- Speaker #0
Au moment où j'ai ouvert les yeux, je n'avais plus d'identité. Je ne savais pas où j'étais, je ne savais pas qui j'étais, je ne reconnaissais personne. La seule chose que je peux parler de mon passé, c'est ce qu'on veut bien me raconter.
- Speaker #1
Tu as des enfants, tu me disais, tu ne les reconnaissais plus.
- Speaker #0
Alors je ne les reconnaissais plus, je ne les reconnais toujours pas.
- Speaker #1
Le psychothérapeute et psychiatre Victor Frankel travaillait presque exclusivement avec des patients suicidaires avant d'être envoyé en camp de concentration pendant la Seconde Guerre mondiale. Quand auparavant, il avait vu des patients libres qui voulaient mourir, il était maintenant au milieu des personnes emprisonnées qui, en dépit des pires conditions qu'on puisse imaginer, se battaient pour survivre. Dans une telle situation, quand il ne nous reste plus rien, disait Frankel, on doit faire plusieurs choses. Considérer son sort avec un froid détachement. Développer des stratégies pour survivre. Trouver une raison de vivre pour les minutes qui viennent et pour le reste de sa vie. Si on trouve un but, non seulement on survit. Mais on progresse en tant qu'être humain. Il disait que, quand on est confronté à la souffrance ou à l'angoisse, on doit s'engager dans la situation, sachant qu'on est toujours libre de choisir au moins une chose, son attitude vis-à-vis de la situation. En décidant du sens qu'on va lui donner, cela permet de transformer les défis en accomplissements. Bienvenue dans notre podcast Attitude, podcast du service STEP, le premier service de santé au travail des entrepreneurs par la prévention en France, en Belgique. Et en Suisse, je suis Iris Ramos, je suis psychologue du travail, présidente et fondatrice du service. Bienvenue dans notre nouvel épisode. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de notre podcast Attitude du service STEP. Le service STEP est le premier service de santé des entrepreneurs en France, en Belgique et en Suisse. Un service de santé spécialement dédié pour les dirigeants et qui accompagne... dans chaque territoire, les personnes qui se lancent, qui créent de la valeur, de l'emploi, qui prennent des risques, qui sont dirigeants, cadres dirigeants, et qui peuvent avoir besoin d'accompagnement en termes de santé. Aujourd'hui, je reçois Patrick qui nous visite depuis la Suisse, j'ai envie de dire, qui rejoint le studio depuis la Suisse. Merci Patrick d'avoir accepté mon invitation. Est-ce que ça te va si on se tutoie ?
- Speaker #0
Alors, 100%, parce que pour moi, le vous, c'est la deuxième personne du pluriel et je suis tout seul.
- Speaker #1
ok, on n'est que tous les deux donc il n'y a pas besoin de rajouter d'autres personnes merci beaucoup Patrick, je te laisse te présenter, me dire ce que tu faisais ce que tu fais, qui tu es et qu'est-ce qui t'a aussi donné envie de venir dans ce studio au podcast Attitude de Step My Step Santé Patrick
- Speaker #0
Fasoletti, j'ai 52 ans en Suisse je suis dans l'informatique ça fait plus de 25 ans que je suis dans le management Merci. dans la direction d'équipe. En 2022, j'ai eu un petit problème de santé. Alors aujourd'hui encore, on n'a pas mis le doigt sur la réelle cause. J'ai subi une opération des plus simples, une opération toute simple à la gorge. Et je me suis réveillé avec ce qu'on appelle une amnésie dissociative. C'est-à-dire qu'au moment où j'ai ouvert les yeux, je n'avais plus d'identité. Je ne savais pas où j'étais, je ne savais pas qui j'étais, je ne reconnaissais personne. Aujourd'hui, je suis toujours dans cette situation, c'est-à-dire... que ça fait depuis le mois d'octobre 2022 que je vis. Tout ce qui s'est passé avant, je n'ai pas la moindre trace, pas le moindre souvenir. Heureusement, il me reste ce que les médecins appellent la mémoire procédurale. C'est tous les soft skills, tout ce qu'on fait, parce qu'on l'a appris et qu'on le fait sans même réfléchir.
- Speaker #1
La mémoire de travail, elle est intacte ?
- Speaker #0
La mémoire de travail, c'est justement les soft skills. Si on me demande de faire un budget, je vais y arriver. Mais par contre, si on me demande d'expliquer ce que j'ai fait dans la dernière entreprise où j'ai travaillé, j'en suis incapable.
- Speaker #1
Mais par contre, ce que tu as fait la semaine dernière, tu arrives à le mémoriser sans problème ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, on se rend compte que pas forcément.
- Speaker #1
La mémoire de travail peut être, elle aussi, un petit peu affectée. Ok, explique-moi ce que tu faisais. Donc, tu disais que tu étais dans l'informatique au moment où tu as fait cette opération. Quelle était ton activité professionnelle ? Comment se sont passées les choses ?
- Speaker #0
Alors j'étais 4 supérieurs dans une entreprise, je gérais tout un service d'informatique, donc du support aux utilisateurs. J'avais une quinzaine de collaborateurs sur la feuille. Maintenant je ne pourrais pas vous parler d'eux, parce que j'en ai revu depuis peut-être deux. Mais voilà, ce qui est sur le CV, c'est la seule chose que je sais de mon passé.
- Speaker #1
Tu te réveilles, tu n'es pas bien parce que c'est déroutant de ne pas avoir de souvenirs. Comment tu fais face ? Comment tu gères ?
- Speaker #0
J'avais envie de partir. J'avais envie de disparaître. Je n'avais pas de raison d'exister. Tout mon entourage, tous mes amis, je voyais sur leur visage qu'ils étaient tristes. Ils étaient à peine, parce qu'ils m'arrivaient. Et tout le monde me dit que ce n'est pas de ma faute, mais j'étais quand même le responsable de cette douleur en eux. Donc au début, oui, ça a été des semaines. Je suis même passé par l'automutilation pour me faire souffrir. Pour ressentir quelque chose ? Pas pour ressentir, parce que j'avais une telle douleur à l'intérieur, j'avais l'impression que de me faire mal à l'extérieur sur la peau, ça allait faire sortir la douleur que j'avais à l'intérieur.
- Speaker #1
Pour gérer aussi toute la souffrance qui était la tienne ? Tu as des enfants, tu me disais, tu ne les reconnaissais plus ?
- Speaker #0
Alors, je ne les reconnaissais plus, je ne les reconnais toujours pas. Comme je dis, sur le papier, c'est mes enfants. Des gens me disent qu'ils me connaissaient. Quand on me montre une photo, c'est une espèce de... Comment on va dire ça ? J'ai une image. Par contre, il n'y a absolument rien qui me vient derrière. Je vis avec un passé des autres. C'est-à-dire que les seules choses que je peux parler de mon passé, c'est ce qu'on veut bien me raconter, c'est le passé des autres. Parce que si on me raconte quelque chose qui est faux, j'aurai un passé qui est faux.
- Speaker #1
Et ton entourage proche a réagi comment ?
- Speaker #0
Alors une partie, on va dire les amis les plus proches ont été là. J'ai une amie très très proche qui a été, que je dis toujours, c'est ma soeur de cœur. Et ce n'est pas pour rien, elle a été là tous les jours. Elle devait me téléphoner tous les jours pour être sûre que j'allais bien. que les médecins, quand ils ont accepté de me laisser sortir de l'hôpital, avaient peur que je fasse un acte irréfléchi. Donc elles devaient me contacter tous les jours par téléphone. Si un jour je ne répondais pas, elles avaient le numéro d'un voisin très très proche de chez moi qui pouvait venir rapidement voir ce qui se passait. Donc non, j'ai eu un entourage très proche qui a vraiment été là pour moi. Comme je l'ai écrit dans un texte de chanson, sans eux, je ne me serais pas relevé.
- Speaker #1
La souffrance d'avoir perdu une partie de sa vie, grosse partie, partie de sa vie, elle est forte. Il ne nous reste pas la base sur laquelle on s'est construit. Donc ça fait mal, ça fait vraiment souffrir.
- Speaker #0
Il y a une chose qu'un médecin m'a dit, puis surtout mes amis m'ont dit, c'est qu'eux, ils n'ont pas vu de différence entre le Patrick d'avant et le Patrick d'aujourd'hui. C'est-à-dire que justement, tout ce qui a fait qui je suis aujourd'hui, c'est resté. Donc même si je ne me rappelle pas, je n'ai pas complètement changé d'identité. Donc j'ai quand même un peu l'impression d'avoir un passé qui est utile dans ma vie.
- Speaker #1
Ta personnalité n'a pas changé ? Si t'étais marrant, t'es toujours marrant ?
- Speaker #0
On va dire à 90% ou 90% pour les Français. Je pense que je ne me laisse plus marcher par les pieds avant, j'étais trop gentil, maintenant un peu moins. Ça m'a permis, je pense, de faire aussi pas mal de tri dans ce qu'on appelle les connaissances.
- Speaker #1
Les relations, c'est sûr. Quelle est ton activité aujourd'hui, Patrick ?
- Speaker #0
Alors j'ai fait deux ans d'assurance invalidité. J'étais persuadé que j'étais apte à travailler. Donc, ça fait une année, un peu plus d'une année maintenant que je cherche du travail. Et on va dire que c'est là ma plus grosse souffrance. C'est-à-dire que mon dossier plaît. J'ai un diplôme fédéral, donc mon dossier plaît énormément aux entreprises. Donc, aujourd'hui, j'ai quand même eu un peu plus d'une dizaine d'entretiens, ce qui est énorme à mon âge. Par contre, aujourd'hui, quand je reçois une convocation pour un entretien, je fais une crise d'angoisse parce que je me suis pris des... Comment on va dire ça ? Des mots, des ressources humaines qui sont dures à entendre. J'ai eu le droit, mais vous êtes diminué. Excusez-nous, mais on cherche quelqu'un de normal. Un des plus violents, c'était, mais dans votre situation, vous devriez pouvoir travailler dans un atelier protégé. Donc, pour comprendre un atelier protégé, c'est pour des personnes qui sont tétraplégiques, qui ont trisomie, qui ont vraiment, on va dire, des situations de handicap lourdes. pour qu'ils soient un peu occupés.
- Speaker #1
Très violent comme genre de remarque.
- Speaker #0
C'est violent, je suis même d'en parler, c'est lourd.
- Speaker #1
Ils n'ont pas vraiment dû passer des diplômes en ressources humaines ?
- Speaker #0
Il n'y a rien d'humain.
- Speaker #1
Tu es où exactement en Suisse, Patrick ?
- Speaker #0
Je suis dans la région lausannoise, donc vraiment dans un petit village au-dessus de Lausanne, à 20 minutes en voiture de Lausanne. Dans le canton de Vaud ? Oui, dans le canton de Vaud.
- Speaker #1
Pour les personnes de la francophonie, mais plutôt habituées au système français, comment fonctionne le système de santé suisse ? Comment tu as été pris en charge ? Est-ce que ça a été une double peine ? Est-ce que tu as été suivi, indemnisé ? En plus de ça, il a fallu que tu sortes beaucoup d'argent pour te soigner ? Comment ça fonctionne ?
- Speaker #0
Au niveau de l'encadrement, très rapidement, il y a l'assurance invalidité qui est rentrée en matière. Ça, ça a été très très vite. Après, les soins de santé, on a des assurances qui couvrent beaucoup, mais on a toujours ce qu'on appelle un système de franchise. Donc, j'avais une franchise à l'époque qui était à 2500 francs. Donc, j'avais les 2500 premiers francs, c'est pour moi. Après, il y a un code part de 10% sur les factures suivantes. mais au maximum 700 francs. Donc c'était quasiment 3200 francs à sortir, mais heureusement que j'avais justement le soutien de l'assurance invalidité. Là, ça a été un peu compliqué pour moi parce que j'ai perdu la mémoire. Je me rends compte que, comme j'ai aujourd'hui, j'ai un peu l'impression qu'il ne me manque que la cape pour être un surhumain. Je vois un vélo, je monte dessus. Je n'ai pas appris à en faire, je suis en enfer. Je vois une moto, je monte dessus, je suis en enfer. Je n'ai jamais appris. Pour moi, je n'ai jamais appris. J'ai l'impression d'être capable de tout faire et de me dire que j'étais à l'assurance invalidité. Je ne sais pas si j'en avais honte, je ne voulais pas en parler, je ne voulais pas le dire. Pour moi, c'était presque une erreur, ce n'était pas normal pour moi. Mais j'ai tout fait pour en sortir et aujourd'hui, je me rends bien compte que non seulement je ne me rappelle pas du passé, et en plus, les RH vous posent toujours les mêmes questions. Parlez-nous de ce que vous avez fait de bien. Parlez-nous de ce que vous avez fait, ce que vous feriez différemment et pourquoi. C'est une question que j'y connais par cœur. Et quand vous ne connaissez pas votre passé, vous ne pouvez pas y répondre. Deuxièmement, on ne peut pas cacher ce qui m'arrive. Et quand ils viennent sur la question, est-ce que ça pourrait se reproduire ? C'est là où ça coince parce que… On ne sait pas ? Alors, que je repère de tout, je ne l'espère pas. Mais je continue à oublier un ou deux jours par-ci, par-là. C'est vraiment, mon cerveau il décide qu'il y a des données qui ne sont pas importantes. Alors j'espère que mon meilleur ami n'entendra pas parce que j'ai oublié qu'il m'avait invité à son anniversaire. Je ne me rappelle ni de son anniversaire. On ne le verra pas. Non, j'ai oublié son anniversaire et puis ce qu'on a détecté, c'est les quatre jours qui suivaient. Donc c'est vrai que pour un employeur, alors les mots qu'ils utilisent sont durs. J'ai essayé de postuler dans des jobs qui étaient vraiment, on va dire, en bas de l'échelle, mais automatiquement, on me regarde un peu, mais votre dossier, vous pouvez avoir un job beaucoup mieux que ça, donc ils ont peur de me prendre, puis qu'après, je parte pour aller ailleurs. Donc, même au bas, on ne me donne pas ma chance. Donc, oui, j'ai même réfléchi à comment me mettre à mon compte, créer une entreprise. Puis, j'ai regardé avec des amis qui sont un peu dans l'économie, pour me dire, avec ta situation, tu fais un travail chez quelqu'un, tu oublies de le facturer, ça va poser problème. Donc, à un minimum, il te faut une secrétaire. Et honnêtement, se lancer et avoir la capacité de payer mon salaire et le salaire d'une secrétaire, c'est dur.
- Speaker #1
Tu ne veux pas travailler avec Step ? On n'a besoin de rien du tout. Et ne t'inquiète pas, si tu n'oublies pas de facturer, je le ferai.
- Speaker #0
Des fois, c'est le souci. Après, on m'a dit que je serais assez bon au niveau du coaching. Mais de nouveau, ce n'est pas dans les soft skills que j'ai, je ne pense pas. Ou alors, je les ai sans le savoir. Donc, c'est-à-dire, est-ce que... Est-ce que c'est de nouveau des formations ? Et puis, il faut que je les retienne. Je me suis équipé. J'ai acheté un... Je ne sais pas si on ose faire de la pub, j'ai acheté un appareil qui enregistre les séances et qui, derrière, va me faire un résumé pour que je puisse stocker ça sur mon ordinateur. Avec mon curateur ChatGPT, on a mis en place une structure pour vraiment que j'aille par semaine un peu, on va dire, les mots clés importants. Donc, très rapidement, je peux voir quelque chose que je ne me rappellerai pas. Et puis pour ne pas oublier les rendez-vous, je suis en train de développer une application, on va dire un agenda mural, où je récupère les fichiers ICS de plusieurs calendriers. Et l'application, elle va me dire quand est-ce que je dois partir de la maison. Donc j'ai carrément une alarme qui va sonner pour me dire attention, tu dois partir dans 30 minutes. Qui va me dire si j'ai des rendez-vous qui chevauchent, qui va me dire si j'ai des rendez-vous sans adresse, parce qu'il doit pouvoir aller faire le calcul. Donc non, je me suis bien amusé.
- Speaker #1
Et qu'est-ce que tu fais sans avoir l'impression de travailler ? Tu me parlais d'informatique, de développement, mais il y a forcément des choses que tu fais pour t'occuper, mais aussi qui te font plaisir et tu t'amuses à les faire, qui pourraient être valorisées dans le côté professionnel. Qu'est-ce que tu fais sans avoir la notion du temps, en perdant la notion du temps ?
- Speaker #0
Honnêtement, aujourd'hui, c'est tout ce qui touche à la musique. On m'a dit des fois que c'est peut-être dans ce domaine que je voudrais me diriger. Ce qui me dérange... c'est que c'est vraiment quelque chose qui me fait vibrer. Et je ne voudrais pas que ça devienne une contrainte. Ça, je vais vraiment le garder pour... Je fais de la musique. Alors, je suis dit, j'adore chanter. J'écris des textes. La M.A.O., donc la musique assistée par l'ordinateur. Je fais des petites melodies. Aujourd'hui, des fois, quand je vais à des soirées karaokées, je m'amuse à chanter mes propres chansons. Donc, j'avoue que des fois, c'est drôle de voir des gens qui essayent de chasamer des chansons qui ne sont même pas encore sur... sur les plateformes. Donc oui, ça c'est quelque chose qui me fait vraiment vibrer. Après, je suis, comment on appelle ça ? Tu allais dire entraîneur de foot, mais on n'appelle plus ça comme ça. Je crois que c'est éducateur sportif dans le domaine du football. Mais de nouveau, ben... Tous mes entraînements sont écrits. Tout est planifié à l'avance pour ne pas que j'arrive à l'entraînement. Disons, qu'est-ce que j'avais prévu de faire aujourd'hui ?
- Speaker #1
Est-ce qu'on est en capacité de... Peut-être qu'on ne sait pas exactement pourquoi, mais de t'expliquer ce qui s'est passé, quelles sont les raisons pour lesquelles la mémoire a été touchée, et surtout dans le cadre d'une anesthésie, c'est quand même très étonnant comme situation.
- Speaker #0
Tout ce qui touche au médical a été très rapidement écarté. Après, je ne vois pas un médecin qui dirait « j'ai fait ça, je pense que c'est de ma faute » ou « on s'est trompé dans les dosages des produits, ça peut être à cause de ce produit ou autre » . Ils sont surtout restés focus sur, il faut que je retrouve le terme qu'ils m'ont donné, psychosomatique, je crois qu'il y a un terme comme ça pour dire que…
- Speaker #1
Comme du traumatisme psy,
- Speaker #0
quoi. Peut-être qu'avant mon opération, j'étais peut-être pas dans une situation psychologique très stable, peut-être beaucoup plus. de douleurs, peut-être beaucoup de problèmes professionnels et privés. Et puis que mon cerveau, pendant l'opération, il a dit, tout son passé, je vais mettre un mur devant. Mon neurologue a dit un jour que les médecins à Beauchuve, à Lausanne, ont utilisé des termes quand même qui peuvent faire peur, comme si les souvenirs reviennent, on a peur que vous fassiez un acte irréfléchi, donc un suicide. Ces mots, le cerveau peut aussi dire, attends, si les souvenirs reviennent. Il y a danger. Donc, on a fait un mur, mais on va y rajouter un deuxième mur par-dessus. Donc, on ne se rend pas compte des fois que des mots... On dit que les mots peuvent créer des mots. Et c'est possible que tout soit lié vraiment à du psychique, effectivement.
- Speaker #1
Et quel était... Alors, peut-être que tu ne te rappelles pas, mais on te l'a raconté. Quelle était ta situation ? Tu vivais seule, tu vivais en couple, ça n'allait pas au boulot ? comment ça allait avec tes enfants, avec ta famille ? Est-ce qu'il y avait un contexte anxiogène, stressant, à ce moment-là de ton opération ? C'est les amygdales, si j'ai bien suivi l'article de presse. Oui,
- Speaker #0
il y avait deux, trois actions au niveau de la gorge, amygdales. Après, je ne sais plus exactement. Ils ont fait aussi, je crois qu'ils ont fait une ablation, mais je ne sais plus le terme. Mais c'était vraiment une petite opération. C'était vraiment quelque chose de tard. Oui, ce n'était pas important. Non, non. Avant, la seule chose qu'on m'a remonté, J'aurais une phrase envers un ami. Les jours avant l'opération, on te posait la question, est-ce que tu stresses, est-ce que tu angoisses ? Et j'aurais une phrase qui est peut-être révélatrice d'un passé peut-être douloureux, c'est que j'ai dit non, je n'ai absolument pas peur, même si je ne me réveille pas, ce n'est pas grave, je ne le saurais pas.
- Speaker #1
D'accord, c'est quand même étonnant. Et donc, je te demandais ton contexte socio-familial à côté. Est-ce que ça allait bien ? Est-ce que c'était problématique ? Tu parlais de difficultés au boulot. Est-ce que ça n'allait pas au travail ?
- Speaker #0
Non, on n'en a pas vraiment plus parlé que ça. Après, c'est toujours difficile parce que si je me base par rapport à mon employeur, tout fait pour mettre fin à mon contrat, même des termes que j'ai reçus, les courriers avec les explications. Je regardais ça et je me disais, une personne comme ça, je ne l'engage pas. Après, je me disais, je ne m'engagerais pas, mais j'ai quand même fait six ans. J'ai un truc qui… il y a une incohérence. J'ai commencé à analyser, puis après je tombais sur des documents qui n'avaient pas de date, qui n'étaient pas signés. Donc des évaluations professionnelles non signées, non datées, avec des notations. Je ne sais pas comment on pourrait expliquer ça. C'est comme si un élève à l'école, il fait des… 2, des 3, des 4. Puis en bas du document, la moyenne globale de tout, c'est 6. Et là, je me suis dit, ça ne colle pas. Donc au début, j'ai voulu me battre, mais j'avais déjà tellement de combats à faire pour moi-même qu'à un moment, il a fallu que je prenne un choix. Ça a été, j'ai lâché l'affaire. De toute façon, pour gagner quoi, je ne pouvais pas retourner travailler. J'ai tout lâché et puis je me suis dit je concentre toi sur la guérison.
- Speaker #1
Nous on travaille beaucoup sur le côté préventif et on accompagne les dirigeants et les cadres dirigeants. Qu'est-ce qu'un cadre pourrait faire d'après toi pour préserver au mieux sa santé ? Est-ce qu'il y a des enseignements que tu tires de cette situation même si c'est probablement un accident et il n'y avait rien à faire ?
- Speaker #0
Alors ce que j'en tire par rapport à tout ce que j'ai lu, par rapport à justement je me suis posé des questions. cet environnement professionnel, ce mal-être ou si ça n'allait pas. Je dirais la première chose, c'est écouter son corps. À un moment, son corps, il vous parle comme ça, il vous dit stop maintenant. Et le souci, c'est que des fois, on ne l'écoute pas. On peut encore tirer une petite heure, puis il vous dit stop. Et j'ai lu un livre, maintenant je n'ai plus le nom. J'ai tellement sur le côté médical, mais je ne crois pas que c'était Julia Sanders, une allemande. Mais il y a un médecin qui expliquait qu'à force de ne pas écouter son corps, pour lui, il ne serait pas surpris que des cancers ne soient que le seul moyen que le corps a trouvé pour vous dire maintenant, il faut t'arrêter.
- Speaker #1
Il y a une part énorme, même en psy, dans le cancer.
- Speaker #0
Je pense qu'il faut écouter son corps. Et puis le plus important, c'est de trouver un... Je ne sais plus où j'ai lu un texte, c'était de trouver un juste équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as changé ? Qu'est-ce que tu fais ? Alors, tu ne sais pas ce que tu faisais avant, mais qu'est-ce que les gens te disent que tu fais différemment aujourd'hui ? Tu me disais que tout à l'heure, tu avais un entraînement de foot, donc tu prends du temps avec tes enfants. Est-ce qu'il y a des choses que tu fais que les gens te disent que tu ne faisais pas avant ? Dans ce côté prendre du temps perso ? faire du sport, faire attention à soi, écouter son corps.
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, vu que je n'ai pas de travail, je dirais que je ne prends pas de vacances. Mais c'est vrai que c'est difficile. Si j'avais un travail, je pourrais peut-être faire une analyse de ce que je fais différemment avant. Là, aujourd'hui, là, je dirais que j'ai presque un mal-être en moi parce qu'il n'y a pas de musique chez moi, parce qu'on est sur le podcast. Mais autrement, il y a tout le temps de la musique, il y a tout le temps, en permanence, un son, et puis principalement de la musique. Je regarde moins la télé, je regarde moins les films, ça me passionne moins. Ça, c'est compliqué dans les discussions avec les amis, parce qu'un coup, ils partent sur des films. « Ah, tu te rappelles ce film et tout ? » Puis moi, je n'ai aucune idée. Alors, soit je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu, soit c'est que même, je n'ai même pas eu envie de le revoir. J'ai des listes de films à voir, mais je l'ai jeté, parce qu'il y en avait tellement que je savais que je n'y arriverais jamais. Sobret-il qu'avant, j'adorais les films. Qu'est-ce que vous m'avez dit ? qu'est-ce qu'il m'a dit ? Action, science-fiction. Puis aujourd'hui, si je mets un film, c'est pour nous que je fasse autre chose à l'ordinateur. Voilà, c'est juste un bruit de fond. Et puis autrement, c'est vraiment musique à 100%. Et c'est créer des textes, écrire, beaucoup d'écriture.
- Speaker #1
Ça te fait du bien ?
- Speaker #0
Au début, c'était presque une obligation, histoire de me rappeler ce que je faisais. D'abord, j'ai commencé à écrire. Aujourd'hui, j'ai été me balader. Aujourd'hui, j'ai vu telle personne. Voilà ce qu'on a discuté. Parce que je me rendais compte qu'il y avait des petites lacunes. À un moment, je me suis posé la question. Donc là, aujourd'hui, il faut que je m'y remette un peu. Parce que je suis parti un peu dans les applications, comment on va dire ça, pour m'aider. Mais j'avais commencé un livre. Donc, tout le début de mon histoire, actuellement, elle est écrite dans un livre. Après, j'avoue que j'ai eu deux décès qui m'ont un petit peu stoppé. Parce qu'il a fallu les surmonter.
- Speaker #1
D'amis proches de la famille ?
- Speaker #0
Mon papa et ma maman ont sept mois. Alors ça fait beaucoup, puis en plus il faut réussir à comprendre pourquoi il y en a un qui part, qui ne laisse pas trop de douleurs. Et puis parce que mon papa, on était pas du tout proches. Alors je ne le savais pas. Puis quand j'ai reçu l'avis de son décès, c'est comme si j'avais ouvert un courrier classique. Il n'y avait pas eu d'émotion. Par contre, ma maman, ça a été plus compliqué.
- Speaker #1
Ton corps émotionnel se souvient du lien que tu avais avec elle ?
- Speaker #0
Oui. Alors ça, je l'ai découvert en 2023, où j'ai perdu un ami que j'avais revu. Il est venu six fois chez moi, mais un bon vivant, quelqu'un vraiment de très, très vivant. Il est arrivé, il a toqué à ma porte avec une bouteille de vin, deux verres. Il m'a dit, écoute, ton passé, moi, je vais te l'expliquer. Après 6-7 rendez-vous, j'étais un peu inquiet parce qu'il n'y avait rien d'intelligent dans mon enfance. Donc ça commence à faire peur, mais il semblerait-il que les gens ne se rappellent que les choses un peu stupides qu'on fait. Et puis un jour, il m'a regardé et m'a dit « De toute façon, dans deux semaines, on se voit, tu as fêté mon année » . Il ne disait pas mon anniversaire, il disait mon année. Et puis il est décédé juste avant son anniversaire. Et là, j'avoue que j'ai découvert la mémoire du corps, elle est quand même là. Parce que cette personne, je l'avais eue six fois, mais j'ai été anéanti.
- Speaker #1
Tu étais un bon ami depuis longtemps, c'est juste que tu ne t'en souvenais pas.
- Speaker #0
Mais le corps, lui, il s'en rappelait. Là, j'ai découvert justement ce côté de... Je ne sais même pas si ça, on peut le mettre dans la mémoire procédurale. C'est la mémoire du corps, pas la mémoire de l'âme. Et c'est vrai que ça a été... Je me suis dit, bon ben voilà, il faut te préparer. C'est un cas, mais il va y en avoir d'autres.
- Speaker #1
Tu... Et... Occupe ton temps avec la musique, le sport, l'écriture. Quel est ton plus grand souhait d'un point de vue professionnel ? Trouver une entreprise avec l'intelligence de voir ce que tu fais de bien différemment, est-ce que c'est de te lancer dans un cadre structurant où tu vas être rassuré par rapport à tes difficultés ? Quel est ton plus grand souhait professionnel maintenant ?
- Speaker #0
C'est presque de survivre. Je suis en train de me faire une raison, on me reparle de nouveau de partir à l'assurance invalidité. Je dois aller faire des examens pour voir justement, essayer de comprendre parce que plus j'ai ce côté stress, en plus, mes crises d'angoisse, je ne peux pas prendre de médicaments. Les maux qui sont blessants m'amènent à la limite d'une dépression, pas de médicaments. Et puis, quand je demande à mon médecin pourquoi, l'explication est simple, c'est que tous les médicaments qui seraient utilisés pour les dépressions, crises d'angoisse, ont un impact sur la mémoire. Donc, mon médecin, en guillemets, il refuse. donc on part sur des systèmes de respiration et puis à un moment je me dis est-ce que je peux continuer à vivre comme ça ? Je suis en voiture, je fais une crise d'ongole, je peux m'arrêter ? La première que j'ai fait, je ne connaissais pas du tout franchement ce n'est pas drôle on a l'impression que le corps va sortir de la poitrine que tout le corps va s'arrêter on a l'impression que c'est nous que tu vas mourir en fait c'est un petit monde Puis vu que je ne peux pas prendre de médicaments, c'est dans la méditation, mais le nom, je ne me rappelle plus exactement.
- Speaker #1
Oui, une application peut-être pour t'aider.
- Speaker #0
Alors, pour calmer une crise d'angoisse, c'est surtout sur la respiration. Le problème pour se concentrer sur la respiration, il faut déconnecter le cerveau. Puisqu'elle m'a donné comme technique, la dernière que j'ai eue, ça a marché, on verra la prochaine, c'est de réfléchir à des couleurs. C'est quelque chose de très simple à penser. On choisit les couleurs, puis tout de suite, on va chercher quelque chose de la couleur, quelque chose de vert. Donc, on va avoir un arbre, on va poser au jaune, on va avoir une fleur. Et le fait de faire ça avec son cerveau, on se décroche un peu de la crise d'angoisse et on peut commencer à essayer de se concentrer sur la respiration.
- Speaker #1
Merci de ton partage. Qu'est-ce qui t'a aidé ? Qu'est-ce qui, parfois, a été aidant pour tenir, pour passer outre, pour te relever quand c'est dur ?
- Speaker #0
À quoi tu t'accroches ? Les amis. C'est 100% les amis. La musique, c'est d'écrire des textes, c'est de mettre sur le papier des fois les grosses souffrances, les plus grosses douleurs, de temps en temps les mettre en musique. Comme ça, ça lui donne du sens. Et puis aussi des fois, de ne pas rester seulement sur cette douleur, c'est aussi d'aller chercher des belles choses. Une de mes chansons que j'aime le plus chanter, s'appelle « Oeuvre vivante » suite à la... J'ai été voir un spectacle de danse classique. Je ne sais pas, je suis resté devant ces gens sur cette scène qui dansaient, cette légèreté, ces mouvements et tout. À la fin, j'étais là et je me suis dit, c'est juste impressionnant. J'en ai pleuré, je n'ai pas honte de le dire. Et c'est vrai qu'à la fin, quand la danseuse étoile, la danseuse vedette, elle dit, je vous remercie d'être venue, c'était mon dernier spectacle. Et là, dans ma tête, je me suis dit, mais c'est comme si demain, on va au Louvre, et puis on prend la Joconde, puis on dit, écoutez, j'espère que vous l'avez vue, parce qu'aujourd'hui, on y met le feu, on y met le feu, on la brûle. Et c'est là où je me suis dit, mais au final, la Dôtre, c'est une œuvre vivante. Et j'ai écrit une chanson là-dessus.
- Speaker #1
Et ça t'aide à avoir des émotions, l'espoir des émotions positives et à tenir. Est-ce qu'il y a un message que tu veux passer à des personnes qui nous écoutent et qui peuvent... apprendre de ton expérience ?
- Speaker #0
Vous n'êtes pas seul. Parce qu'au début, tout le monde me disait mais j'avais entendu parler de ça, amnésie dissociative. Moi j'ai pensé à un moment que j'étais fou. Parce que j'avais l'impression d'être la seule personne sur cette terre à subir ce handicap. Par la suite, j'ai lu que 3% de la population est touchée par ce handicap. À différents niveaux. Et puis j'ai eu la possibilité de voir des émissions. Je n'ai plus le titre sur France 2 qui parle de situations comme ça. Il y en a eu deux ou trois sur des personnes en situation d'amnésie dissociative. Je ne vais pas me dire que ça me faisait plaisir d'entendre la souffrance de ces gens, mais je me sentais moins seul. Le message, quand on traverse quelque chose de compliqué, il faut bien penser qu'on n'est pas les seuls et qu'on n'est pas seul. Il faut vraiment aller chercher autour de soi de la force. Une chose que j'ai détectée, c'est que si on voit les choses à l'envers, On commence à dire, ça serait mieux si je n'étais pas là pour mes amis. Là, je crois que c'est limite, ça ne faisait déjà qu'un moment qu'on aurait dû aller demander de l'aide. Parce que quand on voit les choses à l'envers, c'est vraiment qu'on est mal.
- Speaker #1
Est-ce que tu as un accompagnement psychologique aujourd'hui, Patrick ?
- Speaker #0
J'en suis à mon septième.
- Speaker #1
Est-ce que ça t'aide ?
- Speaker #0
Non, non. Je vais être honnête, non. Parce que peut-être que je n'ai toujours pas trouvé le bon. Peut-être parce qu'ils ne comprennent pas ce qui m'arrive, parce qu'ils n'ont pas les bons mots. On va dire que l'avent dernier a été le pire que j'ai jamais eu. À la dernière séance, je lui ai donné une liste de psychiatres qui étaient dans le même immeuble que où j'allais. Et quand il m'a regardé, il m'a dit « Ah, mais je les connais, ils sont dans le même immeuble. Je voulais que je vous mette en relation. » J'ai regardé et j'ai dit « Non, ça c'est pour vous. » Parce que tout était de travers. À un moment, il voulait que je reprenne contact avec… Lui, il voulait prendre contact avec mon ex-femme, alors que, semblerait-il, ça n'a pas été quelque chose de… On va dire d'extraordinaire dans ma vie, il y a eu du bon, mais par contre à la fin ça a été un cauchemar. Même mon médecin personnel, il m'a dit tu lui interdis de prendre contact. Il me disait que je ne pouvais pas avoir de personnalité, j'étais personne si je n'avais pas de passé. Alors que je lui avais expliqué que tous mes amis disaient que je n'avais pas changé. Donc même si je ne me rappelais pas de mon passé, j'étais resté plus ou moins le même. Et puis tu as une personnalité qui est la tienne aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est ça. On ne perd pas sa personnalité.
- Speaker #0
Elle n'a pas changé. Et c'est pour ça que c'est compliqué avec les psychiatres. J'ai failli complètement renoncer. Puis c'est vrai que j'ai discuté avec plusieurs personnes qui m'ont dit, il faut peut-être juste trouver le bon.
- Speaker #1
Alors, tu me dis que tu vois un psychiatre, pas un psychologue.
- Speaker #0
Non, vraiment un psychiatre. Après, psychologue, j'en ai vu deux. Non, je sais. Les psychiatres peuvent prescrire des médicaments, les psychologues. pas, c'est pas les mêmes niveaux.
- Speaker #1
Tu peux avoir un neuropsychologue qui est spécialisé dans la partie cognitive qui t'aide à faire des exercices par exemple, c'est vraiment quelqu'un de très spécialisé pour t'aider à travailler sur plein de choses au niveau de ta mémoire de travail, qui vient un peu muscler ton fonctionnement cognitif cérébral. Ça existe, après je sais pas comment ça fonctionne en Suisse, mais moi je sais qu'on en a plein de neuropsychologues. avec une approche très particulière, neurocognitive, tu vois.
- Speaker #0
Ok, alors j'en parlerai, j'ai rendez-vous au Centre de la mémoire Léonard d'Auchuve, donc c'est peut-être plus dans ce biais-là, mais c'est vrai que jusqu'à aujourd'hui, j'ai vu psychologues et psychiatres, on a même des psychologues, c'était plus pour me dire, ah mais vous adorez la musique, vous aimez chanter, mais peut-être qu'il faudrait ouvrir un bar ou une discothèque, ou un bar karaoké, quoi. Je disais, mais ils ne se rendent pas compte au niveau émotionnel. Je vais me flinguer la tête, là.
- Speaker #1
Et même, tu ne vas pas le gérer. C'est énorme en termes de pression, d'organisation. Même quand tout va bien, ça peut nous faire péter une durite, un job comme ça. Donc, le job que tu dois avoir, ça doit être un job qui t'aide à aller mieux, pas un job qui te rajoute un stress qui va détériorer ton état de santé. Donc, ce n'est pas adapté, tu vois.
- Speaker #0
Mon médecin, pour lui, il estime que voilà, si tout d'un coup, demain, je dois finir à l'assurance-invalidité, alors financièrement, ça va être chaud. Parce que c'est pas, je sais pas à quel niveau on se situe, mais ça doit être comme un peu le Smic en France, donc vraiment le plus bas, juste de quoi survivre. Et puis de vraiment me concentrer sur tout ce qui me fait vibrer, faire du bénévolat, aller faire des animations au carroquet pour les enfants qui sont hospitalisés au CHUV, je gagnerais rien. Mais on va dire qu'au niveau du plaisir que ça peut octroyer, c'est juste énorme. Donc je commence à me faire à l'idée de me dire, oui, peut-être que je suis inapte au travail.
- Speaker #1
Et l'informatique ? Peut-être que dans l'informatique, tu veux travailler en freelancing sans forcément être dans des contraintes, des cadres ?
- Speaker #0
Alors je suis en train d'analyser un peu tout ça actuellement, mais c'est toujours la même histoire. C'est comme, par exemple, si je fais une animation karaoké, je me fais payer sur le soir même, je me mets toute une structure en place, je sais que je vais aller dans le bar, je vais faire mon animation, j'ai ce qu'il faut pour ne pas oublier d'y aller. Et puis, à la fin de la soirée, je sais qu'on me rénumère direct, il n'y a pas de souci avant une secrétaire et autre. En informatique, c'est compliqué. Après,
- Speaker #1
tu peux être avec un associé, par exemple, quelqu'un qui a un projet. Toi, tu vas être sur la partie technique et la personne va gérer cette partie commerciale, administrative. voilà Il n'y a pas que le salariat, il n'y a pas que le freelancing, il y a aussi d'autres choses. Évidemment, quand on traverse ce que tu traverses, on a du mal à faire confiance.
- Speaker #0
Non, je n'ai pas de problème à faire confiance. Non, au contraire. Alors, celui à qui je fais peut-être le moins confiance, c'est moi-même. Mais j'ai essayé vraiment de penser à beaucoup de choses. Après, je me rends compte que l'humain, malheureusement, quand il vient parler, quand il a juste des mots à dire, alors il y a tout le monde, quand il faut commencer à faire des actes, ça commence déjà à diminuer. Puis quand les actes se concrétisent, il n'y a plus personne. J'en ai un exemple. tout simple, j'ai lancé un projet qui s'appelle Cœur en veille, c'est une chanson que j'ai écrite avec une petite musique pour les victimes de Grand Montana et mon but c'est pas de la chanter moi puis de faire un CD avec ou quoi que ce soit l'idée c'était vraiment de partager ça avec un maximum de gens et j'avais posté ça sur Facebook au début il y a eu énormément de gens ah je trouve ça génial et tout j'ai rencontré une chef de chorale qui est partante à 200% donc l'idée c'est d'avoir deux voix qui chantent avec un cœur derrière Et puis aujourd'hui, on commence à lancer le projet des, pas des enregistrements, mais pour l'instant des répétitions. J'ai posté ça sur Facebook, j'ai eu une réponse, une seule réponse. Donc on parle peut-être sur des centaines de personnes qui trouvent ça génial, peut-être 25 qui viennent rejoindre le groupe Cœur en Veille sur Facebook. Au final, quand vous dites, on va commencer une répétition, il y en a une qui dit, moi je serai disponible tel jour. Et c'est le silence radio pour les autres.
- Speaker #1
Merci beaucoup Patrick pour... Tout ce que tu as partagé avec nous, je retiens qu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait, mais si on écoute son corps en relation avec ce qu'on appelle nous, moi je suis psy du travail, donc en tant que psychologue du travail, on étudie beaucoup ce qu'on appelle la théorie de conservation de ressources. Tu as des ressources, tu les conserves, tu en dépenses, tu en acquiers des nouvelles. Et en cohérence avec la théorie de conservation de ressources, Moi, je pars du principe, en ayant créé un service préventif, que plus tu as des ressources, plus tu es prêt à faire face à peu importe ce qui t'arrive, à n'importe quel événement physique, mental, de la vie qui t'arrive. Aujourd'hui, les dirigeants qu'on accompagne sont dans une espèce de pensée magique. Peu importe ce qui m'arrive, je vais faire face, je suis tout puissant, je suis fort, etc. Je n'écoute absolument pas mon corps. Et quand ça va arriver, je vais trouver des solutions. De toute façon, j'ai toujours fait comme ça. Et advienne que pourra. Mon message, et je te remercie pour ce partage, c'est de dire à chacun et à chacune que plus on est prêt, et on ne sait pas quand on aura besoin de mobiliser ses ressources, donc il faut les avoir un peu en stock tout le temps. Donc c'est une priorité quand on est dirigeant, cadre dirigeant, mais pour n'importe qui, de garder son corps. qui est le seul lieu où on est obligé de vivre en bon état, d'écouter son corps, de conserver ses propres ressources. Je pense que c'est quelque chose que tu partages.
- Speaker #0
Oui, à 100%. À 100%, parce qu'on pense toujours être fort. Certainement, avant, je devais me dire que je me relèverais de toute situation. Jamais j'aurais imaginé un instant cette situation. Tout ce que ça implique au niveau émotionnel, au niveau... Même les gens autour de vous, des gens qui tout à coup se rapprochent un peu de vous, puis quand elles vous disent, ça fait 30 ans qu'on se connaît, mais ça fait deux ans que j'ai perdu la mémoire. Ah mais au début on a pensé que tu faisais semblant, on a pensé que tu faisais ça pour te couper du monde, et puis limite il y en a qui me disaient, on a pensé que tu nous snobais, parce que je leur passais devant sans leur dire bonjour. Du coup se reconnecter avec la vie d'avant, très compliqué. Oui, ça nous permet de faire du tri peut-être sur les personnes bienveillantes et des autres, mais aussi, on perd énormément. Il faut arrêter de croire qu'on est surhumain. Et si à un moment le corps dit stop, il faut peut-être l'écouter. Que ça ne soit plus une proposition.
- Speaker #1
Je te remercie mille fois. STEP est le premier service de santé des dirigeants et on travaille énormément sur cette pédagogie, cette éducation pour accompagner les personnes, sur le premier actif qu'on a tous. Un actif, c'est ce qui met l'argent dans notre poche, mais c'est aussi ce qui nous maintient en vie. Et cet actif, c'est la santé. C'est essentiel pour chacun et chacune et pour tous les projets. Ce podcast s'appelle Attitude parce que malgré toutes les circonstances difficiles et les situations qu'on peut vivre, l'attitude qu'on choisit d'avoir face à la situation, c'est-à-dire avancer, créer, trouver un but, chercher, essayer de s'améliorer, se relever, malgré les épreuves, même si c'est très difficile. Cette attitude-là, elle va conditionner, justement tu parlais de la guérison, elle va te permettre d'avancer un pas après l'autre. C'est important ce qui nous arrive, mais c'est aussi important... L'attitude qu'on a face à la situation, l'entourage qu'on a face à la situation et également notre capacité à capter ce qui est positif et à petit à petit avancer malgré l'adversité. C'est ce que tu fais aujourd'hui même s'il y a encore plein de choses à faire et je te souhaite le meilleur notamment sur la partie professionnelle parce que je sais que c'est très important d'un point de vue identitaire. Ça conditionne aussi les sous, les projets. plein de choses. On a besoin également de se sentir utile dans la société et c'est très très important pour la reconstruction, pour l'identité. Merci de ce partage. Aux personnes qui me regardent, abonnez-vous, faites des commentaires, partagez cette discussion. Notre but, c'est de donner la parole à des personnes qui confient leur expérience pour que ça puisse servir à d'autres pour apprendre, pour anticiper, pour améliorer leur vie. Merci Patrick.
- Speaker #0
Avec plaisir.