- Mabelle
Écoute, au début, c'était en effet des collaborations qui n'en étaient pas vraiment, parce que c'était des marques qui m'envoyaient des vêtements, tout simplement. C'était des marques qui me disaient, voilà, on a vu votre contenu, on aimerait bien vous envoyer des vêtements, juste pour que vous nous disiez ce que vous en pensez, sans aucune obligation d'en parler sur les réseaux sociaux. Et ça, c'est important, parce que moi, je refusais tout le temps qu'on m'envoie des vêtements avec obligation d'en parler sans rémunération. Donc, premier type de collaboration, c'est pas vraiment une collab, on vous envoie des vêtements, vous en parlez. Et en général, parce que j'avais de la chance, les marques qui m'envoyaient des vêtements étaient toutes incroyables. Les pièces étaient toutes belles, c'était des pièces que je portais. Et donc, quand je faisais mes vidéos d'outfit du jour, je parlais des pièces que je portais. Ou alors, c'était des pièces que je ne portais pas tout de suite. Mais tellement le packaging était soigné, tellement la pièce était qualitative. Au final, je faisais des vidéos de manière totalement spontanée parce que j'en avais envie.
- Speaker
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Amata Dialo, je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes. Je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique. Et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique.
- Ramata
Aujourd'hui, je suis en compagnie de Maëva. Maëva est connue sous le pseudo Mabel sur TikTok et Instagram. Elle partage régulièrement du contenu sur la mode africaine. Qu'il s'agisse de présenter des marques, de relayer des pop-up ou de partager son point de vue. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son engagement dans la promotion de la mode africaine. Bienvenue Maëva, comment vas-tu ?
- Mabelle
Hello Ramatha, merci beaucoup, ça va très bien et toi ?
- Ramata
Écoute, je vais très bien, je suis ravie qu'on ait pu trouver le temps d'organiser cette interview. On s'est croisés dans le pop-up de la marque Wani Fuga, si je ne me trompe pas, c'est Little Africa. Et puis, on a assez rapidement calé un rendez-vous pour cette interview. Donc moi, je suis ravie. Ça fait un moment que je te suis, moi, sur TikTok. Et donc, je suis ravie qu'on puisse échanger pendant une petite heure pour en savoir un peu plus sur toi. Donc, on va commencer cette interview. Comme je le fais toujours, je vais te demander de te présenter.
- Mabelle
Oui, merci Ramatha. Je suis très contente aussi qu'on puisse te parler. Comme tu l'as dit, je m'appelle Maëva. J'ai 32 ans. Je n'ai pas peur de dire mon âge. Je suis d'origine togolaise. J'habite à Paris. Je suis maman d'une petite fille et je suis directrice au sein d'une ONG panafricaine qui œuvre en matière de politique publique. Donc, on travaille avec plusieurs gouvernements et autres acteurs publics et privés africains. Et à côté de ça, je suis créatrice de contenu sur les sujets liés à la mode africaine. Je suppose qu'on aura l'occasion d'en parler. C'est une niche, puisque c'est comme ça qu'on appelle ça aujourd'hui, c'est une niche dans laquelle je suis tombée presque par hasard, mais qui me passionne et dont j'aime beaucoup parler. Voilà, en résumé.
- Ramata
Très bien. Écoute, c'est assez intéressant de voir que toi, tu cumules deux activités, la création de contenu plus un job à temps plein de directrice. Comment tu fais pour gérer ton temps avec ces deux activités ?
- Mabelle
Écoute, il y a un élément qu'il faut que je précise, parce que je pense que c'est ça qui me permet de gérer les deux de manière relativement aisée, c'est que mon job est totalement en télétravail. Je suis en télétravail permanent. On est une organisation, on est une vingtaine de membres. Et on est tous basés un peu partout dans le monde, on est deux en France typiquement, tu vois, il y en a un peu en Europe, la grande majorité sur le continent africain. On se voit que quand on est en mission sur le continent, et ce qui fait que le reste du temps, même si je travaille à temps plein, je suis à la maison. Et c'est ça qui me permet en fait d'avoir du temps pour faire mes vidéos, faire mes recherches, mes vidéos et mes montages, je devrais dire. En fait, pendant ma pause-déjeuner, dès que j'ai, je ne sais pas, une ou deux heures sans call, et que j'ai pu déjà faire mes petits trucs, que j'avais à faire travailler mes documents. Donc là, je me disais, j'ai une heure, je peux en profiter pour faire des vidéos. Et le soir, je peux monter parce que je n'ai pas tout le trajet, je ne prends pas le métro. Quand je ferme mon ordinateur, j'ai fini de bosser, ça me donne plus de temps pour me consacrer à cette autre activité. Ce qui, je pense, serait plus difficile si j'allais au bureau, je suis toujours à Paris tous les jours. Là, je pense que ça nécessiterait une organisation plus rigoureuse, disons.
- Ramata
Et ça fait combien de temps que tu t'es lancée dans la création de contenu ?
- Mabelle
Alors écoute, ça fait longtemps. Je pense que ça doit faire deux ans. J'ai eu une longue année, disons cinq ou six mois, durant lesquels je faisais du contenu où je n'étais pas particulièrement suivie, mais j'avais mon petit groupe de filles qui me suivait et ça me plaisait bien. Je ne faisais pas du tout du contenu sur la mode africaine à l'époque parce que moi, j'aime dire que j'ai une passion, c'est être belle. J'aime tout ce qui me permet d'être plus belle, tout ce qui me permet d'avoir une meilleure peau, des plus beaux cheveux, être mieux habillée que je ne le suis, etc. Donc en fait, je faisais des vidéos avec ce que je faisais, c'était des mood boards sur un sujet, par exemple, je ne sais pas moi, les Kitten Heels. Typiquement, c'était une de mes premières vidéos qui avait un peu bien fonctionné. Et je disais, moi, je trouve que les Kitten Heels, c'est génial parce que je suis petite, mais je n'arrive pas à bien marcher en talent. Donc ça me permet d'être un peu plus stylée, un peu plus féminine. tout en ayant pas mal au pied, voici mes kitten hairs préférés, voici où je les achète et voici où vous pouvez en trouver. C'était typiquement le genre de vidéos que je faisais, très recommandation sur des sujets de mode et de skincare. J'aimais aussi beaucoup parler des cheveux. À l'époque, j'avais des micro-locks. Désolée, je te fais une très longue réponse, mais c'est pour te partager un peu le parcours. Et donc, après ça, j'ai eu une longue pause parce que j'ai eu un bébé et que, ben voilà, le postpartum, etc. Et ensuite, je suis revenue et je me suis dit naïvement que j'allais continuer à faire mes skis. des hauts de recours tranquillement, sauf que l'algorithme ne m'aimait plus, il m'avait oublié et qu'en fait, les réseaux sociaux avaient évolué, tu vois, j'avais fait une pause de quoi ? Ben, 6 à 9 mois, je crois, peut-être un peu moins, mais les choses avaient évolué. Et moi, j'ai toujours été passionnée par les femmes noires, j'ai toujours été passionnée par les femmes africaines, la manière dont elles s'habillent et à chaque fois que j'enregistrais, j'aime beaucoup enregistrer des publications. Quand je scrolle sur des réseaux, j'enregistre, quand je vois une tenue qui me plaît, j'enregistre en me disant, soit en fait Un jour, j'achèterai la même, soit quand j'irai au Togo, je demanderai à mon tailleur de me faire la même. Et au fur et à mesure, les publications que j'enregistrais étaient toujours des sites de portée des tenues de marques africaines. Et c'est comme ça que depuis des années, j'ai réussi à créer une petite banque de marques africaines que je connaissais et personne autour de moi en parlait. Mes copines n'en parlaient pas. Quand j'en voyais sur les réseaux sociaux, c'était uniquement des personnes anglophones qui en parlaient. Je me disais, mince, en France, j'ai l'impression qu'on en parle très peu. Et je me suis dit, une petite anecdote, l'idée m'est venue dans mon sommeil. Je dormais et j'ai rêvé de faire une série sur 30 jours de Marx africain. Et voilà, un jour, je me suis réveillée, j'ai fait ça. J'en ai enregistré, je crois, 4 ou 5 d'un coup. Au début, le format, je n'avais même pas 500 vues par vidéo. Je me dis, qu'est-ce qui se passe ? Et tout, j'ai une conversation avec mon meilleur ami Claude, de l'intelligence artificielle. Je lui ai dit, écoute, moi, j'ai une idée, je sais qu'elle est géniale. Il faut que tu me dises comment la vacciner pour que le plus de monde possible puisse la voir. On a brainstormé ensemble. Je me rappelle, j'ai fait une vidéo. Je ne sais même plus sur quelle marque. Et bim, je crois que 10 000 vues ou un truc comme ça. J'ai continué. La série a super bien performé. J'ai atteint les 10 000 followers en quelques jours grâce à cette série. Et j'ai continué. Je ne me rappelle plus quelle était ta question, Ramata. Je me suis lancée dans un monologue. Mais voilà, en gros, comment j'en suis arrivée là et comment j'en suis arrivée à parler des marques africaines aujourd'hui.
- Ramata
écoute, sans toi complètement à l'aise de faire des réponses longues l'idée de ce podcast c'est de te donner l'opportunité de t'exprimer et puis au niveau de la réponse à la question t'es complètement dans la réponse là maintenant ce que j'ai envie de comprendre c'est est-ce que toi t'avais une formation en communication, en création de contenu ou en montage vidéo est-ce que de par ton job à côté t'avais développé ces compétences là ou est-ce que en fait ça s'est fait sur le tas de manière autodidacte
- Mabelle
Alors, oui et non, et ça va probablement être encore une réponse un peu longue. Moi, je suis juriste de formation et après mes études, j'ai travaillé dans une agence de communication. Pendant quelques années, toute ma carrière professionnelle a été tournée vers l'Afrique. Mais là, c'était une agence de communication vers le continent africain. Mais je n'étais pas du tout sur la partie digitale, moi. J'étais sur la partie plus relations presse. C'est vrai que je gérais les réseaux sociaux de quelques personnalités africaines, mais c'était... dérisoire, ce n'était pas la plus grande partie de mon métier. Mais du coup, c'est vrai que j'ai fait ça pendant 2-3 ans dans le cadre de mon métier. Mais pourtant, ce n'est pas du tout dans cette période que je me suis lancée dans les réseaux sociaux parce que là, je te parle d'un truc qui date bien de 4-5 ans aujourd'hui. Donc, c'était bien avant que je me lance. Mais je pense que de manière inconsciente, ça a probablement dû nourrir ma compréhension des réseaux, mon attrait pour les réseaux et peut-être ma capacité, en effet, à savoir faire des trucs basiques, faire des recherches SEO, ISO, SEO, je ne sais même plus. Peut-être, et savoir comment écrire des captions qui pourraient attirer un peu d'attention, des choses comme ça. Ça, en effet, c'est peut-être des choses que mon passage dans le monde de la communication m'a permis d'apprendre à faire, en effet.
- Ramata
Très bien, donc c'est SEO. Donc toi, en tout cas, ce qui est intéressant, c'est que dans ton approche, il y a effectivement un sujet qui t'intéresse, qui te passionne, mais tu l'as dit, tu as utilisé ton meilleur ami Claude, tu avais un certain nombre de bases, en fait, de fondations pour te lancer. Donc, ce n'était pas que quelque chose de spontané, il y avait quand même un côté stratégique avant de te lancer dans la classe en contenu.
- Mabelle
Tout à fait. En fait, si tu veux, ce n'était pas tant avant de me lancer, c'est une fois que je me suis lancée. Une fois que je me suis lancée et que j'étais intimement convaincue que typiquement, cette série sur les marques africaines pouvait intéresser, je me suis dit, je sais qu'il y a des filles qui sont comme moi, qui veulent avoir de beaux vêtements, des vêtements qu'on ne retrouve pas partout et qui veulent en même temps... utiliser leurs vêtements pour prôner leur identité africaine, je me disais, si moi c'est quelque chose qui me tient à cœur, je sais qu'il y a plein de filles de l'édaspora, pour qui c'est le cas aussi ? Une fois que je savais que ça c'était le cas, je me suis dit, oui, il faut que je sois plus stratégique et il faut que je réfléchisse à la manière dont je peux, un, faire en sorte que mon contenu touche le plus de monde possible, et deux, faire en sorte que mon contenu évolue toujours et permette de toujours être de meilleure qualité. Donc une fois que je me suis lancée, oui, il y avait une vraie volonté stratégique parce que Faire des YouTube contenus, ça prend du temps. Ça prend du temps de faire les recherches, de penser à ce que tu vas dire, de faire un espèce de script, de tourner. Je ne voulais pas faire ça dans le vent, en fait. Je voulais vraiment qu'il y ait une vignes directrice, une stratégie pour que ça apporte des fruits, tout simplement.
- Ramata
J'imagine qu'assez rapidement, tu as commencé à avoir des partenariats avec les marques. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu tes premiers partenariats, les types de collaborations que tu as pu faire ?
- Mabelle
Écoute, au début, c'était en effet des collaborations. qui n'en étaient pas vraiment. Parce que c'était des marques qui m'envoyaient des vêtements. Tout simplement. C'était des marques qui me disaient, voilà, on a vu votre contenu, on aimerait bien vous envoyer des vêtements juste pour que vous nous disiez ce que vous en pensez sans aucune obligation d'en parler sur les réseaux sociaux. Et ça, c'est important. Parce que moi, je refusais tout le temps qu'on m'envoie des vêtements avec obligation d'en parler sans rémunération. Donc, premier type de collaboration, ce n'est pas vraiment une collab, on vous envoie des vêtements, vous en parlez. Et en général, parce que j'avais de la chance, les marques qui m'envoyaient des vêtements étaient toutes Merci. incroyable, les pièces étaient toutes belles, c'était des pièces que je portais. Et donc, quand je faisais mes vidéos d'outfit du jour, je parlais des pièces que je portais. Ou alors, c'était des pièces que je ne portais pas tout de suite, mais tellement le packaging était soigné, tellement la pièce était qualitative, au final, je faisais des vidéos de manière totalement spontanée parce que j'en avais envie. Les vidéos avec les collaborations rémunérées sont venues beaucoup plus tard. Elles sont venues grâce aux vidéos sur les pop-up. Il y avait un pop-up d'une boutique ivoirienne qui avait lieu à Paris. J'ai fait une vidéo... vraiment comme ça, parce que je me disais, c'est génial, moi, c'était le premier pop-up de marque africaine. En plus, c'était un pop-up multimarque, c'est beaucoup de marques, notamment des marques nigériennes, qui sont les plus populaires, en tout cas, auprès de mon audience. Je me disais, c'est super, je vais faire une vidéo pour en parler. Cette vidéo est parmi celles qui a le mieux performé, notamment sur mon Instagram. Et en fait, il y a des marques qui avaient des pop-ups, qui en ont organisé, qui ont vu ça, et qui à la suite de ça m'ont contacté pour me dire, on aimerait que vous parliez de notre pop-up. Et je sais en toute humilité que quand je parle d'un pop-up, j'ai des filles qui me suivent qui vont y aller. Et ça, les marques ont vu, le bouche à oreille s'est fait, les marques se sont dites entre elles, cette fille quand elle fait un pop-up en général, il y a du monde qui se déplace, donc vas-y, demande-lui de faire une collab. Et j'ai envie de dire que vraiment 80% des collabs que j'ai eus ont tourné autour des pop-ups. Et les autres types de collabs, c'était... J'aimerais que vous fassiez une présentation de ma marque et en général, s'y accompagner, d'envoi de pièces. Je parle de la marque, je la présente et je montre aussi les pièces que j'ai reçues. Je montre la qualité des matériaux, des tissus, etc. Voilà un peu pour les collabs.
- Ramata
Dans ce que tu évoques, tu parles de recherche en fait, parce que dans tes partages de contenu, il y a toute une partie effectivement qui est, on parle des marques, on parle des tenues, on parle des couleurs et on parle des pop-up. Il y a aussi parfois du point de vue, de la perspective et un travail de recherche. Est-ce que tu peux nous parler aussi de cet aspect-là ? Comment tu fais tes recherches et pourquoi tu as décidé d'intégrer cet aspect-là dans les contenus que tu partages ?
- Mabelle
Pour tout te dire... la partie recherche sur les vidéos plus advocacy ou point de vue, moi c'est comme ça que je les appelle moi toute seule quand je fais un peu de brainstorming c'est les moins difficiles à faire parce qu'en fait, quand je fais mes recherches sur les marques et ça c'est vraiment pour des présentations de marques aujourd'hui mon Instagram tout ça est rempli de marques africaines qu'elle dit exclusivement donc en fait, quand je note les marques qui me plaisent et dont j'aimerais parler, en général j'ai un nombre qui me vient tout de suite, ça c'est vraiment pour les recherches sur... des présentations de marques. Dès que je vais sur la page d'une marque, dès que je vois le type de pièces que la marque fait, tout de suite, en général, j'ai un angle qui me vient, je me dis, ah, il y a un point commun, ah, ça évoque telle ou telle émotion chez moi, ah, je sais que ça plaira pour telle ou telle raison. Pour le prix, parce que la marque utilise un tissu en particulier, parce que la marque utilise une technique, quelque chose, j'ai quelque chose qui va me venir en tête, et ça, le travail n'est pas très compliqué en général. Le plus dur parfois, c'est quand je veux par exemple faire une vidéo sur des marques qui font des robes à moins de 100 euros. Là, c'est vraiment un travail où je dois aller regarder chaque marque que j'ai en tête, regarder les prix, etc. Ça, c'est pour vraiment les présentations de marques. Pour les vidéos plus points de vue, en fait, c'est beaucoup plus simple. Parce que quand je regarde les vidéos à force de scroller, à force d'interagir avec des gens, j'ai des idées qui me viennent, tout simplement. typiquement la dernière vidéo point de vue que j'ai fait, c'était sur Twitter. le fait qu'il paraît que les marques africaines excluraient les femmes en anglais dans un disque modeste, en français on dirait plus public, les films à communauté m'ont fait remarquer et en fait c'est quelque chose que j'ai vu une publication dessus moi-même je m'étais fait la remarque en discutant avec des copines à moi qui portent le voile et qui me disaient mais moi on adore les vidéos que tu fais et tout mais c'est parce que les vidéos les pièces que tu proposes on ne peut pas les porter et à chaque fois que tu proposes des pièces qui sont un peu plus couvertes, là je dis ça nous intéresse et c'est marqué beaucoup vraiment au choc là-bas et tout, je me suis dit, tiens, il y a quelque chose à faire dessus. C'est une vraie question à se poser. Et c'est comme ça que ça m'est venu. Et le script, le point de vue que je déroule dans la vidéo, c'est tout simplement ce que je pense. Donc là, ce n'est pas vraiment un travail de recherche, c'est que c'est un travail de structuration de ma pensée et de faire en sorte que ce que je pense puisse être véhiculé et communiqué de manière claire en un temps relativement réduit, en moins de minutes en général, etc. Donc, finalement, le travail de recherche dépend vraiment du type de vidéo que je veux faire et parfois, ne prend pas tant de temps. C'est plus un travail de structuration que de recherche à proprement parler.
- Ramata
Et j'imagine que ce que ta communauté apprécie particulièrement, c'est cette variété de contenus entre les présentations de marques, entre les dates de pop-up à retenir à Paris et également ce partage spontané de points de vue.
- Mabelle
Exactement, c'est cette variété qui est intéressante, surtout qu'au début, je faisais quasi exclusivement des présentations de marques. Et très vite, je me suis rendue compte que présenter des marques et suggérer, c'était bien, mais qu'après, en effet, il y a tous ces sujets annexes qui venaient. Et d'ailleurs, pour revenir sur comment parfois les sujets de point de vue me viennent, c'est en lisant les commentaires. Une de mes premières vidéos sur les points de vue, c'était sur le prix des marques africaines. Quasi à chaque fois que je parlais de certaines marques, j'avais des commentaires sur « Ah, mais c'est trop cher » , « Ah, mais c'est trop ci » , « Ah, mais c'est trop ça » . Et je me suis dit, mais il faut que j'en parle. donc Et en effet, c'est cette variété, je pense, qui intéresse et qui permet aux gens d'interagir avec les vidéos le plus possible, tout à fait.
- Ramata
Très bien. Là, je voulais te poser une question. Dans les présentations de marques et dans la manière dont tu sélectionnes les marques, tu parles beaucoup de qualité, tu parles des tissus, tu parles de savoir-faire, tu parles des matières également qui sont utilisées. Est-ce que toi, tu as suivi une formation particulière ? Est-ce que tu as, à force de discuter peut-être avec les créateurs de marques, justement Tu t'es forgé une certaine expertise technique mode pour avoir cette légitimité à parler un petit peu. Je veux dire, ce n'est pas technique, mais en tout cas, à pouvoir jauger de la qualité des différentes marques que tu mets en avant.
- Mabelle
Pas du tout. Et je fais un terme qui est assez intéressant, c'est celui de la légitimité. Mon but n'est pas du tout de me présenter comme une experte de ces sujets, parce que je ne le suis pas. Mon but est simplement de me présenter comme étant une cliente, une consommatrice de mode, d'habits. J'achète des vêtements comme tout le monde, et comme tout le monde, j'aime avoir des vêtements qui sont qualitatifs, j'aime avoir des vêtements qui durent dans le temps. Et c'est tout simplement en tant que... consommatrice que petit à petit j'ai commencé à regarder l'étiquette des pièces que j'achète, j'ai commencé à faire la différence entre les matières synthétiques les matières naturelles et en ce qui concerne les tissus utilisés sur le continent africain c'est à force de discuter avec ma mère avec mes tantes et en effet maintenant avec certains créateurs créatrices de marques africaines qui me disent ben voilà nous on utilise tel ou tel tel ou tel tissu il est importé ou fabriqué dans tel ou tel pays il utilise tel ou tel technique et donc c'est pour ça qu'il permet d'avoir tel ou tel niveau de qualité. Je n'ai pas de légitimité autre que ça en fait. Et ça c'est quelque chose parfois où je pense que les gens ne savent pas ou sur lequel il y a un peu de confusion. Et mon but est vraiment, tu me donnes l'opportunité de le faire d'ailleurs, de rappeler qu'en fait moi je ne suis pas du tout technicienne de ces sujets, je ne suis pas du tout experte de ça. Je suis juste quelqu'un qui veut faire deux choses. Un, avoir des habits de qualité. pour qu'il puisse me durer le plus longtemps possible parce que j'ai envie d'investir dans des habits qui durent et qui a envie de mettre en avant les savoir-faire africains, qui a envie de mettre en avant les tissus africains et qui, pour cette raison, apprend comme tout le monde avec Internet et avec les gens avec qui j'interagis.
- Ramata
C'est intéressant de préciser ce point. Et après, comme tu le dis, effectivement, un consommateur passionné de mode, il finit par développer une expertise. Parce qu'à force de porter les produits, c'est l'expérience concrète de j'ai porté une robe et puis je l'ai portée trois fois, quatre fois. Elle est toujours impeccable, elle me va parfaitement bien. C'est cette expérience-là que l'on partage et c'est ça qu'on peut considérer comme une forme d'expertise. Ou en tout cas, on a cet avis, on a cette opportunité de faire des recommandations sur la base de sa propre expérience. Et aujourd'hui, on sait à quel point quand on va choisir un restaurant et même quand on va choisir une marque, On ne regarde pas tellement l'expert qui dit… il faut aller dans ce restaurant-là, qu'est-ce qu'on fait ? On regarde les avis de clients, en fait.
- Mabelle
Tout à fait.
- Ramata
Donc aujourd'hui, les avis de clients sont tout aussi importants pour pouvoir, en tout cas, influencer un acte d'achat. Ils ont une vraie valeur et pour moi, il y a une vraie légitimité à force de consommer des marques africaines, pouvoir avoir un point de vue qui est crédible et qui est considéré comme… Tiens, je vais suivre cette créatrice de contenu-là parce que chaque fois, les conseils qu'elle… donne mon pas déçu ou en tout cas mon conforté d'aller acheter dans telle ou telle boutique.
- Mabelle
Oui, exactement. Tu as tout à fait raison. Au final, c'est du partage d'expérience. Même avant que mon contenu soit uniquement concentré sur les marques africaines, je faisais beaucoup d'idées et c'était celle aussi qui performait le mieux sur, je ne vais pas dire le nom de marque, mais telle ou telle marque ou boutique vend cette robe à 50 euros. Regardons la composition. On voit que dans cette robe, il n'y a que du polyester, par exemple. Voilà, c'est une robe qui ne va probablement pas beaucoup durer tant de temps. C'est une robe qui va probablement être affectée par le lavage et pourtant, elle ne coûte 50 euros. Alors qu'auprès de cette autre boutique, il y a une robe similaire qui est vendue au même prix et qui, pour le coup, est à 100 % coton. Tu vois, c'était le type de contenu que je faisais parce que ça m'intéressait moi-même, en fait. Et aujourd'hui, c'est exactement la même chose que j'essaie d'appliquer aux marques africaines. Tout à fait, en regardant les étiquettes, les compositions, etc. et en partageant mon expérience. Et en fait, comme je dis, les avis des uns des autres, c'est ce qui influe aujourd'hui beaucoup nos habitudes et nos choix de consommation. Donc en soi, en effet, tu as raison, c'est une légitimité comme une autre, totalement.
- Ramata
Toi, aujourd'hui, tu t'es constituée un espèce de carnet d'adresses de marques africaines, de marques made in Africa. et aussi j'imagine pas que je pense qu'il y a des marques afro qui peuvent être basées en France mais qui vont peut-être utiliser du tissu africain des tissus africains ou des coupes en fait qui vont être qui vont s'affirmer comme étant d'inspiration africaine toi aujourd'hui est-ce que ça te donne l'envie peut-être de créer ta propre marque, de faire des collections capsules avec, est-ce que t'as des idées comme ça qui te viennent aujourd'hui ?
- Mabelle
Pas du tout ! Si tu veux, je n'ai pas du tout envie de créer ma marque parce que je réalise d'autant plus aujourd'hui le travail que ça nécessite, l'investissement personnel, financier, émotionnel, psychologique, mental, familial que ça représente. Donc, créer ma marque. Aujourd'hui, non. Et en fait, en même temps que je te parle, j'aimerais apporter une nuance. Tant que j'habite en France, non. Mon but est d'un jour aller habiter sur le continent africain. Si c'est le cas, quand ce sera le cas, peut-être. Parce que je serai sur place, ce sera peut-être plus simple, je ne le ferai jamais seule. Si je le fais, ce sera entouré d'une équipe, de personnes qui ont des compétences, des connaissances autres que les miennes. et sur lesquels je peux m'appuyer. Donc aujourd'hui, dans les médias en France, hors de question. Un jour sur le continent africain, peut-être. Et tu vois, la création de contenu me donne plein d'idées de projets. Créer ma marque, ça n'est pas le cas. Par contre, peut-être créer un concept où je permettrais à des marques africaines d'avoir plus de visibilité et de vendre leurs projets ici via des concept stores, des boutiques, etc., des pop-ups. Peut-être. Ça, pour le coup, oui, parce que ça demande un travail, un investissement logistique et personnel aussi. Mais je pense que c'est quelque chose avec lequel je serais plus à l'aise, quelque chose que je serais plus apte à faire. Donc, ce genre de projet, oui, j'y travaille, j'y réfléchis. Mais créer ma marque, non. Non, je ne pense pas que je sois assez courageuse pour ça aujourd'hui.
- Ramata
C'est très bien. J'aime beaucoup ta réponse et je pense que c'est important de souligner que dans le secteur de la mode, dans l'industrie de la mode, il n'y a pas que des créateurs. On a besoin de créateurs de contenu, on a besoin de journalistes, on a besoin de gens qui vont gérer des concept stores. Et en fait, c'est quand on a tous les maillons de cette chaîne qui existe qu'on peut faire progresser et développer des marques africaines. mais quand on a finalement énormément de marques mais que derrière on n'a pas Tous les éléments de la chaîne qui facilitent la distribution, on est un peu dans une situation de boulot d'étranglement où toutes ces marques-là, elles n'ont pas la visibilité qu'elles méritent, elles n'ont pas non plus le circuit de distribution qu'elles peuvent mériter. Donc, je suis complètement alignée avec ta réponse.
- Mabelle
Anne, mais totalement, il faut une véritable chaîne de valeur, il faut des maillons sur toutes ces chaînes. Et tu vois, j'y pense, créer ma marque, l'idée d'un... d'un pop-up, etc. Oui, mais moi, il y a quelque chose, aujourd'hui, je pense, avec lequel je serais beaucoup plus à l'aise, c'est conseiller ces marques-là sur leur communication, sur leur stratégie marketing, tu vois. J'aime beaucoup, beaucoup interagir avec les créatrices, c'est-à-dire créatrices, parce que c'est la grande majorité des femmes, mais pas que, les créateurs de modes et de marques avec lesquelles je collabore. Moi, j'adore discuter avec eux sur, bah, leur poser un peu la même question que toi, tu vois, comment ils ont commencé, etc., etc. Et peut-être essayer de donner mon avis, de donner des conseils sur, ah, mais j'ai vu sur Instagram que vous faisiez ça, ce serait bien, par exemple, je ne sais pas moi, de prendre une égérie, ce serait bien de faire tel ou tel contenu. Et ça, j'adorerais structurer, professionnaliser ça un peu plus, tu vois, vraiment accompagner certaines marques sur des campagnes, c'est plus des stratégies, parce que j'aimerais faire ça sur le long terme, tu vois, des stratégies de communication qui sont vraiment adaptées à leur public cible et ne pas simplement copier-coller ce qu'elles se voient toutes faire entre elles. mais développer des stratégies et des choses un peu plus ciblées, un peu plus personnelles, un peu plus créatives. Ça, c'est un truc qui m'intéresse beaucoup. Et là, tu vois, c'est peut-être des relents du cours, de la cour expérience que j'ai eue en termes de communication. Mais ça, tu vois, ça m'intéresserait beaucoup aussi. Et je pense que c'est nécessaire parce qu'il y a encore trop peu de personnes qui accompagnent des marques sur ce volet-là.
- Ramata
Je rejoins complètement ton point. Après, sur ce volet-là, c'est... Les marques vont souvent travailler avec des créateurs de contenu et créer un contenu ponctuel au moment du lancement d'une collection. Mais la vision stratégique globale, il y a un certain nombre de marques qui l'ont. Et il y en a d'autres sur lesquelles il y a effectivement un vrai travail à faire pour avoir une plateforme de marque, un ADN qui soit fort. et que la collaboration avec des créateurs de contenu et des influenceurs, ça vienne soutenir une plateforme de marque déjà identifiée, mais que ce ne soit pas... 100% de la stratégie de communication, c'est le partenariat avec tel chanteur, ou avec tel acteur, ou avec telle célébrité, en fait.
- Mabelle
Oui, voilà, c'est ça. En fait, c'est aller plus loin, tu vois. C'est réfléchir à comment ce partenariat peut s'inscrire dans une stratégie globale, long terme, comment la marque peut développer une vraie signature, une vraie ADN. Moi, ce que j'adore voir, c'est quand je vois une marque, je vois une publication, et sans voir le nom de la marque, je sais déjà qui c'est. Tu vois, tellement la marque a développé une vraie ADN, une vraie empreinte, où je me dis, je sais que quand je vois cette photo, à cause de la manière dont la photo est montée, à cause de la manière dont la vidéo est montée, à cause de la musique, à cause de peu importe, je sais que c'est cette marque. Et pour moi, quand je vois ça auprès d'une marque africaine, j'en suis trop contente. Et c'est le genre de choses, tu vois, qui m'intéresserait de développer avec certaines marques éventuellement. Et des marques qui ne sont pas forcément des grandes marques Kinyanganien Ivoirienne auxquelles on pense, tu vois. Des marques, des plus petites maisons. Ce serait génial de penser à ça avec elles. Donc ça, c'est quelque chose auquel je réfléchis aussi.
- Ramata
Est-ce que tu as déjà eu l'opportunité d'assister à des événements ou à des défilés sur le continent africain ?
- Mabelle
Sur le continent africain, dans ma vie perso et avant vraiment de me lancer sur les réseaux, oui. Il y a quelques années, quand j'étais au Togo, il y a toujours des foires sur l'industrie créative togolaise auxquelles j'assiste à chaque fois que j'y suis. Mais depuis que je me suis lancée sur les réseaux, non. Parce que depuis que je me suis lancée sur les réseaux, j'ai été sur le continent africain. Peu de fois, parce que la vie de maman m'en a un peu empêchée. Je crois que j'y suis allée deux fois depuis que j'ai commencé à travailler chez les marques africaines. Et à chaque fois, c'était dans lequel je travaillais. Malheureusement, je n'ai pas eu le temps de beaucoup aller à ces événements sur le continent africain. Mais par contre, j'ai assisté à des événements à Paris dédiés à la mode africaine.
- Speaker
Donc, j'imagine que ça va être probablement prévu au programme prochainement. Que tu assistes à aller à les Fashion Week sur la Fashion Week de Dakar ou la Fashion Week by Elikoa Marabidjan.
- Mabelle
Tout à fait. Tout à fait, c'est totalement prévu et ce sera quelque chose que je ferai aussitôt que je peux, aussitôt que l'opportunité m'est présentée. J'ai déjà commencé à discuter avec certains partenaires de ces événements et si les calendriers s'alignent, je serai évidemment.
- Speaker
Alors l'idée, j'avais envie de te demander un petit peu de nous parler de tes coups de cœur en termes de marque. Alors l'idée, ce n'est pas dans le cadre d'une collab ou d'un partenariat que tu te sentes complètement à l'aise à parler de... de tes coups de cœur, des marques qui ont pu te surprendre ou tu as trouvé qu'en termes de, comme tu l'évoquais tout à l'heure, à la fois en termes de stratégie de communication et aussi en termes de qualité de produit, de finition, où tu as été agréablement surprise ?
- Mabelle
Il y en a tellement. Mais en termes de stratégie de communication, il y en a deux dont on parle tout le temps, mais à raison, c'est Ertumba et Kilentar au Nigeria. Et Ertumba, stratégie de communication incroyable. Je n'ai pas eu l'occasion ni de tester, ni d'acheter leurs produits pour le moment. Mais toutes les reviews, tous les retours qu'on peut en trouver sont incroyables. Ce sont des pièces qu'on voit, comme j'aime dire, sur toutes les Hit Girls, africaines et d'ailleurs. Et vraiment, c'est une marque dont j'aime beaucoup parler, que je prends beaucoup en référence, Ertumba. Kylentar aussi, peut-être à un peu moins de remesure, mais c'est aussi une marque qui est incroyable. Marque que j'aime beaucoup et dont j'ai pu tester les produits, c'est une marque ivoirienne qui s'appelle Maison Cantis. J'ai un pantalon et une jupe de chez eux et vraiment, Ramata, la première fois que j'ai vu leur pièce, c'était lors d'un pop-up cet été à Paris, le pop-up Style Lounge Platform. J'ai fait une pause en fait, je me suis arrêtée parce que je me suis dit mais le pantalon était tellement lourd, il était tellement riche, il était tellement qualitatif en fait que j'étais vraiment impressionnée. En plus d'être hyper joli, d'être hyper créatif, avec des franges, plusieurs couleurs, etc. Maison Cantis, vraiment, c'est une marque incroyable, dont les créateurs sont aussi vraiment géniaux. Dans les marques ivoiriennes, il y a Ibrahim Fernandez, comme on ne peut pas le mentionner, avec ses pièces de crête à porter qui sont sublimes. Moi, ce que j'adore d'Ibrahim Fernandez, c'est aussi l'aspect couture. Les robes de mariée qu'il fait, les robes de cérémonie, elles sont dingues, Donc ça, j'aime. J'aime beaucoup. J'ai découvert une marque en ligne, puisque je n'ai pas encore pu la tester, mais dont j'aime beaucoup la créativité des pièces. C'est une marque guéninoise qui s'appelle Fancy Wax, que j'aime beaucoup. Les pièces sont belles. En termes de marques ivoiriennes, Joliet, Cuya Styles, que j'aime beaucoup aussi. J'ai pu voir les pièces lorsqu'ils étaient au pop-up des galeries Lafayette, Africana, où c'était sublime. C'est vraiment des pièces qui sont top, je trouve, pour les working girls, pour aller travailler, mais avec une petite toute tout. une petite touche de régionalité. En termes de skincare, parce que je sais que tu parles beaucoup de mode, mais juste une petite parenthèse sur la skincare, il y a une marque nigériane qui s'appelle 25Skin, qui est géniale, dont je viens de faire une commande. Depuis le Nigeria, tellement les produits sont incroyables. Et en termes d'accessoires, il y a une marque de sacs que j'aime beaucoup qui s'appelle Maison d'Etat, dont les sarcs ont l'air... incroyables aussi. Et là, c'est vraiment une toute petite sélection. Je pourrais t'en parler de plein d'autres. Il y a Oriré, qui est une marque nigerienne que j'adore. Enfin, il y en a beaucoup. Voilà. Studio Bonita, il y en a plein qui sont géniales. Mais parmi les marques que j'ai pu tester, toucher, vraiment, Maison Cantis est incroyable. Ibex Fernandez. Il y a une boutique à Abidjan qui s'appelle Aro Concept qui fait des pièces et des sacs en cuir tressé qui me font beaucoup penser à des sacs de la marque. dont je viens d'oublier le nom, une marque de luxe très connue, j'ai oublié le nom, mais bon, merci, de la marque Bottega, exactement, des sacs tricés en cuir qui sont très inspirés de Bottega, qui sont sublimés, qui sont super qualitatifs. Donc, voilà.
- Speaker
Et à un moment, on se posera la question, est-ce que c'est le dégât Veneta qui est inspiré du tressage à coutume ?
- Mabelle
Ou les perniquels qui sont inspirés de Veneta ? On se posera la question. On se pose la question, je me pose désormais la question, merci, je me pose la question. C'est une très très bonne question.
- Speaker
Je fais toujours attention dans les références, je dis, c'est comme un tel, mais qui a commencé à tresser nos cuirs ? Exactement. Voilà, je ne dis rien, mais il me semble qu'il y a beaucoup de cures qui...
- Mabelle
Est-ce que tu vas me donner une idée de recherche ou des vidéos potentielles ?
- Speaker
Je pense que ça vaut le coup de creuser pour avoir un peu d'infos. Après, de toute façon, les idées, elles n'ont pas de frontières, donc on peut être deux, avoir les mêmes idées, en étant à deux endroits du monde totalement différents. Mais voilà, le travail du cuir, on a une belle expertise du cuir sur le continent africain. Donc, il y a plein de choses. Parfois, on va faire des comparaisons. C'est normal avec les marques les plus connues, les marques pignon sur rue. Et on va s'oublier dans l'histoire. Et moi, j'essaie de faire attention à ça, de dire non, non, ça vient de nous. C'était nous aux origines. On était là, en fait.
- Mabelle
Mais tu as totalement raison. Et tu vois, je viens de faire l'erreur que je reproche par beaucoup. aux marques mainstream et aux médias mainstream de faire. Donc, merci de me corriger sur ça. Et tu as totalement raison. On a tendance à s'oublier dans l'origine ou dans l'inspiration originale de beaucoup de techniques, de pièces, d'utilisation de tissus, de travail de certaines matières. Et c'est ce que j'essaie d'éviter de faire. Donc, oh, merci. Et je vais rechercher tout ça. Après,
- Speaker
ce n'est pas une erreur. C'est que, en fait... Quand on a un discours dominant, c'est normal que nous aussi, on soit influencés par ce discours et que naturellement, on ait tendance à faire ce genre de comparaison. Et moi, c'est un travail aussi que j'ai appris à faire, à avoir un pas de recul en se disant, mais en fait, nous, il y a un travail aussi d'archivage, de réaliser des annuaires, de formaliser, de labelliser des savoir-faire et des techniques africaines afin de les... pour nous voir. Et il y a de plus en plus de pays africains, c'est intéressant de le voir, qui travaillent sur leur branding et qui mettent en avant des tissus locaux. Et ça, c'est beau à voir parce que c'est comme ça qu'on assoit la notoriété d'un pays, d'un tissu, d'un patrimoine, et que on ne se retrouve plus dans ces situations où on ne sait pas qui est à l'origine de telle ou telle technique. Mais Et...
- Mabelle
J'ai tellement de choses à dire sur ça, mais j'aimerais juste rebondir sur deux points. Tu vois, le premier point sur le fait qu'en effet, tu disais que ce n'est pas une erreur et que c'est quasi un réflexe. Mais moi, tout le but de ma page et le but de beaucoup des vidéos que je fais, c'est d'arriver à corriger ça tout doucement. Donc, c'est exactement, tu vois ce que tu dis, ce travail à faire, cet apprentissage, en fait, de renverser ces prises, mais presque logiques qu'on a. C'est tout l'objectif de ce que je fais. C'est un travail, comme tu le vois, que moi aussi, j'essaye de faire petit à petit. Donc ça, c'est le premier point. C'est super important. Et tu as évoqué aussi le fait d'arriver à retracer et même parfois à breveter ces techniques. Pour moi, c'est un sujet auquel je réfléchis beaucoup. Est-ce qu'il est possible de breveter tout ça ? Parce que qui ? Qui détiendrait ce brevet et qu'est-ce que ça voudrait dire pour les autres qui ne le détiendraient pas et qui pour autant utiliseraient ces techniques et qui le feraient depuis des décennies, des siècles d'abord ? Est-ce que c'est possible ? Est-ce que c'est la bonne chose à faire ? Et comment appréhender ce sujet visant à structurer, à retracer et à valoriser d'un point de vue légal, d'un point de vue financier ces techniques de production, de tressage de nos tissus ? qui sont ancestrales, mais en fait, parce qu'elles sont ancestrales, ça ne veut pas dire qu'elles doivent rester déstructurées et méconnues. Et c'est un peu à ça que je réfléchis beaucoup. Je n'ai pas la réponse, et je ne pense pas qu'on puisse l'avoir dans cette conversation et à nous deux uniquement, mais c'est une vraie question, je pense, auxquelles il faut réfléchir. Et je pense que c'est une vraie question que, comme tu disais, certains pays, certains gouvernements essayent peut-être, ou devraient peut-être, essayer auxquelles il faudrait réfléchir, tout simplement. Donc je voulais juste rebondir sur ces deux points qui me semblent Merci. Hyper important.
- Speaker
Alors, je suis complètement alignée avec toi. Et moi, le travail que je fais avec Africa Fashion Tour, ça correspond, ça rejoint totalement cette dynamique-là. L'idée, c'est vraiment de créer un média qui soit... Le cœur, en fait, la perspective, elle part d'Afrique vers l'extérieur et de ne pas avoir un regard ethnocentré qui viendrait de l'Occident et vraiment de valoriser nos cultures, nos savoir-faire, nos patrimoines. Sur la notion de la lélisation, il y a eu en Guinée, en tout cas, il y a la lélisation du lépi. Donc, c'est un tissage traditionnel guinéen qui peut s'apparenter à des tissages qu'on peut retrouver au Burkina et à différents autres pays, mais il y a vraiment une spécificité en Guinée. Donc les labellisations, ce qu'elles permettent, c'est de protéger et de faire que quand il y a des imitations made in China, quand on a fait ce travail de protection, ça va challenger un petit peu les personnes qui viennent de l'extérieur et qui font des copies à bas prix, à moindre qualité. Elles ne vont plus pouvoir le faire aussi facilement, ou même si elles continuent à le faire facilement, on va pouvoir faire la différence entre le tissu labellisé et celui qui ne l'est pas. Et ça, c'est une démarche, je pense, qui est importante à faire et qui doit venir de toute façon d'un organisme d'État. Et après, on a toutes les reconnaissances de l'UNESCO. L'UNESCO, il y a énormément de techniques, de savoir-faire, de sites qui sont reconnus au patrimoine de l'UNESCO. Et ça aussi, c'est des leviers qui permettent de protéger des éléments immatériels, parfois, sinon des lieux touristiques. Et pour moi, ces démarches-là, je suis contente d'avoir vu du tout. gouvernement, on ne va pas commencer par l'art et la culture ou la mode quand on a des chantiers immenses à faire, mais ça fait partie du soft power et c'est des choses qui commencent, je pense, je pense au Bénin, je pense à la Guinée, à la Côte d'Ivoire, c'est des choses qui commencent petit à petit à bouger et on l'a vu ne serait-ce qu'avec la Coupe du Monde ou à toutes les équipes la Coupe du Monde de football, toutes les équipes, énormément d'équipes africaines ont porté des tenues Mais in Africa. Au Sénégal, c'était Colesso Ardo qui a créé la tenue. A Côte d'Ivoire, c'est Ibrahim Fernandez. Petit à petit, on est en train de vraiment changer un petit peu l'ordre des choses. Et je trouve que c'est des réflexions et des démarches qui sont extrêmement intéressantes.
- Mabelle
Absolument. Et puis, le soft power est un outil de développement économique. Il peut l'être, il doit l'être. Donc, je pense en effet que ça n'a peut-être pas à être une priorité immédiate. mais c'est un sujet qui doit être vu comme un outil permettant le développement économique de nos pays. Et tu vois, tu évoquais tout à l'heure le sujet lié au fait de partir de l'Afrique et d'aller vers l'extérieur, d'avoir un regard plutôt ethnocentrique et opposer cela plutôt à un regard du monde occidental vers l'Afrique. Et ça, c'est un sujet qui est hyper intéressant parce qu'il y a beaucoup de discussions et de débats liés à ça, justement, liées. au fait de savoir si les marques africaines créent et doivent créer d'abord pour l'Afrique, ou si elles doivent créer pour être reconnues, pour être valorisées, pour être consommées par le monde occidental en premier lieu ou pas. Et c'est une question qui, a priori, pourrait paraître évidente. Évidemment que oui, il faut que l'Afrique crée pour l'Afrique d'abord, et ça paraît évident, etc. En fait, ça n'est pas tant que ça, parce qu'il suffit de regarder certaines des marques africaines, des grandes maisons africaines que l'on connaît tous, dont j'ai parlé. Ce sont des marques qui sont pour la plupart produites dans le pays dont elles sont originaires, mais ce sont des marques qui sont consommées beaucoup aujourd'hui par des personnes qui ne vivent pas en Afrique. Et je n'entends pas uniquement la diaspora, j'entends des personnes qui ne sont pas africaines et qui ne sont pas noires, tout simplement. Et beaucoup de penseurs de la mode africaine reprochent à ces marques aujourd'hui. de créer d'abord pour des personnes qui ne sont pas africaines avant de penser à l'Afrique. Et ça passe notamment par les prix. Beaucoup de gens disent que le prix de certaines de ces marques ne sont pas faites pour consommer localement. Elles sont faites pour consommer par la diaspora et par des personnes étrangères. Et donc tout ça, tu vois, c'est plein de questions qui sont super intéressantes, tout simplement.
- Speaker
En tout cas, on vient effectivement des sujets passionnants et c'est ce questionnement de... Quand on commence à créer, on crée pour une forme d'élite, et donc une élite qui va être particulièrement regardée. Donc oui, on va créer pour potentiellement une diaspora, ou potentiellement un certain nombre de célébrités, une certaine élite africaine qui voyage énormément, mais qui n'est pas représentative de... ou classe moyenne africaine, ou toute la population africaine, mais pour moi, ça commence aussi par là. Ça commence par d'avoir des élites qui vont porter fièrement du Made in Africa. C'est aussi des choses qui sont un peu nouvelles. On n'avait pas autant de marques à citer. On a eu le travail d'Alfadi, de Pateo, qui ont réussi à plusieurs reprises à faire, à avoir notamment, il y a de nombreuses photos de Pateo, un créateur, un voyant de la mode africaine, qui a énormément de photos de lui avec des hommes d'État qui portent sa fameuse chemise en tissu tie and die made in Côte d'Ivoire. Et ça, c'est un premier élément. Pour moi, le premier qui a utilisé l'influence, en tout cas pour sa marque, pour la faire valoir, c'est Pateo, et qui s'est appuyé sur des hommes politiques pour faire connaître sa chemise partout. La photo de lui avec Nelson Mandela, c'est un iconique de stratégie de communication. Je pense que ça commence par là aussi, de faire connaître sa marque. J'entends le reproche, mais je me dis qu'il faut qu'il commence par en haut pour ensuite avoir les moyens de créer ces usines qui vont permettre de faire baisser les prix et d'avoir des collections qui soient des collections d'entrée de gamme et qui soient pour la population locale. Ce sont des choses qui se font au fur et à mesure. mais c'est vrai que dans le domaine de la mode, de vouloir… viser haut, ça n'empêche pas à un moment donné d'avoir les reins suffisamment solides pour après aller créer ces marques plus mass market ça ne fait pas partie de la stratégie de toutes les marques mais en tout cas je pense que c'est il ne faut pas se dire que ces marques là elles aspirent que à rester dans la haute couture ce qui est intéressant dans la haute couture je ne vais pas utiliser le terme haute couture puisqu'il est labellisé en France mais dans le côté couture pointue et très chère et pas accessible pour les populations locales Elles ont toujours quand même deux segments dans leur offre. Elles ont toujours un segment très pointu et puis un segment qui est plus casual. Et ça, c'est un truc qui est assez naturel pour énormément de marques africaines d'avoir les deux parce que ça marche aussi avec comment le consommateur africain il consomme. C'est-à-dire qu'il y a plein de cérémonies auxquelles il faut des tenues très pointues. Et puis, il y a aussi des tenues de tous les jours. Et aujourd'hui, c'est OK de porter du made in Africa là où pendant longtemps, être bien habillée, c'était porter des marques occidentales.
- Mabelle
Alors, j'en ai identifié d'autres. En effet, je pense que surtout dans l'espace francophone, on est plusieurs filles à faire du contenu sur ces sujets-là. Je pense qu'elles existaient même avant moi. Et il y en a quelques-unes dont les noms ne me viennent pas forcément en tête, mais en tout cas qui existent et qui parlent des mêmes sujets. sur la dynamique collective de création. Je pense que c'est encore trop peu le cas. Moi, j'échange avec notamment une créatrice béninoise qui s'appelle Lys Sama, avec elle, quand on voit des trucs qui nous interrogent, qui nous interloquent, on se les envoie et on se dit « Ah, moi, j'ai pensé à cet angle, etc. » Ça, on s'en parle. Et puis, il y a aussi une dynamique que je vois beaucoup, c'est qu'il y a beaucoup de créatrices de contenu noires qui n'ont pas la mode africaine comme niche, mais qui en parlent. parce qu'elles consomment de plus en plus de pièces de marques africaines. Elles portent des robes sublimes qui viennent de marques africaines. Et donc, elles en parlent en passant. Voilà, j'ai porté cette robe. Cette robe vient de telle marque. Je l'ai achetée de telle ou telle manière. Ça, c'est quelque chose que je vois beaucoup aussi. Donc, en fait, et ça, c'est le bon signe. Parce que ça veut dire que finalement, la mode africaine, les marques africaines se démocratisent, se popularisent tellement qu'en fait, il n'y a pas besoin d'avoir une liste sur ce sujet pour en parler. Et ça devient comme... Ça devient des pièces que l'on porte et que l'on recommande et dont on parle, comme on parlerait d'une robe mango. Et enfin, presque, il n'y est pas encore, mais presque. Et ça, je trouve que c'est vraiment bien et c'est bon signe. Et ça, je suis toujours super contente quand c'est le cas.
- Speaker
Il y a cette idée, de toute façon, de faire en sorte que toutes ces marques africaines, ça devienne complètement mainstream et qu'on puisse parler, effectivement, comme tu l'évoquais, de Ertumba ou de Kylenta, comme on pourrait parler. d'un Maj, d'un Sandro ou d'autres marques. Et que si ça ne me choque pas de voir des marques Maj, Sandro, des produits, des robes Maj ou Sandro à 450 ou 500 euros, que ça ne me choque pas non plus d'avoir ces mêmes niveaux de prix pour des marques africaines et que ça rentre dans la conversation. J'ai une cérémonie, j'ai un événement, je cherche une robe. Que dans la liste des marques à voir, qu'il y ait de plus en plus de marques africaines qui soit qui soit qu'il soit dans la liste et que ça ne fasse pas l'objet d'un étonnement. Moi, ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est dans le traitement de la mode africaine, quand on est dans des médias traditionnels qui parlent de mode, souvent c'est en été et puis c'est un côté la mode ethnique ou la mode un peu folklorique. Il y a un petit encart où on va parler souvent de tie and die, mais c'est un peu la collection qu'on met en avant juste en été. Et il me semble que toi, tu as fait un poste là-dessus sur... Non, mais la madame, c'est pas que... coloré en fait, c'est à donner des exemples il me semble de marques qui font plein de choses différentes mais pas seulement du coloré comme on peut le segmenter moi quand j'avais démarré ce podcast j'avais vraiment cette question de est-ce qu'à force de parler de mode africaine on ne s'enferme pas et est-ce que finalement c'est pas même si on veut valoriser des marques, est-ce qu'on les enferme pas à utiliser cette expression là Toi, est-ce que tu as lu ce questionnement-là par rapport à l'utilisation du côté mode africain ?
- Mabelle
Non, pour tout te dire, non. Enfin, je me suis posé la question, mais j'en ai conclu que... Pour l'instant, pour moi, c'est un travail à différents niveaux. Et je n'en suis pas encore au niveau de penser qu'en utilisant des marques africaines, on s'enferme dans une catégorie. Pour l'instant, je pense qu'il faut tout simplement faire connaître ces marques africaines, montrer que ces marques africaines ne sont pas seulement des marques africaines qui utilisent le wax, montrer que ce ne sont pas uniquement des marques africaines qui doivent être portées pour des occasions, montrer que les marques africaines aussi peuvent être portées au quotidien, aussi font des pièces qui sont plus ou moins « sobres » , aussi font des pièces que l'on peut porter pour aller au travail, pour aller n'importe où. Ça déjà, c'est la première chose, je pense, et on en est encore là. En fait, comme je te disais, c'est vraiment encore sur ça qu'il faut travailler. Et je pense qu'ensuite ou parallèlement, oui, on pourra s'interroger sur le fait de les appeler autrement, peut-être, et de juste les montrer comme, est-ce que cette marque est un peu niche ? Non, même niche, je n'aime pas, tu vois. Donc en fait, je ne sais pas. Je ne sais pas, mais je ne pense pas que pour l'instant, on s'en ferme en parlant de mode ou de marques africaines. Je pense que c'est encore nécessaire de le faire, tout simplement.
- Speaker
Pour l'instant, ça reste quand même une clé d'entrée qui permet de se retrouver, en fait. Donc, ça reste quand même un... Et quand on regarde les salons professionnels, comme le salon de Trana, ou quand on regarde les galeries Lafayette, quand ils font un corner... ils vont quand même parler de mode africaine, d'African fashion, ils vont parler de marques africaines et c'est comme ça qu'ils vont les désigner. Et ils vont chercher à les regrouper dans un seul et même endroit. Donc je pense qu'aujourd'hui, on est à ce stade où au contraire, c'est plutôt comme ça qu'il faut l'utiliser et le mettre en avant. Et puis après, il y aura peut-être un moment où ce sera juste, on cherche une petite robe noire, on aura une sélection de robes avec des marques venant de... du Japon, d'Amérique latine, d'Afrique et d'Occident. Et on ne se posera pas tellement la question d'où ça vient, mais aujourd'hui, je pense que c'est encore important de garder cette appellation-là.
- Mabelle
Oui, et si tu me permets d'ajouter un point, et je pense qu'il y a encore un vrai aspect de revendication identitaire quand des Africains parlent de marques africaines. Moi, quand j'échange avec des filles qui regardent mes vidéos et tout, souvent ce dont on parle, c'est le fait qu'il y a un vrai sentiment de réappropriation identitaire, il y a un vrai sentiment d'empowerment quand on met son argent auprès de marques qui viennent des pays dont on vient. Et je pense que c'est pour ça qu'aujourd'hui, parler de marques africaines, ça a encore beaucoup de pouvoir. Et je pense que c'est pour ça que ce thème reste important et qu'il faut... continuer à l'utiliser. Parce que ça va plus loin pour beaucoup d'entre nous, et pour moi c'est le cas, ça va plus loin que simplement acheter une belle jupe d'une marque un peu niche, d'une marque que pas beaucoup de gens connaissent. Non. C'est vraiment le fait de mettre son argent pour soutenir le développement d'une chaîne de valeur, le développement d'un secteur qui est la mode, dans un pays qui nous est important. Et je pense que ça, c'est encore... énormément d'importance et c'est pour ça que ce terme continue d'être utilisé et qu'il est utilisé aussi pour ça, pour dire, non mais c'est important, c'est de l'empowerment, c'est parce que je veux soutenir mon pays, je veux soutenir ces créateurs qui me ressemblent et qui mettent en valeur une culture qui est la mienne. Donc voilà.
- Speaker
Ça, c'est vraiment le message de l'ambassadrice de la mode africaine.
- Mabelle
C'est le but. C'est le but.
- Speaker
Voilà, c'est ça, mais c'est je pense que c'est vraiment et le sujet. Toi, par rapport à la... Donc toi, aujourd'hui, comme tu l'évoquais au début de cette interview, tu as un job à temps plein, certes, en télétravail, qui te laisse du temps pour faire la création de contenu, mais ça reste quand même, voilà, tu le fais en parallèle et tu fais la création de contenu en parallèle. Est-ce que toi, tu t'imagines, dans quelques années, donner plus de poids et plus d'importance à une activité autour de la création de contenu, la mode africaine et différents services que tu proposerais aux marques ? Est-ce que ça, ça fait partie à... des choses à horizon 5 ans, 10 ans, vers lesquelles tu devrais évoluer. Tu as évoqué, je t'ai déjà posé la question de la création de marque et tu as dit, si je vais vivre en Afrique et si je suis installée sur place, peut-être que, donc sans forcément être une marque africaine, en tout cas, est-ce que tu te vois à horizon 5 ans donner plus de poids à ce que tu fais aujourd'hui dans ton travail de promotion des marques africaines ?
- Mabelle
Alors, ça va peut-être être controversial. Et peut-être que si tu me poses la question dans deux jours, je changerais d'avis, mais pour le moment, non. Non, et encore, je nuance déjà mon propos. Peut-être que ça aura plus de place dans ma vie parce que ça me prendra plus de temps, parce que j'aurai plus d'opportunités, parce que je collaborerai avec plus de marques. Donc, que ça prenne plus de place dans ma vie, oui. Par contre, je ne pense pas que ça deviendra mon activité à temps plein. Je ne pense pas que ça arrivera parce que j'aime trop ce que je fais à côté, parce que j'ai trop travaillé, j'ai trop étudié, j'ai trop trimé dans ma vie pro pour en arriver là où je suis, parce que j'aime trop les sujets sur lesquels je travaille en dehors des réseaux, dans mon activité professionnelle, parce que ce sont des sujets qui aussi me tiennent trop à cœur, parce que ce sont aussi des sujets tournés vers l'Afrique et parce que c'est trop important pour moi. Et parce que je pense que je suis encore... Je suis encore un peu trop traditionnaliste dans le sens que je pense encore trop que c'est important d'avoir un CDI, ou d'avoir encore un CDI, sa petite activité, son petit nine to five, etc. Et oui, donc je ne pense pas que je ferai ça à temps plein, mais peut-être que ça prendra plus de place dans ma vie, maybe, ouais, c'est possible.
- Speaker
Non, mais après, je suis assez ok avec le fait de... En fait, je pense que dans une appréciation peut-être un peu française, influence occidentale française, Il faut forcément choisir son métier et être dans un domaine bien précis. Mais il y a plein de gens qui font deux activités et qui gardent les deux toute leur vie. Et ça marche. Donc, ce n'est pas forcément controversé. C'est tout à fait possible de mener les deux et après de trouver un juste équilibre qui te permet de peut-être faire plus. Mais en tout cas, de jamais lâcher l'un au profit de l'autre.
- Mabelle
Et je vais même te dire, moi, il m'est arrivé que les deux se rejoignent. Parce que pour te... Pour une petite anecdote, moi j'étais au Sénégal en début de cette année dans le cadre d'un projet pour le boulot où on rencontrait des entrepreneurs. Je travaille beaucoup sur l'adoption de politiques publiques sur le continent africain liées à l'entrepreneuriat digital, innovant, etc. Et dans le cadre de ces rencontres avec des entrepreneurs vraiment pour le travail, rien à voir avec les réseaux, j'avais rencontré Fatou Diang qui est la créatrice de la plateforme Maquette, qui est une plateforme de vente de vêtements de seconde main. qui vend des vêtements de créateurs africains, mais pas que, mais beaucoup de créateurs africains. Et quand on l'a rencontrée pour parler de sa plateforme, et vraiment d'en prendre très pro des financements qu'elle aurait pu recevoir de son évolution, de quels sont les challenges auxquels elle fait face, de comment des politiques publiques pourraient l'aider dans son activité. En fait, à la fin de la rencontre, elle est arrivée et je lui ai dit, mais moi, je parle de marques africaines sur les réseaux sociaux. J'adorerais pouvoir venir à ton showroom, faire des vidéos, essayer des pièces. Et ça a été l'une de mes premières collaborations non rémunérées, mais vraiment où ça allait au-delà de juste recevoir une pièce. Où j'ai été là-bas, j'ai parlé avec ces équipes, j'ai fait des vidéos, je suis repartie avec des pièces que j'ai achetées, que j'ai adorées. Et moi, dans mon travail, parce que du fait du sujet duquel je traite dans mon boulot, en fait, les deux mondes se rejoignent. Et c'est super. Et ça veut dire qu'en effet, peut-être que je n'ai pas toujours à choisir entre les deux et que c'est OK de faire les deux et d'avoir un monde où il y a un...
- Speaker
très incroyable. Oui, c'est l'idéal de pouvoir avoir deux activités et de trouver le moyen qu'assez naturellement elles se complètent, elles se challengent l'une l'autre. C'est tout ce qu'on peut te souhaiter pour la suite. C'est que tu ailles toujours plus loin dans ces deux initiatives-là. Par rapport à ton envie d'aller vivre en Afrique, est-ce que tu as déjà une idée du pays dans lequel tu voudrais être ?
- Mabelle
Oui, alors aujourd'hui, parce que j'ai une famille, etc., ce serait probablement le pays dont je suis ordinaire, le Togo ou le Bénin. Mais, et c'est marrant parce que j'ai eu des opportunités par le passé d'aller vivre, par exemple, en Côte d'Ivoire. Et ça, ça m'aurait, si aujourd'hui je n'étais pas maman, ça m'aurait, j'aurais adoré aller vivre à Abidjan. Aujourd'hui, ma fille est encore petite, donc peut-être pas, parce que j'ai besoin d'avoir un background. et un village familial sur lequel je peux compter. Mais à terme, probablement le Togo ou le Bénin. Mais tu vois, j'aime beaucoup Dakar, j'aime beaucoup Kigali aussi. Donc dans 2-3 ans, Togo ou Bénin, dans 5-10 ans, il n'est pas impossible de me retrouver en Côte d'Ivoire, au Ghana, au Rwanda ou au Kenya, tu vois.
- Speaker
Le champ des possibles est ouvert, tu n'es pas fermée.
- Mabelle
Absolument. Absolument. Moi, tant que je suis sur le continent africain, je m'épanouis, donc je ne suis absolument pas fermée.
- Speaker
On est dans la même philosophie que les deux. Écoute, on arrive à la fin de cette interview. Moi, j'étais ravie de pouvoir échanger avec toi et d'en savoir plus sur ton profil de créatrice de contenu qui, bien plus que de simplement partager des pièces, on sent qu'il y a vraiment une volonté de promouvoir un Made in Africa et d'informer, de proposer un contenu qui soit pédagogique, qui ne soit pas que mode. Je dirais que la tendance du moment, c'est la... noire, il faut absolument que vous portiez cette robe-là. Je pense que ce qui est intéressant dans la manière dont t'abordes les choses, c'est qu'il y a vraiment un travail de fond qui est fait et comme tu le dis, dans les marques que tu mets en avant, c'est des marques que tu as pu tester, que tu as pu voir, t'as pu voir la matière et quand tu n'as pas vu les marques, t'as tendance à le préciser. Donc, c'est assez agréable. On se dit que, effectivement, toi, quand tu donnes une recommandation, on peut vraiment se fier à ce que tu dis. Et je trouve que du coup, comme approche, c'est extrêmement intéressant parce que c'est vrai qu'on est quand même dans une méconnaissance des marques africaines. Il y en a énormément, mais on connaît celles qui ont pignon de choucrue, il y en a plein qu'on ne connaît pas. Maintenant, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a de plus en plus de pop-up à Paris et de plus en plus de marques qui viennent sur des courtes périodes présenter leur collection ici. Donc, ça te donne toi encore plus l'opportunité de nous indiquer où aller et quand. D'ailleurs, est-ce qu'il y a des pop-up prochainement ?
- Mabelle
Non, il n'y en a plus. Je ne comprends pas ce qui se passe. On m'a même posé la question récemment et j'ai cherché à Paris les marques africaines. S'il vous plaît, le mois de juillet n'est pas le unique mois où vous pouvez venir. On vous attend littéralement tout au long de l'année, même en dehors de l'été. Et là, en août, je n'en vois pas passer. À Londres, il y en a énormément. Si certaines des filles qui nous écoutent sont prêtes à prendre un billet Eurostar, je serais ravie de vous envoyer tout. Toutes les publications que je vois concernant des pop-up, mais à Paris, il y en a très peu pour le moment, voire pas du tout. Oui, effectivement.
- Speaker
Il y a vraiment un sujet sur... Je suis une goutte à Paris, il n'y a pas de pop-up. Effectivement, je suis d'accord avec toi, c'est à l'ombre qu'il y a des annonces. Écoute, on arrive, comme je le disais à la fin de cette interview, je te remercie beaucoup pour le temps que tu m'as accordé et pour ta générosité dans le partage des informations. Et je te dis à très vite en Afrique maillard.
- Mabelle
Merci Ramatha, à très bientôt. Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout.
- Speaker
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