- Ramata
Je cherche à proposer une définition de la mode africaine qui pourrait être inscrite dans une encyclopédie ou sur Wikipédia avec des sources vérifiées. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'aller à la rencontre de créateurs, de mannequins, d'organisateurs de Fashion Week, d'artistes, de professionnels qui évoluent dans le secteur de la mode en Afrique et ailleurs. Aujourd'hui, je retrouve Adama Paris dans son concept store Sargal, situé à quelques pas de la place de la Bastille. Bonjour Adama ! Je te remercie de nous accueillir chez toi.
- Adama
Bonjour, bonjour Amata et merci d'être chez nous.
- Ramata
Alors, tout d'abord, je vais te demander de te présenter, de nous dire qui tu es et ce que tu fais.
- Adama
Je suis créatrice de la marque Adamin Paris. Je suis également créatrice de plusieurs événements, dont la Black Fashion Experience, Dakar Fashion Week et d'autres événements qu'on produit pour eux. d'autres personnes et récemment j'ai créé les concepts store sargales dont là maintenant un sargale paris casablanca on ouvre le mai la semaine prochaine et la
- Ramata
fédération de la mode africaine moi j'ai eu la chance en fait d'assister à à la dakar fashion week l'année dernière je compte bien retourner cette année j'ai eu la chance aussi d'assister à la black fashion week expérience Donc, à chaque fois, moi, je suis impressionnée par la qualité des shows que tu proposes, parce que tu as l'initiative de ces événements-là. La curation des créateurs que tu fais à chaque fois pour ces événements-là, ça montre un niveau d'expertise en termes de mode qui est extrêmement élevé. Moi, la question qui me vient, c'est que je suis assez impressionnée par ton parcours. C'est quoi ton facteur de réussite ? C'est quoi ton secret pour réussir à proposer ? des événements, des lieux qui permettent de promouvoir de manière aussi qualitative la créativité africaine.
- Adama
Je ne sais pas s'il y a des secrets de réussite. Je pense que de toute façon, d'abord, il faut être passionné par ce qu'on fait. Je pense que c'est la première chose, l'élément essentiel dans tout ce qu'on peut faire. Si on a la passion, on peut déjà souffrir de ne pas voir le succès rapidement. Et on s'attend. C'est bien qu'on soit successful ou pas, mais quand on est passionné, on vit sa passion. Des fois, ça marche, des fois, ça ne marche pas. Donc, le secret, je ne sais pas. Le secret, c'est la passion. Je pense qu'il faut être passionné et organisé. Et aussi, une chose importante, se former. Se former. C'est vrai que moi, d'ailleurs, j'ai appris dans le tas. Mais dans ces 17 ans, je me suis formée sur plein de choses, sur plein de sous-sujets. des petits modules, même dans le temps vieil, je prends toujours là. Là encore, je vais prendre des cours de comptabilité récemment. Donc voilà, prendre des cours et prendre le temps de se former sur ce qu'on veut et puis savoir aussi que le modèle qui existait avant, c'est-à-dire faire une chose parce qu'on était bon à une seule chose, est complètement obsolète. Je pense que maintenant, on vit dans une société où il faut savoir être multitask et savoir faire beaucoup de choses et ne pas avoir peur d'aller faire. et surtout éviter le jugement des gens qui sont... Un peu obsolète à penser qu'on doit être que créateur ou que mannequin ou autre chose. Je pense qu'on peut être beaucoup de choses parce qu'on vit dans un monde de mondialisation où on a des influences de partout et on a aussi accès à l'information très facilement. Donc s'informer et se former, c'est quelque chose qui est essentiel si on veut être successful. quoi que ce soit.
- Ramata
Merci, en tout cas je suis ravie que tu évoques la formation puisque comme tu le sais, moi je suis professeure, j'interviens dans différentes écoles et cette dimension formation, elle est essentielle et à tous les âges de sa vie savoir prendre le temps de dire je ne maîtrise pas ce domaine de compétences et je veux l'acquérir après je pense que ta détermination aussi à oser, je pense que l'audace aussi ça fait partie des choses qui te correspondent vraiment qui ont fait que tu as pu finalement ne pas avoir froid aux yeux et puis oser à chaque fois tenter des nouvelles choses. La question qui me vient maintenant, c'est un peu en fait le cœur du sujet pour moi, c'est si tu devais définir en fait la créativité africaine ou la mode africaine, toi ça t'évoque quoi en fait ces expressions-là et qu'est-ce que tu vois derrière, qu'est-ce que c'est ?
- Adama
Je ne sais pas si on peut définir quelque chose comme ça. Je ne sais pas si on peut définir quelque chose comme ça sans mettre... dans un box la mode africaine. Et du coup, je ne sais pas, parce que la mode africaine, c'est une mode comme l'entendement général, bariolé et tout ça, mais c'est aussi une mode comme celle d'Imaïna Essie. C'est de la haute couture, c'est aussi ma mode, c'est aussi du prêt-à-porter, c'est aussi la mode d'éliquam, du prêt-à-couture. Donc je ne sais pas si on est tellement tous divers. Est-ce que c'est possible de donner une définition à des choses ou à des gens qui font des choses complètement différentes ? Du coup, je ne sais pas, je ne saurais pas et je ne sais même pas si j'ai envie de définir la mode africaine. En fait, qu'il y ait une définition. Ça va être très difficile ce que tu essaies de faire, qu'il y ait une définition de la mode africaine. Je ne sais pas s'il y a une définition de la mode française, ou de la mode européenne, ou de la mode américaine, parce que la mode européenne, c'est une mode française, c'est une mode anglaise, c'est une mode italienne, donc c'est tellement de courants différents, et dans ces courants différents, même les gens font tellement de choses différentes. Du coup, j'ai peur qu'on reste encore dans la même définition que l'Europe ou l'Occident ou l'Amérique nous donnent, c'est-à-dire une mode de... colorée, folklorique et traditionnelle africaine. Ce qui n'est complètement pas ce qu'on fait en ce moment. Donc je serais plutôt contre une définition actuelle d'une mode qui finalement a dépassé les frontières africaines et d'une mode... Parce que la mode africaine, comme l'a dit, est faite par certainement des Africains, mais par des non-Africains aussi. Et voilà, si c'est l'utilisation du wax... Je ne suis pas forcément pour, mais il y a tellement de gens qui le font, qui ne sont pas forcément africaines. Est-ce que c'est ça notre mode ? Est-ce qu'on peut la définir ? Je ne sais pas. Et du coup, je n'ai pas envie de définir cette mode. Moi, je sais que ce que je fais, ce n'est pas ce que je fais dans mes événements, et dans ma mode ou dans mes créations, c'est une mode multiculturelle. Moi, j'ai toujours été pour la mode multiculturelle, une mode... qui, de demain, une mode qui n'est pas définie par une seule culture, un seul critère. Et finalement, c'est ça qui définit ma mode, alors que je suis africaine et je suis noire. Donc, je ne sais pas si ça correspondrait à nous tous. Je serais surprise de voir, après toutes ces interviews, qu'est-ce qui sortirait. Et est-ce que ça définirait, quand bien même ça définirait la mode africaine ?
- Ramata
En fait, c'est complètement ça. que je veux poser, c'est que je me rends compte que chaque fois qu'on en parle dans la presse, dans les médias, pour se simplifier, on emploie l'expression mode africaine ou créativité africaine, et bien souvent, en fait, ça résume et ça réduit toute la créativité et toute la richesse, et je pense qu'il y a des modes africaines au pluriel, et finalement, moi, au fil de ces interviews, au fil de tes réponses, finalement, c'est ça qui va sortir, je pense, mais je préfère poser la question d'abord, mais mon hypothèse, c'est qu'en fait, il n'y en a pas vraiment, en fait. que je vais avoir des définitions et que je vais avoir plein de choses et que ce que fait Adama, ce que fait Imane, ce que fait Elie, effectivement, les exemples que tu as cités, c'est des choses qui sont très différentes. C'est des courants de mode à part entière, en fait. Et donc, il faut qu'on prenne le temps de donner la place à chacun d'exprimer son art, sa créativité, sans l'englober de manière un peu raccourcie. Donc, moi, c'est vraiment ça qui m'intéresse. Et du coup, on va voir si par la suite des interviews, je me retrouve à chaque fois confrontée finalement à des gens qui me disent mais En fait, ce n'est pas possible de définir la mode africaine, ça englobe beaucoup trop de choses. Et moi, c'est ça qui m'intéresse aussi, c'est d'interpeller ceux qui, finalement, utilisent ces raccourcis et nous réduisent à, comme tu le disais, le barioulé, le folklorique, l'ethnique aussi, qui est un terme qui est souvent utilisé. Alors que finalement, on a des designers contemporains, certes d'origine africaine, qui expriment leur créativité tout simplement et en fait, ils proposent une mode qui peut aller à n'importe qui. Quelles sont pour toi les perspectives de développement d'une industrie de la mode made in Africa ?
- Adama
J'essaie de promouvoir une culture noire dans la mode parce que c'est mon domaine. Je serais peut-être dans le real estate ou je ne sais pas, j'essaierais. Et une culture noire, ce n'est pas forcément lié à une couleur noire. Ce n'est pas lié à une couleur ou à une appartenance. Il y a des noirs un peu partout. Et une culture noire, c'est vraiment... Voilà, c'est une question de culture, c'est pas une question de couleur. C'est le rythme blues, le jazz, le hip-hop, je sais pas, le makosa, le mallard. Ça, on parle en musique, mais c'est plein de courants. C'est le kente, c'est le pantissé, c'est tout ça. Et puis, voilà, je n'estime pas que c'est forcément lié à une couleur. Moi, je serais ravie de voir une Chinoise, une Japonaise... Euh... vouloir mettre en avant une culture noire. Dans n'importe quelle industrie, dans n'importe quelle entreprise, on crée une entreprise avec une vision future de ce qu'elle peut être. Et c'est pareil, c'est ces sommes d'entreprise qui font qu'une industrie. Donc je pense que nous tous, en créant Sargal ou Machinjose, on a l'optique toute d'avancer, plus haut, plus fort. donc il y a forcément une perspective de progression d'avancement tout ce qu'on crée. Et peu importe, même si on n'est pas liés tous, on crée cette industrie en faisant ça, Dakar ou Sargal ou Black Fashion Experience, je ne sais pas, des créateurs en faisant leurs petits shows. Donc oui, il y a une réelle perspective d'avenir. Sinon, on n'entendrait pas ça, on ne fait pas ça pour s'amuser. En tout cas, à mon niveau, je ne fais pas du tout ça pour m'amuser. Oui, au début, on est passionné, on est jeune créateur, on a envie de défiler, mais pour l'instant... En tout cas, dans mon cas, je peux parler de moi. C'est une petite empire qu'on crée. On a une télé. On a plein d'entreprises. Donc, on veut gagner de l'argent parce qu'on a beaucoup de gens qui vivent de ça. Donc, il ne s'agit plus seulement de mon rêve. Il s'agit de faire vivre mon industrie, ma petite industrie, en payant des gens qui travaillent pour moi pour que ça avance. Donc, forcément, oui, on a des projets. On a des projections. On a des budgets de com. On a des budgets de marketing. Et du coup, si on prend ça à l'échelle de l'industrie, je pense que oui, l'industrie a un avenir assez bright, assez optimiste, parce que je pense qu'en tout cas, beaucoup d'entre nous ont compris la nécessité d'avancer, la nécessité d'avancer et la nécessité d'avancer par nous-mêmes. Ça, c'est quelque chose qui a changé dans la décennie. On n'attend plus que les gens viennent faire des choses pour nous. on les fait et on est fiers de les faire. Et puis, il y a une recrudescence de cette Afrique ou de cette jeunesse africaine, la diaspora, qui sont fiers d'être africains. Ce qui n'y avait pas, ou en tout cas, était moins palpable dans la jeunesse. Il y avait beaucoup de la diaspora qui étaient ici, les Français africains qui critiquaient l'Afrique. Et il y avait les Africains, c'était ces bounties qui n'étaient pas africains. Donc, je pense qu'il y a plus une... Il y a une cohésion, un mélange, il y a une vraie relation entre les Africains hors de l'Afrique et les Africains de l'Afrique. Donc il y a une réelle envie de travailler ensemble, il y a une réelle envie de rentrer chez soi et il y a une réelle envie de rester chez soi. Et ça, ça crée une émulsion et ça crée des perspectives d'avenir inouïes et je pense, j'espère qu'on verra ça se réaliser concrètement par des chiffres parce que finalement c'est ça qu'on peut quantifier. combien on a avancé. Et moi, je suis assez optimiste parce que je vois, moi je suis là depuis 17 ans, je vois des choses changer drastiquement, notamment la création qui est à son summum maintenant, la créativité et surtout la création de start-up de mode, de la création de blogueuses qui s'affirment. C'est un truc très anglo-saxon. Maintenant, les francophones commencent et puis c'est moins moqué. Et puis tous ces gens-là qui essaient autour de la mode de se faire une place et qui créent une industrie et qui commencent à être de plus en plus formelles. Parce qu'on était beaucoup dans l'informel, mais il y a beaucoup de gens maintenant qui essaient de trouver des choses pour vraiment... Voilà, donc il y a des perspectives super chouettes.
- Ramata
Écoute, je te remercie pour ce partage très optimiste et pour tout ce que tu as évoqué avec nous ici. Je te rejoins complètement sur... Moi, je suis un bon exemple de cette diaspora qui... après avoir vécu pendant des années à Paris, à un moment donné, moi je me suis interrogée et puis en 2017 j'ai commencé à voyager beaucoup plus en Afrique de l'Ouest et je rencontre sur mon chemin énormément de gens qui font ce même parcours où il y a une envie de, c'est pas forcément rentrer chez soi, mais en tout cas de connaître d'où on vient. Il y a vraiment cette envie là et avec une volonté de travailler aussi avec des gens qu'on connaisse en fait. Donc ça ça, c'est top. Et depuis que j'ai commencé, ben... j'ai hâte de repartir assez régulièrement donc ça va comme il y a des événements qui sont juste absolument magnifiques en plus c'est ça qui pour moi est très très fort c'est que en allant sur place que ce soit la Dakar Fashion Week ou autre c'est d'avoir une opportunité d'être bluffée en fait parce qu'il pouvait être créé sur place parce que je m'attendais j'avais pas d'a priori mais je m'attendais pas à ça je me suis vraiment pris une claque et chaque fois que j'en parle j'essaie d'inviter un maximum de monde à se dire mais il faut y aller. Il faut prendre son billet. Il ne faut pas juste regarder des photos ou regarder une page Instagram. Il faut prendre son billet. C'est vraiment ça le principal message. La dernière question que j'avais envie de te poser, c'est si tu as une... Personne à me conseiller de rencontrer pour ce podcast, pour une interview.
- Adama
Imane, Imane Haissi, comme elle est à Paris, et puis plein de gens en Afrique. Quand tu reviendras à Dakar, on a une liste, je pense que tu n'auras pas le temps de les voir, mais de la RAD, Sister Africa, il y a plein de jeunes créateurs ou des moins jeunes, comme moi, que tu pourras rencontrer. Je pense que ça, ce ne sera pas le problème. Ce n'est pas le problème d'avoir des gens qui veulent parler de leur mode. de leur envie de créer en tout cas une mouvance ou non, pas à Paris déjà et maintenant, bon en ce moment peut-être qu'il est un peu occupé avec le foisonnement de son succès dû à son défilé j'espère qu'en tout cas ça ne va pas s'arrêter pour lui qu'il ne sera pas qu'un invité dans cette fédération que sa place un jour ou l'autre sera péridante
- Ramata
Je prends note de l'invitation pour Dakar et toutes les personnes que j'aurai l'opportunité de rencontrer. Et puis, je vais faire en sorte de rencontrer Imane très bientôt. Effectivement, j'espère qu'il ne sera pas juste un invité, mais qu'il nous a ouvert la porte. Et qu'on va pousser, on va aider, on va soutenir un maximum pour que ça puisse aller encore plus loin. Je te remercie de nous avoir accordé du temps, de nous avoir accueilli ici chez toi. à Sargal,
- Adama
donc c'est au 47 avenue d'Oménil dans le 12ème et on est au métro, pas loin du métro, Gare de Lyon.
- Ramata
C'est vraiment l'idée d'un concept-store lifestyle et la phrase que j'aime bien c'est made by Africans et made in Africa, donc on n'est pas que dans une promotion de ce qui est bien en Afrique mais c'est aussi ce qui est fait par des Africains et du coup... Ça étend un petit peu le champ des possibles, et c'est ce que j'aime dans ta façon d'aborder la mode, c'est quelque chose qui est très ouvert, en fait, sur l'autre, et avec une volonté vraiment de réunir, en fait. Du coup, moi, c'est ce que je retiens du peu que j'ai pu entrepercevoir de ta personne, et que j'apprécie.
- Adama
Merci pour ton message d'amitié, de soutien, et puis nous aussi, nous te soutenons, parce que j'étais connue lors de mon événement, et puis voilà, ça montre aussi la personne que... que je suis et que nous sommes finalement tous, cette envie d'avancer ensemble, et cette réelle envie d'avancer ensemble maintenant. Et ça, c'est rafraîchissant. Et voilà, c'est qu'on ne fait pas que des rencontres, on fait des petits bisous. Et c'est ça la différence. Ça, par contre, oui, ça, c'est la mode africaine. On est un peu plus vrai. J'ai l'impression que toutes les autres modes, quand on se rencontre, voilà, il y avait des milliers de personnes, des centaines de personnes. Et puis voilà, j'ai retenu ton envie de, en tout cas, d'en savoir plus sur nous, sur moi. et de te voir aussi te donner les moyens de connaître cette mode africaine ou cette mode dakaroise ou sénégalaise, ça c'est rafraîchissant et je pense que c'est ça finalement qui va changer les choses c'est l'engouement et l'implication de chacun de nous Ce sera le mot de la fin,
- Ramata
encore merci et à très bientôt