- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles, écoutez-le uniquement si vous êtes dans de bonnes conditions émotionnelles. Dans l'épisode précédent, Aurélie décrit les violences sexuelles et psychologiques qu'elle a subies de la part de son ancien petit ami. Les groupes de parole, son entourage, sa psy, son compagnon et le temps l'ont aidé à se reconstruire. Dans l'épisode que vous vous apprêtez à écouter, Aurélie détaille les procédures judiciaires par lesquelles elle est passée après avoir décidé de porter plainte en 2020.
- Speaker #1
Il y avait vraiment cette idée de porter plainte pour protéger les autres. Et je crois que c'est vraiment ce qui a un peu mené le truc jusqu'à aujourd'hui. Encore une fois, c'est pour ça que je fais ce podcast aujourd'hui, c'est encore pour les autres. Et je crois que ça ne m'a pas quitté. Donc voilà. Quand je suis allée porter plainte, j'avais peur, j'étais dans le doute complet. Je n'étais même pas sûre d'être vraiment légitime à porter plainte. Parce que j'étais encore dans ce truc de peut-être que c'est un accident. Et ça se trouve, je vais ruiner sa vie. Non, on lui a alerté. Et en fait, ouais, j'y suis vraiment allée. Et je suis tombée sur une brigadière. Très, très bien. Je pense qu'il faisait aussi pas mal les mineurs. Parce que quand je suis arrivée dans son bureau, déjà, il y a le fameux poster de police du film qui est absolument dans tous les comicos que j'ai faits.
- Speaker #0
Ah ouais ?
- Speaker #1
Sur les deux, trois où je suis allée, je les ai tous vus. Et à chaque fois que j'en discute avec d'autres nanas qui ont porté plainte, elles me disent, oui, dans la salle, il y a ce poster. Quasiment à chaque fois, il y a le poster. Je pense que c'est devenu un running gag dans la communauté des femmes agressées, si on peut nous appeler comme ça. Donc il y avait ce poster, il y avait un poster de Toy Story 4, avec le nounours et tout, il y avait des dessins partout, etc. Donc je pense que c'était peut-être que je me trompe, mais il me semble que c'était quand même des gens qui étaient un peu formés à ça. Et elle m'a prévenue assez rapidement qu'il y aurait des questions un peu intimes, qu'elles sont déplacées, mais vraiment sur la sexualité, etc. et qu'il fallait que je sois prête. Il me semble qu'on avait qu'aller Enfin que j'avais appelé avant Pour qu'elle ait un rendez-vous ou un truc comme ça Pour être sûre que c'était bon et qu'on avait le temps de bien le faire Et donc là Globalement on a parlé pendant quasiment Deux heures je crois On a fait deux heures d'interrogatoire Où on me pose des questions Sur la relation, comment ça a commencé Qui c'est, comment ça s'est passé Et des questions du style Comment ça se passait votre relation en termes de sexualité En termes de pratique Ça ressemblait à quoi Est-ce que vous faisiez du sexe oral ? Et vous regardiez des films porno ensemble ? Et vous avez déjà eu des pratiques sadomasochistes ensemble ? Les rapports vaginaux, ça se passait comment ? Et quelles étaient vos attentes par rapport au sexe ? T'es là genre... Euh... Bah écoute... Oui. Par contre,
- Speaker #0
d'ailleurs...
- Speaker #1
C'était un peu ça. Et en fait... Mais pour le coup, elle m'avait vraiment prévenue avant. C'est-à-dire qu'elle m'avait dit que c'était un peu... Ça nous sert aussi à faire le tri, à comprendre quels sont les enjeux. Nous aussi, derrière, si lui dit des choses, à confronter les deux versions. Et par exemple, si vous avez des pratiques SM, ça peut arriver, on ne juge personne. Par exemple, si vous avez un mot, que le mot est dit, des trucs comme ça, peut-être que les personnes qui font du SM, ils ont plus un truc de consentement, etc., qui est un peu plus cadré. Enfin bref, parce que du coup, je suis allée retourner voir. cette brigadière par la suite pour la remercier de la façon dont ça avait été géré, etc. Quand j'ai enfin reçu mon dossier, on parlera de ça après, mais pour la remercier, lui raconter un petit peu comment s'était passée la suite. Et je lui avais posé justement ces questions pour avoir une idée, puisque effectivement, c'est une discussion qu'on a beaucoup, en tout cas entre personnes qui ont eu ce parcours-là, de se dire, mais à quoi servent ces questions, en fait ? On n'est pas là pour ça, on est là parce qu'on a été agressés, on n'est pas là pour parler de nos vies sexuelles. Et en fait, il semblerait... que ça sert notamment dans les défenses et dans les attaques entre guillemets dans les tribunaux et ça permet d'éviter d'avoir des attaques un peu sournoises de la défense en mode oui mais en même temps vous avez des pratiques qui portent à confusion ou des trucs comme ça quoi oui mais vous assumez pas en réalité vous faites ça et vous l'avez pas dit donc apparemment ce serait vraiment pour ça qu'ils les posent tu viens pour parler de ton agression et ensuite on pose des questions sur toi tes pratiques Et c'est vrai que la culpabilité inversée, elle peut se sentir assez forte. Et comme on ne nous explique pas pourquoi on les pose les questions, c'est vrai que quand elles arrivent, ça peut être compliqué de les recevoir. Moi, elle m'avait prévenue, donc je m'y attendais. Donc je ne m'étais pas tant posé la question que ça. Mais j'imagine que quand il n'y a pas cette phase un peu de préparation à la plainte,
- Speaker #0
c'est vrai que ça peut être surprenant.
- Speaker #1
Donc voilà, elle m'avait dit que j'aurais des nouvelles au bout de quelques mois. Genre 2-3. Il m'a dit, a priori, on est en juin, plutôt septembre. Parce que, notamment, j'ai porté plainte dans la ville où j'habite, dans le commissariat à côté de chez moi. Et lui, habitant à Paris, c'était pas le même parquet qui était en charge de l'affaire. Donc il y a eu un transfert de parquet, et ça a pris des mois. C'est-à-dire que j'ai porté plainte en juin, et j'ai eu contact avec l'autre brigadier qui s'est occupé de l'affaire. celui qui a vraiment fait toute l'enquête, etc., en janvier. C'était très long. Et surtout, j'appelais pour savoir où est-ce que ça en était, si c'était encore au parquet de là où j'habite, ou si c'était au parquet de Paris, s'il était quelque part. Et en fait, je n'avais aucune réponse. C'était impossible. Je ne savais pas où ça en était. Et en fait, en discutant avec d'autres personnes dans les groupes, etc., dans les groupes de parole, je me suis rendue compte qu'il y avait des personnes qui avaient porté plainte et qui n'avaient jamais eu de nouvelles. Et en fait, à partir de là, j'étais un peu dans cette psychose de ça se trouve, si je ne pousse pas moi-même, je n'aurai jamais rien. Et avant d'envoyer ma plainte au parquet, elle a quand même fait des réquisitions, j'imagine, pour que je fasse un examen physique aux unités médicaux judiciaires. Au cas où, il y avait encore des traces. Vu qu'effectivement, il y avait eu la fissure, etc. C'était dans l'espoir d'en retrouver une. Et alors moi, j'y allais en me disant, jamais on ne retrouverait quoi que ce soit. Ça fait un an et demi. Ils ne trouvent rien, mais bon, je le fais. Et en fait, j'ai encore une cicatrice. Et alors, quand la personne a dit, si, si, vous avez une cicatrice, il m'a demandé si je savais où est-ce qu'elle était, si je pouvais la positionner. Honnêtement, c'est un rond, donc aucune idée de où est-ce que ça s'est cassé. En plus, suivant où tu regardes, ça n'a pas du tout... Bref, une petite situation comique de portée plainte. Donc, il me dit que j'ai une cicatrice. Et là, il y a un truc qui s'est débloqué en moi, de me dire, OK, je ne l'ai pas rêvé. C'est vraiment arrivé. C'est marqué dans mon corps. Et quand j'en ai parlé avec lui, il m'a dit honnêtement, ça se voit que ça n'a pas été préparé du tout et que ça a été forcé. Donc bon, ce n'est pas un accident. Et je suis là genre,
- Speaker #0
ah.
- Speaker #1
Lui m'a demandé pourquoi est-ce que je portais plainte. Et je lui ai dit, je le fais surtout pour les autres parce que je pense que c'est sa parole contre la mienne. Donc c'est tout quoi. Il m'a dit, mais en fait, votre cicatrice, c'est une preuve en soi. Donc vous pouvez espérer quelque chose. Et là, mon regard sur la procédure a un peu changé. Et là, je me suis vraiment approprié ma plainte. Et j'ai commencé à attendre quelque chose. Peut-être que je ne l'aurais pas fait. Mais en tout cas, je me suis vraiment réapproprié ma plainte. Donc ça a été assez long. Et surtout, je devenais barinée. Parce que je m'étais dit, mais en fait, je n'aurai jamais de suite. Ma plainte, il la passe d'un commissariat à l'autre. Ça se trouve, ils l'ont perdue. Ils ne peuvent pas me dire où elle est. Et en fait, quand le brigadier m'a appelé, il m'a dit, écoutez, avant de lancer la suite, je veux vous rencontrer. Pour moi, avec l'accès au dépoint, vous avoir déjà vu en vrai avant de lancer le truc. Et qu'on discute de ce que vous attendez, etc. Et là, j'ai rencontré un super brigadier, des Pays-Bas de Paris, je dirais pas le numéro.
- Speaker #0
Tranquille.
- Speaker #1
Là, je me suis dit que peut-être il y avait une chance. Il a été à l'écoute tout de suite. Alors déjà, mon premier PV était apparemment bien rempli pour un PV. qu'il faisait 11 pages et quand il a vu qu'il faisait 11 pages, lui-même m'a dit c'est déjà un bon premier bébé, la brigadière d'avant a vraiment bien fait le taf parce que moi j'ai pas besoin d'énormément d'informations Ok, c'est cool, parce que j'ai pas envie de le raconter deux fois Lui m'a demandé notamment ce que j'attendais de toute la procédure si j'attendais une vengeance, une réparation, si je voulais qu'il aille en prison pourquoi est-ce que j'étais là quoi ? Il m'a dit en fait c'est votre plainte Donc c'est vous qui êtes en charge quoi. C'est plus lui qui a le pouvoir là. Donc si vous avez des choses à dire, vous pouvez les dire. Je sais plus trop dans quel ordre, mais il y a eu une demande d'expertise de psy avec le psy 4 des UMJ. Et en fait, l'une de ses missions, d'après ce que j'ai compris, parce que encore une fois, je ne suis pas non plus experte, mais j'ai vraiment compris ça. C'est que lui doit définir, entre autres, quels impacts psychologiques sont liés à quelle agression. C'est un peu bizarre parce que moi, en l'occurrence, c'est deux agressions par la même personne dans la même relation. Donc on pourrait dire que c'est ultra lié. Et donc, il en est sorti qu'il n'était pas capable de déterminer. Et donc, j'ai dû voir un deuxième psychiatre. Alors autant aux UMJ, c'était très sympa, autant le deuxième, c'était horrible. C'est la première fois pendant tout le process où je me suis sentie pas protégée. J'ai peut-être eu de la chance puisque quand j'écoute d'autres témoignages, c'est vrai que c'est pas toujours le cas. En tout cas, c'est la première fois où je me suis sentie pas forcément légitime, où ma parole était vraiment remise en question, où j'avais l'impression que je répondais des choses et qu'il n'était pas forcément d'accord avec, ou en tout cas qu'il y avait un jugement de valeur qui était porté. Et c'est vrai que ça m'a énormément déstabilisée. Je m'attendais vraiment à ce qu'il ait dit. Oui, elle en vend des trucs, ce genre de trucs. En sortant de là, je me souviens que j'en ai pleuré. J'ai appelé mon copain dans le taxi du retour en lui disant mais c'est horrible. Je pense que si on ne va pas plus loin, c'est vraiment à cause de cet entretien. Ouais, c'était horrible. Et en fait, j'ai récupéré le dossier. Il s'avère que pas du tout. Il a l'air de dire que je suis plutôt crédible, etc. Mais en fait, je crois que c'est juste le système. qu'eux utilisent dans leur évaluation qui est juste ultra violente.
- Speaker #0
Ça paraît dingue. C'est de la maltraitance sous prétexte de tirer la vérité ?
- Speaker #1
Oui, c'est trop bizarre. En fait, c'est vraiment pour savoir si tu es sincère, entre guillemets, dans ton truc. Mais en fait, c'est trop bizarre. Mais de toute façon, c'est les psychanalystes. Désolée les psychanalystes qui nous écoutent. Mais en vrai, je suis vraiment sortie de là. J'étais une loque. Et puis surtout, ça m'a obsédée pendant extrêmement longtemps, cet entretien. Donc, il me semble que c'était dans ce temps-là. Et ensuite, ils ont interrogé ma famille et mon copain. Et toutes les personnes que j'avais citées dans mes interrogatoires avant. On a très peu parlé avec mes parents. Je ne sais plus jamais décrire ce qui s'était passé à mes parents, ni à mon copain. Donc du coup, il y a vraiment trois interrogatoires, trois versions différentes. Il n'y en a aucun qui est d'accord. C'est-à-dire que vraiment, je crois que mon mec est le plus proche. Il y a quand même des trucs un peu flou. Et par exemple, mon père a dû dire, oui, il a été agressé deux ou trois fois, je ne suis pas sûre. Il y en a un où c'était en week-end après Dublin, alors que c'était avant. Et l'autre, c'était avant, mais c'était ponctuel. Celui qui concernait l'anal, c'était après, alors que c'était avant. Enfin bref, c'était un peu flou, mais il y avait quand même deux ou trois trucs qui revenaient à chaque fois. Il y a quand même deux ou trois agressions. Ça et ça. Et après, c'est plutôt la chronologie qui est un peu floue. Ils ont appelé ma tante qui est infirmière. C'est la première personne à qui j'en ai parlé, de mes proches, en tout cas de ma famille. Notamment en lui disant, je ne sais pas comment parler à mes parents. Il voit bien qu'il y a un problème, je ne sais pas quoi leur dire. Est-ce qu'on peut dire à ses parents qu'on a fait ça à leur enfant ? Et un chargé de TD de la fac, qui était un peu spécialisé dans les violences sexuelles, etc. Et qui, pour le coup, était dans l'association féministe de la fac. Et à qui j'ai demandé des conseils juridiques. en disant est-ce que ça rend dans le cadre d'une plainte ? Est-ce que le fait que je sois restée avec lui par exemple, est-ce que ça peut se retourner contre moi ? Ce genre de choses. Et à quoi je dois m'attendre émotionnellement parlant ? C'était après la foi sur la main courante. Elle m'a dit prenez le temps de bien réfléchir aux implications, etc. et d'être prête avant. Je me suis dit je vais peut-être m'enseigner. Et alors lui a dit à la police que c'était un peu confidentiel et qu'il ne pouvait pas trop en parler. Notamment parce que... étant donné qu'on avait parlé rapidement, lui ne voulait pas dire des trucs qui pourraient me porter du tort. Et ma tante, pareil, a été très brève en expliquant que je lui avais confié ça et qu'il n'avait pas trop eu de suite non plus puisqu'elle habite en Normandie. Ce n'était pas simple, donc ça ne s'était fait que au téléphone. Mais tout l'entretien avait été retranscrit. Enfin, le dossier, c'est... Avant tout l'entretien, il avait été retranscrit. Et voilà, il me semble que c'est tout. Ce qui est déjà pas mal en vrai. Ça fait quand même mes parents, mon copain, ma tante. A priori, c'était que des gens à qui j'en avais déjà parlé, donc pas de grande surprise non plus, mais c'est vrai que je me rends compte qu'il y a quand même beaucoup de gens de mes proches qui ont été impliqués, quand aucun des siens ne l'ont été. Ah ouais ?
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Une fois qu'il a rassemblé un peu tout ça, il m'a dit « bon bah là, on va le choper, on va l'interroger, et suivant ce qu'il dit, on fera une confrontation, si vous êtes d'accord » . Et alors là, bah moi ma réponse était « oui, de toute façon, s'il faut la faire, on la fait » . Et en même temps, je me suis clairement fait dessus.
- Speaker #0
C'est normal.
- Speaker #1
Le revoir, c'était un monstre, quoi. En fait, c'est ce que je disais à ma psy. Moi, dans ma tête, c'était un monstre. Ça faisait longtemps que je ne l'avais pas revu. Dans ma tête, il était immense. Enfin, j'en avais vraiment fait tout un monstre, quoi. Et ma psy m'avait dit cette phrase, parce que du coup, je faisais des crises de panique dans les transports, et j'ai dû le recroiser pour me rebooster. Tu sais que t'as porté plainte contre lui, qui va être notifié. Je pense que c'est lui qui a peur de toi, là. Tu es genre, moi ? Il fait, si, si, moi, je suis persuadée que si. Donc, n'oublie pas que tu as ses couilles dans ton inventaire. Parce qu'avec Mapsy, on fait beaucoup de métaphores RPG, etc. Et c'est vrai que ça avait pas mal aidé, cette phrase. Enfin, du coup, il l'a interrogée. Il a dit que c'était un accident. Et le deuxième truc, il a dit que c'était jamais arrivé. Et c'est vrai que quand je suis arrivée au commissariat, j'avais vraiment cette phrase dans ma tête. Ses couilles dans ton inventaire. Et ouais, en fait, ils l'ont interrogée. Lui a dit, non, non. Et en fait on devait faire la confrontation l'après-midi même. Et il devait m'appeler en me disant est-ce qu'on l'a fait ou pas. Parce que s'il avoue pas besoin de faire de confrontation. Et s'il avoue pas besoin de confrontation. Et j'avais prévenu ma boss de l'époque que j'avais la confrontation. Et que potentiellement, peut-être que j'allais devoir quitter le boulot rapidement pour y aller quoi. Et en fait, j'attends. J'attends. Je vois qu'à 14h, il ne m'appelle pas. À 16h, il ne m'a toujours pas appelé. À 17h non plus. Donc je me dis, ok. Et à 17h30, il m'appelle et me dit, bon, c'est un petit peu tard pour une confrontation. Globalement, il n'a rien reconnu. Est-ce que demain, vous pouvez venir ? Demain matin. Et du coup, j'ai dit oui. Et il a passé la nuit en zonzo, en garde à vue. Et ensuite, on a fait la confrontation de l'anime. Et alors, la confrontation, c'est encore une autre aventure. En fait, à chaque fois, c'est des nouvelles étapes. C'est-à-dire que chaque fois, c'est des micro-épreuves qui pavent un peu ton chemin de parcours juridique et de parcours de reconstruction. Parce qu'entre-temps, il se passe des tas de trucs. Du coup, on a fait la confrontation en avril-mai, un truc comme ça.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Donc, de janvier à avril-mai.
- Speaker #0
Pour la confrontation, tu étais accompagnée d'une ou d'un avocat ou tu étais toute seule ?
- Speaker #1
Absolument. C'est rigolo parce que c'est Clara qui a fait ton podcast, qui m'a conseillé mon avocat à l'époque. En fait, je ne savais pas qu'elle avait fait ton podcast avant de l'écouter. Donc c'est assez rigolo. Elle m'avait conseillé son avocat. Il avait accepté de m'accompagner gratuitement. Elle m'avait dit si ça passe ce stade-là, on verra. Mais là, je t'accompagne gratuitement. Donc ça, c'était cool parce que l'avocat, ça coûte. très très cher. Et heureusement d'ailleurs, je conseille à toutes les personnes qui font la confrontation d'y aller avec un avocat. Déjà juste pour le soutien psychologique, parce qu'en l'occurrence je pouvais pas y aller avec un proche, ça devait forcément être un avocat. La personne contre qui vous portez plainte a un avocat de toute façon commis d'office, si lui-même n'en a pas un. Pour éviter de se retrouver à deux contre un, c'est quand même déjà mieux d'avoir un avocat avec soi dans la pièce. Et puis lui peut aussi dire alors moi ça m'est pas trop arrivé. Ça ne m'est pas arrivé du tout d'ailleurs, on était assez carrés. Mais c'est vrai que s'il y a des questions qui sont un petit peu pas mal intentionnées, je ne dirais pas jusque là, mais en tout cas maladroites ou pas adéquates, l'avocat peut dire par contre là, ça c'est non. Et ça c'est cool quand même. Donc je recommande d'avoir un avocat. Mon copain m'avait accompagnée le matin, avait attendu avec moi dans la salle d'attente avec mon avocat, jusqu'à ce qu'il nous appelle pour nous dire let's go, on y va. C'était ultra stressant. Je crois que je n'avais pas très bien dormi. C'était horrible. Ils nous disent, on y va, on descend avec mon avocat. Ils m'avaient demandé avant si je voulais être devant ou derrière. En fait, dans la confrontation, on était l'un derrière l'autre. Il y avait quatre chaises. Il y avait en gros le bureau du brigadier. Lui, son avocat en face. Et derrière, il y avait moi et mon avocat. Donc lui ne m'a pas vue, moi je l'ai vue. Et ça m'a donné énormément de force. Parce qu'en fait, le gros monstre que j'avais imaginé, terrifiant, etc., c'était mon ex tremblotant, menotté devant. J'ai vu qu'il n'avait pas passé une bonne nuit, puisqu'en plus, il venait de faire une nuit en zonzon. Et vraiment, il avait une sale gueule. Enfin, moi, j'ai vu que le dos, mais déjà de dos, ça se voyait qu'il avait une sale gueule. Moi, je me suis dit, putain, déjà, bien fait pour ta gueule. Petit côté vengeance. C'était déjà une victoire de le voir comme ça, parce que ça a un peu détruit cette image que j'avais. Et après, je me suis sentie beaucoup plus en sécurité dans l'espace public, entre autres. Ça m'a redonné du pouvoir. Donc cette phrase de ma psy qui me dit « t'as ses couilles dans ton inventaire » a vraiment fait tout son sens. Vraiment juste là genre « ok, là oui » . Et juste avant, en plus, pour pas que je le croise dans le couloir, il m'avait emmenée dans un autre bureau et j'avais croisé une policière et en fait je tremblais, j'étais complètement stressée et elle m'a vue et elle m'a dit « qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi vous êtes là ? » Et je lui ai expliqué « voilà, j'ai la confrontation avec mon ex. » Elle m'avait dit, mais en fait, là, vous savez pas ce qui va se passer après, c'est plus entre nos mains, c'est plus entre les vôtres, c'est entre les mains d'un juge. S'il y a quelque chose que vous devez lui dire, c'est maintenant. N'ayez pas de pitié. Tout ce que vous devez sortir, sortez-le. Tout ce que vous devez lui dire, dites-le. Appropriez-vous ce moment-là. Ça a été vraiment le leitmotiv de cette plainte, de ce parcours un peu judiciaire, c'est approprier-vous-le parce que vous en aurez pas 50 des autres casques.
- Speaker #0
Et donc ça a commencé.
- Speaker #1
Donc lui a raconté son histoire. Je sais plus si c'est lui au moins qui a commencé. On raconte chacun un autre tour. Et lui, quand il raconte sa partie, parce que moi je savais pas ce qu'il avait dit, il explique qu'il a glissé, et que du coup il s'est retrouvé dans le métro. Et que c'est en m'entendant crier qu'il a compris qu'il était pas dans le même endroit. Quand il a dit cette phrase, vraiment dans ma tête, je me suis dit, putain c'est gagné. Parce que j'ai glissé, ça n'arrive pas quoi. Oui, donc c'est moi qui ai raconté en premier, parce que j'ai raconté, et je me souviens que lui, il a une maladie... Il a plus de thyroïde donc il devait y avoir un médecin. Et donc du coup le médecin a interrompu pour qu'il puisse prendre son cachet, etc. Puisque la police ne peut pas donner des médicaments en place. Et donc du coup ça nous a fait une petite pause qui était vraiment bienvenue puisque je venais de tout déballer. Et ensuite lui a pu réagir et dire sa version. Et donc c'est à ce moment là qu'il a dit, bah en fait j'ai glissé, c'était un accident, pas du tout, le truc des frottements n'est jamais arrivé. Je me suis plantée parce que j'allais très très vite. Et donc à ce moment là je prévends, je me suis dit mais ça y est c'est fini, c'est dans la poche. Et vraiment je me souviens avoir regardé mon avocat avec un sourire en mode, est-ce qu'il vient vraiment de dire ça ? C'est vraiment ça sa défense ? Bah bingo ! Ensuite, il y a toute une partie où il a sorti toutes les lettres d'amour que je lui avais écrites pendant notre relation. Pour montrer que non non, c'était pas un gars violent, que j'étais amoureuse et qu'il n'y avait pas de sujet. Je parlais de Kabour en parlant de Week-end Improbable. Donc en vrai, il n'y a pas de problème quoi. Là, je me suis dit putain, vraiment quel connard. Je me suis dit en plus, ça prouve quoi ? Enfin, ces avocats n'ont pas compris comment fonctionne le déni. Je me suis posé la question de comment est-ce qu'il avait amené les lettres en sachant pas pourquoi est-ce qu'il était convoqué. Je me suis dit, putain, ça c'est pas une preuve en soi. Genre, le gars il s'attend pas à ça, il amène quand même les lettres, c'est pas déjà un peu suspect ? J'ai appris ça par le dossier. A l'époque, lui était sorti avec la soeur jumelle de sa meilleure pote. Ils s'étaient un peu embrouillés avec cette fameuse pote qui était censée être féministe et tout. Donc je m'étais un peu sentie en confiance et surtout le dossier tardait vraiment. Enfin je n'avais pas de nouvelles. C'était à l'époque où j'avais porté plainte mais je n'avais pas encore eu de contact avec le brigadier. Et en fait la question m'obsédait de me dire que ça se trouve il y en a eu d'autres. Et donc j'ai appelé cette pote et je lui ai confié ce qui se passait. Je lui ai dit que je portais plainte en lui disant voilà par contre j'ai porté plainte. On a quand même besoin de les faire surprise, etc. S'il te plaît, ne lui en parle pas. Et elle m'avait dit à l'époque, non, non, mais de toute façon, je ne m'en mêle pas. Lui, ça reste mon pote, voilà. Mais je ne lui parlerai pas de ce que tu m'as confié. Il s'avère qu'elle lui en a parlé et que du coup, il était préparé, que son avocate l'avait briefé avant. C'est comme ça qu'il savait et qu'il est arrivé avec les lettres. Et le brigadier lui a posé la question, d'ailleurs, dans son entretien, en disant, mais c'est bizarre, vous ne saviez pas pourquoi vous étiez convoqué, vous avez les lettres. Donc c'est comme ça que j'ai compris. Et c'est rigolo parce que du coup j'ai lu son interrogatoire avec les lunettes de... Il y a un avocat qui l'a conseillé dans ses réponses. Et là notamment dans l'interrogatoire quand il lui demande pourquoi est-ce que je porte plainte d'après lui. Il parle du fait que quand j'étais en Irlande je n'avais pas beaucoup de moyens. Que lui m'emmenait dans des hôtels, des machins, des trucs. Et que en gros c'était probablement que j'étais jalouse de son argent. Ou que je voulais une vengeance. Il a essayé de caler un petit peu que j'étais bizarre et que je posais des questions sur le sexe à tout le monde et que ça lui proposait à sa meilleure pote un plan A3. Donc voilà, je suis une micheton infomane. Et je me dis que si avec un avocat, il a répondu ça, c'est que quelque part, ça doit être des choses qui sont en tout cas entendues en tribunal. Et qui vont à l'encontre des personnes qui ne portent pas. Donc ça, ça m'a un peu choquée. Parlez-en à pas beaucoup de gens. En tout cas, à des personnes vraiment de confiance. Et la police fera le taf de contacter les personnes, je pense, normalement. Mais là, du coup, je me suis un peu grillée. Je m'en suis un peu voulue quand j'ai appris le truc. Et en fait, en en reparlant avec mon entourage, ils m'ont tous dit, mais en fait, t'étais tellement dans un état de détresse que t'avais pas d'autre choix, quoi. Et nous-mêmes, on t'a encouragée à le faire. Donc, ils te sont pas coupables. Et en réalité, vous devrez pas se sentir coupable de vouloir essayer de protéger des gens.
- Speaker #0
Et du coup, pour en revenir à la confrontation, ça s'est passé comment ? après qu'il ait sorti les lettres.
- Speaker #1
En fait, je crois que j'avais un peu une idée un peu idéalisée de la justice. Comme on en voit tout le temps, on comprend les mécanismes. Pas du tout. Et donc vraiment, on en discute, etc. Ça se finit, on lui reconnaît rien. La deuxième partie, ça n'a jamais existé. Le brigadier lui a demandé, par exemple, comment est-ce que vous pouvez être sûr que ça n'a jamais existé ? Et là, c'est-à-dire, si vos rituels, c'était de rentrer, elle rentrait du blind, vous alliez au ciné. potentiellement il faisait des siestes etc ça a pu arriver comment est-ce que vous pouvez être sûr que ça n'est jamais arrivé est-ce que vous aviez des rapports ponctuellement comment est-ce que vous pouvez être sûr que ça n'est pas arrivé ben non mais c'est pas arrivé puisque je vous dis que c'est pas arrivé c'est vraiment des discussions comme ça monosens très très bizarre quand il a sorti les lettres le brigadier lui a dit mais comment est-ce que vous expliquez que Aurélie elle vous écrive ses lettres et que ensuite un an et demi après elle porte plainte contre vous Un petit peu en empathie. Enfin, vraiment, en mode, entre gros, on se comprend, tu vois. Il a vraiment sorti un truc du genre, bah, écoutez, moi, je suis comme vous, je comprends pas, je comprends pas sa démarche. Alors, c'est pas dans le PV, mais le brigadier lui a répondu, écoutez, moi, je comprends très bien, parce que des demoiselles comme Mme Aurélie, j'en vois tout le temps. Et en fait, c'est exactement le schéma des victimes de viol. Et là, il a vraiment fermé sa bouche. Et en fait, il avait dit devant moi, au gars, et en fait, j'étais reconnue, quoi. Et là, vraiment, dans ma tête, c'était gagné. Je suis rentrée, c'était gagné. Il y avait juste l'histoire des lettres, du coup, où je m'étais dit, peut-être qu'un juge va dire, c'est bizarre, etc. Et j'en parle à mon avocat en sortant, il me dit, bon, bah, franchement, par rapport à ce qui s'est passé, c'est vraiment 50-50. Parce que lui, il n'a pas reconnu. En même temps, il y a quand même des traces physiques. Il ne reconnaît pas le fait que c'était un viol. Oui, il dit que c'était un accident. Mais en fait, au vu de ce qu'il dit, il y a quand même une chance. Donc là, c'est vraiment entre les mains du juge. Il m'a dit, ne mettez pas trop d'espoir quand même. Et donc moi, je m'attendais à avoir une réponse dans la semaine. Enfin, pas tout de suite. Donc je sors de là, il doit être 13-14 heures. Ma mère me récupère. On rentre. Je me souviens exactement de ce qu'on avait mangé à ce moment-là. J'étais passée à Picard pour prendre des pizzas. Je me pose à mon bureau pour bosser, parce que c'était en éternance, j'étais en cours à ce moment-là. Et là, je reçois un coup de fil du brigadier, qui me dit « Bon, j'ai eu le retour du juge, classement sans suite. » Et là, je suis un peu tombée des nues, et je lui dis « Mais comment ça, classement sans suite, il est 16h ? » Bon, moi, à l'heure libre, j'ai un peu des jambes qui flageolent. Et vraiment, je me souviens d'être à mon bureau... Avec le cours en fond que j'avais mis en mute, le temps de pouvoir prendre l'appel, et le brigadier qui me dit « mais en fait, c'est classé sans suite » . Et en fait, je lui dis « mais comment ça, c'est classé sans suite ? » Il a dit qu'il avait glissé. Et là, il me dit « oui, je sais bien, mais moi, je ne peux rien y faire, ce n'est pas moi » . Je lui dis « oui, non, je sais bien que ce n'est pas vous, mais je vous avoue que c'est un peu en choc, parce que je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi rapide. » Et je ne m'attendais pas à ça. Et en fait, je me rends compte qu'au vu des délais qu'ils ont de se passer les dossiers, à mon avis, la personne qui a lu mon dossier, elle est allée en quoi ? 15 minutes ? Une demi-heure max ? Alors que vraiment, tu l'as vu le dossier, il y a facile 200-300 pages dedans. Entre les rapports psy, il y en a eu deux, le rapport physique, les témoignages de ma famille, le mien, le sien, la confrontation. En fait, il y a vraiment énormément de pages. Ça a été assez violent. Et surtout, il me donne l'info et il me dit... vous allez recevoir un courrier pour vous dire que c'est classé sans suite. Mais tant que vous n'avez pas le courrier, vous ne pouvez pas faire grand-chose. Donc ça, c'était en avril-mai. Le courrier, je l'ai reçu en novembre. Pendant tout ce temps-là, j'étais en attente du courrier qui me dirait « classement » pour savoir ce que j'allais faire,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Et en fait, t'attends, t'attends, ok, tu as le courrier. Le courrier te dit « vous pouvez vous porter partie civile, et là, ce sera en gros à vous de gérer le machin, mais nous, on ne poursuit pas parce qu'en gros, il n'y a pas assez de preuves. » pour qu'on soit sûr de pouvoir remporter le procès en gros. Donc c'est vraiment une histoire de tchitin. Parce que en gros, d'après ce que j'ai compris, ils font vraiment passer que les affaires où c'est quasiment gagné d'avance, et ces affaires-là, elles arrivent quand même à perdre. Donc les affaires comme les miennes, elles vont jamais au bout. Mais ok, et donc du coup, je me dis, bon bah si je dois me porter parti civil, il faut quand même que je sache dans quoi je m'embarque, je vais demander mon dossier d'enquête. Ce à quoi j'ai complètement le droit, hein. Ça m'a pris deux ans pour le récupérer. Je l'ai récupéré en août de cette année. Donc j'ai mis deux ans à récupérer mon dossier. Ça va faire quatre ans que j'ai porté plainte. Ma vie avance, quoi. Donc aujourd'hui, je n'ai pas importé partie civile. On se retrouve à attendre, Et je me suis battue pour l'avoir parce que j'ai appelé les parquets. J'ai noté d'ailleurs tout ce que j'ai fait pour récupérer ce dossier. Donc deux ans d'attente. J'ai relancé téléphoniquement. L'avocat que j'avais contacté, je lui ai demandé plusieurs fois. Lui-même a fait des démarches.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et alors j'ai envoyé des mails. J'ai envoyé des courriers. J'ai appelé. J'ai tenté sur le site. En gros, il y a un site. où on peut récupérer ces dossiers, mais c'est que les dossiers qui vont après l'enquête préliminaire. Donc en fait, mon numéro de justice ne servait à rien, donc je n'arrivais pas le dossier dessus, alors qu'on m'avait dit que je l'aurais dessus. En fait, je me faisais balader de service en service pendant des plombes et des plombes et des plombes. En novembre de cette année, j'ai envoyé un courrier recommandé avec accusé de réception demandant mon dossier. En juin, j'avais toujours pas de nouvelles, alors que normalement c'est trois mois. En mai, j'en avais marre. Je les appelle, la nana me dit « Ah mais il faut venir sur place » . Parce qu'il y a du retard, donc de toute façon c'est mieux si vous venez sur place. Donc ok, je demande à mon copain s'il veut bien m'emmener. Lui il avait des concours, donc je me suis dit bon on va attendre la fin de ses concours. Il finit ses concours, on se dit on va y aller. Avant je les appelle pour être sûre que c'est le bon service auquel je me rends et que c'est validé.
- Speaker #0
Au téléphone, la dernière, elle me dit, non, mais de toute façon, si vous vous rendez sur place, on ne vous le donnera pas, en fait. On l'a, mais il faut qu'on fasse une photocopie dans un autre service. Ça prend du temps. Donc, en fait, vous ne repartirez pas avec. Je dis oui, d'accord. Et je lui raconte tout le truc. Je dis, en fait, je suis désespérée parce que là, ça fait deux ans. Moi, pour me porter partie civile derrière, c'est ultra compliqué. J'ai envoyé un recommandé en novembre. Je n'ai toujours pas de nouvelles. On est en juin. Et là, il me dit, ah oui, mais de toute façon, les recommandés, on a huit mois de retard sur les trois mois. Donc. Donc en fait, il y a quasiment un an de délai de traitement. Et je dis, bah ouais, mais moi j'en peux plus. Et limite, je commence à pleurer au téléphone, parce que c'est juste fatigant. Et elle me dit, bon, je vais vous donner une adresse mail, vous envoyez votre demande là, avec toutes les références de votre dossier, votre carte d'identité, une adresse, vous réexpliquez toute la situation, vous dites bien que c'est pour vous porter participile, etc., et pour savoir ce que vous faites après. Et normalement, vous devriez avoir une réponse. Rapidement. Ok, je le fais. Et dans l'après-midi, j'avais un coup de fil en me disant « Bon, on accepte votre demande. Ça va prendre jusqu'à trois semaines parce qu'on doit le sortir des archives, l'envoyer, photocopier, le valider, le tamponner, machin. Mais c'est OK, on valide. » Et alors là, j'étais là genre « Wow, deux ans pour ça ? » Pour avoir une putain d'adresse mail avec que des chiffres et des lettres. C'est-à-dire que ce n'est pas un truc qu'on peut deviner. Parquet, j'ai dit machin, numéro, numéro, numéro, truc, mûche. Enfin, c'était un problème. Je ne l'ai même plus tellement...
- Speaker #1
Initialement, Aurélie a demandé son dossier pour se porter partie civile. Mais se porter partie civile après un classement sans suite, ça veut dire quoi ? Parce que je vous avoue que moi-même, avant de connaître Aurélie, je ne savais pas ce que ça signifiait. En gros, après avoir été collectée par la police, une plainte est transmise à un ou une procureur de la République. Le ou la procureur peut alors décider de continuer le poursuite et de demander au juge d'instruction d'ouvrir une information. L'information, c'est l'enquête menée par le juge. Mais le procureur peut aussi classer cette plainte sans suite si il ou elle juge qu'il n'y a pas assez de preuves pour aller plus loin. Et là, le juge d'instruction n'est pas informé de cette plainte. C'est ce qui s'est passé pour Aurélie. La victime peut alors porter plainte en se constituant partie civile. Ça lui permet de saisir directement un juge d'instruction pour qu'il ouvre une information judiciaire sans passer par le procureur. Cette phase donne suite, ou pas, à un procès. Et pour faire tout ça, il faut au préalable verser une somme d'argent, un genre de caution qui nous sera remboursée si le juge d'instruction considère qu'on n'a pas abusé de la justice en ayant ce recours. Et il y a d'autres subtilités à connaître si on a ce recours, des subtilités dont Aurélie n'a pas parlé pendant l'enregistrement et qui lui sont revenues en tête quelques jours plus tard. Ce que vous allez écouter juste après, c'est le mémo vocal de Aurélie, où elle donne de plus amples explications.
- Speaker #0
Pendant l'interview, il me semble que j'ai expliqué que je ne comptais pas me porter partie civile, ou en tout cas pas à court ou moyen terme d'ailleurs. Cependant, je crois que je n'ai pas expliqué pourquoi je ne comptais pas le faire, et je pense que c'est quand même important. En fait, quand une affaire est classée sans suite, mais qu'elle ne va pas plus loin... quand elle est classée sans suite par manque de preuves, elle peut être réouverte. Ça veut dire concrètement que si quelqu'un d'autre que moi porte plainte, on peut rapprocher nos deux affaires, et ce que moi j'ai dit, et mon histoire, mon témoignage, et les preuves qu'on a récoltées sur moi, etc. peuvent être des preuves pour l'autre personne. Et nos affaires peuvent aller ensemble devant un juge, si jamais c'est considéré comme suffisant pour aller plus loin. Par contre, et ça je l'ai appris d'une amie qui, elle, était en procès avec une personne qui avait déjà été jugée, et notamment déjà acquittée. Et en fait, quand une affaire est jugée, si la personne est acquittée, même par manque de preuves, elle ne peut pas être réutilisée par les personnes qui portent plainte après pour les mêmes faits sur la même personne, même si les affaires et les modes opératoires sont très similaires, parce qu'on considère que la justice ne se trompe pas, entre guillemets, ou en tout cas c'est peut-être un truc qui n'est pas officiel, mais en tout cas qui est très... présent dans les tribunaux et leur avocat leur a déconseillé de parler de cette affaire et de mettre ça en avant dans leur dans leur dossier parce que effectivement on considère que la justice ne se trompe pas comme il a été acquitté on ne peut pas utiliser cette affaire là où ce témoignage là pour apporter des preuves supplémentaires et montrer qu'il ya un schéma etc de fait je me dis que dans mon cas je préfère ne pas me porter partie civile et qu'il est cette épée de Damoclès sur la tête, quitte à me porter partie civile à la fin du délai de prescription, si jamais je reçois le besoin. Je pense que j'ai, en tout cas j'espère que j'en serai à un autre point de ma vie à ce moment-là. Mais en tout cas je peux le faire. Plutôt que de griller une cartouche, entre guillemets, pour une potentielle future défense, si jamais, j'espère pas pareil, mais si jamais il devait réagresser. une autre personne, quoi. Parce que dans ce cas-là, elle pourrait utiliser, moi, mon témoignage dans sa recherche de justice, alors que si je me porte par civil et que je perds, et au vu de mon dossier qui, même s'il y a quand même des éléments, a peu de chances d'aboutir puisqu'en fait, quand je vois d'autres dossiers comme celui de Clara, où c'est ultra... Enfin, les preuves, elles sont quand même vraiment là, quoi. Il y a quand même... Enfin, pour moi, Clara, il n'y avait tellement pas de doute que le mec était con. coupable. Quand je regarde mon affaire et effectivement les preuves, etc., on va dire que mon dossier est moins étayé que celui de Clara, en termes de preuves. Donc je me dis qu'il n'y a aucune chance qu'il lui arrive quoi que ce soit et que ce soit reconnu. Donc au vu de ça, je préfère laisser les choses en l'état.
- Speaker #1
Merci Aurélie. Franchement, merci pour tout. Merci pour tout ce petit cahier que tu as dit.
- Speaker #0
J'avais peur d'oublier des trucs. Ouais, j'ai oublié des trucs, je ne suis pas par la psy. C'était surtout sur le fait qu'il faut trouver la bonne psy. Il ne faut pas hésiter à en faire plusieurs.
- Speaker #1
C'est ça. Il faut s'armer de patience, mais il faut persister.
- Speaker #0
Il y avait un peu un truc sur le coût des soins aussi. Il y a des associations qui proposent des psys, des suivis. Oui,
- Speaker #1
oui, oui. Et je crois que tu en avais parlé aussi.
- Speaker #0
Il faut aller vraiment autour de chez vous, ce qui se fait, parce qu'il y en a. Même si ce n'est pas évident. Allez voir les assos, en vrai. Il y a pas mal de ressources dont on n'est pas au courant qu'elles existent. Oui, ça prend du temps, mais il faut le faire. Voilà.
- Speaker #1
Je pense que c'est parfait. Merci beaucoup. Je vais enlever ce casque. Je ne sais pas toi, mais moi, il m'a beaucoup serré la tête.
- Speaker #0
Un peu.
- Speaker #1
Mais j'ai kiffé quand même. Ça me fait plaisir, ça.
- Speaker #0
En vrai, c'était rigolo. En plus, ça faisait un peu une veule.
- Speaker #1
L'histoire d'Aurélie représente parfaitement comment sont traitées les plaintes pour viol par la justice française. survolées et archivées, laissées aux dépourvues, les victimes, elles, doivent se reconstruire toutes seules. Pour les personnes qui n'auraient pas écouté la première partie du témoignage d'Aurélie, je vous invite vraiment à le faire, parce qu'elle donne beaucoup d'espoir quant au processus de reconstruction. Merci à elle d'avoir partagé son parcours avec tant de détails, et surtout, merci pour sa disponibilité, parce qu'après l'enregistrement, je l'ai embêtée à plusieurs reprises pour éclaircir certains sujets, lui demander son avis sur le découpage des deux parties, et plein d'autres choses. Dans cet épisode, elle fait référence plusieurs fois à Clara, qui a témoigné dans l'épisode 5. Je rappelle qu'après l'acquittement de son violeur, Clara a saisi la Cour européenne des droits de l'homme pour mettre en cause la France qui ne protège pas les victimes de violences sexuelles. Là encore, un recours très peu connu, mais qui existe. Vous venez d'écouter le dixième épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Ce podcast a été réalisé par Julie Dussert. La musique originale a été composée par Sandra Fabry et l'image a été dessinée par Camélia Blandot. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.