Speaker #0Salut, c'est Hachoum, le podcast des allergies qui répond à tes souhaits. Je m'appelle Philippe, je suis médecin allergologue et je t'emmène avec moi dans le groupe passionnant des allergies. Aujourd'hui, nous allons parler de l'allergie aux moisissures. Des moisissures chez soi, une allergie peut-être, un problème d'environnement... sûrement. Vous vous éternuez en découvrant des taches noires dans votre salle de bain. Vous vous dites peut-être que ce ne serait pas la cause de mes allergies, ce truc ? En réalité, la présence de moisissures ne signifie pas automatiquement que vous êtes allergique. Ces champignons microscopiques adorent l'humidité et libèrent des spores qui peuvent, il est vrai, déclencher des réactions allergiques. Cependant, les symptômes liés à un logement mal aéré sont souvent multifactoriels. On pense notamment à l'irritation des muqueuses, aux composés organiques volatiles ou encore aux acariens qui adorent les milieux humides. Ce qui est certain, c'est que la présence de moisissures dans votre habitat relève à minima un problème d'environnement intérieur. Aujourd'hui, nous allons découvrir ensemble quand et comment suspecter une allergie aux moisissures. Nous ferons la connaissance des 4 stars des moisissures allergisantes et de leurs allergènes clés. Nous verrons aussi comment les diagnostiquer sans se perdre dans les méandres des tests. Enfin et surtout, nous aborderons les solutions concrètes pour traiter les symptômes et assainir son logement. Les 4 grandes stars des moisissures allergisantes Si vous deviez retenir 4 noms de moisissures, ce serait Alternaria alternata, Cladosporium herbarum, Aspergillus fumigatus et Penicillium chrysogenum. Chacune possède ses propres particularités et ses allergènes moléculaires bien identifiés. D'abord, Alternaria alternata, la reine de l'été et de l'automne. C'est une moisissure qui domine particulièrement en été et au début de l'automne. Son allergène majeur s'appelle ALTAA1, c'est une glycoprotéine acide reconnue par 80 à 100% des patients sensibilisés à cette moisissure. Cet allergène est si spécifique qu'il sert même de marqueur pour confirmer une vraie allergie à alternariat. Les sports d'alternariat explosent littéralement en été et au début de l'automne, avec des pics dépassant souvent 500 sports par mètre cube. Un seuil associé à l'apparition de symptômes. comme l'arinite ou l'asthme. Attention, ALT-A1 peut aussi déclencher les réactions croisées avec certains aliments comme le kiwi ou les tomates moisies. Cladosporium herbarum, discrète mais omniprésente. C'est une moisissure qui est discrète mais très répandue parce que ses allergènes majeurs sont ClAH1, ClAH2, ClAH8, cette dernière étant une manitole des hydrogénases. ClAH8 est particulièrement intéressante. parce qu'elle partage 75% d'homologie avec ALT-A8 d'Alternaria, ce qui explique les réactions croisées fréquentes entre ces deux moisissures. Cladosporium se plaît aussi bien à l'extérieur, sur les plantes ou dans le sol, qu'à l'intérieur, sur les murs humides ou dans la poussière. Ces spores résistent même au froid et peuvent survivre sur de la viande congelée. Les symptômes qu'elles provoquent incluent la rhinite, l'asthme et parfois même des alvéolites allergiques. La troisième, c'est Aspergillus fumigatus, qui est une moisissure au double visage. Ses allergènes clés sont AspF1, AspF2, AspF3, AspF4 et AspF6. Ses protéines sont souvent impliquées dans l'Aspergillus broncopulmonaire allergique, qui est une complication grave chez les asthmatiques ou les patients atteints de mycoviscidose. Aspergillus peut provoquer une allergie classique, mais aussi des infections ou des réactions toxiques chez les personnes fragiles. On le trouve souvent dans les systèmes de climatisation mal entretenus, les composts ou les milieux très humides. Pénicillium chrysogenum, la jolie moisissure bleu-vert. C'est une moisir qu'on connaît bien puisqu'elle est sur nos fruits et nos légumes qui pourrissent. Ses allergènes identifiés sont PENCH13 et PENCH18, des sérines prothéases responsables de réactions IGE chez les asthmatiques. Ses allergènes se retrouvent aussi dans d'autres espèces de pénicillium. C'est une moisissure qui se développe aussi bien à l'intérieur, sur les murs, le bois, les tapis ou les aliments, comme les fromages à pâte persillée, qu'à l'extérieur, sur la végétation en décomposition. Attention car pénicillium peut aggraver l'asthme et provoquer des pneumopathies d'hypersensibilité. Symptômes Les symptômes d'une allergie aux moisissures ressemblent souvent à ceux des autres allergies respiratoires. On retrouve la rhinite avec ses éternuements, son équigrate qui coule, la conjonctivite avec des yeux rouges et l'air moyen, ou encore l'asthme caractérisé par une toux, des sifflements et un essoufflement. Plus rarement, un eczéma peut se manifester. Trois pièges à éviter. Le premier piège consiste à penser que des symptômes présents toute l'année ne peuvent pas être liés à une allergie. Si votre logement est humide, l'exposition aux moisissures est permanente et les symptômes le sont aussi. Le second piège concerne les allergies alimentaires croisées. Car bien que rares, elles sont possibles, avec des aliments fermentés aux moisies, comme les fromages persillés, les saucissons, le kiwi ou les tomates. Le troisième piège plus médical est de confondre l'allergie IGE avec certaines pneumopathies d'hypersensibilité, qui sont plus tardives avec fièvre, malaise et essoufflement, et qui sont typiques des expositions professionnelles ou agricoles. Quand ce n'est pas une allergie IGE, donc c'est maladie d'hypersensibilité de type 3. Ici, on change de mécanisme. Ce n'est plus l'allergie immédiate aux IgE, comme nous avions vu dans les premiers épisodes, mais c'est une hypersensibilité de type 3, où l'organisme fabrique surtout des anticorps IgG contre des particules inhalées, souvent des spores ou des fragments fongiques. Ces IgG forment des complexes humains, des grosses boules, qui activent le complément et déclenchent une inflammation des alvéoles. C'est la pneumopathie d'hypersensibilité, qu'on appelle aussi alvéolite allergique extrinsèque. Ce qu'il faut retenir... c'est que les symptômes sont souvent décalés, typiquement 4 à 8 heures après l'exposition, pas dans la minute. On peut avoir de la fièvre, des frissons, des courbatures, une toux, une oppression, un essoufflement, parfois comme une grippe qui revient toujours après le même geste. L'exposition classique liée aux moisissures, c'est la manipulation du foin avec l'ensilage pour le poumon de fermier, les fromageries avec les croûtes, caves humides, brossage, affinage, c'est le pénicillium et principalement. Certains milieux du coton, textiles humides, stockés, moisissures, poussières organiques, les composts, les champignonières, les poussières de grains stockés, les humidificateurs et les climatisations mal entretenues. Le risque, si on laisse traîner, passer d'épisodes réversibles à une forme chronique, avec une atteinte pulmonaire persistante. Anecdote sur le poumon de fermier. Un patient agriculteur m'a consulté pour un asthme qui ne guérissait pas. Il décrivait une toux sèche, un essoufflement bizarre, qui n'était pas pendant l'étable mais... plutôt en fin de journée, parfois la nuit. Et surtout, il ajoutait, quand je rentre le foin, j'ai l'impression de voir des frissons comme dans une grippe. En reprenant l'histoire, le scénario était très reproductible. 4 à 6 heures après avoir manipulé son foin moisi, il avait des frissons, un peu de fièvre, une oppression respiratoire, une gêne marquée. Et tout allait mieux quand il partait de jour chez sa fille. La suite est classique, on pense pneumopathie d'hypersensibilité, poumon de fermier, on documente. avec une EFR, de l'imagerie, un avis pneumolo, une biologie. Et le traitement le plus efficace, c'était de s'occuper de son environnement, modifier le stockage, éviter le foin moisi, protéger avec un masque FFP2, et réduire son exposition. Les traitements de l'asthme n'auraient pas réglé son problème. Réaction alimentaire, l'anaphylaxie toute moisie. C'est rare, mais c'est important à connaître. Une sensibilisation aux moisissures peut parfois s'exprimer par des réactions après ingestion. Il y a deux scénarios. D'abord la réactivité croisée moisissure-aliment. Chez certains patients très sensibilisés, des allergènes fongiques peuvent mimer des protéines présentes dans d'autres aliments. Le résultat est parfois bénin, démangeaison de la bouche, urticaire, mais peut devenir plus sérieux si le terrain est très réactif, avec de l'asthme par exemple. L'exemple typique, c'est les fruits et les produits altérés un peu moisis, les aliments fermentés, certains fruits très mûrs ou des plats contenant des micro-fermentations. L'allergie alimentaire vraie a une moisissure. Là, c'est possible de faire un choc anaphylactique. Plus rarement, l'allergène n'est pas l'aliment, mais la moisissure elle-même présente dans un aliment. Le pénicillium, l'aspergillus ou l'alternaria. Exemple, le fromage à pâte persillée, les bleus, la croûte, l'affinage, les aliments contaminés par une moisissure, pain, fruits, confitures, fruits secs, les produits fermentés ou la flore fongique est en cause chez un sujet sensibilisé. Dans ces cas, on peut observer des tableaux d'urticaire, d'enjeux oedèmes, de gênes respiratoires et bien sûr des chocs anaphylactiques. Un cas clinique récent a décrit une allergie alimentaire sévère à pénicillium chez un adolescent déjà sensibilisé aux moisissures. Les signaux d'alerte, une réaction rapide après ingestion, quelques minutes généralement jusqu'à une heure maximum, avec urticaire diffuse, gonflement des lèvres, visage, de l'oppression respiratoire, une toux, une voix qui change ou une sensation de malaise. Des réactions répétées avec des aliments moisis ou fermentés ou au contact des fromages persiliés. Et un terrain à risque, asthme, antécédente systémique de prise de cofacteurs comme les anti-inflammatoires, l'alcool ou l'effort. La conduite pratique, s'il y a une suspicion d'un anaphylaxie. C'est une urgence, discussion d'une prescription d'adrénaline selon le risque. Un bilan allergologique avec des tests orientés, des IGE spécifiques aux moisissures, éventuellement une exploration ciblée et surtout une corrélation clinique stricte. On ne traite pas une prise de sang, on traite une histoire reproductible. Les mesures simples et efficaces en attendant, éviter les aliments visiblement altérés et prudence avec les fromages persillés si des réactions ont déjà eu lieu. En conclusion, pour les patients, il faut noter la saison, la météo, les lieux et ce qui améliore ou aggrave vos symptômes. Si votre logement est humide, aérez-le, réparez les fuites, assainissez-le. En cas de besoin, n'hésitez pas à vous faire aider. Si vous souffrez d'asthme, sachez que les moisissures, notamment alternaria, sont associées à des exacerbations parfois sévères, alors ne laissez pas traîner vos symptômes. Si vous avez des épisodes de type grippe qui reviennent après manipulation du foin, séjour dans la cave, des composts, fromagerie, textiles humides, parlez-en à votre médecin, ce n'est pas dans votre tête. Enfin, si des réactions surviennent après ingestion d'aliments moisis ou fermentés, pensez à en parler à votre médecin. Une allergie alimentaire croisée ou une réaction aux moisissures elle-même peut être en cause. Pour les médecins, pensez aux moisissures de voie de rhinite ou un asthme, surtout en été-automne pour alternaria. ou un habitat humide pour l'aspergillus ou le pénicillium. Les tests peuvent être imparfaits, mais un avis allergologique peut vous aider à y voir plus clair, surtout en cas d'asthme difficile ou de suspicion d'aspergillose broncopulmonaire allergique. Gardez le réflexe type 3 si le tableau retardé, post-exposition. Ce n'est pas la même maladie, ni le même levier thérapeutique. Enfin, interrogez sur les réactions alimentaires associées. Une sensibilisation aux moisissures peut parfois se manifester aussi. par des réactions à des aliments moisis ou fermentés. Le mois prochain, nous parlerons du mastocyte, une cellule de l'allergie un peu susceptible. Bonne journée à vous les amis, à bientôt !