- Speaker #0
Ici, il n'y a rien à faire. C'est ce que certains habitants des Combrailles-Auvergne pensaient de leur propre territoire. Et pourtant, derrière cette phrase, se cachent des histoires, des savoir-faire, des lieux et des rencontres qui méritent d'être racontées. Alors comment révéler ce qui rend un territoire singulier, quand ses propres habitants ne voient plus ce qu'il a d'extraordinaire ? Bienvenue dans Action Réservation, le podcast qui part à la rencontre des voix qui vont choisir et vivre les territoires. Je suis Yenne Bui et je t'emmène sur le terrain. pour comprendre comment ces voies influencent le choix et l'expérience des voyageurs. Aujourd'hui, on part dans les Combrailles-Auvergne, une destination qui rassemble 99 communes. À sa tête, Yann Garnache, un directeur d'office de tourisme qui a fait un pari un peu fou. Donner aux habitants une véritable place dans la manière dont leur territoire se raconte. Il y a des rencontres vraiment marquantes dans nos vies, et ma rencontre avec Yann en fait clairement partie. Et quand je l'ai vu au sommet du tourisme, quand j'ai eu le plaisir de le retrouver au sommet du tourisme il y a quelques semaines à Lyon, je n'ai pas hésité une seconde pour l'inviter au micro du podcast parce que ça me tenait vraiment à cœur qu'un directeur d'office de tourisme de son envirgure, de son expérience, vienne partager au micro du podcast vraiment ce qu'il a mis en place et vraiment quelle place surtout il redonne aux habitants pour vraiment travailler la singularité de sa destination. Je ne vous en dis pas plus et je vous laisse découvrir mon échange avec Yann. et vous faites une très belle écoute à tous. Comment vas-tu Yann ?
- Speaker #1
Eh bien écoute, ça va très très bien.
- Speaker #0
Bon, alors Yann, tu es directeur d'Office de tourisme depuis une quinzaine d'années. Je vais te laisser présenter ce territoire et puis si tu veux aussi nous dire où tu as été, où tu as aussi œuvré auparavant, n'hésite pas, parce que 15 ans, tu as fait quand même pas mal de territoires. Mais ce qui va nous intéresser quand même, c'est ce que tu as mis en place. depuis ces trois, quatre dernières années, depuis que tu as pris la direction de cet office de tourisme, enfin de cette destination, plus qu'un office de tourisme seul. Je te donne la parole.
- Speaker #1
Eh bien oui, donc là, je suis en Combraille-Auvergne. Les Combrailles, c'est un territoire un peu méconnu. On est situé entre Mont-Husson et Clermont-Ferrand, donc vraiment plein centre de la France et en plus dans un territoire rural et de moyenne montagne. Et donc, effectivement, ça fait 15 ans que je suis directeur d'office de tourisme. Ça commence à faire. J'ai commencé par le Jura, à Saint-Lindébin exactement, où j'ai géré deux musées de France, un site UNESCO, l'office de tourisme, un camping et le service animation sur cette ville. Donc ça, pendant 7 ans. Ensuite, je suis parti en Armagnac. complètement à l'opposé, dans le sud-ouest, pour la direction d'un office de tourisme. Et puis aujourd'hui, depuis 4 ans et demi, je suis dans les Combrailles et content d'y être.
- Speaker #0
En plus, Combrailles, on va en parler juste après, Combrailles a la particularité d'être un territoire rural, mais en plus, toi, ton terrain de jeu, c'est 99 communes au sein de Combrailles-Auvergne, donc ce n'est pas rien. à devoir gérer et surtout, ça montre à quel point le territoire est vaste en fait et ça peut être intéressant. Moi, si tu veux, on peut commencer par parler d'une campagne que vous avez menée, que j'ai eu le plaisir de découvrir quand on s'est rencontrés. Cette campagne, c'était « Ici, vous ne ferez rien, il n'y a rien à faire » . Et ça a été un point de départ à ton arrivée et j'ai bien aimé que tu me racontes la genèse de ce projet-là. Donc... pour les personnes qui n'ont pas suivi, en 2023, une campagne de communication est née où vraiment la signature de cette campagne, c'était « Ici, vous ne ferez rien. » « Ici, il n'y a rien à faire. » « Ici, vous ne ferez rien. » Et je te laisse raconter cette campagne, d'où c'est venu. Parce que dans cet épisode, ce qui m'intéresse beaucoup, c'est la place que tu as donnée aux habitants. Et tu as vraiment, depuis que tu es arrivé, je ne sais pas si tu faisais ça beaucoup aussi auparavant dans tes autres missions, mais là, c'est vraiment ce qui m'a moins interpellée, c'est la place que tu donnes alors qu'on est bien sur des destinations touristiques. Cette place que tu donnes aux habitants, tu leur redonnes un peu de pouvoir, je trouve. Et je trouvais ça intéressant d'avoir ton regard sur ce que ça apporte d'un point de vue touristique et puis dans la cohésion de tout le territoire.
- Speaker #1
Oui. Alors, effectivement, on est parti des habitants. Donc, on devait refaire un site Internet et refaire une ligne éditoriale. Et comme j'ai sévi dans plusieurs territoires, Je me dis, qu'est-ce qui fait la différence dans les territoires ? Et moi, j'ai repéré deux, trois trucs. Il y a, alors évidemment, les paysages, mais bon. On a la gastronomie, qui peut être différente d'une région à l'autre. Et puis, il y a surtout les habitants. Les habitants d'une région à l'autre, ils ne sont pas pareils. Ils sont vraiment différents. Et ce qui m'intéresse, moi, c'est de comprendre un territoire via ces habitants. Donc, pour créer notre ligne éditoriale, ce qu'on a fait, c'est qu'on a interrogé les habitants. On a lancé un sondage de dire, tiens, vous pensez quoi de votre territoire ? Donc, des combrailles. C'est 99 communes, c'est très peu d'habitants finalement, puisqu'il y a 47 000 habitants. La plus grosse ville fait 3 000 habitants. Donc voilà, je ne sais même pas si on peut appeler ça une ville. Et donc, il n'y a pas beaucoup de services. Enfin voilà, il y a plein de trucs qui manquent. Mais j'ai demandé aux habitants, vous en pensez quoi ? Et en deux semaines, on a eu, parce qu'on avait deux semaines pour faire ce sondage, on a eu quand même 700 réponses.
- Speaker #0
C'est énorme !
- Speaker #1
C'est énorme. Oui, 700 réponses d'habitants. Et il y avait un truc qui se dégageait, c'est les gens qui nous disaient « Ici, il n'y a rien à faire. »
- Speaker #0
Très motivés apparemment.
- Speaker #1
Oui, il y avait ce petit sentiment d'infériorité par rapport à d'autres destinations, puisqu'on n'est pas loin de Clermont, on n'est pas loin de Superbès, du Massif du Sensi.
- Speaker #0
Oui, l'Auvergne, elle est très portée par les vulcaniens. Et voilà.
- Speaker #1
Donc nous, on est à côté, on est en face, mais il faut traverser l'autoroute. Et puis nous, c'est la campagne. Et donc, ces habitants nous ont dit, il n'y a rien à faire. Alors, on a dit, notre ligne éditoriale, ça va être ici, vous ne ferez rien. Alors, il y avait un petit côté provoque aussi, parce que, voilà, sur... une destination comme ça, il faut se démarquer au niveau de la communication. Donc, on a dit, ici, vous ne ferez rien, trois petits points. Et en fait, le plus important, c'est les trois petits points, parce qu'on va compléter des phrases. Et donc, évidemment, les habitants qui nous avaient dit, il n'y a rien à faire, nous ont dit, ah là là, mais vous êtes fous de communiquer comme ça. Déjà que c'est le trou du cul du monde, alors en plus, vous en remettez une louche. Et ils nous ont dit, mais en fait, il y a ça, Et ce sont les habitants maintenant qui défendent leur territoire en disant, il n'y a rien à faire, mais vous pourrez faire, lever l'orail, vous pouvez aller vous baigner dans un lac de volcans, vous pouvez aller dans les balles traditionnelles, danser, apprendre plein de trucs. Et aujourd'hui, c'est les habitants eux-mêmes qui défendent leur territoire. On leur a redonné de la fierté et ils s'aperçoivent qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses à faire dans les Comoré.
- Speaker #0
En fait, ce que j'entends dans ce que tu dis, c'est intéressant, c'est que tu avais pressenti qu'il y avait une espèce de sentiment d'infériorité, si j'ai bien compris, par rapport aux territoires à côté et qui a une plus forte notoriété. Et le fait que tu aies joué sur les résultats du sondage pour en faire une campagne, ça les a réveillés, ça les a chahutés en fait.
- Speaker #1
et ils se sont réappropriés finalement leur territoire si j'entends ouais il y en a qui ont réagi évidemment sur les réseaux sociaux parce que quand c'est comme ça qu'ils se sont plaints qu'ils ont dit mais c'est n'importe quoi vous dites qu'il n'y a rien et voilà et donc ça a créé un petit buzz là-dessus et du coup maintenant donc il a fallu évidemment réexpliquer on a dit oui oui mais l'important c'est les trois petits points et souvent les gens qui viennent chez nous les touristes disent on était venu pour Voilà. une semaine, mais on n'a pas eu le temps de tout faire. Et on dit, si vous ne ferez rien, vous n'aurez pas le temps de voir tout le territoire en une semaine. Donc voilà, on rajoute à chaque fois des petites phrases et on s'amuse beaucoup avec ça.
- Speaker #0
Et tu sens que ça a fait, ça a réveillé ce sentiment d'appartenance du coup au territoire ?
- Speaker #1
Ouais, alors on a des gens qui sont très très chauvins. Ils adorent leur territoire, mais malgré tout, ils ont ce complexe d'infériorité. Et je leur dis, mais vous n'allez pas la voir. Vous avez des trucs qui n'ont pas le territoire du sensi. Par exemple, nous, en été, vous allez faire de la rando et pendant votre rando de quatre heures, vous risquez de ne voir personne. Et ça, on va travailler le ressourcement, le bien-être, la tranquillité. Et on a besoin de ça en ce moment.
- Speaker #0
OK, d'accord. Super, je trouve ça vraiment génial d'avoir réveillé un peu ces habitants-là. Et justement, est-ce que tu considères les habitants des Grands Braille Auvergne comme des clients ? du territoire aussi ? Parce que quand on a un vaste territoire comme le tien, est-ce que tu dis qu'ils sont chauvins ? En plus, je pense ça, parce que c'est comme l'Ardèche, le nord et le sud, ils vont très peu d'un côté ou de l'autre du département. Est-ce que c'est aussi une façon de donner envie aux combraillés, combraillois ? Vous n'avez toujours pas acté, je crois.
- Speaker #1
Non, toujours pas. On n'a toujours pas de nom pour les habitants. Donc ça, c'est un des objectifs. Et alors, on va faire toujours pareil. On va lancer un sondage des votes. Donc, on va faire voter des EHPAD jusque dans les écoles primaires, tous les habitants, pour choisir un nom. Est-ce qu'il y en a pas ? Donc, on peut être fier d'être marseillais, on peut être fier d'être parisien, mais on peut être fier d'être habitant des Combrailles pour l'instant.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Il n'y a pas de nom.
- Speaker #0
Est-ce que le but aussi d'Accompagne, c'était de faire en sorte que les habitants redécouvrent aussi et arpentent eux aussi leur territoire ? Il y avait cette envie-là aussi de développer ce tourisme hyper local, finalement ?
- Speaker #1
Complètement. Parce qu'en fait, notre territoire, il est très vaste. Il y a 99 communes, comme tu as dit. On peut, d'un bout à l'autre du territoire, il y a deux heures de route.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, c'est quand même... C'est grand.
- Speaker #0
Oui, c'est grand.
- Speaker #1
Et on a des gens qui n'ont pas découvert leur... propres territoires. Mais souvent, en France, c'est comme ça. On part en vacances et on se dit, tiens, allez, je vais au bord de mer. Puis finalement, ils s'aperçoivent qu'il y a un lac juste à côté de chez eux, où l'eau est très belle, où il y a beaucoup moins d'habitants et il fait beau aussi. Donc, il y a à peu près 40% des Français qui ne partent pas en vacances en France. Et je me dis que dans les combrages, sûrement c'est plus. Donc nous, c'est vraiment une cible de tourisme. Donc on va leur donner tous les éléments clés pour se balader sur leur propre territoire, découvrir. Et en plus, ça va en faire des ambassadeurs.
- Speaker #0
Des ambassadeurs, mais clairement. Oui, clairement, c'est génial. Mais je te rejoins parce que tu vois, moi qui vis dans un territoire de montagne. Le département des Hautes-Alpes, je n'ai pas été à l'autre bout. Je n'ai pas encore été à l'autre bout. J'ai été dans le Brillancenay, mais je n'ai pas été dans le Quérat, qui est quand même au cœur du Parc des Écrins, qui a une forte renommée, mais je n'y suis encore même pas allée. Honte à moi, j'avoue. Par contre, je suis d'accord avec toi, je voyage par contre à deux heures de chez moi, je vais avoir les gorges du Verdon, je vais y aller. Deux heures, effectivement, c'est vraiment le... On y va facilement au week-end, on y va facilement, voilà. Donc, c'est l'occasion de redécouvrir son territoire, je suis d'accord avec toi. Ok.
- Speaker #1
Voilà, et tu vois, on a des gens de Clermont-Ferrand qui viennent, ils ont 45 minutes de voiture. Et l'autre jour, enfin l'autre jour, je les ai rencontrés, ils étaient au camping, et ils ont passé six semaines au camping, dans les combrailles, alors qu'ils sont à 45 minutes de chez eux.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
ah oui.
- Speaker #0
Ouais. Ouais, ils ont fait leur résidence secondaire. Et c'est chouette. Mais tu vois, il y a de plus en plus d'ailleurs de personnes qui font ça, de personnes retraitées qui se délocalisent mais à une heure de chez eux. Mais vraiment, j'en connais mes beaux-parents. On fait ça aussi. Ils ont acheté un petit mobilhome qu'ils se sont mis dans un camping mais à une heure de chez eux. C'est parce qu'ils sortent un peu de la ville et ils se mettent vraiment au vert. Pour rebondir sur notre histoire de 99 communes, moi qui suis très sensible à comment faire émerger la singularité d'un territoire, comment tu fais émerger les singularités des 99 communes ? J'imagine que tu ne le fais pas pour les 99, mais comment on arrive, quand en plus le regard des habitants est aussi précieux, comment on arrive à faire émerger des histoires, des personnages, des richesses, quand on a un territoire aussi vaste ?
- Speaker #1
Alors, on a fait un truc, nous, qui est assez étonnant. Alors, comme je suis à mon troisième office de tourisme, la première chose que je fais, je fais sauter les banques. Alors, quand je fais sauter les banques, je veux dire… Là,
- Speaker #0
comme tu dis ça, on dirait que t'as un casque.
- Speaker #1
Je fais sauter la banque d'accueil, tu vois.
- Speaker #0
Voilà,
- Speaker #1
les banques d'accueil sont les… Et souvent, en plus, je suis dans des zones où il y a des casinos. Non, on fait sauter la banque d'accueil pour pas qu'il y ait ce rempart entre les visiteurs et… et les personnes de l'office. Deuxième chose, on enlève tout le mobilier qui ressemble à du mobilier d'une marque suédoise et pour pas que ça a l'air d'un lieu administratif. Et donc, on a demandé aux habitants d'emmener leurs meubles, d'emmener des objets qui leur tiennent à cœur. Et en fait, on réaménage l'office de tourisme avec du mobilier du territoire. Et l'idée, c'est que quand un touriste ou quand un habitant rentre dans l'office de tourisme, ils se disent « Ah, ok, là, je suis vraiment dans les combrailles. » Et qu'ils comprennent tout de suite où il est. Et du coup, on a mis des canapés, on a mis…
- Speaker #0
C'est une maison, en fait. C'est une maison.
- Speaker #1
Ouais, c'est carrément une maison. mais avec tout le côté un peu cosy et sans la machine à laver. Dommage. C'est une maison. C'est une maison avec des objets. Et alors, ce qui est marrant, c'est qu'on a demandé aux habitants, donc on a appelé ça patrimoine singulier, on a demandé aux habitants de nous amener leurs objets, mais aussi de nous raconter une histoire sur cet objet.
- Speaker #0
Génial. Tu en as une en particulier ?
- Speaker #1
On a enregistré toutes les histoires. Donc ça peut être enregistré, on va dire, niveau manuscrit. Et puis, il y en a certains, on les a interrogés et on a enregistré. On a fait comme toi, on a fait des interviewers et on leur a demandé de raconter l'histoire.
- Speaker #0
Génial.
- Speaker #1
Et du coup, on a des habitants qui sont curieux, qui sont venus voir ce qu'on avait mis.
- Speaker #0
Donc voilà, on revient à cette notion de faire des habitants, des voyageurs aussi, enfin les premiers clients en fait. finalement.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, les premiers clients, par exemple, on a un médecin qui a amené tous les... On pourrait presque dire des outils de médecin, mais de son grand-père. Et en fait, on voit des seringues qui sont monstrueuses, on voit des trucs et on se dit « Oh là là, j'aurais pas voulu être ausculté. » Par le médecin de l'époque. Et on a des anciens qui se disent, mais moi, je l'ai connu, ces trucs-là. Mais oui, je les ai vus. Et c'est drôle parce qu'on a des prescriptions. On se dit, non, mais on ne pourrait pas donner ça maintenant. On a ça, on a le premier projecteur cinéma qui a existé sur le territoire des Combrailles. Et donc, plein de choses comme ça.
- Speaker #0
Et du coup, tu considères... L'intérêt,
- Speaker #1
c'est que ça rapproche.
- Speaker #0
Et oui, c'est ça, tu as l'impression que ça crée une identité commune en fait, c'est ça ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, ça crée une identité commune et puis ça permet aussi au personnel de l'office de tourisme d'aller plus loin dans le rapport avec le territoire. En fait, ils s'imprègnent de l'histoire du territoire. Et il faut dire que par exemple, à l'office de tourisme, nous on a une personne auvergnate et toutes les autres viennent de régions différentes.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Donc ça a permis aussi de s'imprégner, de devenir plus Auvergnat que les Auvergnats.
- Speaker #0
Ça me parle beaucoup ce que tu dis, parce que quand j'étais à l'Office de tourisme, pendant quatre ans, quand j'étais community manager, j'étais en charge du magazine trimestriel de la commune, et je faisais des portraits, et j'allais interviewer, par exemple, le dernier porte-drapeau qui était encore là, donc je l'avais interviewé. Et en fait, effectivement, toute cette période-là, j'ai eu le sentiment... de mieux connaître le territoire que beaucoup d'habitants. Effectivement, je me suis vraiment imprégnée en quelques portraits, en quelques rencontres, etc. J'avais une vision du territoire que beaucoup ne se sont pas donné la peine d'aller chercher, en fait, ne savaient même pas. Je pense qu'aujourd'hui, je sais beaucoup plus de choses du dévolu que certains de ces habitants, alors que je ne suis pas native du territoire. Et donc, je te rejoins là-dessus. Le fait d'aller à la rencontre, d'interviewer, de connaître l'histoire et le patrimoine singulier, tu as raison, vraiment, je pense qu'on s'en apprend mieux et du coup, on le retransmet mieux. Je pense que ça crée l'attachement. C'est ce qui a fait que j'ai eu envie de m'installer d'ailleurs là. Cette histoire-là, elle m'a donné envie de rester, de revenir d'ailleurs, parce que j'en suis partie et je suis revenue. C'est vraiment intéressant ce que tu dis. C'est-à-dire que même dans ta stratégie d'accompagnement de tes équipes, pour toi, cette notion de faire venir les habitants, de les faire parler, c'est aussi une espèce de façon de former. C'est finalement tes équipes, c'est ce que tu es en train de dire.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et on s'en est rendu compte au fur et à mesure des objets qui étaient ramenés. Parce que plus ça allait et plus, en gros, on tape la discute. Du coup, on a installé des machines à café, les gens peuvent boire un coup, on offre des jus de fruits, des tisanes, ils s'installent. On a des produits à la boutique. Évidemment, tout est 100% local. on a viré tout ce qui était d'autres pays et les gens ils sont là, ils redécouvrent leur territoire mais on savait pas qu'il y avait quelqu'un qui faisait des tisanes juste à côté de chez nous et alors que voilà et ça c'est nous on a vraiment Ouais, on a beaucoup appris des habitants qui sont venus nous raconter leurs histoires. Des fois, on se dit, ah là là, on perd du temps. Mais non, pas du tout. On gagne en qualité de discours après. Et on a plein de petites anecdotes.
- Speaker #0
C'est ça. En fait, j'allais te dire, tu vois, l'histoire du médecin, en fait, c'est ses récits. On aime les récits. En fait, un voyageur, il veut voyager. Et ça voyage par le récit. En fait, c'est de l'aventure. C'est du récit de voyage. Et plus tu as des petites anecdotes d'un territoire, plus il repart avec ces petites histoires en tête, en disant, ah mais oui, j'ai visité ça, ah oui, ça, je l'ai vu, et ça, pour la petite histoire, on retient toujours que les petites anecdotes et les petites histoires qui accompagnent une visite, d'ailleurs. Et du coup, ça a bien relooké tes bureaux d'information touristique, ce qu'on appelle des BIT, ça les a bien relookés. Tu en as combien sur le territoire ? Tu en as quatre, je crois, tu m'as dit.
- Speaker #1
Alors, on a quatre bureaux d'office de tourisme. On a Saint-Gervais-d'Auvergne, qui est plutôt en mode rural, campagne. Donc, à chaque fois, on a changé. Il n'y a aucun bureau d'office de tourisme qui se ressemble sur le territoire.
- Speaker #0
Il y a une collection de quatre offices à visiter, en fait.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et je ne sais pas, Saint-Gervais-d'Auvergne, oui, c'est rural. À Châteauneuf-les-Bains, il y a une station thermale. Donc, on a allé chercher des objets 1900.
- Speaker #0
Belle époque.
- Speaker #1
voire de... C'est le côté thermal. Aux Ancises, donc là, il y a une grosse entreprise où il y a 1500 personnes dedans qui font de l'usinage. Et donc, c'était métal et bois parce qu'on a des forêts à côté. Alors aujourd'hui, on est parti sur une ligne éditoriale, on pourra en parler, mais sur l'amour. Et donc là, on est en train de faire des bureaux amoureux.
- Speaker #0
Je suis sûre que tu m'en diras plus, ça m'intéresse.
- Speaker #1
Ah oui, ça c'est pas triste. Voilà, donc on change tout. Et on a évidemment un bureau à Pongibaud, qui est pas très loin des volcans, donc la thématique, c'est les volcans.
- Speaker #0
Ok, donc ça veut dire qu'en fait, chaque bureau incarne à peu près le rayon dans lequel il se trouve, il incarne vraiment le patrimoine de son territoire de proximité. C'est ça. Et du coup, ça veut dire qu'on va proposer aussi des visites. Par exemple, tu parlais de l'usine. On va proposer un peu plus tout ce qui va être savoir-faire industriel, tourisme de savoir-faire, ces choses-là. Éventuellement, peut-être visite. Je ne sais pas s'ils en font ou pas, mais visite, etc.
- Speaker #1
Alors, ils n'en font pas parce qu'en plus, c'est une usine qui, au Baird-du-Val, qui fait de l'armement.
- Speaker #0
Ah oui, d'accord. Alors là, on est un peu secret défense. Ok.
- Speaker #1
Oui, et beaucoup. ils ne font pas de visite, mais par contre, tout le personnel qui est là est sensible à ce qu'on fait. On a mis des choses de chez Aubert et Duval. On allait récupérer, par exemple, des casiers de rangement quand tu mets tes fringues. On a mis des choses dedans. Tu ouvres la porte et tu découvres des trucs.
- Speaker #0
Génial. Il y a une véritable expérience même dans les offices de tourisme maintenant. C'est vraiment un lieu... C'est un lieu d'accueil, mais d'expérience aussi. Ça fait partie du début du séjour.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ok, super. Écoute, j'ai bien compris que ça a changé aussi, ça a changé l'approche et le lien dans les conversations que vous pouviez avoir entre les personnes qui accueillent et que ce soit des visiteurs ou des habitants. Donc ça, c'est vraiment chouette. Cette démarche-là, elle a vraiment permis de renforcer des liens et de mieux comprendre son territoire. Donc ça, je trouve que c'est important de le retenir. Et effectivement... raconter un territoire plutôt que le décrire quand on s'est vu il y a quelques semaines au sommet du tourisme à Lyon tu m'as remis ce joli magazine des Combrailles tout fraîchement sorti 100% fait sans IA tu me l'as bien souligné alors les personnes ne le voient pas mais c'est vrai que je pourrais le mettre en photo pour illustrer aussi l'article il est là, je l'ai encore là et il est vraiment beau et honnêtement en papier recyclé on est sur un 75 pages on est sur un beau magazine et justement parle-nous de ça comment tu arrives à raconter le territoire dans ce magazine beaucoup de place donnée au portrait, au récit beaucoup de place donnée à l'amour ce magazine pour la petite histoire, c'est ne rien faire sinon on retrouve le ne rien faire sinon s'aimer, c'est beau c'est hyper politique déjà parle-moi de ce projet mais vraiment de ce qu'il contient c'est-à-dire beaucoup plus de portraits, de récits On est dans raconter le territoire. Vous n'êtes plus dans l'information touristique pure.
- Speaker #1
C'est ça. En fait, on a commencé pour... L'historique. Allez. Donc, on est parti sur ne rien faire. Et puis, on a enchaîné sur un guide touristique. On s'est dit, bon, ne rien faire, qu'est-ce qu'on pourrait faire ? On fait un guide touristique. Donc, on a fait un guide de survie dans les combrailles. Donc, on a poussé vraiment jusqu'au bout en disant, il n'y a rien à faire, donc on va essayer de survivre dans les combrailles.
- Speaker #0
Vous êtes vraiment dans la provoque.
- Speaker #1
Oui. Et on s'est inspiré de guides de survie. qui existent. Et moi, ma plus grosse inspiration, c'était un guide de survie en territoire zombie. Et il faut savoir qu'il y a des territoires zombies, apparemment. Et par exemple, au lieu d'avoir un point de vue, il faut se percher en hauteur pour pas que les zombies viennent t'attaquer parce qu'ils ne savent pas grimper. Donc, on a utilisé tout un tas de vocabulaire comme ça. Ça, c'était le premier guide. Ensuite, on a fait deux guides. policiers où l'idée c'était une enquête en fait des parisiens sont venus dans les combats ils se sont perdus et il fallait les retrouver ça c'était deux guides policiers et ensuite on s'est dit maintenant qu'on est on commence à être un peu connu en communication et etc il faudrait qu'on fasse un beau guide comme il ya dans plein de destinations et souvent on appelle ça un guide de séduction donc on est parti au pied de la lettre on a dit un guide de séduction En fait, on va parler d'amour. Et on va parler d'amour parce qu'on est sur une période qu'on trouve un peu pas très glamour, justement, en ce moment. Ça ne se passe pas bien un peu partout. Et ça continue. Donc nous, on a dit, nous, dans les Combrailles, on va parler d'amour. Et on va parler d'amour, c'est un peu délicat comme thème, parce qu'il y a quand même plein de choses qui sont sorties, pas très cool. Donc, on dit, bon, alors, l'amour, comment on peut en parler ? Et en fait, on a repris l'amour selon les grecs anciens. Donc, il y a cinq thématiques dans notre guide. Il y a l'amour de soi, donc se ressourcer, se faire du bien, prendre du temps pour soi, randonner tranquillement, découvrir les choses. Et ça, c'est l'amour pour soi. On a l'amour du couple, donc Eros, évidemment. Ah oui, Eros, avec une superbe photo de couverture. Et on nous dit, non mais c'est une photo qui a été faite en IA. Non, pas du tout. Pour l'histoire, c'est un fil à linge où on a des grands slips blancs magnifiques, mais vraiment les slips d'époque. Et en fait, la photo a été prise, on était en voiture, et on voit ce fil à linge qui pend avec les slips. et on a ouvert la fenêtre,
- Speaker #0
on a vite pris la photo et on s'est sauvé et du coup maintenant elle illustre notre guide de séduction c'est écrit quand même sur la photo la dolce vita quelque part dans les combrailles et oui donc on a l'amour du couple,
- Speaker #1
on a l'amour de la famille donc qu'est-ce qu'on peut faire en famille et sur le territoire et voilà, on a l'amour l'amitié Donc les tribus qui se réunissent et qui peuvent faire des choses. Et on a aussi l'amour du territoire, du temps qui passe. Voilà, donc on a ces cinq thématiques qui sont regroupées dans notre guide. Et les gens adorent.
- Speaker #0
Oui, parce que là, on a passé la période salon et tout, donc tu peux déjà me dire, quand tu le donnes, qu'est-ce qui se passe ?
- Speaker #1
En fait, quand on le donne... Les gens déjà nous demandent si on ne le vend pas. Et on dit non, on le donne. Et les gens qui l'ont pris, par exemple, hier, on avait un comité de direction avec le nouveau comité de direction. Et la directrice des termes a dit, je tiens à dire et je veux que ce soit dans le compte rendu.
- Speaker #0
que le guide est magnifique, qu'il a fait venir plein de monde au terme qui voulait se prendre du bon temps et aller dans notre spa parce qu'ils veulent se détendre. Et il dit, ça, c'est votre guide qui l'a fait. Et donc, on a toutes ces thématiques de l'amour qui étaient compliquées à travailler, mais on a mis quatre mois, on l'a fait effectivement sans IA. avec des vraies photos, des photos de photographes ou des photos en interne. Toute la maquette a été faite en interne. Et voilà, ça a pris pas mal de temps, mais le résultat, on est satisfait.
- Speaker #1
Oui, il est vraiment très beau. Et tu vois, je trouve ça malin d'avoir la façon dont tu l'as parlé, parce que tout le monde, effectivement, toutes les décisions, tous les professionnels du tourisme, on entend, on va parler en voyage solo, voyage en coupe, voyage en tribu. Mais sans expliquer le motif, la raison. Et tu vois, quand tu as dit l'amour de soi, notamment les termes, se ressourcer, etc., c'est ça la vraie raison du voyage. Pourquoi on part seul ? C'est parce qu'on a besoin de se reconnecter à soi et de s'autoriser de vivre ces choses-là. Et je pense que c'est pour ça que la directrice des termes t'a fait ce retour-là. J'aime beaucoup l'idée de se dire, d'abord, pourquoi on fait ça ? Pourquoi on veut faire ce voyage-là ? C'est pour se retrouver soi ou pour se retrouver en famille ? ou pour renforcer notre amitié, pour ancrer notre amitié, etc. Plutôt que de dire, on part en famille. Ça, c'est la suite, en fait. Mais la raison profonde qu'il y a, ça, ça me parle. Moi, personnellement, ça me parle beaucoup. Donc, je trouve ça chouette d'avoir pris cet angle-là. J'aime beaucoup, en fait, c'est l'angle dans lequel vous avez créé ce magazine qui, effectivement, est vraiment très beau, très qualitatif. Je pense que ça, quand tu le donnes, tu sais, en main propre. Bon, ben voilà, t'as beaucoup de travail. Et puis, j'imagine qu'en termes de coût, ça va avec. Mais déjà, de l'avoir fait en interne, forcément, ça doit être un peu moins que quand tu fais faire tout par une agence ou autre. Tu récupères un peu des sous dessus. Et par rapport à tout ce qu'on s'est dit, parce que je trouve qu'il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses que t'as fait à partir de juste cette fameuse campagne de rien faire. Tu vois, et si vous ne ferez rien ? On a parlé de ton lien avec les habitants, de comment vous avez créé de l'expérience touristique au sein même des offices de tourisme. On a parlé de cet angle de communication que vous avez, qui est de revenir à l'amour, à s'aimer, qu'on peut s'aimer de différentes manières, etc. Si on devait transposer ça sur d'autres territoires, tu crois que ça fonctionnerait ? Est-ce que cette expérience que tu as vécue... Tu penses que c'est une recette universelle qui pourrait se transposer ? Toi qui, en plus, as déjà fait d'autres territoires ?
- Speaker #0
Non seulement je pense que ça peut se transposer, mais je pense que c'est l'avenir du tourisme. Le tourisme de masse, comme on peut en parler, c'est une sorte de tourisme. Chacun fait ce qu'il veut. Mais j'ai l'impression qu'on a besoin, à l'heure où on est hyper connecté, où il y a le via, il y a les téléphones, il y a vraiment beaucoup, beaucoup de choses. Moi-même, j'essaye de me déconnecter. Je me dis que tout l'intérêt du voyage, c'est d'aller rencontrer l'autre et de discuter et de dire tiens, je vais sur un territoire. Moi, le premier truc que je vais faire, c'est je vais aller dans un petit bar. où il y a les habitués. Et puis, on va commencer à discuter. Parce qu'ils n'ont qu'une envie, c'est de raconter leur lieu. Là, dernièrement, je fais des expériences où je pars en stop de certaines destinations et je suis parti de Dôle dans le Jura pour aller dans les Ancises. Normalement, c'est trois heures et demie en voiture. J'ai mis six heures, j'ai fait cinq voitures et on a discuté. Et je me dis, vraiment la rencontre, c'est ce qui fait le sens du voyage c'est pour ça qu'aujourd'hui et c'est pour ça que je me dis on a aussi il y a tous ces problèmes entre habitants touristes pour moi il n'y aurait pas de problème si effectivement les habitants et les touristes discutent ensemble comprennent que il y a un touriste qui est venu découvrir un territoire et il y en a un autre qui a envie de le raconter Et ce truc-là, c'est pour ça que j'adore le tourisme, c'est qu'on peut se le faire tout seul, on peut se le faire en famille, on peut, voilà, avec des amis. Et pour moi, c'est ça, le tourisme. Sur plein de territoires, si on se pose la question de pourquoi il est différent mon territoire ? Et qu'est-ce que je veux montrer ? Et qui je veux montrer ? Là, je pense que tous les territoires ont une chance de faire du tourisme sympa.
- Speaker #1
Oui, un tourisme singulier justement par rapport aux personnes qui le composent. En fait, la singularité d'un territoire, c'est surtout par rapport aux personnes qui composent ce territoire.
- Speaker #0
Bien sûr, et on peut ne pas être d'accord avec plein de choses. tu vas rencontrer, tu n'es pas d'accord avec la chasse mais tu rencontres des chasseurs à un moment bon on t'occulte un peu le truc tu es des animaux mais peut-être que pendant 10 minutes tu vas pouvoir discuter du territoire de manière très sympa moi je suis très touchée par les
- Speaker #1
problématiques c'est pas forcément toujours des problématiques mais l'agritourisme nous c'est les agriculteurs qui vivent parfois mal Merci. le tourisme parce que les sentiers passent sur leur territoire où il y a toujours en été les problèmes avec les alpages, avec les patous, avec tout ce que tu veux. La cohabitation peut être difficile et je trouve ça intéressant que toi tu essaies de travailler cette cohabitation. Tu dirais qu'aujourd'hui tu as réussi à faire cohabiter justement ces habitants qui ont plaisir maintenant à raconter leur territoire, à accueillir eux-mêmes ou est-ce que... Ils voient les touristes un peu du mauvais oeil. On a toujours quand même souvent ces habitants, on a cette image des habitants qui râlent après le tourisme parce que parfois, ce ne sont pas des destinations qui sont 100% touristiques, qui ne vivent pas que du tourisme aussi. D'ailleurs, je pense que dans ta région, ça ne vit pas que du tourisme.
- Speaker #0
Non, non, non. Nous, effectivement, c'est une région agricole. C'est le Charolais. Et je dirais qu'on... Alors, ça fait... que quatre ans et demi que je suis là. Mais voilà, déjà, on voit les touristes arriver et en fait, on est content de les voir. Nous, notre but, c'est de faire venir, mais sans envahir. L'idée, c'est les plus gros spots, on va essayer de moins en parler pour répartir les flux, si on peut parler de flux. de répartir les touristes sur l'ensemble du territoire. Et c'est aussi comme ça, on travaille beaucoup sur les animations. Alors avant, c'était les communes qui faisaient ça. Nous, on a un agenda des animations, on dit les pléthoriques, mais en fait, on peut tout faire et tout ce qu'on a envie sur le territoire tient dans l'agenda des animations. On envoie, on a un roadbook travel, donc un carnet de voyages. qu'on peut faire vraiment à la carte. Les gens viennent, ils disent, on vient trois jours, on a deux enfants, ils ont six et dix ans, on aime marcher, mais pas trop, on aime bien les faire marcher, on voudrait aller au bord de l'eau. Donc, on rentre tout ça dans notre orgue.
- Speaker #1
Et ça te crée ton petit carnet de voyage.
- Speaker #0
Et ça leur crée leur petit carnet de voyage. Comme ils le reçoivent dans la minute sur leur téléphone ou sur un mail, ils sont là, mais on ne pensait pas trouver ça ici. Mais ils adorent parce qu'en fait, ils s'aperçoivent qu'ils ne peuvent pas tout faire sur notre territoire.
- Speaker #1
Donc, il faudra revenir.
- Speaker #0
Et voilà, on va les faire revenir, tu vois bien.
- Speaker #1
Ouais, super. Alors, j'imagine que cette démarche, elle ne s'est pas construite en quelques semaines, que ça n'a pas toujours été simple. Là, si tu devais faire un peu le bilan, parce que... quand même, on est à plus de trois ans maintenant de mise en place. Qu'est-ce qui a été le plus difficile à mettre en place ?
- Speaker #0
Alors, le plus difficile à mettre en place, c'était la première fois où on a dit, on va communiquer, on va dire, ici, vous ne ferez rien. Ça, en Auvergne, il y a un petit truc, c'est qu'on te regarde, et si ça marche, OK, sympa. Si ça ne marche pas, bon, là, ce sera plus compliqué. Et donc, la première fois, ça a été de... de mettre en place la ligne éditoriale, ici, vous ne ferez rien. Et une fois qu'on l'a mise en place et que ça a fonctionné, maintenant, les élus, puisque, évidemment, j'ai affaire à des élus, les élus me disent, bon, qu'est-ce qu'on peut faire de plus encore cette année dans la communication, un peu dans la provocation ?
- Speaker #1
Ils ont envie de provoquer, maintenant.
- Speaker #0
Et maintenant, ça y est, ils sont à fond, ils sont à fond derrière nous. On a les pros. aussi, il faut arriver à emmener tout le monde. Des fois, les pros, ils disent « Oui, mais ça fait 20 ans qu'on fait comme ça, et pourtant, on changerait. » Parce que ça bouge, parce que ça fait du bien de changer et ça fait des nouveaux projets. Les hommes et femmes ont besoin de projets pour avancer. Et je trouve que c'est pas mal, du coup, de leur donner des nouveaux projets, d'amener des nouvelles idées.
- Speaker #1
Et surtout, tu es les remporteurs de ces projets. Ils ne sont pas juste spectateurs, ils sont aussi porteurs du projet, donc c'est intéressant. Mais du coup, c'était plutôt finalement en interne que ça a été plus difficile à mettre en place, et auprès des élus, peut-être plus.
- Speaker #0
Oui. Et puis aussi au niveau de l'équipe, quand tu as une équipe de fils de tourisme, qui des fois t'apparaît un peu comme l'illuminé de service qui amène une nouvelle idée, et on se dit, oh là là, ça y est, c'est lui ce matin, une nouvelle idée, mon Dieu, au secours. et c'est dur d'amener des nouvelles idées et puis de se dire on peut pas le faire parce qu'on a pas les moyens ou parce qu'on a pas le temps, parce qu'on a pas les personnes et bon ça se fait au fur et à mesure,
- Speaker #1
voilà c'est tout et ce qu'on peut pas faire on le fera demain et voilà et avec le recul les personnes de l'accueil apprécient justement le fait que t'es tout cassé, que t'es tout retiré au niveau des banques d'accueil qui...
- Speaker #0
Oui. Elles n'ont pas eu le choix. Oui, elles n'ont pas eu le choix. Mais c'est vrai que ce n'est pas évident de se dire « Tiens, on m'enlève mon bureau d'accueil, ça me protège des personnes. » Il y a ce truc où je suis un peu caché, j'ai mon ordinateur qui est devant, et du coup, il faut que je sois debout, il faut que j'aille à la rencontre des gens. Ça a été un gros changement. et surtout on fait nous ce qu'on appelle du HLM c'est à dire je casse je fais sauter les banques et je fous les gens dehors quand je dis je fous les gens dehors c'est que l'équipe part sur le terrain sur les festivals à l'endroit où il y a des plages à l'endroit où il y a du monde et on a pris 4 voitures en location il n'y en avait qu'une et quand les gens ont envie quand il fait beau ils prennent une voiture Et ils vont faire la communication. Et je leur laisse faire leur planning. J'ai embauché quelqu'un récemment qui m'a dit, alors, comment ça marche ? Je lui ai dit, comment tu as envie de bosser ? Elle m'a dit, mais je ne sais pas. Je lui ai dit, c'est toi qui fais ton planning. Ah bon, d'accord. Et du coup, ils font leur planning, ils prennent les voitures, et s'il fait beau, ils sortent.
- Speaker #1
OK.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Ils vont sur les marchés, ils vont sur les plages ?
- Speaker #0
Oui, ils vont sur les marchés. Qu'est-ce qu'ils ont fait dernièrement ? Je ne sais pas, il y a un trail là, il n'y a pas longtemps. Donc, ils sont allés sur le trail, il y a 1000 personnes. Et ils rencontrent les personnes, ils vont taper la discute. Et on n'essaye pas de savoir si on a eu énormément de monde ou pas. C'est plutôt dans la qualité des échanges.
- Speaker #1
Et typiquement, pour reprendre cet exemple-là, quand tu vas sur un trail, On retrouve un peu le stand qu'on voit à chaque fois sur des événements ou même le stand, il est pensé autrement ?
- Speaker #0
On retrouve le stand de l'office de tourisme. On a pris une structure gonflable parce que c'est plus sympa que les trucs métal. Et on est dessous. Alors, on est dessous. Des fois, on n'est pas du tout dessous. C'est-à-dire qu'on laisse le stand et puis on va se balader. Puis on discute. On va au bar. on va boire un coup avec les gens c'est cool de bosser chez toi c'est cool de bosser chez toi oui je pense que c'est pas mal tout mon propos c'est de me dire il
- Speaker #1
faut que les gens soient hyper bien pour que ça se sente et qu'ils le renvoient aussi aux visiteurs je suis d'accord avec toi la qualité de vie au travail mais la qualité de vie tout court sur le territoire en fait aussi ça c'est ce qui te donne envie moi je pense qu'effectivement moi qui adore mon territoire quand je rencontrais des personnes ils se disaient je pense que tu le dégages t'embarques les gens qui ont envie de faire ce que t'as fait donc c'est ça là dessus et est-ce qu'il y avait avec le recul est-ce qu'il y a quelque chose que tu ferais différemment si tu devais recommencer est-ce qu'il y a quelque chose que tu ferais différemment sûrement mais il faut que je réfléchisse mais qu'est-ce que j'aurais pu faire différemment Merci.
- Speaker #0
Si, peut-être que souvent j'arrive avec les idées où j'ai déjà un peu réfléchi à la mise en place, et peut-être impliquer encore plus l'équipe sur la mise en place, parce que... Il faut aussi que je leur donne l'impulsion et qu'eux se disent, oui, on peut faire ça. Alors après, souvent, je me heurte à des freins pratiques. Mais je me dis, vous ne vous occupez pas des freins pratiques. On va trouver une solution. Tu veux leur permettre d'oser rêver grand,
- Speaker #1
d'oser rêver.
- Speaker #0
C'est ça. Par exemple, on a fait un séminaire des types, on voulait aller voir une destination, et je leur ai dit, on va aller à l'île de Ré. Et ce n'est pas la plus proche. Moi, je me dis, l'île de Ré, c'est quand même pas si mal, hors saison. Et ils m'ont dit, ouais, mais on pourrait peut-être aller dans le Cantal, qui est juste à côté, pour voir un office de tourisme qui est pareil que le nôtre. Je dis, non, il faut qu'on aille voir des choses différentes. Et du coup, on est allé à l'île de Ré, et là, ce n'était que du bonheur. parce que On a découvert d'autres trucs. Et notre guide, il s'est un peu inspiré du guide de l'île de Ré. En mieux, évidemment. Oui, oui. Attends. Et donc, voilà. Et l'équipe kiffe. Et maintenant, ils disent, on va où la prochaine fois ? Donc, on va essayer de trouver une belle destination aussi pour aller faire notre petit séminaire.
- Speaker #1
Génial. Ça, c'est génial. Oui, je trouve que... Tu as une approche vraiment très innovante, vraiment en dehors de tout ce qui se fait de façon traditionnelle. Je pense que tu apportes beaucoup de sincérité, mais surtout tu remets la conviction que je partage exactement comme toi, tu remets au centre l'idée que le voyage, c'est avant tout une question de rencontre. En fait, c'est vraiment ma conviction. Je pense que c'est pour ça aussi qu'on avait bien accroché quand on s'est rencontrés. C'est vraiment cette question de rencontre et de se dire, « Oh, wow ! » Quand je t'entends parler du territoire, tu me fais rêver. Ça correspond à ce que j'ai envie de vivre. D'ailleurs, on voit bien, quand on voyage, on ne veut jamais aller dans les trucs à trappe touriste. On veut toujours aller là où les locaux vont. On demande toujours aux locaux quel est le resto que vous me conseillez. C'est ça, en fait. C'est génial. Pour terminer, si un autre directeur d'office de tourisme, ou une directrice, voulait commencer elle aussi à révéler les singularités de son territoire, Est-ce qu'il y a... première chose que tu lui conseillerais de faire ?
- Speaker #0
Moi, c'est vraiment d'aller voir les habitants. Nous, c'est ce qu'on appelle les figures des Cambrailles. On a des personnes comme ça qui vont te raconter le territoire et te dire « Ah, là, tu sens la passion. » Et quand tu sens la passion comme ça, tu te dis « Ça, c'est intéressant. » Et l'idée, c'est de tirer le fil de tout ce qui va te raconter. et même de ce qu'il ne te dit pas. Parce que des fois, il te raconte un truc et tu te dis « Ah oui, mais je veux en savoir plus. » Donc, il ne faut pas hésiter à poser des questions. Il faut être curieux. Ah oui, il faut être hyper curieux. Et moi, c'est comme ça. Et plus on est curieux, moi aujourd'hui, quand je fais un recrutement, j'attends des personnes qui soient curieuses, qui se disent « Mais ouais, tiens… » ça, comment je le mets en avant ? D'où ça vient ? Et c'est toutes ces questions. Et plus les gens se posent des questions, et plus c'est intéressant.
- Speaker #1
Finalement, tes équipes deviennent de plus en plus des espèces de journalistes et des explorateurs de leur territoire, presque. J'ai l'impression que ça fait un peu des... Ils font des documentaires quand ils partent sur le découvert de territoire. C'est chouette, mais c'est bien, parce que pour leur mission, c'est bien.
- Speaker #0
On va mettre ça en place aussi. d'aller faire des reportages, des interviews. On fait beaucoup d'interviews. Tu as vu dans le guide, c'est beaucoup de portraits.
- Speaker #1
C'est beaucoup de portraits. Des micro-trottoirs, non ? Vous allez peut-être lancer, carrément ?
- Speaker #0
Ah oui, ce serait pas mal, ça.
- Speaker #1
Ça y est. Comme tu m'as dit, en fait, qu'ils partaient avec leur voiture. Ah ben, des micro-trottoirs. Eh ben oui. En fait, tu as du témoignage en live. Tu as du témoignage en live.
- Speaker #0
C'est ça. Mais par contre, il faut qu'on forme aussi, tu vois, là-dessus. Parce que tu peux aller rencontrer les gens. avoir écouté plein d'histoires et ne pas les restituer. Et toute l'idée, c'est de restituer tout ça. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Oui, c'est de récolter de la matière, mais qu'est-ce que tu en fais après de la matière aussi ? C'est de l'exploiter aussi. Super. Écoute, après toutes ces années, et j'espère que tu... Enfin, tu ne vas peut-être pas spoiler, je ne sais pas, mais j'espère que les Combreil auront la chance de t'avoir encore quelques années, que tu ne vas pas encore aller sévir ailleurs, comme tu l'as dit. Et j'espère que surtout, les habitants continueront à te surprendre avec leurs histoires, parce que tu as l'air vraiment très attaché à ces histoires et à ces rencontres. Donc je trouve que bravo à toi, à ce que tu fais. Et puis, je trouve qu'ils ont quand même vraiment beaucoup de chance d'avoir un directeur qui ait osé. Justement, je pense que tout est dans la question de... Il faut oser, en fait. Il faut oser, et c'est ce que j'espère que cet épisode inspirera d'autres territoires à oser aller casser des codes. Et bravo à toi de l'avoir fait. Et le résultat est sans appel pour le coup. Merci à toi, Yann. Je te dis à très bientôt. Et au plaisir d'échanger encore avec toi.
- Speaker #0
et quand tu veux sur notre territoire avec plaisir,
- Speaker #1
ciao ciao et voilà mon échange avec Yann est désormais terminé j'espère que vous avez aimé entendre ce passionné de rencontres et d'histoires parler de patrimoine singulier de la façon dont il arrive à faire ressortir le meilleur finalement et à la fois des habitants, à la fois de ses équipes je trouve que son Son œuvre, on va dire sa mission, elle est vraiment très inspirante. C'est vraiment la raison pour laquelle j'ai eu envie de l'inviter sur le podcast. Parce que j'espère vraiment que cet épisode trouvera sa place auprès d'autres directions, d'autres territoires. Pour, pourquoi pas, oser, elles aussi, se lancer dans ce type de communication, se lancer dans ce type d'approche. Laisser un peu plus de côté le côté institutionnel et être un peu plus dans l'émotionnel. En tout cas, merci encore à toi, Yann, d'avoir accepté mon interview. et j'espère en tout cas qu'on n'attendra pas deux ans pour se retrouver et quant à vous venez nous dire que ce soit sur LinkedIn Yann est très présent sur LinkedIn je mettrai bien évidemment son lien dans les notes de cet épisode, n'hésitez pas à venir nous dire en commentaire ce que vous en avez pensé n'hésitez pas à nous dire ce que ça vous a inspiré n'hésitez pas à partager cet épisode au sein de vos offices de tourisme si cet épisode, si vous avez envie qu'il fasse un effet auprès de vos propres territoires. En tout cas, j'espère que ça amènera un peu de réflexion, ça amènera un peu de mouvement et que ça permettra aussi de revoir vraiment l'essence même du voyage, vraiment tourner autour de la rencontre. Si cet épisode t'a plu, tu peux t'abonner au podcast, mais tu peux également t'abonner à la newsletter si tu souhaites avoir d'autres informations. Il m'arrive régulièrement d'apporter un peu plus de... de détails sur ces échanges dans le cadre de mes newsletters donc n'hésite pas, c'est un peu que parfois je partage quelque chose qui s'est passé après cette interview quelques réflexions qui naissent après cet échange et donc je poursuis un peu mes réflexions dans le cadre de mes newsletters. Les liens sont dans la description de cet épisode. Et quant à moi je te retrouve très vite pour un nouvel épisode et d'ici là, porte-toi bien. Ciao ciao !