- Alison Fleck
Bonjour et bienvenue dans le podcast ArtEcoVert. Le podcast de celles et ceux qui veulent comprendre, structurer et déployer la couleur végétale et du vivant dans le monde réel. Je suis Pauline Leroux, ingénieure agronome passionnée de plantes et depuis trois ans, chaque jeudi, je reçois celles et ceux qui font la couleur du vivant. On part de la graine à la couleur finale. On parle plantes et autres sources panctoriales, usage concret, filière, santé. environnement, innovation et biotechnologie. Du textile à la cosmétique, de l'artisanat à l'industrie, du design aux fibres naturelles, une seule approche, relier la couleur du vivant aux usages réels. L'objectif est clair, fédérer et démocratiser la couleur végétale et recréer une souveraineté de la couleur du vivant chez nous. Belle écoute ! Bonjour à tous, je suis ravie d'accueillir sur le podcast à récovert Alison Fleck. Bonjour Alison.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bonjour Pauline, je suis ravie d'être au nouveau.
- Alison Fleck
Alors aujourd'hui, on va parler savon, mais pas que. Pour les auditeurs, leur donner un petit peu où on est, dans quel domaine de la couleur végétale. Je voudrais te demander d'abord, Alison, si tu peux te présenter, expliquer le parcours qui a fait que tu arrives aujourd'hui à créer ta savonnerie Baba, donc le nom de ton entreprise. Comment t'en es arrivée au savon, intégrant notamment des pigments végétaux ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ok, alors on va partir du départ. Moi, je suis pâtissière de formation. Donc, j'ai choisi ce métier par passion. J'ai fait d'abord des études générales et derrière, je me suis orientée vers la pâtisserie une fois diplômée. Donc, j'ai repassé mon CAP en candidat libre par la suite pour me dire qu'un jour... Éventuellement, je pouvais être indépendante et c'est obligatoire pour faire un projet professionnel de toute façon. J'ai travaillé une dizaine d'années en pâtisserie professionnelle, aussi bien en pâtisserie boutique qu'en palace. Donc plutôt des desserts sur assiette. Et sur mon temps libre, j'ai une passion pour les plantes comestibles, notamment les fleurs. Et du coup, je travaillais avec une association, je m'occupais d'un jardin partagé. Et ça me permettait de faire pousser mes petites plantes pour faire mes petites expériences. Et notamment autour de la confiserie, puisque j'adore le sucre. Et c'est une façon de retrouver un petit peu les arômes ou protéger les couleurs, puisque c'est un conservateur extrêmement puissant. Voilà.
- Alison Fleck
Est-ce que tu peux nous citer ? Parce que je sais qu'on a des passionnés de plantes, c'est ce que je te disais en préparant. Quelques fleurs comestibles que tu utilisais pour faire tes confiseries. Tu en partages quelques-unes, celles qui t'ont le plus marquée ou celles qui plaisaient le plus ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Bien sûr. Alors, du coup, il y a tout ce qui est classique, lavande, camomille, prime vert, cosmos. Et dans mon deuxième jardin, j'ai eu de la chance puisque le premier, c'était sur un toit. Donc, on était vraiment sur des petites fleurs, coquelicots, capucines, des petites choses comme ça. Et le deuxième jardin que j'ai eu... accessibles, il y avait 750 m² de terre et donc là il y avait des arbres aussi et j'ai eu la chance de pouvoir avoir de l'acacia du lilas, des choses comme ça pour une parisienne en tout cas comme moi c'est un luxe d'avoir un petit carré un petit carré de terre où on peut faire ses expériences parce que sinon c'est vrai que comme les fleurs c'est très éphémère et que ça se conserve très mal, on perd énormément en arômes quand c'est dans les frigos et bien c'est vrai que c'est une chance de pouvoir cueillir et transformer directement Non. Et c'est vrai que quand on est à la campagne, où on a un petit peu plus d'espace, on ne se rend pas compte de la chance qu'on a, contrairement dans des zones très urbaines comme ici.
- Alison Fleck
Donc cette technique de confiserie, c'est quelque chose de traditionnel ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
C'est des choses complètement traditionnelles, c'est un peu comme pour les fruits, sauf que c'est beaucoup plus fragile, c'est des concentrations de sucre différentes et c'est une façon de travailler différemment. Mais c'est complètement traditionnel. Le sucre est utilisé comme le sel ou l'alcool ou d'autres types de choses pour conserver, chasser l'eau et conserver la matière et développer l'arôme.
- Alison Fleck
Vous ne connaissez pas trop, donc j'irais regarder. Mais donc top, encore un lien avec les plantes, etc. Suite à ta... Comment t'es passée de la confiserie, la pâtisserie au savon ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Par hasard. Alors moi, je me lance des challenges tous les ans où j'essaye d'apprendre quelque chose. Cette année, c'était les carreaux de ciment. Donc je sais comment on les fabrique maintenant. Un coup, ça va être la soudure. Voilà, des choses que... Voilà, on utilise sans s'en rendre compte. Et juste pour le plaisir d'apprendre et d'apprécier mon environnement, j'aime bien me dire que tous les ans, je me forme sur un sujet ou un autre. Et le savon en faisait partie. Et en fait, je suis tombée totalement dedans. Et quand j'ai eu besoin, puisque j'ai un petit peu eu la même problématique que toi, je me suis blessée, je me suis opérée de la colonne vertébrale. Et j'ai eu besoin de reprendre le travail, mais à mon rythme. Et c'est vrai que dans la restauration, surtout dans la restauration de luxe, le rythme est quand même assez costaud. On est debout plus de 12 heures par jour. Quand tout va bien, des fois ça traîne. Et c'est vrai que ce n'est pas des endroits où on peut aller demander de s'allonger une demi-heure parce qu'on a la colonne en feu ou ce genre de choses. Donc c'était une façon pour moi de reprendre une activité. mais à mon rythme, en organisant ma propre production. La question s'est vraiment posée, est-ce que j'ouvre une pâtisserie ou est-ce que j'ouvre une savonnerie ? Puisque je reste passionnée vraiment de pâtisserie, j'assiste toujours au championnat du monde, je suis toujours en lien avec mes anciens chefs et mes anciens collègues, et je suis toujours très intéressée par ce qui se passe. Mais c'est vrai que sur Paris, il y a beaucoup de choses. Ce n'est pas le même investissement financier non plus, puisque ici, on fait tout à la main, à part un lave-vaisselle et... un petit mixeur plongeant, je n'ai pas réellement de machine. Exactement, alors qu'une pâtisserie, il faut beaucoup de machine et puis il faut du personnel aussi. Le fonds de commerce doit être obligatoirement bien placé, ce genre de choses. Donc c'est vrai que c'était pas du tout ni le même investissement, ni le même engagement. Et donc, je me suis dit, je vais me lancer dans la savonnerie parce que c'est tout ce que j'aime. Des belles matières premières, l'envie de faire plaisir, voilà. On travaille le savon comme un petit cadeau, finalement, et un soin. Donc, c'est plus engagé que, on va dire, la pâtisserie, même à titre écologique. Et je me suis dit que j'allais créer ma marque avec les deux. C'est pour ça qu'elle s'appelle Savonnier Pâtissier, en me disant que comme ça, je ne me fermais pas de porte et que si, éventuellement, ça ne marchait pas pour moi dans la savonnerie, je pourrais peut-être ouvrir une pâtisserie. Alors aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Je n'ai plus du tout de problématiques de santé. mais parce que j'organisais ma propre vie pour respecter le corps humain. Ici on a que des petites caisses, on transporte des petits volumes, on est vraiment sur un produit très travaillé, très manufacturé, pour nous éviter d'avoir à décharger des poids lourds tous les jours et de faire des gros volumes qui usent quand on le fait à la main et quand on n'est pas sur un site industriel tout simplement. Puisque quand on fait des gros volumes, on est aidé par des machines et c'est bien. Mais quand on a un artisan et qu'on veut faire des gros volumes, derrière, ça use quand même l'humain. Et du coup, l'enjeu pour moi de ce projet-là, c'était de faire un projet à échelle humaine qui respecte aussi bien l'artisan que la planète.
- Alison Fleck
Tu sais que l'ergonomie, c'est un sujet qui est hyper abordé dans toute la filière Tinctoriale, que ce soit les agris, les agricultrices. Souvent, c'est des femmes qui nous expliquent les charges à porter, les feuilles à enlever de l'eau, les feuilles gorgées d'eau, le poids que ça représente. Bref, que c'est laborieux. Et toutes les artisanes qui travaillent la couleur digitale, artisans et artisanes, pareil, c'est quelque chose qui revient beaucoup. Comment adapter son atelier, faire qu'il soit ergonomique, respecter ses... pas être dans l'épuisement, etc. Il y en a qui bossent tout le temps. En plus, elles enchaînent les marchés. C'est vraiment un univers où tu peux vite te casser le corps et parfois aussi surmenage. Donc, je pense qu'il y en a plein qui seront très sensibles à ce que tu dis. Donc, le choix de la savonnerie. au début un peu en hésitation, en se disant, on ne ferme pas la porte à la pâtisserie. De toute façon, je le dis, quand on va voir ton site internet, allez voir le site Savonnerie Baba, vous voyez directement, enfin franchement, on voit des parts de gâteau. Enfin, je ne sais pas, moi des fois, je trouve qu'il y en a vraiment, on le voit l'évidence. Alors, pour arriver sur le savon, donc toi, tu pratiques la saponification à froid, c'est ça ? Oui. Si tu peux nous expliquer.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Une saponification à froid, c'est une saponification où on ne va pas cuire notre pâte à savon. Contrairement à la saponification à chaud, c'est vraiment ça qui va différencier le process. Ce qui nous permet déjà de le faire sans machine, quasiment, parce qu'on pourrait le faire entre guillemets au fouet, le savon, en l'agitant, la soude caustique, de toute façon, va provoquer... La réaction exothermique, dans l'absolu, il pourrait se faire même sans électricité. Ce n'est pas le cas ici. J'ai un mixeur, une petite plaque à induction pour faire fondre mes beurres, etc. L'absolu, c'est une production qui peut s'envisager vraiment de façon low-tech et elle nous permet d'éviter les vapeurs de cuisson qui sont caustiques et du coup de pouvoir notamment pour moi travailler intra-muros puisque je suis à Paris même, au-dessus de moi c'est un immeuble d'habitation et si je créais des nuisances, on ne me laisserait pas faire. Et ça me permet vraiment de m'inscrire dans une démarche locale, puisque nous, on va travailler beaucoup avec les boutiques des musées, avec les hôtels, avec des commerçants parisiens. Donc, on livre en transport en commun. Vraiment, l'essentiel de mes clients, c'est à 90% très local. Et du coup, le fait de travailler à froid, ça nous permet de nous inscrire dans cette dynamique. Ça permet aussi, comme on ne cuit pas les huiles, de pouvoir en choisir des pressées à froid. donc une très belle qualité de matières premières, on profite des bonnes odeurs de nos matières grasses quand on les transforme. Pour l'artisan, c'est vraiment un régal, surtout notre huile d'olive est assez exceptionnelle, donc pour moi c'est vraiment un bonheur quotidien. Et donc comme on ne cuit pas, on détériore peu la matière première à la transformation, et du coup dans notre produit, on va laisser une partie du produit matière grasse, qu'on va appeler un surgraissage. Donc il va y avoir du gras toujours présent dans le produit. Et l'idée, c'est que ce gras-là, il nous fasse du bien à la peau grâce aux acides gras qui n'auront pas été abîmés pendant la transformation. Mais aussi, le voile gras sur la peau nous permet d'empêcher la déshydratation et donc d'avoir cette sensation de tirèlement quand on se lavait et dégraissait sa peau.
- Alison Fleck
D'accord. Et alors... La qualité du savon, entre le savon à froid et le savon chaud, chaudron, etc. Pour toi, c'est quoi ? Est-ce qu'il y a une des deux techniques qui permet un savon de meilleure qualité ou c'est vraiment deux choses qu'on ne peut pas comparer ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
À titre personnel, je pense qu'on peut avoir la même qualité de produit des deux façons. Puisqu'à chaud, on a tout à fait la possibilité de mettre son surgraissage en sortie de cuisson. et de ne pas le faire cuire. Et donc d'avoir un savon riche aussi. Après, ça va dépendre de la transformation et des choix de l'artisan ou de l'industriel, plus que la technique en tant que telle. C'est-à-dire, est-ce qu'on comprend bien ce qu'on fait ? Quel chemin on veut choisir ? Pourquoi on veut le choisir ? Et quels que soient les choix qu'on fait, de toute façon, il y a toujours du plus ou du moins. Mais ce qui est sûr, c'est que le savon adore la cuisson. en soi, la partie savon, puisqu'il provoque de lui-même de la chaleur. Donc même si on ne cuit pas, ça chauffe. Même à froid. C'est pas parce qu'il passe pas sur le chaudron qu'il chauffe pas. Donc il chauffe de lui-même, mais faiblement, on va dire. Et cuit, on peut très bien venir y mettre un soin qu'on va choisir. Par exemple, si on veut laisser que de l'argan en surgraissage, en sortie de cuisson pour un savon cuit au chaudron, c'est possible. Alors que moi, par exemple, sur mon produit, ça va être un mélange de tous les beurres et toutes les huiles. Je ne vais pas avoir la possibilité de choisir. Donc, je ne dirais pas qu'il y a un produit qui est mieux que l'autre. Ce qui est sûr, c'est que moi, par rapport à là où je m'inscris et mon projet, je ne pourrais pas faire au chaudron. Il faudrait que je sois en zone industrie. Ça, c'est sûr. Ça ne serait pas les mêmes volumes non plus. Ça ne serait pas le même impact écologique non plus. Après, chaque production a ses avantages et ses inconvénients. Mais en termes de qualité de produit, je pense qu'on peut avoir une très bonne qualité de savon cru aussi. Comme on peut avoir une très bonne qualité de savon cru. Et à contrario, on peut abîmer son produit cru et pas bien le transformer quand même. Et avoir un savon cru aussi de très mauvaise qualité. Je pense que ça ne passe pas forcément par le process de production, en tout cas pas pour cette matière.
- Alison Fleck
D'accord, ok. Bon, super parce que du coup, ça va rassembler, on va dire, les deux façons de faire. Et ça, c'est hyper bien de trouver des points de synergie. Et en fait, ce que tu dis, c'est qu'il faut maîtriser son process. Il faut savoir ce qu'on fait. Exactement, de la matière.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et s'intéresser à comment ça pousse, comment ça se transforme, comment ne pas l'abîmer, jusqu'au chemin final de la conservation du produit, pour lui permettre de tenir le plus longtemps possible avec ses nutriments. Puisque, comme il est produit. Tous les produits naturels vieillissent, donc l'idée derrière c'est d'avoir un produit qui puisse se conserver le plus longtemps possible, avec le plus de propriétés possibles, entre le moment de la matière brute au produit fini. quelle que soit la transformation. En tout cas, moi, c'est ce que je pense.
- Alison Fleck
On vient nous emmener. Est-ce que tu peux dire où tu es basée à Paris pour les gens qui sont parisiens et qui seraient hyper contents d'aller faire un tour ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Avec plaisir. Alors, moi, j'ai un concept un peu particulier puisqu'on est ouvert ici que le samedi au public. Moi, je suis vraiment un espace de production. Je me vois comme producteur et pas vraiment comme commerçant. Pour autant, j'ai pris un fonds de commerce. Je suis située à Paris 14e au niveau de la Porte de Venve, à une minute du métro. au pied des plus vieilles puces de Paris. Voilà, on a 79 mètres carrés d'atelier. Alors du coup, ici c'est notre showroom. Donc on a un espace magasin où il y a tous nos produits qui sont présentés. Donc la recette, enfin la savonnerie, elle possède 10 recettes validées par un toxicologue depuis le début de l'aventure. Donc ça fait une petite dizaine d'années puisque j'ai mis deux ans à valider mes recettes avant de les commercialiser. Donc on les redessine. de plein de façons différentes, mais on reste sur la même formulation. Pour te montrer par exemple, je vais avoir ce petit chien-là. C'est un petit savon en forme de chien qui est en biface, donc il a deux couleurs. Et ça va être exactement la même recette que mon savon Sélénite, donc au miel, à la mandarine, et d'avoine. Pareil pour mes léopards, je vais avoir celui-ci, qui va être exactement la même recette. que celui-ci. Et du coup, je me laisse la liberté, on va dire créative, de redessiner régulièrement les recettes, soit pour des collaborations, soit pour les rendre un peu plus contemporains. On va dire que vraiment ma gamme permanente, ça va être la collection. Donc c'est une gamme de 10 savons qui sont inspirés des pierres. Et donc chaque savon porte le nom d'une pierre. Donc on va retrouver Calcédoine, qui est à l'indigo du coup. champs des couleurs pour leur faire un petit peu de pub. Moi, j'adore vraiment leurs produits. Je travaille avec elles depuis le début. Et je suis fan de leur indigo, vraiment. Et c'est notre best-seller. C'est vraiment de le savouer. Au départ, les premières années, je les vendais un petit peu tous pareils, un peu plus, parce que nous, on travaille par saison. On a vraiment une collection pour chaque saison avec une thématique de couleurs et puis aussi de plantes ou de matières grasses qui pourraient soutenir. soutenir l'épiderme pendant ces périodes, un petit peu plus adapté, puisque quand il fait froid et chaud, notre gras sur la peau n'est pas exactement pareil, parce que l'été, ça va plutôt être luisant et fondre, alors que l'hiver, on peut mettre un petit peu plus d'apport, parce qu'avec la fraîcheur extérieure, ça nous gêne un petit peu moins sur la peau. Donc des petits chichis comme ça qui vont être un petit peu différents au niveau des produits. Et avec les années, figure-toi que Calcédoine, il a dépassé tous les autres. Largement. Alors, est-ce que c'est l'indigo qui parle à mes clients ? J'imagine aussi. Voilà, la couleur est vraiment canon. Et puis, c'est vrai qu'il y a beaucoup de salles de bain bleues quand même. On a quand même pas mal de clients qui sont très attachés à sortir leurs produits à leur intérieur.
- Alison Fleck
Donc, le savon est vu chez toi comme un objet aussi de déco. Ah, peut-être. Tu as l'impression de beau.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Du coup, pour te donner un petit peu, je vais décrire les produits. Donc, nous, on les retaille un par un à la mandoline. Je retaille toutes les huit faces, je casse les angles pour en faire des petites pierres, un peu comme le polissage d'une pierre semi-précieuse ou même d'une pierre précieuse qu'on va retailler. C'est vraiment cette intention-là. Souvent, nos clients vont plutôt les acheter pour offrir ou pour la déco. Ils vont avoir du mal à s'en servir. Comme on est dans une démarche zéro déchet, on va presser nos copeaux. Et on va en refaire des blocs de granit, toujours dans la thématique de la pierre. Et du coup, c'est des produits d'aussi bonne qualité. Parce que quand le savon est frit, il est mou comme de la pâte à modeler, donc on peut le presser sans le cuire. Et on va comme ça honorer 100% de la matière première qu'on va transformer ici. Et même de façon générale, en termes de déchets, moi j'ai une petite poubelle qui fait 50 litres. J'ai vraiment quasiment aucun déchet dans ma production.
- Alison Fleck
C'est vraiment ta démarche. Tu es hyper sensible à tout ça. Et tu fais vraiment... Quand j'ai vu ces savons blocs de copeaux, je me suis dit, vraiment, c'est jusqu'au bout. On ne perd pas de matière, on valorise. C'est génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et puis, pour le quotidien, quand ça fonce, on retrouve tous les petits éclats des marbrages dans les savons. Donc, en termes esthétiques aussi, c'est vraiment très joli. Et moi, je me fais un point d'honneur à ce que tous mes produits... soit beau jusqu'au dernier moment quand ça fond pour te donner un autre ordre d'idée puisque là j'ai un lavabo donc ils sont certains qui sont en test on avait fait un petit savon oiseau avec la marque mini labo il a bien bien fondu Ça fait plusieurs mois qu'on s'en sert et du coup, il a quand même toujours sa petite forme et les inclusions tiennent dans le temps. Donc il a l'indigo aussi, c'est Calcédoine qui a été revisité. Et donc l'idée, c'est vraiment que ça s'inscrive dans son univers de... Je ne sais pas si comme ça tu vas voir bien sur le porte-savon, sur la plante.
- Alison Fleck
Là, je vois la plante qui est très belle. Et là, je vois le porte-savon. Ah ouais, d'accord, super.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc l'idée, c'est qu'on en profite aussi au quotidien. Donc il n'y a pas de raison de ne pas s'en servir. Mais bon, après, c'est vrai que quand on a quelque chose qu'on aime bien, on est toujours un petit peu frileux à passer à l'action. Voilà.
- Alison Fleck
Génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Du coup, je t'emmène avec moi dans la partie cachée.
- Alison Fleck
Ah ouais. Ah d'accord. Donc là, on passe au labo.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Là, on va passer au labo. Alors comme je ne suis pas équipée, on va juste regarder par la fenêtre parce que tu vois, il faut remplir un certain nombre.
- Alison Fleck
Oui. Génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
sans en parler. Mais à travers la porte, on a quand même le droit de regarder. Donc voilà, moi j'ai un petit espace de production un petit peu classique. Derrière la baie vitrée, tout est en inox. On a un petit évit, un lave-vaisselle, une échelle. Et voilà, comme tout est fait à la main, il n'y a pas beaucoup de machines. Et ici.
- Alison Fleck
Génial. Donc les gens te voient de la boutique. Exactement, de travailler.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
le week-end. Et ici, voilà, j'ai mon petit stock de matières premières qu'on réceptionne par ce côté-là qui est derrière moi, puisque pareil pour la production et les nimbres, c'est obligatoire puisqu'on va avoir un cesse de décontamination pour faire le contrôle de nos matières premières, en prendre soin, pour aller stocker dans de bonnes conditions. Donc moi, c'est mon côté nord du magasin. Donc même quand il fait très chaud l'été, je n'ai pas de problématique de montée de température, il n'y a pas de Soleil direct. tout est fait pour que les matières premières soient bien protégées et qu'on n'ait pas forcément besoin de venir les mettre dans une chambre froide pour les conserver ou ce genre de choses franchement top et donc tu veux encore nous montrer quelques savons ? parce que j'aimerais bien que tu montres les planètes alors les planètes elles sont grosses je vais vous montrer ça ici alors elles vont être de ce côté là du magasin alors donc on a 4 recettes revisitées de planètes Donc pareil, les motifs sont dans la masse. Donc quand ça fond, ça reste beau jusqu'au dernier moment. On a des grosses familiales de 450 grammes qui vont durer quasiment deux ans pour une famille de quatre. Et on va avoir les petits modèles de 90 grammes. Donc il y a la recette à l'indigo, notre best-seller qui est revisité, c'est Neptune. On va avoir Mercure, qui est un savon sans huile essentielle, à l'argile rose et au lait de châtaigne. On va avoir comme le petit chien Sélénite revisité en Saturne, donc avoine, miel et mandarine. Et on a Jupiter ici, qui va être au curcuma et à l'élanguilanque. Voilà.
- Alison Fleck
Génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et après, on a des petits coffrets aussi. On fait des petits coffrets, des petites intentions. Donc, c'est ma maman qui fabrique tous les petits sacs. Donc, c'est vraiment petite échelle et familiale. Ça, c'était ma première façon de repasser mes copeaux. Donc, j'avais créé le coffret « Ma vitalité » en bloc de granit. Donc, ils étaient quand même très retravaillés aussi. Et en fait, avec les années, ma production est devenue beaucoup trop grosse pour pouvoir tous les passer dans ce coffret. Donc, maintenant, on fait les savons de copeaux en plus des coffrets. Et ce qui nous permet, déjà, on en rupture sur quasiment tous nos savons de copeaux. Donc, autant te dire que tout est honoré. Moi, c'est génial. Moi, je travaille aussi avec les catacombes de Paris, puisque je m'inscris dans ma dynamique d'arrondissement. Moi, je suis du 14e arrondissement. J'ai toujours mes parents qui habitent ici. Donc, c'est vrai que je suis très attachée à mon quartier, à l'histoire. Et nous, ici, on a beaucoup de sous-sol. Et ça fait partie, quand on est ado, des petites histoires qu'on se fait. On descend faire des visites souterraines, etc. Et donc, aujourd'hui, j'ai la chance de pouvoir leur faire leurs souvenirs. Et donc, on décline les vanités en différentes tailles, donc 90 grammes ou 18 grammes, et on propose des souvenirs parisiens qui sont labellisés Fabrique à Paris. Voilà, on va les livrer à pied. Donc franchement, c'est un régal.
- Alison Fleck
Et donc, c'est tes petites têtes de mort, c'est ça ? C'est par rapport aux catacombes de Paris,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
tout à fait. Je me pose une question,
- Alison Fleck
je me dis...
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Les catacombes de Paris, en gros, c'est le cimetière des innocents qui a été déplacé... dans les carrières. Et donc, c'est une histoire qui est unique au monde et c'est le musée... le deuxième musée le plus visité de France.
- Alison Fleck
Tu vois, incroyable. Parce que tu vois, vraiment, je me posais la question quand j'ai regardé ton site, je voyais tes planètes, moi j'appelle ça les tranches de gâteau tellement c'était beau et je voyais des têtes de mort et je me dis, alors c'est surprenant quand même ces mondes ensemble, mais du coup, je comprends complètement. Et j'avais vu, tu sais, une planche où on voit toutes les petites têtes de mort. C'est vrai.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors, ça m'emmène aussi dans les parties vraiment cachées, là.
- Alison Fleck
Oui, ben voilà !
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non mais ça c'est incroyable ! Et c'est mon petit lierre en cire de couleur naturel.
- Alison Fleck
Ça c'est incroyable !
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Et ça me permet aussi de faire mes tests de vieillissement, puisque chaque petite crâne, c'est des formules différentes. Et comme ça, ça me permet de voir comment ça tient dans le temps, dans l'endroit qui est le pire de la maison, puisque c'est plein de bactéries et d'humidité. Tout ce que le savon n'aime pas. en tout cas de l'humidité. Et donc, c'est mon test de vieillissement aussi. J'en profite pour voir comment, à 2 ans, 5 ans, 10 ans, les formules tiennent dans le temps, dans les pires conditions, pour me projeter, dans le meilleur des cas, sur les nouvelles formules pour nos produits. Voilà, aussi bien sur les couleurs que sur l'assemblage des matières grasses.
- Alison Fleck
Franchement, écoute, c'est... Déjà, sur ton site, tout ce que j'ai lu, j'étais bluffée, mais alors là, encore... Je trouve que tu vas vraiment jusqu'au bout. Je ne vais pas trop te flatter parce qu'on va croire que... Mais je continue, j'essaye de tenir mes questions. Mais franchement, j'ai plein de questions. On va commencer par le début. Tu as parlé de normes. Est-ce qu'on peut rappeler que la savonnerie artisanale a les mêmes normes que la savonnerie industrielle ? Ça vous met un poids sur les épaules quand même conséquent. Et je trouve que ce n'est pas dit assez souvent. Est-ce que tu peux nous expliquer, toi, ce que ça implique ? Tu as parlé de sas, tu as parlé de sens de circulation, de protection. Tu dois quand même faire gaffe à plein de choses. Est-ce que tu peux expliquer comment toi, tu t'en sors en tant qu'artisane avec ces normes qui sont quand même lourdes ? Après, tu t'adaptes, tu connais, c'est ton expertise. Je veux dire, ça peut quand même freiner certaines personnes à se lancer.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je comprends totalement. Moi, ça a été le gros du budget pour l'ouverture de mon projet puisque j'ai... pas les compétences ni pour faire les validations cosmétiques ni pour... Moi, je suis diplôme en pâtisserie, donc si tu veux, j'ai les normes d'hygiène alimentaire, mais les normes cosmétiques sont encore un petit peu différentes. Donc déjà, j'ai dû me former. Donc ça m'a coûté cher pour faire une petite adaptation sur les différentes normes qui vont changer entre l'alimentaire et la cosmétique. Il y en a quand même quelques-unes. Alors sur... Le protocole de transformation, c'est relativement similaire, en toute honnêteté. C'est plus sur la commercialisation du produit et la traçabilité que ça va un petit peu changer. Et moi, en toute honnêteté, j'ai trop peur de mal faire, donc j'emploie des gens pour le faire. Tous les ans, je fais un audit et on fait mes bonnes pratiques pour les remettre à jour. Et derrière, j'ai un toxicologue qui me fait aussi bien mes dossiers d'information produit que la toxicologie. Je suis sûre que c'est carré et ça me rassure. Peut-être que je pourrais me former pour faire mes dossiers moi-même. La toxicologie, non, puisqu'il faut soit être formation médecin et avec un petit bouchimiste, mais avec un agrément. À mon âge, je n'aurais pas du tout envie de reprendre des études aussi longues et fastidieuses. Je préfère me concentrer sur le savon. En tout cas, pour tout ce qui est la partie dossier, je pense que ça serait accessible. Et en même temps, il y a tellement de choses à faire que moi, enfin, à la Savonnerie Baba, le travail que tu vois derrière moi ou que vous allez voir pour ceux qui vont regarder la vidéo sur YouTube, je suis seule à fabriquer, mais je suis loin d'être toute seule dans le projet. J'ai un graphiste qui me fait tout mon packaging. J'ai une photographe qui me fait toutes mes photos. J'ai quelqu'un qui m'aide sur mon site Internet. J'ai un expert comptable qui m'aide sur la gestion financière. et les bilans et les dossiers parce que c'est pareil, c'est trop important pour faire ça de façon dilettante. Et c'est vrai que si on veut, et pareil pour la conformité, si on veut tout faire soi-même, ça laisse très peu de temps à la fabrication, à la production. Et moi, je passe beaucoup trop de temps sur les finitions et le montage de mes produits pour avoir ce temps-là de disposition. Donc j'ai fait ce choix-là, mais c'est vrai que c'est un énorme budget pour moi, la conformité ici. J'ai fait faire mon plan par un architecte sur un fichier AutoCAD pour pouvoir faire mes déclarations. Donc c'est pareil, quand j'ai réouvert, parce que c'est mon deuxième laboratoire ici, à chaque fois c'est un coup. Puisqu'à chaque changement, il faut refaire ses déclarations et tout le monde n'a pas AutoCAD sur son ordinateur. Dès que c'est un petit peu spécifique comme ça, il faut les bons outils, il faut le bon professionnel.
- Alison Fleck
Les bons experts, hein.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tout le monde est...
- Alison Fleck
Moi, j'ai fait ce choix-là, en tout cas, de ne pas tout faire.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Franchement, ça va encore résonner pour plein d'artisanes qui travaillent autour de la couleur végétale. Parce que franchement, c'est le truc qui revient le plus souvent. En fait, elles sont à la culture des plantes Tinctoriale, à l'extraction de la couleur, à la transformation, aux produits, à la communication. Elles sont sur les marchés, elles sont dans les boutiques, elles sont en formation. Franchement, c'est vraiment, comme tu dis, il faut trouver le bon équilibre pour se faire accompagner d'experts. mais des fois on te répondra qu'au début tu fais un peu tout toute seule et tu fais comme tu peux mais franchement ça va résonner pour plein d'auditeurs ce que tu dis là alors on a parlé des normes, on a parlé du toxicologue comme on a déjà reçu des savonnières on a reçu Blossom Savonnerie et on a reçu j'organise aussi des rencontres entre les maillons de la filière Tinctoriale pour nous rendre plus fort entre nous et avancer Merci. et développer la couleur végétale. Et on a reçu aussi Aline de l'atelier de la réserve. Et le propos qui revenait tout le temps, c'est ces histoires de valider ses recettes auprès d'un toxicologue, le temps que ça prenait, etc. Donc il y a un toxicologue qui va venir sur le podcast. Il est ravi que je l'ai contacté pour ça, parce qu'il dit que c'est vrai que des fois on perd du temps. On peut perdre deux à trois mois par rapport au travail de l'agriculteur. et l'ingrédient pour la savonnerie. Et en fait, il faut plutôt, ce qu'il me disait, c'est que ce n'est pas au niveau des savonniers le boulot à faire. Il m'a dit que c'est plutôt au niveau des agriculteurs. Donc, elles vont être ravies de se dire, il y a encore un truc à faire en plus. Mais voilà, donc vraiment, top que tu parles de ça, du toxicologue, etc. Tu as été dans les pionniers. Je l'ai eu la confirmation par le champ des couleurs. Vraiment, tu as été de celles qui ont démarré. Et quand tu m'as dit, quand on préparait que tu avais eu deux ans de R&D, je me suis dit Je comprends maintenant, quand je vois notamment ton nuancier et la manière dont tu travailles et le sens du détail. Tu vois, comment dire, inventer un produit qui va être beau jusqu'à la fin. Tu sais, tous ces petits reliquats de savon qu'on a tous dans nos salles de bain. Enfin, je trouve que c'est d'une exigence rare, vraiment canon.
- Alison Fleck
Ça, je pense franchement qu'il faut voir ma pâtisserie et ma formation.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Ouais.
- Alison Fleck
J'ai bossé pour des gens qui étaient très exigeants et pour qui aussi bien le beau que le bon étaient importants. Et c'est grâce à eux que je pense que je me suis inscrite dans cette démarche-là et que j'ai pu insuffler ça à mon savant, qui est très personnel, en tout cas qui est vraiment une proposition très personnelle de cette matière, qui en termes créatifs est incroyable puisqu'on peut la travailler sous toutes les formes. Moi, ma spécialité ici, c'est un petit peu de la travailler liquide. Donc, je flirte un peu avec la réaction chimique puisque plus elle se précipite, plus elle s'épaissit. Et donc, la travailler liquide, c'est vraiment essayer de la ralentir au maximum en même temps. Il faut quand même la précipiter suffisamment pour que tout se passe bien dans ses étapes. Mais on peut la travailler aussi beaucoup plus épaisse. On peut la pocher comme une chantilly. On peut, une fois qu'elle est fraîche, saponifier, la modeler. comme de la terre. Il y a des championnats du monde de sculpture sur savon. En termes créatifs, on peut venir se réapproprier quel que soit l'artisanat. On peut le travailler comme du papier marbré, on peut le travailler comme des émeaux, on peut le travailler comme de la terre, on peut le travailler comme du bois, on peut le travailler comme de la pâtisserie. C'est vraiment une matière qui, en termes de créativité, est infinie. La proposition que je fais est vraiment très personnelle, mais elle n'est pas du tout exhaustive sur ce qui peut se passer. passer dans le monde de la savonnerie à l'international aussi, puisque chaque pays a son prisme et ses modes et sa culture et ses mouvements, on va dire, donc on s'inscrit tous dans quelque chose qui nous ressemble, puisque on fait partie, on s'inclut dans quelque chose. C'est vrai que quand on regarde ce qui se passe à travers le monde, c'est quand même assez dingue. Et il n'y a aucune limite à cette discipline, franchement, en termes de créativité. Par contre, c'est vrai que les normes vont être un gros frein. puisqu'on ne peut pas changer une couleur contre une autre. Mais moi, j'ai fait partie prise de les redessiner. Je garde mon amour au gramme près et en fait, je répartis mes couleurs différemment. Si je veux en faire disparaître une, comme j'ai du charbon activé dans toutes mes recettes, si je veux cacher le rouge, je le mets dans le noir. Bon, la composition, il est quand même là. Pour autant, il ne se voit pas. Et donc, j'ai essayé de feinter un petit peu cette problématique de normes en me disant, ce n'est pas grave, j'ai ça comme contrainte. Qu'est-ce que je peux en faire ? Comment est-ce que je peux répartir mes volumes ? Et du coup, avoir l'impression de faire une nouveauté sans que ça en soit vraiment long et sans repasser par le dossier de toxicologie.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Franchement, ça, c'est hyper brillant. Je suis loin d'être là. Je suis loin d'être là. Ah ouais, tu vois, je trouve ça hyper... Donc, justement, dans tes 10 recettes, tu as parlé de 10 recettes que tu revisites. Tu as dit que tu les revisites en fonction des collabs. On en parlera parce que tu en fais plein. J'ai vu, c'est génial. Et tu les modernises aussi. Tu vois, le léopard, c'est trop bien. C'est vraiment... Donc, c'était deux façons de redistigner les recettes. Si on en vient maintenant aux couleurs, est-ce que tu peux nous dire les sources de couleurs que tu utilises Tu m'as bien dit que tu n'avais pas que du végétal, mais est-ce que tu peux nous raconter un petit peu tes sources de couleurs pour qu'on aille un petit peu vers la couleur ?
- Alison Fleck
Avec plaisir. Alors moi, quand j'ai commencé, déjà j'avais un rêve, c'était d'utiliser les plantes que j'avais dans mon jardin. Et ce rêve, avec les normes, a vite été suspendu, puisqu'il faut un diplôme agricole pour pouvoir récolter ces plantes et les transformer, ce qui n'est pas mon cas. Et en plus, derrière, il faut faire des analyses de l'eau. Et étant sur Paris, même si je passais un diplôme agricole, vu la quantité de produits que je pourrais récolter sur un petit terrain, c'est-à-dire très peu, ça ne vaudrait pas du tout le coup de payer une analyse pour cette petite quantité, sachant qu'en plus, il n'y a pas de coopérative sur Paris puisque ce n'est pas une zone agricole. Et donc, il n'y a pas de regroupement d'intérêts qui pourrait faire qu'on a des contacts avec un laboratoire, des choses qui ont été négociées par la coopérative pour avoir des prix plus intérieurs pour les artisans agricoles. Donc, du coup, ce rêve s'est envolé. Donc, derrière, après, j'ai eu un deuxième rêve, c'était de passer en direct et de soutenir notre filière agricole française. Et ça s'est aussi envolé en partie. puisque j'ai eu beaucoup de bâton dans les roues dans le sens où il y a beaucoup de personnes qui ne peuvent pas travailler avec la cosmétique parce que c'est trop contraignant et il n'y a pas assez de débouchés pour leurs produits, que ce soit en végétal ou en minéral. Par exemple, on a Ocre de France qui a arrêté de travailler avec la cosmétique parce qu'il n'y a pas de débouchés. Et comme on est obligé de mettre une date même sur l'argile ou l'ocre, Et bien si eux ils écoutent pas leur stock, ils sont quand même obligés de refaire les analyses sur le lot pour pouvoir remettre des dates. Et du coup, moi j'ai eu au téléphone, j'étais vraiment extrêmement triste puisque j'utilisais deux ocres de chez eux. En fait ça les intéresse plus du tout de travailler avec nous. Et donc ils vont se concentrer sur la peinture qui est un gros débouché et pas la cosmétique. Donc j'ai eu ce problème là sur certains de mes pigments végétaux. où j'ai été obligée de passer par une centrale d'achat en bio qui est bien connue de tous les producteurs, où j'ai démissionné. Puis il y a d'autres produits où je n'ai pas du tout démissionné, comme pour l'indigo, comme pour mon orti, comme pour ma spiruline, parce que grâce à leur travail exceptionnel et à leur conviction, ils se donnent les moyens de pouvoir nous rendre leurs produits accessibles. Et du coup, je suis là et j'achète avec grand plaisir et je partage aussi. je peux leur faire de la pub. Voilà, Chant des couleurs, elles sont dans mes deux livres en référence pour le choix des couleurs. Je n'hésite pas à partager quand je reçois une petite commande dans mes stories Instagram si ça peut inspirer des confrères qui me suivent et leur donner des clients. Moi, je suis vraiment dans cette dynamique-là où si quelqu'un fait un beau produit, j'ai envie qu'il continue de travailler.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Donc,
- Alison Fleck
si je peux lui trouver des clients, ce sera avec grand plaisir plutôt que de garder mes fournisseurs pour moi. Pas du tout. les beaux produits c'est rare les belles transformations aussi donc quand on tombe sur des pépites et des gens aussi engagés que le champ des couleurs notamment je leur lance vraiment des fleurs mais vraiment c'est sincère elles vont être hyper touchées Laurent et Amandine c'est sincère et bien moi j'ai envie de me dire que elles peuvent compter un sur un client fidèle c'est à dire que moi tous mes fournisseurs c'est pareil que ce soit pour les photos, le papier, on travaille avec du papier français, on se le fait fabriquer, il est sur mesure, que ce soit pour l'indigo ou autre. Quand j'ai quelqu'un avec qui je veux m'engager sur le long terme, même si on me propose des devis moins chers ou des choses comme ça, ce n'est pas du tout la politique de la maison. Je pense que quand on est artisan, on a besoin de pouvoir se projeter d'une année sur l'autre sur quand même des choses stables financièrement parce qu'on a des investissements à faire. On doit racheter une machine pour ceci, pour cela, la normale change, il faut injecter de la trésorerie. Et si on perd ses clients d'une année à l'autre, c'est impossible de pouvoir s'inscrire dans le temps. Et ce n'est pas un jeu de quelques euros d'un côté pour aller gratter quelques euros de l'autre qui rendent périns les beaux projets. Donc moi, c'est vrai que je ne m'inscris pas du tout dans cette dynamique-là. Je ne négocie jamais les prix avec mes producteurs. J'estime que le prix qu'on me propose, c'est le bon prix pour la qualité. Et derrière, c'est à moi d'adapter le prix de mon produit et la transformation pour que ça soit raisonnable. Et c'est plutôt comme ça que je vais envisager les choses. Donc c'est vrai qu'on a un produit. qui est quand même avec un budget un petit peu conséquent, mais en même temps, c'est un produit engagé et c'est le juste prix des choses. Et donc, je n'ai pas envie de mettre la pression financière sur des gens qui, déjà, travaillent énormément et ont très peu de marge sur leur transformation. Je pense que c'est plutôt, à l'inverse, le prix du produit qui doit s'adapter.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On a ce point commun de valoriser les agriculteurs. Pour le coup, c'est les agriculteurs en plantes Tinctoriale. Les aider à trouver des débouchés, les aider à motiver notamment les trous pour se convertir au végétal, pour qu'il y ait plus de commandes de plantes Tinctoriale, etc. Je prends le chemin, j'essaye aussi de contribuer à ça, mais je trouve ça hyper important que tu fasses le focus là-dessus. C'est le manque de demande ou le manque de visibilité qui fait que les agriculteurs s'arrêtent ou baissent les bras au bout d'un moment. Parce que c'est un boulot de titan, clairement. Et les plantes Tinctoriale avec les récoltes à la main, l'extraction de la garance à la fourche, tout ça, c'est hyper laborieux. Donc, super et bravo à tous ces agris. Ils se reconnaîtront. On en a plus d'une trentaine. On en a reçu une dizaine, dix-quinzaine. et on en a eu plus d'une trentaine qui... qui contribuent régulièrement avec un récover. Donc, top. Merci pour eux. Alors, j'essaye de ne pas perdre le fil parce que tu as dit plein de choses. Oui, je voudrais revenir à ton nuancier. Donc, on a parlé des couleurs. On a compris que tu avais du minéral, du végétal, du végétal dont aussi des algues, la spiruline. Voilà. Ton nuancier. Alors ça, c'est hyper intéressant. C'est un truc qui est transverse à tous les acteurs de la couleur végétale. Il y a des nuanciers pour la coloration capillaire. Il y a des nuanciers pour la teinture. Il y a des nuanciers pour le papier. pour les biomatériaux. Et j'apprends que tu es un nuancier de savon dans tes toilettes, qui est plutôt une œuvre d'art. On ne va pas se mentir, c'est magnifique. Tu as dit, ça me permet d'évaluer la tenue dans le temps aussi des couleurs. Et tu as fait des tests. C'est grâce à ça que tu choisis tes couleurs.
- Alison Fleck
Exactement. C'est grâce à ça que je choisis mes couleurs. Moi, j'ai... Après, on a tous des formes d'intelligence différentes, mais... Mais moi, pour me projeter dans quelque chose, j'ai besoin de concret. C'est pareil, je vais prendre une feuille de papier, je vais poser les choses. Et bien, c'est pareil pour de la couleur ou c'est pareil pour une formule de produit. Par exemple, pour te donner un ordre d'idée, j'ai saponifié toutes les matières grasses qui étaient accessibles à 100%. Même si je sais que ça ne fait pas des bons savons. Et bien, l'idée, c'était de voir au toucher, de pouvoir vraiment me projeter avec mes sens. Pour que derrière, quand je fais un assemblage de différents acides gras, sur la douceur, la tenue, la dureté, vraiment l'émotion qu'on va avoir avec le toucher, comme on va avoir avec le regard sur les couleurs ou les odeurs. Vraiment faire travailler les sens. Pour moi, c'est impossible de me projeter sans du concret. Donc au fur et à mesure de mes expériences, je mets toujours des petits. Donc là, c'est sous forme de vanité. Mais c'est mon troisième nuancier de couleurs depuis dix ans. que je réalimente en fonction de mes découvertes et des nouveautés aussi, puisqu'il y a des nouveautés sur le marché. Là, notamment, on va reparler des couleurs, mais elles ont sorti notamment des couleurs qui vont teinter dans le végétal, plutôt dans les mauves violets, ce qui est extrêmement difficile à obtenir. Ça va nous faire essayer beaucoup de choses. Donc, au fur et à mesure, moi, je reste toujours très connectée, même si je ne vais pas changer mes formules. comme ça du jour au lendemain, mais par amour pur. Je pense que je suis un peu une geek du savon. Quand il y a quelque chose de nouveau, je l'achète et j'essaye. Juste pour mon information personnelle, on va dire. Après, est-ce que j'ai quelque chose à titre personnel ou pas, j'en sais rien. En tout cas, à titre personnel, ça m'intéresse extrêmement. Donc, je continue les essais, les recherches. Et peut-être qu'un jour, on en fera quelque chose avec la savonnerie, ou baba, ou peut-être pas. Mais ce n'est pas grave. En tout cas, l'expérimentation est très importante. Et puis, ça permet de savoir ce qu'on veut comme savoir ce qu'on ne veut pas. Et surtout, moi, ce que je pense qui est très important dans un produit, et si on veut avoir la confiance de ses clients, c'est d'être honnête et transparent. Il n'y a pas une décision parfaite. Il y a toujours un avantage et un inconvénient, quels que soient les choix qu'on fait. Et quand on les connaît sur le bout des doigts, on peut les expliquer. Et du coup, s'ils sont compris, ils ne sont pas subis. Et du coup, on n'a vraiment plus que l'avantage des choses. Il y a le verre à moitié plein et c'est jamais à moitié vide. Alors que c'est la même chose, en fait. Donc, je pense que c'est aussi une force en termes de vente derrière et en termes d'explication. Et puis, une fois que la personne est au courant, elle fait ses choix. mais on peut vraiment bien expliquer son produit, comment il évolue, ce qu'il faut faire ou pas faire, ce type de choses. C'est vraiment des conseils parce qu'on le connaît extrêmement bien et qu'on l'a vu évoluer dans le temps. Donc voilà, puis je serais intéressée de savoir dans 20 ans qu'est-ce que ces savons-là disent. Ça m'intéresse et on a beau souvent en cosmétique faire des vieillissements forcés avant la commercialisation d'un produit, moi je pense qu'il n'y a rien de mieux que le vrai temps. C'est pas parce qu'on va le laisser très chaud, en étuve, en ceci, dans les pires conditions pour se dire, bon ben voilà, on peut mettre six mois ou un an ou deux ans. En fait, c'est pas vraiment deux ans. Ça a été un mois d'accélération de process. Et en fait, moi pour me projeter, encore une fois, j'ai besoin de concret. Et si je le vois, pour moi, c'est clair derrière et ça me permet de me projeter dans ce que je veux ou ce que je veux pas. Et donc, je fais ça pour tout.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Génial.
- Alison Fleck
Et quand il y a une nouveauté, c'est qu'elle a au moins deux ans de vieillissement naturel.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Exactement. D'accord, ok. Alors, je voudrais qu'on parle aussi maintenant, alors il y a encore beaucoup de choses, mais je voudrais qu'on parle de tes partenariats. Donc, tu nous l'as expliqué, tes recettes, tu les revisites, tu donnes à chaque fois des secondes vies à ces recettes par des partenariats. J'ai vu des formes incroyables, on a vu les planètes, on a vu les petits chiens, etc. Comment démarre une... on a vu les oiseaux ? Comment démarre une création ? Est-ce que c'est toi qui vas chercher tes partenaires ? Est-ce que c'est eux qui viennent te chercher ? Comment ça se met en place ? Je suppose qu'il faut créer un moule aussi, parce que tu ne vas pas faire tous les petits chiens ou tous les petits savons à la main toi-même. Il te faut un moule, je suppose, je pense. Comment ça se passe ? Ces partenariats qui sont quand même florissants, tu en as plein. Et je trouve ça hyper intéressant de comprendre la démarche.
- Alison Fleck
Alors, souvent, c'est moi qui démarche. J'ai de la chance d'être sur Paris. Et c'est vrai que je fais aussi les marchés, surtout dans la période estivale de Noël. Et du coup, j'ai la chance de rencontrer beaucoup d'autres créateurs, d'artisans, de commerçants ou d'artistes, d'ailleurs. En tout cas, d'autres corps de métier que le mien. Et c'est vrai que moi, ça fait quand même huit ans que je fabrique les mêmes produits, dix recettes. Donc, je les connais quand même. Par cœur. Quand je prends un apprenti qui manque quelques grammes de matière à l'œil, je le vois. Même sur un salon, s'il manque un gramme, je le sens. Parce que c'est des centaines de milliers de produits qui sont passés dans ma main. Donc forcément, au bout d'un moment, on n'a plus besoin de la balance. Parce que c'est devenu quelque chose d'automatique. Alors qu'au départ, il faut faire les contrôles sur tout. Derrière, c'est des choses qui s'imprègnent et on détecte immédiatement la couleur, l'odeur. ou toucher les choses. Donc, pour les partenariats, c'est souvent moi qui vais démarcher parce que j'ai besoin de rester motivée et de me donner des challenges techniques puisque le quotidien passe trop vite entre la fabrication, la communication, la comptabilité, la conformité, tous les problèmes que je vais rencontrer liés au fonds de commerce ou à autre. Voilà, c'est pareil pour tout le monde, le quotidien, nos apps. Et c'est vrai qu'on a du mal à sortir de sa routine. Et aujourd'hui, ça fait presque dix ans de projet de savonnerie et je suis toujours aussi motivée, j'aime toujours autant ce que je fais. Et je pense que c'est grâce à ça. Donc je m'impose déjà, comme je suis assez timide, d'aller voir d'autres créateurs et ça me donne de la contenance d'avoir quelque chose à leur proposer plutôt que juste dire bonjour pour dire bonjour. Ça me permet de les rencontrer, de les connaître, de m'intéresser à leur univers, de prendre du temps. pour aller voir leur atelier, d'apprendre une nouvelle discipline ou une nouvelle matière, ou de me sensibiliser à autre chose avec un autre regard. Donc c'est vrai que c'est quelque chose que j'affectionne particulièrement. Donc je dirais que c'est plutôt moi qui suis en demande, même si des fois j'en ai aussi. Mais on va dire, je pense que quasiment toutes les collaborations que je fais à 90% ou à 80%, c'est moi qui suis à la demande. Oui,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
une part proactive. Génial. Franchement, tu t'appliques une discipline et une rigueur et d'aller chercher, c'est trop bien, d'aller proposer des idées parce que tu maîtrises complètement ton savoir-faire et tes recettes et tu sais très bien ce que tu peux faire.
- Alison Fleck
Du coup, je vais souvent consulter dans l'univers de l'artiste ou de la personne. Je vais aller fouiller sur son site internet, son Instagram, après lui avoir proposé, évidemment, si elle était d'accord, de faire une collab avec moi. Et comme ça, je vais voir... concrètement vers quelle direction technique je peux m'engager puisque l'idée c'est de progresser en termes techniques mais de faire quelque chose de réaliste aussi et des fois j'ai juste pas le niveau par rapport à ce que en termes de temps pour développer le produit il me faudrait beaucoup plus d'années pour développer les compétences donc l'idée c'est de m'enrichir en termes de compétences et de me donner des petits challenges mais des challenges raisonnables aussi parce qu'il y a des choses sur lesquelles c'est le travail d'une vie Merci. Ce n'est pas en six mois qu'on va pouvoir passer certaines étapes. Donc voilà, on me dit rarement non, donc j'ai quand même beaucoup de chance. Et ça, c'est super chouette. Et moi, vraiment, ça me permet de sortir de mon quotidien, de nouer des liens parce que je suis, encore une fois, guide du salon, mais je suis beaucoup dans mon atelier. Là, c'est dimanche, j'y suis, mais ce n'est pas parce qu'on a rendez-vous, j'y suis tous les dimanches. J'y suis du lundi au dimanche. Donc c'est vrai qu'on est quand même en tant qu'artisan très isolé. Ça permet de se rencontrer, d'échanger sur des problématiques communes, même si la discipline est différente, de partager des bonnes pratiques, de se soutenir des fois, on manque de quelque chose, etc. Puis on a des contacts d'artisans autour de soi. Potentiellement, quelqu'un peut aussi vous soutenir dans votre... Dans votre discipline, moi je fais partie d'un collectif d'artisanes dans le 14e arrondissement. On est 14. Bon, si quelqu'un manque de sacs à Noël, il frappe à ma porte. S'il y a besoin de table pour un marché, si on a besoin d'un outil en particulier, on ne va pas l'acheter, on va être solidaire. Quelle que soit la problématique que la personne va rencontrer, on va être solidaire. Et c'est vrai qu'en tant qu'indépendant, c'est un problème si on se blesse, si ceci, si cela. toute la production est quand même très dépendante de nous. Donc il y a un côté aussi de nouer des liens les uns avec les autres. Au-delà de l'émulation, on va dire, artistique, du challenge technique et autres, le facteur humain aussi est hyper important. On est des animaux sociaux, on a besoin de connecter avec les autres. On ne peut pas rester en permanence dans sa petite ville. Ça ne marche pas sur le long terme, en tout cas. Je ne pense pas que ça soit... viable. Donc, je me force pour le faire.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Génial. Écoute, bravo parce que... Bravo. Franchement, bravo pour toutes les collaborations. Encore une fois, allez voir sur le site, allez voir sur la page Instagram aussi. Tu fais plein de collaborations. Enfin, c'est vraiment riche d'univers qui se rencontrent. Donc, vraiment chouette. J'avais encore des questions sur plutôt la technique, dans le sens où ce qu'on reproche à la couleur végétale, c'est de ne pas tenir dans le temps. Tes savons aux couleurs végétales tiennent, comme toi, ça va faire bientôt, ça fait 8 à 10 ans, on va dire, si on compte la R&D. Comment tu perçois la tenue des pigments végétaux dans les savons ?
- Alison Fleck
Il y a deux choses différentes. Il y a déjà les savons qu'on va exposer en pleine lumière, puisque c'est les UV qui abîment le plus la nature et ça vaut pour tous les ingrédients. Moi, en tout cas, sur ce que je travaille, il y en a des plus ou moins sensibles, mais sur la lumière directe, c'est-à-dire ce qu'il va y avoir dans ma vitrine, par exemple, de magasin, j'arrive à faire tenir... La chlorophylle, c'est très fragile. Donc tout ce qui va venir de l'ortie, de la spiruline, des choses comme ça, c'est six mois maximum. Et ça peut tenir, on va dire, sur les autres un an, deux ans, vraiment dans les pires conditions. Moi, derrière, ce que je fais sur tous mes produits, c'est qu'ils sont emballés par un petit papier de soie. qu'on fait fabriquer par la papeterie Montségur, et qui me permet de plaquer le papier contre le savon, et du coup de protéger des UV.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Génial.
- Alison Fleck
Et donc si on le conserve comme ça, vous pouvez ouvrir votre paquet dans 5 ans, la couleur elle sera toujours là, il n'y a aucun problème. Donc l'idée c'est que, moi je suis contre le sur-emballage des déchets, mais je trouve que le produit est tellement précieux, c'est trop dommage de le laisser s'abîmer, et s'oxyder naturellement. par rapport à ces problématiques d'UV. Et donc, on emballe tous nos produits dans des petits papiers de soie, donc le plus fin possible, le papier est compostable. Donc voilà, c'est notre façon de faire. Mettre une barrière. Exactement. Et même la manipulation des mains, puisque l'acidité qu'on a sur la main quand on va manipuler le produit, elle va abîmer le végétal. Donc le fait que nos doigts ne vont pas être en contact, c'est pour ça que les testeurs de présentation s'abîment aussi vite. C'est parce qu'il y a aussi le facteur UV, mais il y a aussi le facteur manipulation. On a les doigts très acides, on transpire, c'est comme ça. Et donc, on va brûler tout simplement les choses de façon répétée. Et donc, moi, en tout cas, ce que j'ai choisi pour le savon, puisque j'aime trop le végétal pour mon passé. Et puis, je trouve que c'est sain d'avoir des vitamines qui sont représentées par des couleurs et que le jour où elles ne sont plus là, ce n'est pas qu'il n'y a plus les vitamines, ce n'est pas quelque chose de gênant. Donc si on arrive à les conserver longtemps, on va profiter de ces actifs pour notre peau. Et en plus, c'est extrêmement beau, la palette de couleurs est si variée que même en termes de créativité, elle est sans limite. Il y avait cette limite sur tout ce qui était teintes violées, prunes, lavande, etc. Et puis il y a eu des personnes qui font des propositions de jambon en végétal qui sont super. Donc on n'est plus obligé de passer au synthétique. Si on veut absolument un savon lilas aujourd'hui ou violet, c'est possible. Donc ça, c'est génial. Donc voilà, moi, j'ai fait ce parti pris là pour les conserver, de les emballer.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
OK. Alors, une autre question. Alors, j'étais très surprise. Tu vois, moi, je travaille avec les agriculteurs de la filière Tinctoriale. L'idée, c'est de trouver des débouchés, donc d'aller chercher et de faire parler tout ce monde, donc de l'agriculteur, l'artisan, les entreprises. Et dans les différents domaines d'application de la couleur, parce qu'il y en a vraiment plein des domaines d'application. Globalement, là où on peut mettre de la couleur, elle peut être végétale, vu que c'était ce qui se passait avant. Pour faire très court pour nos auditeurs, le truc, c'est qu'en faisant un sondage auprès des agriculteurs en Tinctoriale, le savon est arrivé quatrième débouché pour les agriculteurs. Alors, je t'avoue que j'étais extrêmement étonnée parce que pour moi, on mettait très peu de pigments dans la cosmétique. Donc notamment, on a reçu Elodie Carpentier qui... qui met de la couleur végétale dans ses rouges à lèvres et dans ses eyeliners, etc. Et pour moi, les quantités étaient infimes. Dans les quantités de savon, j'ai l'impression que pareil, ce ne sont pas des très grandes quantités. Je ne sais pas, sans nous révéler de secret ou quoi que ce soit, c'est quoi des quantités de pigments que pourrait passer un savonnier en végétal environ ? Et est-ce que du coup, c'est la multiplication des savonniers à la couleur végétale qui p*** peut aussi soutenir cette filière ? C'est quoi les quantités ?
- Alison Fleck
Je pense qu'il y a des deux. Alors pour les quantités, c'est quasiment impossible de triplonger puisque c'est chaque pigment son propre dosage. Par exemple, je vais te donner un exemple concret, l'indigo, il y a besoin d'en mettre très très peu, mais vraiment très peu. Alors qu'on va partir sur de la spiruline ou du curcuma, on va peut-être faire un fois 10 pour te donner une échelle. Il y a encore... Il ne faudra pas s'emballer trop parce que, que ce soit la chlorophylle ou la bêta-carotène, si elle est trop saturée, elle va s'oxyder, elle va devenir marron dès qu'elle va prendre la lumière. Donc il y aura un pourcentage de toute façon maximum. Et ça, ça vaut pour chaque couleur végétale. Enfin vraiment, c'est des dosages de 1 x 10 en fonction du pigment. Donc il faut faire ses essais. Mais comme avec chaque couleur, on peut faire un nuancier pantone, on peut aller du trépade. aux traits foncés quand même. Et on a une possibilité de marche quand même assez énorme. Donc c'est vrai que ça ne correspond pas beaucoup en termes de grammes.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
De quantité ?
- Alison Fleck
Non, de quantité. On peut mettre 1 g pour 100 g de pâte, comme on peut mettre 0,5. C'est vraiment faible.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Variables sur le nombre de couleurs ?
- Alison Fleck
Je pense que c'est parce que la savonnerie artisanale en France, elle s'est beaucoup développée. Je crois qu'on est plus de 750 savonniers. alors qu'après l'heure il devait y en rester 20 quelque chose comme ça donc ça a vraiment eu le vent en poupe c'est des micro savonneries et je pense qu'on fait quand même un peu de volume je sais pas combien d'indigo j'achète par an mais c'est pas non plus énorme il doit être à 1 kg, 1,5 kg quelque chose comme ça et j'en mets vraiment pas beaucoup dans les savons mais comme c'est notre best-seller j'en achète tous les ans un peu plus voilà Ça, c'est sûr. La production se développe et puis du coup, je vais en consommer de plus en plus, j'espère, pour elle et pour moi. Donc voilà, mais non, ce n'est pas moi qui les fais vivre, clairement, malheureusement.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, mais je pense que la multiplication des acteurs, donc tu dis 750 abonnés, j'avais trouvé, alors pour citer son site internet, Et Julien de Couleurs Savon, merci, qui fait un travail génial.
- Alison Fleck
J'ai trouvé son site parce que je cherchais le nombre de savonniers artisanaux qui existaient. Et j'ai trouvé son site formidable, donc Couleurs Savon, allez voir son site. Il répertorie tous les savonniers artisanaux en France. Franchement, boulot de titan pour le faire pour les acteurs de la couleur. Je sais que c'est un travail de longue haleine. Et donc, je lui ai partagé qu'on organisait un rassemblement pour les savonniers artisanaux, soit qui utilisaient déjà des pigments végétaux et minéraux. On n'est pas sectaires. ou qui voulaient se convertir, mais qui étaient freinés par les normes, la paperasse, la crainte que la couleur parte. Tu vois, cette crainte-là, en fait, l'objectif de cette rencontre, c'est d'étendre un peu les a priori. Justement, ça m'amène à ma question d'après. C'est toi, tu fais un travail de transmission, c'est-à-dire qu'on voit ta rigueur. Je pense qu'avec le podcast et ce que tu viens de nous raconter, on voit ton niveau d'exigence et de rigueur. je suis hyper curieuse de savoir comment tu transmets est-ce que tu peux nous parler des différents projets que tu as mis en place pour pouvoir transmettre, initier à la savonnerie à ton côté geek du savon j'adore cette expression comment tu fais pour le transmettre et montrer qu'en fait on peut y aller qu'est-ce que tu proposes ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
ça marche, alors déjà je vais juste revenir sur la couleur végétale moi ça fait 8 ans que je commercialise mes produits j'ai jamais eu un mauvais retour sur mes couleurs végétales
- Alison Fleck
Jamais.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Mes clients sont très contents. L'activité se développe à l'échelle de deux petites mains, évidemment. Je ne suis pas une start-up ou une multinationale, mais je suis passée de 14 m² à 79 m². J'ai une apprentie avec moi aujourd'hui qui est salariée de l'entreprise. On se développe à échelle humaine, mais petit à petit. Et je n'ai jamais eu un retour de produit ou quelqu'un qui n'a pas été content. Donc déjà, si vous voulez utiliser des pigments végétaux dans le savon, ça a un charme faux. Ce n'est pas du tout quelque chose qui va vous pénaliser, en tout cas sur la qualité de vos produits. Quand on fait du naturel, il faut accepter la nature comme elle est. Et ça tient largement suffisamment longtemps pour en profiter comme il faut, sans qu'il y ait les côtés négatifs de cette problématique de temps qui passe.
- Alison Fleck
Génial.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Moi, j'ai trois axes à la savonnerie de transmission. Donc déjà, on prend des apprentis internes, on les forme. Donc c'est soit des jeunes qui viennent de la chimie ou de la cosmétique et qui viennent sur des formations de stage avec moi de deux à six mois et qui travaillent au laboratoire avec moi sur une partie de l'année. Et je me garde une partie de l'année où je fais un petit peu... un peu tranquille, entre guillemets,
- Alison Fleck
pour faire d'autres choses.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
On a des cours de loisirs créatifs tous les week-ends, le samedi et le dimanche. Donc, ouais, sans exception. Donc, c'est le samedi de 15h à 17h et le dimanche matin de 10h30 à 12h30. Et donc, vous venez fabriquer votre savon avec moi et vous repartez avec l'un de mes livres plus le savon. Donc, il y a un de mes livres qui est compris dans l'atelier. Comme ça, ça permet, puisqu'on se dit plein de choses, et ça permet de repartir avec un support pédagogique un peu complet, de pouvoir y revenir dans le temps parce qu'on oublie, etc. Et moi, j'ai vraiment l'envie, en tout cas, de rendre ce produit incroyable, accessible. Et si on n'a pas les moyens forcément de l'acheter, de le fabriquer, de le fabriquer soi-même, et on peut très bien se faire un gros kilo de savon pour son année de consommation. On n'est pas obligé d'en faire toutes les semaines ou tous les jours. un repas, déjà on a beaucoup de mal à se faire des bons petits plats quotidiens, le savon ça se conserve donc c'est totalement accessible à la maison et à le supermarché vous pouvez trouver tous vos ingrédients donc je veux dire c'est quand même quelque chose qui est facile donc j'ai cette volonté là de rendre accessible ce produit qui est absolument incroyable comme ça si on peut éviter les gels de douche et tout se passer au super savon solide, sur le gras Merci. Et ça évite les crèmes derrière parce que moi, par exemple, depuis que j'utilise le savon, je ne mets plus rien. Et je n'ai pas une peau sèche ou ce genre de choses. Vraiment, le savon suffit en tant que tel. Donc, à titre écologique, j'y crois. J'essaye de m'engager un peu aussi sur ce projet. Donc, j'ai écrit aussi deux livres avec la maison d'édition Solar. Ça, c'était un peu fou parce que six mois après l'ouverture de mon projet, ils m'ont... contacté pour écrire un livre alors que j'avais six mois d'activité. C'est génial. Et il a bien marché. Donc, on en a fait un deuxième quatre ans après. Donc, on a repris le premier. On l'a amélioré. On l'a ouvert sur un sujet plus large, qui est la cosmétique, alors que le premier n'était vraiment que dédié au savon. Mais on a quand même repris toute la partie du savon parce que forcément, avec quatre ans d'expérience de plus, rien que même sur les couleurs, le travail des couleurs et mes propositions, elles avaient évolué. Donc, on a retravaillé tout ça. Et j'ai aussi Domestika qui m'avait contactée. pour faire un cours en ligne. Et ça, ça a été un gros projet aussi. Et du coup, vous avez une heure et demie de cours sur Internet. Et le nuancier qui est dans les toilettes a été fait pour illustrer les couleurs à cette occasion. Pour que pareil, parce qu'après, on a tous des intelligences différentes, mais c'est vrai que de le dire, de l'écrire ou de le voir, ça permet comme ça de tout le monde. Et quand on voit une couleur concrète, puisqu'en fonction de votre... votre base de matière grasse, vous n'avez pas exactement les mêmes teintes de blanc. Si votre blanc est plutôt crème ou votre blanc est plutôt blanc, forcément le bleu ne va pas ressortir de la même façon. Et donc quand on veut se projeter sur quelque chose, c'est quand même de voir, ça permet derrière de faire résonance dans une direction ou une autre. Et donc l'idée c'était de retravailler encore un peu plus les couleurs sur ce support-là. Et au fur et à mesure des projets qu'on me fera, j'espère que je pourrai avancer. le plus en plus dans cette démarche et d'en profiter pour partager le fruit de mes recherches personnelles. Parce que là, pour nous tous, c'est vraiment de l'expérimentation personnelle et de façon empirique. J'essaye et j'en fais mes conclusions. Eh bien, vous avez une heure et demie de cours avec des petites techniques de décor, quelques recettes et tout ce travail sur les couleurs. Et donc, c'est accessible. Vous achetez le cours en permanence, vous pouvez en revenir dessus à volonté.
- Alison Fleck
D'accord, ok. Top. Écoute, ça c'était sur la partie transmission. J'ai des questions un petit peu sur l'organisation des savonières. Qui, qui, est-ce qu'il y a un, je vais employer des gros mots, mais est-ce qu'il y a un regroupement de savonniers ? Est-ce qu'il y a une fédération ? Est-ce qu'il y a des gens qui s'occupent de vous, les savonniers artisanaux ou pas ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Voilà. À ma connaissance, il y a un groupement. Ils ont un logo avec l'abréviation de Savon à froid.
- Alison Fleck
D'accord.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Mais moi, je n'en fais pas partie. Je ne suis peut-être pas la meilleure placée pour en parler. Je n'en fais pas partie, pas parce que ça ne m'intéresse pas. Dans l'absolu, ça m'intéresse. C'est vrai que moi, avec mes confrères savonniers, j'ai quelques personnes avec qui je communique beaucoup sur Instagram et que je considère comme des collègues. Et du coup, à mon petite échelle, on va dire une dizaine de confrères avec qui je parle régulièrement et où je suis les aventures et où ça m'intéresse humainement. Et quand on a une problématique diverse, on se pose des questions et on se répond. complètement sincèrement et honnêtement pour se faire gagner du temps. Que ce soit sur des partages d'expérience. J'ai une collègue qui m'a demandé si ma balance, la dernière fois qu'elle marque, j'avais... parce qu'elle trouvait qu'elle n'était pas assez bien la sienne. La mienne n'avait pas terrible non plus, donc je ne lui ai dit surtout pas. Du coup, voilà, on essaie de partager pour gagner du temps, éviter quand on a un problème de fournisseur ou les normes qui changent ou des doutes sur quelque chose ou même une problématique technique qu'on rencontre et qu'on n'avait pas avant. On n'a pas la solution. Moi, c'est vrai que je fonctionne beaucoup comme ça. Donc, ce n'est pas un groupement de plein de gens. C'est vraiment des gens avec le temps où on a commencé à discuter, à approfondir, où on se fait confiance. Et on se rencontre et on prend des cafés et on se voit et on se soutient. C'est ton réseau, franchement. Exactement. Et je le fais à ma petite échelle parce que je n'ai pas beaucoup de temps. Donc, je ne pourrais pas être en contact avec 100 personnes. C'est impossible. Une dizaine, à ma petite échelle, c'est largement suffisant pour vraiment avoir quelque chose qui n'est pas superficiel.
- Alison Fleck
Je comprends. Est-ce qu'il y a des sujets, Alison, qu'on n'a pas abordés ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tu m'avais demandé si je recommandais quelqu'un. Oui,
- Alison Fleck
ça c'est la dernière question.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
D'accord.
- Alison Fleck
Non, mais t'inquiète, pas de souci. C'est savoir si là, tu as des sujets qu'on n'a pas abordés, que tu veux aborder avant la dernière question qui est le passage de micro. Est-ce que tu vois des choses qui sont importantes pour toi et que tu n'as pas abordé ou est-ce que c'est bon pour toi ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Non, moi je pense que c'est bon. Il y avait une partie où on a dérivé parce qu'on s'est dit beaucoup de choses et tu parlais des moules sur mesure, des choses comme ça. Comment je faisais mon travail de création ? Si tu veux qu'on revienne dessus simplement, c'est possible. Peut-être que ça m'a intéressé des confrères pour des questions techniques. Donc moi, j'ai fait partie prix. Donc nous, on a une contrainte sur la production qui est la même que sur l'alimentaire, c'est-à-dire que tout ce qui est en contact avec le produit... doit être contact alimentaire ou cosmétique et on doit pouvoir le justifier. C'est-à-dire que si vous utilisez un pot en plastique, ça ne peut pas être votre pot qui va arranger des chaussures ou acheter un ustensile à l'Aurore Merlin ou au magasin de bricolage. Donc il faut pouvoir justifier que les plastiques sont bien contact alimentaire, que ceci, que cela. Et donc il y a cette problématique de moule quand on est savonnier parce qu'un moule sur mesure, ça coûte très cher. Qu'on fabrique soi-même, puisque le silicone alimentaire ou médical, c'est extrêmement cher. Ou qu'on le fasse faire. Parce que maintenant, avec l'impression 3D, les formes, les contreformes, c'est quand même beaucoup plus accessible qu'avant. Mais il y a quand même ce travail de la matière du moule en soi qui est extrêmement cher. Et en plus, il y a cette problématique de, si c'est une édition limitée, qu'est-ce qu'on fait du moule après ? Ça fait beaucoup de plastique généré et on ne va pas faire collection de moules dans nos placards. Donc moi, je suis à Paris et j'ai quand même un... Même si je me sens chanceuse dans mes 79 mètres carrés, ça reste quand même petit. Moi, j'ai fait un parti prix qui est complètement différent. Je fais des choses qui sont, pour ma collection permanente, pas figuratives. On travaille avec des grandes barres en inox, qui sont des moules sur mesure, qui ont été faites par un petit artisan qui est super, qui s'appelle le Chambézion de l'Aide. Et pour tout le reste, c'est à la main. Donc tu disais que je me faisais des moules, pas du tout. C'est une blague ? Non, j'emporte pièces comme des gâteaux et je fais pièces pour pièces. Mais ce qui me perd...
- Alison Fleck
Les petits chiens, tu les as tous faits à la main ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Tous à la main.
- Alison Fleck
Ouais, là c'est du travail d'orfèvre.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je fais mon anguille avec du savon.
- Alison Fleck
Ah ouais, ouais. Voilà,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
j'ai fait ce parti-là en tout cas pour les collaborations parce que ça me fendrait le cœur de mettre des moules. Évidemment que je gagnerais du temps si j'ai une barre en forme de chien et que je coupe des tranches. Mais l'objectif de ces créations-là, c'est qu'elles soient éphémères. Donc on se met d'accord sur un nombre de tirages. C'est 100 pièces, c'est 200 pièces, c'est 300 pièces. Peu importe. Et c'est mon temps qui compense mon matériel, mais je le fais parce que j'ai envie et parce que ça me fait plaisir. Ce n'est pas qu'une question financière, c'est vraiment une question d'accumuler tout ce plastique pour rien. est-ce qu'il est silicone pour rien ? Qu'est-ce que je vais en faire ? Sachant qu'on va illustrer un chien en 2026, en 2056, on va le représenter de façon différente. Donc tout ce qui est figuratif, c'est extrêmement daté. Et c'est pour ça que moi, j'ai fait le parti pris dans mon univers permanent de travailler la texture ou les patterns animaux. Parce que ça, c'est un univers à l'étage de léopard. Les ailes d'un pompillon, les mouvements dans la roche qui s'infiltrent. une feuille en macro et les petites nervures, ce sont des choses qui, dans l'ordre de l'esthétique, sont intemporelles et je ne pense pas qu'on puisse se lasser de la nature. Alors que notre façon de représenter un être humain, un chien, un lapin, un bonhomme de Noël, en fonction des époques, change totalement ce que ça se voit quand on va dans les musées. On a une façon de représenter ce qui nous entoure en fonction des générations, avec une lecture et un prisme qui datent. L'idée de ma gamme, c'est de me dire qu'elle sera intemporelle. Et pour faire des choses datées et m'intégrer de façon contemporaine, je vais donner de mon temps et on va faire des petites choses éphémères. Et on ne s'en laissera pas.
- Alison Fleck
Écoute, franchement, travail de malade. Vraiment, bravo pour tout ça, tout cet engagement. Alors, j'ai une dernière question. qui est à qui tu aimerais passer le micro pour continuer dans cette démarche de découvrir les usages de la couleur végétale dans la savonnerie ou autre, ou dans la cosmétique. Et je te poserai, j'ai encore une question. Mais est-ce que tu peux nous dire à qui tu pensais ? Et je te pose mon ultime question de la dernière minute.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Alors moi, il y a deux personnes à qui je pense. Donc une savonnière que je suis, avec qui que j'aime beaucoup. Le nom de sa savonnerie, c'est Jamin Savonnerie. Et elle, elle va... Donc, on n'a pas du tout le même style, mais elle travaille donc avec des couleurs naturelles aussi. Et elle a une palette qui est... qui est très intéressante. Elle a une sensibilité aux couleurs aussi, qui transparaît beaucoup dans son univers. Et moi, qui me touche, en tout cas, à titre personnel, beaucoup. Donc, j'aime beaucoup son travail. Et je pensais aussi à quelqu'un que j'aime bien, avec qui j'ai fait des ateliers à la savonnerie, qui s'appelle Aurélie Valtat. Son compte, c'est Aromatips B. Elle est auteure aussi. Sur la pharmacie naturelle, les plantes, elle fait de la cueillette, elle fait de la transformation, elle fait aussi du savon. Elle ne commercialise pas du tout, c'est plutôt des conseils, du blog, des choses comme ça. Mais c'est une femme extrêmement intéressante, avec beaucoup de sensibilité à son environnement. Elle a une approche et un regard sur la transformation des plantes comestibles et médicinales qui moi aussi me touchent. puisque je suis une grande consommatrice notamment de tisane et autres plantes à titre personnel. Donc c'est vraiment quelque chose que j'aime beaucoup, que ça soit sous forme de bourgeon, d'écorce, de fleurs, de feuilles. Vraiment, ça fait partie de mon quotidien. Et donc c'est vrai que j'aime beaucoup son univers, son travail et la transmission, puisque comme c'est un blog et un compte Instagram, enfin je veux dire, elle fait ça sur son temps personnel. Ce n'est pas du tout professionnel. Donc, je suis toujours très admirative des gens comme ça qui s'engagent par passion sur leur temps libre et qui dédient quand même vraiment beaucoup de temps.
- Alison Fleck
Écoute, top. J'essaierai de les contacter. J'ai une dernière question, Alison, qui moi me trotte dans la tête, mais toi, peut-être que tu l'as explorée. Je voulais savoir si tu pensais que la couleur végétale dans les shampoings solides... c'était envisageable. Parce que, du coup, quand on a parlé savon, je me suis dit, bah, attends, savon solide, pourquoi pas créer des shampoings solides aux couleurs végétales ? Et j'ai cherché. Oui, c'est possible.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Il y en a ?
- Alison Fleck
Tu vois, je n'ai pas trouvé. Donc, c'est possible. Il n'y a pas de contre-indicatifs. Il n'y a pas de normes. Dans mon livre,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
il y a un set avec de la spiruline dans mon shampoing. Mais avec toutes les plantes indiennes qui sont utilisées dans la Ayurveda pour tout ce qui va être fil capillaire et autres, je pense que tu vas trouver beaucoup de gens naturels qui ont pris de ce type de plantes pour alimenter leur shampoing. Et du coup, qui vont avoir des palettes de couleurs. Alors peut-être pas dans les bleus. Enfin si, tu vas me dire pour les bleus blancs, souvent on va choisir des oxydes ou des choses comme ça. Mais en tout cas, en végétal, non. Merci. Mais tu vas retrouver en tout cas toute une partie de teinte du beige au rouge sûrement, avec du vert, peut-être même du jaune dans certaines plantes ayurvédiques qui peuvent très bien être utilisées pour les cheveux et qui sont très qualitatives pour une bonne qualité de cuir chevelu et de fil capillaire. Donc je pense que tu vas trouver pour les shampoings, mais ça sera peut-être plus des plantes exotiques.
- Alison Fleck
Ah oui. D'accord, ok. Bon, bah écoute, super. J'ai du mal à chercher, mais j'ai quand même cherché et je n'ai pas trouvé si facilement, donc je vais creuser encore. Est-ce qu'il y a une chose qu'on n'a pas dite, Alison ? Est-ce que pour toi, tout a été abordé ?
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Je pense qu'on a beaucoup papoté. Ce n'est pas si vite.
- Alison Fleck
C'était génial. Franchement, encore bravo. Je ne veux pas te brosser trop parce que ça va être flagrant, mais bravo pour ton implication, ton niveau d'exigence, ta maîtrise. Tu vois, on voit que tu as... Oui, tu as raison, je pense que c'est ça, c'est la pâtisserie, la rigueur, franchement, c'est incroyable. Et du coup, c'est hyper encourageant de voir tout ça et de voir les belles œuvres d'art que tu proposes, parce que je le redis encore une fois, franchement, aller voir les planètes, vraiment, c'est incroyable ce que tu fais, donc bravo pour tout ça. Et merci d'avoir pris du temps un dimanche pour parler pour les auditeurs d'Arrêt Covert et pour m'expliquer ton métier, franchement, c'était hyper intéressant.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Avec plaisir. Et puis, si jamais, grâce à toi, on peut être en contact avec des agriculteurs pour des produits de qualité locaux qui rentrent dans nos problématiques de conformité, je pense avec plaisir parce que moi, des fois, je mets deux à trois ans à trouver le bon partenaire.
- Alison Fleck
C'est exactement le travail qu'on est en train de faire avec le toxicologue, le collectif des agriculteurs, passionnés et franchement... Tu vois, c'est ça de se rassembler en réseau et j'ai hyper apprécié ton passage sur, voilà, il faut travailler ensemble pour avancer plus vite, mieux, se mutualiser et garder le cap parce que c'est des travaux, c'est des métiers. C'est une passion qui demande énormément d'engagement à tous les titres. Et donc, du coup, d'être plusieurs, des fois, ça allège le fardeau. Donc, top. C'est vraiment le boulot qu'on est en train de faire. Donc, tu es la bienvenue sur tous les groupes de travail, si tu as envie, si tu as le temps. Mais en tout cas, c'est ce qu'on est en train de monter. Donc, j'espère que ça sera beaucoup plus fluide d'avoir les fiches produits des agriculteurs, de passer plus vite la toxicologie. et de monter, d'avoir vraiment la palette de couleurs qui va bien en végétal et minéral. Mais ce n'est pas trop mon domaine, mais c'est vraiment l'objectif en tout cas. Moi,
- ArtEcoVert Pauline Leroux
je serais ravie de travailler avec vous.
- Alison Fleck
Bon, top. Écoute, merci beaucoup, Alison.
- ArtEcoVert Pauline Leroux
Merci beaucoup, Pauline. Très bon dimanche.
- Alison Fleck
Merci pour votre écoute. Pour soutenir La Couleur Végétale, abonnez-vous au podcast Aréco Vert sur la plateforme d'écoute de votre choix. et laissez un commentaire si vous avez appris quelque chose. Ça soutient vraiment le podcast. Pour les artisanes de la couleur végétale qui veulent aller plus loin, vous pouvez rejoindre la plateforme Patreon ou la communauté ArtEcoVert à vie. Et pour les entreprises qui souhaitent creuser davantage le sujet de la couleur végétale, me faire intervenir dans leurs entreprises pour leur expliquer la filière et les enjeux, on se retrouve sur ArtEcoVert.com. kitkit.com
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