Speaker #0Salut, c'est Hachoum, le podcast des allergies qui répond à tes souhaits. Je m'appelle Philippe, je suis médecin-lergologue et je t'emmène avec moi dans le monde passionnant des allergies. Aujourd'hui, les œdèmes et les angio-œdèmes. quand la peau se met en mode alerte. Vous avez déjà vu ça au cabinet. Un patient arrive, smartphone à la main, avec une galerie de photos de plaques rouges de toutes les formes, et vous dit « Docteur, hier, j'étais comme ça, mais là, il n'y a plus rien. » Ou encore « J'avais pas de bouton, mais ma lèvre a triplé de volume, ma langue me gênait, j'ai cru que j'allais mourir. » Bienvenue dans le monde de l'urticaire et des angioédèmes, avec des plaques qui gradent, des gonflements parfois spectaculaires, et au milieu, une grande confusion entre ce qui est allergique et ce qui ne l'est pas, ce qui est dangereux et ce qui ne l'est pas. L'objectif de cet épisode, vous donner quelques repères simples pour pour distinguer urticaire aiguë et chronique, physique, enjeu d'aim, histaminique et bradykinique. Comprendre pourquoi non, on ne doit pas tout tester à chaque fois, et s'appuyer sur les dernières études que nous avons vues dans allergie.org, dans la rubrique urticaire et enjeu d'aim. D'abord l'urticaire, c'est la peau qui fait des vagues. L'urticaire, ce sont des papules ou des plaques, des bosses en relief sur la peau qui sont comme des piqûres d'ortie. Elles démangent énormément, elles migrent et disparaissent en quelques heures, en tout cas moins de 24 heures, et ne laissent aucune trace à part votre grattage. Parfois, elle s'accompagne d'un gonflement plus profond qu'on appelle l'angio-œdème. On distingue l'urticaire aigu qui dure moins de 6 semaines de l'urticaire chronique qui est quasi quotidienne ou très fréquente et qui dure depuis plus de 6 semaines, parfois des années. La cellule concernée, c'est le mastocyte. Cette cellule est remplie de médiateurs, dont de l'histamine, et elle vit tranquillement dans la peau et les muqueuses. Quand cette cellule s'active, la peau devient rouge, elle gonfle et provoque des démanchaisons. L'urticaire n'est que rarement lié à une allergie. Le plus souvent, ce sont des infections, surtout les virus chez l'enfant, ou alors des prises de médicaments comme les anti-inflammatoires, les antibiotiques, les morphiniques, ou alors des stimuli physiques, le frottement, le froid, la chaleur, la pression, l'effort, ou psychologiques, neurologiques plutôt, avec le stress. Et enfin, des mécanismes auto-humains avec des auto-anticorps qui ciblent directement le mastocyte. L'urticaire aigu et l'allergie alimentaire, attention au timing. Chez l'enfant, la cause numéro 1 de l'urticaire aigu, ce sont les infections, les virus surtout. Une vraie allergie alimentaire qui passe par les anticorps IGE commence souvent dans la bouche, avec des picotements des lèvres, du palais, gênes pharyngés, puis une urticaire, avec parfois des symptômes digestifs ou respiratoires. Le tout dans les minutes qui suivent la consommation de l'aliment et pas des heures avant et pas la veille et pas 48 heures avant, non. Enfin, il y a une exception qui confirme la règle, le syndrome à alpha-gal, c'est une allergie retardée, semi-retardée plutôt à 2 heures à la viande rouge, mais elle touche plutôt les adultes. Alors, qu'en penser à une vraie allergie alimentaire dans le cas du nurticaire ? D'abord, quand il existe un terrain d'allergie, rhinite, asthme, eczéma, allergie alimentaire connue. Ensuite, quand le début est rapide après l'exposition, quelques minutes, 30 minutes en général, jusqu'à 2 heures maximum. Quand l'urticaire est associé à d'autres signes aussi, digestif, nausée, vomissement, douleur abdominale, démangeaison des pommes des mains, de la plante des pieds, des gènes respiratoires, un bronchospasme, une crise d'asthme ou généralisé avec malaise et chute de tension. Alors dans ces cas-là, évidemment un bilan écologique a du sens. sinon multiplier les tests allergologiques ne rajoute que de l'angoisse à la démangeaison. Les urticaires physiques, c'est la peau qui a le sens du contact. Vos patientes décrivent très bien. Quand je me gratte, ça fait des traits. Quand je sors du bain, j'ai des boutons partout. Après le sac à dos, j'ai des grosses plaques qui sont douloureuses le soir. Et moi, dès que je stresse ou alors que je fais de la course, j'ai des petits boutons partout qui démangent. Bienvenue dans les urticaires physiques et inductibles. D'abord, le dermographisme. C'est le prémice d'une urticaire, une urticaire qui ne dit pas son nom. C'est une capacité assez incroyable de la peau à écrire ce qu'on lui met dessus. Vous appuyez, une griffure légère devient en quelques minutes une strie rouge qui peut dessiner des lettres. Elle est gonflée, elle démange. C'est une urticaire, mais c'est une urticaire qu'on appelle le dermographisme. Elle réagit au frottement, aux griffures, comme si on dessinait dessus. C'est l'urticaire inductible la plus fréquente. Elle s'intègre dans un continuum avec l'urticaire chronique. Nous l'avons rappelé dans une... études récentes. Les urticaires au froid ? Alors les papules apparaissent après exposition au froid, quelquefois juste dans un rayon de supermarché et parfois simplement en se promenant dehors. Le vent froid, les bains en eau fraîche, les glaçons glacés, le test au glaçon permet de la confirmer. On le fait dans des conditions sécurisées, évidemment quand les signes ont été forts, en particulier une immersion en eau froide peut dans ce cas-là donner un risque de réaction sévère comme une anaphylaxie. L'urticaire retardé à la pression, elle survient quelques heures, 4 à 8 heures, après une pression prolongée comme les bretelles d'un sac, la ceinture, une station de boue prolongée avec des gonflements sous les pieds. Ce sont des lésions profondes, douloureuses, souvent associées à une urticaire chronique plus globale. Les urticaires cholénergiques, ça c'est la chaleur, les efforts, les émotions, des petites papules très démangeaisantes, très prurigineuses, pardon, sur fond de rougeur, déclenchées par l'effort des douches chaudes, le stress, l'émotion ou une montée d'adrénaline. on l'a vu dans l'article « Courir pour ne plus se gratter » , qui montre que l'exercice physique régulier peut modifier la sensibilité cutanée et qu'il y a des outils comme le freak test et que l'urticaire même adductible n'est pas une fatalité condamnée à l'évitement total. Les autres urticaires physiques, il y a l'urticaire solaire, quelques minutes après l'exposition, des plaques sur les zones découvertes, l'urticaire aquagénique, la vibratoire, thermique, plus rare, mais à connaître également. Le point commun de toutes ces formes, un déclencheur physique reproductible, une prise en charge centrée sur l'adaptation de la vie quotidienne et des antisémniques de deuxième génération, éventuellement à dose augmentée, qu'on pourra compléter par les anti-IgE. Parlons maintenant des œdèmes. Il n'y a rien de plus gonflant qu'un angio-œdème. L'angio-œdème, c'est un œdème profond, sous-cutané ou sous-muqueux. Il ne prend pas le godet, ça veut dire que quand on appuie dessus, la trace du doigt ne reste pas. Il est souvent localisé aux lèvres, aux paupières, aux mains, aux organes génitaux. Il est transitoire, mais parfois long à régresser. Dans sa forme histaminique, il est lié à l'activation de ces mêmes mastocytes muqueux, ceux qui tapissent nos voies aériennes et digestives et qui, quand ils s'énervent, font gonfler la muqueuse. Il y a donc deux grands mondes, l'histaminique et bradykinique. D'abord les histaminiques. Ils sont souvent associés à de l'urticaire. Leurs causes sont parfois allergiques avec des vraies anaphylaxies, médicamenteuses, infections urticaire chronique profonde. Ces œdèmes répondent aux antihistaminiques, aux corticoïdes et si besoin à l'adrénaline en cas d'anaphylaxie. Les deuxièmes, ce sont les œdèmes bradykiniques. Ceux-là sont lents, silencieux, inquiétants. Le médiateur qui déclenche n'est plus l'histamine mais la bradykinine. Elle augmente la perméabilité vasculaire. Il y a deux grands contextes. Les angioédèmes héréditaires qui sont liés à un déficit ou à une dysfonction d'enzymes comme le C1 inhibiteur ou des mutations du facteur 12 qui sont des facteurs de la coagulation et de la voie du complément. Les angioédèmes acquis après prise de médicaments, notamment pour la tension avec les inhibiteurs d'enzymes de conversion ou les ARA2. Sa caractéristique, c'est sa chronologie. Le patient décrit très bien, l'œdème arrive avant qu'il ne soit visible. Il y a une gêne, il sent comme un petit gonflement et il apparaît en plusieurs heures. Il met également des heures et des jours à disparaître. Il n'y a généralement pas d'urticaire associé. Et quand on prend des antihistamines ou des corticoïdes, ça ne sert à rien. La localisation à la gorge est particulièrement inquiétante, évidemment, avec la voix modifiée, une gêne à avaler, une sensation de gorge qui se serre, et dans ce cas-là, direction les urgences. Certaines personnes font leur crise dans la muqueuse digestive également, et ça se traduit par des douleurs abdominales intenses, pseudo-chirurgicales et à répétition. Il faut y penser. Une échographie clinique au cabinet permet parfois de visualiser cet oedème de la paroi digestive avec des anses épaissies, un aspect oedémateux, ce qui est plutôt rassurant et évite des errances diagnostiques. Il y a deux articles d'Allergie.org qui en parlent, l'œdème de la face, oui mais pas de profil, et l'angiodème héréditaire serait la maladie la plus gonflante. Le premier rappelle la forme insidieuse des yeux C.A.R.A.2, et le second la réalité quotidienne des patients avec des formes héréditaires. Les traitements modernes sont assez théoriques puisqu'on ne les a pas axés en ville, et les crises restent malheureusement très invalidantes dans la vie quotidienne. Que faire en cas d'urgence ? En fait, il y a trois questions simples. Est-ce que c'est bien dans nos yeux d'aim ? Est-ce qu'il y a des signes de gravité ? Gêne respiratoire, voie modifiée, dysphagie, douleur abdominale intense ? Et le contexte, est-il plutôt un mécanisme histaminique, avec les démangeaisons, ou bradykinique, un gonflement très progressif ? un dégonflement qui sera aussi très progressif. Les conduites à tenir, si c'est un mécanisme histaminique, c'est des antihistaminiques, c'est l'adrénaline s'il y a besoin, un protocole classique d'histamine. Si c'est un angioedème héréditaire à la bradykinine, au contraire, il faudra des traitements spécifiques comme l'icatiban ou des concentrés de C1-INH avec une prophylaxie qui peut être mise en place ou des cartes d'urgence dans les services spécialisés d'angioedème. Les enjeux EDEM sous IEC, c'est l'arrêt définitif de l'IEC, une information claire au patient et une surveillance rapprochée. Parlons des tests maintenant. L'urticaire chronique, celle qui gratte la nuit, votre ruine de sommeil et votre image, les recommandations sont claires. On fait un bilan simple, clinique, éventuellement un peu d'échographie. Le bilan standard, c'est l'interrogatoire soigneux, un examen clinique. complet et s'il y a besoin d'une biologie, ça sera une numération formule sanguine, une CRP et éventuellement la thyroïde pour vérifier que tout va bien de ce côté-là. Et c'est tout. Dans les formes typiques, pas de signe d'appel, pas de raison de faire d'autres choses. L'échographie pour les médecins qui sont équipés permet de vérifier la thyroïde rapidement, vérifier qu'on n'ait pas de gonflement de la thyroïde ou de nodules évocateurs de thyroïdite auto-immune. Voilà, c'était tout le message de l'article Urticaire Chronique qu'on ne teste pas, sauf. La stratégie thérapeutique vise à contrôler complètement les lésions. Le schéma moderne aujourd'hui, c'est les antihistaminiques de type 1 de deuxième génération tous les jours, pas à la demande. On augmente progressivement si besoin jusqu'à 4 fois la dose standard. Et en cas d'échec, on prend les anti-IgE et ça, ça a changé la vie de nombreux patients. En dernier recours, la cyclosporine ou d'autres biothérapies qui sont actuellement en train de sortir. La qualité de vie et l'activité physique. L'urticaire chronique, le dermographie, c'est l'urticaire physique, c'est vraiment un handicap de tous les jours. On voit bien que c'est une gêne qui peut être contrôlée par une activité régulière. Si vous avez des activités physiques d'endurance, vous arriverez à diminuer. Donc l'intensité et la poussée de ces urticaires. Alors ce n'est pas un substitut au traitement de fond, mais cette hygiène de vie est bonne également dans l'urticaire chronique. En quelques mots, si on veut conclure sur l'urticaire, il y a quelques messages forts à retenir. D'abord, c'est que ce n'est pas dans la tête, mais dans la peau l'urticaire. Ce n'est pas psychologique. Les urticaires isolés sans autre signe, digestifs, respiratoires ou généralisés, ce n'est quasiment jamais des allergies. Elles sont immenses, impressionnantes, mais elles ne dépendent pas des IGE. Les urticaires physiques, dermographies, froid, pression et force sont très fréquentes. Elles se diagnostiquent avec un bon interrogatoire, quelques tests simples et beaucoup de pédagogie. Pour les enjeux œdèmes, la forme histaminique est rapide, bruyante, souvent associée à l'urticaire. Et la forme bradykinique est lente, silencieuse, plutôt liée aux muqueuses, avec des localisations dans la gorge ou dans le tube digestif qui doivent faire prendre les choses au sérieux. Dans l'urticaire chronique, la priorité, ce n'est pas de chercher la cause mystérieuse, mais d'obtenir un contrôle complet des symptômes avec les traitements modernes qu'on en a, en suivant l'esprit de ne pas tester, d'utiliser une bonne hygiène de vie avec une activité physique régulière, Et enfin, toujours garder en tête que... L'urticaire, ce n'est pas dans la tête, c'est dans la peau. Voilà. Le mois prochain, nous parlerons de l'allergie aux moisissures. Prenez soin de vous les amis. A bientôt.