- Speaker #0
Quand on m'a expliqué AVC, je me suis dit non, c'est pas possible, j'ai 51 ans, je suis en bonne santé, je fais du sport, il n'y a aucune raison que ce soit ça. Le fait de continuer à aider des gens, moi ça m'a donné une raison d'exister et de continuer à exister. Mon mari travaille encore, donc il me dit on fera ça à la retraite, je lui fais non, non, moi j'ai failli mourir, on va le faire maintenant.
- Speaker #1
Le psychothérapeute et psychiatre Victor Frankel travaillait presque exclusivement. avec des patients suicidaires avant d'être envoyés en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant au paravent, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir. Il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, se battaient pour survivre. « Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement. Développer des stratégies pour survivre. Trouver une raison de vivre. » pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit, mais on progresse en tant qu'être humain. Il disait que, quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir au moins une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements.
- Speaker #0
Bienvenue dans notre podcast Attitude, podcast du service Step. le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique et en Suisse. Je suis Iris Ramos, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode.
- Speaker #1
Bonjour, merci beaucoup. Je suis contente de vous recevoir aujourd'hui pour échanger dans notre podcast Attitude. Je vous laisse vous présenter.
- Speaker #0
Bonjour, je suis Marine Chausson. Et j'ai créé, il y a maintenant deux petites années, une structure qui s'appelle l'Avancée, qui s'occupe d'accompagner les entreprises sur les missions de réaccueil suite à des longs arrêts maladie, puisque j'ai été malade moi-même pendant plus de trois ans, enfin en tout cas trois ans en arrêt. Et à la fin de mon arrêt maladie, j'ai été licenciée pour inaptitude. Et je ne me sentais pas encore capable de n'avoir plus aucune activité. Et j'ai développé deux activités dans le cadre de la santé. Une première en tant que patient expert et la deuxième à destination des entreprises pour expliquer les process de réaccueil.
- Speaker #1
C'était quoi l'activité dans laquelle vous étiez avant, pendant l'arrêt ? C'était quel type d'activité, quel type de poste ?
- Speaker #0
J'intervenais dans le logement social et j'étais directeur générale d'un organisme HLM.
- Speaker #1
Avec pas mal de responsabilités.
- Speaker #0
Oui, beaucoup de responsabilités, notamment la responsabilité pénale. Quand j'ai eu mon accident, j'ai fait un AVC en mars 2021. En quelques heures, j'ai perdu ma vie d'avant, et notamment ma capacité à gérer le stress et les difficultés de fatigabilité qui impactent énormément ma concentration.
- Speaker #1
Encore aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, je fais attention à ne pas être chargée toute la journée.
- Speaker #1
Ok. Alors, est-ce que vous pouvez nous raconter, raconter aux auditeurs, parce que l'intérêt du podcast, c'est que les personnes puissent aussi comprendre quels sont les signes avant-coureurs et comment les choses arrivent, comment on fait après. Comment ça s'est passé pour vous ? Est-ce qu'il y avait des signes avant-coureurs au moment de l'accident, avant ?
- Speaker #0
Je ne les ai pas identifiés comme des signes avant-coureurs, mais de violents maux de tête et une très grosse fatigue. que j'ai mis sur le compte de la fatigue et du stress. Le malaise est arrivé. En fait, je me suis levée le matin très, très fatiguée. J'ai fait une fausse route au petit déjeuner. Mon jus d'orange est passé par le nez. Et en fait, j'allais chez le vétérinaire et je n'ai plus... Ma jambe s'est mal hachée, en fait, ma jambe droite. Elle ne répondait plus et je me suis écroulée. Et après, la moitié de mon corps s'est paralysée. J'ai fait un AVC ischémique, qui est un caillot dans la tête, et qui a détruit ma motricité. Donc je me suis retrouvée hémiplégique à droite.
- Speaker #1
Et vous étiez toute seule ? Vous avez appelé ?
- Speaker #0
J'avais adopté une petite chienne 15 jours avant. C'était la première visite chez le vétérinaire. Donc j'étais avec le vétérinaire, et c'est le vétérinaire qui a compris tout de suite ce que je faisais. Donc qui a prévenu les secours, qui s'est occupée de moi en attendant que l'ambulance arrive. et qui m'a expliqué que potentiellement j'étais en train de faire un accident vasculaire cérébral et que l'hôpital venait me chercher.
- Speaker #1
Comment s'est passée la période d'hospitalisation, l'arrêt, la suite, la rééducation ?
- Speaker #0
La période d'hospitalisation a été très courte puisque j'ai été 5 jours en unité neurovasculaire. Et dans ma chance, ça m'est arrivé à Annecy, donc il y a une excellente UNV présente. Et une place s'est très vite libérée dans un des centres de rééducation, qui était celui du Mont-Verrier, donc à Argonne. Ce qui fait que cinq jours après mon accident, j'ai été intégrée dans ce centre de rééducation. J'y suis restée un peu plus de six mois et presque deux ans de rééducation pour réapprendre à écrire, réapprendre à marcher, tout réapprendre.
- Speaker #1
Vous avez un entourage qui était soutenant ?
- Speaker #0
Pour remettre dans le contexte, Iris, on était en 2021, donc on était encore en post-Covid. À la sortie des soins intensifs, j'ai pu voir mon mari un petit quart d'heure. Après, je ne l'ai pas revu pendant plus de 15 jours. Quand je l'ai revu, c'était par la terrasse du Montvérier, puisqu'il n'y avait pas de visite autorisée. Et au bout de 40 jours, j'ai pu le voir. J'avais droit à une visite par semaine. Donc un coup mon mari, un coup ma fille, et derrière une vitre, comme à la prison. Donc ça a été très dur, mais mon entourage a été très soutenant grâce à la visio, le téléphone. Je savais qu'ils étaient là.
- Speaker #1
Parce que c'est important à ce moment-là d'avoir les personnes autour de nous. Donc à ce moment-là, on ne s'occupe que de soi parce qu'on ne peut pas faire autrement. Et au moment de revenir au travail, la vie n'est pas possible comme avant.
- Speaker #0
Ça s'est passé un peu différemment pour moi, parce qu'en tant que directeur général, j'avais quand même en charge un certain nombre de responsabilités. Ma gouvernance, en fait, ma présidente m'a appelée pendant que j'étais en rééducation pour me dire que je n'allais certainement pas pouvoir assurer mes fonctions comme avant et que du coup, c'était peut-être l'occasion de réfléchir à une rupture. Ça a été un premier très gros choc parce que j'étais encore en arrêt et que normalement, en arrêt, on ne parle pas de ces choses-là, réglementairement en tout cas. Et du coup, je lui ai dit que tant que j'étais en arrêt, c'était une situation à laquelle je ne réfléchissais pas. mais il a fallu que je me protège pour que ça n'impacte pas mon moral. Mais pendant ma rééducation, on m'a très vite expliqué que la vie d'avant, je ne pourrais plus l'assurer. Et on m'a aidée en fait à passer des étapes, notamment pour accepter que je ne pourrais plus être directeur général. J'ai longtemps, comme j'ai été trois ans en arrêt, j'ai longtemps espéré qu'on me proposerait un autre poste dans l'entreprise. jusqu'à ce que la sécurité sociale décide de mon invalidité et me dise qu'en fait j'avais une capacité de travail de trois demi-journées par semaine. Donc j'ai imaginé que dans l'entreprise de laquelle je venais, je pourrais faire quelque chose comme référent handicap, je pourrais accompagner les architectes puisque je construisais aussi des immeubles sur l'adaptation des logements. Je pouvais apporter de l'expérientiel sur ça. et à ce moment là on m'a répondu que Ça n'était pas à l'entreprise de s'adapter au desiderata du collaborateur, donc j'ai compris qu'on allait me licencier. Et c'est à partir de là qu'a germé l'idée d'aider les entreprises à travailler sur le réaccueil, en partant du postulat qu'on ne pouvait pas se plaindre d'avoir du mal à recruter des talents, et que dès qu'un talent mettait un genou à terre, la meilleure solution c'était de s'en séparer.
- Speaker #1
Je dis souvent aux dirigeants qui viennent faire nos programmes de santé, eux sont un peu en train d'anticiper, je leur dis quand même que la société n'a rien prévu pour eux s'ils mettent un gel water. Et pire que ça, qu'elle les mangera tout cru. Et c'est terrible, mais c'est la réalité. C'est-à-dire qu'en général, comme ils ne sont pas prêts, comme ils ne savent pas comment faire, Comme il voit d'abord la contrainte, la maladie est là, l'accident est là, et en plus de ça, l'incompréhension de ne pas avoir le soutien de son employeur, de la société, etc. Ce qui est d'autant plus difficile pour quelqu'un, par exemple, qui n'a pas une prévoyance, qui n'a pas de chômage, qui n'a pas d'assurance. Concrètement, ça s'était passé comment pour vous ? Comment vous aviez assuré un peu ce côté pratique ?
- Speaker #0
Moi j'ai eu vraiment de la chance, en fait quand j'ai pris mes fonctions quelques années avant, j'ai eu un collaborateur qui a eu, dans une régie de travaux, qui a eu un gros accident, et à l'époque. On n'avait pas de prévoyance et j'avais trouvé que la situation était déplorable. En fait, on avait une prévoyance mais qui ne couvrait pas aussi bien que celle qu'on a mis en place. Et dans le cadre d'un regroupement avec d'autres collègues, on a signé avant mon accident un contrat de prévoyance qui soutient le collaborateur jusqu'à sa retraite. Donc j'ai bénéficié de ce contrat-là et c'est une vraie chance parce que sinon, avec la seule pension de la sécu, je pourrais... pas vivre, en tout cas pas par rapport à ce que je connaissais de ma vie d'avant, et ça m'aurait obligée à trouver l'énergie pour retravailler. Mais du coup, avec ma difficulté de concentration et ma fatigue, il faut être clair, je n'aurais pas du tout trouvé le poste comme avant. Et pire, c'est que vu mon CV où j'ai eu des postes de direction depuis plus de 15 ans, personne ne m'aurait embauchée à un poste moindre. parce qu'on m'aurait parlé de mon autonomie, de ma capacité à faire toute seule, peut-être de mon manque de souplesse par rapport à la hiérarchie. Et j'aurais eu beau expliquer qu'avec mon accident, c'est des choses qui ne me concernaient plus, je ne suis pas sûre qu'on m'aurait donné une chance. Et c'est ça qui est terrible par rapport à ce que vous dites, parce que c'est vrai que nous, dirigeants, on pense peu à notre santé. Je me souviens, pendant ma rééducation, un de mes collaborateurs qui m'avait appelé et qui m'avait dit « Vous savez Marine, vous avez mis en place plein de choses pour nous, la gestion du stress, comment faire attention à soi. » Et il m'a dit « On ne vous a jamais vu suivre ces sessions de formation, comme si vous, vous étiez à part. Il faut que les dirigeants anticipent vraiment cet aspect. » parce qu'ils sont à la multitude, à la croisée de chemins de plein de choses. Et très souvent, nous avons, parce que je me mets dedans, nous avons une croyance que nous, ça ne nous touchera pas. Sauf qu'aujourd'hui, je croise plein de mes collègues qui ont des crises cardiaques, qui font des burn-out, qui ont un AVC ou un autre accident. Et en fait, on est démuni. Et pour le coup, il y a à peu près huit cadres. sur 10 quand ils ont ce type d'accident, qu'ils sont licenciés pour inaptitude. Ce qui n'est pas le cas des collaborateurs lambda. En fait, c'est plus facile de réintégrer un collaborateur lambda que de réintégrer un cadre.
- Speaker #1
Le problème, c'est que les fonctions cognitives étant touchées, quelqu'un en production, on va peut-être plus facilement penser qu'avec un encadrement, ça va aller, alors que quand on attend de vous d'organiser l'activité des autres, Ça va être plus difficile.
- Speaker #0
C'est réellement une grosse croyance parce qu'aujourd'hui, je peux tenir la concentration pendant trois heures. Et pendant trois heures, je suis quasiment aussi bonne qu'avant. Après, j'ai juste besoin de reposer mon cerveau, c'est-à-dire que j'ai besoin de dormir pendant une heure. Et je dors. Et après, je peux repartir. Alors, peut-être pas trois heures, mais ça veut dire que je peux faire au moins cinq heures par jour. Alors oui, pas sur des fonctions de CEO, mais... Je pourrais tenir un poste d'encadrement au moins à 60% sans réellement de difficultés, sous réserve que ce soit adapté et ajusté. La complexité, c'est que beaucoup d'entreprises pensent que les adaptations sont insurmontables et du coup elles ne prennent même pas le temps de réfléchir à quel est le besoin.
- Speaker #1
Est-ce qu'on peut se dire que le dirigeant qui était là pour tout le monde et qui finalement tombe, dans leur idée de super-héros, ils imaginent aussi que dans la chute, ils vont être aussi des super-héros, et dans la récupération, et dans le soutien qu'ils vont recevoir. Alors que c'est totalement l'inverse.
- Speaker #0
Moi, dans la chute, déjà quand on m'a expliqué AVC, dans ma tête, je me suis dit non, c'est pas possible, j'ai 51 ans, je suis en bonne santé, je fais du sport, il n'y a aucune raison que ce soit ça. j'ai... occulté en disant, c'est autre chose, ils se sont trompés. Et j'ai mis du temps à intégrer que c'était ça et à découvrir qu'en fait, le stress avait été d'un impact fort sur mon AVC. J'ai fait faire un SMS à mon adjoint le lendemain de mon accident où je demandais qu'on lui écrive qu'il ne s'inquiète pas. Donc un jour, j'étais rentrée. Un jour, ça a pris un mois, six mois, un an, et puis trois ans. Et puis à un moment, j'ai dû dire, bon allez, c'est fini. J'ai longtemps cru que je reviendrais comme avant. Il y a deux choses pour lesquelles on n'est pas formé. Il y a le fait qu'il faut qu'on prenne compte de notre santé de dirigeant. et qu'on parle du stress des collaborateurs, mais il y a le stress du dirigeant, et ça c'est quelque chose d'important. Et la deuxième chose que j'ai apprise à mes dépens, quand vous êtes à la tête de quelque chose, à la commande de quelque chose, vous servez à quelque chose. À partir du moment où vous ne rapportez plus rien, vous n'êtes plus rien. Et ça c'est l'apprentissage le plus difficile que j'ai eu à vivre dans... dans mon accident. C'est-à-dire que j'avais oublié ma famille. Je bossais comme une folle, je bossais six jours sur sept, je ne déconnectais jamais, même pendant les vacances. Quand j'ai eu mon accident, ma famille et mes amis étaient là, mon milieu professionnel n'y était pas.
- Speaker #1
Je dis souvent que dans la chambre d'hôpital d'un dirigeant, il n'y a aucun client. Et je peux rajouter, il n'y a aucun collaborateur. Et il n'y a aucun manager au-dessus, il n'y a aucun partenaire, il y a sa famille, il y a ses amis. Vous n'aviez pas d'antécédent ? Vous n'aviez pas eu de problème avant ?
- Speaker #0
Alors, j'avais eu, mais un peu plus d'une année avant, j'avais perdu la vue pendant quelques heures. Mais à l'époque, on avait identifié ça sur une migraine au rat. Et on n'avait pas imaginé, enfin on n'a pas fait les examens pour imaginer un AIT, donc un accident ischémique transitoire. Le neurologue pense qu'à l'époque, ça devait déjà être quelque chose de cet ordre-là, mais on est passé à côté.
- Speaker #1
On me dit souvent que la prévention des maladies cardiovasculaires, du cancer et de plein d'autres choses se fait en travaillant sur l'inflammation de bas grade. Souvent, ce qu'on fait avec STEP, c'est surveiller les marqueurs d'inflammation pour les maintenir le plus bas possible chez nos clients en matière de prévention. On a fait récemment une visite dans une clinique cardio. Je me promène et dans les couloirs, j'ai trouvé majoritairement des hommes jeunes. Et je demandais s'ils avaient des antécédents. Ils m'ont dit non, non, le seul facteur de risque qu'ils avaient, c'était une personnalité contrôlante et un job stressant. Et ils étaient tous en réduc après un enfarte.
- Speaker #0
Mes drivers préférés, c'était le « Sois parfait » et le « Sois fort, fais fort » .
- Speaker #1
Comment vous avez fait face ? Le podcast Attitude, c'est la vie, c'est 10% de ce qui m'arrive, 90% de comment je le prends. C'est sur les travaux de Frankel en disant que l'attitude, c'est la dernière des libertés de l'être humain. On peut lui enlever beaucoup de choses, mais la façon qu'il aura de gérer ce qui lui arrive... C'est la dernière de ses propres libertés. Comment vous avez fait face ?
- Speaker #0
En fait, je pense que j'ai une volonté de faire. J'ai eu ma période, comme dans la courbe du deuil de Kubler-Ross, où j'ai tombé, chuté. Il y a un événement, pendant que j'étais en rééducation, où je me morfondais sur moi-même et sur pourquoi je suis encore là. J'ai rencontré une petite fille qui n'avait pas d'avant-bras. Il lui manquait l'avant-bras droit et qu'il venait faire réajuster sa prothèse. Et elle me voit pleurer et elle me demande pourquoi je pleure. Et je lui ai dit parce que tu vois, je ne sais pas si j'arriverai à remarcher. Donc pas remarcher, ça voulait dire plus de ski, plus de montagne, plus tout ça. Et je la regarde, je vois qu'elle n'a pas d'avant-bras et je lui demande pourquoi elle est là. Elle me dit, tu vois, moi je suis là parce qu'on va refaire ma nouvelle main. puisque chez des jeunes enfants, il faut refaire la prothèse régulièrement parce qu'ils grandissent. Je crois que le prothésiste, il s'appelait Greg. Greg, il m'a dit que j'allais avoir une main de super-héros. Ça me fait sourire. Et je la revois après ma séance de kiné. Et elle vient et elle me dit « Regarde, regarde ! » Et en fait, il avait fait une impression 3D avec des doigts de couleurs différentes. Et là, elle me dit « À l'école, je serai la seule à avoir une main de super-héros. » Cette gamine, elle a le sourire jusque-là, alors qu'elle, il lui manque un membre qui ne reviendra pas. Et je pense qu'il y a quelque chose qui m'a mis un coup de pied au derrière, cette fois-là avec cette petite fille, parce qu'après je me suis battue pour me redresser. Donc ça c'est la première chose. La deuxième chose, j'ai toujours été une femme d'action et de projet. Et quand on m'a dit que mon métier c'était fini, je me suis dit mais... Si je n'ai pas mon métier, je ne suis plus rien. Et vous savez, dans la vie, quand on vous rencontre, on ne vous dit pas Iris, qu'est-ce que tu aimes ? On vous dit Iris, qu'est-ce que tu fais ? Et dire je ne fais rien, pour moi c'était impossible. Et à ce moment-là, j'ai été très aidée psychologiquement. La psy qui m'accompagnait me dit, vous savez... Vous avez perdu en capacité, mais vous n'avez pas perdu vos compétences. Et dans vos compétences, il y en a une qui est la capacité à transmettre. Et en fait, je me suis formée comme patient expert. Donc aujourd'hui, j'accompagne en éducation thérapeutique des équipes et des patients sur comment traverser tout ça et comment retrouver confiance en soi, être capable d'exprimer les besoins et de se redresser. En rediscutant avec des gens qui traversaient tout ce que j'ai traversé, beaucoup m'ont parlé de l'emploi. Et pareil, j'ai été accompagnée par un psychologue du travail qui m'a appris à faire la différence entre travailler pour vivre et vivre pour travailler. Je vous laisse imaginer dans lequel j'étais. J'ai appris qu'en fait, travailler, ça ne voulait pas forcément dire un salaire, un employeur. Des fois, c'est juste avoir une action de bénévolat. En tout cas, c'est participer à la cité. Et aujourd'hui, je participe à la cité en aidant des personnes à retrouver du sens.
- Speaker #1
Les activités que vous faites aujourd'hui, alors ? Et donc, il y a cette partie patient-expert, il y a la partie conférence. Est-ce qu'il y a du consulting aussi ?
- Speaker #0
Non. En fait, je fais de temps en temps la formation pour le middle management pour leur expliquer ce que c'est que le réaccueil. Puisqu'on sait que dans le réaccueil, il y a la personne qui revient, il y a le top management, mais il y a le middle management. Et souvent, le top management est OK pour les procédures de réaccueil. La personne est accompagnée pour que ça se passe bien. Et il y a des loupés au niveau du middle management qui a du mal à se positionner entre j'accueille des singularités dans mon équipe et je veux être aussi bon performeur que les autres équipes. et à qui il faut ajuster que l'accueil de la singularité amène de l'innovation et de la performance, mais une performance qui est différente de ce qu'on peut attendre sur les équipes qui n'en accueillent pas. Donc voilà, moi je leur fais un peu de formation, je les accompagne, mais je ne me lance pas dans un process de consulting, parce que j'admets quand même qu'il m'arrive d'être fatiguée, et je n'ai pas le droit de repartir comme j'étais avant. Et puis j'ai une prévoyance qui ne me l'autorise pas. C'est-à-dire qu'à un moment, j'ai le droit d'avoir quelques petites activités, mais pas de travailler à 100%.
- Speaker #1
STEP est né d'un constat que j'ai fait en tant que psy du travail, puisqu'on me demandait souvent beaucoup de choses pour les salariés, mais les dirigeants ne faisaient rien pour eux. Comment vous pouvez vous adresser à des dirigeants qui sont la tête dans le guidon ? Et qu'est-ce que vous pouvez leur dire, parce que la vie ne se comprend ? qu'en marche arrière, mais eux, ils sont en marche avant. Qu'est-ce que vous pouvez leur dire pour mieux faire, pour qu'ils fassent attention à eux ?
- Speaker #0
Souvent, je leur présente un petit film qui dure trois minutes sur ma vie d'avant, ultra performeuse. Et le film s'arrête sur le bruit du bip-bip à l'hôpital. Et on voit les lumières qu'on voit au plafond quand on est couché dans un brancard avec quelqu'un qui se penche masqué sur votre tête en disant « vous faites un AVC » . Et ça s'arrête là, sur une image d'IRM. Et à ce moment-là, je rentre sur scène en disant « ça peut vous arriver demain » . Et en fait, je parle de la vie complètement dingue. qu'on a aujourd'hui toujours connecté, toujours à 300%. Le neurologue m'a dit, si vous n'aviez pas fait un AVC, vous auriez certainement fait une crise cardiaque ou un burn-out, mais de toute façon, vous étiez au bout et il y a quelque chose qui allait se passer. Je n'y croyais pas, je me pensais en dehors de ça, mais même Superman, même Superwoman n'a pas échappé. Et souvent, ça marque. Parce que les gens me connaissaient dans ma vie d'avant. Et c'est vrai que je ne disais jamais non. J'étais capable de bosser jusqu'à 1h du matin. Je pouvais me lever à 5h30 du matin et recommencer. Et puis, j'ai fait un vendredi après-midi un conseil d'administration sur les budgets. Le lundi, quand je ne suis pas revenue et qu'ils ont appris que j'étais en soins intensifs, tout le monde a fait « pas elle » . Ben si.
- Speaker #1
Votre message, c'est ça peut vous arriver demain, mais aujourd'hui, il faut qu'ils fassent quoi pour éviter ?
- Speaker #0
Qu'ils acceptent à un moment que ce sont des êtres humains, c'est-à-dire qu'ils fassent le pas de côté. Alors, pour l'AVC, il y a un test qui existe pour se poser un certain nombre de questions et voir si on est dans la zone de risque ou pas. Vous voyez, vous m'avez demandé si j'avais eu des signes. J'avais un signe qui était très fréquent, qui était un point de... de douleur juste en dessous de la poitrine. qui me coupaient la respiration. Et jamais, jamais je suis allée faire un test pour savoir si c'était de l'angoisse, une crise d'angoisse, ou si c'était autre chose. Quand je discute avec des dirigeants, il y en a très souvent qui ont des problèmes de digestion, qui ont des problèmes de migraine, qui dorment mal, qui ont un rythme cardiaque qui s'emballe, qui ont ces douleurs sous la poitrine, mais il n'y en a aucun. qui va consulter. Alors, je ne dis pas que tout le monde doit devenir hypochondriaque, attention, ce n'est pas ça, mais à un moment, il faut se dire que l'esprit arrive à se déconnecter du corps assez facilement. Et moi, mon défaut, c'était à l'époque, tant que ma tête veut, le reste suivra. Aujourd'hui, quand mon corps ne veut pas, ma tête, elle s'éteint, c'est-à-dire que j'ai un brouillard cérébral qui se met en place si je ne ferme pas. pas mes yeux, je suis incapable de trouver mes mots, parce que mon corps ne veut pas. Si j'avais été capable d'entendre que mon corps ne commençait plus à y arriver, j'aurais donné moins de contraintes à ma tête. Et ce n'est pas un hasard que je fais beaucoup de métaphores que ce soit un caillou dans ma tête qui soit arrivé. Je pense que vous savez, il y a des gens, ils ont besoin de taper le mur pour comprendre les messages. Moi, ça faisait un moment qu'on me disait « Lève le pied ! » et que je disais « Pfff, n'importe quoi, lève le pied ! » Quand j'ai tapé le mur, je pense que je fais partie des personnalités qui avaient besoin de vraiment taper pour se rendre compte. Mais j'ai une de mes amies qui n'a pas entendu. Elle, un jour, elle n'a pas été capable de tourner le volant dans un virage. Elle est partie tout droit et elle s'est emplafonnée dans une maison. Elle s'en est sortie. Mais quand on nous a dit ce qui était arrivé, alors que c'était une route qu'elle prenait tous les jours et qu'on l'a interrogée après, elle nous a dit mais je ne me rappelle pas le virage. Elle était dans ses pensées et il a fallu une mûre.
- Speaker #1
Dirigeant a un profil particulier, il aura souvent cette pensée magique et il imagine que par la force de la pensée, il y arrivera. On est en capacité aujourd'hui de proposer une journée santé tous les ans aux dirigeants et aux cadres dirigeants. La première année, ils font une prise de sang. Enfin, tous les ans, ils font une prise de sang, mais on commence par une prise de sang. Ils voient un cardiologue pour un ECG, une éco-cardiaque, une consultation, une épreuve d'effort. Ils voient un angiologue pour regarder l'état de leurs artères. Ils voient un radiologue pour les organes, tous les organes. Également, dermatologes, gynéco, uro, s'il le faut. il voit un ORL qui check les... les voies respiratoires et l'audition. Et il voit un médecin généraliste qui fait le point. Ça, c'est la première année. La deuxième année, il voit aussi le dentiste. Il voit également, parce que beaucoup de pathologies cardiovasculaires commencent par les dents. Et donc, on est en capacité de faire tous les ans une journée complète de santé où le dirigeant a un chauffeur qui vient le chercher et il va faire son programme de l'année. La difficulté qu'on a, c'est ni la pénurie médicale, parce que beaucoup de médecins veulent travailler dans la prévention, certains veulent faire avancer les choses. On a deux difficultés. Un, faire connaître notre service au grand nombre, au plus grand nombre. Et la deuxième difficulté, c'est accélérer la prise de décision. J'ai vu beaucoup de dirigeants qui m'expliquent qu'ils ont même des saignements quand ils vont à la selle. mais que ça peut attendre. Et d'autres vont me dire, non, mais si on me fait des examens, j'ai peur, on va me trouver quelque chose. Qu'est-ce que vous diriez à ces deux personnes-là ? Celle qui met à plus tard et celle qui a peur qu'on lui trouve quelque chose.
- Speaker #0
Alors, celui qui met à plus tard, je lui dirais, faites attention parce qu'à un moment, on va vous expliquer que c'est trop tard. Si vous avez l'opportunité d'être dans la prévention, ça veut dire aussi qu'à un moment, on peut éviter l'accident. Si moi j'avais été dans la prévention, on aurait pu se rendre compte qu'en fait au niveau de mes artères, j'avais ce qu'on appelle les petites plaques d'athérome. Et on m'aurait mis un traitement pour éviter qu'un jour elles se décrochent, que le stress n'ait pas la cause de l'AVC mais est le vecteur de l'AVC. Ça veut dire que quand j'étais très agacée ou stressée, je jouais avec mes cordes vocales comme ça. pour ne pas me mettre en colère, ce qui fait qu'à un moment, j'ai décroché une plaque. Donc là, c'était pour ça peut attendre. Le premier, c'est j'ai peur que. Je connais un ami dirigeant, à force de dire j'ai peur qu'on me trouve quelque chose. On a fini par lui trouver quelque chose. Il est parti en trois semaines. Ben, moi, des fois, j'ai peur quand je vais chez le dentiste. Mais je sais que quand j'ai très mal au dos, c'est souvent parce que je n'ai pas traité une carie. Et puis qu'à un moment, ça descend. Et ben, je combats ma peur. Et que quand on est superwoman ou superman, la peur, ça n'existe pas. On y va. Mais je donne des exemples un peu trash, parce que, vous voyez, le dirigeant... que j'aimais beaucoup, qui est mort en trois semaines. En fait, il a eu un cancer qui ne l'a pas fait souffrir. Et il a été consulté quand il a eu vraiment mal. Et les médecins lui ont dit, mais monsieur, on ne peut plus rien faire. Et ça fait longtemps que vous devez avoir ça. Et ça faisait au moins deux ans qu'il l'avait. Donc ça a eu le temps de grignoter tout ce qu'il fallait. Et bien quand il lui est resté que trois semaines pour dire au revoir... Il s'est dit « putain, si j'avais su » . Je m'excuse Iris, je vais dire un mot, mais « putain, si j'avais su » . Et je donne ces exemples-là en disant « ça ne sert à rien d'attendre, après c'est trop tard » .
- Speaker #1
En mode conclusion, comment est-ce qu'on peut faire appel à vous ? Dans quel cadre les entreprises peuvent bénéficier de votre expérience ? Est-ce qu'il y a un mantra ou quelque chose que vous répétez ou que vous dites et qui vous accompagne un peu aujourd'hui ?
- Speaker #0
On fait appel à moi par mon site qui s'appelle l'avancée.org. Souvent, les entreprises me contactent parce que j'ai mis en place une exposition sur le handicap invisible qui s'appelle « Au-delà des apparences » . Et c'est le point d'accroche. Et après, on parle de la conférence, on parle des accompagnements, on parle de tout ça. Le mantra que j'ai aujourd'hui, c'est un petit clin d'œil à Forrest Gump. La vie, c'est comme une boîte de chocolat. Des fois, on tombe sur un chocolat qui est... La framboise dedans, il y a des épices. Mais ça reste du chocolat. Et aujourd'hui, ce que je regarde, c'est des choses positives. Je me suis relevée, j'ai réappris à marcher, à écrire. Je suis capable de redonner des conférences. J'ai des gens qui me croisent dans la rue et qui me disent... Ça m'est arrivé ce matin, c'est pour ça que je le dis. Il y a un article qui est sorti sur Éco au Pays de Savoie. Et je fais la page de couverture. Et donc, je vais chez le buraliste et il y a un monsieur qui me dit... Ah ! « Mais vous êtes la dame du journal, je viens de vous voir ! » Et ça me touche. Je me balade tout le temps avec un casque sur mes oreilles parce que je suis devenue hyper acousique et on me reconnaît dans le train parce que je fais beaucoup de postes sur LinkedIn et du coup, il y a le casque souvent qui est mon signe de reconnaissance et les gens viennent m'aborder. Je me dis que ça veut dire que je ne me suis pas trompée de sens. J'aurais pu faire le choix de rester dans mon canapé et de profiter de ma prévoyance. Le fait de continuer à aider des gens. Moi, ça m'a donné une raison d'exister et de continuer à exister. Mais quand en plus j'arrive à aider un dirigeant qui m'appelle pour dire « Marine, je suis en train de trop tirer sur la corde, est-ce qu'on peut en parler ? » ça veut dire que j'ai réussi. Et je ne cherche que ça.
- Speaker #1
Bénéficier de votre expérience, c'est une richesse, c'est une chance. Et je vous remercie vraiment de ce témoignage. On a affaire à des gens passionnés. Et le dernier podcast que j'ai enregistré, la personne me dit « Qu'est-ce que j'aurais dû faire différemment, être moins passionnée ? » C'était un cuistot. Et elle me dit « J'étais passionnée par mon truc, j'étais dans ma flamme. Il aurait fallu que je sois moins passionnée. »
- Speaker #0
Alors Iris, je suis toujours aussi passionnée parce que si je n'étais pas passionnée, je pense que je ne me serais pas relevée. La seule chose que j'ai rajoutée par rapport à ma passion, c'est que même Superwoman a besoin de poser la gaffe.
- Speaker #1
Et on est totalement en face, c'est-à-dire que je sais qu'ils le sont, que cette passion est présente, mais il ne faut pas qu'ils oublient la récupération, il ne faut pas qu'ils oublient les relations, la famille, il ne faut pas qu'ils oublient de contrôler si le sang circule bien, si les muscles vont bien, si les vitamines sont suffisantes. Comme on fait avec nos véhicules, le corps nous amène partout et on prête... pas trop attention à son état de santé. Posez-vous deux secondes, regardez où vous en êtes, intégrez la récupération et faites attention à vous parce qu'après, ça ne se répare pas comme ça. Ça met très longtemps, c'est une vie différente, même si on s'en sort, même si ça va bien. Et tout ça peut être également évité en faisant attention maintenant et pas en disant « je verrai plus tard » .
- Speaker #0
Vous savez, il y a beaucoup de gens, qu'ils soient dirigeants ou pas dirigeants, qui disent « Tiens, je ferai ça à la retraite » . Je connais tellement de gens qui n'ont même pas atteint la retraite que maintenant, mon mari travaille encore. Donc il me dit « Bon, on fera ça à la retraite » . Je lui fais « Non, non, moi j'ai failli mourir, on va le faire maintenant. » Parce que je ne peux pas prendre le risque, je ne peux pas me permettre de prendre le risque.