- Fatou
Elle est plurielle, la mode africaine. C'est vraiment beaucoup de réalités qui se regroupent sur ce terme. Et quand je dis qu'elle est plurielle, c'est que ce qu'on voit aujourd'hui avec les marques comme les nôtres, ce qu'on voit avec des maisons de couture qui datent de plus longtemps, comme les Tata Colesso Arbo qui sont bien établies, Pateo, voilà vraiment les grands, Alphadie, etc. Ce que ça désigne aussi comme... Les designers émergents et ce que ça désigne comme tous ces artisans également qui sont des couturiers, mais qui sont en même temps des créatifs et qui traitent depuis longtemps, qui coupent par main levée, qui ont un savoir extraordinaire, c'est autant d'écosystèmes différents. Je pense que c'est une mode vraiment plurielle, c'est une mode très riche, c'est une mode très créative, surtout en Afrique de l'Ouest. Malheureusement, on n'a pas le talent des gens de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe. ni l'organisation, ni la même organisation pour porter en fait l'industrie là où elle devrait arriver. Mais c'est une industrie en plein essor, en laquelle j'ai énormément foi, qui a beaucoup à offrir au monde, qui commence à devenir également le centre de toutes les attentions, dans le milieu de la mode en général, parce que je pense que ça reste le dernier terreau fertile, le dernier endroit où il y a encore beaucoup de choses à faire, plus ou moins, parce que tout a été fait ailleurs. Donc oui, je pense que je dirais que c'est une mode plurielle et prometteuse.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés, du boubou et du wax, pour présenter un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. Je suis Ranata Diallo. Je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux qui font la mode en Afrique. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Fatima Zaraba. Fatima est la fondatrice de la marque Sofa2, qui fête ses 12 ans en mai 2024. Diplômée d'un master en relations internationales et droits publics, elle est technocrate auprès d'hommes et de femmes politiques au Maroc et au Sénégal. En 2018, elle décide de se consacrer à 100% à la marque qu'elle avait créée à ses 18 ans et qu'elle gérait en parallèle de ses missions. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous raconter son parcours et nous parler du développement de sa marque. Bienvenue Fatima, comment vas-tu ?
- Fatou
Très bien et toi Ramata, merci de m'avoir.
- Ramata
Écoute, je vais très bien, c'est moi qui suis ravie de t'avoir. Moi j'avais eu l'occasion d'assister à l'un de tes défilés lors de la Dakar Fashion Week et je me rappelle que c'était un moment que j'avais adoré. Donc moi je suis vraiment extrêmement contente de t'avoir aujourd'hui pour le podcast Africa Fashion Tour. Je pense que tu as énormément de choses à nous raconter et on va commencer. Comme toujours, par la question qui démarre toutes mes interviews ici, je vais te demander de te présenter.
- Fatou
J'ai l'impression que je réponds différemment à chaque fois, mais je vais essayer. Alors, comme tu as dit, je m'appelle Fatima Vajraba, je suis une jeune femme sénégalaise, ralpula, voilée, tout ça là, donc une maman de 30 ans, bientôt 31 ans. Et je suis la fondatrice de la marque Sofa2 qui existe depuis 2012. Ça fait quand même un petit bout de temps. Donc, j'ai souvent des jeunes femmes et vieilles entrepreneurs. Et aussi, je suis cofondatrice de Arca Concept Store. Donc, j'ai cofondé avec Hélène Dabat de Sisters of Africa également. Et de quelques autres petits business par-ci, par-là. Voilà.
- Ramata
Ok, très bien. Je vois qu'on a affaire à une... multi-entrepreneuse, donc quand tu me dis quelques business par-ci par-là, c'est là qu'on a envie de savoir, mais quoi ? Qu'est-ce qu'il y a d'autre ?
- Fatou
Qu'est-ce qu'il y a d'autre ? Il y a un autre concepteur islamique qui s'appelle Mayem, que j'ai cofondé avec mes soeurs, qui est en hommage à ma maman, qui est décidée malheureusement il y a deux ans maintenant, en 2022, du cancer. Donc c'est plus un wharf, je veux dire, un wharf c'est plus ou moins une Euh... on va dire une œuvre caritative, mais à but lucratif. Donc, il permet de générer de l'argent pour que cet argent-là, ensuite, soit utilisé pour faire de l'aumône, pour faire des œuvres caritatives. Mais c'est généralement une œuvre qui génère de l'argent, qui génère de l'argent pour redonner de l'argent. Donc, il y a ça. Il y a un autre petit projet qui est en cours, donc sur lequel je ne peux pas trop m'avancer. Et puis, quelques petits trucs immobiliers, potentiellement agricoles bientôt. Voilà. J'ai tout dit.
- Ramata
Très bien. Écoute, on a affaire en fait à un entrepreneur qui est sur plusieurs secteurs d'activité différents. Donc, quand on se demande où sont les Bernard Arnault africains, eh bien écoutez, je pense que cette interview va nous permettre d'en rencontrer un.
- Fatou
De Mike et de Jean.
- Ramata
Exactement. Moi, j'aime bien faire des comparaisons vraiment qui nous permettent de voir grand. En fait, je pense que c'est important de se projeter loin, même si on n'est pas obligé d'apprécier. tout ce que fait en termes d'éthique Bernard Arnault, il y a quand même des choses en termes de construction d'un empire qui peuvent être inspirantes. Donc pour poursuivre, moi j'aime bien en fait commencer ces interviews en te posant des questions sur un peu ton parcours scolaire, comment tu as commencé et puis savoir à quel moment s'est fait le lien avec la mode. Donc comme tu l'expliquais, tu parles de jeunes et vieilles entrepreneurs puisque la marque elle a 12 ans aujourd'hui. Il me semble que tu l'as créé, tu avais 18 ans. Est-ce que tu peux, du coup, nous expliquer un peu ? Est-ce que tu as fait des études dans la mode ? Est-ce que c'est un secteur dans lequel tu as toujours évolué ? Comment ça s'est passé, en fait, la création de SofaTour ?
- Fatou
Alors, des études, j'aurais aimé. C'est toujours un projet. C'est juste qu'il faut trouver le temps. Je vais y arriver, Inch'Allah. Non, j'ai fait des études en droit public et en relations internationales. Alors, je pense qu'après, mon lien, il est plus avec le textile qu'avec la mode en général. J'ai ma grand-mère, Fatou Sou, le monyme de la marque, qui évolue dans le panne-tissé depuis qu'elle a 17 ans. Ça veut dire que ça fait maintenant 75 ans, je pense, à peu près. Parce qu'elle vient de fêter hier ses 87 ans, c'est ça ? Je ne sais plus, j'ai du mal avec le calcul, mais bref. Donc depuis 70 ans, voilà. Depuis 70 ans plutôt. Et donc, c'est parce que sa maman avait un business de pain de tisser. Donc, elle a fini, elle, par reprendre plus tard. Donc, elle a commencé à en vendre quand elle était au lycée avec ses amis. Et puis, elle n'a jamais arrêté. À un moment donné, elle a fait des vêtements avec, ça n'avait pas trop marché. Mais du coup, quand sa maman a vieilli, elle a pris des tisserands chez elle. Donc, moi, je suis née chez elle à Liberté 5, là où il y a mon atelier aujourd'hui. Et dans la cour, j'ai grandi avec des tisserands. Je jouais autour d'eux. On était tous sous le sapotier. Mouh ! Donc je pense que j'ai grandi avec ce bruit-là, en voyant ce tissu-là se faire, en accompagnant ma grand-mère à acheter ses fils pour faire ses pannes, etc. Et quand j'allais en vacances au Futa, chez mon père, la même chose, avec mes tantes paternelles qui sont dans la teinture et dans la couture à la main. Donc je pense que j'ai toujours eu cet univers créatif autour de moi. Et je pense que je me suis beaucoup intéressée à ça. J'aimais en faire. Après, j'aimais prendre des tissus, faire des robes pour moi, pour mes poupées. Bon, bien sûr, des robes. cousu à la main, donc qui ne tenait jamais, et que ma soeur jetait à la poubelle. Je l'en veux toujours. Et après, ça a fini par des croquis. J'allais chez des couturiers avec des dessins de exactement ce que je voulais, et c'était exactement le contraire qu'ils faisaient, à quelques exceptions près. Et c'est quand je suis allée au Maroc pour mes études supérieures, en deuxième année, que j'ai trouvé une couturière qui s'appelait Maria Daoudi, qui habitait dans la même rue que moi, à Meknes, et qui arrivait à modifier mes vêtements. Parce qu'en fait, Merci. La raison pour laquelle j'ai commencé à aller me licher, c'est que je suis venue en deuxième année avec beaucoup de vêtements traditionnels parce qu'en première année, justement, je me suis retrouvée à ressembler à tout le monde en portant ce que tout le monde porte, un Zara Marwa. Donc, je voulais vraiment des vêtements qui me ressemblaient plus identitairement. Et du coup, je suis revenue avec plein de Yerewalov, comme on dit, tenues traditionnelles, sauf que c'était beaucoup trop folklorique un peu pour le paysage. Donc, elle a commencé à aller me licher. Donc, j'ai fait des vestes avec des pailles. Bref, j'ai changé beaucoup de choses. Et ça a donné un style vraiment particulier. que les gens appréciaient et c'est pour ça que j'ai décidé de commencer comme ça.
- Ramata
Très bien, super belle histoire. On sent que du coup, il y a une tradition de savoir-faire typique du Sénégal avec le pain tissé et la couture dans lequel, en fait, tu as grandi. Et donc, c'est assez intéressant de voir comment, finalement, tu dis que tu n'as pas fait d'école de mode ou tu n'as pas fait des études dans ce secteur, mais quelque part, le fait d'avoir toujours Merci. évolué dans cet environnement, forcément tu as développé un certain talent et une certaine expertise, mais qui n'a pas été sanctionné par un diplôme en fait.
- Fatou
Clairement, je pense que ça développe le goût plutôt. Ça développe aussi, je pense que par exemple, le point fort, en tout cas mon point fort en matière de design, c'était plus les coloris et les matières. Et ça, c'est clairement dû à cette formation entre guillemets, une formation sans volontaire, on va dire. dans le textile. Par exemple, je me souviens clairement de toutes les fois où j'accompagnais ma grand-mère acheter des fils et du fait qu'elle associait les différentes couleurs pour faire ses panes. Et c'est quelque chose qui nous a beaucoup, en tout cas qui a beaucoup marqué l'identité de Sofatou. C'est les mélanges de couleurs atypiques mais qui finalement donnaient bien, donnaient un bon rendu. Et je pense que ça, c'est d'elle que je le tiens, plus ou moins.
- Ramata
Très bien. Ok, écoute, c'est super intéressant. Je trouve ça intéressant aussi que je pense que c'est important de pouvoir reconnaître des compétences que tu peux avoir dans le secteur de la mode, le fait de savoir associer des couleurs et de quelque part proposer une certaine harmonie. Et de toute façon, c'est une compétence réelle quand on dirige une marque de mode et que l'on peut certes apprendre dans des écoles, mais... que l'on peut aussi quelque part, toi tu l'as appris, pas dans une école officielle, mais auprès de ta grand-mère. Donc ce que tu expliques, c'est que d'abord, tu faisais des tenues pour toi en sollicitant une couturière au Maroc, et puis tes pièces ont commencé à plaire, et du coup tu as commencé à prendre des commandes pour d'autres personnes, ou directement tu t'es dit, je vais créer une marque, je vais créer des collections et je vais les vendre. Comment ça s'est passé, la professionnalisation en fait ? de tes créations pour vraiment te dire je vais faire une marque et je vais vendre des pièces ?
- Fatou
Je pense que pendant quelques temps, je proposais plutôt des modèles à mes copines, mes collègues, mes amis de la fac et tout. Et puis, c'est vraiment sur un coup de tête, un 24 avril, je m'en souviendrai toujours, que j'ai dit je vais monter un business. Et j'ai fait un long mail que j'ai envoyé à ma maman, à mes meilleurs amis, où je disais que j'allais faire, c'était un tout gros projet, j'en ris encore, où je disais que je commençais par une marque de vêtements. mais qu'après je voulais un centre commercial et qu'il y aurait une émission télé de relooking. Il y avait tout un concept autour. C'était énormément de choses à la fois. Et je me souviens que la somme que je disais à ma maman, que c'est ça qu'il me fallait pour démarrer, elle me disait, mais c'est trop petit, il faut chercher 10 millions. Je lui disais, mais qui va me prêter 10 millions ? Elle me dit, non, t'inquiète, on va trouver. Bon, elle n'a jamais concrètement... Elle n'a jamais concrètement... mobiliser de l'argent pour ça. Même si c'était une très bonne clientèle, je me moquais toujours d'elle par rapport à ça. Mais je sais que cet enthousiasme-là m'a poussée à me dire que c'est possible. Du coup, le soir-là, j'ai décidé que pour l'anniversaire de ma grand-mère, pour ses 75 ans, qui tombait le 5 mai, j'allais sortir la première collection qui s'appellerait African Rainbow. C'était très très coloré et je dis aussi souvent très très moche aujourd'hui. Mais que j'aimais bien autant et j'étais bien fière de moi. Et très différent de notre identité actuelle, parce que c'est vraiment des choses décolletées, des vêtements courts, etc. C'est tout l'opposé de ce qu'on fait aujourd'hui. Donc ça a commencé comme ça. Et voilà. Et c'est toujours les copines qui achetaient, les copines de la fac, les copines du lycée qui étaient à l'étranger maintenant. Donc c'était vraiment une clientèle plus basée au Maroc et en France. Et après, la marque, elle a vraiment évolué en même temps que moi. Elle a grandi avec moi, comme je disais, ma couple.
- Ramata
Très bien. Super intéressant d'avoir ce retour. Donc, du coup, au départ, effectivement, c'est ton réseau assez naturel, famille, amis qui sont tes premiers consommateurs. Et comment est-ce que tu structures le business ? En fait, on vient te voir assez naturellement. Et puis, c'est toi qui crée des pièces et qui crée des collections ? Ou alors... C'est, comment dire, les membres de ton réseau, tes amis qui passent des commandes.
- Fatou
Alors, je viens de réaliser, en répondant à ta question, qu'on a toujours eu ce modèle hybride là, où moi, je propose une collection que je dessine et qu'on shoot et que je mets sur les réseaux sociaux et que les gens peuvent commander ensuite. Et à côté, je faisais également des commandes, enfin, du sur-mesure, pas du sur-commande. Et je me souviens que ma première grande commande, c'était ma grande soeur et ses copines qui étaient à l'époque à Grenoble, qui avaient une grande soirée qui s'appelait le Grand Sud. Et donc, ils m'avaient commandé des robes de soirée et on avait huit, je pense. Et pour moi, c'était une commande énorme en termes d'argent comme en termes de production. Et ouais, on a gardé ce modèle-là jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à aujourd'hui. Sauf qu'aujourd'hui, on ne fait plus de la création à la demande. Aujourd'hui, on se contente de reproduire les collections qu'on fait. Après, on peut accepter quelques petites modifications, mais vraiment très peu, plus sur les coloris ou autre. Et ça, ça a été plus pour faciliter la production, parce qu'aujourd'hui, bien sûr, on produit à une beaucoup plus grande échelle qu'avant. Mais oui, ce modèle hybride-là a toujours été là. Ça a toujours été un peu des deux, du sur-mesure et du prêt-à-porter.
- Ramata
Très bien. Donc, ce que tu expliques, c'est que toi, finalement, pendant très longtemps, Tu as géré la marque en même temps que tes études et en même temps qu'un job en fait, puisque après tes études tu as commencé à travailler et tu continuais l'activité de ta marque. Comment est-ce que tu es arrivé à trouver le bon équilibre entre les deux ?
- Fatou
il m'est arrivé de le perdre il n'était pas toujours là je me souviens que bon après j'étais assez bonne élève femme de l'élève je me souviens que ma première année j'étais majeure de promo la deuxième année c'est l'année où j'ai commencé Sofa2 et du coup je me souviens que j'ai eu 11 de moyenne au premier semestre et ma grand-mère m'a dit écoute moi je t'aime bien c'est bien gentil d'avoir une marque qu'en mon honneur tout ça là, mais moi, je préfère les bonnes notes. Donc là, tu te ressaisis. Et donc, il a fallu que je diminue un peu. Parce que bon, après moi, je suis très passionnée. Je suis une passionnée de manière générale. Quand je fais quelque chose, je ne fais jamais les choses à moitié. Je passais les nuits carrément chez ma couturière. À un moment donné, elle m'avait prêté une machine à coudre pour que j'apprenne chez moi. Donc, je passais toutes mes nuits dessus. Et dès que je finissais à la fac, c'était directement à l'atelier. Et ça a été comme ça aussi quand j'ai commencé à travailler. Je finissais le travail, j'allais à l'atelier. À un moment donné, j'étais à Rabat, le tailleur était à Kenitra, donc c'était la ville d'à côté. Il m'est arrivé de dormir chez lui. J'ai vraiment fait des dingues pour ça. Et d'ailleurs, c'est pour ça que je ne suis pas allée faire un master en France et que je suis restée au Maroc. C'est que la marque avait déjà commencé à prendre et que j'étais vraiment prise et passionnée par ce que je faisais. Donc, ça n'a pas toujours été très équilibré. Et c'est quand je suis allée au ministère de la Femme, donc 2018, je suis rentrée au Sénégal en 2016. Donc, j'ai quitté le cabinet Warby. Je suis rentrée à Dakar, j'ai fait l'Assemblée nationale, c'était assez flexible, j'étais assistante parlementaire donc j'avais encore beaucoup de temps libre. Je travaillais plus avec ma mère qui était à l'époque députée, mais pendant les périodes de la vie de gros séminaires ou de gros projets de loi, etc. ou de propositions de loi. Mais quand je suis allée au ministère et que c'est devenu hyper prenant et que je finissais à 4h du matin, là il n'y avait plus d'équilibre du tout. Et là je n'avais plus le temps pour faire ça alors que ça me payait plus que le ministère. C'est là que j'ai fait un choix et que j'ai lâché l'un pour l'autre. et j'ai pas regretté
- Ramata
Très bien, c'est une belle leçon en tout cas du coup c'est bien parce qu'en fait il y en a beaucoup qui ont envie de se lancer dans la mode et qui essayent de garder une activité en parallèle et du coup c'est bien que tu nous racontes un petit peu comment ça s'est passé pour toi et comment à un moment donné il a fallu que tu fasses un choix mais aussi que tu apprennes à équilibrer au maximum les choses
- Fatou
Après c'est un choix que j'ai fait tard et que je recommande de faire le plus tard possible Parce qu'une fois que tu lâches ton day to day, la vie change aussi, la vie est moins équilibrée. Parce que tu es tributaire, tu dépends un peu de sources de revenus que tu ne maîtrises pas, qui sont des fois très aléatoires. Donc je pense que c'est important d'attendre que l'activité soit vraiment assez mature pour quitter son travail.
- Ramata
Très bien. Donc, voilà, c'est important que tu précises ça parce qu'il ne faudrait pas encourager tout le monde à lâcher le day-to-day, comme tu dis. Et puis après, les gens se disent, mais parce que, en fait, toi, ce qui t'a permis de le faire, c'est à un moment donné, ce que tu dis bien, c'est que ça n'a pas été qu'une décision de passionné. Ça a été, à un moment donné, en termes de revenus, ce que rapportait la marque était supérieur à ton job day-to-day. Donc, il y avait une opportunité de développement qui était intéressante, qui était là.
- Fatou
Exactement, nettement supérieure. Et je savais qu'il suffisait juste que je donne à la marque plus de temps pour qu'elle me fasse plus d'argent. Donc, c'est là que j'ai décidé de quitter, mais pas avant.
- Ramata
OK. Donc, il y a une approche qui est créative, mais il y a aussi une approche de… Alors, est-ce que tu peux nous parler de ça, en fait ? Quels sont les indicateurs sur lesquels tu t'es appuyée pour te dire… J'ai envie de te poser un peu deux questions en une, ce que j'ai tendance à faire trop souvent. C'est... Sur la partie créative, tu sens que tu as du succès, c'est-à-dire que tu as des clients, j'imagine, qui viennent et qui reviennent. Donc, qu'est-ce qui, selon toi, il y a de particulier dans ta marque, sauf à tout, qui fait que les clients adhèrent ?
- Fatou
Alors, déjà, je pense qu'à l'époque, on avait une approche… Moi, j'ai eu la chance d'être très réseau social très tôt parce que je suis une personne très sociale. J'ai beaucoup d'amis, donc j'étais très réseau social depuis le lancement de Facebook, très tôt sur Twitter, etc. Et c'est ça qui a vraiment fait notre force parce qu'on était sur les réseaux au moment où les réseaux ont commencé à faire marcher les business. J'étais toujours très bonne en storytelling parce que je pense que ça c'est naturellement moi. Et je t'en sors peut-être de mon papa un peu et de ma grand-mère, on aime raconter des histoires. Et du coup tout ça, ça a marché très bien sur les réseaux. Ça a permis de véhiculer des choses que les marques autant ne véhiculaient pas encore. C'était qu'on racontait des histoires, on partageait notre culture. On ne montrait pas que les choses roses aussi et pas que le glamour. On montrait vraiment un côté humain de ce qu'on faisait. Et ça, ça a vraiment très bien marché. Bien sûr, ce qu'on fait, notre marque, elle est d'inspiration de fabrication africaine, donc hautement culturelle aussi. Et les gens, c'était des gens comme moi qui étaient en quête d'identité, il y avait le retour vers le wax, il y avait tout ça en même temps. Donc je pense qu'on est arrivé sur la scène au bon moment. Ça, c'est une chose. Et encore une fois, les réseaux sociaux ont vraiment beaucoup boosté. Donc je pense que ce qui a fait que les gens ont très vite... Et aussi, ce qu'on proposait était différent. Parce que nous, c'est une marque sénégalaise. Et toi qui connais bien la mode sénégalaise, tu sais que la mode ici, elle est plutôt sexy. Elle est très... On est très au taquet, mais la mode est très découvrante, plus ou moins. Un peu à mi-chemin entre l'Occident et ici, mais les choses que les gens aiment d'habitude sont assez voyantes. C'est des matériaux qui sont voyants, c'est des coloris flashy, etc. Beaucoup de strass, beaucoup de brillants, etc. Et nous, ce qu'on proposait, en tout cas à partir de 2016, c'était très différent. C'était du pactissé, c'était élégant, c'était plus sobre, mais en même temps, ça avait beaucoup de classe. Donc ça a changé vraiment, je pense, de ce qu'on trouvait sur le marché. Et c'est peut-être la combinaison de tout ça, et encore une fois, le fait que j'avais vraiment un très bon réseau, beaucoup d'amis, et que j'ai commencé également à changer de stratégie en faisant des événements, etc. Je pense que c'est tout ça qui a fait marcher SofaTour. Et les ambassadeurs. On a utilisé, je pense qu'on a été les premiers, en tout cas une des premières marques sénégalaises à utiliser le marketing d'influence. À l'époque, on ne savait même pas que ça s'appelait comme ça. On ne savait même pas que c'était un concept. C'est juste que je suis allée voir un groupe de personnes célèbres que je connaissais. Je les ai réunies dans un photoshoot. Et après, je me souviens que la première fois qu'ensuite on a vu quelqu'un d'autre faire ça, mon ami qui était photographe m'a écrit pour me dire « Tout le monde commence à faire comme toi. » Ils ont commencé à copier ton concept. Je dis « Bon, ce n'est pas un concept, mais bon. » Et en fait, tu ne réalises pas que tu es plus ou moins pionnier dans quelque chose, en tout cas au Sénégal. qui va révolutionner le monde du business, c'est-à-dire le marketing d'influence. Donc après, on a beaucoup continué avec ça et ça nous a vraiment, vraiment réussi.
- Ramata
Très bien. Écoute, merci. En tout cas, tu nous as donné plusieurs points qui sont explicatifs du succès d'une marque. Et ce qui est intéressant avec tes explications, c'est qu'on comprend qu'en fait, il y a plusieurs éléments dans la recette du succès de SofaTou. Alors, quand tu parles des réseaux sociaux et du storytelling, Est-ce que tu prenais la parole face caméra ou est-ce que c'était plutôt de l'écrit que tu partageais ?
- Fatou
Les deux. Je pense que j'ai beaucoup associé ma tête à la marque, ce que j'ai commencé à faire cette année seulement. Donc, c'était vraiment un peu des deux. Je montrais les tailleurs, on faisait des blagues en ligne. Les gens voyaient la relation que nous avions. En même temps, derrière chaque poste, derrière chaque collection, il y avait toute une histoire qu'on racontait. Je me souviens que la collection L'Amour, qui a été celle vraiment avec laquelle on a plus ou moins explosé, si je peux dire ça comme ça, c'était sur le thème de la royauté en Afrique, c'était en 2016. Et c'est déjà cette collection-là qui utilisait des influenceurs, tu vois. Donc il y avait des gens comme Doudou qui faisaient des vidéos, Canabas, des chanteurs, photographes, etc. Il y avait vraiment beaucoup de monde dessus. Et c'était une trilogie. Donc d'abord c'était sur l'Antiquité, ensuite... sur les révolutionnaires et enfin je disais de ceux que j'appelle les rois et les reines modernes de notre vie d'aujourd'hui, c'est ces personnes qui m'inspirent aujourd'hui et ça se fait en 2016, donc j'ai toujours été très histoire il y a eu des collections sur la couture de l'ébou il y a eu des collections sur les origines foulani de mon père c'est vraiment chaque fois on essaie de raconter quelque chose par exemple notre collection du moment Merci. Celle de l'Aïd el-Chitre, donc de la curiosité, c'était autour de la Lune, donc même par les inspirations, les broderies, etc. Celle de la Tabaski, c'est sur le soleil. Donc il faut toujours un thème plus ou moins fil conducteur, des choses qu'on raconte, c'est quoi notre inspiration. Et c'est ce partage-là, en tout cas, que beaucoup de marques justement ne font pas. Ils se contentent de présenter des produits avec un aspect purement commercial. Et aujourd'hui, ce n'est pas ce que les gens achètent, les gens, ils achètent. Ils achètent l'humain, ils achètent des sentiments, ils achètent de l'attachement.
- Ramata
Clairement, du coup, c'est un joli cours de marketing que tu nous fais là, donc moi je vais pouvoir l'utiliser dans mes cours. Je vais dire, c'est exactement comme ça qu'il faut envisager sa marque et c'est intéressant, ta manière de parler, tu expliques que ça a été très spontané. C'est vrai que de par tes études, c'était plutôt relations internationales et droits publics et le côté marketing. En tout cas, c'était peut-être pas forcément dans ton background, comment dire, académique, mais par contre, dans la manière dont tu l'exprimes, on sent vraiment une maîtrise de tous les, comment dire, facteurs clés de succès des marques et des leviers qu'on actionne pour pouvoir vraiment créer une marque qui va durer dans le temps et créer une relation avec un consommateur qui va aller vers de la loyauté, vers de la fidélité, vers des gens qui vont avoir plaisir à revenir parce qu'il y a un attachement authentique à la marque, en fait.
- Fatou
Très réel. Et même, C'est vraiment quelque chose qu'il faut reproduire à tous les niveaux. Aujourd'hui, quand tu viens dans nos boutiques, tu trouves des gens joyeux en train de se chamailler, etc. Donc très vite, les gens sont très à l'aise. Ils reviennent facilement, ils retiennent les noms des gens. Je me souviens qu'il y a une de mes commerciales qui partait en janvier. Et ça m'a beaucoup touchée parce qu'il y a une cliente qui est venue juste pour lui dire au revoir, qui est partie en larmes, qui lui a ramené des talous. Tu vois ce que je veux dire ? Et donc c'est vraiment quelque chose, c'est au-delà de ma personne. C'est tout le groupe, c'est toute l'équipe plus ou moins qui adopte cette façon de faire. On partage de l'humain, on partage des bons moments, on crée des souvenirs. On ne veut pas que juste vous vendre des vêtements et vous décevoir ou vous faire plaisir.
- Ramata
Très bien. Mais écoute, c'est très intéressant en fait, cette authenticité, cette réalité des rapports. Et je pense que c'est intéressant aussi que tu expliques comment ça se passe en boutique. puisque... J'imagine qu'aujourd'hui, la marque existe à la fois sur les réseaux sociaux, donc en ligne, et également à travers des boutiques. Comment ça se répartit aujourd'hui ton business ?
- Fatou
Alors, jusqu'en 2019, on n'a rien vu de boutique, donc Brick & Mortar, on était juste en ligne, on vendait sur les réseaux sociaux et sur certaines plateformes de vente. On a fait le choix de ne pas avoir un site internet parce que jusqu'à présent c'était des problèmes de production énorme et surtout l'approvisionnement en matière première est très compliqué. D'un arrivage à l'autre, on a des coloris complètement différents de tissus et pourtant c'est le même l'infoniseur. Donc, c'est dire à quel point c'est galère. Parce que tant que tu ne travailles pas directement avec une usine, c'est vraiment très difficile de standardiser ton approvisionnement, en tout cas, au moins en matière première. Donc, en 2019, on a ouvert notre première boutique que j'ai construite chez mes parents. Donc, c'était le garage qu'on a transformé. Elle était toute mignonne. C'est ce qui est devenu le concept store en Bayeum aujourd'hui. Donc, c'est chez ma mère. ensuite on en a ouvert d'autres, on a ouvert un peu plus loin vers C4 Liberté et maintenant au point E donc là finalement on a fermé toutes les boutiques à Dakar, on a gardé que celle du point E parce qu'elle est énorme, c'est un très grand showroom sur 160 et quelques mètres carrés et donc à partir de boutiques là on a celle d'Abidjan, donc Abidjan aussi on était vraiment sur des représentations jusque là des concept stores, on a ouvert une boutique collaborative, donc un business qu'on a monté avec 12 autres femmes entrepreneurs Voilà. On vient de s'en retirer parce que malheureusement, ça ne marchait pas très fort. Mais ça ne marchait pas fort pour nous parce que c'est peut-être la zone qui n'arrange pas notre clientèle. Mais les autres concept stores, ça allait plus ou moins. Donc, comme on a une très, très bonne clientèle à Abidjan, on a décidé d'ouvrir pour deux mois là-bas. Donc, on vient d'ouvrir il y a quelques mois. Deux ou trois ? Deux mois. Il y a deux mois, excuse-moi. Et ouais, donc à part ça, on est sur le point de... enfin à lancer notre site internet parce qu'on a plus ou moins réussi à traquer le problème de la production. Donc, ça fait deux boutiques qui sont à nous. Le site internet pour bientôt, en attendant, on va encore sur Anka, AfriCrea, tout ça. Et à part ça, beaucoup de représentations. Je pense qu'on est dans dix pays différents au total. Donc, tous les huit autres pays, à part le Sénégal et la Côte d'Ivoire, c'est des représentations. C'est des concept stores qui nous représentent. Il y en a qui font du dépôt-vente, il y en a qui font de l'achat en gros. Donc, on offre les deux solutions à nos partenaires. Et on est sur le point d'ailleurs d'avoir, si tout va bien, d'ici l'année prochaine, une représentation à Paris, un partenariat intéressant, Inch'Allah. Bon, pour le moment, c'est ça qu'on fait. À part ça, on fait beaucoup de tournées commerciales. Donc, c'est des pop-up dans plusieurs villes, successivement, généralement. Bon, cette année... Malheureusement, on fait beaucoup moins de villes que les autres. On pourrait faire beaucoup moins de villes que les autres pour des raisons qui me sont un peu personnelles. Mais l'année prochaine, on a espoir qu'on fera beaucoup plus de villes. À date, on a déjà fait Montréal, les États-Unis, la France plusieurs fois. D'ailleurs, on revient bientôt ce week-end. Il y a bien sûr plein de pays d'Afrique. Gabon, Côte d'Ivoire, Niger, Mali, Guinée. plein de pays, Burkina,
- Speaker
etc. Merci d'avoir bien expliqué ta stratégie de distribution et d'avoir bien expliqué aussi pourquoi tu as fait le choix de ne pas avoir de site internet parce que parfois, quand on a un regard extérieur, on peut penser que c'est par manque de réussite ou c'est par manque, par difficulté. Là, c'est vraiment un choix stratégique qui est lié à la production. et qui est finalement les canaux de distribution que vous avez choisi de développer sont ceux qui correspondent en fait au développement de votre activité et qui sont pertinents pour vous. Et donc ça c'est assez intéressant de pouvoir visualiser ça. Aujourd'hui tu parles de pop-up régulier du coup en dehors du continent et tu parles aussi de concept store dans lequel la marque est implantée en dehors du Sénégal. En termes de répartition, est-ce que tu peux donner un pourcentage de ce qui est vendu en Afrique et de ce qui est vendu en dehors ?
- Fatou
Je ne pourrais pas dire en Afrique, c'est ça le problème. Je peux dire par exemple que la France, c'est environ 20% de notre chiffre d'affaires, donc raison pour laquelle chaque année on y va, et on essaie d'ailleurs d'y aller désormais deux fois par année. Après la France, c'est la Côte d'Ivoire, le deuxième pays où on vend le plus. Donc je n'ai pas forcément fait une séparation Afrique et l'Ouest du monde. Après la Côte d'Ivoire, c'est le Canada. Après le Canada, je pense que c'est le Burkina puis le Mali. Donc, les États-Unis d'abord, puis le Burkina puis le Mali. Donc, c'est vraiment par pays, plus ou moins, que je peux savoir ici ça marche mieux et là-bas ça marche mieux. Après, bien sûr, tout ce qui est vente à l'étranger, c'est plus pendant les pop-ups et sinon à distance, donc sur les réseaux sociaux. Et tout ce qui est Dakar. Après, même nos appréciations de Dakar, elles sont... Plus ou moins mitigé, parce qu'on a beaucoup de gens qui achètent à Dakar, se le font envoyer à l'étranger, ou bien qui achètent à Dakar quand ils sont de passage à Dakar. Donc la destination finale de l'achat n'est pas à Dakar. Donc raison pour laquelle notre clientèle n'est principalement pas à Dakar. Mais c'est une clientèle qui passe beaucoup à Dakar. On peut dire ça comme ça, ou bien qu'il y a des liens avec Dakar.
- Speaker
Très bien, super intéressant. En tout cas, merci pour ce point du compar. Ça permet de bien comprendre que c'est une marque internationale qui est achetée. Et toi, tu dirais qu'au niveau de la clientèle, ce sont des gens qui sont issus de la diaspora et c'est aussi des personnes qui ne sont pas forcément issues de la diaspora. Il y a les deux par rapport à la clientèle qui est en France, par exemple ?
- Fatou
Oui, il y a les deux. Principalement, c'est des afro-descendants, ça faut le dire, et principalement francophones. on commence à timidement Avoir des clients anglophones, surtout en Amérique, des Noirs américains, des Afro-musulmans aussi surtout. Mais oui, je dirais que principalement, ce sont des Afro-descendants. Donc, on a aussi pas mal de clients dans les îles, donc anti tout ça. Et ça, c'était dû à des partenariats avec des séries comme Matrice d'un homme marié, etc. et qui font qu'une fois que tu as... Allez, 5-6 clientes dans ces pays-là, elles vont porter des tenues que d'autres vont voir et puis ça te ramène une autre clientèle. Mais sinon, dans les pays lointains, par exemple, où on vend généralement, c'est parce que c'est des gens de la diaspora qui sont allés. Par exemple, quand on en voit en Australie, ce n'est pas des Australiennes, c'est des Sénégalaises qui vivent là-bas. Donc, je pense que principalement, c'est plus des afrodescendants. Mais ça commence à changer petit à petit.
- Speaker
Très bien. Et là, je vais revenir sur la question que je voulais te poser tout à l'heure et que j'ai décidé de poser en deux temps. Et finalement, je suis partie sur autre chose. C'est quand, à un moment donné, tu as bien identifié les critères qui font la spécificité de ta marque et qui font, quelque part, sa singularité, qui font que les clients vont venir et revenir. Donc, il y a cette partie créative. Après, il y a aussi une partie business qui est chiffre d'affaires, marge. Donc toi, comment est-ce que tu as déterminé en fait un peu les indicateurs de référence pour t'assurer que ça y est, là je peux y aller, je peux lâcher mon job day to day et comment tu as pu un peu identifier que non, là vraiment, quand je regarde ces chiffres-là, il y a du potentiel, donc je peux y aller en fait. Qu'est-ce qui t'a vraiment rassurée en termes de chiffres ?
- Fatou
Franchement, je me souviens que le déclic que je l'ai eu, c'était à la Tabaski. que la campagne qu'on avait faite pour la tabaski en 2017. Donc, j'étais au ministère. Je pense que j'ai quitté le ministère en 2018. Et cette campagne-là, en fait, la première fois que j'ai tenu tout l'argent entre mes mains, j'ai dit « Quoi ? » Tout ça en un mois. Donc, c'était vraiment… Je n'avais jamais tenu de pareil somme entre mes mains. Ce n'était pas… Au regard de ce qu'on fait aujourd'hui, Alhamdoulilah, ce n'était pas énorme. C'est vraiment la première fois que je me suis dit qu'il y a du potentiel. Je dirais que l'indicateur qui m'a vraiment rassurée, c'est le fait qu'on a refusé plus de commandes que ce qu'on a pris. C'est-à-dire que je pouvais faire beaucoup plus d'argent, mais que je n'avais juste pas la capacité de production pour faire plus d'argent. À ce moment-là, j'ai su qu'il suffirait que je consacre plus de temps à ça. que j'ai une meilleure organisation, que j'ai un atelier qui m'est propre, parce que jusque-là, on faisait de la sous-traitance, et en 2019, on a ouvert notre atelier, histoire de pouvoir maîtriser la production et je peux faire beaucoup plus d'argent. Donc je pense que c'était des indicateurs quand même assez clairs. Quand tu sais que tu peux, que les gens étaient là après à acheter avec toi l'argent, et c'est juste que c'est toi qui ne pouvais pas prendre, et tu as dit non parce que tu sais que tu ne peux pas et que tu ne voulais pas décevoir des gens, ça, c'était quand même un indicateur assez fort. C'est à partir de là qu'on sait que je me suis dit, bon, ça n'a pas de sens de continuer.
- Speaker
Très bien. Écoute, je suis ravie de ne pas avoir oublié cette question parce que ta réponse, elle est excellente d'un point de vue très sharp, en fait, très businesswoman et en même temps très créative. Donc, je pense que c'est important d'avoir… Ce n'est pas toujours évident pour des profils qui lancent des marques de mode d'avoir le côté business, indicateur, avec lequel on est à l'aise. Et en même temps, la partie créative ADN de marque, storytelling qu'on maîtrise aussi. Souvent, il y en a qui... maîtrise d'un côté et pas forcément l'autre.
- Fatou
Je dis, il faut demander de l'aide. Moi, je pense que j'étais... Les chiffres, c'était vraiment mon point faible, plus ou moins. Je n'étais pas chiffre du tout, mais je me suis bien entourée. Bon, déjà, j'ai beaucoup d'amis qui sont dans la finance autour de moi et qui, vraiment, se sont beaucoup impliqués dans ce que je faisais, qui me donnaient des conseils tout le temps. J'en ai un jusqu'à présent. Je lui dis, toi, tu es notre financier sans être payé, ça peut être bizarre. Mais on le fatigue pour tout, mais vraiment pour tout. Et bien sûr, après, on a recruté les personnes qu'il fallait. Parce qu'il faut savoir aussi qu'on ne peut jamais être spécialiste en tout. Je pense que c'est toujours important de s'entourer de personnes qui savent mieux faire que toi ce dont tu as besoin. Aujourd'hui, clairement, je ne suis pas la meilleure financière, je ne suis pas la meilleure comptable, je ne suis pas la meilleure... Même en marketing, c'est juste qu'à Tram de Lille, sur ça, j'ai un peu, on va dire, de l'expérience acquise sur le taille, sur les années. Mais si aujourd'hui je trouve quelqu'un où j'avais recruté, quelqu'un en marketing, mais je n'étais pas très contente. On va dire que je faisais encore beaucoup de choses, donc ça ne me déchargeait pas assez. Mais là, par exemple, on a pris une stratégie, donc une consultante en marketing. Parce que je sais qu'il y a des gens qui savent mieux faire ces choses que moi. Donc c'est important aussi de reconnaître dans quoi est-ce que vous pouvez trouver quelqu'un qui sait mieux faire que vous et recruter. Par exemple, la collection de la Corité, c'est quelqu'un d'autre que moi qui l'a designée. C'était le gagnant du concours que Tata Koleso Ardo a organisé l'année dernière. J'ai adoré ses créations et du coup, on a travaillé avec lui comme directeur artistique et j'ai vraiment beaucoup aimé l'expérience. Donc, je pense que c'est aussi important de ne pas vouloir tout faire tout seul et de trouver de l'aide, en tout cas quand on peut se le payer, quand on peut se le permettre de trouver de l'aide pour certains aspects du business. Il y a trop de choses à faire, c'est trop.
- Speaker
C'est ça ! Les gens qui rêvent de faire de la mode, sachez-le, il y a trop de choses à faire.
- Fatou
Non,
- Speaker
c'est trop. Non, non, ça a l'air comme ça. En fait, ça n'a pas l'air d'être aussi compliqué, mais c'est l'un des business qui nécessite le plus de compétences différentes. Donc, évoquer un petit peu ton équipe. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu d'aujourd'hui ? Comment est structurée ton activité ? Et quelles sont les différentes personnes qui travaillent avec toi ?
- Fatou
Alors jusqu'en 2018, j'étais seule, je faisais de la sous-traitance, donc c'était moi et des tailleurs que sous-traitaient, mais qui étaient des entrepreneurs, qui travaillaient à leur propre compte. En 2018, j'ai eu ma première assistante. En 2019, j'ai recruté deux tailleurs, deux vendeuses, parce qu'on a ouvert. Les deux vendeuses, l'une étant ma soeur et l'autre ma cousine. Et en 2020, ça a explosé. Donc aujourd'hui, on est à 30 employés, les 17 sont dans la production. Donc, quand je dis dans la production, c'est tailleur, finition, qualité. Quand je dis tailleur, il y a coupe, il y a couture, bien sûr. Maître d'atelier, assistante de production, etc., chargée d'approvisionnement. Et le reste, elles sont plus dans des fonctions support. Il y a les commerciaux, qui sont quatre, je pense, au total. Et puis, il y a les fonctions support. Donc, Abhi qui est maintenant manager. J'ai une manager depuis janvier. Je ne suis plus CEO de SofaTour parce que j'ai décidé de lever le pied un peu. Alors, directrice commerciale, directrice des opérations. Il y a quoi d'autre ? Comptable, bien sûr. Après, il y a un cabinet comptable en externe. Donc, la comptable, elle fait vraiment plus des opérations de caisse, etc. On a quoi d'autre ? Marketing, on a une personne qui est Abhi Jean. Je me suis vraiment beaucoup déchargée. Ça fait que c'est quand même une masse salariale assez conséquente, par contre. Et ça, c'est pas très plaisant à la fin du mois, j'avoue. Mais ça m'a beaucoup déchargée. Ça m'a permis d'avoir du temps pour moi, de me concentrer sur moi-même aussi et de consacrer plus de temps à ma famille et à quelque chose aussi qui me tenait beaucoup à cœur, c'était de reprendre mes études de Coran. Donc les matinées, c'est ce que je fais. Puis les soirées, je vais voir ce qui se passe un peu. Plus du côté de l'atelier par contre, je ne suis presque jamais en boutique maintenant. C'est à quoi je vais essayer de remédier un peu quand même. Mais oui, voilà. Aujourd'hui, c'est une très grande famille, hamdoulilah. Et pour moi, c'est ça ma plus grande fierté, c'est le fait de savoir que je contribue à l'économie, qu'on a pu créer des emplois, que tant bien que mal, on continue de payer, même quand il y a eu la crise récemment à cause de la situation politique. Et que oui, pour moi, c'est le plus grand achievement, plus ou moins de Sofatou, c'est qu'on est vraiment contribuables et contributeurs.
- Speaker
Très bien, bravo, je n'ai pas d'autres mots. Réussir le développement d'une marque, c'est un challenge qui est énorme. Réussir à le faire, en plus, dans les conditions qu'on peut connaître au Sénégal sur ces dernières années, c'est un challenge encore plus difficile à relever. Et il y a des entrepreneurs qui, parfois, ont du mal à passer ce cap de la délégation et de vraiment à un moment donné se dire « Oh ! » le business va continuer à évoluer, va se développer. Et toi, tu vas avoir du temps pour aller réfléchir à comment le déployer davantage finalement. Et normalement, ça contribue à faire que tu peux aller encore plus loin en fait.
- Fatou
Oui, et comment faire autre chose. Parce que c'est ça aussi le but, c'est qu'une fois qu'on a quelque chose qui marche et qui peut encore marcher mieux, c'est clair, c'est évident. Mais c'est aussi qu'il est important de diversifier ses sources de revenus. Aujourd'hui, que Dieu m'en préserve, si ce n'est pas tout ne marche plus du tout, il faudrait que j'ai autre chose qui puisse me permettre de continuer à vivre. Donc, je pense qu'à un certain stade, c'est important de lever un peu la tête, de la sortir un peu hors de l'eau et de regarder vers d'autres horizons.
- Speaker
Très bien. Alors, je sais que tu travailles beaucoup avec Hélène Dabat. La fondatrice de la marque, enfin l'une, la cofondatrice de la marque Sisters of Africa, qu'elle a fondée avec sa sœur Josiane. Du coup, j'aurais aimé que tu nous parles un petit peu de ce côté collaboration avec une autre patronne de marque de mode. Parce que parfois, on peut se dire qu'on est en concurrence, donc on ne va pas forcément s'allier pour ouvrir des boutiques ou pour faire des pop-up stores ensemble. On pourrait avoir un peu un sentiment comme ça où... En tout cas, en stratégie, il n'y en a pas beaucoup qui travaillent comme ça.
- Fatou
C'est vrai. Et je pense qu'on a plus ou moins changé l'industrie. Quand je dis on, c'est vraiment notre génération. Moi, j'ai toujours aimé travailler en groupe. Et ça, c'est depuis que je suis vraiment toute jeune. J'étais vraiment à l'école, la copine qui mettait plusieurs groupes d'amis ensemble, qui faisait des méga sorties avec 30 personnes, etc. Parce que j'aime avoir du monde autour de moi. Je trouve que, comme on dit, plus on est de fous, mieux on s'amuse. Et Hélène, je l'ai rencontrée parce qu'on était dans le même concept store à Dakar. C'est le premier concept store où j'ai été d'ailleurs, qui à l'époque était l'Olympic Club. Et du coup, quand elle faisait un événement, elle m'a invitée. Ensuite, je faisais un événement, je l'ai invitée. Ensuite, on a fait quelques fashion week ensemble. Et comme ça, à force de se revoir, on est vraiment devenues très bonnes copines. Pas que elle d'ailleurs, Alia Baré aussi, Bobo Weissag, etc. Et du coup, on a commencé à former un bon groupe, à travailler ensemble. Et voilà, Hélène, c'est celle qui me ressemble le plus de toutes ces personnes que j'ai rencontrées parce qu'elle est comme moi, elle ne dit jamais non. Chaque fois que tu as une idée folle, c'est la première qui va te dire « Ok, on y va » . Et donc comme ça, on était sur un projet où on voulait ouvrir une boutique ensemble avec beaucoup d'autres personnes. Mais malheureusement, ça tardait, ça tardait à chaque fois. Et donc, j'ai eu une opportunité d'une boutique que j'ai vue en premier lieu. C'est Anton Amadoujaou d'ailleurs de Saint-Louis, de ISM, qui m'avait dit qu'il avait une boutique à Saint-Louis, un espace, il voulait en faire un concept store et il voulait que ce soit moi qui gère ça. Et du coup, j'ai dit à Ellen, viens m'aider parce que moi, je n'ai pas encore de boutique, je ne sais pas comment ça marche. Donc, c'est le premier concept store qu'on a lancé qui s'appelait Arte, qui était à Saint-Louis. On allait régulièrement à Saint-Louis pour approvisionner, pour s'occuper de la boutique, etc. bon après malheureusement à cause de la distance du chemin chaotique, tout ça on a dû arrêter et donc après qu'on a vu une opportunité à Dakar je me suis dit écoute viens on recrée le concept store donc comme ça on a fondé Arca et voilà donc depuis on traîne partout on a roulé notre bus partout Arca c'était vraiment une aventure incroyable on a ouvert je pense en décembre 2020 c'était en plein Covid mais ça marchait de fou vraiment toutes les marques voulaient être chez nous Merci. Donc, ça a marché vraiment très bien parce qu'aussi, on a mis beaucoup dessus. On a vraiment misé sur l'endroit, sur le marketing et tout ça autour. Et comme ça a marché bien, six mois après, au mois de juillet, on nous a proposé le local du Novotel et on a dit oui, on y va. Et donc après, les charges ont explosé, comment on s'est cassé la figure. Et c'était chaud. Hélène n'aime même pas que j'en parle, mais moi, ça me fait rire. C'est important de dire qu'il n'y a pas que de bonnes expériences. Des fois, c'est des... Waouh, c'est des... C'est des erreurs monumentales qu'on fait en tant que business owner. Malheureusement, Artane n'est pas encore assez solide pour pouvoir gérer deux boutiques. Et bien sûr, à partir de là, on a commencé à devoir cotiser tous les mois. Il y a des mois où on mettait presque 1500 euros chacune pour la boutique chaîne. C'était énorme. C'était essoufflant et rien de temps. Et finalement, on a fini par fermer la deuxième boutique. Mais la boutique du Nouveau-Tel existe toujours. On a gardé celle qui avait le moins de charges. C'était celle du Nouveau-Tel. Et là, on réfléchit même à faire autre chose encore. Donc, c'est ma copine folle. Donc, chaque fois, c'est vraiment la minute qu'elle vient me dire. Fatima, je fais ça. Par exemple, tu vois, la vente de Paris, nous, on avait une autre date pour Paris. On devait faire le 1er juin à Paris, avec Imara. Mais c'est pas qu'avec Hélène que je suis comme ça. C'est avec Imara, les deux candidatrices de Imara Jewelry, qui est une marque de bijoux. Et donc, on devait faire le 1er juin. Après, Imara et moi, on dit, finalement, elles sont plus sûres de venir le 1er juin. Et moi, étant donné que là, j'étais pas sûre aussi de pouvoir être sur place, j'ai dit, bon, je suis avec Hélène, c'est plus sûr. Au moins, si on me voit pas, on voit Hélène, c'est la même chose. Donc, comme ça, on a décidé sur un coup de... de tête de partir pour le 11 et 12 mai avec elle. Et c'est tout le temps comme ça. Le neveu, elle se fait sur un coup de tête. Elle m'a dit, pourquoi tu as peur ? On n'a qu'à apprendre. Le loyer est abordable, peut-être que ça va marcher. On a appris. Donc c'est toujours des coups de tête avec elle. C'est beaucoup de moments de folie, c'est pas beaucoup de prises de tête. Vraiment, c'est quelqu'un de très simple, quelqu'un d'agréable, quelqu'un de généreux surtout. Et quelqu'un aussi de très spirituel. On n'est pas de la même religion. Elle est catholique, je suis musulmane, mais je pense que c'est un point qu'on a encore. commun aussi, c'est qu'elle est vraiment très très... Sa religion, en tout cas, a une grande importance dans sa vie. Et du coup, on est alignés vraiment, on a beaucoup de valeurs qu'on partage et ça, ça a vraiment facilité notre collaboration.
- Speaker
Très bien, super. Ben écoute, je te remercie de partager ça parce que c'est vraiment très intéressant de parler de... collaboration qui fonctionne malgré la difficulté c'est à dire que le fait d'avoir eu un coup dur ça vous a pas empêché de continuer à travailler ensemble et vous restez des partenaires et c'est vrai que quand on voit Sofa2 quelque part on cherche Six Sorts of Africa, quand on voit Six Sorts of Africa on cherche Sofa2 on se dit bon d'une manière ou d'une autre elles doivent être à côté en fait donc C'est assez beau de voir ce genre de partenariat qui profite aux deux marques.
- Fatou
C'est vrai. Et surtout, au-delà de la relation de partenariat, c'est une très belle relation humaine. Je connais toute sa famille, elle connaît toute ma famille. On a fait des voyages où ce n'était pas forcément juste pour chercher de l'argent. Après nos voyages, on prend toujours du temps pour rester, traîner, rigoler. Et puis voilà. C'est quelqu'un avec qui je peux parler pendant des heures et où on ne va pas parler que business et où chacune va remettre l'autre sur les rails. Et je pense que c'est important, quand tu es dans ce milieu, surtout en particulier, qui est un milieu vraiment très, très compliqué, qui peut être très complexe par moments, très toxique aussi des fois, d'avoir ces personnes-là qui peuvent te ground, qui peuvent plus ou moins te faire garder les pieds sur terre. et te rappeler l'essentiel. Des fois, c'est moi, des fois, c'est elle. Il y en a une toujours qui va divaguer et l'autre qui va dire, hey, ce n'est pas ça l'essentiel. Mais je pense que c'est important d'avoir quelqu'un avec qui on partage nos challenges et avec qui on a cette liberté vraiment de parler à bâton rempli de tout et de tout le monde. Bon, de tout le monde, pas des gens, pardon. Mais de tout et de... Voilà. À n'importe quel moment. Et qui, on sait, va nous donner un bon conseil, un conseil qui nous sera utile.
- Speaker
Donc là, en fait, le pop-up parisien arrive à grands pas les 11 et 12 mai prochains. Qu'est-ce qu'on peut attendre de la marque Sofa2 ? Est-ce qu'il y a des nouveautés, nouvelles couleurs, nouveaux produits ? Est-ce que tu peux nous en dire un peu sur ce qu'on va pouvoir découvrir ?
- Fatou
Alors je pense qu'on essaie de ramener vraiment beaucoup de nouvelles choses à chaque fois. Il y a toujours nos classiques parce qu'on nous demande toujours nos classiques. Moula, il m'a fait créer, il me dit mais il ne s'appelle pas best-seller pour rien. Mais à chaque fois je dis mais pourquoi c'est la juste que les gens achètent ? Il me dit mais parce que c'est des best-sellers donc ça il y en aurait encore mais dans d'autres coloris. Donc on a ramené des coloris très festifs un peu pour l'été. On a la nouvelle collection de Tabaski qui vient, on a la collection de la Corité, donc de l'Eidelfit repassée où on aura quelques pièces, juste une dizaine, parce qu'elle n'avait pas eu le temps de venir à Paris, mais c'est vraiment très peu de pièces. On a nos imprimés qu'on a faits sur du Tencel, donc c'est un matériau plus ou moins écologique, recyclé, donc vraiment mieux que du polyester, très léger, agréable sur la peau pour l'été. Donc c'est avec l'imprimé SofaTour. On a de nouvelles pièces en chanton. On a quelques nouvelles pièces pour hommes aussi. Très peu pour enfants, malheureusement. On n'a pas eu le temps d'assez produire. Mais principalement ça, des cartes cadeaux, des foulards, des carrés de soie, des choses comme ça. Donc, beaucoup de choses différentes, en tout cas, de ce qui était là-bas en décembre passé. Et on essaie vraiment aussi surtout de donner de différents coloris. Ah, il y a aussi une collection en collaboration avec Aïssa John. Donc c'est un tissu qui a été fait ici, c'est du panne toujours. C'est une réédition de la collection Khamar, donc de l'Aït, mais une réédition post-bureau, donc qu'on peut porter pour aller au travail. C'est des gilets sur une combinaison, un haut, un pantalon, avec un autre gilet par-dessus, etc. Des fièces qui sont adéquates pour le temps qu'il fait actuellement, mais qui seront un peu chaudes quand même pour l'été. pourrait reporter pour l'automne, l'hiver. Et ouais, je pense que c'est tout.
- Speaker
Ok, très bien. Écoute, plein de nouveautés, plein de surprises. Donc, raison de plus en fait d'aller à ce pop-up puisqu'il va y avoir toute une partie où c'est les pièces iconiques de la marque et en même temps plein de nouveautés, de nouvelles couleurs, histoire que on puisse découvrir des nouvelles choses.
- Fatou
Et surtout à manger, un très bon buffet de bibi gourmet. On a Ça, j'y tenais, en fait. J'ai dit, non, non, non, il faut qu'on gâte les gens, il faut qu'on mange bien. Bon, elle comme moi, on est de grosses mangeuses, donc on aime gâter les gens quand ils viennent. Il faut que les gens mangent bien.
- Speaker
Donc, ça va être le plaisir de s'habiller et aussi le plaisir du bien manger.
- Fatou
Exactement. Et c'est gratuit.
- Speaker
Très bien. Ça fait vraiment bien. Écoute, je pense que c'est l'argument définitif pour aller au pop-up. Donc, 11 et 12 mai prochain, c'est le showroom Romeo. En fait, à Paris, métro Saint-Paul, dans le quatrième arrondissement. On arrive en fait à la fin de cette interview, et moi, c'est vrai qu'il y a une question que j'aime bien poser à mes invités. C'est un petit peu une question de conclusion. Voilà, mon idée, c'est que j'aime bien demander aux invités un petit peu si tu devais définir la mode africaine. quelle serait ta définition ? Qu'est-ce que tu penses déjà à l'utilisation de ce terme « mode africaine » et comment est-ce que tu le définirais ?
- Fatou
Je pense qu'elle est plurielle, la mode africaine. C'est vraiment beaucoup de réalités qui se regroupent sur ce terme. Et quand je dis qu'elle est plurielle, c'est que ce qu'on voit aujourd'hui avec les marques comme les nôtres... Ce qu'on voit avec des maisons de couture qui datent de plus longtemps, comme les Tata Colesso Ardo qui sont bien établies, Pateo, les grands, Alphadie, etc. Ce que ça désigne aussi comme designer émergent et ce que ça désigne comme tous ces artisans également qui sont des couturiers mais qui sont en même temps des créatifs et qui créent depuis longtemps, qui coupent par main levée, qui ont un savoir extraordinaire. c'est autant d'écosystèmes différents. Je pense que c'est une mode vraiment plurielle, c'est une mode très riche, c'est une mode très créative, surtout en Afrique de l'Ouest. Malheureusement, on n'a pas le talent des gens de l'Afrique de l'Est et de l'Afrique australe, ni l'organisation, ni la même organisation pour porter l'industrie là où elle devrait arriver. Mais c'est une industrie en plein essor, en laquelle j'ai énormément foi. qui a beaucoup à offrir au monde, qui commence à devenir également le centre de toutes les attentions dans le milieu de la mode en général. Parce que je pense que ça reste le dernier terreau fertile, le dernier endroit où il y a encore beaucoup de choses à faire, plus ou moins, parce que tout a été fait ailleurs. Donc oui, je pense que je dirais que c'est une mode plurielle et prometteuse.
- Speaker
Très bien, je te remercie pour cette définition. Et puis, je te remercie aussi pour le temps que tu m'as accordé pour cette interview. Ça a été vraiment un plaisir d'échanger avec toi.
- Fatou
C'est un plaisir pour moi,
- Speaker
vraiment. Je te dis à très bientôt, en Afrique ou ailleurs. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère que cette interview vous a plu. Pour soutenir mon initiative et donner de la portée au message des créateurs du continent, je vous propose trois actions. Abonnez-vous sur Spotify ou Apple. Partagez l'épisode à trois de vos amis. Prenez le temps d'évaluer le podcast et de mettre 5 étoiles. Merci encore et à très vite en Afrique ou ailleurs.