- Speaker #0
Est-ce que tu avais le temps de faire un peu de sport ou tu faisais aucune activité ?
- Speaker #1
Je me levais et la première chose que je faisais c'était boire un café, allumer une cigarette, c'est ce qu'on appelle les vrais fumeurs. J'ai vraiment le sentiment que notre corps subit, subit, subit tant qu'on lui mange. Je peux difficilement aller en altitude, je me sens vraiment diminué dans mon corps. J'ai d'abord eu un problème d'addiction.
- Speaker #0
Le psychothérapeute et psychiatre Victor Frankel travaillait presque exclusivement avec des patients suicidaires avant d'être envoyés en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant au paravent, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir. Il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, se battaient pour survivre. Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement, développer des stratégies pour survivre, trouver une raison de vivre, pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit, mais on progresse en tant qu'être humain. Il disait que, quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir au moins une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements. Bienvenue dans notre podcast Attitude. Podcast du service STEP, le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique et en Suisse. Je suis Iris Rammens, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode. Bonjour Serge.
- Speaker #1
Bonjour Iris.
- Speaker #0
Je suis très très heureuse de t'avoir dans l'épisode numéro 4. du podcast Attitude de Step. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de te recevoir. Je veux bien que tu présentes ton activité, qui tu es, pourquoi tu as accepté de rejoindre aujourd'hui ce studio et de venir présenter ton activité ou raconter ton histoire. Donc, je te donne la parole.
- Speaker #1
Eh bien, moi, je suis un retraité actif. Je suis à la retraite depuis un an, mais je suis toujours gérant de société. J'ai eu deux activités. pendant une dizaine d'années, à la fois de restaurateur et à la fois d'animateur et de thérapeute en bien-être émotionnel. J'ai arrêté une de mes activités il y a un an, la restauration, puisque j'ai vendu mon établissement qui correspondait à l'âge de ma retraite. Voilà un petit peu où j'en suis actuellement. Mon histoire, j'ai toujours voulu être cuisinier. Depuis plus de temps d'enfance, j'ai grandi dans une ferme, dans la montagne. très isolé dans les années 60, donc on vivait beaucoup en autarcie, on passait notre temps à fabriquer ce qu'on consommait, donc du coup ce métier de tuyau de lignée, mais tout à fait naturellement, sans me poser la question. Je l'ai exercé pratiquement toute ma vie, et je me suis dirigé rapidement dans le monde biologique, puisque j'avais vécu dedans de façon naturelle en étant à la campagne, et je me suis spécialisé petit à petit dans la cuisine végétarienne. plusieurs établissements spécialisés en cuisine végétarienne. J'ai passé une partie de ma vie quelques années au Canada, qui m'a ouvert à ma deuxième activité, cette activité de bien-être, que j'ai installée en rentrant en France. Et puis j'ai été aussi chef d'entreprise dans une entreprise que j'ai créée sur un produit très spécifique qu'on appelle la raw food, qui est de l'alimentation déshydratée. Et c'est une aventure qui a duré pendant huit ans où j'ai créé un produit. Il a fallu inventer toute la machinerie autour parce que rien n'existait. Je l'ai exploité 8 ans de façon très physique, très dure, parce que c'était une expérience nouvelle pour moi, sans vraiment d'expérience dans le milieu de la distribution, qui était complètement différent de mon métier de restaurateur. Ensuite, j'ai vendu cette entreprise à une grosse boîte allemande qui continuait à exploiter mon produit. Après, je suis revenu à mes premiers amours, c'est-à-dire une cuisine simple jusqu'à la fin de cette... Cette aventure qui s'est passée il y a un an maintenant. Voilà un petit peu mon parcours professionnel.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui a fait que tu as arrêté ton activité ?
- Speaker #1
Eh bien, mon état de santé. Voilà, mon état de santé parce que j'ai eu beaucoup de soucis de santé pendant les dernières années de mon expérience professionnelle. J'ai cumulé deux activités, deux entreprises qui étaient complètement différentes. Donc, j'ai pensé pendant huit ans à me lever à 5h du matin, à avoir ma première activité jusqu'à 14h de restaurateur. Je basculais sur ma deuxième activité de thérapeute bien-être qui dure à peu près jusqu'à 19h-20h, ça pendant 5 jours semaine. Et le restaurant, c'était du 6 jours semaine. Et le 7ème jour, j'étais déjà dans la mise en place de la nouvelle semaine qui commençait. Donc j'étais arrivé à un stade où avec toutes les alertes que j'ai eues physiques et les difficultés de maladie que j'ai eues, où il a fallu que je prenne une décision et je me dis qu'il fallait que j'arrête parce que si je continuais... Je sentais que j'allais pouvoir vraiment me retrouver dans une situation. qu'à l'être irréversible.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as eu comme problème de santé ?
- Speaker #1
J'ai eu plusieurs problèmes de santé. J'ai d'abord eu un problème d'addiction aux médicaments, c'est-à-dire que je ne dormais plus du tout. Donc il a fallu que je sois traité à ce niveau-là. Et je le suis d'ailleurs toujours, puisque ça fait maintenant une douzaine d'années que je prends des médicaments pour pouvoir dormir et me calmer. Et puis après, j'ai eu des problèmes au niveau de mon cœur. J'ai fait de la rythmie cardiaque très puissante. où je m'évanouissais. J'avais eu quelques alertes avant, mais je mettais ça sous compte de la fatigue, simplement. Donc, à la fois, je me disais, je suis fatigué, je vais dormir une journée, ça ira mieux. Jusqu'au jour où l'arrêt de mes cardiaques a vraiment pris le dessus et où là, j'avais à peu près entre... Ça pouvait m'arriver d'avoir par jour 40 à 60 crises d'arrêt de mes cardiaques où le cœur montait à 200. Ça pouvait me donner plusieurs minutes. En vivant dans un endroit magnifique en Bretagne, mais qui est aussi... assez difficile d'accès au niveau des soins médicaux rapides. Eh bien, il a fallu que je me fasse prendre en charge rapidement, mais c'était très compliqué ici. Donc ça a duré plusieurs mois et puis je n'avais pas le temps, je ne prenais pas le temps de me soigner, jusqu'au jour où j'ai vraiment eu une alerte très très puissante. Et là, je me suis quand même raisonné. J'ai réussi à me faire opérer quelques mois plus tard et pendant les mois qui ont précédé mon opération. J'étais toujours dans cet état, mais il était impossible pour moi de m'arrêter, puisque j'avais une activité professionnelle. Si moi je m'en allais, puisque j'étais restaurateur, mais d'abord cuisinier, donc le restaurant dépendait de mon activité à moi, bien que j'avais des employés. Je n'arrivais absolument pas à faire en sorte de me dire qu'il fallait que je me pose, ne serait-ce qu'une semaine ou quinze jours, pour pouvoir vraiment essayer de prendre ce problème à bras-le-corps jusqu'à ce que je tombe. Et à ce moment-là, je n'ai pas eu le choix que de... que de me raisonner et de me faire opérer.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu as eu comme opération ?
- Speaker #1
Alors, l'arythmie cardiaque, après, c'est un flux électrique dans notre cœur qui est intermittent. L'arythmie cardiaque, en fait, on peut comparer ça à un circuit électrique qui doit suivre un circuit, mais quand on fait de l'arythmie, il prend d'autres circuits. Ce qui fait que le circuit n'est plus du tout dans un rythme régulier et qui s'emballe. Et après, ça baisse. C'est ça, la rythmique cardiaque. Ça peut être dangereux parce qu'on a des pertes de conscience. On peut aller jusqu'à la perte de conscience. Ce qui m'est arrivé, ça m'est arrivé deux fois au volant de ma voiture. Donc, ça peut être très dangereux parce que ça ne prévient pas. Ça, ça a été ma première alerte qui a dit qu'il fallait que je vende mon restaurant. Quelques mois après la vente de mon restaurant, là, ça s'est vraiment aggravé. Parce qu'après, là, j'ai fait une crise cardiaque. Où là, j'ai vraiment failli perdre la vie à quelques... On va dire à une heure près, j'étais vraiment en train de perdre la vie. Donc ça, ça fait maintenant un an. Il y a quelques jours, c'était la date anniversaire de ma crise cardiaque. Voilà, donc je m'en suis remis. J'ai la chance maintenant d'avoir une seule activité que je peux gérer au niveau du temps, mais ça m'a beaucoup affaibli physiquement. Je suis sous traitement à vie. J'ai des soucis lombaires beaucoup, puisque dans ce métier de cuisinier, on est... On est toujours dans des positions différentes. Donc je fais un rétrécissement de la paro-landaire qui joue sur ma moelle épinière. Et là, je suis en train de le traiter. C'est loin d'être terminé. Je suis en phase d'examen plus approfondi. Et puis dernièrement, il y a deux mois, j'ai fait une hernie inguinale qui est extrêmement douloureuse. Et toutes ces maladies, en fait, elles sont vues à un grand stress que j'avais vivé précédemment et puis qui l'a lâché. Mais j'ai vraiment le sentiment que notre corps subit, subit, subit tant qu'on lui demande. Et puis à un petit moment donné, soit il se rebelle avant, mais le jour où on lui donne l'information qu'on est au repos, il nous dit, il y a un petit crédit à payer, quoi, il va falloir le payer. Je suis en plein dedans en ce moment.
- Speaker #0
Tu n'avais pas un côté héréditaire, des antécédents personnels ? Rien,
- Speaker #1
absolument rien, non, rien du tout.
- Speaker #0
Est-ce que le corps médical ? Tu as expliqué que la plupart de ces problèmes de santé avaient été dus à la vie que tu menais, le rythme que tu avais en tant qu'entrepreneur.
- Speaker #1
Eh bien, pendant mon rythme d'entrepreneur sur ces deux activités, le corps médical me disait de me poser. Mais bien évidemment, pour des tas de raisons, à la fois financières, à la fois parce qu'on est dans le fait qu'on se sent complètement invincible, on ne s'arrête pas. Et donc, je me disais non, c'est bon, ça va aller. Je suis vraiment de me reposer un petit peu et puis ça va aller. Donc, ils m'ont alerté plusieurs fois. Je pense que comme c'était de façon ponctuelle, je ne l'ai pas forcément entendu parce que je l'entendais peut-être quelques jours. Et après, je repartais dans mon rythme d'entrepreneur et j'oubliais.
- Speaker #0
Ton activité de bien-être, c'est dans quelle spécialité aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors moi, c'est paradoxal. J'ai une activité de bien-être où je travaille sur les gens de façon thérapeutique pour leur permettre de penser à eux. C'est toujours l'histoire du cordonnier mal chaussé.
- Speaker #0
C'est souvent les gens que je croise qui me disent « c'est génial votre truc, Chester, mais je ne me sens pas concernée, ce serait bien pour les autres » .
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Donc, ça fait maintenant une dizaine d'années que j'exerce cette activité. J'organise des séminaires sur cette activité de bien-être, sur différentes techniques de relaxation, de méditation, pour que les gens puissent à un moment donné amener du bien-être, du repos ou du calme. en nous. Voilà, c'est ça mon activité en ce moment.
- Speaker #0
Comment organises-tu tes journées aujourd'hui ? Qu'est-ce que tu as changé dans ton quotidien ?
- Speaker #1
Ce que j'ai changé dans mon quotidien, c'est que ça m'a permis d'avoir la réflexion de me mettre au centre de mon activité. D'abord moi, et comment est-ce que je construis mon activité autour de moi et de ma famille. Je pense que si j'avais compris ça plus tôt, je pense que j'aurais évité tous ces soucis de santé. En tous les cas, je pense qu'ils auraient été beaucoup moins virulents et que j'aurais pu... Certainement les prévenir, en tous les cas, qu'ils soient beaucoup moins violents qu'ils l'ont été.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu ferais autrement si c'était à refaire ?
- Speaker #1
J'arrêterais d'être passionné par ce que je fais. Je mettrais un petit peu de raison dans les deux métiers que j'ai eus, puisque maintenant j'en ai plus qu'un. Ça veut dire qu'en fait, on est souvent aveuglé, pas par la réussite, mais par le fait de vouloir toujours donner le meilleur de nous-mêmes. Et on arrive à s'oublier complètement. Donc je pense que c'est ça que je changerais profondément. c'est-à-dire arrêter de m'oublier comme j'ai pu le faire pendant pratiquement 25 ans de ma vie. J'ai rarement travaillé pour les autres parce que j'ai toujours eu de la difficulté à ce qu'on me donne des ordres, tout simplement. Donc j'ai très vite été entrepreneur, très rapidement. Je devais avoir 26 ou 27 ans quand j'ai commencé à avoir ma première entreprise, mais parce que j'étais passionné par ça, parce que j'adorais... Je pense que n'importe quel entrepreneur est passionné par son métier, quel qu'il soit. Moi, le mien, c'était la convivialité, le fait de se retrouver autour d'une table, dans un bon produit, le fait de faire passer un bon moment à mes clients, dans le respect avec beaucoup de valeur, dans le respect du produit, des gens, des animaux, enfin tout ça. C'était important pour moi. Mon métier m'a permis aussi de pouvoir transmettre mes valeurs à travers ce que je pouvais proposer à ma clientèle. Mais ça m'aveuglait tellement que je me suis complètement oublié. Je pense que ce que je changerais, ce serait vraiment ça. Le fait d'arrêter de m'oublier pour ma passion.
- Speaker #0
Et en termes d'organisation concrète, si tu devais relancer une activité maintenant, comment tu poserais un cadre pour ne pas te faire happer par cette passion ?
- Speaker #1
Eh bien, je pense que je déléguerais plus. Ça, je pense que ce serait la première des intentions que je donnerais à mon entreprise dès le départ. Je structurerai mon entreprise pour ne pas être indispensable à mon entreprise. C'est-à-dire qu'elle puisse absolument pouvoir exister sans moi pendant un laps de temps. Alors bien évidemment, pas de façon permanente, sinon ça n'a plus de sens, parce que c'est quand même, chaque entrepreneur amène l'énergie, un souffle, l'énergie de son entreprise. Mais en tous les cas, de faire en sorte de pouvoir ne pas y être au quotidien. Je pense que j'aurais commencé par ça. Et ça, c'est quelque chose que je n'ai jamais vu. Pas parce que je désirais être... indispensable pour moi, pour mon égo, simplement parce que je voulais que ce soit parfait comme je le voulais moi. J'imaginais que si je n'y étais pas, ça ne pouvait pas l'être. Et mes différents problèmes de santé m'ont montré que je m'étais trompé pendant des années en fait.
- Speaker #0
Quels ont été les facteurs, les habitudes qui ont impacté défavorablement ta santé ?
- Speaker #1
Eh bien, la cigarette. Je pense que... Tous les gens qui ont une activité intense, on va tous chercher une béquille. Elle peut être sportive, dans l'excès aussi. Elle peut être au niveau d'une addiction quelconque, l'alcool. Moi, j'ai eu la chance de ne jamais boire de ma vie, donc ça m'a sauvé. Mais je fumais énormément, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je buvais une quinzaine de cafés par jour, voilà. J'étais un vrai fumeur. Je me levais et la première chose que je faisais, c'était boire un café et allumer une cigarette. C'est ce qu'on appelle les vrais fumeurs. Ça, bien évidemment, c'est des facteurs à risque. J'ai aussi des soucis aux poumons qui, pour l'instant, sont stagnants. On va dire qu'ils n'ont pas évolué depuis trois ans, mais j'ai des poumons d'un ancien fumeur. Ça, c'est des risques. Le fait de ne pas pouvoir être constamment, pas forcément dans le stress, mais en tous les cas dans l'activité et de faire en sorte que notre corps ne se relâche jamais. Ça m'a obligé à un moment donné à prendre des médicaments pour pouvoir dormir, tout simplement. Donc ça, c'est quelque chose qui est très pernicieux. Parce que...
- Speaker #0
Ça avait du mal à déconnecter. C'était pour déconnecter.
- Speaker #1
Complètement, oui. Je pense que c'est valable pour n'importe quel métier. Mais dans la restauration, on est toujours dans l'anticipation. Il faut que je commande mes produits. Il faut que je fasse mon menu pour la semaine prochaine. Il faut que... Enfin voilà, donc on est en permanence dans l'anticipation. C'est un métier où on ne s'arrête pas. Je pense que pour les entrepreneurs, c'est pareil. En fait, notre activité ne s'arrête pas quand on ferme la porte de notre établissement. ma restauration je pense que c'est quand même un petit peu plus poussé par rapport aux obligations qu'on peut avoir en amont d'un service. Donc il faut tenir, et je pense qu'on a tous une forme de béquille, et moi ça a été beaucoup, beaucoup, la cigarette, le café, énormément, énormément. Et ça, bien évidemment, ce sont des gros facteurs à risque, à la fois au niveau pulmonaire et bien évidemment au niveau cardiaque.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais le temps de faire un peu de sport ou tu ne faisais aucune activité ?
- Speaker #1
Je faisais très peu d'activités parce que quand j'arrêtais, je m'effondrais. Mon corps ne suivait pas, donc je gardais toute mon énergie pour mes activités professionnelles. Je me suis mis au sport il y a peut-être deux ans, trois ans maintenant, de façon, on va dire, intensive pour moi, puisque j'en fais quatre à cinq heures semaine maintenant. Je pense que c'est quelque chose que j'aurais mis en place aussi dans la façon de construire mon emploi du temps, c'est-à-dire d'avoir une activité physique qui puisse à la fois me servir de levier de décompression et à la fois qui puisse entretenir mon corps. Mais c'est vrai que le souci quand on est entrepreneur, c'est qu'on a l'impression qu'on n'a jamais le temps en fait, ce qui est complètement faux, mais c'est quelque chose qu'on est tellement ancré dans ce qu'on fait qu'on voit que ça et ça, c'est un vrai danger.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses qu'un dépistage un peu précoce aurait changé la donne, aurait changé les choses pour toi ?
- Speaker #1
Oui, je pense que oui. Je pense qu'il aurait surtout fallu me le faire rentrer dans la tête. J'ai eu quelques dépistages, j'ai eu quelques alertes. Hormis ma femme qui me disait « mais là, ça ne va pas » . Mais la plupart du temps, on n'écoute pas vraiment nos proches. En tous les cas, on a du mal à entendre ça. Je pense qu'on entend mieux de la part de quelqu'un extérieur à notre environnement familial. Je pense que j'aurais surtout eu besoin de quelqu'un qui m'alerte, mais je dirais de... pas forcément de façon professionnelle, avec un accompagnement qui aurait été peut-être plus, pas psychologique, mais de relation, relationnel, on va dire ça comme ça. Oui, je pense que ça aurait été important, au-delà de ma famille, bien évidemment.
- Speaker #0
Aujourd'hui, on essaye d'organiser, enfin, on n'essaye pas, on le fait, on le fait bien, mais en tout cas, ce n'est pas évident d'amener les dirigeants dans cette démarche tous les jours. Mais on essaye par tous les moyens de faire de la pédagogie pour qu'ils se soignent, face Attention à eux, comment tu verrais les choses ? Qu'est-ce que tu me conseilles pour aider plus de dirigeants à prendre conscience qu'attendre que leur corps les lâche, ce n'est pas une bonne idée ?
- Speaker #1
Je ne suis pas capable de te conseiller, mais je peux te dire ce dont moi j'aurais eu besoin en tous les cas. Je pense que ça passe surtout par un état des lieux. Dans mon cas à moi, il aurait fallu que je trouve le temps de ça. et c'est hyper compliqué de se dire on va se prendre en charge alors il faut aller voir d'abord le médecin traitant une fois qu'on a vu le médecin traitant elle nous dirige vers un spécialiste donc il faut prendre le spécialiste le spécialiste c'est quelquefois déjà une heure d'attente au téléphone pendant ce temps là ma viande elle ne cuit pas après il faut qu'une fois qu'on a rendez-vous ou elle a cramé après il faut prendre un rendez-vous une fois que j'ai la standardiste au téléphone ça va me dire vous avez rendez-vous dans 2 mois, 3 mois, 6 mois Moi, j'ai eu le cas ici, quand j'ai fait mon arrêt de mi-cardiaque, et j'avais 4 ou 6 mois, ou 7 mois, je ne me souviens plus, pour avoir un rendez-vous avec un cardiologue. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je suis allé sur Paris, du coup. Je me suis déplacé à Paris, où j'ai réussi à avoir un rendez-vous sous 15 jours. Et donc, j'ai fait plusieurs allers-retours sur Paris, pour pouvoir être pris en charge rapidement, et pour pouvoir me faire opérer. Mais parce que j'étais en état d'urgence. À chaque fois que j'ai eu une alerte, Comme je n'étais pas en état d'urgence, je laissais tomber. Je me disais, c'est bon, je ne vais pas perdre du temps alors que mon entreprise a besoin de moi. Je n'ai pas ce temps à perdre en fait. Donc je pense que c'est vraiment important de se dire qu'on peut être aidé par rapport à ça.
- Speaker #0
Quelle est la différence entre quelqu'un qui est salarié, qui est très investi dans son boulot, et quelqu'un qui bosse pour lui, c'est sa boîte. Est-ce qu'il aborde sa santé différemment ?
- Speaker #1
Je pense qu'il y a deux choses qui font la différence. c'est à la fois noter notre passion et à la fois notre banquier. C'est-à-dire que si ma passion m'emporte et me fait complètement occulter l'intérêt que je peux porter à moi-même, et puis à la fin mon banquier, dans le sens où j'ai une entreprise, elle doit tourner, je dois faire rentrer du chiffre, je dois payer mes salariés et tout ce que je dois payer. Et donc ce sont deux paramètres qui font que c'est vraiment compliqué de se dire qu'à un moment donné, il faut se permettre de pouvoir arrêter.
- Speaker #0
Et même quelques heures, parce qu'il m'arrive régulièrement que les gens disent « j'avais rendez-vous chez le cardio, mais comme c'était dans six mois, le jour J, j'avais un appel d'offre, j'avais un client, je suis allée voir mon client et je ne suis pas allée au rendez-vous » .
- Speaker #1
Oui, ça m'est arrivé d'oublier quelques rendez-vous, bien sûr, parce que c'est tellement loin qu'on n'arrive pas à se projeter, on a beau le mettre dix fois dans son téléphone, si on a une urgence, on va prioriser l'urgence sur notre entreprise, bien évidemment.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui ne marche pas très bien dans le système de santé ? Parce qu'ils auraient pu réussir à t'aider à prendre conscience, à mieux t'accompagner. D'après toi, qu'est-ce qui ne marche pas très bien dans le système de santé ?
- Speaker #1
Tu vois, je pense que mon approche que je peux avoir dans le bien-être m'a permis de comprendre que la médecine dans le système de santé est extrêmement importante. Mais il n'y a pas un système de santé, je dirais, dans une guérison holistique. c'est à dire que on a un problème cardiaque, on va aller voir un spécialiste du cœur. Moi, j'appelle ça des plombiers, et on les respecte profondément, bien évidemment, parce que Dieu sait si... Des garagistes ! On a le cœur, on va s'occuper du cœur, mais autour du cœur, il y a un être humain. Et souvent, par manque de temps, par manque de moyens, je ne sais pas, parce que je ne connais pas trop ce monde médité, alors que quand je suis leur patient, je pense qu'il n'y a pas une considération holistique de la guérison, dans le sens où c'est une personne autour de tout ça, et Et que ça, je pense que si on me l'avait amené, je pense que j'aurais peut-être réagi différemment dans ma prévention et écouté les messages qui pouvaient me parvenir.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'aurait fait réagir fortement ? Au-delà de l'urgence où là tu vois le mur, qu'est-ce qui aurait été driver, source de motivation qui t'aurait fait bouger ?
- Speaker #1
Ce qui m'aurait fait bouger, c'est si j'avais pris conscience que ça allait me diminuer physiquement. Ça, ça m'aurait fait bouger. Parce que je me rends compte maintenant, je suis diminué physiquement et c'est quelque chose qui est très difficile pour moi d'accepter.
- Speaker #0
Par exemple, qu'est-ce que tu ne peux pas faire aujourd'hui ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, je dois beaucoup me reposer. Il y a des jours où je me lève et où je suis vraiment très très fatigué. Donc je sais que dans les jours comme ça, je ne peux rien faire. Et pour moi, c'est très difficile à accepter, même un an après. C'est quelque chose qui est très difficile d'accepter. Je ne peux plus courir parce que ce n'est pas du tout recommandé pour ce que j'ai au niveau du cœur. Je peux difficilement aller en altitude alors que j'aime la montagne et que j'ai un de mes enfants qui y vit. C'est compliqué pour moi de monter en altitude. Je suis un passionné de rugby. Il y a longtemps qu'il a fallu que j'arrête parce que c'était possible. Je suis dans des sports douche, du vélo, beaucoup d'endurance. C'est très bien aussi. Mais je me sens vraiment diminué dans mon corps. Je marche 6 ou 7 kilomètres et je suis tout de suite très fatigué. Je dois faire attention en permanence quand je fais du sport à mon rythme cardiaque. Il faut que je me surveille en permanence parce que je ne dois pas dépasser un certain rythme cardiaque. Et tout ça, ça me diminue fortement. Et je sens vraiment que j'ai perdu beaucoup d'énergie et de puissance qu'on peut avoir dans son corps physique quand on en est en temps.
- Speaker #0
On n'a pas tendance à se sentir dans la gratitude du fait de se mettre debout sur ses deux jambes, de marcher sans être essoufflé. de s'asseoir sans être trop dérangé, sans avoir trop mal. Tu sais, des choses très simples de la vie. Et quand on ne les a pas, on dit quand même c'est cool de respirer sans être essoufflé.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et malheureusement, je pense que c'est déjà un trait humain d'aller contre le mur. Mais je pense que c'est démultiplié quand on est entrepreneur. Parce que je pense très sincèrement. Et j'en discute avec d'autres amis. qui ont des entreprises dans d'autres secteurs d'activité. Et en fait, je leur dis, vous voyez, qui sont plus jeunes que moi, qui sont encore en activité, quoi, et qui sont dans le même schéma dans lequel j'ai pu être moi précédemment. Et je leur dis, mais regardez-moi où j'en suis aujourd'hui, donc faites attention. Mais je vois que ça rentre pas beaucoup.
- Speaker #0
Ça les fait pas bouger. Est-ce que c'est un côté masculin de l'éducation, de la société, de faire moins attention à soi, d'aller voir le médecin ? un peu moins ou des soins de médecine alternative. Est-ce que c'est lié un peu à une éducation qu'on donne aux garçons ?
- Speaker #1
Alors, je pense que c'est lié à deux facteurs. Je pense qu'effectivement, c'est lié à l'éducation où les hommes doivent être là, doivent être forts, ne doivent pas se plaindre, tout ça.
- Speaker #0
Moins s'écouter.
- Speaker #1
Moins s'écouter, mais je pense que vous, les femmes, dans vos gènes, vous avez... Quelque chose que les hommes n'ont pas, c'est la notion du sacré de la vie. Vous la donnez déjà, nous non ? Donc ça fait une grosse différence. Et je pense que les femmes entrepreneuses, elles sont d'abord femmes aussi, et elles ont beaucoup plus la notion du fait de respecter leur corps, de respecter qu'elles s'écoutent beaucoup plus que nous. Alors c'est à la fois sociétal, je pense, mais pas que. Je pense que c'est aussi une question de... Biologique,
- Speaker #0
quoi. Oui, tout à fait, oui. On est protégé davantage jusqu'à la ménopause par les hormones. Après, ça se barre en cacahuètes. Mais en tout cas, on n'est pas fait pareil, d'ailleurs. Oui,
- Speaker #1
tout à fait. Je pense que le texte fort, ce n'est pas celui que l'on définit à chaque fois.
- Speaker #0
Ça va plaire. Je ne sais pas si on va le garder au montage. OK, alors. Pour terminer, le podcast Attitude, je l'ai lancé en me disant que la vie, c'est 10% de ce qui t'arrive et 90% de comment tu le prends. Donc aujourd'hui, tu as fait le pari de faire attention à toi, de changer de vie, etc. Comment tu vis les choses au quotidien ? Comment ton attitude, ce côté résilient ? T'aides à passer malgré tout cette épreuve ?
- Speaker #1
J'ai plus de temps pour moi, ce qui me permet d'être plus conscient de ce que je vis. Voilà, je pense que ça c'est vraiment important. Au-delà des difficultés que j'ai d'accepter ma diminution physique, le fait d'avoir plus d'introspection me permet de voir les choses sous un angle différent parce que j'ai le temps pour ça, voilà. Et donc cette résilience, elle s'installe petit à petit au quotidien parce que j'ai du temps. temps au quotidien maintenant que je n'avais pas avant.
- Speaker #0
Est-ce que tu vois les choses différemment ? Est-ce que tu sais le papier, le devis, le truc que tu aurais fait dans la seconde peut aujourd'hui attendre une semaine ?
- Speaker #1
Aujourd'hui, c'est moi la priorité. Donc si moi, j'ai pas envie, j'ai pas envie. Même si c'est urgent, l'urgence, c'est moi, c'est plus mon entreprise.
- Speaker #0
Alors, ce qui me semblait important, et je te remercie d'avoir pris le temps de témoigner, c'est d'expliquer qu'un dirigeant, il a rarement peur de mourir, parce que souvent, les problèmes sont réglés quand il est mort. Il a une assurance pour ça, alors il y a sa famille, etc. Il n'a parfois même pas peur de la maladie en tant que telle, mais il a peur de ne plus pouvoir être aux commandes de sa boîte. Il a peur de ne plus pouvoir profiter de ce qu'il a construit. Je discutais ce matin avec quelqu'un qui me disait euh... Je veux aller jusqu'au bout de ma carrière et je veux avoir quelques années pour profiter. Déjà, il y en a qui imaginent qu'ils vont vivre quand ils vont être à la retraite, c'est un peu tard. Mais il y en a aussi qui sont dans une dernière tranche de leur carrière et ils se disent je ne veux pas être trop mal pour cette dernière tranche et pour après. Donc je ne veux pas trop mal finir. Et donc mon but c'est de faire attention à moi pour être en bon état, pour bien vieillir. Et ça, ça fait bouger certains dirigeants. C'est très beau, on va s'arrêter sur ça. Merci Serge.