- Speaker #0
Pourquoi les dirigeants, alors que leur santé est leur actif le plus précieux, un actif c'est ce qui met l'argent dans notre poche, pourquoi les dirigeants ne le planifient pas ? Ils ne font pas de plan ?
- Speaker #1
Les dirigeants ne sont pas des surhommes, mais on paye l'addition un jour ou l'autre.
- Speaker #0
Le psychothérapeute et psychiatre Viktor Frankl travaillait presque exclusivement avec des patients suicidaires avant d'être envoyé en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant auparavant, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir. Il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, se battaient pour survivre. « Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement, développer des stratégies pour survivre, trouver une raison de vivre pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit, mais on progresse en tant qu'être humain. » Il disait que quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir au moins une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements. Bienvenue dans notre podcast Attitude, podcast du service STEP, le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique et en Suisse.
- Speaker #1
Je suis Iris Ramos, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode.
- Speaker #0
Aujourd'hui, je reçois Stéphane Lambert du cabinet Michel Creusot. Stéphane, vous me faites le plaisir de venir à notre podcast Attitude. Je vous laisse vous présenter. et ensuite on pourra découvrir un certain nombre d'éléments qui pourront intéresser les personnes qui nous écoutent. Je pense que vous avez marqué mon esprit récemment avec le bulletin du président. C'est quelque chose qui est resté dans ma mémoire, on en parlera tout à l'heure. Quelle est votre activité ? Présentez-vous.
- Speaker #1
Déjà, merci Iris pour votre invitation. Je suis expert comptable au cabinet Michel Creusot depuis bientôt 30 ans et j'en ai pris la présidence il y a 7 ans maintenant. Le cabinet Michel Creusot est un cabinet avec 11 sites répartis principalement sur le Loiret et puis aussi en région parisienne, que ce soit à Fontainebleau, Évry ou Saint-Germain-en-Laye. Il y a 150 collaborateurs et nous sommes 10 associés au sein de Michel Creuson.
- Speaker #0
Alors justement, comment est venue cette idée du bulletin santé du président ? Je me rappelle lors d'un échange qu'on a eu récemment que vous avez dit « je pense que je ferai régulièrement ce bulletin santé » . Comment est venue cette prise de conscience ?
- Speaker #1
C'est tout récent. J'avais fait un point avec mes associés à une réunion parce que j'avais quelques soucis de santé ou quelques inquiétudes plus sur ma santé et des examens à passer. J'ai préféré les avertir même s'il n'y avait rien de concret. Les examens se sont plutôt révélés donc bon et puis sans trop d'inquiétude. Mais il me semble que c'est important dans un groupe d'associés d'être transparent sur ces problématiques de santé et peut-être d'en parler entre nous. Voilà parce que chacun au fur et à mesure de sa vie personnelle et professionnelle, on peut avoir des soucis de santé. Ça semble légitime d'échanger sur ce point-là.
- Speaker #0
Deux points importants. La première, c'est la prise de conscience. C'est-à-dire qu'il y a un moment où vous vous êtes dit, je prends conscience que parler de la santé de nos associés, de nos collaborateurs, des dirigeants, pas seulement des collaborateurs d'ailleurs, mais aussi des dirigeants de la structure, c'est un point qui s'invite bien à l'ordre du jour. On a tendance à parler dans nos entreprises. de pas mal de choses. Alors, du jour de nos réunions, il y a la performance économique, le marché, les actions. Et vous, vous avez introduit aussi cette notion bulletin santé, c'est-à-dire qu'échanger sur les problématiques, mais surtout sur ce qui peut être fait de manière préventive, ça a toute sa place, en fait. Ce n'est pas quelque chose de différent ou qu'il n'aurait pas sa place, mais notamment dans une réunion d'associés, c'est un point qui a...
- Speaker #1
vraiment de l'importance. Non, mais tout à fait. Je pense qu'on est pris très souvent par nos clients, par la, comme vous parliez de performance, mais par l'activité surtout au quotidien et on oublie souvent de s'occuper de soi-même, de s'occuper même même des fois de nos proches avec qui on travaille et on partage cette activité professionnelle. Et l'objectif, c'est de plus souvent possible de faire attention aux gens qui nous entourent, que ce soit nos collaborateurs et de nous-mêmes des fois, parce qu'on s'oublie bien souvent. Je dis régulièrement que je pense bien m'occuper de la santé de mes clients, la santé plus souvent financière, parce qu'il faut rester dans son domaine de compétences. Mais ça nous arrive aussi de parler avec nos clients de leur santé tout court. Je crois que c'est un élément très important à prendre en compte. Il y a eu le Covid qui est quand même intervenu et qui nous a tous alertés pour faire attention à nos collaborateurs. Donc ça, c'était une première chose. Et puis moi, j'approche les 60 ans et je n'ai jamais eu de problème de santé très significatif. Et puis, c'est vrai que vous deux, ça fait peut-être deux ans, on était dans une réorganisation. On était un peu peut-être surchargé ou personnellement, j'étais un peu plus surchargé par le travail et que je n'avais pas vraiment fait attention à ma propre santé. Et puis, il y a quand même des jours où on se dit, ce serait peut-être temps de sonner la sonnette d'alarme et puis de penser à soi.
- Speaker #0
Il y a aussi une problématique très liée à l'activité d'expert comptable. C'est que souvent on me dit, tu sais Iris, je ne suis pas psy, je suis comptable ou expert comptable ou avocat. Donc je t'envoie une personne qui ne va pas bien, un dirigeant qui est en difficulté parce que nous on fait un peu le généraliste de l'entreprise, mais on n'est pas le généraliste du dirigeant. Et c'est vrai que parfois vous allez absorber aussi toutes les difficultés des clients. Et là, aujourd'hui, vous êtes au cœur de ceux qui ont des problèmes économiques, qui doivent se réorganiser, qui doivent être en énergie, en liquidation. Vous faites un peu le psychologue de vos clients également.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai qu'on accompagne nos clients souvent de la création et jusqu'à la fin de leur activité professionnelle. Et tout au long de ce chemin, de ce parcours professionnel, il y a des étapes qui sont importantes, des étapes qui sont plus ou moins, des fois, douloureuses. On est le confident du chef d'entreprise sur bien des choses, sur effectivement la santé financière de leur entreprise, sur les problématiques qu'ils peuvent avoir en matière fiscale, sociale, comptable, mais aussi bien souvent sur les problèmes de vie, sur le problème de couple, sur les soucis qu'ils peuvent avoir avec leurs enfants. On est vraiment souvent le confident et quand vous avez l'attachement de vos clients depuis un nombre d'années, c'est difficile de ne pas aussi prendre pour soi certaines complications qu'ils ont ou de vouloir... petit peu aller, alors je ne sais pas si c'est aller au-delà de notre rôle, mais aussi d'essayer de les accompagner dans leurs difficultés, d'être peut-être une oreille attentive à un discours, et effectivement après, de les orienter le plus souvent vers les gens dont c'est le métier, que ce soit médecin ou autre spécialiste. pour leur dire qu'ils pensent aussi à eux et qu'ils prennent le temps d'être accompagnés dans le domaine médical, parce que là aussi, c'est important, ou de prendre du recul par rapport à leur activité, de temps en temps, parce que c'est nécessaire pour retrouver une santé mentale qui peut des fois, ou souvent pour certains, être défaillante.
- Speaker #0
Et au niveau de vos astuces santé, quelque part, vous faites comment ? En face, comment expliquer au niveau de la charge de travail ? Là, vous disiez, j'ai fait des examens et c'était important de le faire et c'était rassurant, mais j'ai pris le temps de le faire. C'est déjà ça. Quelles sont vos astuces un peu santé pour faire face ?
- Speaker #1
Je ne suis pas forcément le meilleur modèle pour donner des astuces santé ou le plus diligent par rapport à ça. Justement, j'ai trouvé que j'ai souvent repoussé ou pas pris le temps de faire les examens qui semblaient être judicieux de faire. Quand on avance en âge ou quand on est effectivement pris par le travail, j'ai souvent repoussé ça parce que je suis de nature très optimiste. Et puis, quand la santé allait plutôt bien, je ne m'inquiétais pas. Mais c'est vrai que le fait déjà de ne plus prendre le temps ou avoir le temps de faire du sport, prendre du poids et puis s'apercevoir qu'on est peut-être moins mobile ou plus essoufflé quand on va pour faire des activités ou ne serait-ce que de faire une rue. qui peut être un petit peu difficile, on se dit que là, il y a quand même un seuil d'alerte qui a été atteint. Et on prend conscience qu'il faut absolument réagir et ne pas continuer à subir le temps qui passe,
- Speaker #0
le temps du travail.
- Speaker #1
Pour moi, ça a été un peu ça le déclic. Alors après, je dirais que le délai a été un peu plus long parce que ma priorité, c'était de me dire, avant de reprendre toute activité, il faut quand même peut-être... Il est important de voir un cardiologue, de voir son médecin généraliste, puis des spécialistes. C'est vrai qu'entre le moment où on se décide et on prend le rendez-vous et le moment du rendez-vous, il y a quand même un délai aujourd'hui qui est plus que significatif, si on n'a pas la chance de connaître des spécialistes. Et donc, ça recule un petit peu finalement la prise de décision, la mise en action de ce qu'on va décider de faire. Et bon, ça a retardé un petit peu, moi, de quelques mois l'entrée en action pour prendre conscience que c'était nécessaire de faire attention à son alimentation, puis à reprendre une activité régulière pour stopper un petit peu cette fuite en avant. On peut parfois, si qu'on plaît, se dire que je travaille beaucoup. Je m'octroie des récompenses, que ce soit en matière d'alimentation, voire même d'alcool sans excès. Mais on fait beaucoup moins attention à soi et on prend ça plus comme une récompense, alors que la récompense, forcément, les incidences sur la santé.
- Speaker #0
Elle est à court terme. Pour une bonne santé financière, on fait des prévisionnels, on anticipe, on fait du pilotage, on fait un certain nombre de choses. organiser l'avenir à court terme, à moyen terme. Pourquoi les dirigeants, alors que leur santé est leur actif le plus précieux, un actif c'est ce qui met l'argent dans notre poche, si on n'a pas un corps qui nous amène et si on n'a pas une tête qui nous aide à réfléchir et à prendre des décisions, on ne peut pas faire grand-chose, notre entreprise n'allera pas plus loin. Pourquoi les dirigeants, alors que c'est leur actif le plus précieux, ils ne planifient pas, ils ne font pas de plan. Il ne prévoit pas,
- Speaker #1
il n'anticipe, d'après vous ? Je pense qu'ils se concentrent à 100%, voire pour certains 120%, que sur leur activité professionnelle, et sans prendre justement ce recul nécessaire. Ils sont focus dessus et le reste peut être accessoire. Donc, ils s'oublient par rapport à ça et c'est un peu une fuite en avant et qui est difficile parfois à arrêter si on n'est pas bien accompagné, que ce soit à titre personnel, dans le cadre familial ou... ou des gens qui peuvent avoir une influence sur justement leur faire prendre conscience qu'il n'y a pas que la partie entrepreneuriale et qu'il y a aussi la partie de la santé et que quelque part, de toute façon, la santé, elle sera indispensable à un moment pour poursuivre l'entreprise. Au moment un autre, on n'est pas des surhommes, les dirigeants ne sont pas des surhommes, mais on paye l'addition un jour ou l'autre. Et c'est important d'un moment de pouvoir s'en rendre compte. de pouvoir inverser un petit peu, ou modifier la façon de s'organiser, de travailler. Et pour ça, c'est difficile de le faire tout seul, quoi qu'il en soit. Il faut souvent être là aussi accompagné par des personnes dont c'est le métier pour aider le dirigeant justement dans cette partie-là qui est aussi très importante.
- Speaker #0
Est-ce que dans le cadre de votre activité, vous avez accompagné des dirigeants qui ont eu des gros problèmes de santé et comment ça s'est passé pour eux ?
- Speaker #1
accompagner, alors ce qu'on essaye surtout tout de faire au démarrage. Pour sauver la boîte,
- Speaker #0
pour maintenir la boîte à flot.
- Speaker #1
Ce qui est déjà très important sur les choses sur lesquelles on insiste, surtout au démarrage de l'entreprise, c'est déjà d'associer aux dirigeants à ce qu'ils prennent une couverture déjà personnelle en termes de mutuelle, en termes d'annémité journalière, qui soit forte, qui soit bien étudiée pour le couvrir complètement. Si jamais il a un... déjà un problème de santé, qu'il est écarté de son activité pendant un certain délai, qu'il soit déjà complètement couvert, lui, sur le point de vue financier, pour ne pas que ça rajoute à la difficulté de son absence dans l'entreprise, une difficulté financière sur le point de vue personnel, voire aussi des couvertures. pour l'entreprise. Ça, c'est quelque chose de très important sur lequel on insiste déjà en amont. Après, il est vrai qu'on a pu avoir forcément des clients qui se sont trouvés dans des situations difficiles. Et donc, c'est là où il faut essayer avec lui, si on le peut, de trouver des solutions alternatives pour que, au niveau de l'entreprise, il y ait des relais qui peuvent être mis en place, des gens qui peuvent intervenir. C'est plus ou moins plus facile dans les entreprises un peu structurées. l'artisan ou le consultant, la personne qui travaille seule, c'est compliqué à trouver des solutions si lui ne peut plus travailler. C'est pour ça que la couverture en amont est très importante. Et après, le fait d'être présent à ses côtés quand c'est difficile pour gérer les problématiques sur les déclarations forcément fiscales ou les déclarations sociales, c'est là où on peut intervenir. après ça va être plus effectivement son entourage, sa famille qui va être présente tout au long de sa maladie ou son incapacité temporaire. Mais il faut quand même, on est à leur disposition pour trouver les meilleures solutions pour sauver l'entreprise.
- Speaker #0
Est-ce que vous avez des anecdotes où ils ont été obligés d'arrêter leur activité ? Parce que récemment, j'ai eu quelqu'un qui m'a écrit en disant, vous savez, j'ai fait un AVC. Le travail que vous faites avec Step est vraiment important.
- Speaker #1
Je récupère. Ce n'est pas simple tous les jours, mais je récupère.
- Speaker #0
Et ce qui me fait le plus mal, c'est que je ne peux plus exercer mon activité de chef d'entreprise, mon métier de chef d'entreprise. Ce n'est plus possible. J'avais une boîte dans le bâtiment. Aujourd'hui, je suis salariée d'un groupe. Ça se passe bien, mais ça me fait énormément souffrir parce que c'était ma boîte, c'était ma passion. Et je ne peux plus être chef d'entreprise. Est-ce que vous avez des anecdotes ?
- Speaker #1
Je n'ai pas en tête forcément de situations précises qui me reviennent. Je me souviens juste d'un dirigeant, une fois, où j'insistais justement sur ces couvertures-là et je l'insistais à se couvrir et ainsi de suite. Il repoussait toujours. Malheureusement, ce n'est pas une anecdote qui est très sympathique, mais il a eu un accident de moto quelques temps après. Il n'avait pas pris la couverture. Et l'accident, même s'il était grave, lui a permis quand même de revenir dans l'entreprise, mais quand même de manière handicapée.
- Speaker #0
Il m'a dit, M. Lambert, si je vous avais écouté, j'aurais une couverture bien plus importante que ce que je n'ai aujourd'hui. Et je n'ai plus que le constater. Et malheureusement, de se servir de ce... Cet exemple-là, pour les autres, ceux qui viennent derrière,
- Speaker #1
en disant que ça peut arriver malheureusement à des gens de se retrouver dans des situations délicates. L'accident, malheureusement, il ne prévient pas et il peut toucher tout le monde. Vous prenez des assurances pour votre maison pour l'incendie, vous prenez des mutuelles pour vos salariés parce que vous êtes obligés. Considérez que vous êtes un salarié de votre entreprise, que vous êtes aussi une personne importante, forcément une personne clé de l'entreprise. Il faut aussi vous couvrir de la même façon. Donc, c'est plus là-dessus. Voilà. Après, des situations, oui, des clients qui ont eu, malheureusement, aussi des infections cancéreuses ou autres qui les ont emmenés, oui… En fin de vie, on en a accompagné quelques-unes et là, c'est compliqué. En plus, dans la gestion de la session de l'entreprise, à les accompagner, à trouver, mais c'est forcément, effectivement, compliqué. Donc, dans ce schéma-là, il faut aussi être à côté des gens quand c'est ça. Parce que des fois, on est soit sollicité par la famille pour bien accompagner, pour trouver les meilleures solutions, soit là aussi, je me suis retrouvé le confident d'une personne qui savait qu'elle avait une affection, qui savait que sa fin de vie était proche. Et bon, on m'avait demandé de passer chez lui un samedi matin, quand il n'y avait personne, pour justement me donner ses dernières volontés pour l'entreprise, bien entendu. Et bon, c'est vrai que c'est des moments qui marquent. qui sont délicats à gérer parce qu'on est seul face à cette personne qui vous explique, qui vous annonce parce que même si on savait qu'elle était malade, elle vous annonce clairement qu'elle n'en a plus que pour quelques semaines. Et voilà, elle nous dit ce qu'elle souhaite, quel rôle on joue d'ici à son départ et surtout après pour organiser la suite avec sa famille, ses enfants. Bon, c'est une charge qui est importante, mais qu'on doit aussi mener pour le bien, pour d'abord respecter. ses choix et ses ambitions pour l'entreprise. Et puis après, ça se déroule pour sauver l'entreprise. Puis voilà, la transmission familiale un peu forcée ou un peu anticipée par rapport à ces problèmes de maladie de santé.
- Speaker #0
Chez STEP, on a des programmes d'accompagnement pour les professions libérales et on a étudié un petit peu les professions libérales les plus à risque. Sans surprise, la profession libérale la plus à risque, c'est Experts comptables. Par rapport à plein de choses, les échéances, le stress, la charge aussi émotionnelle du travail. Parce que dans ce que vous me décrivez, vous êtes au contact des dirigeants et ils se confient à leurs experts comptables, à leurs banquiers, presque plus qu'à leur famille par moment. Donc c'est vrai qu'il nous semble important et il y a de plus en plus de demandes sur notre site internet d'experts comptables pour qu'on les accompagne au quotidien à mettre un programme anticipé de prévention parce qu'ils n'y pensent pas. Nous, on y pensera et on organisera les choses pour les accompagner. C'est un point qui me semble important. Le deuxième point, c'est que dans ce que vous dites, problème de santé est souvent égal à gros problème pour l'entreprise. Et malgré tout, il y a une espèce de pensée magique chez nos dirigeants où ils imaginent que ça va passer, ça va se gérer, ça concerne que les autres, etc. Ils y tiennent. très fort à leur activité, ils y consacrent une bonne partie de leur vie, de leur énergie, parfois plus qu'à leur vie personnelle et familiale, mais ils ne se rendent pas compte que s'ils n'investissent pas dans leur santé, tout ce qu'ils ont construit peut s'effondrer très rapidement. Et il y a cette espèce de paradoxe que je ne comprendrai jamais, ils y tiennent vraiment mais ils ne se rendent pas compte que c'est directement lié à leur personne, à leur santé, et que pouvoir être là, présent, physiquement, bien tenir sur ces deux gens, bien réfléchir. bien pouvoir s'exprimer. Ce n'est pas un luxe, c'est une responsabilité aussi. C'est-à-dire qu'ils embarquent avec eux,
- Speaker #1
des familles,
- Speaker #0
ils font vivre un territoire. Aujourd'hui, on sait que les pilotes d'avion, on va leur faire passer tous les six mois, tous les mois, la classe médicale. Et c'est pour savoir si cette personne qui est en responsabilité, qui amène les autres, ne va pas faire un malaise pendant qu'elle est en train de conduire les autres quelque part. Un dirigeant, il conduit des gens. Il a la responsabilité de certaines familles, des personnes qui vont lui confier leur vie quelque part, puisqu'ils ne peuvent pas du jour au lendemain se trouver sans rien. Et malgré ça, il y a encore beaucoup de chemin à faire sur cette prise de conscience. Comme vous le disiez, ils assurent leur voiture, ils entretiennent leur voiture, mais ils s'occupent de leur santé uniquement quand ils ont eu une alerte ou un gros pépin, ou quand ils ont vu quelqu'un dans leur entourage avoir un gros pépin de sang. Et là, il commençait à se dire... c'est peut-être quelque chose qui me concerne moi aussi. Et malgré des alertes, moi j'ai plein de personnes au téléphone qui me disent j'ai du sang quand je vais à la selle. Là je pense à un expert comptable que j'ai eu au téléphone qui me dit oh ben j'ai 36 ans, parfois j'ai un peu de sang quand je vais à la selle, ça peut être un cancer quand même. Mais je ne me sens pas concernée, ça peut attendre, si j'ai attendu longtemps pour faire un bilan, ça peut attendre l'année prochaine. Ça peut attendre l'année prochaine, mais vraiment, d'accord. Alors nous on ne se bat pas. On ne peut pas le faire à la place des gens. Mais je ne comprends pas comment ils peuvent passer à côté de cette responsabilité.
- Speaker #1
Oui, oui, non, mais c'est vrai que ça peut paraître assez incompréhensible et peut-être un peu des fois soit immature ou soit un manque de réflexion de prendre dans notre profession, alors d'expert comptable, que forcément je connais bien, ou d'autres, mais c'est vrai de ne pas prendre cette... partie de la santé comme un élément indispensable au bon fonctionnement de l'entreprise. Parce que c'est vrai que souvent on dit, et pour avoir fait d'ailleurs un séminaire la semaine dernière sur les pieds d'une entreprise, souvent on parle de la partie gestion, la partie ressources humaines et puis la partie... Partie commerciale, souvent pour, comme on dit, que le tabouret ou la chaise tiennent bien sur trois pieds. Partir de trois pieds, ça tient bien. Et je pense qu'il faudrait rajouter un quatrième pied, justement, qui soit la santé. Alors, qui peut faire partie des RH, mais enfin, la santé du dirigeant et aussi des gens qui l'accompagnent, parce qu'il ne faut pas penser qu'à lui. Et c'est vrai que souvent, on fait de plus en plus de choses pour les salariés, où les entreprises font de plus en plus d'actions envers les salariés, au travers de soit de leur groupement ou d'autres, plusieurs entreprises. Pour autant, ils ne s'inscrivent pas forcément, eux, dans cette démarche-là. Ils disent, bon, c'est bien, j'ai fait ce qu'il fallait parce que c'est important et c'est dans l'air du temps. Ils oublient de s'inscrire dans cette même démarche. Et c'est vrai que ça paraît une réflexion des fois un peu court-termiste. Et le jour où on a le souci, c'est aussi un peu trop tard. Je pense que c'est important. Il y a une prise de conscience chez certains dirigeants. Tout le monde ne se néglige pas, loin de là. Il y a quand même aussi beaucoup de dirigeants qui sont sportifs, qui font tout un tas de choses. Je pense qu'il y a aussi peut-être le domaine de la charge mentale qui est aussi souvent oublié ou mis de côté. C'est vrai qu'on est dans une société aujourd'hui où on est interpellé par différents créneaux. possibilités, solutions entre les réseaux sociaux, entre le téléphone, entre les mails, les Teams, les WhatsApp, les messengers et compagnie. Donc, on a un flux d'informations ou de demandes, de sollicitations qui arrivent par différents créneaux. Et en plus, les gens, ils attendent à ce qu'on réponde pratiquement tout de suite derrière. Ils ne comprennent pas, c'est parti. Donc, nous, pour eux, si c'est parti, nous, on l'a eu. Et si on l'a eu, on l'a vu. Donc, on devrait pouvoir répondre. Et on ne peut pas répondre forcément, d'une part, immédiatement. Et puis, on... On peut être submergé de demandes et si on n'arrive pas à gérer ça, plus les échéances fiscales que vous parliez tout à l'heure, ou sociales, on peut être vite complètement pris et débordé par ça et avoir une pression permanente si on n'arrive pas à s'extraire de ces sollicitations ou d'être tout le temps connecté, de ne pas savoir poser son téléphone. Donc moi, c'est quelque chose que j'arrive à faire. Une fois que j'arrive à la maison, le téléphone est posé, je ne regarde plus mes mails. Je l'ai eu fait et vous avez le mail que vous lisez à 22h qui va vous empêcher de dormir toute la nuit. C'est fini. Voilà, c'est une fois que je le pose, que je suis rentré à la maison, je ne regarde plus un mail parce que j'estime qu'il faut... Il faut couper. Je suis capable de le faire. Et des fois, je me rends compte qu'il y a des mails que je n'ai pas lus depuis une journée parce que j'avais autre chose prévue. J'étais chez un client et je ne m'oblige pas à les lire. Mais je pense que les gens ne comprennent pas qu'on ne puisse pas répondre dans l'heure qui suit à leurs demandes.
- Speaker #0
Et puis, quand vous aurez fini votre vie, parce qu'on n'est pas éternel, nulle part, il sera marqué « il lisait ses mails tous les jours et il répondait tous les jours » . C'est important, parce que, mine de rien, parfois, il y en a qui pensent que c'est une question de vie ou de mort et qu'on se rappellera qu'il répondait aux mails. Eh bien, non, on ne se rappellera pas de ça. On se rappellera que c'était un bon mari, un bon père, un bon dirigeant, mais on ne se rappellera pas qu'il lisait ses mails tous les jours et qu'il les répondait. Souvent on me dit que la problématique des dirigeants, c'est la quantité d'heures donc la charge de travail qu'ils vont avoir. Je ne suis pas du tout d'accord avec ça. Ils adorent travailler plein d'heures, ils sont passionnés. Certains vont subir une charge importante, mais la problématique majeure, c'est avant tout le détachement psychologique, le manque de détachement psychologique. C'est le fait de ne pas pouvoir lâcher le boulot dans la tête. Ça, c'est un vrai problème, parce que ça amène de l'épuisement émotionnel, et l'épuisement émotionnel amène des problèmes cardiovasculaires, amène plein d'autres choses, donc des problèmes de santé physique et des problèmes de santé mentale. Donc, Quand j'entends la santé des dirigeants se dégrade parce qu'ils travaillent beaucoup, j'ai dit non, vous les connaissez mal. La santé des dirigeants se dégrade parce qu'ils ne se détachent jamais psychologiquement du travail. Et ça, c'est important, c'est très spécifique. Pour terminer, Stéphane, ce que j'aimerais, c'est que vous puissiez conseiller, avec cette sagesse que vous avez aujourd'hui, qui vient de l'expérience, mais de la vie aussi, qu'est-ce que vous donneriez comme recommandation à des dirigeants qui sont la tête dans le guidon, et qui ne prennent jamais le temps parce que c'est pour les autres, qui ne se sentent pas concernés.
- Speaker #1
Je crois que ce que vous venez de dire sur la charge de travail, le temps de travail, je suis aussi tout à fait d'accord avec vous sur le fait que c'est un faux problème. Moi, je travaille beaucoup. J'ai travaillé beaucoup à des périodes. Je travaille encore beaucoup, mais c'est toujours été avec plaisir. Je n'ai jamais travaillé ou fait des heures importantes étant contraint ou en ressentant une obligation de le faire. Alors, même si on a du travail, donc on le fait parce qu'on a des demandes et ainsi de suite. Mais si je travaille le week-end, si je travaille, je ne pose pas de problème dès lors que c'est moi qui le décide. Et que c'est pour me mettre à jour ou de se lever plus tôt pour faire des... Et j'y trouve même un plaisir. Quand on aime ce qu'on fait, que c'est un plaisir et qu'on le fait pour d'autres. voilà c'est Donc ça, ça ne m'a jamais posé de problème en soi. C'est même parfois un peu égoïste. Moi, je nous assimile des fois des sportifs de haut niveau. Et ce que disent certains sportifs de haut niveau, c'est que c'est un plaisir de toute façon égoïste, les sacrifices qu'ils le font ou ce qu'ils font, entre guillemets, subir à leur famille, c'est-à-dire leur temps d'entraînement, la façon de… Enfin, toutes les obligations liées à un sportif de haut niveau sur l'alimentation, le sommeil, L'entraînement et ainsi de suite, c'est vraiment avec des programmes qui sont bien établis. Ils mettent les autres, les autres y suivent, soit ils ne peuvent pas vivre à côté d'eux. Ils le disent bien. Et je pense qu'on est aussi des fois sur ce plaisir un petit peu égoïste de mettre avant tout le travail. L'important, je crois, et les conseils que moi, je pourrais donner humblement, parce que là aussi, il faut toujours rester prudent en cette matière, dans ces domaines-là, c'est effectivement de pouvoir couper complètement. C'est-à-dire que si on arrête de travailler, même s'il est tard, on coupe complètement et on est à disposition des autres, donc de sa famille ou de ses amis. et puis aussi de s'organiser. des week-ends où on va complètement être détaché et plus penser au travail. Il n'y a pas forcément besoin que ce soit des grandes périodes, mais de le faire régulièrement et de se dire, de toute façon, vendredi, je pars en week-end, donc j'arrêterai à 18h. Il ne faut pas avoir soit de scrupules ou de se sentir gêné de le faire parce qu'on se dit, il y a peut-être d'autres chez nous, dans notre entreprise, qui travaillent à ce moment-là. Oui, peut-être que là, ils travaillent, mais à l'époque, quand toi tu travaillais la veille ou l'avant-veille ils étaient à cette heure-là moi j'ai longtemps eu un peu de complexe des fois à m'autoriser ce genre de choses quand je décide de couper et maintenant depuis un certain temps j'ai plus cette problématique-là mais des fois on se sent un petit peu presque un peu obligé de se dire ben non je partirai en week-end qu'à 22h parce que d'habitude le vendredi des fois je peux terminer plus tard donc il faut savoir couper clairement s'octroyer des et du temps pour soi et puis je pense que c'est le thème et c'est important de penser à sa santé, de la suivre et puis assurer un suivi régulier et ça le plus tôt possible parce que forcément ça fait partie intégrante d'un des piliers du chef d'entreprise s'il veut pouvoir poursuivre et puis être performant tout le temps. J'aurais... Dans la durée, parce qu'on peut être performant sur 2-3 ans si derrière ça s'arrête net parce que le dirigeant a un souci grave de santé qu'il ne peut pas gérer, ou un accident parce qu'il ne s'est pas préparé en amont qu'un jour il pouvait lui arriver un accident, même si ça ne l'handicape que sur quelques semaines. Il faut quand même tout ça, c'est le préparer, l'anticiper. On parlait de prévisionnel, on parlait de gestion. Il y a la gestion financière et puis il y a la gestion de sa santé, la gestion humaine pour être dans le temps et puis aussi prendre des bonnes décisions. Parce que si on est fatigué, qu'on n'est pas bien dans sa tête, on ne prend pas forcément les bonnes décisions. On n'a pas le recul nécessaire et on s'aperçoit que des fois, avec quelques jours de recul, finalement, ou de congé, on revient beaucoup plus en forme et on travaille même des fois plus vite. parce qu'à force qu'on est fatigué, qu'on n'est pas complètement bien, on passe plus de temps à faire une tâche que si on était complètement dégagé de ça.
- Speaker #0
Merci beaucoup Stéphane. Attitude est le podcast de STEP. STEP est le premier service de santé au travail des entrepreneurs. On n'est pas un centre de bilan, on ne fait pas de bilan de santé pour le bilan de santé. On accompagne les dirigeants de manière régulière tout au long de l'année pour organiser des choses à leur place. penser à des choses auxquelles il ne penserait pas, du genre une prise de sang une fois par an, du genre un rendez-vous avec un psychologue du travail, on parlait beaucoup du détachement psychologique, mais c'est très important, un psychologue du travail qui voit le dirigeant au moins trois fois par an, un programme de recherche scientifique qui nous permet de modéliser nos accompagnements pour regarder un peu comment fonctionne cette population et qu'est-ce qui est bon pour elle. Dans la littérature, il y avait très peu de choses. Donc, STEP est un service continu, un service de proximité présent partout en France, En Suisse, on vient d'ouvrir à Lausanne et on va ouvrir à Bruxelles en Belgique. Notre but est d'accompagner le dirigeant pour qu'il puisse encore une fois réfléchir à sa santé sans que ça lui ramène une charge de travail supplémentaire, une charge mentale supplémentaire. Et notre défi majeur, c'est de les sensibiliser parce qu'ils sont souvent le premier risque pour leur propre santé et pour la survie de leur entreprise, avec justement ce mindset très résilient. mais qui leur empêchent de demander l'aide quand ça ne va pas ou qui leur empêchent de programmer des choses pour intégrer leur santé comme quelque chose de stratégique, comme une responsabilité et pas comme un luxe.