- Speaker #0
Ce qu'on souhaite le plus possible, en fait, c'est désacraliser, faire en sorte que ce ne soit pas un sanctuaire, un lieu comme la cité ou un musée, et donc montrer que c'est un lieu où on peut aussi prendre du plaisir.
- Speaker #1
L'idée des actions de la cité, notamment avec la bibliothèque, la salle de lecture publique, c'est d'essayer de développer ce goût pour la lecture, d'essayer à travers la bande dessinée peut-être d'avoir une approche pédagogique, mais aussi ludique autour de la lecture.
- Speaker #2
Bonjour, je m'appelle Laure Armand-Dérouville, vous écoutez Agora, le podcast qui casse les idées reçues sur le musée sanctuaire. Je vous embarque dans ma réflexion sur le rôle sociétal des musées, à la rencontre de personnes qui innovent avec et pour les habitants, pour en faire des lieux plus ouverts et plus partagés. Bonne écoute ! Aujourd'hui, nous partons à Angoulême découvrir la cité internationale de la bande dessinée et de l'image. Nous allons à la rencontre de Mélissa Brun, Mélissa Jarouss et Jean-Philippe Martin pour parler de l'impact de ce lieu particulier, à la fois local, sociétal et économique. La cité se situe à cheval entre les deux rives de la Charente, avec pour trait d'union une passerelle piétonne et la mythique statue de Corto Maltese. Une seule cité, trois bâtiments, une multiplicité d'activités et d'usages possibles qui traduisent une attention particulière à ses visiteurs, locaux, nationaux ou internationaux, professionnels, amateurs ou profanes. Je vous emmène, c'est parti ! Bonjour à tous les trois, pouvez-vous vous présenter ?
- Speaker #0
Je m'appelle Jean-Philippe Martin, je travaille ici à la Cité de la Bande Dessinée depuis un peu plus de 20 ans. J'occupe actuellement les fonctions... Il y a peu de conseillers scientifiques recherche au sein de la cité et depuis très très peu, je suis directeur des publics et de la lecture publique.
- Speaker #1
Je m'appelle Mélissa Jarousse, je suis chargée de médiation à la Cité de la Bande dessinée et je suis notamment en charge des projets en lien avec les publics dits du champ social.
- Speaker #3
Je m'appelle Mélissa Brun, je suis chargée de médiation culturelle à la Cité de la Bande dessinée et en charge du public scolaire.
- Speaker #2
En quelques mots, qu'est-ce que la Cité internationale de la Bande dessinée et de l'image ?
- Speaker #0
La Cité, c'est un établissement public qui est en fait la prolongation d'une institution qui est née il y a un peu plus de 30 ans, qui était une association qui s'est appelée Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image, qui elle-même était née dans le prolongement et le succès du Festival de la Bande Dessinée, qui lui remonte au début des années 70. Et il y a en 2008-2009, les pouvoirs publics. ont décidé de transformer cette association et puis surtout de rassembler dans une même entité les activités liées à la bande dessinée en Goulême. Il y avait comme une évolution normale, logique, une suite logique dans l'idée qu'on puisse continuer à évoquer, à parler de la bande dessinée, à travailler sur la bande dessinée au-delà de la semaine du festival. Donc oui, de fil en aiguille, on en est venu à imaginer. Une maison de la bande dessinée, un centre de la bande dessinée dans lequel à la fois on s'intéresserait au patrimoine, donc l'idée de créer un musée qui est le premier musée en France sur la bande dessinée, des activités associées au musée et puis d'assortir plutôt cette activité muséale d'une activité de bibliothèque et de faire du Centre National de la Bande Dessinée un lieu aussi où on peut lire de la bande dessinée. Et puis avec le temps, cette activité ou ces activités se sont élargies encore. De plus en plus, le regard s'est tourné vers la création, d'où l'émergence d'une maison des auteurs, et donc de regarder de plus près et d'accueillir des auteurs qui sont en train de faire la bande dessinée, et non plus de se contenter de regarder la bande dessinée qui est déjà produite. Le centre national devenu la cité de la bande dessinée a aussi évolué avec l'écosystème qui s'est constitué ici à Angoulême. où au fil des ans, on a vu apparaître une école des métiers du cinéma d'annuation, des activités industrielles ou économiques autour de l'image, autour de l'image dessinée, pour parler vite. Et donc, la cité s'est aussi adaptée à cet environnement et a intégré des relations plus étroites avec le film d'animation, plus récemment avec le jeu vidéo, le cinéma, qu'il s'agisse du cinéma de prise de vue réelle, du documentaire ou du dessin animé. font aussi partie des activités désormais de la cité, puisque depuis même très longtemps, on a un cinéma flasher, arrêt-essai, recherche, patrimoine. Le croisement avec le cinéma constitue aussi une part de l'activité de la cité qui, par ailleurs, se décline dans son offre culturelle, dans des expositions, des ateliers, des rencontres, énormément de travail sur la création de ressources, l'accompagnement pédagogique, par exemple, qui font de cet ensemble un lieu à la fois de référence sur la bande dessinée, à un review vers lequel on se tourne. On a un centre de documentation et de recherche qui est très fourni, qui est le seul en France et un des plus importants en Europe qui documente la bande dessinée. La dimension patrimoniale a pris de l'ampleur aussi avec les années, c'est-à-dire que la collection s'est étendue. Et non seulement elle s'est étendue grâce à nos acquisitions, grâce à des dons, mais aussi désormais de plus en plus par des dépôts d'auteurs qui ont pris conscience aussi avec le temps de l'intérêt, non pas pour eux-mêmes. mais de l'intérêt pour le médium dans lequel ils s'inscrivent, de l'existence d'un musée qui s'en fasse à la fois la mémoire et qui exprime la bande dessinée comme une production de l'esprit, comme une production artistique, et pas uniquement comme ça a longtemps été perçu comme un phénomène industriel ou une production de divertissement.
- Speaker #2
Toute cette diversité d'activités qui sont proposées doit avoir des conséquences sur les liens que le lieu... musée mais pas que, entretien avec le territoire, avec les habitants, avec une communauté professionnelle aussi.
- Speaker #0
Cette institution, c'est une institution qui n'a pas émergé par la volonté de passionnés, d'amateurs, comme c'est le cas par exemple du festival. La Cité de la bande dessinée, c'est un équipement qui a été imaginé par les pouvoirs publics, réfléchi par les politiques, par des techniciens, qui a été implanté sur un territoire et qui a donc dû, avec le temps, se faire découvrir et presque se faire aimer, j'allais dire. J'ai connu la première décennie d'existence de ce lieu. Certains pensaient que, tout simplement, le lieu ne vivait que pendant le temps du festival. Et donc, beaucoup de gens ne savaient pas qu'ils pouvaient aller lire toute l'année des mandes dessinées ici, ou voir des expos, ou voir rencontrer des auteurs. C'est vrai que la multiplicité des activités fait que c'est peut-être parfois un peu complexe de s'y retrouver, de comprendre. exactement comment ça fonctionne et ce qu'on y fait. Mais ça, c'est une situation qui a, je le note, vraiment beaucoup évolué depuis. Et ça, c'est au prix d'un travail qui a été mené pour, entre guillemets, se désenclaver aussi de notre propre équipement, de notre propre établissement. Moi, je peux le dire sans prétention, sans flagornerie, qu'on a été, dans ces domaines-là, assez pionniers. On a inventé des types d'interventions, d'ateliers qui n'existaient pas. Avec la bande dessinée, j'entends, qui n'existaient pas. Et qu'on a inventé parce qu'il n'y avait pas de référence qui existait et qu'il nous fallait imaginer pour travailler, pour susciter l'intérêt. Donc ça, ça a évidemment grandement contribué à... à lever le mystère, à lever le voile sur les activités de la cité et à faire en sorte que celle-ci soit un peu plus impliquée, voire beaucoup plus impliquée dans la vie locale.
- Speaker #2
L'hybridation des usages au sein d'un même espace, ou ici au sein d'une même entité, est très caractéristique à la cité de la BD. Les tiers-lieux sont aussi très partisans de cette manière de concevoir leurs activités, car cela permet de s'adresser à des personnes différentes pour des raisons différentes. et à partir de ce premier contact, les amener à découvrir d'autres aspects de la programmation et tenter de tisser des liens plus forts. Derrière cela se trouve souvent le mythe inavoué d'une grande communauté convaincue des bienfaits de la culture avec un grand C et heureuse de se réunir autour d'une activité commune. Mais n'est-il pas plus passionnant encore d'accepter que chacun ne fréquente le lieu que pour une seule raison, qui n'est peut-être pas culturelle, et que tous les publics ne se rencontreront peut-être jamais, ni aux mêmes événements, ni à la même heure. Est-ce que ces personnes ne constitueraient pas une communauté quand même ? Je continue donc sur les différentes manières qu'elle a citées de la VD de s'adresser à ses publics. Vous avez développé des formes de médiation qui font écho à ces usages multiples et vous travaillez notamment sur un projet de mallette sensorielle. Pouvez-vous nous en parler ?
- Speaker #1
Oui, alors effectivement, nous sommes en train de développer une mallette sensorielle. C'est un projet qui a été pensé par l'équipe de médiation, qui est soutenu par la DREC Nouvelle Aquitaine. et l'objectif. de ce projet, c'est de développer un outil de médiation à la fois sensorielle et pédagogique qui pourrait permettre de parler de bande dessinée. et de favoriser la découverte de ce médium, à la fois à travers des activités sensorielles, du toucher, mais aussi du jeu, et également des activités pédagogiques, que ce soit en lien avec de la création de la pratique de la banque dessinée ou la découverte de la lecture.
- Speaker #3
L'objectif aussi est de créer un outil adapté au public, notamment jeune public et public en situation de handicap, et plus précisément. des enfants avec des troubles cognitifs, un handicap visuel également, et plutôt sensoriel de manière générale.
- Speaker #1
Je peux rajouter un dernier objectif, qui était aussi de créer un outil de médiation qui serait à la fois utilisable au sein du musée et en hors-les-murs. C'est aussi l'objectif de la mallette, c'est que ça puisse être emprunté, utilisé, dans des structures scolaires, médicales, mais aussi dans des bibliothèques.
- Speaker #0
Il y a aussi un gros travail qui a été mené toutes ces années pour aller à la rencontre de publics qui, plus globalement d'ailleurs, entrepeu dans les centres, les établissements culturels, dans les musées, dans les bibliothèques. Ce qu'on a voulu et on a réussi, je pense, à développer, c'est de faire venir les publics, ceux qui peuvent se déplacer mais qui... Encore une fois, ils ne se croient pas autorisés à le faire. Quand ils le font, ce n'est pas vraiment dans ces lieux qu'ils viennent. Donc, leur faire comprendre que venir ici ne suppose pas qu'ils aient dû passer un bac et dû suivre 15 ans d'études derrière pour comprendre ce qu'on va leur présenter, ce qu'ils vont voir sur les murs. On essaie de veiller, par exemple, à un équilibre dans nos... Nos offres en exposition, d'exposition à un équilibre entre une exposition exigeante, qui a très très peu, qui est très très peu connue, et puis une exposition, on va dire plus grand public, sur un thème ou sur un sujet, ou sur un auteur, ou sur une série par exemple, qui vont être beaucoup mieux identifiées par le public. et qui feront que celui-ci sera un peu plus invité, se dira « tiens, j'ai envie d'aller voir ça » , et qui verra aussi, on l'espère en tout cas, l'exposition à côté, qui elle est beaucoup plus réservée, parce que l'œuvre elle-même est peu connue. Et en fait, c'est cet équilibre-là qu'on recherche, et qu'on essaie de maintenir en permanence, de plus en plus d'ailleurs aussi en synergie avec le cinéma, avec la bibliothèque. Et puis on a développé, encore une fois, des formes un peu spécifiques. de médiation, que ce soit en direction de ces différents publics, en utilisant le dessin, en utilisant la spécificité ou les spécificités de la bande dessinée, qui encore une fois sont sensiblement différentes d'autres domaines. On a un avantage qui est que contrairement par exemple au cinéma ou au dessin animé, on n'a pas besoin de moyens considérables pour faire de la bande dessinée. J'entends par là qu'un papier, un crayon, Et puis un petit peu de réflexion, un petit peu d'imagination. On n'a pas même besoin de savoir dessiner pour faire de la bande dessinée. Je leur démontre qu'on peut très bien mettre des personnages dessinés en patate, des cases mal fermées, raconter quelque chose. Je peux même leur montrer des auteurs qui sont des auteurs qui n'ont pas... Un dessin en tout cas en apparence très maîtrisé, qu'on peut très bien donc faire du dessin de la bande dessinée. tout seul à un moment où on a du temps pour soi ou avec d'autres, et de manière très désinhibée, très décomplexée. On monte pas mal d'ateliers avec un horizon qui est toujours le même, c'est celui de produire quelque chose. Sortir d'un atelier avec une certaine fierté.
- Speaker #1
Je pense que sur le territoire, il y a eu, et il y a peut-être encore aujourd'hui, un fort enjeu autour de la lecture. Il y a des difficultés de lecture, on dit les traits de masse importants. les actions de la cité ont pour but, et notamment avec la bibliothèque, la salle de lecture publique, d'essayer de développer ce goût pour la lecture, d'essayer à travers la bande dessinée peut-être d'avoir une approche pédagogique mais aussi ludique autour de la lecture. Donc essayer de donner envie, comme il y a aussi du dessin, de lire et petit à petit d'aller découvrir ensuite d'autres choses. Donc au niveau de la mâche sensorielle, c'est aussi cette même idée, on a une sélection de bandes dessinées avec des bandes dessinées qui ont plusieurs niveaux de lecture, Merci. Bande dessinée ou des albums pour plutôt des non-lecteurs, donc avec des dessins plutôt simples et aussi des livres sans texte, sans bulles, des bandes dessinées de nuettes notamment. Et puis, petit à petit, d'aller ensuite sur des lectures qui peuvent être un peu plus complexes en termes de lecture d'images aussi, puisque quand on parle de bande dessinée, on a la lecture et le déchiffrage du texte, mais aussi de l'image. Ce n'est pas simple de savoir comment lire une image, comment enchaîner les images, décrypter une planche. On a des outils de médiation aussi autour de la lecture, comme... un kanufi-bai dans la mallette, c'est-à-dire une sorte de petit théâtre dans lequel on peut venir glisser des images, des illustrations. Et donc, on va pouvoir passer image après image en même temps qu'on raconte le texte. On va aussi avoir un tapis de lecture. Donc, c'est vraiment un tapis qu'on peut toucher avec des personnages en feutrine ou autre matière en tissu qu'on peut faire bouger, circuler sur le tapis, toujours pour raconter les différentes bandes dessinées qui sont dans la malle. Et enfin, on a également une sorte de livre audio, de bande dessinée audio qui est proposée, toujours pour avoir ces bandes dessinées qui sont racontées et ensuite donner envie d'aller lire. par soi-même les différentes propositions.
- Speaker #2
Une spécificité de la cité de la BD est de travailler sur un médium en constant renouvellement. Comment travaillez-vous avec ces artistes, notamment à l'échelle locale ?
- Speaker #0
Il faut savoir qu'ici à Angoulême, en Charente, mais beaucoup concentré à Angoulême et ses environs immédiats, on dénombre environ 200 auteurs de bandes dessinées qui vivent ici, qui travaillent évidemment pour la plupart. Une concentration qui est liée évidemment à l'existence du festival, mais pas uniquement, qui s'est développée, qui s'est enrichie avec le développement précisément de cet écosystème, qui est constitué de quoi ? Qui est constitué d'écoles. Aujourd'hui, il y a, je crois, 15 écoles de l'image à Angoulême, de taille et de thèmes différents, qui vont d'écoles d'art. Il y a une école régionale des beaux-arts, qui a un département dans le dessiné. jusqu'à l'École nationale du jeu et des médias interactifs numériques, donc l'École de jeux vidéo, qui est la seule en France, en passant donc par l'École des métiers du cinéma d'animation. Il y a même aujourd'hui des formations privées à la bande dessinée. On accueille même dans nos murs une école dédiée aux auteurs de mangas, des mangas CAD. Cet environnement d'école, il est aussi justifié par le fait qu'on dénombre environ une soixantaine, je crois, d'entreprises de l'image. sur le territoire. Donc, ils sont des sociétés de production de films d'animation, quelques sociétés d'édition, des sociétés de plus en plus d'ailleurs de jeux vidéo ou de production, en tout cas des sous-traitants de l'audiovisuel, plus largement. Et au sein de cette communauté, de cet environnement, de cet écosystème très particulier, très spécifique, qu'on rencontre au fond très très peu en France, celui qui nous concerne, Angoulême, a quand même une caractéristique assez unique. puisqu'il repose quasi essentiellement sur l'image dessinée. Et donc, dans ce contexte-là, la cité a plus que trouvé sa place. Elle a même été un vecteur de développement et d'accompagnement, que ce soit le secteur économique, donc avec l'installation des entreprises, mais aussi le secteur de création, la présence des auteurs, l'animation même de la vie des auteurs. Par divers programmes, c'est-à-dire qu'on a, je parlais de la maison des auteurs tout à l'heure, qui est un lieu de convergence assez important, si important que certains auteurs reviennent faire des résidences, ou d'autres choisissent de s'installer en Goulême, puisqu'ils y ont trouvé, dans le cadre de leur résidence, une communauté qui parle la même langue qu'eux. Le problème de beaucoup d'auteurs de bande dessinée, c'est leur solitude. C'est un avantage, mais ça peut être aussi un inconvénient. de se retrouver tout seul face à sa création, sans avoir à ses côtés quelqu'un pour l'évaluer, pour faire un retour. Ici, ils ont la possibilité, dans le cadre de la Maison des Auteurs, ou dans le cadre de plusieurs collectifs qui ont ouvert des ateliers, où les collectivités d'ailleurs en accompagnent un certain nombre, ça permet aux artistes de se retrouver dans une communauté d'esprit, dans une émulation certaine, la possibilité de montrer son travail, d'avoir un retour et un retour... éclairer un retour de professionnels. Et de plus en plus, on sollicite des auteurs ou des interventions publiques, des interventions aussi dans le cadre des programmes d'éducation artistique culturelle, qui supposent, c'est un des piliers de ce qu'on appelle le AC, la rencontre avec un artiste ou une artiste. Et on est impliqué dans beaucoup de projets qui sont conduits par... Enfin, un certain nombre de projets qui sont conduits... par d'autres structures, par d'autres établissements.
- Speaker #1
Pour la mallette, c'est un travail de conception qui se fait au départ en interne, par rapport à nos besoins et aux outils qu'on aimerait mettre à disposition. Et ensuite, on va travailler avec des artistes du territoire.
- Speaker #3
L'idée, c'est de créer une sorte d'outil à la fois le plus compact possible, en tout cas où on a une concentration de toutes ces activités, et qu'on puisse détacher ces différents points. pôle, un par un, un peu comme on a différentes boîtes à outils qu'on va pouvoir enlever puis remettre sur un système à roulettes. Pour la fabrication, on va travailler avec la société Cobble, qui est une société de montage d'exposition avec qui on travaille très souvent à la Cité de la Bande dessinée, et qui va mettre à disposition la ressourcerie. parce que le but aussi de cette masse, c'est de partir de matériaux qui ont été déjà utilisés et qu'on fasse du réemploi aussi.
- Speaker #1
Pour la conception, cette première conception, on n'a pas pu amener cette collaboration pour un temps très loin, mais on essaie quand même de travailler avec des acteurs et des actrices différents, et notamment pour la création du tapis de lecture. On travaille avec Hélène Saléky, qui a vraiment une très bonne connaissance à la fois des spécificités de la bande dessinée, des spécificités de la lecture, et à la prochaine. apporte aussi ce travail à la fois artistique et sur le tissu, le textile. Elle a déjà fait des tapis de lecture pour différentes institutions, notamment la médiathèque départementale de Charente. Et à partir de ce premier travail, on nous a demandé de faire quelque chose spécifiquement pour la bande dessinée, donc de réfléchir à comment adapter un tapis de lecture, notamment un système de cases et un système aussi avec des bulles, avec des onomatopées, des expressions.
- Speaker #3
Il y a deux thèmes majeurs sur la malle. un thème lié à l'océan et un thème lié à la forêt. Et donc, il y a toute une sélection qui a été réalisée. Et bien sûr, il y a un travail des auteurs qui est fait par l'adaptation audio des bandes dessinées. Donc, il y a des demandes qui sont effectuées auprès des auteurs. Et c'est de cette façon-là aussi qu'il y a cette collaboration.
- Speaker #1
Et peut-être pour terminer, on travaille aussi avec d'autres artistes, donc des comédiens et des comédiennes, justement, pour l'adaptation audio. Parce que c'est vrai que... que lire de la bande dessinée, c'est assez complexe. En fait, ça demande vraiment une adaptation pour pouvoir interpréter les bulles, mais aussi pouvoir dire ce qu'il se passe en faire de la narration, on s'y a proprement parlé. Donc, on travaille avec le Théâtre des Astres, qui est une compagnie de Charente. Ça nous tenait aussi à cœur d'avoir un outil de qualité et de travailler avec des artistes locaux. Et ensuite, en termes de travail avec les auteurs et les autrices, on aimerait effectivement pouvoir peut-être apporter... approfondir un peu ce travail. Et on avait déjà réfléchi avec la bibliothèque, mais sans pouvoir encore le mettre en place, peut-être à passer des commandes pour créer des outils adaptés avec des artistes locaux, avec des auteurs et des autrices locaux. Donc, soit sur la création de fiches activités, de fiches pédagogiques, et pourquoi pas, si on se met à rêver, de petites expositions ou d'un kanishibai réalisé exprès pour la malle.
- Speaker #3
Et surtout que tous ces outils-là, en tout cas la malle, c'est une sorte de bêta-test pour nos prochains outils, dans le cas du prochain musée de la bande dessinée, qui ouvrira d'ici quelques années, normalement en 2027.
- Speaker #0
On a réussi avec le temps à devenir un partenaire, sinon incontournable en tout cas, un partenaire sur qui on peut compter ou avec qui on peut faire quelque chose.
- Speaker #2
Il est rare d'avoir la possibilité, pour un musée, d'être un acteur économique local. au-delà de son impact touristique. C'est un véritable écosystème de la bande dessinée qui s'est constitué à Angoulême et en tant qu'institution, la cité s'empare de sa mission de service public sur le volet culturel, mais également productif. Il est très intéressant de voir qu'ici, ces échanges constituent une réelle prise de position de la part de la cité quant aux besoins matériels des auteurs et ils sont mutuellement bénéfiques. Quand j'entends tous les objectifs que vous fixez, je ne peux pas m'empêcher de me demander comment vous conciliez tout cela. Et en particulier, comment vous faites le pont entre le public professionnel, vos partenaires, et le grand public ?
- Speaker #0
On a décidé d'accorder une place beaucoup plus importante à la question de la recherche. Il y a un peu plus de 4 ans maintenant, on a comporté avec l'Université de Bordeaux un projet de recherche sur la création d'une base de données qui n'existait pas sur la littérature de référence en monde des signes, et autrement dit, un lieu où on peut retrouver. in extenso des revues, des ouvrages qui ne sont plus édités, qui ne sont plus accessibles aujourd'hui sur la bande dessinée. Les ouvrages d'études, les premiers cahiers de la bande dessinée, les premières revues Jiffwiff, etc. Et pour lesquelles nos collections ont été mises à contribution. On a développé des MOOC sur la bande dessinée avec la Fondation Orange. Et puis, on a mis en place ou accompagné ou accueilli... Beaucoup de colloques, par exemple, dont les rencontres internationales de la bande dessinée. Là, c'est notre propre production. On organise les rencontres d'Angoulême, Penser, Comprendre, la bande dessinée, qui est un cycle de colloques qu'on a créé avec l'Université de Poitiers, par exemple. Et on est entré, donc on fait partie aujourd'hui d'un réseau de recherche. Et on se retrouve donc très souvent, aujourd'hui, invités ou associés. On a mené des projets en Afrique, en Asie, en Arménie. On a participé à la création du festival, on en a accompagné, on a monté des expositions et on continue à le faire. Je ne vais pas vous raconter que tout le monde se rue en masse dans les colloques qu'on organise ici. Après, le public qui vient à ces rencontres, à ces rendez-vous très particuliers, ce sont beaucoup d'étudiants des écoles, justement. On tient compte aussi dans la manière dont on programme, sur les thématiques qu'on peut programmer, certains de ces rendez-vous, sachant que la communauté étudiante ici, ou professionnelle, je pense aux auteurs, va s'y intéresser. Après, pour un public qui est peut-être moins concerné, voire beaucoup moins concerné par ces questions de recherche, je sais pas dimension universitaire, il y a toute une programmation, je pense notamment aux rencontres qu'on organise avec les auteurs de bande dessinée, des auteurs qui sont pour certains des stars de la bande dessinée, des auteurs vraiment très connus, puis pour d'autres qui viennent de publier leur première oeuvre, certains sortent de la maison des auteurs, enfin reviennent, pardon, après leur passage à la maison des auteurs au moment où ils ont publié le livre qu'ils sont venus y développer, et là ce sont des rendez-vous qui voient venir en fait un public qui est beaucoup plus grand. plus large évidemment que publics écologues, des gens qui s'intéressent à la bande dessinée, qui parfois viennent pour l'auteur. Et on essaye d'organiser aussi la programmation pour essayer de satisfaire ces différentes publiques, ces différentes attentes, même si c'est compliqué. On n'y parvient pas toujours, on se plante même parfois en disant bon, là ça va être... C'est impossible que les gens ne viennent pas, puis finalement ils ne viennent pas. Donc non, on ne sait pas. Pourquoi ? Et puis, on organise aussi des événements qui sont proposés en accompagnant, par exemple, des expositions. On organise des journées spécifiques quand on ouvre une exposition ou au cours de la vie de celle-ci, où on va inviter tout le monde. Il y a des grandes fêtes, en fait. Il y a beaucoup d'événements à caractère festif. Ce qu'on souhaite le plus possible, en fait, c'est désacraliser, c'est faire en sorte que ce ne soit pas un sanctuaire. un lieu comme la cité ou un musée, et donc montrer que c'est un lieu où on peut aussi prendre du plaisir. Alors, c'est peut-être plus facile quand on fait de la bande dessinée, quand on travaille sur la bande dessinée que sur d'autres sujets, mais pas aussi évident.
- Speaker #2
Si vous deviez définir la cité de la BD en trois mots, quels seraient-ils ?
- Speaker #1
Trois mots ? Curiosité,
- Speaker #0
passion et création.
- Speaker #3
Pour moi, mes trois mots, ça serait dessin, accessibilité et créativité. Oui,
- Speaker #1
je pense que mes trois mots, ça serait effectivement dessin, art, peut-être histoire et ensuite quelque chose peut-être sur la relation, la relation humaine et la création de biens.
- Speaker #2
Et enfin, si vous aviez un conseil à donner à des professionnels qui souhaitent faire avancer leur lieu dans la même direction que la Cité de la BD ? Que leur diriez-vous ?
- Speaker #0
Je ne sais pas si je suis le mieux placé pour donner des conseils. Ce n'est pas un guide à prendre au pied de la lettre. Mais je pense que la première des choses, c'est effectivement de bien analyser l'environnement, de bien voir dans quel contexte on se situe, à tout point de vue d'ailleurs, que ce soit social, vous l'avez dit, économique, politique aussi. Ça peut avoir de l'importance. Ce n'est pas nécessairement pour proposer quelque chose qui réponde absolument aux attentes des uns des autres. Sinon, c'est souvent un peu une liste à l'après-verre où tout le monde, évidemment, a des envies et pourrait se désoler de ne pas les voir satisfaites. Mais c'est au contraire, plutôt de faire la démarche d'aller vers les autres en leur proposant quelque chose. Puis après, on discute. Mais en leur disant, voilà, moi, je fais ça. Moi, je sais faire ça. Je sais la bande dessinée, voilà ce que c'est. Je sais intimement que ça peut nous permettre de faire ça. On peut prendre du plaisir à faire ça, on peut travailler là-dessus, etc. Et partant de là, réfléchir ensemble, co-construire des choses, des propositions, des événements, des activités diverses et variées. Et puis rester toujours un peu en alerte, toujours un peu curieux aussi de ce que font les autres. Pas nécessairement ceux avec qui on travaille, mais voir un petit peu aussi comment ça s'organise ici et là.
- Speaker #1
Peut-être le conseil, ce serait, par rapport aux peu d'expérience qu'on a tout de suite, mais ce qu'on est en train de mettre en place, peut-être d'essayer de se limiter. On a eu beaucoup d'envie pour cet outil, mais c'est vrai que ça demande beaucoup de temps de création et aussi...
- Speaker #0
Un budget aussi qui est assez conséquent. Et c'est vrai que peut-être de partir un peu plus petit, mais pour arriver à quelque chose à la fin, c'est important. Donc voilà, on n'a pas pu tout faire, on ne va pas pouvoir tout faire. Mais on a revu un peu à la desse, mais je pense que ça sera d'autant mieux pour cette fin et pour avoir quand même un projet fini de qualité. Et moi, le conseil que je pourrais donner, c'est effectivement d'essayer de prendre son temps, tenter en tout cas, ce n'est pas toujours facile. de penser bien aux acteurs locaux avec qui on peut travailler. Ça va aussi bien de la conception artistique ou conception au niveau même fabrication. De penser aussi à des utilisations de matériaux déjà utilisés aussi, dans une logique à la fois de renouvellement, de réutilisation de matériaux, ce qui permet, il y a la réalité, de réduire les coûts. Également, à la fois, on est dans une dimension écologique de développement durable. Et aussi, ne pas penser que l'outil créé, c'est l'outil définitif. Parce que... On sait très bien qu'après les retours d'usage, il y a toujours des modifications. Donc ne pas hésiter.
- Speaker #1
Ne pas hésiter, voilà un conseil qui me parle. Avec toute l'analyse et tous les acteurs nécessaires, et mes invités l'ont parfaitement précisé, mais porter ses convictions sans se soucier des idées préconçues. La cité de la BD montre que l'on peut être tant de choses à la fois, sans renier sa vocation première de conservation et de valorisation du patrimoine et de la création. Et ça nous offre de belles perspectives pour l'avenir de nos musées. C'était Agora, un podcast créé par Laura Armand-Dérouville. Il reçoit le soutien de Muséum Connexion et de la chaire ingénierie de la culture et de la création du CNAM, dirigée par Lucie Marigny. Retrouvez un nouvel épisode le 1er jeudi de chaque mois. À bientôt !