Speaker #0Mais ça finira donc jamais. Qui n'a pas prononcé cette phrase face à une tâche, une action, que l'on fait dont on ne voit jamais le bout ? Car parfois le tunnel est bien long. Et si c'est le cas, vous êtes comme Sisyphe qui pousse son rocher. Mais comment en est-il arrivé là ? Je vous l'explique dans ce cinquième épisode de Allons voir chez les Grecs, le podcast qui vous dit tout sur des expressions ou mots français qui tirent leur origine de la mythologie grecque. Le rocher de Sisyphe est en fait une métaphore qui symbolise une tâche interminable et qui provient du mythe grec du même nom. Sisyphe en fait est condamné par Zeus à pousser un rocher le long d'une montagne et lorsqu'il arrive en haut, il ne peut pas le bloquer et le rocher tombe de l'autre côté. Sisyphe doit alors recommencer inlassablement à faire remonter ce rocher encore et encore. Ok, mais pourquoi un tel châtiment lui a été infligé ? Sisyphe est le fondateur mythique de Corinthe. Il est, suivant les écrits, dépeint comme un homme intelligent et astucieux, ou alors comme un fourbe et un traître. Ouais, deux salles, deux ambiances, comme on dit. Et s'il s'est attiré les foudres de Zeus, c'est qu'il l'a empêché de batifoler. Ah bah oui, je vous rappelle que les amours et les accouplements sont les activités favorites de Zeus. Bref, Sisyphe, en échange d'avoir une source d'eau qui ne tarie jamais, révèle au dieu fleuve Azopos où se trouve sa fille Egin, kidnappée par Zeus qui la désirait et qui, comme à son habitude, se transforme en animal pour l'enlever. Exit le taureau cette fois, il se métamorphose en aigle. Apossos retrouve sa fille et réussit à faire fuir Zeus. Vous imaginez bien que celui-ci est très en colère. Et il en veut beaucoup à Sisyphe de l'avoir dénoncé. Alors... Ni une, ni deux, Zeus envoie Thanatos, le dieu de la mort, emprisonné Sisyphe dans le Tartare, c'est-à-dire les abysses. Alors, petit aparté, Thanatos est aussi à l'origine de plusieurs mots de la langue française, comme la thanatologie, qui est la science et l'étude de la mort, d'un point de vue médical, mais aussi sociologique. Et peut-être êtes-vous sujet à la thanatophobie, c'est-à-dire la peur des choses associées ou rappelant la mort et la mortalité, comme les cadavres ou les cimetières, par exemple. Bref, vous l'aurez compris, Thanatos nous apporte un champ lexical joyeux. Revenons donc à la mission de Thanatos. Le dieu de la mort va donc chercher notre délateur sur Terre, mais avant de le suivre, Sisyphe lui propose de lui montrer l'une de ses inventions, les menottes. Et pour qu'il comprenne bien l'utilité de cette trouvaille, Sisyphe enchaîne Thanatos bien comme il faut, à tel point que ce dernier reste bloqué et ne peut pas l'emmener aux enfers. Astucieux ou fourbe, je ne sais pas. Mais ce stratagème permet à Sisyphe de rester sur Terre. Ce petit manège va durer un petit moment, jusqu'à ce qu'Ares, le dieu de la guerre, note que plus personne ne meurt au cours des batailles qu'il déclenche. Alors, ayant un peu l'impression de bosser pour rien, Ares décide de libérer Thanatos pour qu'il puisse emmener les morts dans les abysses, ainsi que Sisyphe, par la même occasion. Sisyphe se retrouve alors finalement chez Hades, le dieu de l'enfer. Vous croyez que c'en est fini ? Naïf que vous êtes, bien sûr que non. Sisyphe avait encore une carte dans sa manche. Alors avant de descendre aux enfers, il recommande à Mérope, sa femme, de ne pas l'enterrer. Et quand il arrive au palais d'Hadès, il demande audience à Perséphone, déesse des enfers et épouse par la même occasion d'Hadès. Et il lui déclare qu'étant sans sépulture, il n'a aucun droit d'être là et qu'on devrait le laisser sur l'autre rive du Styx. Il lui propose plutôt... de retourner sur Terre pour pouvoir justement se faire une belle sépulture. Perséphone se laisse tromper et lui accorde ce qu'il demande. Mais Sisyphe, aussitôt de retour à l'air libre, renie sa promesse. Oui, mais Zeus, lui, il le veut aux enfers. Il fait alors appel à Hermès pour le ramener de force. Et comme punition, celui-ci devrait monter un rocher en haut d'une montagne, rocher qui tomberait de l'autre côté, et qu'il devrait à nouveau faire remonter, et ça à l'infini. C'est le fameux Rocher de Sisyphe, une tâche que l'on dit interminable. Une punition qui va durer pour la vie. Ce mythe a eu beaucoup d'interprétations différentes. Certaines naturalistes qui voient Sisyphe comme le soleil qui se lève chaque jour pour plonger à nouveau le soir sous l'horizon. D'autres, au contraire, voient dans ce châtiment la sanction de la vanité des hommes. Sisyphe est aussi perçu comme un personnage absurde qui, pour essayer d'éviter une mort inévitable, s'est retrouvé à faire un travail interminable. Albert Camus s'est même penché sur ce mythe à travers un essai philosophique sombrement intitulé « Le mythe de Sisyphe » où il renvoie aussi à l'image du personnage absurde mais heureux. Finalement, est-ce que le rocher de Sisyphe, c'est pas un petit peu l'ancêtre de ce que l'on appelle aujourd'hui les bullshit jobs ou les boring jobs ? Non ? Bon alors si vous cherchez plutôt de l'inspiration, moi je vous propose d'enfourcher Pégase. Ouais, Pégase, le cheval ailé, il est de la mythologie. Alors pour une fois, il n'y a rien de scabreux là-dedans. Je vous vois venir. En tous les cas, je vous explique tout dans le prochain épisode d'Allons voir chez les Grecs. Alors n'oubliez pas de vous abonner sur votre plateforme de podcast préférée.