- Speaker #0
J'ai une balafre qui me parcourt tout le sein, bon voilà, c'est comment dirais-je, le résultat de ma guerre. J'ai dit au cancer, mon gars, t'en as pas fini avec moi.
- Speaker #1
Le psychothérapeute et psychiatre Viktor Frankl travaillait presque exclusivement avec des patients suicidaires avant d'être envoyé en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quant au paravent, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir. Il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, Se battait pour survivre. Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement. Développer des stratégies pour survivre. Trouver une raison de vivre pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit, mais on progresse en tant qu'être humain. Il disait que, quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir, au moins, Une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements. Bienvenue dans notre podcast Attitude, podcast du service STEP, le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique et en Suisse. Je suis Iris Ramos, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode. Bonjour Sophie, merci d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #0
Bonjour Iris, merci de m'avoir invitée.
- Speaker #1
Bienvenue dans notre podcast Attitude du service STEP. Pour nos auditeurs, le service STEP, c'est le premier service de santé au travail des entrepreneurs et des dirigeants en France. Et ce podcast vise à donner la parole à des dirigeants qui ont pu rencontrer des difficultés de santé. Et le plus important pour nous, c'est de savoir comment ils ont fait face, puisque partager leur expérience aidera les autres. Je vous donne d'abord la parole pour que vous puissiez présenter votre parcours, Sophie, et encore merci d'avoir accepté.
- Speaker #0
Avec plaisir, chère Iris. Donc moi, je m'appelle Sophie Oconi, je suis maman de deux grands garçons, et j'ai été députée européenne de 2009 à 2014, puis députée nationale de 2017 à 2020, et j'ai accessoirement été la première femme française. élue gouverneure au Conseil mondial de l'eau. J'ai eu des activités professionnelles avant, mais mon histoire, mon problème de santé s'est positionné au moment où j'étais dans cette carrière politique.
- Speaker #1
Merci beaucoup Sophie pour l'introduction. J'aimerais que les personnes qui nous écoutent comprennent un peu plus qu'est-ce qui s'est passé pour toi, à quel moment tu as eu une difficulté, comment tu as géré, est-ce que tu peux nous en raconter un peu plus ?
- Speaker #0
J'ai eu une histoire familiale. avec beaucoup d'antécédents de cancer du sein chez ma maman, chez ses deux sœurs, donc mes tantes, et ma cousine Françoise qui est décédée des suites d'un cancer du sein également. Donc j'ai une histoire familiale sur ces sujets-là, et pour autant je n'ai jamais fait de dépistage avant que l'on me diagnostique un cancer du sein. Pourquoi ? Parce qu'on s'oublie. Quand on est très actif, Quand on a une activité professionnelle qui nous comble, qui nous passionne, mais qui nous prend énormément de temps, lorsqu'on a un choix à faire entre la mammographie qui est planifiée depuis six mois, parce que les rendez-vous sont longs à obtenir, et une activité professionnelle, en l'occurrence moi politique, qui arrive le même jour à la même heure, je choisis mon activité politique. Et le problème de toutes ces femmes, mais aussi des hommes. qui sont dans une activité professionnelle intense, passionnante, on a tendance à s'oublier et à ne pas aller dans le sens des examens. Parce que le problème du cancer, c'est qu'il se nourrit de toi insidieusement, sans te faire de mal, en silence. Et puis le jour où on te l'annonce, il est déjà très très développé en toi, sans que tu n'aies senti à aucun moment une gêne. Une douleur, voilà. Donc tu l'as su à 57 ans. Comment tu t'es aperçue ? Mes seins avaient changé de forme, de volume, mais j'étais en pré-ménopause à 57 ans. Et donc j'ai considéré que s'ils avaient tendance à évoluer au niveau de leur consistance, de leur forme, c'était plutôt lié... A aucun moment j'ai imaginé un cancer. Donc je pensais que c'était la ménopause. Je ne me suis pas affolée. Et quand je suis allée à l'Assemblée nationale, ma douche était toute petite à l'Assemblée. Et donc en me lavant, je sentais des douleurs parce que là j'étais obligée de me réduire en taille pour me laver. Et je sentais à toucher mon sein droit qu'il était douloureux. Donc je suis allée voir le médecin de l'Assemblée nationale qui a considéré qu'il y avait des choses pas terribles à la palpation. Et ensuite, ça s'est enchaîné, des examens, des biopsies, pas mal d'examens. Et au bout de 15 jours, on m'a demandé de me faire opérer très vite. Donc ça, c'était au mois de septembre. On m'a demandé de me faire opérer au mois d'octobre. J'ai attrapé le Covid, donc ça a été reporté au mois de novembre. Et là, j'ai eu ablation des deux glands de ma mère. Alors l'un, parce qu'il était très affecté par le cancer. Et l'autre, c'était plutôt dans un esprit prophylactique, c'est-à-dire que dans ma famille, toutes les femmes ont eu un cancer des deux seins à 10 ans d'intervalle. Donc on s'est dit, plutôt que d'attendre 10 ans et d'être quasi sûre que j'ai un autre cancer, enlevons tout en même temps.
- Speaker #1
Le diagnostic arrive, tout se passe très vite, tu passes d'une vie extrêmement active à un lit d'hôpital. Comment tu le vis ?
- Speaker #0
C'est difficile. Alors ça a été difficile à deux titres. Le premier, c'est qu'effectivement... Le sentiment que si j'avais été plus sérieuse dans le dépistage, je ne serais peut-être pas dans cette situation-là d'une mutilation en réalité. Ce sentiment que ma place n'est pas dans ce vide-hôpital, ma place est sur mon territoire, elle est dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. En plus, je rappelle que c'était au moment du Covid, donc il y avait des grosses décisions à prendre. Est-ce qu'on enferme les Français chez eux ou pas ? Est-ce qu'on aide les activités économiques ou pas ? Donc des vrais beaux sujets pour un parlement. Donc c'était un moment où à la fois plus que jamais on me demandait d'être disponible et présente et moins que jamais je ne l'ai été. Donc une forme de culpabilité.
- Speaker #1
Et les choses se passent. Ils t'expliquent que c'est parti, qu'ils ont réussi à tout enlever. Comment tu récupères ?
- Speaker #0
Tout d'abord, il y a une chose que j'ai mal faite. Et là je voudrais utiliser cette interview pour en parler. c'est que Quand le médecin m'a dit « vous avez un cancer du sein, il faut que vous alliez voir un spécialiste pour voir comment on va traiter ce cancer du sein » , j'ai gardé ça pour moi. Moi j'étais mariée, j'avais deux enfants, une maman et un frère. Et à aucun moment je n'ai partagé cette situation qui a été pour moi traumatisante, mais je l'ai gardée pour moi toute seule. En fait je l'ai gardée pour moi toute seule parce que je voulais dire à ceux que j'aime j'ai un cancer du sein mais voilà ce qui va se passer voilà comment on va traiter tout ça voilà comment les choses vont se passer voilà et il n'y a pas de ya pas c'est pas c'est pas extrêmement grave et je vais pas mourir demain et même si c'est ce à quoi je pensais dans l'immédiat mais et pour le coup je les gardais pour moi et ça c'est pas bien parce que c'est douloureux de porter tout seul en plus du cancer le problème psychologique présenter l'annonce.
- Speaker #1
C'est là qu'on a besoin des autres.
- Speaker #0
Et on a besoin d'en parler. Et c'est bête de le garder pour soi, vraiment. Parce qu'en plus, après, ça laisse des traces parce que les gens ne comprennent pas. Pourquoi tu n'as pas partagé ? Tu n'avais pas confiance ? Mais si, si, j'avais confiance, c'est juste que je ne savais pas comment vous l'annoncer. Donc ça, ça a été une erreur de ma part. Et ensuite, comment j'ai vécu la convalescence ? En fait, moi, j'avais exigé, et ça, c'est pas... Ce n'est pas systématique en France, voire c'est rare en France, d'être reconstruite le jour où j'avais l'ablation. C'est-à-dire que je ne me voyais pas me réveiller comme ma mère a vécu, avec deux gants de toilette vides à la place de la poitrine, deux poches vides. Et je ne me sentais pas la force de ça. Donc j'ai exigé de la part des médecins qui se sont occupés de mon cas. J'ai exigé qu'il me fasse l'ablation et qu'en même temps, il me fasse la reconstruction. Ce qui veut dire que quand je me suis réveillée de mon opération, j'avais la poitrine d'une femme de 30 ou 40 ans, alors que j'en avais presque 60. Ce qui fait que dans ma tête, j'ai dit au cancer, mon gars, tu vas voir, je suis une guerrière là, parce que je me sens belle, même si j'avais des cicatrices, des soins qui ont duré un petit moment, mais pour autant... J'ai dit au cancer, mon gars, tu n'en as pas fini avec moi. Parce que moi, je suis belle aujourd'hui. Plus belle que quand je me suis posée sur la table d'opération. Et donc, tu vas voir à qui tu as affaire.
- Speaker #1
Tu sais qu'en général, on oublie complètement le côté esthétique. J'enregistre prochainement une émission avec le cancérologue Alain Toledano pour le Figaro International. Et je travaille beaucoup avec l'Institut Raphaël qui aide pas mal les personnes pour les traitements du cancer. Dans l'Institut Raphaël, il y a énormément de soins liés à l'esthétique. Un prothésiste capillaire, du sport, de la sophro, pas seulement du sport santé, mais le sport où tu te sens bien dans le corps. Et on a tendance à voir le soin comme... guérir la base, maintenir les gens en vie et améliorer leur état de santé, mais oublier aussi le côté psychologique et esthétique. Et c'est tout aussi important ?
- Speaker #0
C'est important. Moi je me suis sentie en me réveillant dans mon lit d'hôpital, j'ai vraiment eu le sentiment que j'allais me relever plus jolie qu'avant. Donc si tu veux d'un point de vue psychologique tu te sens vraiment guerrière et dans une forme exemplaire. Ça c'est le premier sujet. Mais même si je mesure combien le plateau technique est compliqué quand on fait ça parce que ça veut dire que tu as un anesthésiste qui t'endort, un chirurgien esthétique qui ouvre les seins de telle sorte que la suture après soit de qualité. Ensuite un oncologue gynécologue qui t'enlève les deux seins. Voilà l'ensemble, moi ils et m'enlever les deux blancs de ma mère. et les ganglions sentinelles. Donc c'est un gros travail de nettoyage, de curetage, etc. Et puis ensuite, il y a le chirurgien esthétique qui revient avec ses prothèses. Soit c'est de la chair qu'on prend, du muscle qu'on prend sur tes fesses, soit c'est des prothèses. Et donc, on t'installe les prothèses et on suture de telle sorte que moi, sur mon sein gauche, qui était le moins malade, on ne voit plus du tout aucune suture. Le sein droit, il est balafré. Mais le sein gauche, on ne voit même pas que j'ai été opéré du sein gauche tellement la suture est remarquable. Bon, ça veut dire que pendant 6 heures, il faut un anesthésiste, un chirurgien esthétique, une oncologue. Donc, ça veut dire que c'est un lourd plateau technique. En même temps, moi, je n'ai eu qu'une hospitalisation, qu'une opération, qu'une anesthésie, qu'une convalescence. Donc, ça veut dire que je coûte moitié moins cher. Parce que s'il avait fallu m'enlever... puis un an après me remettre, ça veut dire que tout est multiplié par deux. Donc d'un point de vue clinique, hospitalier et financier, c'est un atout. Donc moi aujourd'hui je me bats pour ça, pour que la reconstruction soit d'un point de vue esthétique quasiment une obligation pour redonner de la dignité et de la confiance à la malade, mais aussi parce que c'est d'un véritable intérêt financier et budgétaire.
- Speaker #1
Tout avait été enlevé, mais tu as eu quand même des soins de suite en chimio, pas de chimio. Est-ce que la chirurgie a tout résolu ?
- Speaker #0
Alors, moi, j'ai eu beaucoup de chance parce que c'était un carcinome intracanalère, c'est-à-dire une tumeur qui s'est calcifiée, que mon organisme a entouré d'une coquille de calcium, de calcaire, en fait. Donc, il a fait un caillou. Alors, le risque, c'est qu'il peut exploser et métastaser à tout moment. Mais en attendant, le fait de m'enlever les glands de ma mère a permis d'enlever le carcinome intracanalère en entier. Et donc, on a vérifié avec mes deux, mes ganglions sentinelles, qui portent le nom de sentinelles, parce que ce sont eux qui permettent de mesurer s'il y a eu métastase ou pas, qui se sont diffusés dans mon corps. En l'occurrence, après l'examen de mes ganglions sentinelles, on a mesuré que tout était resté dans les glands de ma mère. Ça veut dire qu'en enlevant tout, on enlevait tout. tous mes problèmes de santé. Et donc, je n'ai eu ni chignot, ni radiothérapie.
- Speaker #1
Est-ce que si on avait fait une mammographie cinq ans avant, ça aurait été mieux ?
- Speaker #0
Je pense que oui, parce qu'on aurait pu ne retirer que la tumeur et qu'on me l'aurait remplie par de la graisse de mes fesses. Et il y en a. Et donc, ça m'aurait permis de garder... toute ma structure féminine en réalité. Là, le mal avait tellement atteint mon sein droit qu'on n'avait pas d'autre choix que de le retirer dans sa totalité. C'est là que j'ai décidé de retirer le sein gauche en même temps.
- Speaker #1
Ce qui laisse des cicatrices, c'est surtout ça qui est gênant aujourd'hui.
- Speaker #0
J'ai une balafre qui me parcourt tout le sein. C'est le résultat de ma guerre.
- Speaker #1
C'est une blessure de guerre. Ça prend du temps.
- Speaker #0
tu avais et tu as une vie à 400 à l'heure comment tu communiques comment tu t'organises comment tu gères toutes les pensées négatives positives qui te passe par la tête de ce soin là de cette opération là tout s'est bien passé j'ai eu deux médecins remarquables qui ont fait des choses remarquables tout s'est très bien passé c'était il n'y a pas eu de problème sauf que j'ai moi le syndrome du côlon irritable Et donc, passer six heures sans que mon côlon ne fonctionne, fait que tout ce qui était dans mon côlon a participé à infecter mon côlon. Et j'ai été extrêmement malade. J'ai eu un régime sévère et j'ai perdu 15 kilos. Et là, 15 kilos, moi je ne suis pas quelqu'un de très gros, et donc 15 kilos, c'était toutes mes réserves en réalité. Donc je suis devenue très maigre, et je n'arrivais plus à passer des nuits entières en hémicycle. Je n'arrivais plus à aller visiter des entreprises et à rester deux ou trois heures debout. Je n'arrivais plus, lors d'une commémoration, le 8 mai, le 11 novembre, je n'arrivais plus à rester debout pendant deux heures, pendant toute la durée de la commémoration. J'étais faible et donc je n'arrivais plus à assumer cette charge qui est celle d'un député et qui me semblait d'autant plus importante que nous étions en plein Covid. C'était novembre, décembre 2020. Excuse-moi,
- Speaker #1
tu es en train de me dire que tu t'es fait opérer en octobre et en novembre tu étais à l'hémicycle ?
- Speaker #0
Je me suis fait opérer en novembre et ouais c'est ça, en janvier je suis retournée en hémicycle. Et je n'y arrivais pas en fait, je n'y arrivais pas. Mais en même temps c'est tellement court ! Mais en même temps... L'actualité était tellement grave avec ce Covid. Tu sais, on avait, au mois de mars, on avait confiné toute la France et on avait des décisions à prendre sur l'obligation ou pas de vacciner les Français, l'interdiction de sortir si on n'avait pas notre QR code. Je ne sais pas si tu te souviens, mais c'était une actualité sociale, une actualité nationale qui était extrêmement anxiogène. et qui nécessitait des prises de décisions majeures. Et moi, je n'étais plus à la hauteur. J'ai senti que je n'étais plus capable. Donc, j'ai démissionné de ce magnifique mandat. J'avais gagné en 2017 contre Marisol Touraine. En 2021, j'ai démissionné en février. J'ai essayé de tenir un trimestre et puis je ne me sentais pas capable de tenir. Donc, j'ai démissionné. Ça a été la deuxième épreuve en fait. Un mandat, c'est difficile à gagner. C'est sur ma tête. Je demande aux gens de m'élire et tous ne choisissent pas de m'élire. Donc c'est difficile, une campagne électorale c'est dur et gagner c'est pas facile. Et démissionner alors qu'on a gagné contre une personnalité, Marisol Touraine, ça a été pour moi une deuxième épreuve, objectivement.
- Speaker #1
Souvent on me dit qu'un dirigeant, quelqu'un qui fait carrière, aime bien gérer. Mais à partir du moment où il se retrouve avec un problème de santé ou sur un lit d'hôpital, il est géré. Et mon message, c'est la prévention permettra de garder cette possibilité de gérer et de ne pas être à la merci d'un aide-soignant, d'un médecin, parce qu'on a dépassé le stade où on était capable de gérer tout seul. Les gens ne comprennent ça qu'à partir du moment où ils ont vécu un problème de santé, mais quand tout va bien, ils imaginent qu'ils sont tout à fait capables de gérer seuls, que c'est des battants, des forts. Qu'est-ce que tu leur dirais ?
- Speaker #0
Alors moi, je leur dis déjà, puisque quand j'ai démissionné en février 2021, j'ai lancé la Marche Rose 37, qui est une marche rose que j'organise tous les mois d'octobre depuis 2021. Donc cette année, ça va être la cinquième édition. Je fais 350 kilomètres à travers toute la Touraine. Donc tous les vendredis, samedi, dimanche, lundi, je fais une vingtaine de kilomètres. avec une centaine de personnes, des élus, des amis, des malades, des randonneurs, bref, des personnes qui ont envie avec moi de porter la prévention, le dépistage. Et c'est aujourd'hui mon combat, de porter dans les territoires l'idée qu'il faut se dépister, que le cancer le mieux soigné est celui qui est dépisté le plus tôt, diagnostiqué le plus tôt. Ça me permet d'avoir une vraie belle notoriété. Comme je suis une femme publique, ça me permet de médiatiser cet événement et de rencontrer des centaines et des centaines et des milliers de personnes chaque année. Mais ça me permet aussi de récolter des dons parce que ma cousine Françoise est décédée des suites d'un cancer du sein, cancer qu'aujourd'hui on soigne grâce au progrès de la médecine. Et donc mon idée c'est aussi que nous devons tous participer. à la recherche qui est financée par du privé, parce que malheureusement, l'État a de moins en moins de moyens. Et je pense que c'est opportun de le faire, parce qu'aujourd'hui, en Touraine, seulement 57% des femmes se font diagnostiquer, dépister. Ça veut dire qu'il y en a 43% aujourd'hui. Alors que la mammographie est prise en charge à 100%, eh bien, elles ne vont pas se faire dépister. Et d'après toi,
- Speaker #1
pourquoi ? Pourquoi elles sont autant ? Nous, on travaille avec la Fédération nationale des médecins radiologues de France et ils nous ont donné les chiffres au niveau national. Tu parles de 57% en Touraine. On est à 50% de dépistage fait au niveau national. C'est très peu. Pourquoi ? J'aimerais bien savoir pourquoi les gens ne vont pas faire un examen qui est gratuit et qui est bon pour eux.
- Speaker #0
En fait, il y a plusieurs raisons, deux ou trois à mon avis. Le premier, c'est que... Effectivement, moi j'ai été la première à vivre ça, c'est-à-dire que quand tu décides d'aller faire ta mammographie, tu prends rendez-vous. Il y a en général un délai de l'ordre de 4 à 6 mois entre le moment où tu appelles et le rendez-vous. Aujourd'hui, dans 6 mois, tu ne sais pas ce que tu feras. Ça veut dire que quand ton rendez-vous arrive, tu as des obligations, des rendez-vous, moi en tant que députée, des inaugurations, des visites d'entreprise, bref, ou des rendez-vous en hémicycle. Côté... Aussi actif que nous, quand tu es un homme ou une femme active avec une activité professionnelle très prenante, tu as tendance à laisser tomber le côté soin et privilégier ton côté professionnel. C'est normal, je comprends, j'ai été la première à le faire, ça c'est le premier sujet. Deuxième sujet, il y a des personnes qui ont des vraies angoisses, c'est-à-dire, et si à l'issue de la mammographie on dit qu'il y a un problème ? Malheureusement, il faut y aller pour ça, pour ça justement. Alors à la fois pour qu'on te dise tout va bien, il n'y a pas de problème, mais aussi pour accepter l'idée que tu as un problème, mais comme tu t'étais fait dépister deux ans avant, le problème est minime et il est temps de le prendre tout de suite. Donc il y a aussi cette angoisse de la mauvaise nouvelle. Psychologiquement, c'est un truc qui existe. Ça, c'est la deuxième chose. Et la troisième chose, c'est qu'on a pas mal de personnes dans la ruralité qui ont des problèmes de mobilité, qui n'ont pas de moyens de locomotion et qui n'osent pas... demander à leurs voisines. Et il y a des personnes qui n'y vont pas parce que quand on habite la Gersh, pour aller au centre hospitalier de Loche, de Chambray, c'est 50-60 kilomètres.
- Speaker #1
C'est complexe, c'est pas accessible, c'est chronophage, tout est complexe. Au niveau de ta marche, je serai présente et je suis très heureuse. Il faut quand même savoir qu'à partir du moment où on est actif, on peut décider un peu du calendrier. Alors que si ce n'est pas le cas, tu disais, on m'a donné 15 jours. Disons, ben voilà, on t'opère et là, tu n'as pas la main sur le calendrier. Il y a autre chose aussi qui est importante, c'est qu'une cellule cancéreuse, elle peut mettre 10 ans à devenir cancéreuse et certains facteurs vont accélérer le processus. On parle par exemple du papillomavirus. Un papillomavirus, ça va, au lieu de mettre 10 ans à ce que la cellule devienne cancéreuse, ça va accélérer le processus et elle deviendra cancéreuse plus vite. Un test de papillomavirus, ça coûte 20 euros, c'est fait très simplement avec ton médecin généraliste, avec un gynécologue, et ça va éviter un cancer de l'utérus. Donc la logique d'un petit test à 20 euros une fois tous les 5 ans, c'est beaucoup mieux que de devoir prendre des mois d'aller à l'hôpital, d'avoir une opération, d'avoir une chimio, c'est même une logique économique d'investissement. temps, de gains de temps, etc. Ce qu'il faut, c'est pouvoir expliquer aux gens qu'ils ont tout intérêt à ne pas attendre, à ne pas laisser tout au dernier moment, en disant la société me prendra en charge, elle s'occupera de moi, c'est en plus gratuit et on trouvera des solutions pour moi. Si on est acteur, on est dans un calendrier maîtrisé, dans une démarche différente, plus économique, d'un point de vue humain. de temps, d'argent, de tout ce qu'on veut. Mais malheureusement, c'est très difficile de faire changer les mentalités. Donc, ton action avec la marche, elle est importante. J'ai fait une étude avec le MEDEF et la santé des femmes dirigeantes n'est pas au beau fixe puisque, avec la surcharge de rôle, elles se négligent encore plus. Donc, ce qui est important aussi, c'est que les personnes comprennent que pour faire carrière, pour avancer, intégrer. Ce côté santé est tout aussi stratégique que préparer sa campagne pour la gagner.
- Speaker #0
Complètement, non, non, mais je suis totalement d'accord. C'est-à-dire qu'il faut que nous mesurions combien se diagnostiquer, sur tous les sujets d'ailleurs, est essentiel justement pour garder la maîtrise, la maîtrise de sa vie. Pour ce qui me concerne, je ne l'ai pas fait et je suis bien placée, d'où la marche rose. Je suis particulièrement bien placée pour dire ne faites pas ça. Parce que moi, mon histoire s'est emballée à mon détriment. C'est-à-dire que jamais j'aurais dû démissionner de ce merveilleux mandat de député. Mais j'étais obligée de le faire parce que totalement KO et incapable d'aller plus loin. Et je voulais être exemplaire par rapport à mon mandat et par rapport à mes citoyens et à mes électeurs. Et donc j'ai choisi de démissionner. Mais ce n'est pas normal. Et si j'avais été plus sérieuse en amont, je n'aurais pas eu besoin de faire des décisions aussi drastiques. en aval.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu fais aujourd'hui ? Quelle est ton activité et comment tu as changé justement ton rapport au travail en intégrant ce côté ma santé, elle est tout aussi importante et elle a sa place dans mon agenda.
- Speaker #0
Moi j'ai un nouveau poste sur Paris merveilleux qui me permet de m'épanouir d'un point de vue professionnel sans cette partie politique au sens partisan du terme qui est stressante et notamment pour une femme. Être une femme politique en France, ce n'est quand même pas simple. Et donc, je n'ai plus cette partie-là qui met du stress et qui en rajoute. Déjà, je suis plus apaisée professionnellement. Ça, c'est le premier sujet. Deuxième sujet, je m'écoute. C'est-à-dire que là, par exemple, je fais du sport maintenant, beaucoup de sport. Et donc, on m'a demandé un certificat médical et j'ai fait tout un check-up cardiaque parce que j'ai des indécédents cardiaques. Des deux côtés, côté paternel et maternel, mon papa est décédé d'une crise cardiaque et le papa de ma maman aussi. Donc voilà, j'ai fait tout un travail d'analyse la semaine dernière. Tout est au beau fixe, c'est génial. Mais du coup, ça fait du bien, après des examens, d'entendre le médecin vous dire tout va bien, tu peux courir, sauter, faire tout ce que tu veux, tout va bien, tu as un cœur. Si tu as des bobos au cœur, ils ne seront que sentimentaux. mais pas cardiaque et ça c'est que du bonheur. Donc ça veut dire qu'une épreuve comme celle-ci, elle te révèle quand même de l'importance de t'écouter, de l'importance de prendre du temps. C'est un investissement d'un jour ou deux, mais pour un soulagement de je ne sais combien de semaines, de mois, ou même d'histoire professionnelle finalement, parce que moi la mienne s'est arrêtée brutalement alors que ce n'était pas mon choix.
- Speaker #1
On n'est pas égaux les hommes et les femmes. notamment d'un point de vue biologique, les femmes sont très protégées, par exemple, sur les maladies cardiovasculaires et même sur certains cancers, jusqu'au moment de la ménopause. Et la chute d'oestrogène fait qu'après, on perd les avantages qu'on avait par rapport au monsieur, où on avait une certaine protection face à des maladies. La problématique que je vois sur le terrain, c'est que les femmes ne font pas du tout attention à ça. Elles sont très nombreuses à avoir des maladies cardiovasculaires. et à développer des cancers, notamment avec l'augmentation du tabagisme chez les femmes et avec la consommation d'alcool qui est un grand toxique pour le corps. Qu'est-ce que tu veux bien partager avec ces femmes qui vont écouter le podcast sur le fait qu'on n'est pas un petit homme, on n'est pas des hommes avec des cheveux longs qui font carrière et qui ont une vie différente, on est particulièrement, enfin on est fait différemment d'un point de vue biologique. Qu'est-ce que tu dirais à ces femmes-là ? On est des femmes, on doit vivre comme des femmes et travailler comme des femmes. On est différentes, donc il y a des choses qu'on doit faire différemment.
- Speaker #0
Nous ne sommes pas égaux. L'homme et la femme ne sont pas égaux. On est dans une équité, ça c'est clair, on est dans une équité, mais nous ne sommes pas égaux. Moi, je ne peux pas porter 80 kilos de charge. En revanche, je porte un enfant. Et l'homme qui est à côté de moi, lui, il peut porter 80 kg de charge, mais il ne portera jamais d'enfant, en tout cas, je le souhaite. Donc, ça veut dire qu'on n'est pas… Il faut qu'on mesure combien nous sommes exactement, nous sommes différents, mais il faut qu'on mesure aussi qu'on doit le vivre avec… en se projetant sur ce que je dois faire pour rester différente, mais aussi pour prendre soin de moi et en même temps, donc, des autres, finalement. Et moi, mon épreuve, cette épreuve terrible me permet justement d'être entendable. Parce que j'ai été le mauvais élève, le vilain petit canard. En plus, j'ai évolué dans un monde d'hommes. Donc en fait, j'ai voulu, dans le monde politique, c'est très très masculin, j'ai voulu être le guerrier finalement, l'homme politique. Eh bien non. Et aujourd'hui, je le revendique et je le défends. Et à travers la marche rose, j'ai énormément d'hommes qui marchent avec moi. Et d'ailleurs, je vous invite tous, c'est Marche Rose Sophie Oconi sur Facebook. Vous aurez toutes les dates dans les 15 prochains jours. Je compte sur la présence de chacun. Et Iris, je sais que vous viendrez pour la marche inaugurale qui partira de Saint-Cyr-sur-Loire. je crois que le groupe... femme du MEDEF m'accompagnera également et l'idée c'est qu'effectivement on marche avec des hommes le maire de Saint-Cyr sur Loire marchera avec nous le préfet de l'Indre-et-Loire marchera avec nous, ce sont des hommes qui participent à dire voilà, on est à vos côtés on n'est pas pareil, mais on est à vos côtés et on œuvre à vos côtés pour votre santé.
- Speaker #1
Merci beaucoup Sophie, je pense qu'on a répondu à pas mal de questions que les personnes doivent se poser Est-ce que tu as un dernier message, quelque chose qui te tient à cœur, que tu veux partager, en ayant toujours à l'esprit le thème du podcast qui est l'attitude, c'est-à-dire qu'il peut nous arriver plein de choses dans notre vie, c'est la façon que tu vas avoir de gérer la situation qui va conditionner pas mal la suite, c'est-à-dire ton attitude vis-à-vis de la situation. Est-ce qu'il y a un dernier message que tu voudrais partager dans ce sens ?
- Speaker #0
Moi, je voudrais dire, alors, ce qui ne tue pas rend plus fort. Donc, ce cancer qui ne m'a pas tué me rend plus forte pour porter la bonne parole à travers les territoires et dans tous les moyens possibles, dont ce podcast. Et je t'en remercie, chère Éric. Mais ce que je veux dire à ces femmes et ces hommes, d'ailleurs, c'est combien il est important de s'écouter, s'écouter. se dire qu'on n'est pas des surhommes ou des surfemmes, qu'on a de temps en temps un organisme qui nous dit stop. Et là, il faut l'entendre. Il faut l'entendre avant qu'il ne soit trop tard. Voilà ce que je veux dire. Surtout, écoutez-vous et mesurez combien écouter son corps fait se donner les moyens d'aller plus loin, plus haut, plus fort.
- Speaker #1
Je n'ai rien à rajouter, c'est vraiment un signal d'intelligence biologique. Merci à toi, à ceux qui nous écoutent, s'abonner, ça nous permet de recevoir des personnes comme toi avec un parcours inspirant, brillant, qui viennent partager leur expérience. C'est un podcast qui a plus de 30 000 vues à chaque fois qu'on sort un épisode. On n'est pas très nombreux malgré tout, mais ça reste une belle audience pour un podcast avec une production faite par notre service. Donc pour les personnes qui nous écoutent, abonnez-vous, fait... des commentaires pour qu'on puisse continuer à partager les histoires des personnes aussi inspirantes que toi et de cette manière-là, par l'exemple, aider d'autres personnes qui peut-être aujourd'hui sont complètement dans le déni, qui jouent la carte du super-héros et qui vont avoir un prix moins cher à payer, à faire attention à eux aujourd'hui et pas à laisser les choses s'envenimer beaucoup plus tard.