- Speaker #0
Ce musée, on le pense comme une espèce de cellule, une espèce de corps vivant, une cellule dans laquelle les humains qui y travaillent, ceux qui viennent visiter, sont des éléments qui font partie de ce système, de cette cellule. Ça, c'est ce qu'on appelle le musée œuvre régénératif vivant. C'est notre projet. Le musée, c'est à mon avis le lieu emblématique pour faire tout ça, pour créer tout ça, parce qu'il est justement dans cette stabilité à résister à un monde qui est totalement instable en permanence et à trouver des solutions là où on ne l'attend pas.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Laure Armand-Dérouville, vous écoutez Agora, le podcast qui casse les idées reçues sur le musée sanctuaire. Je vous embarque dans ma réflexion sur le rôle sociétal des musées, à la rencontre de personnes qui innovent avec et pour les habitants, pour en faire des lieux plus ouverts et plus partagés. Bonne écoute ! Aujourd'hui, je vous emmène au Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges, à la rencontre de son directeur Sébastien Minchin. Le muséum est situé au milieu du Parc des Expositions et séparé du centre-ville par un boulevard à quatre voies. Cet ancien marais, totalement artificialisé, illustre parfaitement la réflexion que le muséum porte au sujet de l'impact humain sur l'environnement et en particulier sur la biodiversité. Bonjour Sébastien Minchin, pouvez-vous vous présenter ?
- Speaker #0
Sébastien Machin, directeur du Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges, conservateur en chef au niveau de la fonction publique. Et puis voilà, c'est arrivé ici en fin 2017 au sein du Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges, là où je l'ai commencé, encore vrai qu'à terre, il y a presque 30 ans. Le Muséum d'Histoire Naturelle de Bourges, c'est un muséum plutôt récent, puisqu'il a été créé justement il y a un siècle. Il a été créé à partir de... d'une exposition qui avait eu lieu en 1926, qui avait attiré énormément d'habitants berruyés à l'époque. Et c'est un muséum atypique, je pense et je trouve, parce qu'il a su développer une stratégie très particulière autour des chauves-souris, d'études et de projections des chauves-souris, qui, par le biais de mes prédécesseurs, ont permis d'aller... à la rencontre des habitants humains du département et de travailler avec eux sur l'aménagement du territoire, sur la question de la biodiversité, avec des espèces parapluies, des espèces emblématiques que sont les chauves-souris, qui à l'époque n'étaient absolument pas étudiées puisque ça vit la nuit, puisque la technique de l'époque ne permettait pas de les suivre au niveau des ultrasons et ne permettait pas d'aller si loin qu'aujourd'hui. Ce qui fait que ce muséum est le référent national chauve-souris depuis plusieurs décennies.
- Speaker #1
Et comment êtes-vous passé d'un engagement en faveur des chauve-souris à une réflexion si poussée en termes d'écologie et d'environnement ?
- Speaker #0
Il faut se dire qu'un musée, à l'origine, c'est le premier cercle. C'est des collections, c'est des inventaires, c'est de la recherche qui va être faite sur ces collections. Et puis c'est de la valorisation par le biais d'expositions et de médiations. On se retrouve dans des thématiques. quotidiennes qui sont le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, l'impact de l'homme sur son environnement. Bref, que des thématiques super joyeuses, très entraînantes. Et en fait, pendant longtemps, les muséums d'histoire naturelle ont alerté justement sur ces questions-là avec des éléments scientifiques, en s'appuyant sur les collections. Et on faisait des expositions qui étaient très anxiogènes par rapport à tout ça. On se rend compte que dans ce premier cercle, finalement, on va arriver à capter que les visiteurs, que le public qui est déjà complètement dans ces problématiques-là. Et on venait lui rajouter une couche supplémentaire, une espèce de pelletée de terre supplémentaire, alors qu'il venait à la fois pour apprendre, dans une logique culturelle, scientifique, de loisirs, etc. Et dans ce cadre-là, ce dont je parlais tout à l'heure, c'est-à-dire le... L'expertise et l'expérience que l'on a menée avec les chauves-souris nous ont montré qu'on pouvait déplacer des montagnes en travaillant justement sur les logiques de coopération et de prise en compte du vivant et des rapports de coopération et de symbiose entre les humains et le reste du vivant qu'on appelle les non-humains. On nous appelait pour nous dire, voilà, j'ai une colonie de chauves-souris chez moi, c'est affreux, je veux que vous m'en débarrassiez, elles vont se prendre dans mes cheveux, elles vont se nourrir de l'isolant, elles vont se reproduire comme des souris. Bref, je ne vais pas pouvoir m'en débarrasser. Et le fait de travailler avec ces habitants, de leur faire comprendre par rapport à leurs idées reçues la réalité de terrain, ça fait qu'on se retrouvait à la fin de la rencontre, éditant, passé avec ces habitants humains, ce qu'ils soient fiers d'avoir une colonie chez eux. Et le fait d'être fiers d'avoir une colonie chez eux fait qu'ils sont devenus un peu les spécialistes de leur colonie dans l'éco-citoyenneté. Ils sont ceux qui sont le plus capables d'informer le muséum. par rapport à l'évolution de cette colonie. Et puis, on s'est rendu compte que ça avait un rôle aussi social. Ça avait un rôle social, c'est-à-dire que les voisins étaient au courant qu'il y avait la colonie chez les gens. Quand vous faisiez un barbecue ou un apéritif, ça se terminait le soir en regardant les bêtes sortir du gîte, par exemple. Ça avait un rôle environnemental, parce que plus je vais essayer de me soucier de la santé de cette colonie, plus je vais améliorer mon environnement. Et on s'est dit, ça c'est intéressant, parce que justement, c'est le deuxième cercle du muséum. Ça nous a permis de travailler avec des acteurs des territoires, qui ne sont pas ceux d'un musée habituellement, sur le comment on peut mettre en place des actions de coopération qui vont plus loin que ce qu'on avait imaginé au départ. Le muséum de Bourges, c'est le premier qui a réussi au niveau du territoire à faire un aménagement du territoire, en prenant en compte la question de la biodiversité dès le départ. On a préservé un site d'hibernation et on a aménagé la rocade. pour que les chauves-souris puissent sortir de leur hibernation sans se faire taper par la circulation de la rocade. Et tout ça en gagnant sur des terres de l'armée. Et fort de ce deuxième cercle, de cette expérience-ci, on s'est dit qu'il faudrait qu'on arrive à coupler tout ça, non pas que sur les chauves-souris, non pas que sur une logique environnementale, sociale, économique, agricole, etc. Il faudrait arriver à le coupler dans tous les domaines. Et c'est comme ça qu'est né le projet Symbiosed. lié à un livre qu'on était plusieurs à lire, qui a été écrit par Glenn Albrecht, un scientifique australien, qui se questionne justement sur comment mettre en place un nouveau modèle sociétal, sachant que l'anthropocène, le monde dans lequel on vit aujourd'hui, est arrivé au bout et que l'on voit qu'il a complètement déséquilibré les équilibres planétaires. Alors le sein de scène, c'est quoi ? En fait, c'est le monde dans lequel on vit actuellement. Donc l'anthropocène est un monde où l'humain pense qu'il est au-dessus ou totalement indépendant de la nature. Il est dans une logique de paramétrage de performance. Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a d'autres modèles possibles. C'est-à-dire, maintenant, on vit sur une planète dont nous ne sommes que des passagers parmi d'autres dans une évolution planétaire. Comment est-ce qu'on pourrait faire que l'humain prenne conscience qu'il est nécessaire, et New Generation, qu'il est nécessaire d'adapter le territoire pour le rendre viable et désirable pour les générations futures ? Pour nous et les générations futures, ça va être très compliqué. On va prendre... et on commence à prendre cinq grands murs. Le premier de ces murs, c'est les pandémies. Le deuxième mur, c'est l'effondrement socio-économique. Le troisième mur, c'est le dérèglement climatique. Le quatrième mur, c'est l'effondrement de la biodiversité, qui est le plus important parmi ces quatre, et qu'on n'a pas du tout pris en compte. Et le cinquième, c'est les limites planétaires. Et donc, par rapport à ces cinq murs, on s'est dit, comment est-ce qu'on pourrait faire pour changer le modèle ? Et le modèle, il est celui qu'on a proposé, qui est de dire, en fait, l'ensemble du vivant vit, qui cercle. par la compétition, mais vit majoritairement par la coopération et la symbiose. Et comme ça ne se voit pas, tant qu'on ne l'a pas remarqué, tant qu'il n'y a pas un déséquilibre, ces symbioses se font en permanence. Et on n'en a absolument pas conscience. On n'est pas tout en haut, on n'est pas au milieu, on fait partie d'un tout. C'est la valorisation de tous les territoires invisibles, humains et non humains, de coopération. Et puis, c'est être sur une logique de long terme. C'est-à-dire qu'on met en place un modèle dont on ne verra pas le résultat, mais qui va être très important pour les générations futures. Voilà un peu l'idée. Ça veut dire qu'on repense tout et on sort de nos certitudes d'humains pensant qu'ils dominent le tout.
- Speaker #1
Et concrètement, comment le Symbiosen s'invite-t-il dans un musée ?
- Speaker #0
On n'avait pas trouvé l'opportunité, le moment spécifique pour pouvoir lancer ce projet Symbiosen. La période Covid montrait justement qu'on était arrivé au bout des limites de notre système et que les muséums auraient dû... aurait pu expliquer au public, aux visiteurs, au public, aux sauces larges, aux habitants, ce qui était en train de se passer, ce qu'on était en train de vivre en direct, avec la science, la recherche en train de se faire. Et l'après-Covid a été intéressant parce qu'est arrivé les appels à candidature pour Capital Européen de la Culture. Et fort de tout ça, on s'est dit, allons-y, parce que justement, on pourrait raconter une histoire différente, un modèle différent. dans lequel on ne fait pas que de la culture, puisque c'est capitale européenne de la culture, on ne fait pas que de la culture art contemporain, etc., de la culture habituelle, on irait sur de la culture scientifique. Et si on va sur de la culture scientifique, il faut qu'on se serve de ces différents cercles pour essayer d'amener, non pas que sur des expositions ou des événements, scientifique, mais d'amener sur justement un changement de modèle sociétal. Ça veut dire que par exemple si on prend le muséum de Bourse, c'est un muséum qui est créé avec trois bâtiments distincts. Un bâtiment du 19ème, un bâtiment du 20ème traditionnel avec béton, parpaing et puis charpente bois et un bâtiment industrialisé. Et en fait l'idée c'est de se bier dans la transformation de ce lieu il faut qu'il illustre justement le passage de l'anthropocène au symbiocène. Aujourd'hui, ces trois bâtiments sont énergivores, il fait une chaleur à crever l'été, ces bâtiments ne sont pas adaptés, ils sont très entraînants, mais arrêtons de construire, arrêtons d'étendre sans arrêt les villes, servons-nous de ce qui existe déjà. Et le fait de se servir de ce qui existe déjà, ça veut dire qu'on va rénover. Il va falloir aller plus loin que ce qu'on en a fait jusqu'à maintenant. Le muséum fait 3 mm². Maintenant, ces 3 mm² doivent me permettre de régénérer, de stocker. plus que ce que j'ai pris au niveau du sol planétaire et pour reconnecter avec l'ensemble du vivant. Ça veut dire que chacun des mètres carrés va être repensé pour stocker l'eau sur place, pour stocker le carbone, pour ramener de la biodiversité, pour repenser la coopération entre les humains et les non-humains, pour repenser l'ensemble du système. Imaginons ce muséum. vous n'en faites plus un bâtiment que pour les humains, vous me remplacez, vous en faites un écosystème où l'objectif va être de ramener le plus de biodiversité potentielle hors humain. Cette biodiversité que vous allez ramener, elle va jouer un rôle très fort, c'est-à-dire qu'elle va jouer un rôle tampon, elle va jouer un rôle de climatiseur naturel vis-à-vis des périodes de canicule, elle va jouer un rôle de biodiversité, elle pourrait être nourricière. pour planter une mini forêt jardin avec des espèces nourricières. Ça veut dire que le visiteur, plutôt que d'aller se prendre un truc au distributeur de malbouffe, va se nourrir directement sur ce qu'il y a à côté du muséum. Ça peut lui donner envie d'aller plus loin, chez lui, sur sa parcelle de jardin, au pied de son immeuble, etc. Ça veut dire que ce musée, on le pense comme une espèce de cellule, un espèce de corps vivant, une cellule dans laquelle les humains qui y travaillent, ceux qui viennent visiter, sont des éléments qui font partie de ce système, de cette cellule. Ça, c'est ce qu'on appelle le musée œuvre régénératif vivant. C'est notre projet. Là, on a lancé un appel d'offres pour l'utilité d'œuvre. Je pense qu'on verra bien sur l'épisode, mais je pense qu'on est tombé sur des gens, justement, aussi qui ont cette ouverture d'esprit de se remettre en question et de se dire, ben non, en fait, ce projet-là, c'est un projet qui peut être très intéressant parce que c'est un projet de recherche, clairement. ou va-t-il... tâtonner, on va tenter des trucs, on va peut-être se rater sur certaines parties, puis d'autres vont bien marcher, peut-être même au-delà de ce qu'on avait imaginé par rapport à tout ça. Mais ça en vaut vraiment la peine parce que ça va nous amener à changer de modèle.
- Speaker #1
Pouvez-vous me parler en particulier de la question des collections et des acquisitions ?
- Speaker #0
Et ça questionnait du coup les collections qu'on a au sein du musée, au sein d'un muséum. C'est-à-dire que quand on regarde tous nos muséums, on se rend compte qu'ils ont tous les mêmes types de collections. Si je prends par exemple les animaux, je vais avoir des girafes, je vais avoir des éléphants, je vais avoir des lions, je vais avoir des loups, je vais avoir des espèces qui sont à notre taille, à notre échelle. Quand on a fait en 2022 une exposition sur le sol, pour parler de ce territoire invisible qu'est le sol et de son importance, et du fait qu'on l'avait complètement mésestimé, sous-estimé, c'était juste avant la loisanne du point de vue aménagement du territoire, Et bien en fait, on s'est retrouvés... Un peu bloqué parce qu'en fait, quand on faisait le tour auprès des différents muséums, personne n'a de collection de vertes terres, personne n'a de collection de micro-organismes du sol, personne n'a de collection de colamboles, personne n'a de collection d'un arc complet, avec son système racinaire qui est tout aussi important en termes de taillé de volume que ce que l'on voit par rapport à tout ça, ce que l'on voit au-dessus du sol. Et là, on s'est dit, il y a un vrai truc à mener, c'est-à-dire que notre représentation du monde est complètement fausse. Elle est liée à ce qu'on a acquis, Mais ce que l'on a acquis est à notre échelle. Et ça n'est pas du tout à l'échelle planétaire de la biodiversité telle qu'elle est la plus importante. La biodiversité planétaire est à l'échelle microscopique. Et elle est aussi liée à la coopération entre les différents vivants. C'est-à-dire que vous vous retrouvez à la fois sur des micro-organismes, donc de l'infiniment petit, et dans le même temps on est en train de se rendre compte qu'une forêt c'était un super organisme finalement. Un truc démentiel qui fait des... centaines d'hectares et qui est capable de communiquer sur l'ensemble de sa partie par ses systèmes racinaires, par ses systèmes aérés. Ça veut dire que l'on est sur une autre échelle et que notre perception du monde... et de la biodiversité est totalement fausse. Conserver des échantillons de terre, conserver des échantillons de micro-organismes, conserver des éléments qui sont invisibles est un élément qu'il va falloir prendre en compte. Le problème, c'est qu'ils ne seront pas forcément sexy en tant que tels. Montrer un micro-organisme, ça n'a rien de sexy. Il faut passer par du numérique, il faut passer par des éléments qui sont compliqués. La conservation peut être compliquée, sauf si on fait des banques d'ADN, etc. Mais ce n'est pas... sexy vis-à-vis du grand public pour lui faire passer des messages. Donc ça va complètement nous questionner. Et ça, ça fait partie des sujets sur lesquels on travaille dans le cadre du musée Régénératif Libre. Et puis, il y a cette notion de l'intérieur-extérieur. Ces collections mortes à l'intérieur du musée qui doivent être en résonance avec les collections vivantes, avec la biodiversité vivante à l'extérieur et qui peuvent nous servir finalement à montrer ce lien qu'il peut y avoir entre les deux. qui va permettre d'améliorer finalement notre relation au monde.
- Speaker #1
L'engagement écologique du Muséum de Bourges s'inquiète donc du bâtiment, du confort des visiteurs, mais aussi du domaine scientifique, la conservation des collections, qui ne sont pas climatisées, les thématiques d'exposition et jusqu'aux acquisitions. Cette démarche se démarque de celle de la majorité des musées par son caractère holistique, une vision globale en cohérence avec le souhait des équipes du Muséum de changer de système. Je demande donc à Sébastien Lachin de nous en dire plus sur la manière dont le muséum essaime sur le territoire pour porter sa vision.
- Speaker #0
Ce modèle-là, on pourrait essayer de l'adapter, de l'appliquer partout et de créer de nouvelles petites cellules. Ça veut dire que quand l'équipe municipale, par exemple, dit « Sébastien, en tant que directeur du muséum, ça serait bien que tu interagisses avec tes collègues urbanistes de la ville, de la Boirie, des espaces verts et ainsi de suite, sur comment on pourrait imaginer la ville de demain. » permettant d'être viable et désirable pour les générations futures. Ça veut dire que je n'ai pas les compétences techniques, mais je vais essayer de les amener vers justement cet esprit scientifique et poétique de dire, et si on imaginait la ville non plus comme une ville créée par l'humain pour l'humain, qui a évacué tout le reste, l'ensemble de la nature, qui a évacué la pluie, comment est-ce qu'on repense la ville en faisant que cette ville soit un corps urbain vivant, dans lequel on va essayer de faciliter la... coopération avec l'ensemble des vivants, avec l'ensemble... Alors en fait, ce projet Symbiosène, il est né dans le cadre de ce que je disais tout à l'heure, la candidature de Bourges à la capitale européenne de la culture pour 2020. Et contre toute attente, c'est un des éléments majeurs qu'a fait gagner Bourges. Parce que justement, il a mené quelque chose de positif, un récit positif, un récit nouveau, aussi auprès du jury européen, constitué de spécialistes de la culture, d'artistes. des logiques administratives européennes et ainsi de suite. Et ça les a touchés. Parce qu'ils étaient au même niveau que nous à se dire comment est-ce qu'on pourrait faire pour que la culture permette de passer dans le monde d'après. Comment est-ce qu'elle pourrait nous servir finalement à embarquer un maximum d'habitants humains sur ce monde d'après. Et on a continué à jouer dans notre cours en disant ben non, en fait, nous on est l'invisible. Parce que l'invisible paraît très intéressant, parce que c'est territoire invisible humain que l'on a complètement sous-estimé. sont souvent ceux sur lesquels il va se passer des choses que n'arrivent pas à faire les gros parce que c'est trop compliqué administrativement, parce qu'hiérarchiquement c'est compliqué, parce que c'est beaucoup plus d'entités. Et ces petits territoires invisibles humains peuvent être finalement peut-être les modèles de demain par rapport à toutes ces questions. On va créer des expositions autour de ces thématiques symbiocènes, au sein du muséum et puis à l'extérieur, pour essayer d'embarquer un maximum de visiteurs, un maximum d'habitants du territoire. Et puis, dans les partenaires avec lesquels on commence à travailler sur ce territoire, il y a par exemple l'économique, les acteurs économiques. Les acteurs économiques, ils seront intéressants parce que quand on leur parle et quand tu leur présentes ce récit symbiocène, le comment on passe du monde d'avant au monde d'après, ils me disent, c'est restien, en tant que chef d'entreprise, ça me parle. Alors, je n'ai pas les mêmes mots, mais ça me touche parce que moi, j'ai des problématiques de matière première, de bien-être au travail, de ne pas voir mes collaborateurs partir. et avoir un turnover, qui se sentent bien. Et comme il a montré, il y a aussi ce besoin d'être en adéquation entre le métier que je fais et puis la réalité, ma réalité, ma philosophie et ainsi de suite. On est en train de travailler avec les collègues de la CCI du Cher sur comment on pourrait mettre en place avec les acteurs économiques, par exemple, toute une culture commune autour de l'économie symbiotique, l'économie régénérative. l'économie des permantes prises, etc. Et c'est super intéressant parce que ça nous force les uns les autres à décaler le regard. Et puis un dernier acteur avec lequel on a réussi à concrétiser, c'est justement les acteurs de la santé sur le territoire. Et donc là, dans le nouveau contrat local de santé, on s'est dit, ce qui serait peut-être bien, c'est qu'on essaye de vivre mieux, de travailler plutôt le avant, la prévention, le préventif par rapport à ça. Et le préventif, c'est quoi ? C'est, si je veux améliorer ma santé humaine, il faut que j'améliore ma santé, mon alimentation par exemple. Il faut que j'améliore mon environnement professionnel. Il faut que j'améliore ma qualité de vie au sens large. Ça veut dire que plus je vais travailler sur ma santé environnementale, plus je vais l'améliorer. qui aura de répercussions sur ma santé humaine, qui aura elle-même de répercussions sur ma santé mentale. C'est le concept One Health, une seule santé. Et le territoire Saint-Diocène, c'est justement améliorer la santé environnementale. C'est de se dire que tout est lié. Nous sommes complètement dépendants de l'ensemble du système. On va travailler par exemple sur les ordonnances muséales, comme ça se fait dans un certain nombre de musées déjà, les ordonnances statistiques, la question des bains de forêt. En fait, on se rend compte que le fait d'aller se balader en forêt, Le fait de jardiner, le fait de mettre les mains dans la terre et ainsi de suite, c'est très intéressant et important parce qu'on va recréer du lien avec cette nature et avec l'ensemble des vivants. Jardiner, en fait, on va simuler les micro-organismes du sol. Ces micro-organismes du sol, par le fait de tribatouiller la terre, de la retourner, va faire que l'on va avoir des chutes d'endorphines, donc de morphines qui vont être dégazées par ces micro-organismes du sol. que vous allez respirer un peu à comment. Et le résultat, c'est qu'après, vous vous sentez bien.
- Speaker #1
Vous nous avez parlé de tous les partenaires avec qui le musée travaille. Qu'en est-il de la participation citoyenne ? Est-ce que vous dialoguez avec les habitants directement ?
- Speaker #0
C'est hyper important d'embarquer le plus d'habitants humains possible. Parce que, du point de vue cartographique, si on fait une expo sur Saint-Biocène, juste pour nous flatter notre égo, ça, c'est le monde anthropocène. flatter notre égo et puis répondre à la case sans qu'il y ait de plus, ça n'a aucun intérêt. Quand on regarde un territoire, quel que soit ce territoire, une ville, un village et ainsi de suite, le propriétaire majoritaire, celui qui peut déclencher un changement de système, ce n'est pas la collectivité. La majorité du territoire appartient aux habitants, aux habitants humains, aux particuliers qui ont un jardin, une maison, qui vivent dans un immeuble. etc. Ça veut dire que si on veut changer le modèle, si on ne s'arrête que auprès des obligations ou de la démarche simplement sur la collectivité, ça ne marche pas jamais. Il faut arriver à ce que tout le monde participe à cet élan, ce changement et ce qui est intéressant, c'est qu'on n'a pas besoin d'être spécialiste, on n'a pas besoin de pouvoir tout révolutionner dans son propre jardin. C'est juste se re-questionner, c'est juste se dire, tiens, là, j'avais mis deux places de parking artificialisées dans ma maison pour mettre mes deux places de voiture. En fait, je vais peut-être me dire que si les pneus sont sur la terre, ce n'était pas très grave. Si j'arrive à désartificialiser cette zone, c'est peut-être positif parce que ça va ramener de l'eau dans le sol, ça va ramener de la biodiversité. Puis tiens, je pourrais peut-être planter un arbre qui va servir d'ombre à ma voiture, etc. Et en faisant ce genre de choses, finalement, c'est tout le projet Saint-Diocène. C'est montrer que ça part de la base, que chacun peut se dissiper à cette évolution, peut devenir un peu comme ce qu'on disait tout à l'heure sur les chauves-souris, peut devenir finalement le spécialiste de comment évolue sa parcelle de terrain planétaire. Et il peut donner des bonnes idées aux voisins, qui en donnera aux voisins, et ainsi de suite. Dans le cadre des expos, je ne sais pas si on y arrivera, mais l'idée, c'est vraiment de transformer le visiteur, qu'il vive une expérience transformative. Pas pour l'amener vers... Pas pour le lobotomiser, ni quoi que ce soit, mais lui montrer que c'est faisable partout et que ça ne peut être que mieux pour lui et surtout pour les générations futures. Notre réflexion, c'est qu'un muséum, c'est peut-être le lieu qui est le plus... légitimes pour faire passer ces modèles-là. C'est vis-à-vis des collègues, des autres collègues, des autres musées, muséums. Nous sommes les plus légitimes pour changer le modèle. Pourquoi ? Parce que quels que soient les bords politiques, quels que soient les gouvernants, quelles que soient les décisions et les contre-décisions que l'on a vécues tout au long de nos histoires diverses et variées, on est toujours là. On est toujours là. On nous a réduit les budgets, on est toujours là. On a fermé un moment, on est toujours là. On rouvre un autre moment parce qu'on est, les vents tombent, etc., etc., on est toujours là. Eh bien, il faut se servir de ça, il faut se servir de ces collections, il faut se servir du passé pour comprendre le présent et essayer d'imaginer et de créer un avenir différent. Et le lieu, à mon avis, qui est le plus à même de faire ça, c'est le musée. Si la stratégie chauve-souris avait été mise en place par une association, par exemple Naturaliste, ça n'aurait jamais tenu 40 ans. Ça n'aurait jamais tenu un demi-siècle et ça n'aurait pas continué aujourd'hui. Parce que ça aurait été lié simplement à quelques personnes et à leur envie de porter le modèle. À partir du moment où c'est mis en place dans une collectivité, la collectivité est normalement quelque chose d'assez stable. Le musée, c'est à mon avis le lieu emblématique pour faire tout ça, pour créer tout ça, parce qu'il est justement dans cette stabilité à résister à un monde qui est totalement instable en permanence et à trouver des solutions là où on ne l'attend pas. Et les petits musées sont hyper intéressants pour ça, parce qu'ils arrivent à se débrouiller avec pas grand-chose.
- Speaker #1
Quand on fait un lien entre l'échelle des musées ou des collectivités et leur capacité à innover et à multiplier leur impact, on a tendance à penser que les plus gros ont le plus de capacités. Plus de budget, plus de personnel, plus de temps. Et c'est oublier de regarder le modeste. Combien de tout petits musées réussissent à tisser des relations qui font sens sur le long terme ? Combien de bibliothèques fédèrent les habitants d'un quartier ? Combien de tiers-lieux ruraux donnent accès à la culture et créent de la solidarité ? Réfléchir au qualitatif plutôt qu'au quantitatif. On commence à le faire, mais nous ne sommes pas au bout de nos peines. Sébastien Machin, pouvez-vous me donner trois mots ? qui résume à votre avis le projet que vous portez au Muséum de Bourges ?
- Speaker #0
Je dirais coopération. Je dirais, évidemment, il va y avoir Saint-Diocène. C'est une évidence. Mais l'autre mot, ça serait plutôt... Ce n'est pas un mot, c'est plusieurs mots. Ça va être changer une modèle, changer ce style de nos certitudes. Être curieux, changer le regard. C'est vraiment ça.
- Speaker #1
Si vous aviez... Un conseil à donner à des musées qui souhaiteraient aller dans la même direction que la vôtre, quel serait-il ?
- Speaker #0
Sortir de son précaré, sortir de sa strata, sortir de son entre-soi avec son réseau habituel. Aller questionner les collègues au sein de la collectivité, des autres directions, des autres services. Sortir de la sphère culturelle. Sortons de tout ça. Parce qu'une bonne partie de ce changement de système est le fait d'aller questionner. d'aller échanger, d'aller coopérer avec les autres et de sortir d'un système très siloté, très organisationnel, très sectorisé du monde d'avant dans lequel on essaye de nous maintenir. Nous, il n'y a plus d'organigramme, par exemple, dans cette organisation, parce qu'on est tous sur la même planète, on est tous dans le même bateau. Donc, les solutions peuvent venir de celui que l'on considérait comme étant le moins Le moins éduqué, celui qui avait fait loin d'études, celui qui était tout en bas de l'échelle hiérarchique, parce que lui, il est directement sur le terrain. Ramasser les feuilles quand il fait 40 degrés, faites-le une fois et vous verrez que le chef d'entreprise va changer sa méthode s'il prend la place. Une des problématiques que l'on a aujourd'hui, de façon très complète, c'est le comment, au niveau de nos institutions, au niveau de nos organisations, au niveau des partenaires financiers potentiels, on repense le tout dans un modèle où les subventions, le système tel qu'il a été mis en place, ne correspondent plus. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, mon gros problème, c'est ça. On est sur une utopie. C'est d'arriver à connecter les organisations et tout un système administratif qui n'est pas pensé. dans cette logique du monde d'après, en tant que tel.
- Speaker #1
Le muséum de Bourges porte un engagement très marqué qui pourrait être critiqué pour son caractère militant. Néanmoins, il répond au moins clairement à la question « un musée peut-il être engagé ? » Mais la philosophie sur laquelle la stratégie du musée s'appuie a un fondement scientifique, en lien direct et évident avec les collections et les missions d'un muséum d'histoire naturelle. Une preuve encore qu'un musée ne renie pas ses missions fondamentales. s'il cherche à accroître son impact sociétal. Bien au contraire. C'était Agora, un podcast créé par Laura Armand-Dérouville. Il reçoit le soutien de Muséum Connexion et de la chaire ingénierie de la culture et de la création du CNAM, dirigée par Lucie Marigny. Retrouvez un nouvel épisode le 1er jeudi de chaque mois. À bientôt !