- Roselynd
Il y a quelques années, j'étais allée voir Youssou N'dour pour lui dire, le prochain verset, je veux travailler avec toi. Je sais que tu es dans les industries créatives et que tu as un travail remarquable dans les industries créatives. Et l'idée, c'était de dire, bon, comment venir à Paris, mais qu'est-ce que je dois faire pour bien venir à Paris ? Et donc, j'ai choisi cette période juste autour du grand bal de Youssoumdour, tu vois. Et pour moi, c'était important de créer cette synergie autour de son événement. Donc le 15 octobre, oui, je commence par un panel. On aura un panel autour des industries créatives. Et le thème, c'est de la créativité au soft power. Donc comment l'Afrique peut justement transformer ses talents en des marques fortes, en des marques durables, exportables à l'international.
- Speaker #1
Bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Africa Fashion Tour. Je vous emmène avec moi à la rencontre de créateurs basés sur le continent africain et d'experts qui contribuent au développement d'une économie africaine solide. Je vous invite à voyager à Abidjan, Dakar ou Bamako pour découvrir les parcours de professionnels talentueux, responsables et ambitieux. Au fil des interviews, je me rends compte que chaque entrepreneur veut contribuer au rayonnement des industries culturelles et créatives sur le continent et au-delà. Ce podcast est un moyen de sortir des clichés du boubou et du wax pour promouvoir un éventail de tissus, de savoir-faire et de créativité trop souvent sous-représentés. C'est aussi une opportunité de découvrir des business models made in Africa, éthiques et performants. Je suis Amata Dialo, je suis professeure de marketing dans les écoles de mode parisiennes. Je suis également consultante en marketing et communication. J'accompagne des dirigeants dans leur personal branding sur LinkedIn. En 2017, j'ai assisté à ma première Fashion Week en Afrique. Et depuis, je voyage régulièrement sur le continent pour aller à la rencontre de ceux et celles qui font la mode en Afrique. Au-delà de la mode, je m'intéresse aussi à tout l'écosystème de l'entrepreneuriat africain. Le podcast est le moyen que j'ai trouvé pour partager au plus grand nombre une autre vision du business en Afrique.
- Ramata
Aujourd'hui, je suis en compagnie de Roselyne Goudiaby, la fondatrice de la marque de maroquinerie Nayel et du concept store du même nom. Roselyne est basée à Dakar et a organisé plusieurs pop-up au Sénégal et dans différents pays d'Afrique. Elle organise pour la première fois à Paris, au mois d'octobre, l'événement Afrique en scène. Je l'ai invitée aujourd'hui pour qu'elle puisse nous parler de son parcours et de ses différentes initiatives de promotion des industries culturelles et créatives africaines. Bienvenue Roselyne, comment vas-tu ?
- Roselynd
Bonjour Anne-Matha, je vais très bien, merci.
- Ramata
Écoute, je suis ravie de te retrouver pour l'enregistrement de cet épisode du podcast Africa Fashion Tour. On va commencer cette interview comme je le fais toujours. Je vais te demander de te présenter.
- Roselynd
Déjà, merci à toi Ramata. Alors moi, je suis Roselyne Goudiaby, épouse de l'oboué. Je suis une entrepreneur à un moment, moment de deux filles. Je suis basée à Dakar. Alors moi, je vais te dire, je n'ai pas commencé Ramata dans la mode du tout. Moi, je ne viens pas de la mode, je viens d'un monde des finances. J'ai étudié dans la finance, j'ai eu des expériences dans des institutions internationales, tu vois. Et c'est après mon retour à Dakar, parce que j'ai vécu aux États-Unis, à Washington, où j'ai étudié, que j'ai créé mes propres entreprises. Alors, j'ai commencé par Yelena en 2013, une agence événementielle. J'ai ensuite créé la première conciergerie du Sénégal, une conciergerie privée. signare conciergerie, et vient le bébé Nael en 2019. Donc, ça fait à peu près huit ans que j'ai Nael. Et donc, je pense que finalement, c'est pas un fil conducteur à tout ceci, parce qu'à la fin, j'aime créer des projets, mais j'aime surtout, je veux pas dire, faire vivre ces idées en véritable, tu vois, en une entreprise. Donc, voilà un peu de façon ramassée mon parcours.
- Ramata
Très bien, c'est très intéressant que tu démarres tout de suite en nous expliquant que tu n'étais pas du tout dans le secteur de la mode et des industries culturelles au départ et qu'en fait, c'est vraiment un parcours de vie qui t'a amené vers la mode. Alors, j'imagine que, est-ce qu'à travers ton expérience au sein d'une agence de communication, est-ce que tu avais déjà des clients dans le secteur des industries culturelles et créatives ou pas du tout ?
- Roselynd
Alors là, pas du tout, non. J'ai dit dans tout sort de clients dans l'industrie créative. J'ai affaire à des banques, j'ai affaire à des institutions internationales, des avocats, mais tout sauf la mode.
- Ramata
Très bien, donc là ce qu'on comprend, c'est vraiment une passion peut-être personnelle pour le secteur de la mode qui a fait que tu as souhaité développer à la fois une marque, un concept store et des événements réguliers dans le secteur de la mode.
- Roselynd
Oui, je pense que c'est peut-être ça. Je pense que je suis peut-être née dans une... Déjà, j'ai un père qui est architecte, qui est un artiste, tu vois. Et je pense que le goût de l'art m'est venu, je ne dirais pas de mon père, ça pourrait étonner beaucoup de personnes, mais de ma mère. Parce que je me rappelle que la première fois que j'ai été chez la Biennale, que j'ai eu un contact avec la Biennale, c'est avec ma mère. Donc, beaucoup plus jeune avant d'avoir mon bac, tu vois, j'avais ma mère qui m'amenait souvent. voir les artistes, on passait des journées entières à regarder les tableaux, discuter, acheter. Je me demandais souvent, mais elle va en acheter combien des tableaux ? Et donc, le goût de l'art m'est venu, je pense, par là. Et c'est ensuite que j'ai voulu créer Nael en 2019, parce qu'également, j'avais fait, je pense, un constat que nos créateurs avaient beaucoup de talent, mais que malheureusement, on ne vivait pas de notre passion. Donc c'est vraiment comme ça que moi j'ai approché tout ce qui était art.
- Ramata
Et ce qui est intéressant, c'est que toi comme tu avais un bagage à la fois finance au départ et ensuite le côté agence de communication, tu avais un intérêt pour l'art, mais le fait de ces trois dimensions, la dimension artistique, créative, la dimension finance et la dimension communication, ce sont trois éléments piliers pour créer une marque. Donc, j'imagine que c'est l'ensemble de tes compétences que tu as intégrées quand tu as décidé de créer. ta propre marque ?
- Roselynd
Oui, alors moi, j'ai eu un MBA, j'ai fait mon bachelor en finance, j'ai un MBA en finance. Et moi, je crois que la finance m'a beaucoup appris déjà en termes de rigueur, de gestion, de stratégie surtout, tu vois. Mais ensuite, à travers l'entrepreneuriat, l'entrepreneuriat, je dirais, m'a donné du cardio. Et c'est vraiment... Du jour au lendemain, tu vois, tu te réveilles, tu te dis, mais attends, tout va bien. Pourquoi le lendemain, je me suis réveillée et rien ne se passe comme prévu ? Et c'est peut-être ça également. Je pense que je suis quelqu'un qui aime prendre des risques. Je suis quelqu'un qui aime toucher à différentes choses et qui ne m'arrête pas facilement, tu vois. Et je pense que pour à la fin de toutes ces expériences, mon construit, je continue de me construire. Je continue à apprendre tous les jours, à faire des erreurs et à me relever.
- Ramata
Effectivement, l'entrepreneuriat, ça nécessite énormément de résilience. Et le concept même de l'entrepreneuriat, c'est de se dire qu'on a une feuille de route bien établie. Et puis après, la vie de l'entrepreneur fait qu'il n'y a rien qui se passe comme prévu. Et le boulot de l'entrepreneur, c'est d'arriver à gérer les imprévus. Donc toi, la marque Nael, quand tu l'as créée, c'est une marque de maroquinerie. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi est-ce que tu t'es orientée vers ce segment-là particulier de la mode ?
- Roselynd
Alors d'abord, je pense que c'est peut-être le contraire. Moi, avant de créer la marque de ma routinerie, j'ai créé le Concept Store. Mais je suis dans le cuir depuis 2013, parce que quand j'ai ouvert mon agence événementielle, il y avait une partie cadeau d'entreprise. Et l'idée pour moi, c'était effectivement d'offrir des cadeaux à nos clients, aux banques, etc., à nos différents clients, mais de faire travailler nos artisans et de pouvoir offrir des produits de... qualité, tu vois. Et donc, j'ai commencé avec le cuir depuis, ça fait plus d'une dizaine d'années. Ensuite, je crée le concept store et je me rends compte que, bon, je suis dans le cuir, mais que je vais créer une marque, pourquoi pas ? Et c'est là que je me suis orientée sur des produits un peu plus féminins parce que quand on fait des cadeaux d'entreprise, on va sur des produits unisexes, plus des produits d'hommes. Et j'ai commencé à créer des produits de femmes, à dessiner des sacs. Et c'est comme ça qu'est née la marque Nael, après le concept store.
- Ramata
C'est intéressant que tu précises que tu as d'abord commencé par un concept store. Est-ce que tu peux nous expliquer, effectivement, qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, tu te dis, j'ai envie de réunir des marques de mode, j'imagine, peut-être de beauté. C'était quoi l'idée derrière ce concept store que tu as créé ?
- Roselynd
Après, je pense que, comme j'ai dit, plutôt, c'est partie d'un constat. Et je disais avant, nous, on a énormément de créateurs en détailant. Ça crée tous les jours, mais avoir du talent, pour moi, ne suffit pas. Une créatrice peut avoir chez nous un produit extraordinaire et on se demande pourquoi elle ne vend pas. Elle a des difficultés de produire, elle a des problèmes de financement, le nœud de la guerre, les finances tous les jours. Elle a un problème à accéder à des marchés, nos marchés sont très petits, tu vois. Et c'est là où j'ai voulu m'intéresser à tous ces problèmes et me dire, mais comment on transforme, tu vois, une structure... de la créativité en vraie entreprise. C'est vraiment la question aujourd'hui qui m'accompagne. Je ne dis pas que j'ai trouvé la solution, parce que c'est un vrai challenge. Et tous les jours, en tout cas, c'est vers ça que je vais, c'est vers ça que je travaille.
- Ramata
Donc toi, l'idée, tu avais vraiment cette idée de... Finalement, qu'est-ce qui peut manquer pour permettre, assurer, contribuer au développement de marques qui sont à Dakar, qui ont des produits et des marques qui sont... intéressantes, mais qui ne rencontrent pas forcément leur public. L'idée du concept store, quelque part, c'est d'apporter une réponse concrète à les problématiques d'entrepreneurs qui sont dans le secteur de la mode.
- Roselynd
Mais c'était ça exactement. Donc, l'idée, c'était de dire comment valoriser tout ça, comment mettre en avant nos créateurs. Et d'abord, à Dakar, je suis assez bien située, en plein cœur du plateau, au rond-point de l'Université de l'Intérieur. Et donc, déjà, la situation géographique aidait énormément. Merci. c'était de dire comment donner plus de visibilité à nos créateurs, les réunir dans un même concept. Je ne suis pas la première à avoir fait un concept store, bien sûr. Et à travers ça, je pense qu'en tout cas, j'ai contribué à pousser beaucoup de marques parce qu'elles étaient beaucoup plus visibles. Et peut-être on parlera des pop-ups qu'on organise et aller sortir de leur zone de confort, à voyager avec eux.
- Ramata
Donc, tu dirais que toi, dans ton approche, en fait, des... des sélections des marques que tu intégrais dans ton concept store. Déjà, effectivement, l'enjeu numéro un du concept store, c'est sa localisation, c'est d'être dans un espace, dans une localisation qui soit un lieu de trafic, qui soit bien situé. Donc ça, c'est l'engagement numéro un du concept store. Et ensuite, c'est la sélection des marques, de faire en sorte qu'il y ait une rencontre entre un consommateur potentiel et des marques. Comment est-ce que tu procédais pour faire la sélection des marques que tu intégrais dans ton webstore ?
- Roselynd
Alors, si je me base que sur la beauté des pièces, comme je dis, on a de très, très belles pièces. Les créateurs savent créer. Donc, pour moi, ce n'est pas seulement parce que le créateur fait de belles choses que j'ai peut-être forcément envie de travailler avec lui. Je cherche souvent une personne qui a envie de développer sa marque, de s'améliorer, même si la marque est petite, même si la marque n'est pas connue. C'est un peu la volonté. C'est qui l'entrepreneur qui est en face ? Est-ce qu'il a une vision ou est-ce qu'il veut simplement avoir un autre point de vente ? Tu vois ce que je veux dire ? Donc, un peu, c'est de dire où je veux amener ma marque et qu'on puisse travailler ensemble. Donc, c'est vraiment ça pour moi, tu vois.
- Ramata
Je comprends, c'est intéressant que tu aies une vision de long terme dans ce que tu veux apporter aux marques et ce que le concept store va leur apporter aussi. Ce n'est pas un simple dépôt-vente. ou une adresse supplémentaire, il y a vraiment une possibilité d'aller construire véritablement quelque chose qui peut être l'équivalent de grands magasins qu'on peut connaître dans les capitales de la mode occidentale où ce sont vraiment des références et il y a vraiment des partenariats solides entre les marques et le concept store. Du coup, pendant combien de temps est-ce que tu as géré le concept store et à partir de quel moment est-ce que tu t'es dit Je vais créer ma propre marque que je vais intégrer au sein de mon concept store.
- Roselynd
Après moi, souvent ça va très vite avec moi. J'ai créé Naël en mai 2019 et comme j'étais déjà dans le cuir, donc j'avais déjà des artisans, donc ce contact avec le cuir, j'ai tout de suite, je pense qu'après six mois, ma marque est née. Le temps de commander des accessoires, de travailler sur la charte, etc. J'ai créé Naël Marutinerie. Donc c'est venu très vite. Jusqu'à présent, aujourd'hui à Dakar, beaucoup de gens ne savent pas que j'ai ma marque. Ils découvrent à travers justement le concept store quand ils arrivent dans les boutiques. Et donc beaucoup de gens ne savent pas que Nael a sa marque. Je pense que je dois faire beaucoup plus de travail sur ce volet-là.
- Ramata
Et donc toi, ce que tu expliques, c'est que vraiment, tu travaillais déjà avec des artisans, tu connaissais déjà le cuir, c'est ce qui a fait que tu es allé vers la maroquinerie. et donc tu as Tu n'avais pas forcément une envie d'aller vers le prêt-à-porter ou d'aller vers d'autres familles de produits ?
- Roselynd
Non, après tu me diras pourquoi. Parce que j'ai toujours envie de dessiner des sacs. Donc je suis beaucoup plus à l'aise avec les sacs. Mais tu sais, je dessine souvent des modèles pour des créatrices qui sont dans mon concept store. Donc je peux m'amuser à faire un croquis et que j'envoie à une de mes créatrices. Et c'est pour ça que j'ai beaucoup de modèles rosiers à travers les créatrices. Mais j'avoue que j'ai un penchant pour le cuir et pour tout ce qui est maroquinerie. Et les dessins vont beaucoup plus vite quand c'est du cuir avec moi. J'aime la matière, j'aime le cuir.
- Ramata
Alors, tu dis que tu dessines. Est-ce que tu as eu une formation en design ou est-ce que c'est vraiment une facilité que tu as et donc tu as toujours dessiné ? Est-ce que sur ce volet-là, quand tu as décrit un petit peu ton parcours académique, tu as plutôt parlé de finance, mais est-ce qu'il y a eu un moment où tu t'es formée au design ?
- Roselynd
Non, du tout. J'aime dessiner, certes, mais je pense que ce côté vient de mon père, mon père architecte. Et j'aime tout ce qui est plan, j'aime lire les plans, j'aime corriger. Je corrige même des fois ses plans et il n'aime pas l'avouer. Et donc, du coup, c'est juste venu comme ça. Alors, je ne dessine pas bien, mais j'ai un infographe avec qui je travaille, un sénateur depuis plusieurs années, ça fait au moins plus de dix ans, qui comprend tous mes croquis et c'est l'essentiel. Donc, voilà. Oui,
- Ramata
et puis c'est très bien de pouvoir formuler une idée par le dessin qui va ensuite être traduite finalement par un infographiste.
- Roselynd
C'est ça, j'ai des croquis dans tous mes carnets, donc je passe mon temps à dessiner tous les jours. Et souvent, on me dit, c'est bon, tu as créé assez de sacs, tu en as dessiné assez, on ne peut pas tous les produire, il faut que tu ralentisses un peu.
- Ramata
J'en viens à la question qui me venait là, pour pouvoir construire ma collection et pour définir le positionnement de ta marque de maroquinerie, Quelles étaient les premières idées que tu as eues ? Est-ce que tu étais tout de suite dans ça va être du haut de gamme, ça va être du sac de luxe, on va utiliser du cuir ? Comment est-ce que tu as défini l'identité de ta marque et les différents produits que tu as proposés ?
- Roselynd
Après moi je suis quelqu'un, j'aime les belles choses et tout de suite je me suis dit ok, je veux une marque, pas bien de luxe en tout cas, mais avec un produit de qualité. Avec du bon cuir, avec de bonnes génétions et de bons accessoires. Donc, une fois que tu as cette réflexion et que tu vas dans tout ça, tu es obligé, même en termes de positionnement et de prix, d'aller un peu sur un marché de niche et de luxe. Et donc, je pense que c'est venu seul. Mais je t'avoue que jusqu'à aujourd'hui, j'ai cette réflexion en me disant comment arriver à produire des sacs moins chers, plus accessibles, Mais c'est... très compliqué chez nous. On a des ateliers, on n'est pas encore au niveau de l'industrialisation. Donc, c'est assez compliqué de maîtriser des coûts et d'avoir des coûts très bas. Donc, malheureusement, quand on calcule tout ce qui est coûts d'importation, d'abord, il faut savoir que en termes de cuir, nous, on importe. On a souvent des marchands qui produisent, des gens qui nous ramènent du cuir d'Italie. Je viens d'Italie il y a peut-être un mois où je suis allée à la foire de Milan, le l'inné appelé le Mipey, pour justement rencontrer des fournisseurs et acheter du cuir. Mais ça nous revient excessivement cher quand on l'importe. Malheureusement, si je veux me situer dans cette gamme de luxe, je suis obligée de le faire, d'importer des cuirs, d'avoir de belles matières, de prendre de bons accessoires. Et donc tout de suite, après, on se positionne comme ça, comme du luxe. pourtant le vouloir. Je voulais quelque chose de beau, mais je voulais aussi quelque chose d'accessible. Et j'avoue que souvent, mes sacs ne sont pas très accessibles, mais j'y travaille.
- Ramata
En fait, ce sont les contraintes de sourcing qui vont faire le prix du sac au final, donc c'est difficile d'avoir un sac de belles factures de qualité, avec tout ce qu'on sait pour faire un beau sac en cuir de qualité qui dure dans le temps. Il y a un prix en face qui est... C'est un peu difficile de faire du... Beau sac en cuir, pas cher. Pour moi, c'est une équation qui est très difficile à résoudre et je ne sais même pas s'il faut. Voilà, c'est...
- Roselynd
C'est exactement ça. C'est le coût de tout ce qui est importation, tu vois, des matières premières, mais également de la main-d'œuvre, la main-d'œuvre qualifiée. Les maroquiniers sont très chers et c'est difficile de trouver de bons maroquiniers chez nous. Il y en a beaucoup, mais ceux qui savent vraiment couper un sac, le chinière, il n'y en a pas beaucoup. Et quand tu les trouves, ils coûtent cher. Mais voilà, c'est ce qui fait un sac de luxe aussi. Ben voilà.
- Ramata
Donc, c'est ce qui fait, c'est la rareté qui fait que...
- Roselynd
La rareté des produits également, parce qu'on peut souvent me dire, ah, tu peux me reproduire ce sac. Je dis malheureusement non, j'ai plus le cuir, c'est une collection limitée. Je peins sur beaucoup de cuir, surtout des cuirs d'exception comme le piton, mais souvent, c'est une pièce. Donc, je peux travailler sur toute la peau de piton, METRE sortir peut-être que 5 sacs sur ce morceau de piton, mais les 5 sacs seront tous différents parce qu'ils ont été peints à la main. Et du coup aussi, je pense que c'est ça également qui fait la différence. Travailler sur des pièces punies est différent.
- Ramata
Effectivement, à ce niveau-là, on est vraiment sur des pièces d'exception puisqu'on a un nombre très limité, presque des collections numérotées. Donc ça justifie encore plus potentiellement un positionnement très haut de gamme et un prix qui peut être élevé.
- Roselynd
C'est ça.
- Ramata
Donc, tu as ta marque, tu as ton concept store à Dakar et puis tu développes cette initiative en décidant d'aller ouvrir une boutique à Abidjan et aussi de faire en sorte que d'embarquer tes marques avec toi pour aller dans différentes, je dirais, capitales de la mode africaine. Est-ce que tu peux nous expliquer à partir de quel moment tu te dis bon, le concept store à Dakar, c'est bien. j'ai... Ma propre remarque, il faut qu'on dépasse les frontières du Sénégal, il faut qu'on aille plus loin. Comment est-ce que ça vient cette idée-là de sortir du Sénégal ?
- Roselynd
D'abord, je dois dire pourquoi Abidjan ? Moi déjà, je suis mariée à un Ivoirien, donc le choix d'Abidjan s'imposait un peu à moi. Mais comment j'ai commencé tous ces voyages avec mes créateurs ? C'était, je pense, juste après le Covid, si ma mémoire est bonne. Et notre premier voyage, on l'a fait à... Kinshasa. Pourquoi Kinshasa ? J'ai une amie qui organisait un événement, je pense, Makutano, très connu, à Kinshasa, et qui m'a invité à venir, et je me suis dit, mais pourquoi pas venir avec mes créateurs ? On sortait du Covid, c'était une période assez difficile, où les ventes se faisaient très rares. Et donc, à partir de ce moment, je me suis dit, il faut qu'on sorte de notre zone de confort. Aucun de mes créateurs ne connaissait le Congo, et ça leur permettait, pour moi également, de leur faire découvrir Merci. d'autres cultures, d'autres façons de nous consommer et aussi de faire exploser un peu leur créativité. Le fait, pour moi, je me dis toujours que quand on est sur Instagram, on voit ces beaux shootings qu'on fait, toutes ces belles vidéos, c'est très beau et c'est très important pour développer la marque. Mais je pense que c'est encore plus important d'être au contact de nos clients, de leur permettre de découvrir ce qu'on fait, de leur permettre de toucher, de poser des questions. de comprendre l'histoire même de ce créateur. Et c'était vraiment ça l'idée derrière de faire tous ces voyages, tu vois. Et ils se disent, OK, la prochaine fois, la première fois qu'ils sont venus au Congo, je me rappelle, on ne connaissait pas le Congo. Et on s'est dit, mais OK, on a découvert de nouvelles clientes, maintenant on sait ce qu'on veut. Aujourd'hui, Ramata, ça fait cinq ans qu'on va au Congo. On y va chaque année, on a les mêmes clientes, les créateurs. Alors dès qu'elles arrivent, elles savent chez qui aller. Et c'est très beau pour moi. Et c'est vraiment ça, sortir de notre zone de confort et aller vers de nouveaux marchés. Le Sénégal est petit et le monde ne s'arrête pas au Sénégal. Voilà.
- Ramata
Alors, c'est très intéressant, cette démarche-là, d'effectivement se dire qu'il faut aller à l'extérieur. Et ce que je trouve intéressant, c'est que dans ta démarche, aller à l'extérieur, ça a été d'abord rester en Afrique. Alors que pour beaucoup, aller à l'extérieur, se développer, L'un des premiers réflexes, ça va être de se dire, c'est les États-Unis, c'est la France, avec Paris, capitale de la mode. Toi, comment tu expliques que tout de suite, tu as envisagé, tu l'as évoqué, tu as dit d'un point de vue personnel, tu connais bien Abidjan, mais qu'est-ce qui fait que tu ne t'es pas dit tout de suite, on va aller potentiellement à l'extérieur du continent ?
- Roselynd
Alors, je dis souvent, chaque chose en son temps. Et que déjà, pour moi, l'Afrique est un vrai marché. Quand on a le Nigeria en face avec plus de 200 millions d'habitants, quand on a le Congo avec plus de 120 millions d'habitants, je pense que déjà, commençons à travailler entre nous, Africains. Commençons à développer nos marques en Afrique, à faire connaître nos marques en Afrique parce qu'il y a un réel marché. Les Africains consomment énormément. L'extérieur, c'est bien. Paris, on le fait après huit ans qu'on arrive à Paris parce que d'abord, il faut comprendre les codes du luxe. Il faut être préparé à... Accéder à ces marchés, ce n'est pas aussi simple que ça. On n'a pas d'industrie, on ne sait pas faire du volume. Et donc, s'empresser à faire des choses, pour moi, ça ne sert absolument à rien. On a un marché, nos voisins consomment. Donc, commençons par là, mais également, allons de l'autre côté pour voir comment ça se passe, comment on se prépare. Donc, c'est vraiment dans cette logique que j'ai toujours été.
- Ramata
C'est intéressant parce qu'on sent le stratège dans ta manière d'expliquer les choses. C'est vrai que ce qui est recommandé en stratégie marketing, c'est... d'aller vers le local, le régional, en identifiant effectivement des marchés porteurs à proximité, parce que c'est plus simple d'aller travailler avec son voisin du Sénégal à Abidjan que de chercher à aller en France. Et puis, une fois qu'on maîtrise un marché régional, on va pouvoir aller à l'international. Mais c'est vrai que ce sont des choses qui se font de manière progressive et c'est assez logique d'aller dans ce sens-là. Je trouvais intéressant de t'interroger là-dessus parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de marques pour qui, quand elles se développent, l'idée d'aller à Paris, c'est prioritaire pour elles. Parfois, elles sont confrontées à des difficultés qui font que leur première expérience n'est pas forcément bonne. Mais parce que, comme tu dis, elles ne sont pas forcément prêtes parce qu'il y a des exigences de l'international.
- Roselynd
Marché.
- Ramata
Qui ne sont pas les mêmes que les exigences qu'on peut avoir localement ou d'un point de vue régional. Donc, c'est intéressant d'avoir ton retour d'expérience là-dessus.
- Roselynd
Exactement. Il ne suffit pas de se lever. Et d'aller ouvrir dans un pays, on doit la douane, il y a des problèmes de douane, il y a des problèmes de logistique, il y a des problèmes à fiscalité qu'il faut comprendre, tout ce qui est marketing, la consommation. Donc c'est vraiment pour moi prendre le temps d'étudier un marché avant d'y aller.
- Ramata
C'est complètement ça effectivement, c'est la fameuse étude de marché pour identifier le potentiel de chiffre d'affaires et le potentiel de clients qui peuvent être intéressés par nos produits avant de... Avant d'y aller, aujourd'hui, tu prépares un événement à Paris qui s'appelle Afrique en Seine. Est-ce que tu peux nous parler justement de comment a germé cette idée de créer cet événement et nous expliquer un petit peu qu'est-ce qu'il y a derrière ? Puisque là, on parle d'événement parce que ce n'est pas un simple pop-up. Tu as voulu lui donner une dimension qui va au-delà de la vente. Donc, est-ce que tu peux nous expliquer déjà un petit peu la genèse de cette idée d'Afrique en Seine ?
- Roselynd
Alors, c'est vrai qu'il y a, depuis, on a beaucoup de clientes qui sont basées à Paris et souvent on me disait, mais vous arrivez quand à Paris ? Et je me disais, oh là là, Paris, c'est pas Dakar, Paris, ça se prépare. Et il y a quelques années, j'étais allée voir Youssou N'Dour pour lui dire, le prochain versi, je veux travailler avec toi. Je sais que tu es dans les industries créatives et tu fais un travail remarquable dans les industries créatives. Et l'idée, c'était de dire, bon, comment venir à Paris, mais... Qu'est-ce que je dois faire pour bien venir à Paris ? Et donc, j'ai choisi cette période juste autour du grand bal de Youssoumdour. Et pour moi, c'était important de créer cette synergie autour de son événement. Donc, le 15 octobre, oui, je commence par un panel. On aura un panel autour des industries créatives. Et le thème, c'est de la créativité au soft power. Donc, comment l'Afrique peut justement transformer ses talents en des marques fortes ? en des marques durables et exportables à l'international. C'est vraiment ça aujourd'hui l'idée. Et donc on a Youssou Ndour sur ce panel. On a également le directeur de Lagardère. Pourquoi Lagardère ? Lagardère travaille avec nous depuis quelques mois à Dakar à travers la mise en avant de nos créateurs à l'aéroport. Et c'est une très belle expérience. On a regroupé différents de nos différents créateurs. On a carrément changé la boutique qu'ils avaient avant. Et c'est vraiment une satisfaction pour nous. Et ça nous permet de mettre nos créateurs en avant. On a également un représentant de la SFI. Pourquoi ? Parce qu'il s'intéresse énormément à tout ce qui est financement des ICC. Donc, on commence par ce panel avec Youssou Nour, comme je disais. Et on ouvre le pop-up juste après. On est à Paris jusqu'au 18. On ferme le pop-up le 18. Lundi et mardi, je pense le 19 et le 20, j'ai décidé d'organiser des visites d'atelier. Pourquoi ? Parce que c'était important pour moi, si on veut aller à l'international, de comprendre les codes du luxe, de se dire qu'est-ce qu'on doit faire pour travailler sur nos marques. Pour que dans quelques années, quand je décide d'ouvrir ma boutique à Paris, ou qu'un créateur décide de le faire, qu'on le fasse bien. Aussi bien que les boutiques qui sont présentement à Paris. Et donc, on va faire pendant deux jours des visites d'atelier. On a l'ambassade de France, que je remercie, qui d'ailleurs nous accompagne sur ce projet et qui nous a permis, en tout cas, qui nous a ouvert les portes pour des rendez-vous. On a à peu près quatre ateliers qu'on visite ainsi que l'Institut de la mode pour pouvoir demain, j'espère dans le long terme, créer des partenariats avec eux dans tout ce qui est formation de nos créateurs. Parce qu'on ne peut rien faire sans la formation et moi j'y crois. on ne se lève pas comme ça pour dire ok Je suis designer de sac, d'accord, mais comment on se forme dans ce qu'on fait pour être les meilleurs dedans ? Voilà un peu le programme de Paris. On termine le 20 et on rentre le 21 sur Dakar.
- Speaker #1
C'est un programme intense à la fois pour les créateurs et pour potentiellement le public qui sera intéressé puisqu'on a un panel où on va vraiment pouvoir aller décrypter l'écosystème des industries culturelles et créatives et comprendre comment on peut aller en faire un vrai business model qui fonctionne. On a de belles réussites. Moi, j'aime bien... mettre en avant le fait que quand on regarde les plus grandes fortunes mondiales, on n'a pas que des gens de la tech ou on n'a pas que des gens qui sont dans l'univers du pétrole. On a des gens qui vendent des sacs, on a LVMH, on a le groupe Inditex et donc ce sont des gens qui aujourd'hui, ils ne vendent pas que du sac, mais en tout cas, ils vendent du prêt-à-porter, de la maroquinerie, du luxe. Donc, il n'y a pas de raison que l'Afrique, avec ses 54 pays, elle n'est pas aussi ses champions, ses leaders qui vont aller construire des véritables puissances économiques et en même temps qui permettent de promouvoir un patrimoine africain. Parce que faire du made in Africa ou le vendre à l'international, c'est aussi un moyen de valoriser à travers le monde une expertise, un savoir-faire, comme tu le disais, un soft power. donc l'idée c'est vraiment de commencer par cette conférence. Et puis, l'idée du pop-up, c'est une vingtaine de marques qui vont être présentes et ce sont du coup les créateurs de ces marques qui vont faire les visites d'ateliers dont tu parlais.
- Roselynd
Exactement. On a fait venir plus d'une vingtaine de marques et justement, ce sont ces créateurs qui feront les visites des ateliers. Et Ramatha, je reviens sur ce que tu disais parce que ça me faisait sourire. En parlant de « c'est pas seulement parce qu'on n'est pas de la mode qu'on ne peut pas réussir » , j'ai mon petit-neuveu Liwan qui veut devenir astronaute. Et chaque fois, je lui dis « mais Liwan, comment toi tu vas booster ma marque de sacs ? Je serai la première à avoir un shooting de sacs dans l'espace. » Et il me dit « mais Tatarouzi, au fait, les sacs, ça sert à quoi ? » J'ai dit « ça sert à être comme Bernard Arnault. » Et c'est qui Bernard Arnault ? Je lui dis « tu vas sur Internet, tu verras, c'est qui Bernard Arnault. » Et donc, il est revenu vers moi en rigolant. Et je lui dis, alors, tu feras mon shooting ? Il dit, oui, je vais faire ton shooting dans l'espace. Donc, juste pour te dire, pour revenir à ce que tu disais, c'est exactement ça. Qu'on rêve grand. Qu'on puisse savoir que rien ne peut nous arrêter et que si on veut construire de vraies marques, on peut devenir demain, justement, Bernard Arnault et nous également. C'est donner à tout le monde si on fait le travail qu'il faut faire.
- Speaker #1
On est complètement alignés sur ces sujets-là. C'est vrai qu'on... On a tendance, quand on parle de grande fortune, à penser à l'agriculture, à l'industrie, à tout ce qui peut faire. Finalement, on ne met pas forcément le monde culturel et créatif dans l'idée de créer des entreprises solides, durables, qui créent des emplois. Or, il y a un exemple récent que j'ai pu étudier, c'est la création de la Fashion Week de Copenhagen. La fondatrice de cette Fashion Week, en fait, elle a identifié qu'il y avait un potentiel énorme d'emplois et de chiffres d'affaires à ce qu'une ville ait sa propre Fashion Week. Et donc, ça fait plusieurs années qu'elle travaille. a développé cette Fashion Week, a en fait véritablement un événement d'envergure et qu'elle la différencie des autres Fashion Week que l'on connaît de New York, de Paris, de Londres ou de Milan parce qu'elle s'est vraiment axée sur tout ce qui touche à l'éthique. Et il y a de plus en plus de créateurs africains en plus qui vont participer à cette Fashion Week. Et c'est intéressant de voir comment elle a eu une approche business. Voilà, elle s'est dit, mais si je veux embarquer les autorités, ma ville, les parties prenantes économiques, il faut que je leur parle du pire potentiel économique qu'il y a derrière la mode et qu'on n'ait pas l'impression que c'est juste une affaire de chiffon, en fait, une affaire de fashion addict qui veulent toujours avoir des nouvelles tenues. Derrière, il y a un potentiel énorme de chiffre d'affaires et ça, c'est important de le souligner.
- Roselynd
C'est tout à fait vrai et d'ailleurs, je vais m'intéresser à ce qu'elle fait et voir comment peut-être dans le futur pouvoir y inscrire certains créateurs. Pourquoi pas ?
- Speaker #1
Ah oui, clairement, il y a des opportunités qui sont très intéressantes. Et je trouve que c'est intéressant aussi de sortir un peu des quatre fashion week que l'on connaît bien. Il y a la fashion week du Portugal aussi, qui accueille de plus en plus des créateurs africains. En Italie, comment ça se passe, c'est des choses aussi. Donc, je pense qu'il y a vraiment aujourd'hui des ponts qui se créent. entre l'Europe et l'Afrique. Oui, exactement. De très belles Fashion Week africaines, de la Dakar Fashion Week à la Lagos Fashion Week. Il y a des événements en Afrique. Il y a la Fashion Week d'Eliquam aussi, il y a Abidjan.
- Roselynd
Abidjan, exactement. Et Adama Paris à Dakar.
- Speaker #1
Il y a de très beaux événements, de toute façon, en Afrique. Ça, c'est clair. Donc, là, tu nous as parlé du programme de cet événement. Et en termes de promotion, en termes de développement, à ce que... et de communication, comment est-ce que tu travailles pour en faire un succès ? Parce que du coup, là, c'est différent de ce que tu faisais jusqu'ici. Là, ce que tu évoquais tout à l'heure, par exemple, c'est que le Congo, ça fait plus de cinq ans que vous y allez régulièrement. Donc, vous avez vos clients, vos habitudes. Là, Paris, c'est nouveau. Donc, comment est-ce que tu as appréhendé cette nouvelle initiative, ce nouveau pays en fait ?
- Roselynd
Après, tu sais, moi, déjà, quand j'organise un pop-up ou un événement, je dis toujours à mes créateurs, la vente, c'est bien, mais la relation qu'on tisse, les relations qu'on tisse avec les gens, c'est encore mieux. Et je pense que ça, ça n'a pas de valeur. Donc, on ne va pas dans un esprit pour dire oui, on veut vendre, c'est clair. Mais à la fin de la journée, la finalité, ce n'est pas la vente. Et je pense que tous les créateurs ont ce même mindset. Ils arrivent pour dire, on veut faire des rencontres, on veut rencontrer de belles personnes, on veut parler de nos marques, on veut partager. Et à la fin de la journée, on aura des retombées tôt ou tard. Ça peut ne pas être aujourd'hui, mais demain. Donc Paris, pour moi d'abord, c'est une expérience. Et c'est pour ça que je ne me suis pas limitée à la vente. C'est de dire comment faire ce partenariat avec Yusundur. Parce qu'on a vu, il suffit qu'une Beyoncé porte une tenue qui puisse en tout cas propulser un créateur. J'amène avec moi Calista. Je ne sais pas si tu l'as codée. Calista est la scénariste de Maîtresse d'un homme marié. Et pourquoi c'est important ? Parce que nous, c'est à travers Maîtresse de l'homme marié qu'on a commencé à exporter pour la première fois à l'étranger. Je me rappelle que par hasard, la première fois, le premier export a été à Washington. Et du coup, et depuis lors, DHL n'a pas arrêté de venir dans notre boutique. Donc juste pour dire que tout ça est lié et qu'à travers le cinéma, on arrive à mettre en lumière nos belles créations. à travers la musique également. Un artiste peut mettre en lumière nos créateurs. Et donc, quand on a tout ça, à la fin de la journée, on se dit, on aura essayé. On attend les Parisiens. Oui, ça demande beaucoup de com, ça demande beaucoup de partage, mais on compte sur tout le monde pour relayer l'information. On a une agence de presse également qui fait le travail autour des journalistes parce que j'ai voulu faire venir des journalistes, des médias, pour leur montrer ce qu'on fait. que quand on parle d'Afrique... C'est de dire qu'on sait faire de belles choses et de venir découvrir et toucher par eux-mêmes. Donc oui, certes, mais à la fin de la journée, c'est une expérience et je sais qu'elle sera belle.
- Speaker #1
En tout cas, c'est important de souligner que l'organisation de ce type d'événement, il y a effectivement toute la partie faire venir les marques et effectivement, il y a le côté vente. Mais derrière, il y a aussi tout le relationnel que l'on va créer. Et l'idée, c'est que la réussite d'un événement, c'est bien souvent parfois la deuxième, la troisième année que l'on voit le retour sur investissement parce que c'est des relations qui se créent sur le long terme et ce n'est pas le premier événement. On va plutôt installer en fait et faire connaître, installer une marque, faire connaître un concept. Et puis, c'est à force d'aller-retour que l'on installe l'événement comme... une plateforme incontournable et reconnue, une référence. Et du coup, là, en fait, ce sont les gens qui sont en demande, qui disent « Qu'est-ce qu'elle est, la prochaine édition ? »
- Roselynd
Exactement.
- Speaker #1
C'est vraiment comme ça qu'il faut apprendre à dire les choses et effectivement s'appuyer sur des médias et des, j'imagine, des créateurs de contenu qui vont venir mettre en avant ce qu'ils vont découvrir à travers ce pop-up. Au niveau des marques, Ce sont des marques sénégalaises. Est-ce qu'il y a des marques qui viennent également d'autres pays ?
- Roselynd
Non, ce n'est pas que des marques sénégalaises. Et tu vois, en parlant, notre dernier pop-up s'est fait à Nairobi, pendant le Sommet France-Afrique. Moi, je connaissais Nairobi, mais pour tous mes créateurs, c'était la première fois, encore une fois. Mais ça a été une expérience vraiment extraordinaire. C'était un monde qu'on ne connaissait pas. On ne connaissait pas le Kenya. les habitudes des Kenyans. elles ont adoré nos tenues, elles ont acheté en masse. On a eu peur le premier jour. J'ai une créatrice ivoirienne, après deux jours, elle n'avait plus de tenue. Et c'est vraiment ça. Donc aujourd'hui... Ce n'est pas que des créateurs sénégalais. On a justement une créatrice kenyane qui vient. Et c'est ça la beauté de faire tous ces événements, parce qu'on rencontre de nouveaux créateurs également. On a le Togo qui sera représenté, le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Cameroun. Donc, on a en tout six pays qu'on regroupe. Donc, six belles marques.
- Speaker #1
Très bien. En tout cas, ce qui est intéressant là, c'est que toi, tu as vraiment l'expérience du pop-up. Puisque tu l'as fait dans différents pays et donc tu sais vraiment comment ça peut se passer. Donc on peut être surpris quand on arrive et qu'avoir des créateurs qui vont complètement se retrouver sans stock assez rapidement. On peut avoir cet effet où les gens n'arrivent pas forcément le premier jour et c'est le dernier jour où les gens se précipitent et du coup tout se passe dans les dernières heures. Donc c'est un vrai rollercoaster émotionnel que de gérer un pop-up parce que... Même si on essaie de tout anticiper, il y a toujours énormément de surprises.
- Roselynd
Mais toujours. Mais après, je te disais que moi, je suis dans l'événementiel, mais plus institutionnel. Je ne fais que du corporate depuis 2013. Gérer un événement, c'est pas simple. Peu importe la taille de l'événement, c'est toujours compliqué. Et encore beaucoup plus compliqué quand on le gère à distance. Donc, ce n'est pas évident du tout. Il y a toujours des surprises. Mais je dis le plus souvent, nous, on sait ce qui est prévu. S'il y a des couacs, le plus important, c'est que le client ne sache pas. Et on a un plan B, un plan C, un plan D. Et c'est ça l'événementiel. Et c'est aussi la beauté de l'événementiel, que tout ne soit pas carré. Et que sur le coup, on arrive à se rebondir, à faire autre chose à la place qu'on n'avait pas prévu. Et à la fin de la journée, c'est d'offrir une belle expérience aux gens. Et on y met en tout cas tous nos moyens, toute notre énergie pour le faire.
- Speaker #1
Oui, tu as bien résumé. Je pense que dans l'entrepreneuriat, il faut du cardio, mais dans l'événementiel, il faut encore plus de cardio. C'est-à-dire que c'est vraiment la partie du métier qui implique le plus de challenges. Donc, tu évoquais un partenariat avec Shusundur, notamment au niveau du Grand Bal, le fait de profiter de cet événement pour mettre en avant des marques. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de cette expérience-là que tu organises ?
- Roselynd
Avec le grand bal, je dirais juste de laisser les gens venir. C'est un grand rendez-vous. On vous attend à Bercy pour de belles choses. Je n'en dirai pas plus.
- Speaker #1
De toute façon, c'est toujours un événement qui est très attendu et qui réunit énormément de personnes de la diaspora et pas que, énormément de fans de Youssou N'Dour. C'est une excellente opportunité pour les marques que d'allier, que dans tout cas de... participer à cet événement-là et l'idée c'est que ce soit quelque chose de récurrent en fait.
- Roselynd
Exactement et je le remercie au passage.
- Speaker #1
Effectivement, c'est une belle tête d'affiche pour lancer en fait cette initiative-là, Afrique en Seine. Tu peux nous préciser dans quel quartier parisien vous avez choisi de positionner l'événement ?
- Roselynd
Alors, on sera aux 18 rues de Turène, dans le Marais, un quartier de la mode. Moi, j'adore le Marais. À chaque fois que je vais à Paris, très souvent, j'aime aller au Marais prendre des brunchs. Et je trouve qu'on y trouve plein de petites boutiques différentes. On prend le temps de se promener. Souvent, on est toujours pressé à Paris. Mais au moins, dans le Marais, on prend le temps de se promener. Et c'était important de se dire, les gens vont passer, visiter, regarder et découvrir de nouvelles choses.
- Speaker #1
OK, donc effectivement, Le Marais, à cette période de l'année, c'est vraiment un quartier qui est reconnu pour être très lié au secteur de la mode, du design. Et puis, c'est un quartier aussi qui est touristique. Donc, l'idée, c'est qu'il va y avoir les gens qui connaissent qui vont venir. Et puis, il va y avoir aussi des gens qui seront venus, des touristes qui se baladent tout simplement dans le Marais, qui vont pouvoir découvrir. C'est ça,
- Roselynd
des curieux.
- Speaker #1
Exactement. Toi, dans la sélection du lieu, est-ce que tu avais des impératifs ? Parce que c'est vrai que quand on cherche un lieu pour un concept store, on va définir une taille d'espace, on va se dire est-ce qu'on a une vitrine ou pas, est-ce qu'il y a un étage ou pas. Toi, est-ce que tu avais des impératifs ? Tu avais en tête un peu l'idée d'un lieu idéal ? Est-ce que ce lieu-là, il correspond en fait en termes de, on va dire, de bêtes carrées, d'espace et d'agencement ? À ce qui correspond vraiment à ce que toi, tu recherchais.
- Roselynd
Après, je veux dire, j'ai eu beaucoup de mal à parier sur de grands espaces parce qu'on amène quand même un grand nombre. Et c'était soit l'espace était grand, mais dans l'architecture, l'espace ne me convenait pas en tant que tel dans la disposition des espaces. Et soit c'était peut-être des fois hors budget. Et ensuite, on m'a parlé justement des Gilets jaunes qui reviennent. le samedi et donc je me suis dit qu'il faut trouver un espace où on peut se promener facilement, où on n'a pas de grandes avenues et le Marais pour moi c'était le lieu. Il fallait une belle vitrine, une grande vitrine assez aérée et je suis assez contente du choix. J'aurais préféré avoir un espace plus grand mais pour une première édition on fera avec ce qu'on a et je pense que c'est déjà un bon début.
- Speaker #1
C'est ça tout l'enjeu, c'est pour ça que je trouvais ça intéressant de te poser cette question. Il faut trouver la bonne localisation, il faut trouver la bonne taille d'espace et puis il faut aussi prendre en compte des contraintes qui peuvent être les gilets jaunes. En ce moment, il y a le blocus des lycéens. Donc, il faut prendre tout ça en compte pour réussir à, comment dire, et parfois, il y a des événements qui sont complètement indépendants de ta volonté, qui sont à prendre en compte. Donc, c'est important et c'est bien ton choix de dire, on commence comme ça et puis à la prochaine édition on fera différemment et on aura appris de cette première expérience pour pouvoir identifier des axes d'amélioration
- Roselynd
C'est exactement ça.
- Speaker #1
Au niveau de la conférence, est-ce qu'elle est ouverte au public ?
- Roselynd
Alors, on a mis en ligne les inscriptions. Malheureusement, c'est sous invitation. On a un nombre limité parce que l'espace, malheureusement, a un nombre limité de personnes qu'elle peut accueillir. Mais on a reçu aujourd'hui, je pense qu'on est à 150 inscrits et on va devoir sélectionner quelques inscrits. Et on a nous-mêmes nos partenaires qui invitent. Donc, On est sous invitation, malheureusement, mais tout de suite après, on ouvre le pop-up.
- Speaker #1
Très bien. Je trouvais que c'était important de le préciser, effectivement. Et c'est vrai que ce genre de conférence-là, c'est assez habituel quand on n'a pas forcément l'espace d'avoir un côté un peu sur invitation. Et puis ensuite, effectivement, le côté pop-up, il est ouvert à tous. Et en termes de défilé, l'idée, c'est que découvrir les créations, ce sera plutôt au niveau du grand bal. Mais est-ce que dans le cadre de... de l'événement rue Turenne, de l'espace, est-ce qu'il y aura une présentation de collection ou un côté un peu défilé qui est prévu ?
- Roselynd
Alors, il y aura une présentation de collection, on aura des modèles sur place qui présenteront les tenues et aussi on fera un live pour aussi permettre à tous ceux qui ne sont pas là de pouvoir suivre à partir de notre page Instagram. Et je pense que ça pourra aider également.
- Speaker #1
Oui, complètement. C'est vraiment des choses qui se développent de plus en plus, notamment sur TikTok, le côté live où on présente le portant, les produits, les prix. Soit il y a des commandes qui se font en ligne, soit ça invite des personnes, ça incite des personnes à se déplacer pour pouvoir découvrir la collection. Donc là, on est en plein, on est 10 jours, non même pas, 12 jours avant l'événement. que c'est le... Comment dire ? un petit peu le stress, les préparatifs de l'événement. Toi, aujourd'hui, si on se projette après l'événement, quelles sont les perspectives pour cet événement parisien et aussi pour, de manière générale, Nayel, ta marque et tes différentes initiatives sur les années à venir ? Toi, c'est quoi tes prochains « next steps » en fait ?
- Roselynd
déjà en mai 2027, j'organise à Dakar un forum sur les ICC que j'ai appelé AT, AT en anglais, Agir. Parce que l'idée est venue qu'il faut qu'on commence à agir et qu'on puisse vraiment créer des champions des industries créatives. Et donc, j'aimerais réunir en tout cas tout l'écosystème. On nous dit souvent il y a de l'argent dans les ICC et je me dis mais cet argent, il est ouf. On va le prendre comme on travaille. Et donc, l'idée, c'est de réunir toutes les institutions, les pays exactement et de nous dire Qu'est-ce qu'on doit faire ? Comment on doit travailler ? Combien d'années ça va nous prendre ? Et qu'est-ce qu'on fait concrètement pour que demain, on puisse voir des champions des industries créatives ? Et c'est vraiment ça le but de ce forum l'année prochaine. Et toutes ces initiatives qu'on met en place justement à la fin de la journée, c'est pour juste un seul but, transformer nos créateurs, transformer le talent en vraie entreprise, générateur de revenus conséquents.
- Speaker #1
Très bien, il y a vraiment en tout cas ce focus. On sent que toi, tu as un profil où tu as démarré dans la finance. On sent qu'il y a vraiment ce focus de... Certes, c'est bien de parler de créativité, mais il faut l'associer à un développement économique, à des créateurs qui, en fait, vivent de leur marque, vivent de leur création. Il ne s'agit pas juste d'être dans cette logique de je crée, je fais des collections, je produis, mais je peine à finir mes fins de mois parce que... Le secteur de la mode, c'est souvent un secteur passion. Et c'est un secteur qui implique énormément d'investissement au départ.
- Roselynd
Exactement. Tu as tout compris. C'est vraiment ça. C'est bien beau. Les artistes, souvent, parce que quand on parle de mode, on a souvent affaire à des artistes et qu'il faut canaliser. Et ils n'aiment pas les chiffres. Donc souvent, dès que tu commences à parler chiffres, ils se disent, oh là là, de quoi on parle ? Même un calcul de seuil de rentabilité, OK. Combien tu vends ce produit ? Il te revient à combien ? Quel est ta marge ? Ils ont du mal. Et donc l'idée, c'est vraiment de les accompagner dans tout ce processus. Parce que dire à un artiste de commencer à faire des calculs à la fin du mois, c'est le perdre même dans sa créativité. Donc comment on accompagne nos créateurs ? Comment on les forme ? Comment on les structure de façon à s'utiliser de vraies entreprises ? C'est vraiment ça, je pense, la vieille de Naël.
- Speaker #1
Et c'est clairement ce dont on a besoin aujourd'hui. Comme tu le disais, des créateurs, il y en a plein, des personnes talentueuses qui proposent des concepts de marques avec un storytelling, une identité forte. Ça ne manque pas sur le continent africain, vraiment, ce n'est pas ça qui manque. Maintenant, c'est des business models solides et pérennes qui parviennent à se développer à la fois sur le continent et à l'extérieur. c'est là où le bas blesse et c'est là où il y a vraiment besoin de structurer, de former d'accompagner pour que toute cette créativité, elle soit en fait accompagnée d'un développement économique.
- Roselynd
C'est exactement ça, oui.
- Speaker #1
Très bien, on arrive à la fin de cette interview. L'idée, c'était vraiment de pouvoir partager avec toi tes différentes initiatives en faveur de la promotion des industries culturelles et créatives africaines et de parler de l'événement Afrique en Seine qui aura lieu à la mi-octobre à Paris, rue de Turène. Donc moi, de toute façon, je partagerai... les liens d'événements et la présentation des marques dans les notes de l'épisode.
- Roselynd
Merci à toi.
- Speaker #1
Écoute, avec plaisir. Merci pour ta disponibilité et pour tout ce que tu nous as partagé en termes de développement et d'idées entrepreneuriales pour la mode africaine.
- Roselynd
Merci Ramatha.
- Speaker #1
Avec plaisir. Je te dis à très vite. Et pour le coup, en général, la formule consacrée, je dis toujours à très vite en Afrique ou ailleurs. Mais là, on sait que c'est à très vite à Paris qu'on se retrouve.
- Roselynd
À très vite à Paris et juste dire à tout le monde, la mode africaine, elle n'est pas seulement destinée aux Africains. Donc, nous attendons tout le monde, des gens de nationalités différentes, des Européens, des Américains, des gens qui veulent découvrir ce qu'on a vraiment de beau en Afrique, de belles marques. Et donc aujourd'hui, c'est ce que je veux montrer à Paris, que ces marques peuvent être portées par tout le monde. Donc, on attend les Parisiens, on t'attend toi également et ça a été un plaisir de partager et d'échanger avec toi.
- Speaker #1
Plaisir partagé, à très bientôt.
- Roselynd
À très bientôt Ramada.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté l'épisode jusqu'au bout. Je vous invite à pratiquer quelques petits gestes à impact fort pour m'aider à gagner de la visibilité sur ce podcast. Vous pouvez partager l'épisode à trois de vos amis. Vous pouvez laisser un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. Je vous invite également à cliquer sur les cinq étoiles pour donner de la force. Je vous dis à très vite en Afrique ou ailleurs.