas eu l'occasion de faire. et puis voilà, prendre le temps aussi de... d'être ici, de faire une terrasse, de ne pas devoir chaque fois faire quelque chose avec « ok, dans deux heures je dois être là-bas, dans quatre heures je dois faire ça » . Parce qu'on avait une vie très organisée, très réglementée, plus tous les imprévus, toute la préparation du bateau, la préparation du skipper, les impératifs médias. Là, ça permet d'être un peu plus cool, de faire les trucs plus à son rythme, on va dire, de se mettre dedans plus en profondeur. Donc, c'est bien aussi. Puis après, on a toujours plein de projets. Qu'est-ce qui me fait rêver ? Il y a plein de choses qui me font encore rêver. C'est trop tôt pour en parler.
- Speaker #1
Il faut le temps, j'imagine, aussi, de redéfinir.
- Speaker #0
Oui, moi, j'en vois plein qui sont déjà réoccupés, nouveaux à naviguer, à être dans un mode cours, à reparler de 2028 pour le projet 2028. Honnêtement, pour moi, c'est trop tôt. J'ai envie de prendre le temps, j'ai envie de savourer tout ça. Après, on a fait beaucoup de conférences. Quand j'étais en Belgique, on a encore pas mal de conférences. Donc, c'est aussi une chouette activité. Ça permet de partager, d'expliquer dans plein d'endroits différents. Et c'est là aussi qu'on se rend compte que le projet a vraiment suscité beaucoup d'attrait, je dirais, de la part de tout le monde, du grand public. Je suis vraiment impressionné par rapport à ça. Et donc, ça, c'est top. Ça permet aussi d'expliquer comment... Parce que les gens, ils voient le Vendée Globe et en fait, c'est que la face visible de l'iceberg. Il y a eu quatre ans, même six ans de projet au total. Et comme je dis dans mes conférences, mon fils, il fait médecine et en six ans, on est médecin. Donc, c'est quand même pour vous donner l'emploi du projet. Ça permet d'aller expliquer tout ça. Puis, c'est une source aussi de rentrée financière. Je gagne mieux ma vie comme conférencier que comme skipper. Donc, ce n'est pas rien et c'est quand même intéressant aussi. Donc, voilà, tout ça fait... C'est le court et le moyen terme. Et puis, on verra sur le plus long terme les opportunités, ce qu'on va développer, ce qu'on peut travailler. Puis, les rencontres qu'on aura. Et il y aura certainement des choses qui vont arriver petit à petit.
- Speaker #1
Et je sais que pour toi, c'est aussi important de transmettre. Et donc, tu le fais forcément dans les conférences. S'il y avait un message, entre guillemets, que tu avais envie de véhiculer, ça serait lequel ? Le message le plus important. Alors, pas de regrets, ça, on a compris. Ça, c'est sûr. Oui,
- Speaker #0
oui, voilà. C'est comme je l'ai déjà dit plusieurs fois. On n'ose pas faire le truc. On a plus un petit Vendée Globe dans la tête ou dans le cœur. Et puis, en fait, on n'ose pas se lancer. Mon Vendée Globe, c'est une métaphore de ça, finalement. C'est des gens qui, à 75 ans, se disent « Ah, mais j'aurais dû. » À 75 ans, il sera trop tard. Mais par contre, à 52, 53, 54, 60 même, il n'est pas trop tard. C'est l'idée, oui, c'est l'idée de pas de regrets. Et puis après, si on veut avoir un projet ambitieux quelque part, il va falloir... vraiment sortir de sa zone de confort et ça veut dire faire des sacrifices. Sans sacrifice, ça n'existe pas. Et après, si on a un peu de chance et qu'on bosse beaucoup, il faut quand même une part de chance pour que tout s'aligne à un moment, mais il faut quand même aller la chercher et un peu la forcer.
- Speaker #1
Évidemment. Je vais finir le podcast par deux petites questions signatures. Je sais qu'il y a une chanson qui fait partie du projet « Je rêvais d'un autre monde » . Je ne sais pas s'il y a une histoire avec cette chanson-là ou pas, mais sinon, est-ce qu'il y a une chanson qui t'a accompagnée sur le bateau ?
- Speaker #0
Alors oui, il y a une histoire avec cette chanson-là, mais on ne peut pas la raconter. Non, non, voilà, mais elle parle à beaucoup de gens. Et en plus, voilà, c'est tout à fait... Enfin, ce n'est pas par hasard, parce que moi, c'est une chanson qui me parle. C'est une chanson de quand j'étais ado, forcément, mais il n'y a pas que ça. Mais quand je suis arrivé, elle était vraiment d'à propos, parce que moi, quand je suis parti en novembre et quand je suis arrivé en mars, le monde, il a vraiment changé. On est vraiment dans une bipolarisation du monde qui était déjà latente en partant, mais qui est encore plus forte avec l'élection de Trump. Forcément, c'était un petit message aussi.
- Speaker #1
Tu as écouté la musique un peu sur le bateau ?
- Speaker #0
J'ai écouté un peu de musique. On pouvait se connecter facilement, comme j'expliquais. Donc, j'écoutais la radio. Et en fait, c'est rigolo parce que comme on est décalé complètement, j'arrivais à me connecter entre 9 et 10 heures du matin sur Tipeee qu'à l'ancienne. Donc, c'était plein de vieux morceaux de « Oh, c'est techno ! »
- Speaker #1
qui parle à nos générations belges de surcroît donc voilà c'était plutôt sympa très chouette et la petite dernière est-ce qu'il y a eu un moment on va pas dire de solitude parce que ça c'était tous les jours mais où tu t'es vraiment dit mais qu'est-ce que je fous là et qui te fait encore rire aujourd'hui ah oui oui ça a commencé le 10 novembre à 6h du matin et ça s'est terminé le 8 mars oui mais
- Speaker #0
vraiment et à chaque fois je me dis mais de nouveau Denis avec ta grande gueule t'aurais bien fermé qui a fait de la fermée, et ça aurait été mieux, plus simple. Mais voilà, tu te dis ça, et puis, non, après, chaque fois, honnêtement, chaque fois que je pensais à ça, je me dis, mais voilà, je suis quand même, et ça, je l'ai répété souvent, je suis quand même un VIP sur les océans, je veux dire, c'est incroyable de vivre des trucs comme ça. Il n'y a que 140 skippers au monde qui ont terminé à Vendée Globe. Il y en a 600 qui vont au sommet de l'Everest chaque année, et il y en a 700 qu'on a été dans l'espace donc on n'est même plus dans ce domaine là donc c'est dire que c'est une telle chance voilà c'est un vrai privilège ok on a On en a bavé avant, mais ça reste un privilège, ça reste une chance unique, incroyable d'avoir pu être là, prendre le départ, enfin se qualifier, prendre le départ et puis terminer. C'est énorme, il n'y a pas d'autre mot, c'est énorme. Ça, on a tous le... Tous les skippers, on a le même sentiment par rapport à ça. On se rend bien compte que c'est totalement hors norme et c'est vraiment privilégié. On a trop de chance. C'est pour ça aussi qu'on n'a pas le droit de se plaindre. Parce que même si c'est dur, on fait quand même quelque chose qui est tellement exceptionnel. Même s'ils mettaient tout en place, il y a tellement d'aléas avant d'y arriver. Même quand on est qualifié, il peut encore arriver tellement de choses dans les quatre mois avant le départ que parfois, il y a des gars qui ne prennent pas le départ alors qu'ils sont qualifiés. C'est énorme. c'est juste une chance incroyable Et ça, c'est vraiment trop sympa d'avoir pu vivre ça.
- Speaker #1
Et je pense que l'équipe qui t'a soutenu aussi, là tu parlais des bénévoles, même pour eux, ça doit être un vide d'un coup. Ils ont, vous avez vécu quelque chose de tellement fort que quand ça s'arrête, ça doit être assez particulier.
- Speaker #0
Ben oui, oui, je pense qu'il y a aussi un poste Vendée Globe pour eux. Donc voilà, à gérer. Alors ce qu'il y a, c'est qu'ils sont retournés dans leur vie. Donc ils ont un métier. Donc ils sont retournés travailler. donc ça permet aussi sans doute de passer plus facilement le cap même si c'est sûr que parfois la routine peut sembler encore plus ennuyante qu'avant mais ça fait partie aussi de la gestion quotidienne et des choses comme ça dans un projet hors normes, on sait bien qu'on va revenir à des choses qui peuvent paraître plus embêtantes ou plus futiles mais voilà, ça fait partie de la vie tout simplement, donc c'est comme ça c'est bien de... d'avoir fait des chouettes trucs et puis de revenir faire la vaisselle. Vider un lave-vaisselle, ça fait partie des choses quotidiennes et c'est bien aussi.
- Speaker #1
Ça devient quand même pas un kiff, mais bon. Non,
- Speaker #0
mais quand il est vide, il est vide. C'est content quand même.
- Speaker #1
En tout cas, Denis, un immense merci parce que je savais que j'allais passer un moment. Mais c'était vraiment très chouette. Je trouve que t'es une personne vraiment chouette, solaire, sympa, accessible et qui nous fait vraiment rêver. Merci pour ce bon moment de partage.
- Speaker #0
Avec plaisir, à très bientôt.
- Speaker #1
Et on attend avec impatience la sortie de ce bouquin pour Noël.
- Speaker #0
Alors, c'est facile, en plus, quand même, on a joué un peu sur le marketing, donc le titre, ce sera « Inclassable » .
- Speaker #1
Ah bah génial, on sait déjà le titre, donc on note « Inclassable » , parfait.
- Speaker #0
Petit pied de nez au passage. Voilà.
- Speaker #2
Et voilà, cet épisode est terminé, j'espère qu'il vous a plu, si c'est le cas, n'hésitez pas à le partager avec votre entourage. Abonnez-vous pour ne manquer aucun épisode et prenez quelques instants pour laisser un avis ou une note sur votre plateforme préférée. Vos retours sont précieux et m'aideront énormément, merci d'avance et à bientôt pour de nouvelles aventures.