- Fanny
C'est avec SCH quoi, tu vois ce que je veux dire ? Ça veut dire que les gens de ma ville, ils me voyaient faire une dinguerie avec un mec de notre ville. Mais on me regardait quand même comme une extraterrestre. Je crois qu'il n'y a que mes parents au début qui ont cru en moi. Et tu sais ce qui était le plus drôle ? C'est quand on me disait « Ouais, je veux que tu mixes tes sons comme t'as mixé Gradur » . Ça n'a jamais été mixé Gradur. Là, je commence à me prendre une première vague de « Putain, je l'ai fait, j'ai un disque d'or en fait » . Et même quand au début j'ai commencé, je te dis « Ah, Marseille, les portes elles se fermaient » . Un jour, mon père m'appelle, il me dit « Ouais, je reviens de la FNAC là » . Je suis en mode « Mais pas mal ! » Il me dit « Non, c'est pas mal, c'est pas mal ! » Peut-être un peu trop de réverbe sur la fin et tout. Je ne te parle même pas des artistes qui te disent qu'ils vont te payer et qu'ils ne te payent pas. On ne citera pas de nom. On a envie, mais... Oh, ça brûle les lèvres. Après, je peux me bipper, si tu veux. Ça brûle les lèvres.
- Ossama
On dit qu'on n'a qu'une vie. Et si, en vrai, on n'avait qu'une seule mort ? Moi, c'est Osama. J'ai vu ma vie défiler et depuis, j'ai changé de mental. De l'usine à la fac et de la fac à l'entrepreneuriat, j'ai lancé Artisans d'Esprit. Et si tu es ici, c'est pour entendre des récits vrais de gens qui doutent, qui tombent, mais qui avancent avec foi. Notre but, valoriser les quartiers de France. Parce qu'ils portent des talents. des rêves et des combats. Artisan d'Esprit,
- Fanny
c'est des échanges sincères, authentiques et sans langue de bois. N'écoute pas les conseils déjà, écoute leur histoire. C'est maintenant sur Artisan d'Esprit. Bienvenue sur Artisan d'Esprit,
- Ossama
le podcast qui traite des sujets de quartier. On est ici pour parler de parcours vrai, authentique et sans langue de bois. Comme tu l'as entendu dans l'intro, je suis ici avec un nouvel invité, plus précisément une nouvelle invitée. Elle s'appelle Fanny. Fanny, comment ça va ?
- Fanny
Ça va très bien, merci. Et toi ?
- Ossama
Bah, tout merci. Tu viens tout droit d'Aubagne.
- Fanny
Ouais, exactement. Sud de la France. Je t'ai ramené le soleil.
- Ossama
Ouais. L'accent, le soleil.
- Fanny
Plus le soleil que l'accent.
- Ossama
Mais est-ce qu'on peut dire que t'es pour PSG ou pas ? Hein ?
- Fanny
De quoi ? Je crois que ça a coupé, là.
- Ossama
Y a des bugs sur la tablette.
- Fanny
Ça a bugué, je crois, sur la tablette.
- Ossama
Ça, c'est pas officiel, ça.
- Fanny
Tu veux que j'ai des problèmes en rentrant dans le Sud, en fait, c'est ça ?
- Ossama
On est ensemble, on est ensemble. Bon les amis, je suis très content de la recevoir, elle ne le sait pas encore mais tu n'as pas encore écouté d'épisode ? Là tu viens en mode vraiment, tu ne connais pas la première question.
- Fanny
Ouais, non non, du tout du tout. En fait j'ai entendu parler du média, donc ça c'est cool déjà, ça veut dire que tu fais bien le taf.
- Ossama
Ça fait plaisir.
- Fanny
Voilà, mais je n'ai pas encore vu de contenu tout ça et tout, donc en fait j'aime bien aussi pouvoir arriver et être surprise exactement, et je trouve que c'est plus naturel du coup l'échange.
- Ossama
Et bah écoute Parfait, ça me va très bien. On a une question très particulière ici avec la communauté, c'est comment va ton cœur ?
- Fanny
Comment va mon cœur ? Il est joyeux mon cœur, je suis à Paris, je suis une amoureuse de Paris, je pense qu'on l'a compris du coup maintenant. Je suis en très bonne compagnie et je m'apprête à parler de ce que j'aime faire dans la vie, donc mon cœur il est rempli.
- Ossama
Et bien ça me fait plaisir. Tu es ingénieur son ?
- Fanny
Exactement.
- Ossama
Tu es directrice du studio Voltaire Robagne ?
- Fanny
c'est ça Voltaire Record
- Ossama
Voltaire Record t'as énormément de récompenses t'es certifié à plus de je crois que t'as plus de 30 certifications de mémoire même moi je les compte plus forcément j'abuse là ça fait vraiment la fixe attends c'est légitime tu les as vraiment donc il n'y a pas de soucis à ce niveau-là c'est ça l'humilité aussi c'est qualité c'est comme Cristiano il le dit
- Fanny
Oui, effectivement.
- Ossama
Mais en tout cas, ce qui est fort quand même, c'est que tu as des disques de diamants, des disques de platine, des disques d'or. Et toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui ont au moins écouté une fois un artiste. Parce que tu as bossé avec SCH. Je dis n'importe quoi au hasard, tu vas me dire oui, je suis sûr. Non, non,
- Fanny
vas-y, t'inquiète, je te dis si tu te trompes, t'inquiète.
- Ossama
Vas-y, sans regarder mes notes. Avec Rof, avec Rimka, avec Naps, avec Sadek. Ouais. Il y en a un, je ne pense pas que tu as bossé avec lui, mais j'ai envie de te demander quand même. This is ?
- Fanny
This is, non. Je l'ai croisé en studio, mais je n'ai pas eu la chance de vraiment... Attends, je crois que je l'ai enregistré, mais c'était un featuring, je crois, mais il y a très, très longtemps. Je ne peux pas dire que j'ai vraiment bossé avec lui, mais j'ai déjà enregistré sa voix, oui, une fois.
- Ossama
Super, il y a encore plein d'autres. T'es SDM.
- Fanny
Ouais, récemment, ouais. T'es sur MF2. Ouais, ok, donc on s'est fait du MF2.
- Ossama
C'est pas faux, voilà, depuis quelques années maintenant, je suis dans le 9-2. D'accord, ok. C'est ma ville de cœur, le 9-2. Ok. Nanterre, Cologne, etc. C'est vraiment ma ville de cœur. Ok,
- Fanny
d'accord.
- Ossama
Merci pour ta réponse, déjà, très importante.
- Fanny
Merci à toi pour l'invitation.
- Ossama
Ça me fait plaisir de te recevoir. Franchement, ça me fait plaisir. Deuxième question pour toi, est-ce que tu peux me raconter ta jeunesse, mais à travers ton quartier ?
- Fanny
Ok. Alors, moi déjà, je n'étais pas à Marseille quand j'étais jeune. J'étais du côté de Montpellier, à côté de Sète, exactement, donc dans le 34. J'ai eu une enfance dans l'innocence. J'avais des parents qui m'ont beaucoup protégée. J'avais un grand frère de 7 ans de plus que moi. Donc j'étais le petit bijou de la famille, la petite fille, voilà. Donc sur ça, je... Je n'ai pas eu un parcours compliqué étant jeune. Au contraire, je trouve que j'ai été plutôt bien protégée. Et j'ai eu une belle enfance.
- Ossama
Super. Est-ce que tu as des exemples ?
- Fanny
Exemples de ? Toi,
- Ossama
par exemple, tu as vécu près de 7. Là-bas, en tant que rappeur, il y a demi-portion.
- Fanny
Oui, exactement.
- Ossama
Est-ce que tu as grandi un peu avec ces morceaux ? Après, tu étais peut-être un peu trop jeune.
- Fanny
Alors, j'étais peut-être un petit peu trop jeune. Moi, je suis arrivée sur Marseille. J'avais... 13 ans, je crois, si je ne te dis pas de bêtises, 13-14 ans. Donc, c'est un peu l'entrée dans l'adolescence réelle. Et du coup, moi, j'étais plus portée Psycha de la Rime, La FF, Troisième Oeil.
- Ossama
Est-ce que tu arrives à associer un morceau, par exemple, Block Party, avec des souvenirs concrets de ton enfance ?
- Fanny
Bah ouais, au taquet et tout. C'était des sons qu'on écoutait à mort. Psycha de la Rime, je crois qu'ils explosent. Je ne veux pas dire de bêtises, mais... Block Party, c'est quelle année ?
- Ossama
C'est fin 90, je crois, de mémoire. Ou début 2000 ?
- Fanny
C'est début 2000. Si je te dis pas de bêtises, c'est début 2000. Parce que l'album Enfant de la Lune, je crois que c'est 2005.
- Ossama
Ouais, ça c'est nouveau.
- Fanny
Donc Block Party, ça doit être 2-3 ans avant, je pense. Grand Max, tu vois, donc c'est début des années 2000. Et c'est l'explosion pour moi du rap marseillais. Oui, il y avait eu I Am, il y avait eu la FF avant. Mais Psycate de la Rime, ça ouvre de nouvelles portes, on va pas se mentir.
- Ossama
C'est pas pareil.
- Fanny
C'est pas le même rap.
- Ossama
I am, c'était pour nos grands frères et nos grandes sœurs.
- Fanny
Oui, complètement.
- Ossama
Psychade, FF, quand ils sont arrivés, nous ont mis une claque. En plus, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas entendu de groupe. Et puis même l'énergie qu'il y avait, il y avait le côté innovant et en même temps un côté conservateur avec le côté où je dénonce et tout.
- Fanny
Exactement, exactement. Sur ça, moi, je suis plus de l'école Psychade de l'Arême du coup.
- Ossama
Je comprends, je comprends. Est-ce que tu as des petites anecdotes de ton enfance ?
- Fanny
Des petites anecdotes de mon enfance, si ce n'est que j'étais une mordue de rap très tôt, très jeune, de par mon frère qui était lui un peu, qui m'a bercé un peu par le rap US, tout ça et tout, qui m'a fait un peu écouter aussi du rap français. Mais du coup, mordue de rap, mordue des textes justement, des textes qui racontent des choses qu'on connaît en fait au final, tu vois. Parce que quand tes parents écoutent du Goldman, c'est parce que tu connais, tu vois ce que je veux dire. Même si j'adore Goldman et que je respecte l'artiste de fou. Mais quand le soprano, il chante, il chante des choses qu'on connaît. Donc, ce n'est pas la même chose. De suite, on est dans un autre délire. Donc, anecdote, si ce n'est de dire que j'étais une petite amoureuse du rap, mais que je ne savais pas rapper et que du coup, il fallait que je me trouve une place dans ce milieu. Du coup, je voulais traîner dans les studios. Et la réalité, c'est que la première fois où je me retrouve dans un studio, je dois avoir 14 ans, un peu comme ça, donc très jeune. Et en fait j'étais en cours et je faisais que parler de rap tout le temps et j'étais vraiment une fanatique des psychiatres tu vois. Et un jour il y a une fille dans ma classe devant moi qui se retourne qui me dit mais si t'es vraiment fan de rap et tout, à la sortie de l'école suis-moi et tout mon père il est un stud rap. Et moi enfin même le mot studio pour moi c'était un peu flou, c'était un peu je comprends, je captais pas trop, c'est pas comme maintenant tu vois. Aujourd'hui un gamin de 14 ans il sait très bien ce que c'est que le studio, nous à l'époque c'était flou encore tu vois. Et du coup je suis sortie de cours et je suis allée dans un studio. Et quand j'ai vu la grosse console, j'ai dit, c'est qui qui s'en occupe ? C'est qui qui gère ça ? Et donc du coup, le papa de ma copine m'a dit, mais ça, c'est l'ingénieur du son. Et de là, le terme est rentré dans la tête et je me suis dit, bon, ok, c'est peut-être ça que je devrais faire.
- Ossama
Tu étais plutôt discrète à l'école ? Fond de la classe discrète ?
- Fanny
Fond de la classe bordel.
- Ossama
les discrets sont plus au milieu ils sont pas trop là les discrets sont malins en général moi j'étais pas maline après bordel mais bordel gentil j'étais pas celle
- Fanny
avec qui on rigole bien j'étais pas méchante j'étais pas celle qui se faisait remarquer dans la méchanceté bagarre, conflit tout ça et tout mais par contre j'étais celle qui avait envie de rigoler j'étais pas du tout scolaire en fait Merci.
- Ossama
Ouais,
- Fanny
je vois. Être à l'école, je ne comprenais même pas l'intérêt d'être à l'école, ni de ce qu'on nous apprenait.
- Ossama
Surtout que tu as la plage à côté.
- Fanny
On est dans le sud, il y a le soleil. À partir du mois d'avril, tu as vu, c'est déjà l'été dans nos têtes. Donc ouais, forcément. Après, je ne sais pas si j'avais été à Paris sous la grisaille parisienne, j'aurais réfléchi autrement. Mais en tout cas, moi, j'étais une bonne vivante.
- Ossama
J'aime bien ce terme, bonne vivante, parce que tu vois, ça sous-entend beaucoup de choses.
- Fanny
Oui, carrément.
- Ossama
Et donc quand tu découvres un peu l'univers des studios, la tablette d'ingé son et tout, on a un air où il n'y a pas encore vraiment Internet, où ce n'est pas autant accessible qu'aujourd'hui. Non, rien à voir. Où il faut du réseau, comme le père de ton ami, pour découvrir ces métiers-là. Comment tu fais justement pour alimenter cette envie de...
- Fanny
Alors clairement... Quand je suis rentrée chez moi ce soir-là, je me suis dit que c'était génial de pouvoir gérer ça. Comment faire ? Je me suis renseignée en tapant sur Internet ingénieur du son. En essayant de regarder les débouchés. Il s'avère qu'à l'époque, si tu voulais devenir ingénieur du son, il fallait bosser en studio. Ou alors, il fallait faire une formation d'ingé son. Pour rentrer dans la formation d'ingé son, quand j'ai vu le prix de la formation, je me suis dit que c'était un souci. J'ai tout fait pour quitter le cursus scolaire rapidement. travailler, essayer de mettre de l'argent de côté, pouvoir avoir un capital chômage à un moment donné qui me permettait d'arrêter de bosser pour me concentrer qu'à ça. Donc en fait, dès que je suis rentrée chez moi, après cette visite de studio, tout a tourné autour de ce projet-là. Et pourtant, je te dis, j'avais 14-15 ans à l'époque, un truc comme ça. Donc j'étais quand même jeune. Mais j'ai compris que c'est comme ça que je vivrais un jour. Je vivrais de ça un jour. Vraiment.
- Ossama
Et tu l'as annoncé à ton entourage, ça ?
- Fanny
Pas au début. Non, pas au début. Au début, j'ai continué le côté passion, rap. Je cherchais à aller dans des studios avec des copains qui pouvaient rapper ou quoi. Mais non, je n'ai pas de dessus de partager ça. Je pense que la vraie délivrance, ça a été, je devais avoir 19 ans, un truc comme ça. Donc, j'avais quitté un peu ce cursus scolaire et tout. Je bossais et tout. Et un jour, ma mère m'a dit, mais tu veux faire quoi en fait ? Et je lui ai dit, regarde, il y a ce métier-là, ingénieur du son et tout. Et quand ma mère, elle ne s'est pas opposée à ça. Elle m'a dit, ok, si c'est ce que tu veux faire, allons-y, feu, tu vois. On va t'aider à payer l'école et tout, tu vois. Donc, à partir du moment où j'ai eu ce truc, moi, si mes parents y validaient, je pouvais aller n'importe où, tu vois. Ma seule angoisse dans ma vie, c'était mes parents, tu vois. Ce que tu veux dire, pourtant, ils ne m'ont jamais mis la pression, tu vois. Mais voilà, à partir du moment où ma mère m'avait dit, bon, ok, là, je me suis lâchée. Et là, j'ai vraiment parlé ouvertement de ce projet-là. Mais on me regardait quand même comme une extraterrestre. Je crois qu'il n'y a que mes parents au début qui ont cru en moi.
- Ossama
Quand tu dis, on me regardait, c'était qui ?
- Fanny
Toutes les personnes autour de moi.
- Ossama
Les amis, même ton frère ?
- Fanny
Non, mon frère non. Mon frère, mes parents, je crois qu'ils ont toujours été derrière moi. D'ailleurs pour la petite histoire, le billet de train pour partir sur Paris et commencer à vivre de ma musique, c'est mon frère qui me l'a payé. Parce qu'à l'époque, je n'avais pas un. Il m'a dit « écoute, c'est bon, je te paye le billet de train, vas-y bouge à Paris » .
- Ossama
Parce que tout à l'heure, tu disais que tu étais le petit bijou, le petit diamant de la famille. Et malgré ça, ils t'ont quand même laissé, parce que 18-19 ans, ça reste jeune. On se rend compte avec le temps. Et t'as quand même laissé partir toute seule à Paris. Parce que j'ai lu un peu, je sais qu'on y reviendra.
- Fanny
Alors en fait, la vraie histoire, c'est que 18-19 ans, je me lâche un petit peu. Je vais continuer à bosser un peu pour avoir ce capital, un peu de chômage, comme je t'expliquais, me permettre de pouvoir arrêter de bosser pour toucher un chômage et vivre à côté. Et en fait, après, il va y avoir l'entrée à l'école qui était à Marseille. Donc je suis partie sur Paris, j'avais 22 ans. Mais en fait, le premier départ sur Paris, c'est parce que dans mon école de son, où je suis, j'ai un stage à faire. Donc, je pars en stage à Paris et quand je reviens de mon stage, mes parents viennent me récupérer à la gare. Et je me rappelle que dans la voiture, le temps, il a commencé à monter. Quand j'ai commencé à dire à mes parents, bon, mais en fait, moi, je finis mon école et je me taille. En fait, j'ai rien à faire ici. Je veux partir sur Paris. Moi, Paris, je te dis, je suis une amoureuse de cette ville, vraiment, de manière générale. Mais en plus, j'avais compris que là-bas, il y avait moyen que... Enfin, j'étais prise au sérieux, en fait, tu vois. Les gens, ils avaient envie de m'apprendre des choses, tu vois. Et du coup, là, le temps a commencé à monter un peu. Mon père n'était pas très chaud. Par contre, c'est mon frère qui, derrière, du coup, « Papa, désolé, tu l'apprends aujourd'hui. » C'est mon frère qui m'a payé le billet de train, qui m'a dit « Allez, vas-y, tu vois, fais ce que tu as à faire. »
- Ossama
C'est fort, quand même.
- Fanny
Mon frère, il était protecteur, mais il ne m'a jamais rien empêché de faire. Ça n'a jamais été le grand frère qui est dans le contrôle. Il avait une petite sœur, il savait que de toute façon, j'allais faire des conneries quoi qu'il arrive. Donc, il était plus mon allié. que celui qui allait jouer un rôle de père alors que j'avais déjà un père.
- Ossama
C'est fort.
- Fanny
Oui, clairement.
- Ossama
Tu es reconnaissante aujourd'hui ?
- Fanny
Oui. Souvent, il me le dit, n'oublie pas que c'est moi qui t'ai mis ton billet de train. Je lui dis, ne l'oublie pas. Mais bien sûr, je suis reconnaissante.
- Ossama
J'ai lu que tu avais grandi dans plus ou moins la même zone que SCH. Donc, vous vous connaissez avant qu'ils percent.
- Fanny
Oui, totalement.
- Ossama
C'était quoi votre relation à tous les deux ?
- Fanny
On était des jeunes de la même ville. On se connaissait très bien parce que je me rappelle de ses tout débuts où il rappait. Et du coup, on était un peu... Comme je te dis, moi, j'étais la fille qui était à la recherche des rappeurs. J'étais toujours connectée. La MJC, les Open Mic, tout comme ça et tout. J'étais toujours fourrée là-bas. Donc forcément, on se connaissait. Je ne peux pas dire qu'on était les meilleurs potes du monde, mais on s'entendait très bien et on se connaissait très bien.
- Ossama
Ce n'est pas fou de se revoir plusieurs années après. Ouais. Et d'enregistrer un projet de son. Oui,
- Fanny
clairement. Je me rappelle déjà l'époque où j'ai commencé ma carrière et où il m'a appelé, il m'a parlé de corps, qui commençaient à l'approcher et tout, de la crime, tout ça et tout. Moi, je me rappelle, je disais, c'est mortel et tout. Je me rappelle aussi d'une fois où il a décroché son premier disque d'or avec Anarchie et je lui envoie un message en lui disant « Fais pas le malin, j'en ai toujours plus que toi pour l'instant. » Ah ouais !
- Ossama
Ah, c'est le gars d'encore !
- Fanny
Ouais, moi je suis une grosse gamine. Je t'ai dit, moi je suis celle avec qui tu rigoles. Mais c'est drôle de se dire qu'avec quelqu'un avec qui on s'est connus, genre on était des jeunes tranquilles qui zonnaient un peu dans Aubagne. Et là, on est en train de parler de qui c'est qui a le plus de discodeurs. Depuis, il m'a largement dépassée. Mais c'est quand même super drôle. Oui, c'est quand même pas anodin.
- Ossama
Ouais, c'est clair. Est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est que le métier d'ingé son ? Et où est-ce que ça se situe au niveau de la chaîne ?
- Fanny
Ok, d'accord. Alors, au niveau de la chaîne de production, l'ingé son peut se placer à différents niveaux. Tout va dépendre de si tu es ingé son prise de son, ingé son mix, ingé son mastering. Je te la fais courte, l'ingé son rec, donc enregistrement, il est là pour capter une source sonore. Donc ça peut être la voix de l'artiste, ça peut être des instruments, via un micro qui va convertir le son dans ta... par le biais d'une carte son, dans ton ordinateur. Ça, c'est de l'enregistrement. C'est purement technique. De l'enregistrement, mais après, une fois que l'artiste a fini de poser, on va faire ce qui s'appelle une mise à plat. Plus ou moins un pré-mix. C'est l'avant-mix. Moi, c'est ce que je préfère faire. Clairement, je suis vraiment une ingé reconnue rec. Parce que je vais y mettre ma réa, c'est là que je vais vraiment participer à la création du son. C'est là que le son va prendre une direction artistique, on va dire. Ensuite, on va faire le mixage du son, mais plus tard en général, c'est pas forcément dans la foulée. Le mixage, c'est simplement, on va prendre chaque piste une à une et on va les nettoyer, harmoniser, faire que le tout soit harmonieux et sonne bien ensemble. Et ensuite, le mastering, on va dire, c'est la couche de vernis finale. C'est ce qui va booster le son, c'est ce qui va l'équilibrer aussi. Et toute cette chaîne, l'un ne va pas sans l'autre, c'est-à-dire qu'un mauvais enregistrement, va forcément donner un mix tata, enfin pas forcément mais ça va être galère tu vois. Et un mauvais master peut gâcher un très bon mix, ou un très mauvais mix peut mettre en péril pour un bon master. Donc c'est vraiment une chaîne qui se suit. Et donc du coup dans la chaîne de production où on est, on est à la création mais on est aussi à la finition du titre. Du coup suivant où est-ce qu'on se positionne.
- Ossama
C'est ça qui me semblait.
- Fanny
Voilà, moi en tant qu'ingé rec du coup je suis vraiment à la création au début, c'est-à-dire au moment où le beatmaker il finit, donc le beatmaker c'est le compositeur de l'instru. il va finir de composer, de faire le titre, et que l'artiste va commencer à écrire dessus et on enregistre.
- Ossama
Et de manière beaucoup plus large, tu as le beatmaker, donc celui qui crée l'instru, peut-être même des fois avec l'artiste. Ensuite, l'artiste enregistre avec l'ingé son. Donc, tu fais tout le travail de mixage, etc. Ensuite, le son sort, mais après, il y a le... Le designer, celui qui fait la cover qui est là.
- Fanny
Exactement, il y a le clipper, il y a le promoteur, il y a l'attaché de presse. Voilà, c'est important tout ça. Parce que si tu fais un son mais que tu ne communiques pas dessus, c'est compliqué.
- Ossama
C'est compliqué.
- Fanny
Aujourd'hui, la communication coûte presque aussi cher. La promotion et la communication coûtent presque plus cher même des fois que certains clips ou que certaines sessions studio.
- Ossama
De toute façon, quand un artiste signe dans un label, le premier cachet qu'il touche, c'est ça, c'est une avance en vrai,
- Fanny
c'est un cachet.
- Ossama
C'est pour qu'il puisse investir dans le projet.
- Fanny
Bien évidemment, mais quand on se le dit, ce n'est pas du tout un cachet, c'est totalement une avance.
- Ossama
C'est la grosse erreur que les gens croient.
- Fanny
Les gens disent, il a signé pour 150 000, ça y est, il est riche. Non, il n'est pas riche, le mec, c'est une avance, il faut qu'il la rembourse.
- Ossama
C'est vrai.
- Fanny
Mais ça, les gens ne le comprennent pas forcément.
- Ossama
J'ai l'impression qu'être ingénieur du son, c'est... Un travail de l'ombre. En tout cas, ce n'est pas un travail qui est à la hauteur de ce qu'il mérite d'être, en termes de visibilité ou de notoriété, je dirais. En dehors des artistes qui connaissent les ingé-sons et tout. Est-ce que pour toi... Tu penses qu'il y a encore un gros travail à faire à ce niveau ou est-ce que c'est préférable et c'est normal de rester un peu dans l'ombre ?
- Fanny
En fait, la vraie question, c'est est-ce que ça intéresse les gens ou non ? Moi, j'ai fait un interview chez Combini en 2021. Les gens, ils ont tellement kiffé que j'ai quadruplé mon nombre d'abonnés sur Instagram. Donc, ça veut dire qu'en fait, ce n'est pas une question de est-ce qu'on doit rester ou pas dans l'ombre. Ça intéresse les gens. Donc oui, pourquoi ne pas en parler ? Je pense juste qu'avant, en fait, il n'y avait pas assez de médias. Et c'est pour ça que c'est moi qui te remercie aujourd'hui d'être là. Je sais pas ce que te dire parce que... Il n'y avait pas de médias qui s'intéressaient vraiment au métier. Je vois ce que tu veux dire. Aujourd'hui, si vous vous intéressez aussi, c'est parce que vous savez aussi que vous allez faire de l'audience sur l'interview. Donc, c'est bien que ça intéresse les gens. Donc, ouais, aujourd'hui, c'est un mérite. C'est bien qu'on puisse en parler. Après, je comprends qu'il y en a certains qui ont envie de rester dans l'ombre. Moi, j'avoue, j'aime bien les interviews. J'aime bien parler de mon taf et tout. Vas-y, go, j'y vais, tu vois.
- Ossama
Pour une fois, c'est toi derrière le micro.
- Fanny
Exactement, tu vois, j'aime bien aussi faire la star. Pourquoi pas ?
- Ossama
Il faut, il faut, il faut.
- Fanny
Mais voilà. Mais je peux comprendre par contre qu'il y en a certains qui sont très bien dans l'ombre. Moi, je connais plein d'ingés, plein de confrères qui sont très, très bien dans l'ombre, qui n'ont même pas de compte Instagram ni rien du tout. Et t'inquiète pas que les artistes, ils savent qui c'est pourtant. Tu vois, ils travaillent avec eux, tu vois. Mais moi, c'est vrai que depuis Konbini, depuis l'expo que j'ai pu avoir avec certains artistes, notamment SCH, j'ai pris plaisir aussi parce que... J'ai ouvert aussi, je sais, une voie pour les femmes.
- Ossama
Ah, on allait y venir.
- Fanny
On allait y venir. Allons-y. J'en doute bien qu'on allait y venir, tu vois. Il y a ce truc, il n'y avait pas de femmes avant, enfin, il y en avait très, très peu.
- Ossama
On ne va pas dire qu'il n'y en avait pas, mais voilà. Même quand tu avais commencé à l'école. Moi, à l'école,
- Fanny
j'étais la seule meuf, tu vois, sur ce que j'avais dans ma classe. Donc, en tout cas, avec ce projet d'ingé son studio et tout. Et même quand au début, j'ai commencé, je te dis, à Marseille, les portes étaient fermées. Il n'y avait personne qui voulait me prendre en stage.
- Ossama
Et tu avais quoi comme raison ? Qu'est-ce qu'on te donnait comme justificatif ?
- Fanny
On m'entonnait pas, on me disait « y'a pas de place » . Désolée, on prend pas de stagiaire. Et quand c'était mon collègue de ma classe qui allait frapper à la porte, on le prenait en stage.
- Ossama
C'est la folie.
- Fanny
C'est une dinguerie. C'est une dinguerie. Et c'est pour ça que je suis partie à Paris. Moi, de base, Paris...
- Ossama
C'est terre d'opportunités, Paris. En fait, c'est aussi le cas, mais c'est beaucoup moins le cas.
- Fanny
Quand je suis arrivée à Paris, j'ai rencontré Jérémy Tuel, qui est un très gros ingé son.
- Ossama
C'est ton mentor,
- Fanny
ouais. Mon mentor. Jérémy, il m'a pas dit « t'es une meuf » . Il m'a regardé, il m'a dit « Putain, toi, t'es une homme de mixeuse » parce que je lui parlais de ses mixes et des effets qu'il mettait dans les mixes. Ah oui ! En fait, il ne m'a pas regardé comme une meuf. Il m'a regardé comme un potentiel ingénieur son.
- Ossama
Parce que pour l'histoire, t'es montée à Paris pour chercher un stage ?
- Fanny
Alors non, la vraie histoire, c'est que je suis sur un concert du côté de Vitrolles, donc du côté de chez moi. Et c'est un concert où c'est l'Algerino qui se produit. Et je suis dans les coulisses. Moi, j'étais un rat des concerts et tout. J'étais partout. Et en fait, le DJ... De l'Algérino sur cette scène-là, c'est J. Carré qui était le gérant du studio Météor, ou officier Jérémy Tuel. Et en fait, dans les coulisses, moi je dis « Ouais, vous n'avez pas un studio ? Où est-ce que je pourrais faire un stage ? » Et donc il y a un pote de J. Carré, c'est même pas J. Carré lui-même, c'est un pote de lui qui s'entend, qui dit « Lui, il a un gros studio à Paris. » Mais je ne sais même pas quel studio c'est, comment, quand et tout. Et l'histoire folle, c'est que moi, Jérémy Tuel, c'était quelqu'un que j'admirais, parce que j'étais la seule à regarder dans les livrets qui avait mixé, qui avait enregistré. Et tous les mix que j'adorais, c'était mixé Jérémy Tuel. Et en fait, quand j'arrive au studio Météor, je ne sais pas que c'est Jérémy Tulle qui bosse là-bas.
- Ossama
Parce que tu ne sais pas à quoi il ressemble ?
- Fanny
Mais pas du tout ! Je ne savais pas à quoi il ressemblait, je ne savais même pas où il bossait ce mec-là. Et en fait, du coup, J.K. me donne son numéro, il me dit « tu m'envoies un message ? » Moi, oui, effectivement, je prends des stagiaires. Ah, le mec, il n'a pas su ce qu'il avait fait. Lendemain sur lendemain, je l'appelais tous les jours. « C'est bon, je peux venir, j'ai les conventions, ça y est ! » Le mec, il devait avoir mal à la tête. Et en fait, un jour, il me dit « écoute, voilà, c'est l'adresse du studio, quand tu es sur Paris, viens signer tes conventions. » Je pense qu'il... Moi aussi, oui. C'est même pas je pense, j'en suis sûre, parce qu'il me l'avait dit. Pour moi, t'allais jamais venir. Et une semaine après, tac, tac, tac, ça y est, j'ai mes conventions et tout. Il m'a dit, vas-y, rentre, je te signe les conventions. Il me dit, tiens, je te présente un gars qui va te former, il s'appelle Jérémy et tout. Et là, d'un coup, je capte, c'est Jérémy Tuyen. Donc, je tremblais de tout mon être. Pour moi, c'était un truc de fou qu'il soit devant moi, tu vois.
- Ossama
Quand tu parles de lui, il y a beaucoup de reconnaissance, parce que c'est ton mentor, beaucoup, beaucoup de reconnaissance.
- Fanny
Totalement.
- Ossama
Est-ce qu'il y a un truc que... tu aimerais lui partager que tu n'as jamais osé lui dire aujourd'hui ?
- Fanny
T'étais dur, Jérém. Tu m'as fait chialer plus d'une fois.
- Ossama
C'est vrai ?
- Fanny
Ah oui, je te jure. Mais malgré tout, ce n'était pas de la méchanceté. Jérém, il n'a pas fait de moi qu'une ingé son. Il m'a fait grandir.
- Ossama
À quel niveau ?
- Fanny
J'étais une petite conne de Marseille.
- Ossama
Ah !
- Fanny
J'étais une petite conne de Marseille. Il a fait de moi une dame, une jeune femme, tu vois ce que je veux dire ? C'est-à-dire que Jérémy m'a vraiment pris sous son aile comme un grand frère, en fait.
- Ossama
C'est beau.
- Fanny
Ah ouais, non mais vraiment, je te jure.
- Ossama
T'as une anecdote sur ça ? Moi j'aime bien les histoires, mes anecdotes.
- Fanny
J'en ai plein en vrai d'anecdotes avec Jérémy, mais il était très dur, il supportait pas quand j'avais des expressions de Marseille, tu vois, dans le parler. Il me reprenait sur ma manière de parler. Tu vois, jusque-là, en fait. Il est allé jusque-là. On aurait dit qu'il finissait l'éducation. Parce que devant mes parents, je ne parlais pas la rue, quoi, tu vois. Je parlais bien devant mes parents. Donc, sur ça, il ne pouvait pas me reprendre mes parents. Par contre, quand je suis arrivée devant Jérémy, j'étais en mode cool, chill, tu vois. J'étais une fumeuse aussi. Jérémy me l'a dit clairement. Il m'a dit, tu te pointes une seule fois un matin, les yeux défoncés, tu rentres chez toi. Ah ben, ça a coupé tout. Tu parlais du jour au lendemain. Oui, je suis devenue crine de ouf, tu vois.
- Ossama
C'est vrai ?
- Fanny
Oui, bien sûr.
- Ossama
Ça, c'est fort.
- Fanny
C'est l'apprentissage. Pour moi, être aux côtés de Jérémy, c'était un truc de fou. Et donc, du coup, je ne voulais pas griller cette opportunité-là.
- Ossama
Donc, tu as vraiment et littéralement tout mis en œuvre et en place pour concrétiser ton projet. Qu'est-ce que tu ressentais quand tu disais chaque jour, je me rapproche un peu plus de mon rêve ?
- Fanny
J'ai dû réaliser, je crois vraiment, à l'annonce du disque d'or de Gradure.
- Ossama
Ah, donc tu étais vraiment déjà dedans ? Oui.
- Fanny
J'étais déjà dedans depuis un moment. En fait, je réalisais ce qui se passait quand même, que j'étais au studio Météor ou que j'étais Jérémy. Enfin, je veux dire, au bout de trois jours de... Pas de stage, mais du coup, quand je suis revenue, en tant vraiment qu'assistant de son, après, au bout de trois jours que j'étais là, je voulais la porter, je me trouve née à Nevecroft. Ah oui. Enfin, c'est une dinguerie, tu vois ce que je veux te dire ? C'est une dinguerie, en fait.
- Ossama
C'était à l'époque de quel album ?
- Fanny
C'était PDRG. Ah,
- Ossama
en plus.
- Fanny
C'était le projet PDRG. Donc, je réalisais sans réaliser, en fait, tu vois. Mais je crois que quand j'ai vraiment été sur le projet de Gradur et qu'en trois jours, je me rappelle son manager qui m'appelle, qui me dit « Fanny, on l'a fait, on est disque d'or, on est disque d'or et tout » , là, je commence à me prendre une première vague de « Putain, je l'ai fait, j'ai un disque d'or en fait » . Là, à l'époque, le disque d'or, ce n'était pas des streams, c'était des ventes physiques. On parle de trois jours de vente. C'est une dinguerie. Et en fait, quelques temps après, il y a un coursier qui vient au studio Météor et il vient avec deux colis. Je joue le premier colis et je vois un colis Gradur, l'homme au pop, décerné au studio Météor. C'est cool et tout.
- Ossama
C'est le seul qu'on t'a offert apparemment.
- Fanny
Et derrière, j'ouvre le deuxième colis et il y avait marqué « Décerné à Fanny Pisonero » . C'est dingue, j'ai fondu en larmes. C'est la pression qui... Là, ça y est, je suis devenue une ingénieuse certifiée. Je pense que même, tu sais quoi, ma carrière aurait pu s'arrêter là. Tu as coché la case. J'ai coché la case, ça je l'ai fait. Mais après, j'étais trop passionnée par mon métier pour arrêter. Et puis, j'étais sur une montée. Après le disque d'or de gradure... C'était une dinguerie. J'avais des sessions tous les jours. Les gens, ils voulaient bosser absolument avec moi. Et tu sais ce qui était le plus drôle ? C'est qu'on me disait, je veux que tu mixes tes sons comme tu as mixé Gradure. Ça n'a jamais été mixé. Gradure, c'est des mises à plat.
- Ossama
C'est-à-dire mises à plat ?
- Fanny
On a enregistré. On a fait des petits pré-mixes vite fait. Gradure, il a dit, c'est lourd comme ça, ça ne bouge pas.
- Ossama
C'est vrai ?
- Fanny
Je te jure. Et c'est parti au master. Pas tout l'album, mais en tout cas, moi, les titres sur lesquels j'ai bossé, c'est des mises à plat, en fait. Ce qu'on appelle des pré-mixes. On n'a même pas poussé au mix. Et tout le monde me disait, mixe-moi ça comme tu as mixé Gradure.
- Ossama
Ça, c'est marrant.
- Fanny
C'est une dinguerie. C'est une dinguerie.
- Ossama
Est-ce que les gens le savent ? Est-ce que tu leur disais ou pas ?
- Fanny
Non.
- Ossama
Tu disais, ouais, t'inquiète,
- Fanny
t'inquiète, je gère.
- Ossama
C'est ouf. Et qu'est-ce qui fait que... Est-ce que c'est la raison pour laquelle les gens venaient vers toi ?
- Fanny
En gradure ?
- Ossama
Ouais.
- Fanny
Ah oui. C'est une crédibilité. Jusqu'à avant gradure, j'étais un peu la faute du bus, quoi.
- Ossama
Donc, ils te connaissaient ?
- Fanny
Ils me connaissaient, ils voyaient. Alors, il y avait quand même des gens qui étaient très gentils avec moi et tout, mais j'étais un peu la petite Marseillaise, un peu chépaire.
- Ossama
Mais attends, parce qu'en plus de ça, ça fait quoi ? Ça fait un an ou deux que tu es dans le métier ?
- Fanny
Même pas.
- Ossama
Officiellement ?
- Fanny
Même pas, je suis arrivée à Météor 2014. On est Disque d'Or février 2015. Donc, ça ne fait même pas un an. Ça ne fait même pas un an. Et il y avait des gens qui croyaient en moi quand même. Des gens qui bossaient avec moi, qui croyaient en moi. Mais Gradur, ça a amené une crédibilité. Comme son nom l'indique, une certification.
- Ossama
Ah oui, c'est important.
- Fanny
T'es certifié. Ça y est, à partir de là, maintenant, t'es certifié, t'as bossé sur un projet, t'es crédible.
- Ossama
Parce que t'as des gens, ils mettent des années à être certifié. Toi, ça arrive quand même rapidement. Ah oui, moi,
- Fanny
ça arrive hyper rapidement. Hyper rapidement. Grâce à Jérémy, grâce au studio Météor et grâce à ma détermination aussi. Je ne vais pas me l'enlever, tu vois. Et mon taf, tu vois. Parce que, en étant seule meuf dans ce milieu-là, à ce moment-là, il faut que je fasse mieux que les autres. Je n'ai pas le choix, en fait. Je n'ai pas le choix que de faire mieux. Donc voilà. Je me rappelle d'ailleurs de Jay, le gérant de Météor, qui me disait « ta marge de progression, Fanny, elle fait peur » . Ah ouais, il me disait que ça fait peur parce que t'es arrivé, ça a peine branché un micro et là t'es en train de me faire l'album de l'année. C'est ouf. Ouais, c'était fou quand même, mais j'étais déter. Et puis bon, quand t'arrives, t'es pas payé, t'es rien. Fallait rentrer des sous, fallait y en vivre, fallait que je m'en sorte.
- Ossama
Quand t'es à Paris, tu montes à Paris, mais t'as pas de logement.
- Fanny
Non, j'ai rien.
- Ossama
Donc tu dors chez des potes, chez des connaissances. Ouais, à droite,
- Fanny
à gauche, souvent au studio.
- Ossama
Donc comment ça se passe mentalement ? Et combien de temps ça dure aussi ?
- Fanny
Il y a eu des moments où c'était dur, mais finalement, avec du recul, si je mets de côté les années que je vis à l'heure actuelle avec mes enfants, c'est à notre bonheur, tu vois. C'est les meilleures années de ma vie.
- Ossama
Pourquoi ?
- Fanny
C'était trop bien. C'était trop bien, tu étais en train de vivre ton rêve. Je suis dans un gros studio, je croise des restas tous les jours. Je suis avec Jérémy, je tape des barres, Jérémy te prend sous ton aile, tu vois ce que je veux te dire ? T'es dans un gros studio de Paris, ça rigole, tu fais un métier que tu kiffes. C'est trop bien, c'est trop bien.
- Ossama
Et ta famille, ton frère, tes parents et tout, à aucun moment tu t'es dit je vais les appeler, je vais leur dire ?
- Fanny
Ah si si, j'avais des nouvelles et tout d'eux. Je pense qu'à partir du moment, tu vois, t'aimes bien les anecdotes, c'est quand l'album de Gradur il sort, j'étais très fière de dire que j'avais bossé sur l'album et un jour mon père m'appelle, il me dit « Ouais, je reviens de la FNAC, là. » J'ai écouté, hein. Je suis horrifiée sur le moment. Je dis « Mais non, t'as pas fait ça, papa ? » et tout. Parce que bon, Gradur, ça parle un peu sec. T'as capté, tu vois. Je suis en mode « Mais papa ? » Il me dit « Non, c'est pas mal, c'est pas mal. Peut-être un peu trop de réverbe sur la fin et tout. » J'étais morte de rire, tu vois. Mais non, mes parents, ils... Il se rendait bien compte de l'ampleur que ça prenait. Et d'ailleurs, c'est là que mon père m'a dit, je vais monter à Paris, je vais rencontrer Jérémy, je vais voir le lieu où tu travailles. Jusqu'à maintenant, ils étaient un peu en mode, c'est quoi ce délire ? Elle part à Paris, elle n'est même pas payée, rien. Elle va créer chez où ? Mes parents ne savaient pas que je dormais à droite à gauche. Mais voilà, là, il a pris le truc un peu plus au sérieux quand même. Et il y a cru. Ma mère, je crois qu'elle y a toujours cru.
- Ossama
C'est ce que j'allais dire, le point commun de nos parents, c'est que surtout, enfin souvent... Vu qu'ils ne connaissent pas, ils ne vont pas comprendre tes choix. Et jusqu'au jour où tu arrives à concrétiser ce projet-là, et qu'ils voient, ils se disent, en fait, ils sont juste rassurés. C'est ça. Après,
- Fanny
je pense, ma mère, elle a eu des nuits blanches aussi, quand j'étais sur Paris au début. Elle ne me le dira pas, mais je le sais, je la connais. Mais je pense que ma mère, elle me l'a toujours dit, je ne vous ai pas mis au monde pour choisir à votre place.
- Ossama
C'est beau.
- Fanny
Donc, en fait, ma mère, elle n'a jamais critiqué nos choix, que ce soit à mon frère ou à moi. Elle nous a toujours laissé faire. Et elle nous a vu prendre des murs, des fois. mais elle était là pour nous ramasser. Là où mon père, il va plus extérioriser l'inquiétude. Et en extériorisant, des fois, il va s'embrouiller avec nous. Mais je sais que ma mère, je suis persuadée qu'elle a très mal dormi les premières années où j'étais à Valen. J'en suis sûre et certaine, je la connais. Mais en tout cas, elle ne nous l'a jamais montré.
- Ossama
Tu m'as renvoyé un souvenir où une fois, j'ai surpris de la conversation avec ma mère et une amie à elle au téléphone. En fait, elle expliquait la technique pour être soulagée. de savoir qu'on était bien rentrés après une soirée. Regarder s'il y avait les chaussures à l'entrée. Ça venait pas dans la chambre.
- Fanny
C'est ça les parents. Il y a un truc que j'ai détesté comme phrase avant, c'est « tu comprendras quand tu seras parent » . Et cette phrase, elle est vraie. Elle est réellement vraie. Quand t'as des enfants, tout change. Et moi, ils sont petits encore, ils sortent pas. J'imagine même pas quand ils vont commencer à sortir. Je crois que c'est là que les rides apparaissent, les cheveux blancs. Je crois que c'est à partir de ce moment-là.
- Ossama
Est-ce que tu peux me parler en dehors de l'expérience que tu as vécue avec Grature, parce que c'était une des premières, mais toute artiste confondue, ça a été quoi le projet le plus kiffant pour toi et le plus valorisant ?
- Fanny
C'est Julius II. C'est avec SRH. Ça veut dire que les gens de ma ville... Il me voyait faire une dinguerie avec un mec de notre ville. Parce qu'après, du coup, CH, lui, il a fait sa carrière de son côté, moi du mien. Et je décide de rentrer dans le Sud. Et il va y avoir le confinement, il va y avoir tout ça. J'ai eu mon fils. J'ai fait une grosse pause dans la musique. Et surtout, en revenant dans le Sud, moi, j'étais persuadée que j'allais finalement finir par trouver des studios qui m'ouvriraient la porte. Toujours pas. Toujours pas. Ça me ferme toujours la porte, alors que j'avais eu des certifs entre-temps et tout. Donc j'étais un peu déprimée, je tombe enceinte de mon fils, il y a le confinement qui se passe, il y a tout ça et tout. En fait, sortie de confinement, je croise la route des CH, alors qu'on n'avait plus contact lui et moi. Il me dit « Qu'est-ce que tu fais ? Tu ne passes pas sur Paris ? » Je lui dis « Non, mais moi j'habite ici maintenant. » Il me dit « Non, je suis en train d'ouvrir un studio. » Je lui dis « Non, je cherche du taf. » Donc tu vois la connexion, il me dit « Vas-y, go, viens bosser dans mon studio. » Et en fait, pour lui, il était juste investisseur dans ce studio. Oui. Il n'était pas forcément là. Après, bien évidemment, dans le sud, tout le monde savait que c'était le studio d'SCH. Et du coup, Julius II, je n'ai pas énormément participé sur le projet. Je n'ai fait que deux titres qui sont Crack et le featuring avec Chris Corleone, Munchaft. Déjà, cette session avec Chris Corleone, je crois que c'est une des plus grosses sessions de ma vie. En tout cas, moi, c'est celle que je mettrais en top 1. Pourquoi ? C'est le personnage, le son ? et l'impact sur ma carrière aussi. On va dire qu'entre Gradur et SCH, les réseaux sociaux se sont énormément développés. Donc forcément, quand je fais le feat avec Frizz, c'est autre chose. C'est autre chose. Tu vois ce que je veux te dire ? La communication, ce n'est pas la même.
- Ossama
Surtout que la communication autour de Frizz, elle est particulière. Exactement. Quand
- Fanny
SCH a annoncé le feat avec Frizz, et que du coup, je lui ai dit, je peux annoncer moi aussi de mon côté, c'est moi qui m'a dit, vas-y, annonce que c'est toi qui arrête. le post que j'ai fait je crois c'était un des postes où j'ai fait le plus de like dessus c'était incroyable c'est là les gens pour eux j'avais fait le feat de l'année quoi donc c'était le feat de l'année à ce moment là quoi clairement tu vois c'était une connexion personne s'y attendait enfin Serge il était extrêmement tendu il sortait de bande organisée enfin là à ce moment là à Marseille il se passe quelque chose à ce moment là le band organisé aussi Jul il a créé un vrai truc tu vois ce que je veux dire à Marseille le rap marseillais était en lumière à ce moment là et je suis là à ce moment là Hum. Forcément, ça pète pour moi. Tu vois ce que tu veux dire ? Pour moi, c'est le projet de ma carrière.
- Ossama
Tu ne crois pas en la chance.
- Fanny
J'ai un pote à moi, s'il regarde le podcast, je le vois déjà en train de m'écrire un message. Pour moi, la chance, ça se provoque. Pour moi, la chance, ça se provoque réel. Après, je veux bien croire que j'ai une petite étoile au-dessus de moi, mais pour moi, la chance, ça se provoque. C'est ce que je lui dis à chaque fois. On a ce débat-là. L'île French, c'est pour toi, ça. gros big up à toi mais la chance elle se provoque il y a quelques années j'avais pas pris mon sac et j'étais pas partie à Paname contre Vans et Marie avec tout le monde qui me disait mais tu t'es en train de péter un câble meuf et juste mon frère qui me paye un billet train je n'aurais jamais atterri sur ce projet là donc je pense sincèrement qu'il y a quand même une part de pas de courage mais De volonté. Ouais, voilà.
- Ossama
C'est dans les tripes, c'est marrant que tu dis ça. Ouais, mais vraiment,
- Fanny
tu vois, c'est ça en fait. C'est ça en fait. Quand tu veux vraiment, vraiment, vraiment faire quelque chose, il faut y aller, quoi. Il ne faut pas avoir peur. Je ne dis pas que tu vas forcément y arriver. Mais en tout cas, si tu n'essayes pas, c'est sûr que tu n'y arriveras pas. Bien sûr. Voilà.
- Ossama
Et au niveau, encore une fois, de ton expérience, c'est quoi le point commun entre tous les artistes avec qui tu as travaillé ?
- Fanny
Tu parles de tous les artistes connus ?
- Ossama
Pas forcément, avec tous ceux avec qui tu as travaillé. Il y a forcément un point commun.
- Fanny
La passion de la musique. C'est des gens qui sont tous passionnés et animés par la musique. Que ce soit l'artiste qui ne peut plus mettre un pied en dehors de chez lui, aller acheter une baguette et être tranquille. Ou le mec qui ne gagne que 1200 euros par mois, mais qui va en claquer 500 dans le studio parce qu'il a trop envie d'aller au studio tous les mois. Je pense qu'on peut dire que la chose qui les réunit à tous les deux, c'est la passion de la musique.
- Ossama
À tous les trois, même.
- Fanny
Oui, carrément.
- Ossama
Parce que pour rester à Paris et ne pas savoir où dormir à chaque fois...
- Fanny
Oui, carrément. Une grosse passion pour la musique. En tout cas, pour la musique, oui. C'est la musique.
- Ossama
J'ai une question pour toi. J'en ai encore plein d'autres, en vrai. À un moment donné, tu dis, mon parcours, ce n'est pas seulement du travail et de la réussite, c'est aussi des ombres. J'ai croisé des gens qui se servaient de mon ambition, des hommes qui confondaient opportunité et pression, des promesses qu'on me faisait pour mieux me coincer et du chantage affectif. Des demandes déplacées aussi, puis des rêves qu'on me vendait pour mieux me voler mon énergie. T'en as plein qui auraient été dégoûtés par ce métier. Qu'est-ce qui fait que toi quand même, t'avais quand même envie de rester et de prouver ?
- Fanny
Je pense que c'est l'énergie qu'il y a dans certaines sessions que je fais. Ou certaines journées, quand j'ai fini le taf, tu vois, ou certaines nuits, pour une époque où je bossais la nuit, tu vois, où je rentrais chez moi, on avait passé vraiment un bête de moment en studio. On avait créé un truc que vraiment, là, c'était un kiff, tu vois. Par exemple, je te parlais tout à l'heure de la session avec Frizz. Quand il sort parti du studio et tout, tu vois, ce sentiment de plénitude, là, j'ai accompli un truc. J'ai fait ce pour quoi je suis faite, en fait. Et il y a eu plein de fois où j'ai voulu l'arrêter. Il y a eu des fois où je suis partie chercher du taf. Tu vois ce que je veux dire ? Parce que j'avais besoin d'une stabilité.
- Ossama
C'est important de le partager ça aussi, je pense.
- Fanny
Mais clairement, on n'est pas infaillible. Tu vois ce que je veux dire ? Et il y a eu des moments de gros gros doutes, de gros gros down. Il y a eu des moments où ça a pesé sur mon mariage, sur ma famille, sur... Tu vois ce que je veux dire ? Donc ça, ça, mais je le dis, je le reconnais et je ne m'en cache pas, tu vois. Et dans ces moments-là, tu te dis ça y est, stop, c'est bon, c'est la fin, j'arrête. Mais en fait, il y a toujours une opportunité, un truc qui tombe dessus. J'ai l'impression qu'en fait, je suis vraiment faite pour ça. Et il n'y a rien que je sache mieux faire que ça. À part peut-être m'occuper de mes enfants.
- Ossama
Oh c'est mignon ça, fallait le glisser tu l'avais fait pareil Non même pas,
- Fanny
tu sais quoi franchement je te jure il est sorti comme ça C'est vrai c'était fini
- Ossama
Et justement on connait en tout cas de près ou de loin l'univers du rap On sait que tout n'est pas beau, tout n'est pas rose Et j'imagine encore plus en tant que femme, donc tu l'as très bien expliqué juste là A titre personnel comment t'as fait pour... Pour que ton mari, après on n'est pas obligé d'en parler, mais ton mari garde confiance en toi, qu'il n'ait pas peur aussi, à l'inverse aussi, il se dise, vas-y je la laisse toute seule, je ne sais pas ce qui peut se passer, etc. Bien sûr,
- Fanny
bien sûr.
- Ossama
Comment tu fais toi dans ce cadre-là ?
- Fanny
Après mon mari connaît mon caractère, il sait que, avant que, enfin je suis quand même dure, voilà, il sait que je suis quelqu'un qui fait attention, j'ai quand même bossé dans des studios où j'étais quand même épaulée, d'accord. Il y avait des gens avec moi. Je te parle de J.Carré au studio Metteur. Il n'aurait jamais laissé un mec me manquer de respect. Même Jérémy, à l'époque, il n'aurait jamais laissé qui que ce soit me manquer de respect. Déjà, il y a quand même des équipes avec moi. Je ne suis pas toute seule dans mon studio. Et puis, Marie, il y a eu des moments de down. Comme je te disais tout à l'heure, il y a eu des gros moments de down. Et je crois qu'il y a un amour qui est tellement fort entre lui et moi que du coup, ça a sauvé tout le reste. Il y a aussi...
- Ossama
aussi à un moment donné où je me suis aussi remise en question parce que oui il ya un moment donné où ma carrière passe avant tout ok vraiment je le dis et j'en suis pas fier c'est à dire que tu étais h 24 au studio limite j'en avais rien à foutre de ce qui se passe à la maison clairement et mon mari a failli partir c'était un exutoire pour toi c'est plus pour faire quelque chose le studio non
- Fanny
parce que j'avais rien à fuir à la maison puisque j'étais pas si mal mais c'était une passion qui me dévorait qui était devenue trop grosse et trop grande Et tu sais, une certif, deux certifs, t'en veux toujours plus. Et t'as toujours peur de passer à côté d'une opportunité. Et en fait, tu te rends pas compte qu'à la maison, il y a les enfants qui t'attendent, il y a ton mari. Et tu mets de côté et tu l'en veux parce qu'il y a des gens qui te mettent dans la tête que « Ouais, mais ton mari veut pas que t'avances, c'est bon, t'as capté ou pas ? » C'est ça quand je parle de gens vicieux, de gens mauvais. Clairement, j'ai eu une époque où j'étais dans un projet d'ouverture de studio où le... Le gars était en train de me faire sous-entendre que c'était mon mari le mauvais. Alors que mon mari, ça fait 10 ans qu'il est là et il n'a pas bougé. Donc ouais, il y a eu des gros moments de down. Et il y a eu des moments où il m'a dit, écoute, là, soit tu reviens à toi, soit on fonce dans un mur en fait. Et heureusement, je suis revenue à moi. Heureusement. Aujourd'hui, j'arrive à faire plus la part des choses. C'est-à-dire que oui, il y a mon travail. Oui, il y a une rigueur de travail que j'aurais toujours, parce que j'ai toujours été comme ça. Une passion. un investissement, mais il y a un moment donné où je sais dire stop, là je rentre et je passe du temps avec mon mari et mes enfants et ça c'est très important aussi surtout qu'avec autant de certifs,
- Ossama
les certifs t'as quand même un billet comment ça marche ? tu touches rien de spécial ?
- Fanny
rien du tout et je te parle même pas des artistes qui te disent qu'ils vont te payer et qu'ils te payent pas ça c'est partout pareil on citera pas de nom
- Ossama
On a envie, mais... Oh,
- Fanny
ça brûle les lèvres. Ça brûle les lèvres. Mais beaucoup d'artistes très connus avec qui j'ai bossé.
- Ossama
Mais comment ça se fait qu'il n'y a pas ce truc-là ? Parce qu'en gros, c'est comme si dans leur tête, tu piochais dans leur caisse ou quoi qu'il arrive.
- Fanny
Il faudrait leur poser la question. Il faudrait que tu les invites et que tu leur poses la question.
- Ossama
Je vous invite à venir.
- Fanny
Moi, on m'a claqué dans la tête. Je t'ai mis la lumière. Est-ce que tu me teurs heureuse ? Je ne vois pas ce que tu viens réclamer de l'argent.
- Ossama
Ah genre, tout à fait. T'es qu'une ingé. Oh là là !
- Fanny
Ouais, et le cune ingé. Je m'aurais pas dit je suis cune ingé. T'as capté ou pas ? En plus de ça, t'es une femme, donc tais-toi quoi en fait. Deux fois plus. Tais-toi deux fois plus, c'est exactement ça.
- Ossama
C'est dinguerie,
- Fanny
c'est dingue.
- Ossama
Je me souviens d'un... Il y en a un rappeur que j'aime beaucoup, il s'appelle Joel, qui est du 95. Et il avait fait une vidéo sur Insta, je sais plus si c'était une vidéo ou un live. Il était avec un de ses ingé-sons, c'était dans l'appart en plus, c'était même pas dans un studio. Et il expliquait, il dit, vous voyez, les ingé-sons, sans eux, on n'est rien. C'est eux qui font tout le taf. C'est eux qui harmonisent tout, qui rendent la voix plus stylée, etc. Et en fait, c'est quand même ouf qu'à l'inverse, t'as des artistes qui sont reconnus, connus, reconnus, qui méprisent. En fait, c'est là où mon cerveau bug un peu.
- Fanny
Moi je suis à la fois d'accord et pas d'accord avec ce qu'il dit cet artiste, parce que les ingés sans eux on est rien. Bon, un artiste qui ne sait pas rapper, il ne sait pas rapper. Que je sois la meilleure ingé du monde ou pas, au bout d'un moment, si c'est pourri, c'est pourri. Parce que te dire, enfin, dire à un cuisinier de te faire une super recette avec des ingrédients de merde, au bout d'un moment, ça va être compliqué pour lui. Ah j'en connais un,
- Ossama
attention. Oui,
- Fanny
on peut toujours tricher, tu vois, c'est vrai, on peut toujours tricher. Mais enfin bon, un artiste tout pourri, ça reste un artiste tout pourri. Je pense qu'il faut se mettre d'accord avec le fait que c'est une combinaison. Réellement. En fait, c'est autant l'artiste que l'ingé, que le beatmaker, que le producteur ou que le collègue qui te dit à un moment donné « Hey gars, oublie cette voix aiguë, pose comme ça » . Tu vois ce que je veux te dire ? En fait, c'est de la création. Toutes les personnes qui sont dans le studio à ce moment-là sont peut-être légitimes aussi à un moment donné de dire « Moi, j'ai aidé à la création du titre » . Donc, je pense que pour moi, c'est vraiment une combinaison de tout.
- Ossama
Et tu penses que l'IA va remplacer ton travail ?
- Fanny
Non. L'IA, c'est un super outil. C'est vraiment un... très très bon outil. Il n'y a pas longtemps, on a utilisé Suno pour faire une prod. Oh la prod qu'il a sortie !
- Ossama
En gros, c'est une IA spécialisée dans la musique, tu promptes ce que tu veux.
- Fanny
C'est ça, et il te sort une prod incroyable. Il a sorti une prod incroyable, le logiciel choix. Maintenant, comme pour tout, c'est l'humain qui le commande. Le prompt, c'est bien l'humain qui l'a donné. Bon, il y aurait peut-être plus de bons prompteurs que de bons bibliqueurs à un moment donné. Mais en tout cas, quoi qu'il arrive, c'est toujours un humain qui l'a fait fonctionner. Donc non, pour moi, l'IA, c'est un bête d'outil. Et j'utilise l'IA, moi-même. Tous les jours, Tchad GPT, c'est devenu mon meilleur pote. Il y en a qui me donnent même des petits noms. Et Tchad GPT, je l'appelle plus que mon pédiatre pour ma fille, des fois. C'est incroyable. Tu vois ce que je veux dire ? Mais non, je te jure, c'est vraiment... Là, j'abuse peut-être un peu, mais j'utilise pour tout dans la vie. Et clairement, l'IA, c'est génial. Il ne faut absolument pas cracher sur ça. Par contre, ça reste un outil.
- Ossama
Ça fait gagner du temps.
- Fanny
Ça fait gagner du temps. Et puis, comme j'adore dire, et je l'ai dit dans d'autres interviews, je me répète, mais l'IA va peut-être maîtriser ou contrôler ou gérer une onde sonore. Par contre, il ne mettra jamais l'émotion. L'émotion, c'est humain. Un robot, c'est un robot. Faisons la différence.
- Ossama
Oui, c'est vrai. On arrive bientôt à la fin de l'interview. Je fais toujours un parallèle avec les cultures urbaines. Au sens très large du terme. Pas forcément rap ou hip-hop. Et là, j'ai envie de te parler d'un artiste qui s'appelle Andrew Scott. Je vais te montrer un peu ce qu'il fait. Donc voilà,
- Fanny
tu vois,
- Ossama
c'est beau, c'est fort. Et en gros, pour les gens qui nous regardent et qui nous écoutent, il illustre souvent des enfants qui semblent soit s'échapper ou briser ou manipuler leur propre environnement, qui a un cadre et il fait des œuvres en 3D. Il va mettre de la peinture aussi sur le mur pour simuler un graphe, où il va casser le cadre, etc. Et ces œuvres, pour moi, c'est comme des métaphores avec des barrières psychologiques. Dedans, il y a l'évasion, il y a de la solitude, il y a du développement de soi. Et on a l'impression que les enfants cherchent toujours à casser les codes dans son univers. Et moi, c'est un point commun que je vois aussi avec toi. Tous les deux, vous exposez votre trophée au mur. Quel conseil tu donnerais à Fanny quand elle avait 16 ans ?
- Fanny
De s'écouter, de croire en elle, puisque ça a marché. Mais je crois qu'elle n'avait même pas besoin de conseils en réalité. Là, c'est vraiment pour répondre à ta question que je dis ça, mais je crois que Fanny, quand elle avait 16 ans, ou du coup, d'il y a 16 ans, ça fait mal, elle n'avait pas besoin de conseils, elle avait déjà compris. Il faut qu'elle reste têtue comme elle l'est, bornée comme elle l'est, déterminée comme elle l'est et qu'elle continue d'avancer en fait. Et qu'elle se mange les mûres qu'elle doit se manger.
- Ossama
Il y a une remise en question derrière les mûres qu'elle se mange aussi alors.
- Fanny
Exactement. Il y a une évolution.
- Ossama
Donc elle n'est pas aussi bornée que ça finalement.
- Fanny
Non, carrément pas, j'avoue. J'ai quand même mangé les mûres. Mais une fois que je les avais mangés, là j'ai réfléchi, tu vois. Mais j'ai mangé des fois plusieurs fois le même.
- Ossama
C'est l'expérience de la vie. Oui,
- Fanny
exactement. Pour moi, une vie n'est pas réussie si tu ne te remets pas en question. C'est nul les gens qui ne se remettent pas en question. C'est vraiment un truc que je ne tolère pas dans la vie. Vraiment. On doit tous se remettre en question pour évoluer, pour avancer. Aucun conseil, vis ta vie. Vis ce que tu as à vivre et kiffe.
- Ossama
C'est beau, c'est beau. Dernière question pour toi. Comme les nègres marrons, si tu devais faire le bilan.
- Fanny
Ah, le bilan ! Le bilan, c'est que c'est cool, c'est que je kiffe ma vie. De toute façon, je vais en faire même un plus gros de bilan, parce que moi j'ai un projet cette année. Du coup, je te le tease, tu vois, je te le tease.
- Ossama
On a les murs avec tu, là.
- Fanny
Je te le tease dans ton émission. Moi, j'ai un projet d'écriture de livre, justement, sur ma carrière, sur la place de la femme dans l'ingénierie son. Et même dans la société, même, carrément. Pour moi, c'est important d'en parler, tu vois. et sur ce truc de casser les codes comme tu dis donc j'ai ce projet de livre et le bilan c'est ce livre en fait clairement c'est toute la route que j'ai pu faire, tout ce que j'ai pu vivre, voir, c'est pas un livre de dénonciation du tout, c'est un livre de je te montre que c'est possible de le faire j'ai envie de donner envie aux gens surtout aux meufs Toujours petite sœur. Ah ouais. parce que je sais qu'il y a plein de meufs qui m'écrivent même sur les réseaux qui me disent ouais moi je rêve d'être un gesson bah vas-y fonce meuf regarde je l'ai fait c'est que c'est faisable tu vois donc voilà une envie de montrer qu'on peut le faire le bilan c'est ça pour moi le bilan c'est de se dire qu'aujourd'hui j'ai pris assez de bagage pour pouvoir me permettre de poser tout ça par écrit et de le montrer à tout le monde et de faire des interviews aussi et de parler de moi et tout ça je trouve que c'est cool ouais totalement
- Ossama
Totalement. C'est quoi les actus là ?
- Fanny
Les actus, ce sont les masterclass. Je fais beaucoup de masterclass en ce moment, donc au studio. J'en ai une de prévue, j'en ai même trois de prévue cours en mars. Les masterclass, le livre forcément. Les écoles de son qui me sollicitent de plus en plus. Donc on est beaucoup dans le partage d'expérience au final. Que ce soit livre, masterclass ou cours, c'est du partage d'expérience. Développer l'activité chez Voltaire Record, qui est un studio que j'affectionne énormément. Voltaire Record est une association qui est en train de vraiment grossir. On a un Voltaire Paris qui est prévu. Il y a une branche en Nouvelle-Calédonie qui est en train de se développer sur la culture locale et tout ça. Donc très important. Je trouve que c'est cool d'en parler aussi. Et donc, du coup, à fond derrière Voltaire. Parce que Voltaire, ce n'est pas moi. Moi, je suis directrice de Voltaire Aubagne. Mais il y a quelqu'un derrière qui gère tout ça et qui se reconnaîtra dans l'interview. Je n'ai pas besoin de le citer. Et qui est quelqu'un de très courageux et qui fait ça super bien. Et qui est plein de bonté, de bonne volonté. Et je pense qu'il est grand temps que... Tu vois, c'est lui qui m'a permis d'être là aujourd'hui. Aujourd'hui, il faut lui rendre l'appareil et être à fond derrière lui dans les projets.
- Ossama
L'homme de l'ombre.
- Fanny
L'homme de l'ombre, exactement.
- Ossama
C'est beau, c'est beau, c'est beau. Écoute, un grand merci à toi. Est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?
- Fanny
Je crois qu'on a fait le tour de tout. Peut-être un grand merci à toi, du coup. Ça me fait plaisir. Merci pour l'accueil. Merci pour les questions que j'ai trouvées cool.
- Ossama
Merci.
- Fanny
Parce qu'on est sur un marathon de promo et tu m'as trouvé plein de questions que je n'avais pas eues du tout, de toute la journée.
- Ossama
Ça me fait plaisir. Et je ne suis pas journaliste.
- Fanny
Je n'ai pas utilisé Lyon. Franchement, c'est top. Non, non, on voit que tu maîtrises ton sujet, on voit que tu t'es documenté et tout sur moi. Donc, merci de l'intérêt que tu me portes.
- Ossama
Ça me fait plaisir.
- Fanny
Et merci de faire partie de ces médias qui donnent de la lumière aux gens de l'ombre.
- Ossama
Et on va continuer comme ça, les plus loin possible. À fond,
- Fanny
à fond.
- Ossama
Où est-ce qu'on peut te retrouver ?
- Fanny
Sur mes réseaux sociaux, Fanny-1Gson.
- Ossama
Magnifique.
- Fanny
Il n'y a pas plus simple. Je suis allée droite au but.
- Ossama
Et on peut t'écrire sur LinkedIn ou Insta ?
- Fanny
Insta et TikTok. TikTok c'est pas un tiré du bas C'est un point Fanny.1
- Ossama
Je pense qu'on va pouvoir
- Fanny
Gérer le truc Je pense que normalement C'est facile De me retrouver
- Ossama
Merci à toi Fanny Merci beaucoup Merci à toi pour la suite Merci à toi aussi Et bah c'est toi T'as kiffé ?
- Fanny
Ouais D'où ça ? Moi ?
- Ossama
Ouais Faut le dire à Konbini Aux Arocs Largement
- Fanny
Ah bah je suis content Si ça vous a plu Ouais non franchement C'était super T'as bien bossé le truc