Speaker #0Qui n'a pas vécu cette situation où à un dîner de famille, une réunion entre collègues ou encore pendant des vacances entre amis, quelqu'un lance à la volée comme ça, innocemment, vous allez voter pour qui vous aux prochaines élections ? Ou vous pensez quoi de la dernière élimination de Koh-Lanta ? Et là, c'est le drame. La pomme de la discorde vient d'être lancée et l'orage va bientôt éclater. Mais elle vient d'où cette fameuse pomme ? Eh bien, pour le découvrir, nous allons plonger dans l'un des mythes les plus explosifs. de l'Antiquité grecque, celui qui a provoqué rien de moins que la guerre de Troie. Je vous retrace cette histoire dans ce nouvel épisode de « Allons voir chez les Grecs » , le podcast qui vous dit tout sur les expressions ou mots français qui tirent leur origine de la mythologie grecque. Aujourd'hui, la pomme de la discorde désigne la cause d'un désaccord ou d'un conflit, souvent minime au départ, mais qui finit par semer la zizanie. C'est le point de friction, le désaccord, le fameux détail qui fâche. Celui qui transforme une discussion tranquille en guerre de Troie domestiques. Un mot de trop, un plat mal salé, un dossier mal partagé. Et hop, la pomme est lancée. Et c'est évidemment une déesse grecque qui en est à l'origine. Tout commence comme souvent dans la mythologie, par une fête à laquelle tout le monde est invité, sauf une personne. Ce jour-là, on célèbre le mariage de Pelée et Thétis, les parents du futur Achille. Tout l'Olympe est là, Zeus, Hera, Athéna, Aphrodite, mais Eris, la déesse de la discorde, n'a pas reçu d'invitation. Et quand on s'appelle discorde, inutile de préciser que la vengeance va être bien organisée. Furieuse, elle débarque en plein banquet, l'air faussement détendu, et jette sur la table une pomme en or sur laquelle est gravée « Pour la plus belle » . Et là, sans surprise, le chaos commence. Trois déesses lèvent la main. Hera, Athéna et Aphrodite. Toutes persuadées d'être la plus belle. Une dispute de beauté s'engage entre la mère et ses deux filles. Et Zeus, voyant le désastre venir, se dit « Euh, moi je préfère pas m'en mêler. Choisissez quelqu'un d'autre pour vous départager. » Oui, Zeus a toujours fait preuve de beaucoup de courage pour régler les problèmes familiaux. Et c'est ainsi que, dans une logique toute divine, on décide de confier le jugement de la beauté féminine à... un simple mortel. Le mortel en question s'appelle Paris, prince troyen, berger à ses heures perdues, et surtout futur déclencheur de la guerre la plus célèbre de la mythologie. Alors, histoire de situer le personnage, il est le fils de Priam, roi de Troyes et d'Hécube, sa mère qu'on avait prévenu pendant sa grossesse que son fils causerait la chute de la cité troyenne. Résultat ? On l'a abandonné à sa naissance sur le Mont Ida, classique vous me direz. Mais comme souvent chez les héros grecs, le bébé maudit survit, élevé par un berger avant de retrouver plus tard sa famille royale. Et c'est sur ce fameux Mont Ida qu'Hermès, le messager des dieux, retrouve Paris accompagné des trois déesses pour le fameux concours de beauté. Et chacune tente bien évidemment sa chance pour le convaincre de la choisir. Hera ? Femme de Zeus, déesse du mariage, de la famille et de la fécondité, lui promet le pouvoir absolu et la royauté sur le monde connu. Athéna, déesse de la sagesse, de la guerre et de l'intelligence, lui promet la gloire militaire et la sagesse éternelle. Aphrodite, de son côté, la déesse de l'amour, de la beauté et de la fertilité, lui promet l'amour de la plus belle femme du monde. Devinez ce qu'il choisit ? Eh oui, le cœur a ses raisons que la diplomatie ignore. Paris offre la pomme à Aphrodite. Et là, coup de tonnerre, la pomme de la discorde vient d'accomplir sa mission. Aphrodite tient parole. Elle offre à Paris l'amour d'Hélène, la plus belle femme du monde. Oui, sauf qu'elle est déjà mariée à Ménélas, roi de Sparte. Mais bon, un petit détail de ce genre n'a jamais arrêté un héros grec. Paris se rend à Sparte, se fait accueillir chaleureusement par Ménélas. Mais celui-ci doit s'absenter quelques temps pour régler des affaires, laissant le loup seul dans la bergerie. Paris s'en profite donc pour séduire Hélène, avec un petit coup de pouce d'Aphrodite, et repart avec elle et aussi une bonne partie des richesses de son mari. Pourquoi se priver, vous me direz ? Ménélas, qui découvre tout ça à son retour, est furieux et appelle tous les rois grecs à la rescousse, dont son frère Agamemnon, et les convainc de partir assiéger Troie. Et voilà comment une pomme jetée par dépit en un mariage a conduit à dix ans de guerre, des milliers de morts, des héros mythiques et même un cheval géant en bois. Mais on y reviendra. Tout ça pour une histoire de beauté et d'égo. Comme quoi, les querelles d'invitation, ça peut aller très loin. Mais c'est aussi une autre expression qui est liée à cette histoire. L'expression « le jugement de Paris » que l'on utilise pour décrire une décision qui semble banale et anodine en premier lieu, mais dont les conséquences peuvent être désastreuses. Comme ici, avec la guerre de Troie. Le mythe de la pomme de la discorde et du jugement de Paris ont inspiré des générations d'artistes. Botticelli l'a magnifiquement représenté dans une scène préfigurant la guerre de Troie. On y voit Paris hésitant entre Hera, Athéna et Aphrodite, chacune lui offrant une promesse différente. Mais il n'est pas le seul. De Rubens à Jacques-Louis David en passant par Hamilton ou Camuccini, la scène a été peinte, gravée, sculptée, parfois idéalisée, mais aussi moquée. La pomme d'or devient alors le symbole parfait de la beauté et du conflit. de la séduction et du danger. Le thème traverse aussi les siècles et les arts. De façon plus surprenante, d'ailleurs, à Barcelone, l'immeuble La Manzana della Discordia, littéralement le pâté de maison de la discorde, met en scène la rivalité esthétique entre quatre architectes modernistes, dont Gaudi. Un petit clin d'œil urbain au mythe originel, car oui, même les façades peuvent se disputer le titre de plus belle. La pomme de la discorde a aussi contaminé les contes et les religions, celles de Blanche-Neige ou encore le fruit défen du jardin d'Éden, rappellent ce même lien entre désir, beauté et catastrophe. Voilà, vous savez tout sur l'expression « la pomme de la discorde » et sur le jugement de Paris, ou comment une invitation mal gérée et une pomme ont semé la guerre, détruit une ville et inspiré des chefs-d'œuvre. Comme quoi, même avant Blanche-Neige, les pommes étaient déjà dangereuses. Et dans le prochain épisode, on restera tout près des remparts de Troie, mais cette fois, ce sera l'histoire d'une femme, qu'on aurait vraiment mieux fait d'écouter. 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