Speaker #0Bienvenue sur Arty Time, ta dose d'humour culturel. Je te parle d'artistes morts ou vivants, ou morts-vivants. De lieux culturels à absolument visiter, et les autres à absolument éviter. Je te fais des résumés des expositions, si t'as la flemme d'y aller, et que tu veux briller à la machine à café, ou le dimanche midi chez ta belle-mère. Ne me remercie pas, c'est gratuit. Enfin, tu peux quand même lâcher un petit commentaire, ça serait sympa. Allez, bonne écoute ! Coucou mes petits curieux, je suis toujours Célia Astoin, l'heureuse propriétaire de ce podcast. Le reste du temps, je fais de la communication et des podcasts d'entreprise. Mais on n'est pas là pour faire ça ! Aujourd'hui, on va parler d'une artiste que j'aime profondément. Déjà parce qu'elle peignait des spirales géantes, des formes cosmiques, des couleurs qui donnent l'impression d'avoir léché un arc-en-ciel sous LSD. Mais surtout parce qu'elle était persuadée que l'art pouvait connecter les humains à quelque chose de plus grand qu'eux. Et ça franchement, ça me parle énormément. Et parce qu'Ilma Alf Klint n'a pas besoin de prendre des champis dans une yurte chauffée au Palo Santo pour planer, son enthousiasme suffisait, comme moi. Et si vous écoutez cet épisode au moment de sa sortie, vous avez peut-être déjà vu passer partout dans Paris des affiches de cette immense exposition qui lui est consacrée au Grand Palais. Enfin, normalement, elle aurait dû être présentée à Beaubourg. Mais le centre Beaubourg est actuellement en grands travaux. Bah oui ! Beaubourg se fait refaire la tuyauterie. Et honnêtement, vu le nombre de tubes apparents sur la façade, ça devait bien finir par arriver un jour. Le chantier est colossal, désambientage, rénovation énergétique, remise aux normes, modernisation. Donc certaines grandes expos prévues initialement à Beaubourg sont déplacées ailleurs. Et donc c'est le Grand Palais qui accueille cette immense rétrospective. Et puis finalement, ça lui va bien, parce que cette Ilma Afklint au Grand Palais, c'est un peu comme mettre une chamane. intergalactique dans une cathédrale républicaine. Ça fonctionne incroyablement bien. Mais avant d'aller nous perdre dans ces spirales mystiques et ces diagrammes ésotériques, géants, revenons au début. Parce que Ylma, c'est pas juste une dame qui faisait des ronds chelous avant Kandinsky. Non. C'est l'une de ces artistes les plus fascinantes de l'histoire de l'art moderne. Et son histoire est complètement dingue. Elle naît en 1862, en Suède. Une enfance plutôt confortable, dans une famille cultivée. avec une forte connexion à la nature. Et ça, forcément, ça compte. Parce que très tôt, Ylma observe les plantes, les coquillages, les formes naturelles. Elle adore comprendre comment le vivant fonctionne. En gros, elle est le mélange parfait entre une botaniste, une médium, une scientifique et une graphiste sous caféine. Très jeune aussi, elle perd sa petite sœur, et cette disparition va profondément la marquer. C'est probablement là que commence son obsession pour l'invisible. Parce que Ylma, elle veut comprendre ce qu'il y a après. Elle s'intéresse au spiritisme, aux sciences occultes. Alors attention, quand je dis spiritisme, ne vous imaginez pas tout de suite une influenceuse, peut-être en robe beige, qui vend des cristaux à 89 balles sur Instagram. Non, on est à la fin du 19e siècle, et à l'époque, beaucoup d'intellectuels s'intéressent au monde invisible. Même les scientifiques. C'est une époque où on découvre les rayons X, l'électricité, les ondes. Donc beaucoup se disent, si on ne voit pas déjà certaines formes physiques, pourquoi on ne pourrait pas aussi communiquer avec des dimensions spirituelles ? Et là, il m'a elle. plonge là-dedans à fond. Elle rejoint un groupe spirituel composé uniquement de femmes. Elles s'appellent les Cinq. Meilleur nom de girls band ésotérique de l'histoire. Elles organisent des séances de méditation, des prières, des séances spirites et elles disent recevoir des messages d'entités supérieures. Effectivement, ça part un peu loin mais c'est ça qui est passionnant parce que Ylma ne peint pas juste de l'abstrait. Elle peint ce qu'elle considère comme des messages venus d'un autre plan de conscience. Autrement dit, quand certains artistes peignent des pommes, des nus ou des chiens de chasse dans des salons bourgeois, je ne critique pas évidemment, mais elle, elle reçoit carrément ces instructions cosmiques. Et pourtant, Ylma Aflind, c'est aussi une artiste extrêmement formée. Elle rentre à l'Académie royale des beaux-arts de Stockholm, ce qui est déjà énorme pour une femme à cette époque. Elle apprend le dessin académique, la peinture classique, le portrait, le paysage, bref. Elle maîtrise parfaitement les règles, et ça c'est important. Parce que souvent, on regarde ses œuvres abstraites en mode « Ouais, en fait, il y a mon neveu de 4 ans qui peut le faire. » Bah non, en fait, ton neveu ne peut pas le faire. Parce que lui, il mange encore ses feutres. Et ensuite, parce qu'il m'a construit ses œuvres avec une pensée symbolique extrêmement complexe. C'est précis, c'est structuré, c'est calculé. Un jour, pendant une séance spirituelle, il m'a dit avoir reçu une mission. Peindre pour l'avenir. Elle se lance dans un immense projet, les peintures pour le temple. 193 œuvres, rien que ça. Ce qui est fou, c'est qu'elle commence ses grandes oeuvres abstraites dès 1906. Avant Kandinsky, avant Mondrian, avant tous ces mecs qui nous ont été présentés pendant des années comme les pionniers de l'abstrait. Bah oui, parce qu'à sa mort, elle avait écrit sur son testament, qu'elle avait légué à son neveu, de ne faire découvrir ses œuvres que 20 ans après sa mort. Donc soit, en réalité, bien avant que Mandrian et Kandinsky ne dessinent de l'abstrait. Il faudra attendre plusieurs décennies avant qu'on comprenne l'importance monumentale de son travail. Et c'est ça qui me fascine. Imaginer une femme peindre des œuvres complètement révolutionnaires, dans une solitude quasi totale, sans reconnaissance immédiate. Simplement parce qu'on croit profondément à sa vision. Et maintenant, direction le Grand Palais. Dans cette exposition, on entre littéralement dans le cerveau cosmique d'Ilma. Première œuvre monumentale, le groupe 10, numéro 1. Alors là, on rentre directement dans le grand bain mystique. L'œuvre ressemble à un immense portail spirituel, des formes géométriques, des cercles, des couleurs extrêmement symboliques. Et surtout, cette impression étrange de regarder quelque chose qui nous regarde aussi, un peu comme un chat. Ilma utilise énormément le bleu, le jaune. Le bleu, représentant souvent le féminin spirituel, et le jaune, le masculin. Et tout son travail tourne autour de ces équilibres. Des oppositions, des dualités, le visible, l'invisible. C'est presque une carte mentale du cosmos. Autre œuvre immense, les dix plus grands. On découvre des tableaux, grands donc, voire même gigantesques, des couleurs pastelles, à nouveau des spirales, des lettres, des fleurs, des formes... organiques, on dirait des diagrammes biologiques réalisés après une montée de sérotonine absolue. Chaque toile représente une étape de la vie humaine. L'enfance, la jeunesse, la vie adulte et la vieillesse. C'est incroyable, c'est une énergie, ça pulse, on sent une joie énorme. Une croyance absolue dans la vie comme une évolution spirituelle. Elle plane naturellement, pas besoin de drogue. On comprend enfin Qu'Ilma n'est pas seulement une curiosité, c'est une femme artiste immense et moderne. Pas une femme oubliée, pas une artiste mystique un peu bizarre, non, une pionnière majeure de l'abstraction. Alors tout le monde évidemment ne va pas aimer, il y aura toujours des gens pour dire « moi je comprends pas » , mais justement Ilma ne cherche pas forcément à être comprise rationnellement, elle cherche à provoquer une expérience intérieure, une sensation, une vibration, et parfois c'est suffisant parce qu'on passe nos journées à... à tout intellectualiser, à tout expliquer, alors que certaines œuvres, tu dois juste les ressentir comme une musique, comme un parfum. C'est une montée d'enthousiasme inexplicable quand tu tombes amoureux ou que tu manges une bonne purée après trois jours de gastro. Et puis franchement, quelle revanche historique. Pendant des décennies, ces tableaux sont restés stockés dans des caisses. Et aujourd'hui, des foules entières viennent admirer son travail dans un des lieux les plus prestigieux de Paris. Ça me donne presque envie de devenir médium moi aussi. Voilà mes petits curieux. Si vous aimez l'art, les expériences un peu mystiques, les couleurs. incroyables, chatoyantes et pastelles, des spirales cosmiques, ou juste les artistes qui osent suivre leur intuition jusqu'au bout, filez au Grand Palais. Et surtout, prenez votre temps. Parce qu'on ne consomme pas cette exposition, on la traverse. Comme un rêve suédois sous caféine spirituelle. A bientôt mes petits curieux. Ça t'a plu ? Laisse-moi un gentil commentaire, ça aidera mes amis les algorithmes à propulser ce podcast. Et parle-en autour de toi, à la machine à café, dans le métro. Bah tiens oui, si là t'es dans le métro, en ce moment, parle-en à ton voisin. Tu peux aussi lui parler de la page Instagram d'Artitaï. Merci, allez, bisous bisous !