Speaker #0Salut, c'est Hachoum, le podcast des allergies qui répond à tes souhaits. Je m'appelle Philippe, je suis médecin allergologue et je t'emmène avec moi dans le bon passionnant des allergies. Aujourd'hui, le masocyte, une cellule immunitaire très susceptible. Vous avez déjà eu l'impression que votre repos faisait des boutons sans raison. Une plaque rouge qui gratte, un flush du visage, un gonflement, une gêne digestive, une toux qui se déclenche au mauvais moment. Et parfois on vous dit « c'est allergique » , d'autres fois « c'est nerveux » . Et le plus souvent, vous repartez avec plus de questions que de réponses. Aujourd'hui je vais vous parler d'une cellule très spéciale, le mastocyte. Une cellule à la fois utile parce qu'elle défend votre organisme, mais également redoutable parce qu'elle peut déclencher des symptômes spectaculaires. Je vais essayer de la remettre à sa place dans l'allergie, de vous faire comprendre d'où elle vient, où elle vit, pourquoi elle se déclenche et ce qu'on peut faire. Très concrètement pour l'apaiser quand elle fait un peu trop. Un premier point. Le massocyte est une cellule des tissus. Il ne patrouille pas tranquillement dans le sang comme un globule blanc classique. Il vit là où ça compte, à l'interface avec le monde extérieur. Il faut l'imaginer comme un agent de sécurité posté. Dans la peau, dans les muqueuses, du nez, des pronges, du tube digestif, des yeux, autour des vaisseaux sanguins. Et c'est très important, tout près des fibres nerveuses. Il est là où les agressions arrivent, allergènes, microbes, toxines, venins. C'est logique, s'il faut réagir vite, il faut déjà être sur place. Il a été identifié par Paul Ehrlich en 1877. Il naît de la moelle osseuse à partir de cellules souches et termine sa maturation dans les tissus. C'est là que tout se joue. Selon le tissu où il s'installe et selon les signaux qu'il recevra une fois en place, il ne devient pas exactement le même mastocyte. Chez les vertébrés, la stratégie mastocyte tissulaire sentinelle est très ancienne. Elle est apparue il y a 500 millions d'années et elle est conservée depuis. Chez les invertébrés, il n'y a pas de mastocyte, mais des cellules dites granuleuses émocytaires qui couvrent à peu près la même mission, alertées, recrutées, neutralisées rapidement. Cette cellule granuleuse bourrée de médiateurs spécialisés dans la réponse rapide tissulaire à sa personnalité, celle du déclenchement rapide. Mastocyte muqueux et cutané, même parent, métier différent. On simplifie souvent en parlant de deux grands profils, le mastocyte des muqueuses, bronches, nez, yeux, intestin, et le mastocyte du tissu conjonctif, typiquement le mastocyte cutané. En fait c'est un peu plus subtil. Le mastocyte cutané est souvent associé à des médiateurs et des enzymes typiques. Il participe aux réactions de la peau avec de l'urticaire, du thermographisme, des flushs, des angioédèmes. C'est la cellule témoin de ce qui se passe à la surface de la peau. L'extérieur le plus hostile, mais derrière la barrière la plus étrange. Le mastocyte muqueux, lui, est plongé dans un environnement particulier. Une barrière fine, chaude et humide au contact de nombreux microbes, des aliments, des irritants. Il est influencé par des cytokines, par le microbiote et par tout l'écosystème local. Résultat, il peut se comporter autrement et jouer un rôle majeur dans l'asthme, les symptômes digestifs, certaines douleurs abdominales, des diarrhées et parfois des tableaux d'activation généralisés. On se demande souvent si le basophile est un massocyte circulant. La question est régulière, mais la réponse est non. Le basophile est un granulocyte circulant. Il a certes des points communs, puisqu'il peut exprimer le récepteur des IgE, qu'il peut également libérer de l'histamine, qu'il peut également participer à des réactions immédiates. Mais ce n'est pas un mastocyte version voyage, car le mastocyte se définit par sa vie tissulaire. Sa maturation est dans les tissus, ses granules sont spécifiques et son rôle de sentinelle a demeure. En pratique, si vous devez retenir une image, le basophile est un messager sanguin, le mastocyte est un garde posté sur site. Pourquoi le mastocyte s'active ? Mille boutons pour un même résultat. Ce qui rend le mastocyte si déroutant, c'est qu'il possède une collection impressionnante de récepteurs membranaires capables de l'activer. C'est la raison pour laquelle il peut se déclencher par des voies très différentes. Il y a bien sûr l'activation immunologique classique avec les IgE et le FCR1, le récepteur type 1 pour les IgE. C'est le scénario connu, vous vous sensibilisez à un allergène, vous fabriquez des IgE spécifiques qui se fixent au mastocyte sur le récepteur très puissant de forte affinité, le FC-R1. Puis le jour où l'allergène revient et ponde ses IGE, le masocyte se dégranule. Et quand il dégranule, il libère de l'histamine, de la star bien sûr, de la tryptase, un marqueur très utile pour savoir que c'est lui qui s'est déclenché, et de très nombreux autres médiateurs, parfois immédiats, parfois produits dans un deuxième temps. L'activation non-IgE est liée à de l'inflammation, de la neuro-immunologie, des médicaments, des stimuli physiques. Et là, on ouvre la porte à la vraie vie et aux principales causes de déclenchement du mastocyte. Car le mastocyte est surtout un capteur de danger. Il a des récepteurs liés aux compléments qui signent l'inflammation. Il répond également à des cytokines inflammatoires. Il communique étroitement avec les nerfs. C'est une cellule d'ailleurs neuro-immunitaire autant qu'immunitaire. Conséquence, vous pouvez avoir des symptômes très massocitaires, typiquement de l'urticaire, sans avoir d'allergie. Par exemple au frottement, à la pression, ce qu'on appelle le dermographisme, au froid, à la chaleur, au stress, aux infections, à l'alcool ou à certains médicaments. Je vous renvoie au podcast sur l'urticaire que nous avons fait il y a peu de temps. Quand il est activé en fond, il donne l'impression d'être devenu allergique à tout. Vous avez compris, ce n'est pas une allergie. L'urticaire isolé, c'est rarement une allergie. Le mastocyte de la peau a beaucoup plus d'interrupteurs que des IGE. Dans sa déraille, les maladies du mastocyte. Hyperréactivité simple, SAMA et mastocytose. Passons aux maladies du mastocyte. La prise en charge ne sera évidemment pas la même. Il y a d'abord l'hyperréactivité mastocytaire simple, un mastocyte trop susceptible. C'est le cas le plus fréquent, avec du dermographisme symptomatique, de l'urticaire inductible, au frottement, à la pression, au froid, au chaud. C'est très gênant, parfois spectaculaire, mais ce n'est pas une mastocytose, ce n'est pas romatiquement un SAMA. Le piège ici, c'est la confusion. J'ai des plaques, donc j'ai une allergie. Non, très souvent, c'est un mastocyte cutané, trop facile à activer. Le SAMA, également appelé MCAS par les anglo-saxons, c'est le syndrome d'activation massocitaire. Là, on monte d'un étage. Un SAMA, ce n'est pas « j'ai plein de symptômes » , c'est un cadre diagnostique avec des critères. C'est des symptômes typiques d'activation du massocite qui touchent au moins deux organes, la peau et le tube digestif, la peau et le système respiratoire, associés à une preuve biologique d'activation au bon moment. notamment une triptase qui est interprétée correctement, et une réponse au traitement anti-médiateur. Donc le piège, c'est de parler de SAMA comme un diagnostic fourre-tout. De bon réflexe, c'est de le documenter, quand, comment, avec quel déclencheur et avec quel marqueur. Les mastocytoses, c'est trop de mastocytes et souvent une mutation. Là aussi on change d'échelle, on change même d'univers. La mastocytose, c'est une accumulation anormale de mastocytes dans la peau, la moelle et d'autres organes. Chez l'adulte, une mutation de kit, souvent kit D816V, est fréquemment impliquée. La mastocytose peut se manifester par des lésions cutanées, avec de l'urticaire pigmentaire, des signes cutanés assez évocateurs, comme le signe de Darier, des flushes, des symptômes digestifs, des réactions anaphylactiques parfois sévères, en particulier avec les venins d'immunoptères, et parfois une atteinte systémique. Mais attention, une tryptase un peu élevée, ce n'est pas une mastocytose automatiquement. Une tryptase normale n'exclut pas non plus toutes les situations. Les diagnostics différentiels, ceux qui imitent un mastocyte. Quand quelqu'un a des flushes, des palpitations, des diarrhées, des douleurs, un malaise, on peut vite dire que c'est le mastocyte, mais parfois, non. Parfois, il faut penser aux vraies allergies documentées. avec les aliments, les venins, les médicaments, alurticaires chroniques spontanées et les mécanismes auto-humains, aux intolérances et troubles fonctionnels digestifs, aux causes endocrines, avec les bouffées vasomotrices, aux carcinoïdes et aux autres causes rares selon le contexte. Le message est clair, il faut respecter le cahier des charges, fournir des preuves, s'abstenir de catégoriser hâtivement. Et alors comment le calme se massocite ? Ouais. Il est activé, alors qu'est-ce que je peux faire là ? Il faut commencer par la peau, réduire les déclencheurs physiques. Ça paraît banal, mais en réalité c'est souvent très efficace. Pour une peau massocitaire, les microagressions sont des déclencheurs. Il faut donc plutôt une douche tiède, courte, éviter l'eau trop chaude, trop froide, régler le pomo de la douche pour que la pression soit faible sur la peau. Si l'eau est très calcaire, adapter les émollients. privilégiez les produits doux, ne pas frotter en sortant de la douche, simplement tamponner, utilisez des textiles doux, évitez la laine directement sur la peau, hydratez régulièrement. Ce n'est pas du confort, c'est un traitement de terrain, moins de simulation, moins d'activation. Les antihistaminiques, c'est le socle, et souvent, ils sont sous-utilisés. Les antihachins modernes sont la base du traitement de l'urticaire et de l'hyperactivité cutanée, ils bloquent l'effet de l'histamine, même si le mastocyte continue parfois à s'activer un petit peu. Les chromones et les antilocotriennes sont une option selon les profils. Les chromones peuvent aider certains patients, notamment si les symptômes digestifs dominent ou si on cherche une stabilisation oculaire. Les antilocotriennes peuvent être discutées dans certains contextes, surtout si il y a une composante respiratoire ou une urticaire associée. sans promettre l'impossible. Les biothérapies font carrément changer de dimension. Dans l'urticaire crontonique spontanée, l'anti-IgE homolysumab est un traitement majeur quand les antisémniques ne suffisent plus. Dans certaines formes sévères ou complexes, on discute d'approches plus spécialisées. Dans les mastocytos systémiques, on est dans une médecine de recours avec stratégie symptomatique et dans certaines formes des traitements cibles en kit dans des cadres de services hospitaliers experts. Et un levier non pharmacologique qui surprend, bien sûr, aussi, l'endurance pour calmer le mastocyte cutané. Oui, ça peut sembler contre-intuitif parce que l'effort peut aussi déclencher des symptômes chez certains, mais une activité physique d'endurance régulière, adaptée, améliore le contrôle de certains tableaux mastocytaires cutanés, en particulier le dermographisme. L'idée, ce n'est pas de se pousser au point de déclencher une crise, mais de construire une tolérance progressivement et de bénéficier des effets anti-inflammatoires régulateurs au long cours de l'endurance. Le mastocyte est un acteur important parmi les cellules immunitaires. Il a l'arme nucléaire, le choc anaphylactique. Mais tout autour de lui, il y a plusieurs acteurs qui l'empêchent de se déclencher quand il ne faut pas. Ils assurent la sérénité des peaux et des muqueuses. Le premier acteur, c'est vous. Votre état de bien-être physique et mental, c'est ce qui le stabilisera le mieux. Le mastocyte n'est donc pas seul et reçoit des signaux de l'épithélium, des cellules dendritiques, des lymphocytes TH2, des IGE produites par les plasmocytes et il dialogue avec les zéosinophiles, les nerfs et les vaisseaux. C'est un amplificateur, le principal déclencheur clinique, mais histoire complète de l'allergie, c'est un réseau. En conclusion, le mastocyte, c'est une cellule sentinelle des tissus, de la peau et des muqueuses. Il vient de la moelle, mais il mûrit dans les tissus. Il existe plusieurs types de mastocytose selon les organes, la peau, les véridités, etc. contre les muqueuses. Le basophile n'est pas un mastocyte circulant, c'est un cousin. Le mastocyte s'active par les yeux mais aussi par l'inflammation, le système nerveux, les médicaments, les stimuli physiques. Une urticaire isolée n'est que très rarement une allergie, bien plus souvent un mastocyte susceptible. Les SAMA sont un diagnostic qui repose sur des critères précis et pas sur un simple ressenti. La mastocytose c'est trop de mastocytes et associé à des mutations. Elle nécessite un bilan spécialisé. Le traitement de l'activation du mastocyte commence par prendre soin du mastocyte, de la peau, des muqueuses, la limitation des déclencheurs, un bon contrôle avec des antihistaminiques, une activité physique d'endurance et si nécessaire, des biothérapies. Dans le prochain épisode, nous parlerons des conjonctivites allergiques. Prenez soin de vous les amis. A bientôt.