Speaker #0Salut, c'est Hachoum, le podcast des allergies qui répond à tes souhaits. Je m'appelle Philippe, je suis médecin allergologue et je t'emmène avec moi dans le monde passionnant des allergies. Aujourd'hui, je vais te parler des allergies oculaires. Les allergies oculaires sont courantes. Elles vont d'une simple conjonctivite saisonnière incommodante, mais bénigne, à des tableaux chroniques menaçant la surface oculaire et la cornée. Elles sont passionnantes car elles font le lien entre l'immunologie théorique et la clinique. Elles sont également une maladie de barrière et parfois de surface, dans laquelle l'inflammation entretient une fragilité épithéliale et un cercle vicieux. En Europe, les conjonctivites allergiques concernent 15 à 40% de la population environ et les formes sévères 1K pour 10 000. Les différents types d'allergies sont les conjonctivites allergiques saisonnières, perannuelles, conjonctivites vernales ou atopiques, conjonctivites gigantopapillaires et blépharoconjonctivites de contact. Pour les conjonctivites allergiques, c'est une hypersensibilité immédiate de type 1. Pour les keratoconjonctivites vernales ou atopiques, c'est un mélange de type 1 et de type 4 avec une inflammation chronique. Alors que les blépharoconjonctivites de contact c'est une hypersensibilité retardée de type 4. Les conjonctivités gigantopapillaires, c'est plutôt de l'irritation. Comment reconnaître une allergie oculaire ? En fait, le symptôme le plus évident, c'est la démangeaison. Si un patient décrit plutôt une sensation de brûlure, de sable, d'inconfort, accentuée par le vent, l'écran, il faut plutôt penser sécheresse. Dans la conjonctivité allergique typique, c'est démangeaison, rougeur, larmoiement. Et si elle rinite, c'est une rhinoconjonctivite allergique. Pour la keratoconjonctivite vernale, on va chercher la présence de papilles tarsales. Il faut retourner la paupière supérieure pour les observer, on dirait des petits pavés sous la paupière. L'inflammation persistante favorisera des complications de la cornée, avec des ulcérations qu'on peut voir avec un test à la fluorescéine. Direction l'ophtalmo en urgence si c'est le cas, l'enjeu c'est la préservation de la cornée et de la vision. Pour la blepharoconjonctivite de contact, c'est souvent... Un eczéma des paupières qui apparaît 48 heures après l'utilisation d'un colire, d'un produit de beauté ou d'une solution de lentilles. Enfin, la conjonctivite gigantopapillaire, c'est un port de lentilles prolongé, mal toléré, une sensation de corps étranger, un mucus filant. Là, c'est plutôt quel frottement répété, quel dépôt, quelle hygiène, à revoir. Le schéma immunologique de base, il est classique. Dans le cas de la conjonctivité allergique saisonnière, c'est une réponse inflammatoire de type T2 avec production d'IGE spécifique qui se fixe sur les mastocytes. Et puis lors d'une exposition, l'allergène poncte les IGE fixés sur le mastocyte qui libère des médiateurs qui sont responsables du prurite, de la vasodilatation et de l'œdème. C'est pour ça que les antihistaminiques sont efficaces et les collières à double action antihistaminiques stabilisateurs sont les formes courantes. La seconde phase dit... tardive se met en place quelques heures plus tard, dominée par une infiltration cellulaire. L'allergie devient parfois une maladie de surface. Dans la keratoconjonctivite vernale ou atopique, ce sont des formes qui vont au-delà des IGE. L'inflammation est chronique, la surface oculaire évolue dans un micro-environnement actif où l'épithélium, les cellules immunitaires, les médiateurs et le microbiome local interagissent. Il ne faut pas simplement traiter le symptôme, mais plutôt protéger la cornée. L'objectif, c'est la stabilisation à long terme et pas le soulagement ponctuel. Il y a un chevauchement entre allergie et sécheresse oculaire. Les réactions allergiques perturbent le film lacrymal et à l'inverse, la sécheresse oculaire peut augmenter la perméabilité et rendre l'œil plus exposé aux allergènes. Des conservateurs comme le chlorure de basalconium sont connus pour leur potentiel irritant. Les recommandations mettent en avant les formes sans conservateur, surtout en usage prolongé ou chez les patients aux surfaces fragiles. Pour le diagnostic, ça se fait avec une observation de la cohérence entre l'histoire, l'examen et éventuellement les explorations. La démarche identifie d'abord la voie dominante, immédiate, retardée, irritative ou mixte et on sélectionne les examens. Test cutané, prix de test, IGE spécifique, patch test, test de provocation conjonctivale, évaluation du film lacrymal ou parfois imagerie de surface. Les traitements, c'est d'abord minimiser l'exposition. interrompre le cycle démangeaisons-frottements-inflammations, et ensuite choisir en fonction du mécanisme, soit des antihistaminiques et des stabilisateurs de mastocytes, comme les chromones, soit le retrait du coupable en cas d'allergie de contact, et surtout la correction du facteur mécanique pour la conjonctivite gigantopapillaire. On utilisera des anti-inflammatoires et des immunomodulateurs pour les keratoconjonctivites. L'erreur la plus courante, c'est de ne pas utiliser les corigli régulièrement. Ces traitements sont plus efficaces quand ils sont appliqués de manière constante pendant la période d'exposition. On peut même parfois utiliser une approche préventive. Conseil pratique. Pour le pollen, il faut réduire la charge allergénique oculaire en portant des lunettes enveloppantes à l'extérieur, en se rinçant le visage et les paupières le soir. En évitant d'aérer aux heures de pique et en réalisant des lavages oculaires au sérum FI, froid lors des poussées. Il est crucial d'éviter de frotter ses yeux, parce que ça accentue la libération de médiateurs et prolonge les symptômes. Faire un bon usage du collier. Il faut baisser la paupière inférieure, déposer la goutte sans toucher l'œil avec l'embout, refermer lentement l'œil pendant 30 à 60 secondes. On peut utiliser des colliers réfrigérés, le froid diminue le dème. Les antisémniques. auront une inutilité lorsque la conjonctivite est associée à une rhinite, mais malheureusement, parfois, ils peuvent augmenter la sécheresse oculaire. Le corticoïde local, c'est l'exception. On l'utilise en cas d'échec de traitement des collières de première ligne ou en cas d'inflammation cornéenne. Justement, dans la carotoconjonctivite vernale et atopique, pour économiser la cortisone, le ACI recommande l'utilisation de la cyclosporine topique et en cas de rechute. Dans les cas de rechute, pardon. Les atteintes palpébrales justifient aussi l'usage du tacrolimus en pommade. Évidemment, l'immunothérapie allergénique, quand c'est une cause allergique, c'est le traitement de la cause. Le test de provocation conjonctivale peut aider à sélectionner l'allergène principalement responsable quand on est polysensibilisé. Et pour les biothérapies ? Dans des cas sélectionnés, avec des comorbidités comme l'asthme, la dermatite atopique sévère, on peut utiliser des biothérapies. Mais certaines biothérapies peuvent également donner des maladies de surface oculaire, les anti-IL-13 en particulier. En conclusion, les allergies oculaires sont courantes, invalidantes, généralement bien contrôlables si on identifie correctement leurs mécanismes. Les formes courantes, les conjonctivites allergiques, justifient l'usage des collières à double action, antihistaminiques et stabilisateurs mastocytaires. Les formes sévères, kératoconjonctivites vernales ou atopiques, imposent de penser maladies de surface. barrières, chronicité inflammatoire et risque corneal. Il faut parfois utiliser les immunomodulateurs. Les formes de contact, blepharoconjonctivite de contact, c'est d'abord le retrait du coupable et une stratégie de restauration de la barrière. Pour la conjonctivite chicantopapillaire, il faut enlever le facteur mécanique. Enfin, s'il y a un message important à retenir, c'est de ne pas négliger l'intrication entre l'allergie oculaire et la sécheresse oculaire. C'est un phénomène qui explique beaucoup d'échecs. Et ça justifie le choix d'écolire sans conservateur, l'évaluation du film lacrymal quand les symptômes persistent, et le soin des yeux autant que la prise en compte de l'allergie. Voilà. Dans le prochain épisode, nous parlerons du lymphocyte, qui est le chef d'orchestre de l'allergie. Prenez soin de vous les amis. A bientôt.