- Sofia
Alors franchement moi je dirais pas une mode africaine, je dirais plutôt des créateurs africains talentueux chacun dans son domaine que ce soit le tissage, la broderie ou la couture. Je trouve que notre point fort c'est vraiment d'avoir des produits handmade qu'on peut pas développer partout dans le monde mais nous on a le savoir-faire, on a la chance d'avoir des artisans et des artisanes qu'on peut former à notre technique que ce soit celle du tissage ou autre. Et ça, je trouve que c'est notre point fort.
- Ramata
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement de la créativité africaine sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés, du boubou et du wax, pour présenter un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. Je suis Ranata Diallo, je suis professeure de marketing dans des écoles de mode parisiennes et je suis également consultante spécialisée dans l'accompagnement de porteurs de projets qui veulent lancer leur marque de mode. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux qui font la mode en Afrique. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision de la mode africaine. Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Aujourd'hui, je suis en compagnie de Sophia Essaen. Sophia est la fondatrice de la marque Yassshandmade qui est spécialisée dans le tissage à la main d'accessoires et de bijoux. Sophia est basée en Tunisie et elle a eu l'opportunité de distribuer sa marque à la Saint-Maritaine et au Bon Marché à Paris. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous raconter son parcours et partager ses ambitions pour les années à venir. Bienvenue Sophia, je suis ravie de te retrouver pour enregistrer cet épisode. Comment vas-tu ?
- Sofia
Bonjour Amata, merci beaucoup pour l'invitation et merci de me donner l'opportunité de présenter ma marque à tes followers et à toutes les personnes qui vont écouter ce podcast.
- Ramata
Écoute, c'est moi qui suis ravie que tu aies accepté mon invitation et c'est moi qui te remercie. Donc on va commencer en fait cet épisode comme je le fais toujours. Je vais te demander de te présenter.
- Sofia
Je suis maman d'un garçon qui a 18 ans. J'ai 45 ans et j'étais enseignante. Je vais vous parler un petit peu de mon parcours. La marque a été créée il y a deux ans et pendant 15 ans, j'ai enseigné l'éducation musica dans le système français. Je suis musicologue et sociologue. J'ai également un master en anthropologie sociale et culturelle. C'est ce qui m'a amenée à enseigner l'éducation musicale. Et j'ai toujours aimé la mode aussi. Donc, il y a trois ans, trois ou quatre ans plutôt, j'ai essayé de faire un petit bracelet pour moi. J'ai créé le premier bracelet que j'ai montré à la propriétaire d'une très jolie boutique en Tunisie. En fait, je lui ai montré, moi j'étais cliente chez elle, et je lui ai montré ce bracelet pour avoir son avis, si vous voulez. Et elle a adoré cette pièce. Elle m'a dit, moi j'aimerais bien, si tu en fais d'autres, j'aimerais bien les vendre dans ma boutique. Et puis c'est comme ça que ça a commencé, et j'ai continué à enseigner en parallèle. Donc ça, c'était vraiment le début.
- Ramata
Très bien, je te remercie de nous partager un petit peu la genèse de la marque et ton parcours. Donc tu évoques le fait que toi tu as fait des études en anthropologie, en musique et que tu étais enseignante. Du coup tu étais dans un secteur d'activité qui était totalement éloigné et différent de la mode mais qui avait quand même un côté artistique.
- Sofia
Exactement. J'ai toujours aimé ça, comme je vous l'ai dit, la mode, la déco aussi. Mais le métier d'enseignant comme vous pouvez l'imaginer n'a strictement rien à voir avec celui d'entrepreneur déjà. Donc je n'ai jamais étudié la gestion ni le marketing. Voilà, tout ça c'est vraiment nouveau pour moi. J'ai complètement changé de voie après 15 ans.
- Ramata
Est-ce que tu peux expliquer ce qui fait qu'à un moment donné, tu as fait un premier bracelet, tu as pu en discuter avec la gérante d'un concept store et puis tu as pu lui proposer une collection à la vente. Mais qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu bascules de 15 ans dans l'enseignement à devenir entrepreneur et créatrice d'une marque de mode ?
- Sofia
Alors je vais vous l'expliquer, franchement ça s'est fait très naturellement. Et le passage s'est fait en douceur. Ensuite, j'ai décidé d'arrêter l'enseignement complètement. Mais quand j'ai créé ce premier bracelet que je l'ai montré à Adrienne, que je remercie d'ailleurs pour sa confiance, parce que je suis certaine que si elle ne m'avait pas encouragée au début, si elle ne m'avait pas dit « j'aime beaucoup ce produit et si tu en fais d'autres, j'aimerais bien les vendre dans ma boutique » , je n'aurais peut-être pas continué. J'en aurais peut-être fait d'autres pour moi seulement, mais je n'en aurais pas fait une marque ni un projet. Et donc, je ne sais pas comment vous l'expliquer, mais les choses se sont vraiment faites naturellement. Et j'ai commencé à y croire. Mais sinon, mon entourage, même ma sœur, mes parents et tout, personne n'y croyait. Pour eux, voilà, j'ai toujours été rêveuse. On va dire que c'est un bon passe-temps, mais certainement pas un projet. Donc, j'étais la seule à y croire. Et j'ai continué. Après, j'ai dit à mon mari, voilà, je suis certaine que d'ici quelques mois, je vais arrêter l'enseignement. pour me consacrer pleinement au développement du projet. Et lui m'a beaucoup, beaucoup encouragée, curieusement, même si au départ, vraiment, je n'avais que deux points de vente. Mais il y a cru comme moi et il m'a vraiment poussée à continuer parce qu'il sait que je suis bosseuse aussi par ailleurs, parce qu'il faut le dire aussi que pour monter un projet, il faut s'investir, mais à 100%, ne pas compter les heures. Voilà. Et donc... Comme il sait que j'ai cette qualité-là, on va dire que je suis quelqu'un de très rigoureux, voilà, il m'a vraiment encouragée. C'est comme ça que j'ai continué.
- Ramata
Très bien. Écoute, c'est intéressant que tu partages ça, le fait que la détermination, la rigueur, finalement, ce sont des qualités dont tu as besoin en tant qu'enseignante. Et finalement, même si tu n'avais pas été entrepreneur jusqu'ici, il y avait forcément… des compétences et des qualités que tu avais, que tu as pu utiliser dans ta nouvelle carrière de créatrice. Au niveau de cette première création, parce qu'il y a des gens qui se lancent dans l'entrepreneuriat, mais toi, ça part de vraiment un travail fait à la main que tu fais toi-même, j'imagine, chez toi. Comment ça t'est venu, cette idée de créer un premier objet ? et puis ensuite d'envisager de le vendre.
- Sofia
Alors, pareil, vraiment, ça a été quelque chose d'assez incroyable parce que tout s'est fait naturellement. Même moi, quand j'y repense, des fois, je me dis, c'est incroyable quand même d'y avoir cru au début, enfin, même pour moi. Alors, un jour, j'ai acheté, mais dans une mercerie, deux mètres de cordons, les cordons que j'utilise actuellement, mais bien sûr, j'achète des bovines maintenant. J'ai acheté deux mètres parce que j'aime beaucoup tout ce qui est irisé, nacré. Et j'ai acheté deux couleurs, c'était deux tons de rose. Et puis j'ai essayé d'en faire un bracelet. Donc je l'ai gardé jusqu'à aujourd'hui. C'était vraiment la première pièce. Et dès que j'ai fini ce bracelet, je l'ai montré à ma mère. Elle m'a dit « Ah, c'est super joli ! » Et tout de suite, j'ai dit à mon mari « Tu sais quoi, je vais le montrer à Adrienne, qui a cette très jolie boutique en Tunisie. Et si le produit lui plaît, je suis certaine que je vais en faire quelque chose. » C'est vraiment ça que je lui ai dit. Et le lendemain, c'était en juillet, donc en juillet 2020, quand je l'ai montré à Adrienne, donc je vous ai raconté la suite tout à l'heure, elle a adoré le produit. Et voilà, c'est comme ça que ça a commencé.
- Ramata
D'accord. Et toi, tu avais l'habitude avant d'aller dans des merceries, d'acheter des fils ou autre ? Non,
- Sofia
non, pas du tout. Justement, c'est ça qui a étonné tout le monde, c'est que je ne suis pas du tout manuelle, même si je suis pianiste. Mais sinon je ne sais ni broder, ni coudre, alors là pas du tout. Donc ça a étonné tout le monde que j'arrive quand même à tisser ces bracelets. Parce que c'est moi-même qui les tissais les deux premières années, je vais vous en parler après peut-être. Je n'avais pas encore d'atelier, donc c'était moi qui tissais toutes les pièces, qui mettait les perles aussi aux extrémités, donc il y avait tout un travail que je faisais seule. Alors que je ne maîtrisais pas du tout, je ne maîtrise pas encore aujourd'hui, ni la couture, ni la broderie. Et je ne suis pas, enfin, je n'étais pas manuelle, on va dire jusque-là. Et ensuite, j'ai découvert que j'étais capable de faire pas mal de choses dans ce domaine.
- Ramata
Ok, très bien. En tout cas, c'est très inspirant de se dire comme ça, qu'on se découvre une vocation après 15 ans dans un domaine. et que du coup... Ce n'est pas seulement se découvrir une vocation, c'est d'en faire finalement son activité à temps plein. Du coup, toi, tu t'es orientée d'abord par les premières pièces que tu as créées. Il me semble que ce sont des accessoires, ce sont des bijoux. Toi, tu étais une consommatrice de bijoux peut-être ?
- Sofia
J'aime beaucoup certaines pièces. J'aime ce qui est intemporel. Et donc c'est vrai que ce que j'ai créé, comme vous avez pu le voir, ce sont vraiment des accessoires, on va dire indémodables, des pièces qu'on peut garder et qui se marient facilement avec tout, qu'on peut porter été comme hiver. Voilà, j'aime bien ce côté intemporel.
- Ramata
D'accord, très bien. Et toi, tu aimes bien ça pour la marque que tu as développée. Mais toi, à la base, est-ce que finalement, le fait de créer ces objets-là, c'est parce que tu ne voyais pas de choses similaires sur le marché et tu te disais, tiens, moi, j'aurais envie de quelque chose comme ça ou ça a vraiment été quelque chose, comme tu l'expliques tout à l'heure, de très spontané, finalement, il n'y a pas eu de… Parce que parfois, il y a certains entrepreneurs que je peux rencontrer ou certains créateurs, vraiment, cette idée de créer, elle vient de, moi, j'avais envie de ça pour moi, je ne le trouvais pas sur le marché, donc j'ai décidé de le créer. Est-ce que toi, il y avait quelque chose qui était de l'ordre de, tu avais l'habitude de fréquenter peut-être des boutiques, de faire des achats et tu avais un sentiment qu'il manquait quelque chose ? Est-ce qu'il y avait quelque chose un petit peu comme ça lors d'une espèce d'étude de marché que tu aurais faite de façon inconsciente ou pas vraiment ?
- Sofia
Alors justement, encore une fois, pas du tout. Les choses se sont vraiment faites naturellement. Quand j'ai créé le premier bracelet en essayant plusieurs nœuds, parce que je ne pars pas d'un dessin encore aujourd'hui, je fais toujours pas mal d'essais sur les nœuds, les combinaisons de couleurs. Et à partir de là, je crée les modèles. Même là, pour les ceintures, les chaînes de téléphone, ça fonctionne de la même manière. Et du coup, pour ce premier bracelet, je ne me suis pas dit, finalement, je ne trouve pas ce genre de produit, alors je vais essayer d'en faire. Non, mais j'ai tout de suite aimé le rendu, la première création. Et voilà, c'est comme ça que ça a démarré.
- Ramata
OK, donc c'est vraiment une intuition forte. Et voilà un désir de créer qui t'a menée vers après en faire un concept de marque. Oui,
- Sofia
est-ce que je peux dire quelque chose Ramatha ? Je viens de me souvenir d'un détail hyper important dans cette histoire. C'est que quand j'ai créé la page Instagram en fait, et j'ai posté quelques photos des trois premiers bracelets, dans la semaine où j'ai créé le modèle, et j'ai tout de suite choisi le nom de la marque, qui est As Handmade. Et là, j'ai une copine, je ne l'ai dit à personne, à part mon mari, ma soeur et mes parents qui le savaient, je n'en ai pas parlé autour de moi. Et là, j'ai une amie qui like la photo sans savoir que c'est moi. Et elle m'envoie un message et elle me dit « j'aime beaucoup vos bracelets » . Donc du coup, je lui ai répondu, j'ai dit « Nadia, c'est Sophia » . Elle m'a dit « c'est pas vrai, c'est incroyable, c'est super joli et tout, mais tu devrais déposer tes modèles, j'ai jamais vu ces cordons-là utilisés de cette manière et tissés » . Et je voudrais la remercier parce que Nadia, vraiment, ça a été incroyable le fait qu'elle m'ait fait cette remarque. Ça m'a poussée évidemment à continuer et à déposer les modèles à l'INORPI. Et Nadia a une très jolie marque de vêtements et un family store en Tunisie. Donc je la remercie vraiment pour son compliment puisque ça a été hyper important à ce moment-là.
- Ramata
Très bien, je te remercie de partager cette anecdote parce qu'en fait c'est assez…
- Sofia
C'est vraiment important. Il y a toutes ces personnes qui m'ont encouragée et je pense que c'est ce qui m'a permis de développer et ne pas me dire non, finalement je suis enseignante, je garde ça comme un passe-temps pour moi et on ne peut pas comme ça changer de métier, se reconvertir à plus de 40 ans. Donc c'est important je trouve.
- Ramata
Oui, complètement. Je trouve ça vraiment très intéressant que tu partages ces deux anecdotes entre… Adrienne qui était la patronne d'un concept store et cette amie Nadia, il y a vraiment ce côté effectivement d'être soutenue. Ce n'est pas tellement le nombre de personnes, mais c'est plutôt d'avoir un retour positif. Ce qui est intéressant dans ce que tu dis, c'est que tu crées ce premier bracelet et tout de suite, tu es dans une dynamique quand même de ne pas en faire juste un passe-temps et de se dire, je vais faire des bracelets chez moi le week-end. Tout de suite, je crée un compte Instagram. J'imagine que tu as fait des photos, que tu as publié. tu avais tout de suite quand même une volonté d'en faire une entreprise.
- Sofia
Exactement. Ça me fait rire là maintenant parce que tous ceux qui me connaissent bien savent que je suis très rêveuse, c'est vrai. Mais bon, je suis aussi assez réaliste. Et comme je l'ai dit tout à l'heure, je suis assez bosseuse également. Donc, ce n'est pas j'aime ça, je vais faire ce projet, mais je ne me donne pas à fond. Non, c'est vrai que quand j'aime quelque chose, j'aime bien aller jusqu'au bout et je suis dans la rigueur, quel que soit le domaine. Et donc… J'étais pratiquement la seule à y croire, il n'y a que mon mari et moi, on va dire. Et donc c'est vrai que c'est assez incroyable quand j'y repense. Et voilà, je suis vraiment contente aujourd'hui d'avoir pu réaliser mon rêve, même s'il y a beaucoup à faire encore. Mais je trouve que c'est plutôt pas mal pour un début.
- Ramata
Très bien. Et donc, du coup, quelles sont les premières étapes, en fait, après ce premier produit, des retours positifs, quelques posts sur Instagram ? Ça a été quoi, en fait, les étapes qui ont suivi pour consolider la création de cette marque ?
- Sofia
Alors, je vais vous dire tout de suite, ça a commencé en juillet 2020. En septembre, c'était la rentrée, comme d'habitude, et moi j'avais mon bureau à la maison, où d'habitude je n'ai que les copies des élèves à corriger, les cours, vous imaginez un petit peu à quoi peut ressembler un bureau de prof. Et là, petit à petit, je n'ai commencé à n'avoir sur mon bureau que des cordons, des pochons, ça ne ressemblait plus du tout à un bureau de prof. J'avais comme un mini-atelier à la maison. Et vraiment j'étais encore une fois persuadée que j'allais en faire quelque chose, que j'allais développer ce projet. Alors j'ai été voir le proviseur du lycée, quelques mois après la rentrée, pour lui dire que j'allais prendre une année de mise en disponibilité parce que j'allais lancer ce projet. Et là, vraiment il était surpris parce que moi j'étais coordinatrice, professeure principale, j'étais très investie au sein de l'établissement. Et comme je l'ai dit tout à l'heure, après une carrière de 15 ans, c'est difficile, même pour l'entourage, de se dire qu'on va arrêter et passer à autre chose, surtout quand on est dans l'enseignement. Généralement, on commence à 20-25 ans et on s'arrête à l'âge de la retraite. C'est rare de démissionner et de faire tout à fait autre chose. Et donc, pendant une année, j'ai continué à enseigner cette année-là, et l'année d'après, j'ai pris l'année de mise en dispo. Et bien avant le mois de juin, moi je devais répondre au proviseur en juin, je crois qu'au mois d'avril, mars-avril, j'ai envoyé le courrier pour dire que je comptais démissionner carrément. Voilà, c'est comme ça que j'ai arrêté l'enseignement. J'ai ouvert l'atelier, j'ai formé des artisanes, parce que j'ai compris qu'il fallait produire plus pour commencer l'export déjà. Et voilà, après plusieurs choses se sont enchaînées. dans le développement.
- Ramata
Très bien.
- Sofia
Je mets ça assez rapidement. Voilà.
- Ramata
OK. Et ce qui est assez intéressant, c'est qu'en fait, tu as été assez audacieuse, en fait, parce que...
- Sofia
C'est ce qu'il m'a dit,
- Ramata
oui. Effectivement, tu as eu cette année de cette possibilité, en fait, de prendre un congé vis-à-vis de ton travail et de ne pas te retrouver, finalement, sans rien. Donc ça, c'était intéressant de faire ça comme ça. Ce n'est pas comme si, du jour au lendemain, tu avais arrêté. Tu as eu une phase de transition, mais c'est vrai qu'après, qu'est-ce que tu as mis en place pendant cette année où tu as eu du temps pour pouvoir développer ta marque ?
- Sofia
Alors déjà, avant d'arrêter l'enseignement, c'est-à-dire la dernière année d'enseignement, je me suis adressée à une très bonne agence de com en Tunisie pour refaire le logo. Parce que je me suis dit, là, c'est hyper important et que ça doit être un joli logo. Voilà. Donc, j'ai refait le logo. J'ai refait les pochons également. Et je me suis dit maintenant il faut vraiment développer les choses, je n'ai plus de temps à perdre parce que j'avais peur en fait, je vous le dis maintenant, qu'on me pique mon idée, mes créations. Je me suis dit ça peut plaire à certaines personnes qui vont être plus structurées que moi et qui peuvent me piquer cette idée et développer le produit. Et j'avais tellement peur de ça que je me suis dit il faut vraiment que j'investisse, c'est le moment ou jamais. de bien démarrer et de ne faire que ça mais tous les jours quoi il faut il faut que je bosse du matin au soir pas de vacances et c'est ce que j'ai fait pendant plusieurs mois c'est pour ça que j'ai dit je suis plutôt contente des résultats et donc ramata je te le dis sincèrement je suis très très contente aujourd'hui parce que j'ai créé la société en septembre donc septembre d'après en février la Samaritaine, une acheteuse de la Samaritaine m'a contactée.
- Ramata
Super !
- Sofia
Oui, ça veut dire que je pense que ce que j'ai fait déjà tenait la route.
- Ramata
Et donc, ce que tu expliques, c'est que dès le départ, on va revenir un peu préciser ce qui fait qu'à un moment donné, tu as pu être découverte par une acheteuse de la Samaritaine. C'est que toi, ce que tu fais dès le départ, c'est que tu vas développer... Est-ce que tu développes une collection ? Au départ, tu commences par un bracelet. Est-ce qu'ensuite, tu complètes la collection avec d'autres produits ?
- Sofia
Oui.
- Ramata
Et quels sont les produits que tu intègres dans la première collection ou les premières collections de Yes Unmade ?
- Sofia
Alors, je vais t'expliquer. Donc, il y a eu le fameux premier bracelet que j'ai appelé le marshmallow. Pourquoi ? Parce que dès que j'ai commencé à le tisser à la maison, quand j'ai regardé la forme que ça a donné avec ses cordons épais, Ça m'a tout de suite fait penser au bonbon. Je me suis dit, c'est incroyable, on dirait un marshmallow. J'ai choisi ça comme nom pour cette première création. Ensuite, j'en ai fait un plus fin. Et pareil, ça m'a fait penser au berlingot, donc ça a été le berlingot. Et puis après quelques mois, au mois de novembre, même une année après, je me suis dit, j'aimerais essayer le premier collier. Et là, ça a été très difficile de trouver la bonne forme, parce que c'est moi-même qui l'ai tissé, et que comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je n'ai jamais fait de formation dans ce domaine. Et j'ai créé donc la première pièce. le premier collier en novembre d'après. Après, j'ai adoré la brillance des cordons, les combinaisons des couleurs, et je me suis dit, il faudrait que je teste d'autres produits. Et j'ai créé la hanse de sac, qui a eu beaucoup de succès d'ailleurs dans les grands magasins parisiens. Et donc, j'ai créé la hanse. Après la hanse, je me suis dit, pourquoi pas la ceinture ? Ensuite, un autre modèle de collier, un autre modèle de bracelet, le bon Bologna. Et puis là, récemment, la ceinture et la chaîne de téléphone.
- Ramata
Très bien. Donc là, c'est un processus où ce qu'on comprend, c'est que tu vas tester un petit peu.
- Sofia
Je ne pars jamais d'un dessin, en fait. Je fais plusieurs essais pour les nœuds, les combinaisons des couleurs. C'est vraiment le moment que j'aime le plus, d'ailleurs, le choix des couleurs pour chaque pièce.
- Ramata
D'accord. Et tu fais tout ça ? Au départ, tu fais tout ça toute seule. C'est toi qui développes cette technique de tissage à la main.
- Sofia
D'ailleurs, je vous parlerai après, si vous voulez, des artisanes que j'ai formées et qui travaillent avec moi aujourd'hui à l'atelier et qui ne sont ni couturières, ni... Elles n'étaient pas artisanes, on va dire, à la base. Elles avaient toutes un métier qui n'a rien à voir avec la mode, ni le handmade. Mais je les ai formées à cette technique.
- Ramata
Très bien. Écoute, on peut en parler maintenant, en fait. Comment est-ce que... Comment dire... Je vais rebondir sur ce que tu dis là. Donc, tu fais toutes tes premières questions, comment dire, tes premières collections, tes premières idées, tu les développes toi-même à la main. Et à un moment donné, j'imagine que toute seule, tu ne peux pas réussir à honorer toutes les commandes et tu as besoin, en fait, d'embaucher.
- Sofia
Exactement. Alors, il faut plusieurs heures pour créer une pièce, pour vous donner une petite idée, c'est ça. Donc je me suis dit, si j'ai envie de développer, que ce soit à l'export ou même sur le marché tunisien, il faut que j'ai plusieurs pièces. Et donc, une ou deux personnes ne peuvent pas tisser autant de colliers, de bracelets, les hanses, les ceintures, ce n'est pas possible. Il faut vraiment que je forme plusieurs personnes. Donc aujourd'hui, Yassin Med, c'est une équipe de quatre, quatre personnes, donc je voudrais vraiment remercier Leïla, Edia. Ausha, Serida, elles sont formidables parce qu'elles ont voulu apprendre en fait cette technique et chacune apporte sa petite touche personnelle si vous voulez. Et puis il y en a une qui est plus douée pour le tissage, l'autre pour les finitions, la pose des perles. Voilà, puis j'aime beaucoup travailler en équipe avec elles. Voilà, donc j'ai développé l'atelier avec mes artisanes. Ce qui m'a permis de faire le salon, là où on s'est rencontrés d'ailleurs à Matta, et de pouvoir répondre à toutes ces commandes.
- Ramata
D'accord, donc du coup c'est intéressant. Et aujourd'hui en fait cet atelier, chacune travaille chez elle ou tu as vraiment un atelier dans lequel vous vous retrouvez et vous travaillez ensemble ?
- Sofia
Alors au départ, quand j'avais une seule personne qui travaillait, donc c'était Leïla, la première. Elle travaillait à partir de la maison et moi je corrigeais à chaque fois en allant la voir, etc. Après, quand j'ai créé la société, au moment où j'ai arrêté l'enseignement, j'ai compris qu'il fallait que j'ai un local, un atelier avec un bureau pour moi et que mes artisanes travaillent sur place. C'est hyper important. Donc voilà, elles travaillent toutes à l'atelier. C'est une ambiance plutôt agréable pour elles. Les horaires de travail sont aménagés aussi. Donc, elles se sentent vraiment à l'aise.
- Ramata
D'accord, très bien. Et donc, du coup, c'est intéressant de voir en fait comment cette transition, elle se fait et comment très rapidement, en fait, tu as des ambitions pour ta marque et pour son développement. Alors, est-ce que ce sont… Les premières commandes que tu reçois, et notamment cet appel d'une acheteuse d'un grand magasin parisien qui te donne confiance et qui font que tu te dis, il faut vraiment que j'ai un atelier, il faut vraiment que j'ai une équipe parce que je vais en avoir besoin pour honorer des commandes. C'est vraiment ça, en fait, le point de départ. C'est le fait, finalement, de voir l'intérêt qu'ont les gens et de se dire, je vais avoir besoin, en fait, de structurer pour pouvoir répondre à des commandes.
- Sofia
Alors oui, en fait j'y pensais avant même d'avoir été contactée par l'acheteuse. Et encore une fois mon mari qui me soutient beaucoup dans cette aventure, je lui ai dit voilà il faut vraiment que j'ai mon atelier, maintenant c'est le moment ou jamais parce que j'ai pris cette décision d'arrêter l'enseignement et de me consacrer au développement de la marque. Et on ne peut pas développer une marque si on n'a pas d'atelier, en tout cas pour ma marque, si on n'a pas plusieurs artisanes qui vont tisser. Ça serait dommage quand même de s'arrêter là alors qu'il y a de la demande, parce que j'avais déjà testé les produits auprès de plusieurs personnes qui ont aimé ça au Maroc, à Dubaï, voilà, je me suis dit il y a du potentiel. Et comme je l'ai dit tout à l'heure à Mata, j'avais même peur qu'on me vole mes idées et qu'on développe mon produit parce que je n'ai pas fait ce qu'il fallait pour structurer ce projet. Donc avoir un atelier, c'était hyper important dès le départ. J'ai compris que si on voulait développer, il fallait avoir un lieu de travail et qu'on ne peut pas travailler correctement à partir de la maison. Il faut réunir déjà tout le monde dans un même lieu. Surtout quand c'est du handmade, on a besoin quelquefois de revoir les finitions, de peaufiner certains détails. On ne peut pas le faire à distance et on doit avoir tout le monde réuni dans un même espace.
- Ramata
Ok, je comprends. Du coup, il y avait vraiment une ambition forte de ton côté à réussir le développement de cette marque, à ne pas te faire voler ton idée, qui faisait que tout de suite, quand tu dis que tu es allée faire tester ton produit au Maroc, à Dubaï, est-ce que tu peux nous expliquer ce que tu veux dire par là ? C'est-à-dire que tu as fait des rencontres avec des patrons de concept stores ou c'était plutôt avec des clients en direct ?
- Sofia
Alors, j'ai envoyé des échantillons, même quand j'étais enseignante, la première année donc, j'ai envoyé des échantillons. C'était dans un très joli concept store à Tangier au Maroc donc. Ensuite je me suis dit pourquoi pas une autre ville du Maroc et j'ai essayé Kaza. Ensuite après Kaza il y a eu Marrakech, après Marrakech il y a eu Dubaï et après voilà il y a eu tout de suite le grand magasin parisien.
- Ramata
Et quand tu dis que tu as envoyé des échantillons à des boutiques, c'est-à-dire qu'ensuite, ils les ont mis en vente et vous aviez un contrat de collaboration ?
- Sofia
En fait, j'ai oublié de le préciser. Donc, au départ, c'était un ou deux échantillons. Et je me souviens très bien que, surtout à Marrakech, c'est un concept store, une très jolie boutique qui appartient à un Belge et à un Marocain. Moi, j'étais en contact avec le patron belge. Et je me souviens au départ c'était pour son concept store de Bruges. Et après il m'avait dit qu'il allait ouvrir un concept store au Maroc, donc il a testé les produits au Maroc. Et là quand j'ai vu que ça avait plu à la clientèle de ce concept store, je me suis dit il faut vraiment que j'ai confiance en moi et que je développe. Je sais que j'ai pris un risque, mais bon, je ne sais pas comment l'expliquer maintenant avec du recul, mais j'y croyais, j'avais confiance. Ce projet, et de toute façon je me dis toujours que si on va jusqu'au bout, qu'on est persévérant, on n'a aucune raison de ne pas y arriver. Et c'est comme ça que j'ai continué à développer. Et aujourd'hui encore je réfléchis de cette manière, quand j'ai des moments de doute, parce que j'en ai des fois, j'essaie d'y croire et d'être toujours dans la rigueur. D'accord. Du coup, c'est super intéressant que tu expliques que toi, dès le départ, tu as cette volonté de développer ton business. Et donc, tu oses de manière assez directe présenter tes collections à des concept stores. Et tu as des retours positifs qui te donnent confiance et potentiellement, ta présence dans ces différents concept stores et peut-être ta communication sur les réseaux sociaux ont pu faire que tu as été remarqué par des acheteurs de grands magasins. Merci. Et toi, à ce moment-là, tu fais cette démarche, effectivement, ce que tu évoquais de tu as une équipe, tu as ton atelier, tu envoies des échantillons dans différentes boutiques, donc tu fais de la prospection. En fait, tu as vraiment une casquette de commercial, en réalité. Et au niveau de la communication, parce que quand tu dis que tu as une acheteuse qui te contacte, elle te contacte sur Instagram, elle te contacte par mail, c'est par un intermédiaire ? Par mail.
- Speaker
Alors, je vais vous dire, je n'oublierai jamais ce jour-là, en fait. où je venais de commencer, ça faisait à peine six mois que j'avais structuré, on va dire, le truc. Et là, je reçois un mail, Sophia, nous pensons que vos produits ont un réel potentiel chez nous. Et là, quand même, recevoir ce mail d'une acheteuse d'un grand magasin sans avoir fait de salon, maintenant, avec du recul, je me dis, c'est quand même assez incroyable. Et là, elle me dit, vos produits sont… Elle m'a proposé une visio, voilà, on a fait la visio. Et là, elle m'a dit, vos produits seraient vraiment parfaits pour… le prochain thème du magasin, mais qu'elle ne m'a pas dévoilé. Elle m'a dit que le thème est toujours confidentiel. Donc c'est vrai qu'on a passé la commande, mais on ne m'a pas dit quel était le thème. En tout cas, ce qui était important pour moi, c'était le fait d'avoir été choisie par cette acheteuse. Je trouvais que c'était plutôt pas mal pour un début, un premier vrai contrat. Et donc, les produits ont beaucoup plu à la clientèle de ce grand magasin. Et du coup, j'ai eu la chance d'avoir mes produits dans le concept store de ce grand magasin, mais aussi dans la boutique éphémère. Donc les produits étaient placés à deux endroits différents pendant ces six mois d'exposition. C'était quand même pas mal pour un début. Et ensuite, le deuxième grand magasin parisien m'a contactée dès qu'il a vu, je pense, oui c'est ça, c'est ce que l'acheteuse m'avait dit, dès qu'ils ont vu que les produits étaient exposés dans le premier grand magasin. Donc ça, c'était très important. Et ensuite, les choses se sont enchaînées.
- Sofia
D'accord, donc il y a eu une forme d'effet boule de neige vertueux où on te voit à la Saint-Maritaine et forcément, ça interpelle.
- Speaker
Je peux donner le nom du magasin, oui. Ah bah oui, tout à fait. C'est l'acheteuse de la Saint-Maritaine qui m'a contactée parce que ça allait bien avec le thème Paris Magic City.
- Sofia
D'ailleurs,
- Speaker
ce que j'ai apprécié, c'est que les deux acheteuses, en fait, il y a eu après une deuxième acheteuse qui m'a contactée, toujours de la Saint-Maritaine pour la Visio. Et là, elles m'ont laissé la liberté totale au niveau des couleurs. Elles m'ont dit, vous nous faites... Au niveau des créations, elles ont choisi les modèles collier et brassé. Elles m'ont dit, on vous fait confiance pour les couleurs. Vous faites de jolies combinaisons et c'est votre point fort. Donc, on vous laisse la liberté de choisir les couleurs qui vous plaisent. Et on veut tant de pièces. Et à la fin, j'ai vu que ça allait super bien avec le thème du magasin, que je ne connaissais pas à l'avance. Donc c'est ça qui est assez incroyable. Et je pense que quand ça leur a plu, elles ont proposé ça à la boutique de Loulou, qui est le concepteur du magasin, et dans l'espace éphémère, la Paris Magic City. Voilà, donc c'était vraiment bien d'avoir les produits dans ces deux magasins, si vous voulez.
- Sofia
Ok, dans les deux espaces de la Saint-Marie. En tout cas, dans ta manière de raconter les choses, c'est un petit peu... Le conte de fées de la créatrice de mode, c'est vraiment…
- Speaker
D'ailleurs, ce qui est assez incroyable, c'est que tout le monde me dit après, mais c'est incroyable, tu n'as jamais fait de salon, mais comment ils t'ont repéré ? Et l'une des responsables de la boutique de Loulou, donc toujours à la Samaritaine, m'a dit, Sophia, c'est incroyable parce que je peux vous dire qu'il y a plein de créateurs qui passent nous voir carrément à la Samaritaine en donnant les lookbooks, les company profiles, les line sheets. en espérant être repérée par une acheteuse. Moi, je ne l'ai pas réalisé, même au départ. Quand j'ai compris le fonctionnement, en fait, je trouve ça assez drôle, mais c'est vrai que c'est plutôt pas mal pour un début.
- Sofia
Ah oui, c'est carrément pas mal. Toi, est-ce que du coup, à ce moment-là, donc tu dis qu'elle te contacte par mail, tu as un site internet, tu as des réseaux sociaux ?
- Speaker
Non, je n'avais pas encore de site. Mais sur la page Insta, vous savez, dans Contact, là, on peut ajouter une page, pardon, une adresse mail. Et donc moi j'avais déjà mon adresse mail qui était sur ma page, c'est comme ça qu'elle m'a contactée. Mais le site, je l'ai créé après avoir signé le contrat avec la Samaritaine. J'ai commencé à travailler sur le site, mais qui n'était pas prêt d'ailleurs pendant l'exposition là-bas, puisqu'il était prêt, j'ai démarré le travail sur le site en avril. Le site était prêt en septembre et moi j'ai exposé jusqu'en septembre à la Samaritaine.
- Sofia
Donc, c'est vraiment via ta communication sur Instagram et peut-être les boutiques dans lesquelles tu étais présente. Ça peut être les billets par lesquels ton produit a été découvert.
- Speaker
Pardon, elle m'a dit que c'était par les hashtags, d'ailleurs, sur Instagram. Elle avait vu ça en story. Mais parce que même encore aujourd'hui, je n'ai pas sponsorisé. Le compte n'est pas sponsorisé.
- Sofia
OK, donc c'est vraiment finalement la... particularité de tes produits, le fait que ça apporte quelque chose de nouveau, de différent, c'est ce qui a pu interpeller et plaire, parce que c'est vrai que les acheteurs, pour le coup, ils font de la veille et de la prospection sur les réseaux sociaux pour pouvoir trouver des nouvelles idées, des choses qui sont, comment dire, qui sont vues nulle part ailleurs. Ça fait partie de leur travail, notamment les acheteurs de ces grands magasins-là à Paris. Certes, d'avoir des grandes marques très connues, mais aussi d'avoir des jeunes créateurs, des nouvelles marques qui apportent quelque chose de différent. Donc là, effectivement, toi, tu étais sur le créneau qui fonctionne bien par rapport à ça. Ensuite, dans le développement de ta marque, quand, dès le départ comme ça, tu accèdes à des grands magasins, quelles sont les étapes de développement que tu envisages ? Parce que toi, finalement, dès le début, tu commences par… Il y a des gens, ils vont me dire, nous, c'est au bout de trois ans, au bout de quatre ans qu'on a pu avoir accès aux grands magasins. Toi, ça a commencé comme ça. Quels ont été après tes objectifs de développement ?
- Speaker
Alors, je vais vous raconter ce qui s'est passé tout de suite après. Donc, la marque était présente à la Samaritaine de avril à septembre. Et le Bon Marché, la directrice du bureau de style du Bon Marché m'a envoyé un message sur Instagram pour me proposer un rendez-vous parce qu'elle pensait que la marque... que la société et l'atelier étaient à Paris. Et là, je lui ai dit, non, je suis en Tunisie actuellement, mais je peux venir pour un rendez-vous, parce que je n'allais pas, évidemment, rater l'opportunité d'être au Bon Marché. Et là, elle m'a dit, non, non, il n'y a pas de souci, on peut faire une visio. Donc là, j'ai fait la visio avec le Bon Marché, et je ne vous cache pas que j'étais un petit peu angoissée par rapport à ça. Je me suis dit, j'espère que ça va marcher, j'espère que ça va leur plaire, etc. Et là, du coup... Elles avaient déjà fait leur choix, les deux acheteuses, la directrice du bureau de style et l'acheteuse qui était avec elles, elles avaient déjà fait leur choix par rapport aux hances de sacs qu'elles allaient prendre, et elles voulaient juste faire une visio pour valider les couleurs, etc. Donc là, j'étais vraiment contente. Ensuite, elles m'ont reçue au bureau de style, et là, c'était vraiment le rêve pour moi, aller au bon marché, être reçue dans ces... locaux avec des acheteuses que je connaissais mais de noms seulement donc c'était vraiment un rêve pour moi et tout de suite donc elles ont passé la commande pour le mois d'août donc j'ai enchaîné le travail sur la commande du bon marché qui a pris quand même pas mal de temps et tout de suite après j'ai été contacté par deux autres concept stores et voilà les choses se sont enchaînées naturellement Je veux dire, je n'ai pas tellement réfléchi. Je n'ai pas eu le temps de réfléchir, en fait. Il fallait à chaque fois que la commande soit finie à temps parce qu'il faut un délai de livraison. En fait, il fallait livrer les grands magasins un mois avant l'exposition en magasin. Donc, ce qu'il fallait gérer, c'était la production. Et du coup, je n'ai pas eu le temps de réfléchir à un plan pour... Qu'est-ce qui va se passer après la présence dans les grands magasins ?
- Sofia
Le compte de fait de la créatrice de mode, ce dont tout le monde rêve, c'est-à-dire je crée ma marque, je suis repérée, puis ensuite je produis pour pouvoir répondre à des commandes fermes de grands magasins. Ce que tu évoquais tout à l'heure, c'est que nous, on s'est rencontrés lors du salon Who's Next, début 2024. Donc finalement, toi, tu avais déjà eu, en général, c'est ce que tu disais, en général, on fait un salon avec l'espoir de rencontrer des acheteurs de grands magasins. Voilà, toi en fait les choses se font, on va dire à l'envers, mais c'est jamais perdu. Du coup, quand tu fais ce salon-là, comment ça se passe pour toi, sachant que voilà, toi tu as une perspective peut-être un peu différente parce que tu as déjà répondu à des commandes, tu as déjà créé ta société, elle est structurée, tu as ton atelier, donc tu as une forme de maturité peut-être par rapport à certains autres jeunes créateurs qui n'ont pas encore eu finalement de commandes officielles d'un grand magasin.
- Speaker
Alors j'ai fait le salon Who's Next. grâce à Creative Tunisia. C'est un programme de l'ONUDI en Tunisie et qui accompagne les jeunes créateurs. Je vous explique rapidement. Je devais faire le Who's Next toute seule et le Who's Next a validé mon inscription. À peine dix jours après avoir validé cette inscription, j'étais très contente. J'ai commencé à travailler sur le corner, comment j'allais faire la déco et tout. Et là, la responsable du cluster mode de Creative Tunisia me contacte pour me dire « Sophia, est-ce que tu veux faire le Who's Next avec nous ? » Et là, je lui dis « Ah, c'est vraiment dommage, je viens à peine de m'inscrire et tout. » Elle m'a dit « Pas de souci, on va régler ça avec les responsables du salon. Et si tu veux, tu feras le salon avec Creative. » Et donc là, je suis très contente et je remercie encore une fois Abir de Creative Tunisia qui m'a proposé de faire le salon avec eux. Et grâce à ce salon, j'ai eu encore plus d'acheteurs. J'ai eu des acheteurs de différents pays, donc Dubaï, le Congo, la France, les Pays-Bas et la Suisse. Ce qui est plutôt pas mal, je trouve, pour un premier salon. Parce qu'on m'a dit, attends-toi à ne pas avoir d'acheteurs, c'est pas grave, c'est ta première participation, tu peux ne pas avoir de commandes et tout. Donc je trouvais que c'était plutôt pas mal d'avoir... ne serait-ce que quelques commandes pour cette première participation.
- Sofia
Effectivement, c'est une belle réussite parce qu'effectivement, les premiers salons, les premières fois, c'est souvent des premières fois où on te découvre. Maintenant, toi, la particularité, c'est qu'on te découvre, mais tu étais déjà à la Saint-Maritaine, tu étais déjà au Bon Marché. Et en général, les acheteurs qui fréquentent ce genre de salon, ils aiment bien regarder les sélections des grands magasins. Ça les rassure aussi pour se dire quelles sont les nouvelles marques. qu'eux, ils peuvent intégrer. Donc, je pense que toi, tu as un parcours vraiment de compte de fées, success story de marque parce que tu as un certain nombre d'éléments qui rassurent en fait. Surtout, les acheteurs, parfois, ils vont hésiter à passer des premières commandes à des jeunes créateurs parce qu'ils ne savent pas si le créateur va être capable d'honorer la commande. Le fait que toi, tu aies déjà travaillé avec la Saint-Maritain et le Bon Marché, que tu les aies déjà livrés, c'est encore un élément qui rassure en fait. Et donc, de ce point de vue-là, je pense que tu fais partie des créateurs qui ont pu générer des commandes auprès de plusieurs acheteurs différents lors d'un salon, mais parce que tu as un parcours qui est assez atypique en fait, dans la manière dont tu as pu avoir accès à des opportunités. Toi aujourd'hui, vu comment ça s'est passé le démarrage de ton activité, est-ce que tu as pris un peu ce que tu disais tout à l'heure, c'est que tout s'est enchaîné très vite, tu as créé, tu as eu des opportunités de finalement honorer des commandes pour des grands magasins, ensuite tu enchaînes avec un salon quelques temps plus tard. Toi aujourd'hui, est-ce que tu as un peu pris un temps de recul, de réflexion, pour te dire voilà, moi mon ambition pour les années à venir, c'est ça ? Est-ce que tu as déjà commencé à définir un petit peu une feuille de route pour les mois ou les années à venir ?
- Speaker
Alors, c'est vrai que je fonctionne beaucoup au feeling. Et je pense qu'il faut écouter sa voix intérieure. Parce que, évidemment, quand on est structuré et assez rigoureux, encore une fois, et on sait si on est vraiment capable de travailler, d'être dans la persévérance, je pense que... Comme j'ai dit, je fonctionne au feeling, donc je crois que j'ai cette capacité à développer la marque, enfin j'espère pouvoir y arriver, à l'étranger. C'est-à-dire que là, j'ai un seul point de vente à Dubaï, mais qui est au salon. J'ai été contactée par les acheteuses de Tasha Group, qui a les concept stores collectives Africa, les restaurants qui sont juste à côté. le resto concept store Bangalow 34 je ne sais pas si vous connaissez c'est au Niki Beach à Dubaï et j'espère avoir la possibilité de vendre mes produits rien que pour ce groupe Ausha Group qui ont des concept stores un peu partout dans le monde à Riyadh à Abu Dhabi voilà j'espère pouvoir développer la marque que ce soit aux Émirats ou aux États-Unis, ça, ce serait vraiment le rêve pour moi d'avoir un point de vente là-bas, développer encore plus en France, faire de belles collaborations. D'ailleurs, là, j'ai oublié de vous parler de ce détail quand j'ai enchaîné tout à l'heure sur la Samaritaine et le Bon Marché. Tout de suite après le Bon Marché, j'ai eu l'opportunité de faire une belle collaboration avec une marque de vêtements en Cachemire, Oscar & Valentine. Oscar et Valentine, et là on a fait une collab sur le bracelet mère et fille. Voilà, donc les choses sont en train d'évoluer, on va dire positivement, et j'espère que ça va continuer. Mais je dois dire que je n'ai pas deux feuilles de route, et je ne sais pas précisément ce que je vais faire là dans les mois à venir, mais ce qui est sûr c'est que j'ai vraiment envie de développer l'export, et j'espère que ça continuera, on va dire, comme j'ai pu le développer jusque-là.
- Sofia
Très bien, donc il y a une forme de spontanéité dans ta manière d'appréhender le développement de ton activité, avec en fait finalement, bien sûr tu es présente à des rendez-vous clés comme un salon par exemple, en essayant de développer des partenariats avec soit des marques, soit des concept stores, mais tu es plutôt assez opportuniste en fait dans la manière dont tu développes ce business, et quelque part c'est ce qui t'a réussi jusqu'ici, donc il n'y a pas de raison finalement de… de changer. Est-ce que toi, aujourd'hui, tu as le sentiment que ce que tu fais, c'est du fait main, tu vas travailler finalement de l'artisanat ? Est-ce que tu penses que ce sont ces éléments-là qui font aussi le succès de ta marque, le fait aussi que ce soit fabriqué en Tunisie ? Est-ce que tu penses que ce sont des facteurs qui font l'intérêt de la marque ?
- Speaker
Je pense que c'est très important, oui, le fait que ce soit du handmade, sans l'intervention d'une machine, ça je le dis toujours, tout est fait à la main entièrement, que ce soit la pose des perles aux extrémités, le tissage, tout, Donc c'est fait à la main. Ensuite, c'est une marque éthique, puisque comme je l'ai dit tout à l'heure, mais assez brièvement, mes artisanes travaillent dans une très bonne ambiance à l'atelier, elles ont des horaires aménagés également. L'atelier, je l'ai choisi exprès à cet endroit-là où je suis, l'atelier est à La Marsa, une ville qui est à 30 minutes du centre-ville de Tunis. Et j'ai fait en sorte que les artisanes puissent venir ou à pied, ou en prenant un bus, c'est-à-dire un seul moyen de transport. Donc j'ai choisi un endroit, on va dire, accessible. Et ça, c'est important pour qu'elles puissent travailler dans une bonne ambiance, qu'elles ne soient pas fatiguées quand elles arrivent le matin ou qu'elles ne rentrent pas fatiguées chez elles le soir. Elles terminent le travail à 15h, elles font ce qu'on appelle la séance unique de 8h à 15h, au lieu d'avoir une journée 8h, 12h, 14h, 17h. Et d'ailleurs, elles apprécient beaucoup le fait d'avoir ces horaires aménagés, chose qui ne se fait pas en Tunisie. Quand on travaille dans un atelier ou dans une usine, malheureusement, c'est toujours une journée, pas qu'en Tunisie, mais on va dire partout dans le monde, c'est une journée de travail, une journée complète, de 8h à 17h.
- Sofia
Très bien, écoute, c'est intéressant que tu partages ça et que tu partages finalement ces horaires aménagés et la manière dont tu as cherché à développer. ton activité et ton business avec le fait de travailler avec des femmes et de chercher à créer en fait une ambiance et une dynamique de travail qui soit agréable. Effectivement ce sont des valeurs qu'aujourd'hui des acheteurs, que ce soit des acheteurs de grands magasins ou alors des clients, ce sont des valeurs qu'on va regarder et qui peuvent nous toucher. Toi aujourd'hui en termes de développement de collections, de nouveaux produits, Tu nous citais tout à l'heure une liste assez longue d'accessoires sur lesquels tu travaillais. Quelles sont les pistes créatives de réflexion que tu as aujourd'hui, toujours dans ce côté artisanal, fait main ? Est-ce que tu es en train de réfléchir à des nouvelles pistes ? C'est quoi la suite du rêve pour toi ?
- Speaker
Il y a effectivement toujours du nouveau, et c'est ce qui me stimule et c'est ce qui me permet d'avancer, de créer de nouvelles choses. Il va y avoir une autre matière, c'est-à-dire que je ne vais pas utiliser ces cordons-là en satin pour développer une autre gamme, mais qui ne se verra pas le jour tout de suite parce qu'il faut beaucoup de temps pour produire ces articles que j'ai envie, j'espère que ça va se concrétiser, donc ces articles que j'ai envie de développer. Et ça sera avec d'autres cordons, ça sera quelque chose de nouveau, mais toujours tissé, puisque l'ADN de la marque c'est ça en fait. Ce sont des accessoires tissés.
- Sofia
Très bien, on a hâte de découvrir les nouvelles collections et l'évolution créative que tu vas apporter à la marque et nul doute que ce sera un succès comme ça l'a été jusqu'ici. Moi, j'aime bien terminer les interviews avec une question sur la place de la mode dite africaine. Toi, tu es basée en Tunisie, tu développes des choses depuis la Tunisie, donc un petit peu. La place de la mode africaine dans finalement l'univers de la mode mondiale. C'est vrai qu'on a tendance à envisager la mode avec un regard souvent occidental, envisager Paris comme étant la capitale de la mode mondiale. Toi, si tu devais un peu chercher à définir une mode africaine, qu'est-ce que tu dirais ?
- Speaker
Alors, franchement, moi je ne dirais pas une mode africaine, mais je dirais plutôt des créateurs africains talentueux, chacun dans son domaine, que ce soit le tissage, la broderie ou la couture. Je trouve que notre point fort, c'est vraiment d'avoir des produits handmade, qu'on ne peut pas développer partout dans le monde, mais nous on a le savoir-faire, on a la chance d'avoir des artisans et des artisanes qu'on peut former à notre technique, que ce soit le du tissage ou autre. Et ça, je trouve que c'est notre point fort.
- Sofia
Je suis assez d'accord avec ça, avec ce point de l'artisanat, du fait main et du fait qu'on a encore des personnes qui sont intéressées par ces métiers, par la maîtrise d'un savoir-faire et d'une technique et par la volonté de prolonger des traditions. Donc effectivement, c'est ce qui va faire la différence par rapport à... ce qu'on peut envisager ailleurs que sur le continent africain.
- Speaker
Et je dirais avoir aussi des produits de qualité, ce n'est pas seulement du handmade. C'est qu'on arrive quand même à avoir des produits qui ont la qualité et aussi qui sont faits main. Donc ça, c'est hyper important.
- Sofia
Donc c'est vraiment un savoir-faire de qualité avec une forme de tradition. et aussi une certaine modernité j'ai envie de dire pour conclure qu'il ne faut pas avoir l'impression que quand on parle de savoir-faire artisanal parfois ça peut être associé à quelque chose d'un peu vieux, d'un peu ancien qui ne serait pas contemporain or toi quand on regarde tes collections il y a vraiment quelque chose de très contemporain et même les premiers produits avec ce côté un thème un peu marshmallow, berlingo bonbon on sent qu'il y a une vraie modernité et qu'on est sur des techniques de tissage à la main qui peuvent être associées à quelque chose de traditionnel et d'ancien. C'est ça qui est intéressant dans ton concept.
- Speaker
Merci.
- Sofia
J'étais ravie d'avoir pu échanger avec toi pour le podcast Africa Fashion Tour et d'avoir découvert un petit peu ce conte de fées. C'est vrai qu'on avait déjà eu l'occasion de parler, mais pas aussi longuement. Et c'est vrai que c'est assez intéressant d'avoir... un retour d'expérience comme ça, où finalement, parfois on parle souvent de tous les défis et les challenges difficiles que rencontrent les entrepreneurs, mais c'est aussi bien de raconter des histoires où finalement, il y a eu un enchaînement de bonnes nouvelles, de bonnes surprises qui t'ont permis de développer Yes, I'm Made.
- Speaker
Merci beaucoup Ramata. Je suis contente d'avoir échangé avec toi, moi aussi. Et je voudrais dire quelque chose juste pour finir. Il faut toujours y croire, toujours rêver, c'est ce qui permet d'avancer. Je pense qu'en travaillant dur, si on ne fait que ça pendant un certain temps, c'est-à-dire au moins une année ou deux, quand il y a la rigueur et la persévérance, je pense que ça finit par payer.
- Sofia
Ce sera le mot de la fin, je suis assez d'accord avec toi. Effectivement, la réussite,
- Speaker
c'est pas... Mais bon, je pense qu'en travaillant dur, on obtient des résultats, forcément.
- Sofia
Complètement, complètement. Merci beaucoup.
- Speaker
Merci beaucoup, Toramata.
- Sofia
Je te dis à bientôt en Afrique ou ailleurs. Merci d'avoir écouté cet épisode jusqu'au bout. J'espère que cette interview vous a plu. Pour soutenir mon initiative et donner de la portée au message des créateurs du continent, je vous propose trois actions. Abonnez-vous sur Spotify ou Apple, partagez l'épisode à trois de vos amis, prenez le temps d'évaluer le podcast et de mettre 5 étoiles. Merci encore et à très vite, en Afrique ou ailleurs.