- Speaker #0
Le capital santé, c'est l'essentiel. Sans lui, plus rien ne se fait. Mais du jour au lendemain, tu es là pour plus personne quand tu es malade, tu n'existes plus. Mais dans le monde du travail, on est passé à autre chose. C'est là où si tu n'as pas de projet, tu vas avoir à gérer ta maladie mais une belle dépression. On n'a plus le temps de s'occuper de toi même si tu es le fondateur de l'entreprise.
- Speaker #1
Le psychothérapeute et psychiatre Victor Frankel travaillait presque exclusivement avec des patients suicidaires avant d'être envoyés en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant au paravent, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir. Il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, se battaient pour survivre. « Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement, développer des stratégies pour survivre, trouver une raison de vivre, pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit, mais on progresse en tant qu'être humain. Il disait que, quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir au moins une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements. Bienvenue dans notre podcast « Attitude » . Podcast du service STEP, le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique et en Suisse. Je suis Iris Ramos, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir mon... tout premier invité, Christian Chiyou. Christian, tu me fais l'honneur de faire mon premier podcast. Très heureuse de t'avoir. Tu es médecin biologiste. Plaisir aujourd'hui d'avoir Biogroupe comme partenaire dans la partie bilan biologique et accompagnement de nos clients. Raconte-moi comment tu es arrivé dans ce monde, dans cette profession. Bonjour,
- Speaker #0
j'allais vous dire un petit peu par hasard. J'avais fait des études de médecine pour être... médecin généraliste, un petit peu ce que je connaissais chez moi dans ma campagne. C'est un métier qui me passionnait, enfin que je trouvais extrêmement intéressant. Et puis j'ai mes camarades qui se sont mis à passer le concours de l'internat, enfin à préparer le concours de l'internat. Je les ai accompagnés en me disant ça me fera pas de mal, ça me fera tout revoir. Et puis j'ai été reçu au concours de l'internat pour faire de la biologie médicale, chose qui ne me passionnait pas vraiment vraiment vraiment. Donc je m'étais amusé à faire à côté de la réanimation pédiatrique, pédiatrie, de la pédiatrie, tout. court. Et puis, c'était encore à l'époque, parce que je suis un vieux monsieur où il y avait le service militaire, et j'avais décidé qu'en sortant du service militaire, je ne m'étais pas vraiment impliqué dans les études de biologie médicale. J'allais reprendre la vie, finir mon internat de médecine générale pour acheter un cabinet de médecine générale et de me lancer à l'aventure. Et en fait, le destin est toujours un petit peu bizarre. Parce que j'avais rencontré, en sortant du service militaire, un de mes anciens professeurs qui était bactériologiste. Et qui m'avait dit, viens donc chez nous faire des gardes, tu vas voir, c'est très différent. Et là, j'ai rencontré un monsieur qui malheureusement est décédé. Mais un monsieur qui m'a passionné pour la biologie. Et donc en presque un an, parce que j'avais pris beaucoup de retard pour penser... tous les DES de biologie, j'ai acquis tous mes DES et je suis devenu biologiste de cette façon. Et je suis rentré dans un laboratoire d'analyse de biologie privée qui, à l'époque, m'intéressait énormément parce qu'on gérait pas mal de pathologies, notamment des pathologies hospitalières. Ça allait de la naissance ou même de la procréation médicalement assistée jusqu'à la chirurgie cardiaque en passant par une grosse clinique de cancérologie où on était à même de travailler sur plusieurs sujets. Et petit à petit... petit à petit, la loi concernant la biologie médicale a évolué. Donc d'un laboratoire, on est passé à 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, bref, une trentaine dans la région centre, en ce qui me concerne. Et puis à partir de ce moment-là, on s'est dit, ouais, ben là, il faut qu'on continue. On est allé voir nos amis dans la région Grand Ouest, Bretagne, Maine-et-Loire. la SART et on a créé un groupe qui à l'époque s'appelait Laborison et ce groupe au bout de 5 ans est devenu quelque chose d'assez important et nous avons fusionné Laborison avec Biogroupe ça maintenant quelques années pour devenir le leader de la biologie médicale française avec 27%
- Speaker #1
de part de marché Si ma mémoire est bonne,
- Speaker #0
vous avez 1800 sites partout en France Alors en France ça doit être 988 et 1800 en Europe Enfin, le France et l'Europe.
- Speaker #1
Donc 27% des parts de marché de la biologie médicale en France. Oui. C'est très significatif. Jusqu'à quand tu as été aux commandes ? Raconte-moi toute la partie évolution, mais surtout à quel moment tu as un peu arrêté.
- Speaker #0
En pratique, j'aurais pu être encore aux commandes, mais c'est moi qui ai fait le choix d'arrêter. En gros, les dernières années de mon exercice, c'était un petit peu compliqué, puisque c'était les années Covid. Et donc, on faisait beaucoup de dépistages Covid. Moi, à Tours, j'en faisais jusqu'à 33 000 par jour. Donc, prélever, analyser, rendu. Ça nécessite quand même une belle organisation. C'est beaucoup de travail, c'est du 24-24, 7 jours sur 7. Et puis, à côté de ça, nous faisions le séquençage pour Santé publique France, pour étudier les mutations du virus. nous faisait encore beaucoup plus de travail. Bref, je travaillais en gros entre 15 et 18 heures par jour, pour ne pas dire un petit peu plus. Arrivé à la soixantaine, j'étais très très très fatigué. J'avais surtout relativement mal à l'épaule, mais vraiment, ça devenait tous les jours un peu plus pénible. Et je m'étais dit, bon, mon petit pépère, t'as 60 balais, tu viens me faire la maladie typique du gars qui vieillit, tu me fais une rupture de la coiffe de rotator. Bon, et en fait, je suis quand même allé voir un jeune confrère pour me dire, bon voilà, comment on fait, qu'est-ce qu'on fait ? J'ai fait une IRM, et quand j'ai passé l'IRM trois jours après, c'était pas du tout une rupture de la coiffe de rotateur, c'était une immense lacune de 6 cm dans l'humérus. Donc là, j'ai tout de suite fait le diagnostic, parce que ça revenait mon métier. Je me suis découvert un très très beau mielôme. Là, c'est le ciel qui vous tombe sur la tête. C'est-à-dire, vous êtes à fond, vous gérez des tas de choses en même temps. C'est une habitude, vous dormez. et d'un seul coup on dit ah non mais là maintenant tu touches à plus rien et en plus l'humérus a cassé 48 heures après spontanément donc donc j'ai bien été obligé de m'arrêter. Mais c'est un coup de tonnerre, c'est une vraie déflagration, c'est la vie qui s'arrête. Or, ce d'autant qu'étant du métier, je savais ce qui m'attendait quand je me suis diagnostiqué le mielot, je savais quel était le parcours. Et malheureusement, j'en connais aussi l'issue avec éventuellement le pronostic et la durée de ce pronostic. Ça n'arrange jamais rien pour avoir le bon moral. Bon, c'est pour autant que je suis allé voir une de mes... confosseur qui est thématologiste, qui m'a bien pris en charge, et qui m'a permis de faire mon autogreffe, de faire toute ma chimio, mon immunothérapie, et mon suivi, et aujourd'hui, quand je suis sorti de l'autogreffe, je me suis dit, bon, les questions, t'as passé beaucoup de 35 ans de ta vie à construire un laboratoire, t'as construit plein de choses, t'avais jusqu'à 600 salariés, beaucoup d'activités qu'on avait diversifiées jusqu'à de la génétique qui se faisait très peu, qui se fait très peu dans le privé. Tout ça, j'en étais relativement fier et content. C'est pour autant que ce n'est pas avec ça qu'on vit. Donc, j'ai pu aller voir mes associés. J'ai vendu toutes mes parts, sauf une. Et aujourd'hui, j'ai quitté définitivement le laboratoire. J'y vais relativement régulièrement pour faire mes prises de sang et rencontrer mes ex-collègues avec beaucoup de plaisir. D'ailleurs, on déjeune régulièrement ensemble. Mais je n'y mets plus les pieds pour travailler pour l'instant parce que c'est quelque chose d'extrêmement compliqué. c'est d'abord parce que Notre profession évolue extrêmement vite. La technologie évolue vite. Les prises en charge bougent beaucoup. Donc, il faudrait que je retourne un petit peu à l'école aujourd'hui pour m'y remettre vraiment.
- Speaker #1
Et comment tu as fait face à la situation ? Quand tu t'es vue face du problème, parce que le problème, tu le sentais, mais tu le laissais un peu de côté. Une fois que tu ne pouvais plus faire l'autruche, parce qu'il a bien fait pendant un temps, et pourtant tu es bien placée pour aller faire de la prévention. Une fois que les choses étaient là, Comment t'as fait face ? Comment tu as accueilli les choses ? Quel était ton état d'esprit à ce moment-là ? Qu'est-ce que t'as mis en place ? Comment t'as fait face ?
- Speaker #0
Se dire que j'ai gardé le sourire et que j'avais le moral, pendant quelques jours, ça a été compliqué. Et puis, moi, je suis d'une nature optimiste, durelle optimiste et un petit peu battant dans l'existence, en me disant, bon, il ne te reste peut-être pas beaucoup de mots à vivre, mais il faut au moins les vivre bien. Donc, un, on va faire le traitement. Donc ça, c'était le premier point. Puis, deuxièmement, tu ne déconnectes pas de ton entreprise dans la seconde non plus. Tu te dis, bon, les quelques jours, les quelques semaines qui me restent avant de rentrer dans une chambre stérile pour faire une autogreffe, il faut que tu les utilises à passer le flambeau. Entre le moment où je me suis diagnostiqué la maladie, c'est passé deux mois et demi. Ces deux mois et demi-là, je les ai pleinement utilisés pour former mon successeur, qui était quelqu'un de l'entreprise, qui connaissait parfaitement, mais qui n'avait pas toutes les relations avec les fournisseurs et ainsi de suite. Donc, j'ai utilisé ces deux mois et demi-là pour bien compacter et qu'il soit bien à l'aise demain pour reprendre le flambeau. Ça, c'était un point extrêmement important pour moi. Pas trop, je ne patouche pas, qu'il ait tous les éléments. J'ai ouvert tous les tiroirs, tous les placards et ainsi de suite, avec toutes les petites notices qui allaient bien, pour qu'il soit très à l'aise. pas vraiment besoin de moi. D'ailleurs, c'est comme ça que ça s'est pas entendu causé après.
- Speaker #1
Est-ce que tu étais indemnisé par ta prévoyance ? Comment t'as été pris en charge ?
- Speaker #0
Alors, ça, pour le coup, oui, j'ai été pleinement indemnisé par ma prévoyance. C'est toujours très drôle, la vie. Quand je me suis installé, j'avais mon beau-père qui était assureur et qui avait dit « Arrivez-vous avec les professions libérale y est. toujours un problème, la prévoyance et tout, vous négligez toujours ça jusqu'au jour où vous avez un problème et vous pleurez parce que rien n'est fait. Et ils nous avaient dit, il faut prendre ce type de prévoyance, vous verrez. Alors c'est sûr que quand tu reçois la cotisation, tu dis, peut-être pas, mais aujourd'hui, je ne regrette absolument pas, parce qu'effectivement, ça aussi s'est traversé avec une certaine sérénité, parce que ma prévoyance m'a apporté mes émoluments que je recevais au laboratoire. de par ma profession. Donc si tu veux, pendant ce temps-là, tu ne te poses pas de questions. Tu n'as pas besoin en plus de faire la manche à la sortie de l'hôpital.
- Speaker #1
Comment ça s'est passé le traitement ? Comment ça va aujourd'hui ? Et comment tu as trouvé du sens après ? Parce qu'une fois qu'on a été autant investi, ce n'est pas très facile de lâcher. Et je pense que ça aide à trouver du sens.
- Speaker #0
Alors, en fait, si tu veux, moi je suis un bâton. J'ai travaillé quasiment jusqu'à rentrer dans la chambre stérile. Moi, j'ai travaillé la veille au soir. J'étais encore au labo. Je suis rentré directement dans ma chambre stérile et il y a un moment, t'es obligé de couper. Alors c'est dur parce que t'as 200 mails par jour, 30 coups de fil ou l'inverse. Quand t'es aux commandes, t'es dit mais putain mais qu'est-ce qui m'emmerde avec tout ça ? Et le jour où tu te retrouves hospitalisé là, t'as plus rien. Tu n'existes plus pour personne. Et ça, c'est compliqué à vivre. Mais t'as une occupation qui arrive assez vite, puisqu'on va te mettre en aplasie parce que tu vas avoir 49 fieves, et ainsi de suite, je passe sur tous les détails parce que c'est pas les moments les plus sympathiques de ma vie que j'ai traversé. Mais c'est pour autant que j'ai été tout de suite plongé dans... autre chose, sans trop m'interroger sur moi-même, quoi. Sans trop ressasser le passé en me disant, ouais, le labo, ça n'avait pas le temps de me manquer parce que j'avais d'autres problématiques à gérer qui étaient moi et moi seul, quoi. Pour moi, ça a été compliqué. Et puis, quand tu sors d'une autografe, même si j'ai eu la chance de pas y être très très longtemps, moi, mon image, c'est la machine à laver, mais façon essorage, tu vois. Tu sors, je me souviens de l'interne qui m'avait dit, vous partez, vous allez voir, monsieur Chiu, ça vieillit, ça vous vieillit beaucoup. Quand même, t'es costaud, Jusqu'à maintenant, tu as toujours couru. Oui, en fait, pour faire lit, fauteuil, il faut que tu aies une chaise dans le milieu parce que les 15 mètres, tu fatigues pour les faire. J'exagère un peu, mais c'est ça. Donc, tu as dit, vous savez, en gros, c'est une grossesse. Pour s'en remettre, c'est 9 mois. C'est vrai. Alors pendant ces 9 mois-là, si tu veux, là tu commences à recogiter un peu, parce que petit à petit ça va de mieux en mieux. et tu te dis, bon, alors moi j'adore lire, donc c'est bien, mais il y a un moment, il faut que je bouge un petit peu, et la chance que j'ai eue, c'est que mon fils me dit, tiens, l'entreprise dans laquelle je travaille est à vendre, et donc je lui ai donné un coup de main pour qu'il l'achète, je lui ai donné un coup de main pour faire son quotidien de gestion, et ainsi de suite, tout en étant dans mon bureau, et ça me prenait quelques heures, mais ça me permettait de m'évader, et de ne plus penser à moi, et même de ne plus penser au labo et de faire autre chose.
- Speaker #1
Tu vois, on revient un peu à ce que disait Frankel quand il avait étudié les personnes à camp de concentration, ce psychiatre incroyable qui a un peu profité de ce temps pour voir comment les gens s'en sortaient. Il regardait les profils et ce n'est pas les plus forts physiquement qui s'en sortaient, ce n'est pas ceux qui étaient avec leur famille, ce n'est pas les plus forts mentalement, c'était tous ceux qui avaient un projet.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Et c'est vrai que ce qui te fait tenir et penser à demain, c'est de dire... tiens, j'ai un projet, j'ai quelque chose, ça me fait me lever, me donner l'énergie, etc. Donc, tu as forcément trouvé le meilleur médicament pour aller mieux. C'est aussi de voir quelque chose qui évolue, qui a des objectifs, du sens. Et en plus, en ralliant peut-être ça avec du temps à passer avec ton fils. Donc, en ayant donné également du sens à cette expérience. Il me semble important aussi de te demander ce que tu conseillerais à des dirigeants extrêmement occupés. préoccupés, pris, etc., qui imaginent que la douleur à l'épaule peut attendre l'année prochaine, parce qu'en attendant, ils l'ont normalisé, et que leur santé, c'est la dernière des préoccupations, parce qu'ils ont une boîte à faire tourner. Qu'est-ce que tu leur dirais ?
- Speaker #0
Alors, qu'ils ne fassent pas la connerie que j'ai faite, où j'avais accès quand même d'une façon simple à la prise de sang et au nombre d'analyses médicales illimitées que le laboratoire pouvait faire, moi, je pense... qu'un bon bilan annuel évite d'avoir mal à l'épaule comme j'ai eu. Je m'explique, c'est-à-dire que si j'avais eu un petit bilan 6, 9, 10 mois avant d'avoir mal à l'épaule, j'aurais fait le diagnostic de ma maladie, parce que c'était déjà existant. Donc je pense que l'idée n'est pas de faire des bilans tous les 15 jours, enfin nous, biologistes, on aimerait bien, mais c'est pas le but. Au moins, un très bon bilan tous les ans, c'est extrêmement important. Et c'est extrêmement important... d'autant plus quand ça vous est arrivé. Parce que moi, bon, ma santé, ça allait bien. Tu cours, tu fais ci, tu fais ça, tu fais ça. J'ai ma boîte avant tout. Sauf que quand on est malade, tu te rends compte d'un seul coup que le capital santé, c'est l'essentiel. Sans lui, plus rien ne se fait. Et puis tu te rends compte d'une deuxième chose, c'est que tu as couru toute ta vie. Tu as fait plein de choses, tu as construit, tu es à l'aise avec tout ce que tu fais et ainsi de suite. Et tu te dis, waouh, quand je m'arrêterai, j'aurai éventuellement un petit peu d'argent. Je vais pouvoir faire ci, je vais pouvoir faire ça. Et là, quand tu tombes malade... le « je vais pouvoir faire ci, je vais pouvoir faire ça » , d'un seul coup, ça s'assongrit et tu ne fais plus rien de ce que tu avais prévu de faire. Parce que ton capital santé ne te permettra plus de le faire. Alors que tout ça, tu peux l'éviter avec un simple bilan une fois par an. Tu sais ce que j'en pense, on en a longuement débattu tous les deux. Prévention, même pour le chef d'entreprise, c'est quelques minutes dans une année, mais pour moi, c'est essentiel pour bien continuer à vivre ensuite.
- Speaker #1
Et dans ta chambre d'hôpital, il n'y avait que ta famille et tes amis, il n'y avait pas un client. Il n'y avait pas des collègues du congrès international. C'est ça la question que je me pose souvent aussi. Dans la chambre d'hôpital d'un dirigeant, qui est présent ?
- Speaker #0
La mienne était un peu particulière parce que c'était une chambre stérile. Donc, à part moi et moi, il n'y avait pas grand monde d'autre. Mais après, ce qu'il faut bien penser, et je le disais tout à l'heure, tu reçois tous les jours 200 mails, 30 coups de fil ou l'inverse, peu importe. Et puis, tu en as marre, mais du jour au lendemain, tu n'es là pour plus personne quand tu es malade. Tu n'existes plus. Donc le après, que tu sois chez toi dans une chambre d'hôpital, t'auras éventuellement des bons copains qui vont venir te voir, mais dans le monde du travail, on est passé à autre chose. On n'a plus le temps de s'occuper de toi, même si tu es le fondateur de l'entreprise, même si on est passé à autre chose. C'est compliqué à gérer. Et c'est là où, si tu n'as pas de projet, non seulement tu vas avoir à gérer ta maladie, mais une belle dépression.
- Speaker #1
Il y a beaucoup de personnes aussi qui ne construisent rien personnellement à côté. Il y a même des femmes qui retardent l'âge pour faire un enfant, voire qui renoncent au fait d'avoir une famille. Il y en a beaucoup qui sont célibataires. Il y en a beaucoup qui n'ont rien construit personnellement. Et le problème, quand tu as dédié toute ta vie à ce travail-là, c'est que quand ça s'arrête, de manière brutale, si tu es malade, eh bien, il ne reste pas grand-chose. C'est important de mener de front des projets personnels, ta vie professionnelle, de faire attention à soi, parce que si... tu n'as plus un corps qui t'amène partout et pas de projet, non. Et puis surtout de s'accrocher à des choses qui ont du sens pour toi. Je rencontre beaucoup de personnes qui font des projets ou parce que les parents voulaient ça. Le sens de ce que tu fais au quotidien te porte, mais il faut que ça te tienne vraiment à cœur, que tu sois dans un alignement avec ce que tu aimes. Sinon, c'est très complexe de trouver la santé. parce que souvent on parle des problématiques de santé au travail, mais le travail c'est la santé. Et d'ailleurs dans les déterminants de la santé, les personnes qui ont un travail sont toujours en meilleure santé qu'il y a des personnes qui n'en ont pas. Donc on a tendance à beaucoup parler des problèmes de santé au travail, mais avoir un travail au sens projet, but, etc. c'est bon pour la santé, à condition que cela te parle, que cela te reflète, que cela t'amène tous les jours dans une flamme particulière. Est-ce que tu as un conseil à donner, un mot de la fin, des choses que tu voudrais partager, transmettre. J'ai tendance à dire que la vie ne se comprend qu'en marche arrière, mais ne se vit qu'en marche avant. Et c'est souvent quand les choses sont arrivées, qu'on comprend des choses qu'on aurait dû peut-être voir avant. Avec ton recul, qu'est-ce que tu voudrais transmettre ?
- Speaker #0
Beaucoup de choses, mais en quelques secondes, moi, je voulais transmettre tout ce que tu as dit. C'est-à-dire que le chef d'entreprise, c'est souvent un passionné. il fait les choses par passion. Et ta principale passion, c'est ton entreprise, quelque part. Et puis à un moment, t'as plus le choix, t'es pris dans les engrenages et t'es obligé de tourner. Ça, c'est vrai. Moi, je me suis éclaté à construire, je me suis éclaté, j'ai rencontré plein de gens, plein de choses. Mais encore une fois, et t'avais bien raison de dire, si t'as pas quelque chose à côté, et la famille est très importante, mais quelquefois, elle ne suffit pas non plus, si t'as pas un autre projet concret qui est autre que de repeindre les volets quand tu vas t'arrêter, je veux dire, un vrai projet concret, le jour où tout s'arrête, et ça n'arrive pas qu'aux autres, le fait que ça s'arrête. D'un seul coup, c'est un grand vide. Ça, c'est la première chose, c'est-à-dire qu'effectivement, d'avoir une petite marotte ou quelque chose à goûter, ça ne mange pas de pain et ce n'est pas le peu de temps que ça prendra au chef d'entreprise dans son temps de loisir qui obèrera la qualité de son entreprise. La deuxième chose, je reviens sur ce que je disais, la prévention, et pourtant Dieu sait si je suis bien placé, c'est pareil, ça ne prend que quelques minutes dans une année. C'est rien, c'est rien, mais qu'est-ce que ça peut faire gagner comme temps ? Qu'est-ce que ça peut faire gagner comme douleur ? Qu'est-ce que ça peut faire gagner comme carrière ? Aujourd'hui, moi, si ça ne m'était pas arrivé, je serais toujours la tête dans le guidon dans le laboratoire. Bon, je disais à ma femme, finalement, c'est pas drôle d'être tombé malade, mais ça m'a permis de m'ouvrir les yeux sur autre chose. et de revoir la vie, j'allais dire du bon côté, sans être pressé, sans être stressé, de revoir la vie, la vie de famille, tout ça, de prendre le temps de déjeuner, de discuter, de prendre le temps de... Alors même si c'est pas forcément mon quotidien, mais prendre le temps de, c'est vachement important. Chose qu'on n'a jamais le temps de faire quand on échappe d'entreprise. Donc ne pas négliger cette... de prévention. Je ne fais pas de la pub, Iris ne me paye pas pour ça.
- Speaker #1
Tu n'es pas client de Step. Je commence par toi parce que j'adore ce que tu représentes. Tu représentes cette sagesse qu'on n'a pas quand on entreprend, qu'on démarre. La réussite qui est la tienne, pas seulement professionnelle mais aussi personnelle. Il faut réussir à être une personne qu'on a envie d'être tous les jours. Ça provoque en moi l'admiration. Je suis très admirative de ton parcours. Donc, tu ne représentes pas... les clients de STEP qui peuvent être des dirigeants jeunes, moins jeunes, etc. en activité, mais tu représentes le profil du partenaire que j'ai envie d'avoir, puisque Biogroupe est engagé à nos côtés dans nos bilans. Tu représentes la sagesse que certains entrepreneurs n'ont pas et de laquelle on peut tous s'inspirer. Donc je tenais vraiment à ce que tu sois mon premier invité. Donc non, il n'est pas commissionné, il n'est pas client de STEP, mais il fait la promotion de la prévention pour une question simple. La première cause de mortalité, de maladie, c'est les problèmes cardiovasculaires et la seconde, c'est les cancers. La troisième, c'est tout ce qui est maladie respiratoire. Donc on néglige beaucoup trop ces dépistages du cancer. Je travaille avec la Fédération Nationale des Médecins Radiologues de France. En France, on ne fait plus que 50% de dépistage du cancer du sein, qui est le premier cancer, et que 50% de dépistage du cancer du poumon, alors qu'à partir de 50 ans, un scanner faible dose peut très bien limiter les problèmes. Quel est l'avantage de savoir tôt qu'il y a quelque chose à régler ? Parce que dans la tête des dirigeants et dans leur pensée magie, je ne veux pas savoir, et gars, là, ça va passer. Je préfère ne pas savoir. Donc, quel est l'intérêt de savoir tôt ? On parle de prévention, mais qu'est-ce que ça me change de savoir très tôt ?
- Speaker #0
Je peux te dire, aujourd'hui, ça change beaucoup de choses. Les traitements ont quand même énormément évolué. Et aujourd'hui, dès le début de la maladie, on peut traiter des maladies précisément, des maladies qui jusqu'alors étaient inguérissables. Aujourd'hui, on en guérit vraiment avec de l'immunothérapie. Et on n'est pas seulement en rémission. Parce qu'on a commencé à traiter à temps. Et c'est très important de bien comprendre ça. Parce que... Plus on tarde, plus ça devient compliqué à traiter, voire même c'est intraitable. Donc il faut bien le compliquer.
- Speaker #1
J'ai écouté un cancérologue, les conséquences sont plus lourdes. Plus on est loin dans l'évolution de la maladie, plus les traitements vont être envahissants et complexes. Donc ce n'est pas seulement le fait qu'on va guérir, mais surtout on va peiner beaucoup moins à aller mieux et on aura des traitements moins lourds.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr, ça c'est sûr. C'est sûr qu'aujourd'hui, plus on prend... Enfin, le dépistage est indispensable. parce que, enfin, je reviens dessus, c'est indispensable parce qu'au moins, d'abord, ça rassure que tout devient normal. Il y a une petite problématique, on peut l'anticiper. Et même avant même que la maladie soit définitivement installée, on peut commencer de faire du préventif pour éviter qu'elle s'installe. Mais c'est très important. C'est très, très important. Et la politique de l'autruche que j'ai faite d'une façon remarquable ne mène à rien, si ce n'est à être comme un couillon, avoir 200 grammes d'inox en plus dans le bras parce que... Finalement, le lumière russe a cassé. Donc, ça ne sert à rien. Ça ne sert à rien.
- Speaker #1
Tu es dans plein de projets et des projets que tu fais en respectant ton rythme et ces nouvelles façons de faire que tu as intégrées à ta vie. Merci de m'avoir accordé ce temps et merci de la confiance de Biogroupe pour STEP parce que vous faites partie des acteurs qui étaient là le premier jour. Notre but, c'est d'accompagner le plus de dirigeants possibles de professions libérales parce que les professions libérales sont très touchées. T'es gré. dans leur quotidien cette notion de santé, de prévention, pour qu'ils vivent mieux, pour qu'ils ne détestent pas tout ce qu'ils ont construit, qu'ils ne deviennent pas prisonniers de ce qui les a portés un jour, et pour qu'ils aient les mêmes chances que les autres personnes dans la population. Aujourd'hui, j'estime que le dirigeant n'a pas du tout la même couverture santé, pas seulement par rapport à la société qu'il a un peu oubliée, par rapport à son état d'esprit qui est protecteur par moments, mais aussi cette manière de laisser de côté les choses. cet état d'esprit de résilience qui est positif face à toutes les difficultés qu'on peut avoir, mais qui les empêche vraiment de demander l'aide, de l'intégrer, d'accepter qu'ils sont humains et que la santé est un actif comme tous les autres actifs de l'entreprise et de leur vie.
- Speaker #0
C'est un actif encore plus précieux que les autres.
- Speaker #1
C'est le premier, c'est vrai, c'est le premier. Merci beaucoup Christian.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
On arrête notre podcast aujourd'hui. Pour ceux qui nous écoutent, Attitude est le podcast de STEP, le premier service de santé des entrepreneurs en France, en Belgique et en Suisse. Notre objectif, c'est de pouvoir sensibiliser, accompagner les dirigeants pour qu'ils puissent s'occuper de leur santé, pour que cela devienne leur actif le plus précieux et accompagne leur projet.