- Sara El Attar
shame on me, faut que je révise les classiques. Mais qu'est-ce que tu crois ? Tu penses que tu vas être recruté à l'Elysée en faisant ça ? Tu vas peut-être m'en vouloir, mais le marocain n'est pas un dialecte, c'est une langue qui est disponible pour se faire éteindre. Le jour où on n'a plus rien à traiter en termes d'évolution, c'est qu'on a fini le game.
- Ossama
C'est un message qui s'adresse aux hommes. Écoutez bien les gars, parce que chaque fois que je fais des formations, des conférences, il y a en moyenne 80, et là cet événement c'était 95% de femmes.
- Sara El Attar
Mais il faut avoir vraiment un égo surdimensionné pour adhérer à ce truc-là, c'est centré sur soi-même, il faut que tu poses des limites, je me suis vraiment beaucoup préparée mentalement, j'avais l'impression d'aller à la guerre. Il me dit, mais vous êtes sûre ? En limite, il voulait me dissuader, je lui dis, monsieur, c'est trop tard là. J'ai dit, là, si vous voulez dire quelque chose, je sais pas, encouragez-moi, motivez-moi, rassurez-moi. Je nuance dans le sens où je fais quand même la différence entre la diplomatie et l'hypocrisie. Vous êtes hyper alerte quand il s'agit de santé physique. Tu vas chercher le meilleur généraliste, le meilleur cardiologue, le meilleur dermato. Mais tu as l'orgueil de croire que ta santé mentale, tu vas la gérer solo.
- Speaker #2
On dit qu'on n'a qu'une vie. Et si en vrai, on n'avait qu'une seule mort ? Moi, c'est Osama. J'ai vu ma vie défiler et depuis, j'ai changé de mental. De l'usine à la fac et de la fac à l'entrepreneuriat, j'ai lancé Artisans d'Esprit. Cité ici. C'est pour entendre des récits vrais de gens qui doutent, qui tombent, mais qui avancent avec foi. Notre but, valoriser les quartiers de France. Parce qu'ils portent des talents, des rêves et des combats. Artisan d'Esprit, c'est des échanges sincères, authentiques et sans langue de bois. N'écoute pas les conseils des gens, écoute leur histoire. C'est maintenant sur Artisan d'Esprit.
- Ossama
Les amis, bienvenue sur Artisan d'Esprit. Encore un nouvel épisode, format vidéo pour les gens qui ne savent pas. Vous pouvez aussi voir ma petite tête et celle de mon invité du jour sur YouTube. Aujourd'hui, je reçois Sarah El Attar. Je pense que tu connais au moins deux visus si le nom ne te dit rien, puisque c'est une femme très forte qui a su montrer une belle image d'oratrice face caméra, en direct devant beaucoup de personnes qui n'étaient pas forcément en accord avec ses valeurs. nos valeurs aussi. Il y a Sarah qui est juste sur ma gauche qui est concentrée, qui se demande qu'est-ce que je vais dire aujourd'hui.
- Sara El Attar
C'est ça, je boite les paroles, je suis toute ouïe.
- Ossama
Ça me fait plaisir. Eh bien Sarah, avant de te poser la première question, tu es coach en communication, Media Training surtout, tu es la co-fondatrice de l'association Hashtag Ambition et... Je crois que tu t'es formée à la psychologie, mais est-ce que tu es psychologue ou tu as juste une formation en psychologie ?
- Sara El Attar
Non, je ne suis pas psychologue parce qu'il faudrait vraiment reprendre le cursus, tu sais, faire un master en 5 ans. Mais j'ai le titre de psychopraticienne.
- Ossama
Ok.
- Sara El Attar
Donc, ce qui me permet, alors pourquoi je l'utilise ? C'est principalement, tu sais, quand j'ai commencé les accompagnements, alors à l'époque, c'est vrai que je me qualifiais comme coach. c'est toujours le cas mais je préfère ne pas utiliser ce terme parce que ça va être pas bon étaient tellement bafouées que maintenant je parle plus de... Je dis que je suis experte en art oratoire et media training et que je forme là-dessus. Et en fait, je me suis rendue compte que quand je formais à l'art oratoire, tu avais des personnes qui s'en sortaient très bien, mais tu avais d'autres personnes qui, malgré le fait que je leur transmette les outils, les méthodes, elles n'arrivaient pas à s'en sortir. Donc pour te donner une image, c'est comme si je donnais une valise clé en main avec... tous les outils, mais que ces personnes avaient les mains menottées, et surtout les femmes. Donc, j'ai ressenti le besoin et même la nécessité de me former en psychologie, et aujourd'hui, la psychologie, c'est une partie intégrante de mes accompagnements, et alors je sais que ça a déplait, j'avais encore un échange avec une partenaire qui est adorable et que j'apprécie énormément, qui voulait dissocier les deux, mais je lui ai dit, mon accompagnement, il est full. Je commence par le travail. On travaille sur toi et après, on travaille sur la technique.
- Ossama
C'est intéressant ce que tu dis. On y reviendra un peu plus en détail tout à l'heure. Parce qu'il y a déjà beaucoup de choses à dire à ce niveau, sur l'état d'esprit, l'aspect psychologique. Mais avant ça, tu ne vas pas esquiver la question classique du podcast. Est-ce que tu la connais ?
- Sara El Attar
Non.
- Ossama
Ça me fait plaisir.
- Sara El Attar
C'est une surprise là.
- Ossama
On se connaît depuis des années.
- Sara El Attar
J'ai écouté des épisodes, mais du coup, je ne me souviens pas.
- Ossama
Ça fait longtemps. Ça fait longtemps. Mais tu vas te souvenir de la question. Comment va ton cœur, Sarah ?
- Sara El Attar
C'est bon, ça me parle. Ça me parle. Très profonde comme question. Franchement, là, tout de suite, je te dirais bien. Bien. Il va bien. Il bat bien. En tout cas, physiquement.
- Ossama
Ça, c'est une réponse d'homme à la base. Quand les mecs, ils ne veulent pas dire leur... Non,
- Sara El Attar
en fait, j'allais dire, il bat bien, mais à côté, c'est quand même important, le côté cardio. Et il est de t'apaiser serein. Franchement, alhamdoulilah, comme on dit.
- Ossama
C'est ce que j'allais dire. Tu peux dire alhamdoulilah, il n'y a pas de censure. Je suis content de te recevoir.
- Sara El Attar
Plaisir partagé, ça faisait un moment que je voulais répondre à ton invitation. Donc, tu m'excuseras. Non, tranquille.
- Ossama
On sait à quel point la vie peut être prenante et à quel point le temps passe vite.
- Sara El Attar
C'était pendant le Covid, je crois qu'on en avait parlé. Oui,
- Ossama
c'est ça. Moi, je l'ai sorti en 2021. Donc, je l'ai préparé en 2020. Et naturellement, tu étais déjà sur la liste des invités.
- Sara El Attar
Merci, ça va faire 7 ans quand même.
- Ossama
Ouais, ça passe tellement vite. Et t'as vu, j'ai pas attendu le buzz.
- Sara El Attar
Non, non, non, ça te ressemble pas.
- Ossama
Non, c'est pas mon genre. Mais en tout cas, voilà, content de te recevoir ici. Et la deuxième question, c'est est-ce que tu peux raconter ta jeunesse à travers ton quartier ?
- Sara El Attar
Bah écoute, c'est le fait d'avoir grandi. Moi, j'ai grandi dans une cité, dans un quartier et dans une cité, les deux. Et ça fait partie de mon identité. Et c'est quelque chose que je porte fièrement. Et j'ai aussi conscience des avantages du fait que ça m'a forgée. Mais aussi, je suis lucide sur le revers de la médaille quand tu as grandi dans ces environnements. Et nous, on a grandi, on était une fratrie de sœurs uniquement. Grandir dans un quartier, ça t'apprend beaucoup de valeurs telles que la solidarité, le partage. Moi, ça a aussi donné naissance à ma première expérience entrepreneuriale qui est l'association. L'associatif, c'est une expérience entrepreneuriale. Ce que les gens ne savent pas. Tu ne le réalises que plus tard, tu es passé par là. Donc, tu ne le réalises que plus tard. Et après, en fait, avec du recul, tu te rends compte aussi... de certains schémas de pensée, de croyances limitantes dont tu dois te détacher. Et ça, je ne suis pas en train de critiquer les quartiers de manière intrinsèque parce que les quartiers, ils ont été construits par un système. C'est pour ça que je dis que c'est bien mignon, c'est bien gentil de critiquer la banlieue, de dire qu'elle est toujours à feu et à sang. Et c'est ce que je dis notamment à mes étudiants quand je fais des interventions, je dis il faut revenir à l'histoire. C'est-à-dire que la France quand elle a été... cherchée, et j'ai des personnes dans ma famille qui sont directement concernées, quand elle a été cherchée de la main d'oeuvre, quand elle a été cherchée, que ce soit pour la guerre ou pour les usines, quand il y a une pénurie, elle s'est dit, alors vous, vous êtes du bétail. Ce n'est pas une expression. Il y en a qui sont venus sans passeport avec tamponné. On les tamponnait sur le dos parce qu'on estimait que, d'un point de vue physique, ils étaient aptes au travail et on les amenait dans des camions, comme du bétail. Donc on a décidé de les amener ? Et on les a déshumanisés. On s'est dit, non, mais eux, leur famille, elle reste au bled, tu vois, on n'en veut pas. Et petit à petit, le regroupement familial, il était inévitable. Et c'est comme ça qu'on a parqué ces personnes-là dans des bidonvilles. Parce qu'avant les banlieues, il y avait des bidonvilles. Notamment à Nanterre, à Gennevilliers. Et moi, j'ai une voisine de mes parents qui a dit que quand ils les ont sortis des bidonvilles pour les installer dans des cités, ils étaient hyper heureux. Mais ils habitaient au 9e étage sans ascenseur. Et pour eux, c'était déjà...
- Ossama
Et on leur a promis que ce serait temporaire aussi.
- Sara El Attar
Ah oui, ça dure jusqu'à ce jour. Donc voilà, en gros, c'est important quand même de revenir au pourquoi du comment.
- Ossama
Bien sûr, et tu fais bien de le faire. Toi, est-ce que tu aurais une anecdote ou un petit souvenir ? Ce serait quoi le premier souvenir que tu as en tête aujourd'hui ?
- Sara El Attar
Par rapport à la vie dans les quartiers ? Ouais.
- Ossama
dans ta jeunesse ?
- Sara El Attar
J'en ai plein qui reviennent. Du coup, il faut hiérarchiser. Moi, j'ai le souvenir des fêtes de quartier qu'on organisait chaque année. Et c'était un petit... Comment dire ça ? Un petit moment suspendu, tu vois, dans la souffrance des gens. Ça permettait de... Voilà, tu vois, de créer des festivités, et puis c'est intergénérationnel. Tu as des enfants qui présentaient des spectacles, tu avais les jeunes qui organisaient le barbecue. En fait, chaque âge avait sa responsabilité, jouait son rôle. Donc c'est vrai que quand je pense au quartier, je pense aux fêtes de quartier pendant l'été.
- Ossama
Génial, toujours avec un petit barbecue et des frites. Exactement,
- Sara El Attar
avec les sandwiches. Mais regarde, à la fin, il n'y en a plus. Il n'y en a plus, donc il y en a qui ne sont pas contents. C'est vrai que c'est le souvenir qui me revient. Après, souvenir un petit peu moins rose, les interventions de police avec les passages à tabac. Les passages à tabac, ça aussi, parfois, je sais que ça m'est arrivé de filmer des scènes par la fenêtre où tu voyais clairement que ça commence par un contrôle et puis qu'après...
- Ossama
Ça a déclenché quoi en toi, ça, quand tu voyais cette injustice-là ?
- Sara El Attar
Après cette injustice, j'avoue que je l'ai vue tardivement. Parce que c'était une habitude, c'était normal ? Non, parce que je ne voyais pas ce qui se passait. Mes parents nous préservaient beaucoup. Et ça, quand je l'ai vue, j'étais déjà sur le marché du travail. Donc j'avais une forme de maturité, etc. Mais j'avoue que je n'ai jamais vécu... Après, je pense que je ne suis pas une référence dans le sens où, étant donné que mon père était enseignant, on avait quand même de bons résultats à l'école. Donc il n'y avait pas de... Il n'y avait pas d'éléments probants, d'éléments visibles qui permettaient peut-être à certains instituteurs de nous faire des remarques. Vous habitez dans un quartier, machin. Et il y a aussi l'entre-soi. Parce que moi, j'ai fait toute ma scolarité jusqu'au bac dans la ville où j'ai grandi. Et le choc, on va dire, le choc social, il est venu après, quand j'ai intégré une école d'ingénieur après le bac. Mais c'est vrai que non, pendant... Je n'ai pas... Je n'ai pas de souvenir spécialement où j'étais associée à ça. On m'a collé une étiquette de « t'habites dans un quartier » ou « t'habites dans une cité » . Je n'ai pas de souvenir de ça.
- Ossama
Avant de parler rapidement de ta scolarité, est-ce que tu sortais de ton quartier et t'allais à Paris ou dans d'autres environnements ? Et si c'était le cas, est-ce que tu avais une forme d'appréhension ? Est-ce que tu le faisais seul ou pas ? Ou est-ce que ça a été naturel ? Ça peut sembler bête comme question. Mais je te pose cette question parce qu'aujourd'hui encore, il y a beaucoup de jeunes qui n'osent pas aller à un entretien seul, qui n'osent pas aller à Paris, qui préfèrent rester posés en bonne catégorie dans leur zone de confort et tout.
- Sara El Attar
C'est super intéressant que tu me parles de ça parce que moi, je n'avais pas de difficultés parce que mes parents très tôt, ils nous faisaient visiter les monuments parisiens. Voilà, on allait dans, on se baladait. Donc, j'étais assez à l'aise avec ça. Mais c'est vrai qu'un jour, j'ai eu une discussion avec un ami. Et j'ai été très étonnée, sachant que je pense qu'on avait la vingtaine à ce moment-là. Et il m'a dit, moi, je ne peux pas aller à Neuilly. Je ne comprenais pas pourquoi il disait ça. Sachant qu'en plus, c'était un jeune qui présentait bien, qui s'en sortait. C'était même pas, on va dire, un jeune qui n'a vraiment pas l'habitude de côtoyer ce genre d'endroit. il avait fait des entretiens, il avait bossé, mais il m'a dit, quand je vais à Neuilly, je suis pas bien, je me sens pas à ma place et j'étais vraiment à des années, maintenant je le comprends enfin je l'imagine, mais à l'époque Plutôt, je le conçois. Mais à l'époque, j'étais à des années-lumières d'imaginer que certaines personnes pensaient comme ça. Parce que quand tu as un mode de pensée, surtout quand tu es jeune, tu as l'impression que tout le monde pense de la même façon. Tu transposes ta pensée sur les autres. Et c'est vrai que je me suis dit, ah ouais, wow, quand même, si tu penses ça. Mais l'appréhension, elle est venue après. Par exemple, aujourd'hui, je ne suis pas hyper à l'aise d'aller à Paris seule avec mes enfants.
- Ossama
Parce que tu as peur ?
- Sara El Attar
Parce que j'ai peur, parce que c'est fondé. J'ai déjà vécu un petit peu des agressions islamophobes et anti-musulmanes. Et je pense que si je suis toute seule, je saurais réagir notamment. Bon, ça dépend de qui t'es. Mais si c'est juste une agression verbale, je vais avoir du répondant. Je vais savoir gérer. Mais en fait, je me dis, les enfants, les pauvres, ils sont dans leur innocence. Tu vois, assister à des scènes comme ça et conscientiser ça assez tôt... C'est pas terrible.
- Ossama
Encore, c'est différent, ça. Parce qu'il y a un climat qui est très pesant, il y a un racisme décomplexé. Donc, ça joue. C'est encore différent du jeune qui n'ose pas sortir de peur, de sortir de sa zone de confort, et qui a peur du jugement, de découvrir. Encore, c'est différent. J'aimerais qu'on parle rapidement de ta scolarité. On sait que tu as fait tes études supérieures, que tu as été très doué à l'école. pas forcément eu, courage moi si je me trompe, mais t'as pas forcément eu de difficultés dans les études. Mais de mémoire, il y a Nicolas Sarkozy, donc à l'époque président, qui avait fait une visite dans ton lycée.
- Sara El Attar
J'avais oublié cette histoire, c'est vrai.
- Ossama
Avec le recul, qu'est-ce que ça t'a appris de voir un président des républiques visiter ton lycée, peut-être même parler avec lui, parce qu'il n'a pas visité tous les lycées lui.
- Sara El Attar
En fait, il y a eu un incident ce jour-là. Mais pas avec lui. En fait, c'est trop marrant parce que j'avais oublié cette histoire. Il était venu, je crois que c'était un mercredi après-midi, donc il n'y avait pas cours pour tout le monde. Je crois qu'il n'y avait que les BTS qui avaient cours à ce moment-là. Et je crois que je n'étais même pas spécialement au courant. J'étais venue le mercredi après-midi pour réviser. Après, ça circule dans l'information. Donc, j'ai cru comprendre qu'il était là. Et puis après, tu avais certains gardes du corps qui étaient restés à l'entrée. Et je me souviens, il y en avait deux. Il y avait deux agents de sécurité qui étaient restés à l'entrée. Et tu avais la surveillante habituelle, qui était une femme noire, qui s'occupait de la grille. Et habituellement, bon, le règlement a évolué par la suite, mais habituellement, comme on avait une grille et après une porte d'entrée, on retirait le voile au niveau de la grille. Non, on entrait au niveau de la grille, pardon, et on retirait le voile après la porte. Parce qu'en plus, ça nous permettait de passer aux toilettes, de les réajuster et tout ça. Bon, pour moi, c'est la présence des agents qui a provoqué son changement d'attitude. Et en fait, ce jour-là, elle m'a dit non, mais tu ne rentres pas, tu le retires à l'extérieur. Et moi, franchement, je l'ai hyper mal pris. Je me suis dit, mais c'est quoi cette injustice d'habitude ? Elle n'a jamais dit ça. D'habitude, elle est avenante. Pourquoi ? Elle change de comportement. Et j'ai commencé à partir dans tous les sens. En plus, j'étais jeune à l'époque. que je suis timée « Mais qu'est-ce que tu crois ? Tu penses que tu vas être recrutée à l'Élysée en faisant ça ? » Et il y avait ces agents juste à côté, les agents de sécurité. Et elle m'a dit « Non, machin » . Le ton commençait à monter à tel point que... Donc j'ai fait demi-tour. J'ai fait demi-tour. Et non, je t'ai dit une bêtise, j'étais en train de sortir. En fait, c'était en le remettant. Parce que je me souviens que j'étais rentrée. J'avais vu de loin, de dos, Nicolas Sarkozy. J'avais vu que... Mais... En fait, c'était très théâtralisé. Il y avait des caméras, on le voyait entrer dans la classe, les saluer. C'était théâtralisé, ce n'était pas humain. Et comme le ton montait avec la surveillante, c'est le garde du corps de Nicolas Sarkozy qui m'a dit « Circulez, mademoiselle, la discussion est stérile » . J'ai appris un mot ce jour-là. Vraiment, j'entendais ça, la discussion est stérile. Il m'a dit « Circulez, mademoiselle, la discussion est stérile » . Et le souvenir que j'ai, c'est ça. C'est même pas la visite de Nicolas Sarkozy que j'ai, c'est le comportement de cette surveillante sur ce revirement de situation, où je dis, mais ils vont pas te recruter, je comprends pas, y'a rien à gratter, je comprends pas ton comportement. On a toujours été autorisés à admettre, là, pourquoi est-ce que vous les montrez pas de blanches, parce qu'il y a des représentants du gouvernement qui se déplacent. Mais voilà, franchement, le lieu, sa visite, elle m'a pas spécialement marquée, pour moi c'était de la mise en scène, du théâtre,
- Ossama
comme d'habitude. Pour ne pas changer. Pour ne pas changer, c'est très bien. Ok, super. Merci pour ta réponse. J'aimerais qu'on parle rapidement aussi des parents. On peut parler de manière générale aussi. C'est vraiment dans le sens, on n'a pas le même background que nos parents. Ils sont venus, comme tu l'as dit, on est parti les chercher. On leur a demandé de venir travailler ici. On sait que nos parents, grosse majorité, il y avait une forme de pudeur de « non, je ne veux pas faire de problème, je ne veux pas me faire remarquer, même si je suis dans mon droit de me défendre ou quoi que ce soit, ou de prendre la parole » . Est-ce que toi, c'est aussi quelque chose que tu as observé dans le quartier, dans ton environnement, et qui t'a donné envie de travailler sur ton élocution, sur ta posture, sur ta communication en général ? Ou même ton travail, en réalité.
- Sara El Attar
Franchement, ça ne s'est pas fait comme ça. En fait, le schéma, ce n'était pas « je vois de l'injustice, donc, entre guillemets, pour prendre ma revanche, je vais apprendre à bien m'exprimer, je vais étudier et je vais... » Non, ce n'était pas ça, ma posture. Parce que, comme je te disais, quand tu es enfant d'enseignant, c'est un avantage parce que tes parents connaissent déjà les codes du système scolaire et même inconsciemment, ils te transmettent Ce qui est attendu de toi. Donc nous, on a toujours, avec mes sœurs plus ou moins, évolué dans un milieu où, tu vois, grâce à Dieu, on avait de bons résultats, on savait cerner ce qui était attendu, la posture qu'il fallait avoir. Mais j'ai toujours eu un rapport particulier à l'injustice, parce que je pense mes parents aussi. Et c'était naturel, un peu à différentes échelles, parce que forcément, j'ai déjà vécu des situations où je n'ai pas trop osé prendre la parole. Parce que soit tu avais un adulte qui t'intimidait beaucoup trop ou des choses comme ça. Mais c'est vrai que c'était vraiment le post-bac, je pense, lycée post-bac. J'ai commencé à prendre des responsabilités, à me présenter en tant que déléguée, à porter la parole d'un groupe.
- Ossama
Est-ce que c'était à te sentir plus légitime aussi ? Il y avait ce truc-là ?
- Sara El Attar
Pour te dire,
- Ossama
allez, je vais me présenter en tant que déléguée, par exemple.
- Sara El Attar
Non, franchement, en fait, quand j'étais jeune, je me sentais légitime. C'est après que la question de légitimité est venue. Parce que quand j'étais jeune, pour moi, tout le monde était légitime. C'est intéressant,
- Ossama
ça.
- Sara El Attar
Pour moi, tout le monde était légitime, tout le monde avait le droit de parler, tout le monde avait le droit. Mais c'est après. En fait, je te dis, la rupture, elle est vraiment arrivée après le bac. Parce que je pense que c'est là qu'on a été propulsé dans la vraie société. En fait, quand tu es dans l'entre-soi, tu as l'impression que le monde sait ça, que le monde sait ta cité, ton quartier, tes petits établissements de zèpes, machin. Et après, quand tu arrives, tu te mélanges aux autres. C'est là que tu te rends compte, wow, tu es dans une bulle. Du coup, c'est fracassant et tu parlais de bons résultats. Moi, le bac, effectivement, je l'ai bien mentionné, mais quand je suis arrivée en école d'ingé, j'ai eu des 4 et des 6 en maths, alors que j'avais eu, je ne sais pas, 16, 18 au bac. Donc, ça te fout une sacrée claque.
- Ossama
Ah oui, là, tu as l'impression de rentrer dans le monde réel.
- Sara El Attar
Exactement. Et tu te dis, en fait, enfin, excuse-moi, mais on se fout de notre gueule parce que le bac national, il est extrêmement facilité. Tout le monde obtient le bac. Ils font en sorte que tout le monde obtienne le bac. Mais la différence, elle ne se fait pas sur le bac, elle se fait sur les entraînements, sur les notions qui ont été apprises en cours. Et effectivement, on étudie les mêmes chapitres. Mais moi, ce que je disais à mes élèves quand on avait lancé l'association, c'est que, par exemple, dans un lycée à Neuilly, eux, ils vont faire peut-être 20% d'exercices faciles, aller 40% d'exercices moyennement faciles et le reste, ce ne seront que des exercices difficiles. Alors que nous, on va faire 50% d'exo-faciles. Un peu d'exo moyennement facile, et puis ceux qui veulent faire les exo difficiles, s'ils veulent, sinon c'est pas grave. Donc ça crée un gap, et puis au-delà de ça, après quand j'ai lu un petit peu la sociologie, Bourdieu et tout ça, tu te rends compte de l'histoire des codes. Les codes, si t'as pas les codes, bah en fait c'est difficile de se frayer un chemin dans...
- Ossama
Oh la sociologie, je l'ai découvert à la fac moi, pour te dire, j'ai eu énormément de mal. Mars, Bourdieu, etc.
- Sara El Attar
C'est profond, faut...
- Ossama
Ouais, ouais, ouais.
- Sara El Attar
Et c'est lourd. chacun son prisme etc et tu dis wow ok d'accord mais j'ai la première année j'ai rien compris je te dis sincèrement mais c'est franchement j'ai découvert ça toi c'était à la fin moi c'est il ya pas longtemps c'est franchement il ya quelques années plus et puis j'ai découvert ça au départ avec des des personnes qui popularise ça sur les réseaux sociaux ça m'a donné envie d'aller creuser davantage et moi la méritocratie j'y croyais à fond je suis pareil à fond je disais non mais quand on veut on peut arrêtez de vous plaintes, on se victimise. Et je dis, tu vois, en fait, c'est-à-dire à quel point ça rentre dans ton cerveau. Après, ça permet aussi de survivre. Puisque je me dis, peut-être que si d'entrée de jeu, je savais qu'on ne partait pas avec les mêmes chances, tu vois, c'est comme les médicaments placebo. Peut-être que j'aurais été moins loin. Mais en tous les cas, c'est important quand on a conscience de le déconstruire, d'en parler et de voir. comment on peut s'organiser collectivement pour amoindrir un peu ce phénomène.
- Ossama
Et il y a encore du boulot.
- Sara El Attar
Ah oui, c'est pas demain la veille.
- Ossama
C'est pas demain la veille, totalement. Petit crochet aussi, pour faire le point un peu sur Hashtag Ambition, qui est ton association. Quand tu parles de tes élèves, tu parles des élèves de Hashtag Ambition ?
- Sara El Attar
Oui, effectivement. Ou alors aussi, quand j'interviens, parfois ça m'arrive dans les écoles supérieures. Mes élèves, donc je dis mes étudiants quand c'est les écoles supérieures. Mes élèves, oui, ce sont les jeunes qu'on a accompagnés. Alors, on a accompagné depuis 2016 des élèves scolarisés. Ça va du CP à la terminale.
- Ossama
Il faut savoir une chose, c'est qu'avant 2016, on n'entendait pas ou très peu parler des concours d'éloquence et pas du tout dans les quartiers. Donc vraiment, il me semble que Hashtag Ambition, c'est vraiment, vous êtes un des précurseurs avec Eloquencia.
- Sara El Attar
Absolument. Alors nous, à la base, les concours d'éloquence, c'était vraiment l'apanage des écoles d'avocature, le barreau de Paris.
- Ossama
Les joutes verbales.
- Sara El Attar
Exactement. Et l'Eloquencia, eux, ils l'ont démocratisé dans les facultés, c'est-à-dire indépendamment du cursus. Et nous, on a été plus loin dans le sens où on a vraiment ouvert ça aux jeunes, c'est-à-dire lycéens, et aussi parfois des étudiants de troisième. Et actuellement, c'est intéressant que tu ne m'en parles pas, on est... on prépare la version pour les kids. Parce qu'on s'est rendu compte que plus tu attaques le problème tôt et plus c'est efficace. Et notamment la tranche d'âge, tu sais, autour de 10 ans. C'est un âge où les enfants vont vraiment pousser une réflexion, vont être capables d'avoir une position. Donc, la prochaine étape, c'est ça.
- Ossama
Génial. Alors, c'était en partenariat, le concours d'éloquence en dirigeant ? Oui. En dialecte marocain ?
- Sara El Attar
Oui, tout à fait.
- Ossama
Avec MRE ?
- Sara El Attar
Avec MRE, oui, avec MREBC. Et tu vas peut-être m'en vouloir, mais le marocain n'est pas un dialecte, c'est une langue.
- Ossama
Ah oui, c'est vrai. à Mewtwo
- Sara El Attar
récemment.
- Ossama
Oh la la, oh la la, attends. C'est vrai.
- Sara El Attar
C'est que, mais c'est super intéressant parce que, pareil, personne ne nous l'explique, même à l'école, en cours d'histoire, le dialecte, c'est un mot qui a été utilisé pour un peu réducteur, c'est un terme réducteur.
- Ossama
J'allais dire vulgarisé, mais c'est plus...
- Sara El Attar
Même pas vulgarisé, c'est vraiment infériorisé des langues.
- Ossama
Donc c'est vraiment péjoratif.
- Sara El Attar
Ah, c'est péjoratif, et c'est des termes, c'est comme... Et puis, il y a tout un esprit colonialiste derrière. C'est comme le mot berbère. Tu sais que le mot berbère, ça vient de barbare. Les Espagnols, je crois. Alors, je ne sais pas. Je ne vais pas te raconter de bêtises, mais en tous les cas, on parle plus d'amazigh. Amazigh, c'est on se réappro...
- Ossama
Oui,
- Sara El Attar
il y a une notion de liberté. On se réapproprie le... C'est important aussi de se réapproprier notre culture et les termes. Et donc, oui, on organise le... On a lancé le premier concours d'éloquence en délégation marocaine. Et d'ailleurs, on a été très fiers de recevoir cet été un prix de la part du ministre de la Culture du Royaume marocain qui a salué cette initiative, puisque c'est une initiative finalement qui valorise le patrimoine culturel marocain et le fait rayonner à l'étranger.
- Ossama
Est-ce que je peux dire bravo à l'écom ?
- Sara El Attar
Merci, avec plaisir. On prend toujours.
- Ossama
Eh bien génial. En tout cas, l'association existe encore. Donc les gens peuvent s'inscrire, ils ne sont pas obligés de... de vivre à Gennevilliers.
- Sara El Attar
Non, on est ouvert. Après, effectivement, d'un point de vue, pour des raisons géographiques, on a évidemment plus des bénéficiaires qui sont aux alentours, mais on est ouvert. On ne se cantonne pas à la ville de Gennevilliers, évidemment.
- Ossama
On va passer à une autre question. Et là, on va revenir, parce qu'on est obligé de revenir sur cet événement. Tu connais, tu sais de quoi je vais te parler. Les gens le savent. S'ils ne le savent pas, ils vont le savoir. le fameux le fameux tremplin en termes de branding c'est vrai t'as été reçu sur CNews il y a
- Sara El Attar
5-6 ans c'était en octobre 2019 2019,
- Ossama
waouh t'avais hésité, il recherchait une femme portant le voile qui était disponible pour discuter de ce sujet là,
- Sara El Attar
entre autres qui était disponible pour se faire éteindre surtout
- Ossama
Je voulais rester cordial mais en effet donc voilà qui était disponible pour se faire éteindre et donc il y a eu beaucoup de stories relayées sur les réseaux tu l'as vu plusieurs fois t'as décidé, parce que t'avais hésité et t'as décidé de candidater, ou en tout cas de dire que t'étais intéressé, c'était une période où t'étais aussi en lâcher prise de mémoire c'est quoi les bénéfices de cet état d'esprit là ?
- Sara El Attar
Déjà, tu as beaucoup moins de stress et d'angoisse.
- Ossama
D'accord.
- Sara El Attar
Parce que tu sais ce qu'on dit, c'est que les regrets te font vivre dans le passé et l'angoisse, elle vient du futur en fait. En général, tu es anxieux par rapport à ce qui arrive, ce qui n'existe pas. Donc, ça t'empêche finalement d'être tiraillé entre les regrets du passé et l'angoisse du futur. Ça t'empêche de vivre le moment présent. Et si tu ne fais pas quelque chose du moment présent, c'est un présent qui se transforme en passé avec des regrets et c'est un cercle vicieux. Et le lâcher prise, ce que ça t'apporte, c'est que tu... c'est comme en fait quand tu plantes une graine. Après moi, j'ai la foi, tu vois, en tant que musulmane, donc le lâcher prise, ça fait partie intégrante de notre religion et c'est comme quelqu'un tout simplement qui va planter une graine. Tu vas planter une graine, tu ne vas pas rester en train de la surveiller, à te faire un sondant, te dire est-ce qu'elle va pousser ou pas, aujourd'hui il pleut, il n'y a pas de soleil. Non, tu plantes la graine et après tu fais ta vie. Et puis si elle donne une fleur, elle donne une fleur. Et puis si elle ne donne pas de fleurs et pas de fruits, ce sera une leçon dont tu devras tirer les anciennes nuements. Qu'est-ce que tu as mal fait ? Qu'est-ce que tu pourrais mieux faire ? Donc franchement, en résumé, ça te confère vraiment une forme de tranquillité d'esprit, une légèreté. Ok.
- Ossama
Et est-ce que t'as eu... plus d'opportunités depuis que t'étais dans ce mood là ou toutes les fois t'as été dans ce mood là parce que j'imagine que ça switch tu peux pas être tous les jours surtout quand tu l'as pas appris tu vois quand c'est pas inné plutôt quand tu l'as appris tu peux l'acquérir mais en même temps C'est comme la motivation, j'imagine. Bien sûr, ça fluctue.
- Sara El Attar
Ce n'est pas quelque chose de rectiligne ou de stable. Je ne sais pas, j'avoue, je ne me suis jamais posé la question est-ce que tu as plus d'opportunités ? Je pense simplement que tu prends mieux les choses. C'est-à-dire qu'en réalité, tu peux prendre deux personnes, elles peuvent vivre exactement la même chose, mais la manière dont elles vont les percevoir, les recevoir... En fait, ça va faire que tu en as une qui va bien vivre les choses, comprendre les signes, comprendre les leçons et s'en servir pour grandir. Et tu en as une autre peut-être qui va se morfondre, qui va faire du surpasse. Donc, je ne pense pas que le facteur, la question, je ne pense pas que ce soit tant les opportunités. Mais le fait que ton regard change, ton approche change et donc ça a un impact sur tout finalement.
- Ossama
Dans l'acceptation surtout alors.
- Sara El Attar
Complètement. Pas se prendre la tête.
- Ossama
Pas se prendre la tête, ouais. Si, si, si. Moi, c'est un truc que j'ai mis énormément de temps à faire et encore aujourd'hui, j'ai des rechutes.
- Sara El Attar
Ah ben, on est ensemble. On est ensemble, je pense que c'est le travail de toute une vie. Parce que, comme le disait, on a organisé récemment, tu étais présent à la conférence Psychotalk, et la psychologue disait que le jour où on n'a plus rien à traiter en termes d'évolution, c'est qu'on a plus rien à faire. On a fini, on a fini le game.
- Ossama
c'est juste impossible c'est pas possible,
- Sara El Attar
il y a toujours des choses à traiter, à améliorer exactement,
- Ossama
d'ailleurs c'est un super événement qui mérite d'être refait encore et encore c'est un message qui s'adresse aux hommes écoutez bien les gars, parce que chaque fois que je fais des formations des conférences il y a en moyenne 80, et là cet événement c'était 95% de femmes Les femmes, elles ont tendance à toujours vouloir évoluer, apprendre. Et paradoxalement, j'ai l'impression qu'elles ne se sentent jamais légitimes ou suffisamment légitimes.
- Sara El Attar
Beaucoup de culpabilité aussi.
- Ossama
Oui, tu vois. Donc déjà, les mecs, il faut se réveiller aussi parce que c'est important. C'est que du gagnant-gagnant, c'est du bénéfice pour tout le monde. Et pour en revenir aux femmes aussi, c'est un truc que je ne demande pas de base, demander des conseils, etc. Mais là, ça me semble important quand même sur cet aspect-là qui est très paradoxal entre oui... je me forme constamment, et oui, je ne me sens pas légitime, je me remets en question constamment, qu'est-ce que tu peux leur dire ? Parce que moi, il y a beaucoup de femmes qui écoutent aussi.
- Sara El Attar
Par rapport au syndrome de l'imposteur ?
- Ossama
Par exemple, oui.
- Sara El Attar
À la légitimité ? Bon, tu sais, moi, je ne vais pas donner des conseils. Parfois, on donne des conseils. En réalité, c'est un peu des phrases sorties d'un tiroir que tu n'arrives pas à appuyer. Faut avoir confiance en vous. Voilà, faut y croire. Faut y croire. Travailler dur. Anti-deaf perso, comme pas possible. Mais je pense que parfois, il faut savoir aussi arrêter de se poser des questions, sortir du mental et passer à l'action. Et vraiment, je m'adresse en premier lieu à cette recommandation parce que ça m'arrive encore, mais j'ai connu des périodes où je suis tellement dans mes idées, dans mon esprit, que parfois, tu as carrément l'impression que tu as fait des choses alors que tu as juste pensé. Donc, à un moment donné, il faut juste... casser, parce que parfois, c'est l'anxiété, c'est pas personne religieuse, c'est du ossois, c'est tout ça. Donc, il faut juste être capable de... Ces questions-là que tu te poses, peut-être que tu ne vas pas y trouver de réponse, mais juste casse et passe à l'action. Tu es légitime, tu te sens légitime, tu ne te sens pas légitime, fais. Et après, on verra. Et on avance, parce que ça, c'est une forme de perfectionnisme aussi. C'est d'un perfectionnisme que j'appelle toxique. D'attendre d'être dans le bon état d'esprit, c'est même l'histoire des résolutions, le 1er janvier, machin. C'est comme s'il y avait un état d'esprit objectif, le goal à atteindre, comme s'il y avait un bon moment, alors que vaut mieux agir, essayer, faire les choses de manière imparfaite et avancer dans l'imperfection. De toute façon, l'imperfection, on ne l'attendra pas, mais on s'améliore et peut-être que la légitimité viendra après et peut-être aussi qu'elle viendra et qu'elle repartira. comme elle est arrivée. Mais je pense que, et puis c'est aussi notre philosophie, c'est que c'est les actes en fait. Bien sûr, tu as une notion d'intention, mais les actes, tu te sens légitime, pas légitime, en vrai, dans certaines situations, ça n'a pas d'importance. C'est les actes que tu vas faire qui vont jouer.
- Ossama
Il y a une phrase que tu as dite au début, c'est je suis anti-dev perso. Il y a quelques années, ça m'aurait irisé les poils, tu vois.
- Sara El Attar
Ah ben c'était le cas aussi !
- Ossama
Et c'est marrant parce qu'on n'en a jamais parlé, mais on se rend compte qu'il y a beaucoup de bullshit dans le déferso.
- Sara El Attar
Complètement.
- Ossama
Qu'il y a beaucoup de formes de manipulation. et de vendeur de rêve aussi. Très rapidement, tu vois, parce que je pense qu'on n'a pas besoin de débattre sur ça, mais en une ou deux phrases, c'est quoi ton avis concret sur ça ?
- Sara El Attar
Alors moi, comme toi, il y a même des articles que tu peux retrouver où je me définis comme une personne qui inclut le développement personnel dans mes apprentissages, dans mes formations. Après, aujourd'hui, il faut faire attention parce que certaines personnes, là je parle du dev perso en tant qu'idéologie. Si par le dev perso, je pense qu'il faut changer d'appellation, on entend peut-être la réforme de soi, l'apprentissage, l'évolution, ok, mais le développement personnel tel qu'il existe en tant qu'idéologie, c'est quelque chose déjà d'anti-psychologique, d'anti-sociologie. Mais il faut avoir vraiment un égo surdimensionné pour adhérer à ce truc-là. C'est centré sur soi-même, il faut que tu poses des limites. Et tu sais, ce truc-là de poser les limites, Par exemple, une personne qui est déjà assez égotique, égocentrée et qui n'aide pas les autres, mais en fait, ça va s'aggraver. C'est-à-dire poser les limites dans le sens, concrètement, factuellement, c'est tu ne vas pas aider les autres, il faut que tu avances toi-même, machin. Je sais que pour certaines personnes, c'est le cas. Des personnes qui s'oublient totalement, mais mis dans les mains de n'importe qui, sans autre chose qui va permettre de cadrer. de dire ça, ça va, ça, ça va pas, c'est extrêmement dangereux. Et lors de la conférence que tu as assistée, la thérapeute, elle disait qu'elle a beaucoup de patientes, qu'elle a dû sortir des tréfonds de ce délire-là parce que, en fait, le def perso, pour résumer, il tourne autour du soi, autour de l'ego, t'es au centre de tout, c'est toi qui décides de ce qui t'arrive, la loi d'attraction, t'es responsable de ce qui t'arrive, t'sais, c'est limite on te met au statut de divinité, tu vois.
- Ossama
Et t'es jamais assez bien, donc il faut que tu continues. Et t'es dans un cercle vicieux aussi.
- Sara El Attar
Il y a ça, et c'est paradoxal parce qu'aussi, on t'incite à sublimer tes défauts. Tes défauts, non mais t'es comme ça, il faut que tu t'assumes avec tes défauts, c'est ta force. Non, j'ai des défauts, je dois les corriger.
- Ossama
Ou alors, à les oublier totalement.
- Sara El Attar
En tout cas, pas à les corriger. Soit à les oublier, le déni, soit à la sublimation, donc à les valoriser. Et c'est extrêmement dangereux.
- Ossama
Merci pour ta réponse.
- Sara El Attar
Je t'en prie.
- Ossama
En tant que spécialiste du média training, Qu'est-ce que tu peux expliquer aux gens qui ne connaissent pas les dessous d'une émission, de comment c'est structuré, de la potentielle pression qu'il peut y avoir, du côté un peu parfois scénarisé aussi ? Comment tu peux aider les gens à distinguer des choses pour leur permettre de vraiment ouvrir les yeux ?
- Sara El Attar
Par rapport au théâtre que représentent les médias. Par exemple,
- Ossama
ouais,
- Sara El Attar
c'est ça. Tu vois, moi, quand j'étais chez CNews, ce que vous voyez à l'écran et ce qui se passait pendant les publicités, parce que pendant les publicités, c'est coupé, on a eu des discussions informelles, c'était vraiment une forme de schizophrénie. Dans le sens où, quand les caméras tournent, c'était hyper virulent. Et moi, tu vois, je... fin. Je pense que je m'étais un peu anesthésiée pour réussir cette expérience-là. Mais si je m'étais un peu connectée émotionnellement, c'est hyper déstabilisant. Parce que pendant les pubs, ils sont hyper sympas avec toi. C'est hyper intéressant cet échange. C'est très constructif. Voulez boire de l'eau. Et après, dès que les caméras tournent, ça envoie,
- Ossama
Ça déstabilise ou pas ça ?
- Sara El Attar
Sur le moment, non, ça ne m'a pas déstabilisé. Mais comme je t'ai dit, je pense que j'étais dans un état assez... Je ne sais pas. Je pense que je me suis vraiment beaucoup préparée mentalement. J'avais l'impression d'aller à la guerre, très sincèrement.
- Ossama
Tu sens la pression ? Tu sens quelque chose à ce moment-là entre chaque pub quand l'émission reprend ? Non. Il n'y avait pas de forme de pression ? Non. Vous vous ressentez quand même ?
- Sara El Attar
Moi, non. En fait, dès que j'ai mis... Je pense qu'il y a quelque chose qui s'est passé. J'avais la pression. D'ailleurs, j'ai une anecdote quand j'étais dans le... dans ce qu'il m'a envoyé, il t'envoie un chauffeur. Bon, t'es pas rémunéré, parce qu'à chaque fois, on me demande si je suis rémunéré quand je vais sur les plateaux. Évidemment que non. Certains sont rémunérés,
- Ossama
ça dépend.
- Sara El Attar
Les chroniqueurs, ceux qui bossent là-bas, mais quand t'es invité, non, t'es pas rémunéré pour intervenir. Et donc, il m'a envoyé un chauffeur, et le chauffeur, il a rien compris. Je suis montée, c'était en renard, je me souviens, il était trop sympa. Et je suis montée dans le taxi, je crois. Il me regarde, il regarde l'adresse et c'est news. Il me dit, vous travaillez là-bas ? Je lui dis, non, je ne travaille pas là-bas, je vais passer sur le plateau. Il me dit, mais vous êtes sûr ? En limite, il voulait me dissuader. Je lui dis, monsieur, c'est trop tard là. J'ai dit, là, si vous voulez dire quelque chose, je ne sais pas, encouragez-moi, motivez-moi, rassurez-moi. Mais là, ce n'est pas le moment de m'inquiéter. Sachant que je ne l'avais vraiment pas dit à grand monde. Je crois que j'avais juste dit à mes sœurs. D'ailleurs, une de mes sœurs qui m'avait énormément aidée à me préparer. Et donc, j'ai eu le stress forcément, même après cet échange. On était dans une sorte de loge avant le lancement de l'émission. Et franchement, je n'étais pas à l'aise. Parce que tu sentais par l'ambiance pesante, c'était uniquement des gens de droite, d'extrême droite, qui te font des sourires hypocrites. Il y avait des croissants. Je n'avais pas la gorge de l'eau et je n'avais pas l'appétit et tout ça. Et donc, je suis restée un peu dans mon coin. Parce qu'à cette époque-là, j'étais... J'avais déconstruit plein de choses, tu vois, je n'étais plus dans la complaisance, je n'étais plus, donc tu veux parler avec moi, tu parles, tu ne veux pas parler, ce n'est pas à moi d'aller vers toi. Tu sais, on parlait de charge raciale, notamment toujours, tu sais, cette injonction à montrer la bonne image, à être hospitalier, ben non, en fait. Et dès qu'on est entré sur le plateau, je ne sais pas, anesthésié émotionnellement, et je me souviens même, il y a eu une amie qui m'a envoyé un message en me disant, je te vois, j'ai retourné mon téléphone, et je dis non, là, il ne faut pas que, tu vois ou pas ?
- Ossama
focus,
- Sara El Attar
aucune distraction et même pendant les pubs quand ils ont interagi ça un peu avec moi c'est très cordial, j'allais pas dans parce que pour moi c'était dissonant tu peux pas être dans la virulence, ça c'est pas comme une télé-réalité, on joue un rôle on parle de vrais sujets, de choses profondes, j'étais là-bas parce qu'il y a une maman qui s'est quand même fait lyncher dans un conseil régional en présence de ses enfants tu brises des vies On ne peut pas rigoler avec ça.
- Ossama
C'est une folie.
- Sara El Attar
C'est dingue.
- Ossama
Et puis, j'ai l'impression qu'on ne sait pas faire ça. Ce côté switch comme ça, peut-être même hypocrite aussi, tu vois.
- Sara El Attar
Non.
- Ossama
Je ne dis pas qu'ils ont été hypocrites, je ne sais pas. Je n'étais pas là, mais il y a ce truc-là où tu ne comprends pas la schizophrénie.
- Sara El Attar
Non, non, parce qu'en plus, après moi, je nuance dans le sens où je fais quand même la différence entre la diplomatie et l'hypocrisie. Bien sûr, dans certains contextes, tu peux mettre la forme, être stratégique, mais comme tu as dit, non, l'hypocrisie, ce n'est pas possible.
- Ossama
Oui, ça, c'est un niveau au-dessus. Je vais te poser une question bête.
- Sara El Attar
Il n'y a pas de question bête.
- Ossama
Question simpliste, peut-être. Est-ce que tu as confiance en toi ?
- Sara El Attar
Alors, déjà, moi, je parle plus d'estime de soi. Confiance en moi, ça dépend pourquoi. Parce que quand on parle de confiance en soi, souvent, on parle d'estime de soi-même. L'estime de soi, elle est intrinsèque, c'est ta valeur. Et la confiance en toi, si tu me dis est-ce que tu as confiance en toi pour piloter un avion, je vais te dire non. Si je dis confiance en toi pour participer à ce podcast, oui. Mais si tu parles d'estime de soi, oui, je pense que ça s'est construit quand même. Mais avec le temps, ce n'est pas quelque chose.
- Ossama
Tu sais à quel moment c'est arrivé où tu te dis ouais, vraiment là, j'ai une bonne estime de moi ?
- Sara El Attar
Non, ce n'est pas arrivé comme ça, c'est un cheminement. C'est un cheminement. Tu vois, ça se remplit. C'est un vase qui se remplit progressivement.
- Ossama
Goutte par goutte.
- Sara El Attar
Ouais, exactement.
- Ossama
Enfin, je le sais, tu vois.
- Sara El Attar
Mais t'as raison de le verbaliser.
- Ossama
Je pense que les gens ont besoin de comprendre ça.
- Sara El Attar
Bien sûr.
- Ossama
Et on en revenait, on parlait des femmes, justement, des sœurs qui ont constamment envie d'évoluer et tout. Rome ne s'est pas faite en un jour. Quand on fait un régime, un rééquilibrage alimentaire, quand on décide de retourner à la salle. Tu as des jours où tu vas être hyper performant, tu as des jours où tu vas être claqué, tu as des jours où tu vas manger une maxi salade, tu as des jours où tu vas rajouter des frites sur ta salade.
- Sara El Attar
Bien sûr.
- Ossama
Tu vois ce que je veux dire ?
- Sara El Attar
Bien sûr.
- Ossama
Et ça en fait, ça revient avec le lâcher prise aussi. C'est accepter que des fois, tu es un peu plus fatigué, mentalement pas que physiquement, tu es un peu plus fragile, mais ça fait partie du process aussi.
- Sara El Attar
C'est une miséricorde envers soi, c'est pour ça que j'en parlais récemment avec une amie, je lui ai dit, tu sais, en termes d'objectif. J'avais lu un article hyper intéressant qui parlait d'un thérapeute qui accompagnait les personnes qui souhaitent arrêter de fumer. Et en fait, il était hyper efficace parce qu'il leur disait, ne prenez pas la résolution, ne dites pas à partir d'aujourd'hui, je ne fume plus. Le matin, quand vous vous réveillez, dites-vous, je ne vais pas fumer aujourd'hui. Demain est un autre jour. Et en fait, quand tu te fixes des petits objectifs comme ça, tu fais le point à la fin de la journée. comme t'as dit parce que Peut-être qu'il y a un jour où tu vas craquer, mais quand tu vas analyser peut-être sur 30 jours, sur 60 jours, tu vas voir que tu as eu 70% de réussite, ça va te motiver à continuer. Et par rapport à ce que tu m'as dit concernant l'estime de soi, le cheminement et la belle métaphore avec Rome, c'est qu'on ne peut pas, il ne faut pas. Il faut faire preuve d'humilité en fait. Il ne faut pas avoir l'orgueil de penser qu'on peut travailler sur soi. Et ça encore une fois c'est des persos. Il y a des personnes quand tu leur parles de thérapie, moi la thérapie franchement ça m'a beaucoup aidé pour l'estime de soi. Et quand on leur parle de thérapie, ces personnes vont te dire « Non mais moi j'ai travaillé sur moi, j'ai travaillé sur ça. » Oui bien sûr, on évolue. Mais il y a des choses que tu seras, que tu le veuilles ou non, on va attraper mon col, mais que tu le veuilles ou non, tu n'es pas capable de...
- Ossama
Bien sûr.
- Sara El Attar
Et je donne l'exemple du chirurgien. Le chirurgien, demain, il veut se faire opérer. Il va aller voir un autre chirurgien. Les psychologues doivent aller chez un psy. Et ce qui me fascine, en général, quand je dis ça, ça percute relativement bien. Je dis, vous êtes des personnes intelligentes. Vous êtes hyper alertes quand il s'agit de santé physique. Tu vas chercher le meilleur généraliste, le meilleur cardiologue, le meilleur dermato. Mais tu as l'orgueil de croire que ta santé mentale, tu vas la gérer solo.
- Ossama
C'est ouf.
- Sara El Attar
L'air est meilleur. ton corps n'est que le théâtre de ce qui se passe dans ton esprit.
- Ossama
C'est beau. C'est beau. Et pour le coup, pour avoir essayé, j'avais essayé un thérapeute. On avait passé 40 minutes au téléphone. Il m'a dit, toi, t'as pas besoin en soi. Je dis, ok, très bien. Et après, j'ai essayé une psychologue. Ça m'a saoulé. Je te cache pas que ça m'a saoulé. En fait, ce qui m'a saoulé, par contre, avec elle, j'ai fait plusieurs séances. J'ai appris des choses, mais c'était en vision. Mais le problème que j'ai rencontré, c'est qu'elle parlait beaucoup au lieu de me poser des questions. Et le délire, c'est que j'ai l'impression qu'elle parlait pour rentabiliser l'heure, pour meubler, etc. Et parfois, j'ai l'impression qu'elle parlait plus de son vécu parce qu'il y avait quelque chose de similaire. Je dis à la cousine, en fait, je trouve ça intéressant de voir un psychologue. Mais en vrai, il faut chercher la bonne ou le bon psychologue. Ah ben bien sûr,
- Sara El Attar
c'est comme pour tout, quand tu te fais accompagner sur du sport, ou même sur les médecins, sur un dentiste, il y en a avec lesquels tu ne vas pas être à l'aise. Et ce qui est problématique en tous les cas en France, c'est que les psychologues, quand ils suivent le cursus classique et qu'ils sont diplômés, ils sont incités, ils sont invités à se faire accompagner, à se faire traiter, parce que c'est la base. aucun système qui permet de le vérifier derrière. C'est-à-dire qu'ils peuvent très bien faire le choix, et aujourd'hui, tu as des psychologues et des thérapeutes, peu importe, qui vont traiter les autres, et on en parlait en plus sur la route, qui vont traiter les autres à travers le prisme de leurs propres blessures. Et ça, c'est dévastateur. C'est pour ça que je dis, n'allez jamais prendre rendez-vous avec un psy sur Doctolib comme ça, au hasard, ou sur Google. Vraiment procéder. par recommandation. Et psychologue ou thérapeute, les deux peuvent être compétents. Ce n'est pas forcément une question de cursus, de diplôme. Tout dépend. Et surtout, moi, je ne crois pas à l'universalité. Je n'y crois pas. Pour moi, c'est important. C'est important d'aller chez une personne qui te ressemble, qui a un prisme commun en termes de valeurs, en termes de culture, en termes peut-être de religion aussi. Parce que si vous n'avez pas le même référentiel, je ne dis pas qu'elle ne sera pas capable de t'accompagner ou il, mais ce sera beaucoup plus complexe.
- Ossama
Un truc que je dis souvent, c'est qu'il n'y a que Spider-Man qui a changé du tout tout tout grâce à une morsure d'araignée. C'est très difficile,
- Sara El Attar
effectivement. On n'est pas dans le même cas.
- Ossama
On arrive bientôt à la fin, il y a deux petites questions. A la fin de chaque épisode, j'aime bien faire un parallèle avec les cultures urbaines au sens très large, mais là on va parler sociologie. Je vais citer Marouane Mohamed. qui est un sociologue chercheur au CNRS, et il explique dans son parcours qu'il a bénéficié de la prépa de la HES. Et c'est ça que je trouve intéressant, parce qu'il dit à un moment donné dans une interview, on a expérimenté des choses qui sont d'une extrême diversité, mais qui sont de l'expérience. Et la question que j'ai envie de te poser par rapport à ça, c'est qu'est-ce qui a été formateur pour toi, notamment dans ton environnement, dans ton quartier, ta cité ?
- Sara El Attar
En fait, c'est super marrant parce que c'est ce que je dis en général à mes étudiants. Je leur dis, vous ne devez pas vous travestir, vous ne devez pas changer la personne que vous êtes, vous devez simplement apprendre à être des caméléons et à vous adapter aux différents environnements. Et je leur dis, si vous arrivez, et ces codes sont accessibles, il suffit de lire des bouquins, de vous faire accompagner, moi je fais régulièrement des ateliers avec eux, je leur dis, si vous faites l'effort d'acquérir ces codes, je vous parachute. Dans un milieu, je ne sais pas, caricature, un bourgeois, de blanc, de politique, vous allez vous en sortir. Mais l'inverse n'est pas possible, en tout cas très difficilement. J'aurais dit... Je prends même un politique ou un cadre qui a fait l'ENA, tout ce que tu veux, tu le balances dans un quartier, il n'a pas les codes du tout. C'est compliqué, je ne vois pas comment est-ce qu'il peut les acquérir. Et je pense que c'est vraiment une force parce que c'est une anecdote que je racontais il n'y a pas longtemps. Quand je travaillais dans les télécommunications, on était régulièrement en déplacement, on devait aller tester les antennes. qui permettent d'avoir du réseau mobile, ce qui nous permet de passer des appels téléphoniques. Et à l'époque, on travaillait avec un opérateur téléphonique français historique. On avait dû aller au siège chez eux, récupérer une clé. Ça, c'est les grosses clés de coffre-force, parce que c'est un local technique, si tu touches à quelque chose, c'est toute une ville qui est privée de réseau. Et j'étais avec un collègue, on récupère la clé, on fait de la route. C'était à deux heures de route de Paris. On arrive là-bas, c'est le soir, on est là-bas pour trois jours, on est fatigué. Donc moi, ce que je suggère, je leur dis, on était trois, je leur dis, donc à mon collègue et ma collègue, ce que je vous propose, c'est d'aller à l'hôtel, nous reposer, c'est le soir, et puis demain, nous lever tôt et faire les choses. Et j'ai un de mes collègues, un peu profil, bon élève, conscience pro, plus le plus, il me dit non, non, il faut qu'on y aille, je vais aller prendre des mesures, je vais voir machin. Ok, pas de souci, on y va. Avec la fatigue, on y va, on monte dans le local, on ouvre la porte, on entre dans le local, il branche son ordinateur, il fait ses machins bidules. On a fini, on sort du local, claque la porte, où est la clé ? Où est la clé ? La grosse porte blindée, tu sais, dans les films de Coffrefort. La clé, elle est restée à l'intérieur.
- Ossama
C'est fort, c'est très fort.
- Sara El Attar
Et en fait, donc il commence sa crise de panique. Comment on va faire ? Il faut qu'on appelle l'opérateur. Je lui dis, alors là, je t'explique, il est hors de question qu'on appelle le client pour lui dire, Allô monsieur, on a claqué la porte, la clé est à l'intérieur. On est censé faire trois jours de mesure. Je dis non, on va trouver une solution. Il dit, non mais c'est pas possible. Je lui dis, écoute, tais-toi. Tais-toi, laisse-moi réfléchir. Donc, tu sais, c'était une antenne qui était sur un toit. Donc, je sors à l'extérieur, je vois une petite trappe d'aération. Et donc, il commence à me regarder. Tu sais, lui, très dans les clous. Tu ne vas pas faire ça. Je te dis, tais-toi. Je te dis, tais-toi. Laisse-moi tranquille. Et donc, je commence à donner des coups de pied dans la trappe d'aération. J'arrache la porte. Et parmi nos trois, j'étais la seule qui pouvait passer dans le conduit. Et donc, je passe dans le conduit et j'arrive à entrer dans le local. Comme ça, je récupère la clé, je ressors. Et ça, je pense que ça répond à ta question.
- Ossama
Capacité d'adaptation. En effet, dernière question pour toi. Comme les Nègmarons, si tu devais faire le bilan.
- Sara El Attar
Je connais même pas les Nègmarons. C'est vrai ? Ouais, j'ai pas la ref. Tu fais le bilan,
- Ossama
calme-moi.
- Sara El Attar
Non, j'ai pas la ref.
- Ossama
Je vais chez Emanmi pour que je révise les classiques. Aïe, Attends, je vais te la mettre. Je vais te la mettre tout de suite.
- Sara El Attar
C'est l'occasion.
- Ossama
Ah ouais ? Tu l'as ou pas ? Tu connais ? Bah évidemment. Non, y'a que moi.
- Sara El Attar
C'était en quelle année ?
- Ossama
Ah, c'est début 2000.
- Sara El Attar
C'était... Bah, 2000... Moi, la musique, j'ai connu tard un peu.
- Ossama
C'est bien aussi, c'est bien.
- Sara El Attar
J'ai connu tard, tu sais, les baladeurs CD, le pan au raisin, les petits...
- Ossama
Les clips qui passaient à la télé ou la radio et tout.
- Sara El Attar
Non, non,
- Ossama
c'était une autre ambiance.
- Sara El Attar
C'était les livres.
- Ossama
C'est bien, c'est bien.
- Sara El Attar
Du coup, les rêves, je ne sais pas, je pense que Skyrock, tu sais, j'ai connu quand j'étais en quatrième. Donc, ça fait années...
- Ossama
Incroyable.
- Sara El Attar
2004, je crois. Ah ouais ? Attends,
- Ossama
tu la prends comme tu veux la question, si tu dois faire le bilan.
- Sara El Attar
Non mais le bilan de l'interview là ?
- Ossama
De ta vie, de ton parcours, du mi-chemin que t'as fait, de l'interview si tu veux.
- Sara El Attar
Non mais tu sais que la question, plus la réponse elle est courte, plus il faut de la préparation.
- Ossama
C'est fou hein, mais j'aime bien, c'est pour ça, c'est pour ça.
- Sara El Attar
C'est chaud de poser la question, enfin c'est chaud de répondre spontanément comme ça. Bah franchement je dirais que j'ai encore énormément à apprendre.
- Ossama
C'est très bien. Il y en a plein qui ont dit que c'est pas fini pour faire le bilan.
- Sara El Attar
Ouais franchement.
- Ossama
C'est très bien.
- Sara El Attar
Je sais pas c'est tout. Même quand je parle des fois on me dit ah t'as fait beaucoup de trucs. Mais j'ai pas l'impression d'avoir fait beaucoup de trucs. J'ai l'impression qu'il y a encore plein de choses à...
- Ossama
Où est-ce qu'on peut te retrouver Sarah ?
- Sara El Attar
Sur les réseaux sociaux, sur Instagram, je suis en train de développer YouTube et TikTok aussi.
- Ossama
Magnifique.
- Sara El Attar
Et par rapport à la conférence que tu avais parlé, de la conférence psychotour, qu'on a déjà la prochaine date, normalement, s'il n'y a pas de changement, ce sera le dernier samedi de septembre.
- Ossama
Ah, c'est super, il sera sorti l'épisode. Très bien, merci à toi. Petit message, on n'a pas parlé du port du voile, l'en déplaise aux fâcheux, aux rageux, etc. Ça me va. J'espère que ça te va.
- Sara El Attar
Ça me va très bien.
- Ossama
Ça m'a fait plaisir de te recevoir.
- Sara El Attar
Plaisir partagé.
- Ossama
On se revoit bientôt, Tchala.
- Sara El Attar
Ouais, avec plaisir. Quand tu veux.
- Ossama
À bientôt, Tchala.
- Sara El Attar
À bientôt, Tchala.