- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles. Écoutez-le uniquement dans de bonnes conditions et si vous le souhaitez, n'hésitez pas à lire la description afin de sauter les passages concernés. Ce remettre de violences émotionnelles et sexuelles est un long chemin semé d'embûches. C'est avec beaucoup de précision, de sincérité et aussi de bonne humeur que Aurélie nous raconte comment elle s'en est sortie.
- Speaker #1
Très radieux, j'adore.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Je crois que je suis faite pour la fame.
- Speaker #0
Ouais, t'as vu.
- Speaker #1
N'importe quoi.
- Speaker #0
On se prendra un petit selfie après. C'était ouf. On s'était vues cet été.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup, je crois qu'on en avait parlé un petit peu, mais pourquoi est-ce que c'est important pour toi de témoigner à un podcast qui est intimidant, avec des micros intimidants ?
- Speaker #1
En fait, quand ça m'est arrivé, je me suis sentie extrêmement seule et j'avais l'impression que... Ça n'était arrivé qu'à moi, entre guillemets, et que ce que je vivais c'était complètement fou, entre guillemets, et que personne ne pouvait comprendre, et que j'étais anormale, isolée, que ce que je vivais c'était horrible, que jamais je pourrais m'en remettre, etc. Et je pense qu'avoir ces ressources-là quelque part, ça aurait pu m'aider en tout cas, si j'en avais eu, si je les avais vues, etc. Je me dis que si je peux aider quelqu'un dans l'histoire, finalement, si je peux tourner un petit peu de positif là-dedans... C'est le plus important. En tout cas, il faut le faire. Moi, ça m'apporte aussi dans ma reconstruction.
- Speaker #0
Je te confirme que ça aide des gens. Et je me dis que même si chaque témoignage aide une seule personne, c'est toujours ça de gagner.
- Speaker #1
J'en ai écouté quelques-uns quand on en a parlé, etc. Pour avoir une idée de ce à quoi ça ressemblait avant de me lancer. Et en fait, je me suis rendu compte que même moi, aujourd'hui, il y avait quand même des choses qui m'apportaient encore. Alors qu'a priori, c'est en partie derrière moi et que ma reconstruction, elle est quand même bien avancée. Mais j'avais trouvé des ressources dedans et je m'étais dit, bon, moi aussi, je peux apporter des choses. Autant le faire et aider un maximum de personnes.
- Speaker #0
Bravo, en tout cas, parce que je sais que ce n'est pas facile, déjà, de parler de ce genre de sujet. Et encore moins dans le contexte du studio.
- Speaker #1
C'est un peu intimidant. mais en fait J'en parle beaucoup autour de moi, de manière un peu random. Il y a des meufs qui en parlent en soirée, notamment dans les coins fumeurs à 2h du mat, où on parle un peu de choses deep. Ça a pu arriver que j'en discute. Et surtout avec d'autres copines, etc. Et plus j'en parle, plus les gens me confient des histoires de ce qui a pu leur arriver. En me disant, ah moi c'est pas comme toi, mais il m'est arrivé ça. Et en fait, c'est pareil. Donc ouais, ça peut être... Des gens que je ne connaissais pas du tout, ou des gens qui étaient proches de moi et en fait on n'en avait jamais parlé avant, qui me confient leurs histoires, etc. J'ai une tante, par exemple, qui a 70 ans, qui m'a conseillé que quand elle était jeune, il était arrivé à sa école, on n'avait jamais parlé à personne. Et en fait, en libérant ma parole, j'ai aussi libéré la sienne. En tout cas, j'ai aidé à participer à libérer la sienne. Et en fait, je me dis que c'est un peu la continuité. C'est assez fou et surtout... Alors j'en parle pas non plus de manière random, en mode « au fait,
- Speaker #0
j'ai tué,
- Speaker #1
mais c'est plus des occasions où on parle de MeToo, de machin, de truc, où quelqu'un me confie quelque chose et moi je rebondis » . Et en fait, on s'aperçoit qu'on a toutes des histoires un peu similaires. Et puis même auprès des mecs, quand on parle de justice, etc., c'est vrai que c'est souvent l'occasion d'en parler, de dire « de mon expérience, il se passe plutôt ça » . Mais vous aussi les mecs, vous pouvez aussi être victime, il n'y a pas que nous, etc. Puisque dans les groupes de parole où j'étais, il y avait aussi des hommes qui étaient là. Donc en réalité ça peut toucher tout le monde et je pense que même pour les mecs c'est plus compliqué d'en parler. C'est moins accepté en tout cas qu'un homme peut être victime. Donc du coup c'est vrai que j'en parle globalement. Je pense que plus on en parle, plus les gens sont au courant, plus les gens se disent « Ah ouais c'est vrai que ça, pourquoi pas ? » « Ah oui c'est vrai que là, quand machin m'a fait ça, c'était peut-être un peu limite. » J'ai misci une conversation et je pense que ça a plu. J'espère en tout cas. Le podcast, c'était un peu la continuité de ça.
- Speaker #0
Est-ce que tu as envie de parler un petit peu du contexte dans lequel c'est arrivé ou pas encore ?
- Speaker #1
Oui, on peut faire ça.
- Speaker #0
Allez.
- Speaker #1
Attends, parce que j'avais mon carnet.
- Speaker #0
Oui. Tu as raison de le préciser pour les gens qui écoutent.
- Speaker #1
Si vous entendez les pages tournées, c'est mon carnet.
- Speaker #0
Non mais j'adore. C'est trop mignon en plus. Il est super bien organisé ce cahier et bravo.
- Speaker #1
C'est mon carnet du trauma.
- Speaker #0
Ok. Il est beau en plus.
- Speaker #1
Il y a tout dedans. Il y avait un peu la liste des trucs à faire, les UMJ et tout, comment ça s'est passé. Il y a tout dedans. Il y a aussi une frise chronologique de ma vie qui m'avait fait faire ma psy. Pour voir les trucs cools, les trucs pas cools et qu'en fait, ça s'équilibre. C'est qu'une étape.
- Speaker #0
C'est super joli en plus.
- Speaker #1
Je me suis un peu donnée.
- Speaker #0
Franchement,
- Speaker #1
bravo. Moi, ça s'est passé dans le cadre d'une relation de couple. Donc c'était mon premier copain à l'époque. Il était un poil plus âgé, mais pas énorme, genre un ou deux ans.
- Speaker #0
Et toi, tu avais quel âge ?
- Speaker #1
J'avais 19 ans, tout juste. Et ouais, au début, c'était un peu idyllique. C'était le gars qui me mettait en valeur, qui me faisait des compliments. Enfin vraiment, début idyllique quoi, où tout va bien, on fait des sorties, on va au cinéma, on rigole. Et en fait, je pense que je ne m'en suis pas rendue compte. J'en parle aujourd'hui avec du recul, mais en fait, ça s'est fait. Tout doucement. Ça a été un glissement qui a été vraiment léger. Et en fait, ça a été de pire en pire. Il y a une espèce de contrôle qui s'est mis en place. Un peu caché. Où effectivement, il y avait une omniprésence de lui partout dans ma vie. Et ça a beaucoup commencé avec les vêtements. Puisque... Il va rigoler quand il entend ça. Mon père a longtemps été dans la team confort plutôt que style. Donc, notamment, je me souviens d'une veste quechue à orange que ma mère ne voulait plus voir, d'ailleurs. Et en fait, sa réponse était oui, mais c'est pratique, ça me tient chaud. Donc, en fait, on s'en fout du style. Tu ne vas pas t'habiller et être inconfortable, ça n'a pas de sens. Et donc, du coup, j'étais beaucoup là-dedans et je faisais moins attention à mon style. Et lui venait d'une famille qui était très dans la mode et tout. Et donc, du coup, lui me poussait à me dire oui, mais regarde, tu penses moins de toi. Quand tu t'habilles comme ça, tu es plus en valeur, etc. En fait, je suis restée un an et demi avec lui. Donc au début, c'était plutôt, il m'offrait des vêtements ou il me disait, regarde, ça c'est joli. Et à la fin, quand je ne m'habillais pas correctement, c'était, ah non mais n'importe quoi, tu ne vas pas sortir comme ça, tu vas te changer. Et un jour, on devait se retrouver pour, parce qu'il était musicien, pour des tests de son dans une galerie. Je me souviens qu'on n'était pas partis ensemble, je m'étais habillée de mon côté et lui, voilà. on s'était retrouvés juste avant et en fait il avait pas trouvé ma tenue adéquate et on était allés dans un magasin juste à côté pour acheter des vêtements et en fait moi j'étais là genre ah bah cool on fait du shopping et en fait au moment de sortir de la cabine où je me suis réhabillée normale il m'a dit bah pourquoi t'as pas tes vêtements que je t'achète et sur le coup je me suis pensée c'est avec du recul mais en fait sur le coup j'étais là genre ah bah ça avait tilté que c'était bizarre Et que c'était pas normal. Mais en même temps, j'étais tellement habituée que je me suis pas rendue compte que c'était à ce point-là. Et vraiment, en y repensant, je me suis dit putain, mais il m'a vraiment... Je sais pas si on peut dire putain.
- Speaker #0
Vas-y, exprime-toi comme tu es en orgue.
- Speaker #1
Mais putain, il m'a vraiment fait changer dans un magasin. Enfin, il y avait les vendeurs et tout. Et je suis repartie avec mes vêtements qu'ils venaient de m'acheter. Donc à la fin, je sortais plus. Ils validaient pas la con quand on était ensemble. Donc c'est vrai que... Il y avait vraiment ce contrôle-là. Et en fait, notre relation, elle a été en partie à distance. En fait, je suis partie un an à Dublin, en Irlande. Je m'étais fait des potes là-bas, et à un moment donné, notamment des potes mecs. À chaque fois que je lui disais, ce soir ou tel soir, je vais avec mes potes, je pouvais être sûre qu'il allait m'appeler en me disant qu'il était au bout de sa vie, qu'il avait besoin de moi, etc., le soir où je sortais. Et en fait, c'est mon pote d'Irlande. celui qui était avec moi, vraiment meilleur pote, qui m'a dit, tu sais quoi, lui, dis pas que tu viens. Lui, il avait vu le truc. Lui, dis pas que tu viens, tu lui demandes comment il va, et après, tu lui dis que t'es avec nous. Et là, ce soir-là, je lui dis, ça va, toi ? Ah bah ouais, au top et tout. Et au moment où je lui dis, là, je suis avec mes potes, je suis en soirée, donc je vais pas tarder à raccrocher, machin, changement de ton dans la voix, et là, ah mais non, mais en fait... Je t'ai dit que j'allais bien, mais en fait, je t'ai menti, ça va pas. Que des trucs comme ça. Et à la fin, moi, je réfléchissais à finir la relation. Et lui me disait, mais en fait, tu me quittes, je saute par la fenêtre. Enfin, c'était comme ça, quoi.
- Speaker #0
Chantage au suicide.
- Speaker #1
Absolument. C'était, mais moi, je suis rien sans toi. J'ai refait toute la maison pour qu'on ait notre nid d'amour quand tu rentres. Des trucs comme ça, quoi. Donc, ouais, il y avait vraiment cette ambiance-là. Et un peu, et ça, je m'en suis rendue compte encore une fois après. Je pense que ça passait aussi par me couper de mes proches. Lui, c'était vraiment le gendre idéal. Il était vraiment vu comme le gendre idéal. À chaque fois qu'on parlait de mes parents, ils parlaient dans leur dos en disant « mais tu te rends pas compte » . Ils font du mal, ils sont cons de te traiter comme ça, t'as plus 12 ans. Et donc en fait, moi je me voyais mal en parler de ce qui se passait dans mon couple à mes parents. Parce que je me suis dit, je vais me retrouver coincée entre les deux. Déjà que lui, c'est compliqué, si mes parents en plus ne veulent pas le voir parce que c'est un con. Parce qu'eux pensent que c'est un con, parce qu'à l'époque, ça ne va pas le faire. Et pareil pour mes potes, c'était toujours, tes potes d'Irlande, ils veulent juste te pécho. C'est pas des gars bien. Elle, enfin tous ceux qui pouvaient potentiellement le critiquer, c'était jamais des gens corrects. Et puis oui, il y a eu l'agression où effectivement il n'a pas du tout respecté le nom, mais ça pouvait aussi être dans d'autres choses de la vie. Par exemple, quand j'étais en Irlande, je rentrais ponctuellement. La question de Noël et du jour de l'an s'est posée. À la base, il voulait absolument que je fasse Noël et le jour de l'an avec lui. Je lui ai dit écoute... Pour moi, c'est ma famille en premier. Et en fait, pour le nouvel an, il m'a proposé de partir avec lui en Italie avec ses parents. Que sa famille en partie italienne. L'idée, c'était de partir en Sicile, faire le nouvel an là-bas. Ce que j'avais refusé. Lui avait dit, oui, mais c'est parce que tes parents t'obligent. Et je fais, non, non, mais moi j'ai envie d'être avec ma famille. Et en fait, il a fait en sorte que sa mère appelle la mienne. Pour lui demander si elle était ok que je parte. ma mère n'ayant absolument pas conscience de ce qui se tramait elle disait bah bien sûr pas de soucis et en fait je me suis retrouvée dans la situation où ma mère avait dit oui où moi j'avais pas de raison de dire non puisque mes parents étaient partants il avait validé avec ses parents et en fait si moi je disais bah non derrière non
- Speaker #0
non moi je veux pas venir c'était vraiment compliqué comme position quoi et c'était que des trucs comme ça c'était un moyen de contrôler la moindre des décisions en fait ouais c'est ça
- Speaker #1
Par exemple, je me souviens d'un truc, c'est tout con, mais à un moment donné, on était partis rencontrer ses grands-parents et ses cousins habitent à côté. Et moi, en l'occurrence, je ne m'épile pas forcément les jambes et je m'en fiche un peu. C'était le cas avant et c'est toujours le cas aujourd'hui. Et en fait, il y avait une piscine et en l'occurrence, je m'étais mis en maillot de bain, il avait vu mes poils et il était là genre non mais tu ne vas pas sortir avec tes poils devant mes parents, devant ma famille. Et je lui dis bah ok. Je veux bien qu'on rase les demi-jambes, mais c'est tout, quoi. Et en fait, il a pris la tondeuse et il a tout rasé. Donc en fait, j'avais une bande. Et après, je suis allée dire, t'es obligée de faire le reste, du coup. Vous verrez, j'ai vraiment une bande sans poils sur la cuisse. Enfin, ça ne donnait pas de sens. Et on pleurait. Il était là, mais on s'en fout, c'est que des poils. T'en fais tout un plat. On dirait que je suis violent, etc. Et en fait, c'était que ça, quoi. Donc ça, c'était l'ambiance. En fait, à chaque fois, ces trucs-là étaient entrecoupés de... T'es la meilleure dans ma vie, tu m'apportes tellement. Des trucs idylliques où effectivement, on partait, ils venaient, on faisait des activités, c'était très cool. On partait en week-end, surtout au début. Et après, tu te dis, je suis trop amoureuse de ce gars-là, ces moments ont existé. C'est juste une mauvaise passe puisque je suis loin et que c'est compliqué. Et en fait, non. Et à la fin, c'était que ça. Il y avait vraiment une relation toxique. Et lui, d'emprise sur moi, qui était évidente. Et je pense qu'après l'agression, c'était d'autant plus le cas que j'avais un peu anesthésié mon cerveau.
- Speaker #0
Est-ce que tu as envie de parler de l'agression ou pas trop ?
- Speaker #1
On peut en parler, je pense que ça peut être un peu dur à écouter pour les gens. Je pense que dans mon cas, il y a vraiment ce questionnement de est-ce que c'est un accident ou pas qui s'est posé. Je pense que ça peut être pas mal d'emprunter aussi. Moi, j'ai vraiment deux agressions en tête. Donc la première... où on est partis en week-end en amoureux. Et la deuxième, c'est quand je rentrais de Dublin. Je pense que c'est mars, mais c'est assez flou en réalité. Et en fait, je pense que tous les rapports qui ont eu lieu après la première édition sont un peu dans cette zone grise où en réalité, je n'avais pas vraiment envie puisque j'étais un peu dans le flou. Et en fait, on est en couple, donc on est censé avoir des rapports. Mais en même temps, j'y vais un peu anesthésiée ou un peu... à reculons entre guillemets. Et je pense que tous ceux d'après, en réalité, ce n'est pas forcément des rapports qui étaient 100% consentis. Peut-être que je peux donner une timeline qu'on peut mettre avant.
- Speaker #0
Si ça t'aide carrément, vas-y.
- Speaker #1
Juste pour que les gens comprennent un peu. On s'est mis ensemble en décembre. Il est parti en Erasmus en Espagne de janvier, mars, avril, un truc comme ça. Après, on a eu avril ou mai jusqu'à fin août ensemble. Et moi, de septembre à mai. J'étais en Irlande et ensuite je l'ai quitté fin juin début juillet. Ouais le mardi d'après la guerre à Ile-de-mercredi, un truc comme ça. Donc ouais, ça a été un an et demi un peu entrecoupé de relations à distance. Et donc c'était le juin au bout de six mois en gros. Et donc ce mois de juin, on part en week-end à Cabourg en amoureux. Et on va se balader, etc. On rentre à l'hôtel. Et là, on commence un rapport tranquille, tout à fait consenti pour le coup. Et en fait, ça a duré assez longtemps. Donc on s'est mis dans une position un peu levrette où il était derrière moi. Et lui m'avait plus ou moins dit que, il me l'avait dit plusieurs fois et je lui avais dit pourquoi pas, mais il faudra qu'on en discute, qu'on fasse des recherches, etc. Que lui voulait tester l'anal. Et en fait, ce jour-là, il a décidé que c'était le moment. Il a commencé à sortir, à frotter. Et je lui ai dit non, il est revenu, normal, ok. Il a fait ça deux, trois fois et puis la quatrième fois, il n'a pas attendu que je dise non et puis il est allé quoi. Donc ça a été assez violent. J'ai un peu sauté du... Je ne me souviens pas de l'avoir fait. Je me souviens d'être debout tout de suite après, de la douleur et d'être debout. Et d'aller dans les toilettes tout de suite. Me tenir contre le mur de douleur. Et en fait, je m'assois sur les toilettes. Et quand je me relève, c'est rouge. Et alors lui vient me voir paniquer. Il me dit ça va, machin. Et je lui dis bah non. Je saigne, quoi. Et elle commence à... Et elle regarde, et effectivement, c'était... C'était rouchant. Et donc, j'ai eu une fissure anale. Pour les détails croustillants. Et du coup, là-dessus, je lui demande de me laisser. Je crois... Enfin, c'est assez flou, encore une fois, comment ça s'est passé. Mais après, il part. Parce qu'on avait cassé un bracelet. Il va rendre le bracelet. On reste comme ça. Et moi, sur les toilettes, j'ai cette réflexion de me dire... peut-être qu'il faudrait que j'aille à l'hôpital ou que j'aille à la police. Je me souviens d'avoir eu cette réflexion de me dire, peut-être qu'il faudrait que je dépose une main courante, parce que ce n'est pas normal ce qui vient de se passer. Et en fait, en discutant avec lui, lui me dit, mais non, mais c'est un accident, j'ai glissé, etc. Et en fait, moi, j'étais vraiment dans ce truc de, c'est l'homme de ma vie, parce qu'on était encore un peu en phase idyllique, etc. C'est l'homme de ma vie. J'étais persuadée que ce serait le seul homme qui m'aimerait. C'est faux. Spoiler alert, c'est faux. C'était le seul homme qui m'aimerait. Et que si je le perdais, lui, je serais seule à jamais. Ce genre de truc. Et que de toute façon, il ne pouvait pas avoir fait ça. Puisque c'est un gars bien. C'est le genre idéal. Par ailleurs, il est adorable. Il est gentil. Ça s'est toujours bien passé avant, etc. Donc, j'ai vraiment mis ça dans une petite boîte. En me disant, non, c'est pas grave. Si il y a un accident, ça arrive. Et donc... J'ai vraiment occulté ça pendant, je dirais, deux ans. Un an et demi, deux ans. Ce qui est très long. Et ensuite, du coup, le deuxième qui est vraiment marqué, où je dis non et il force, c'est vraiment... En fait, quand j'étais en Irlande, je prenais le premier billet du matin. Sauf que le bus, pour aller à l'aéroport, ne permettait pas d'avoir l'avion à temps. Donc en fait, je passais la nuit à l'aéroport, à clair et nuit blanche, à regarder des séries et tout. Et donc du coup, j'ai été... complètement à la ramasse le soir et je me souviens que j'avais juste envie de dormir on devait sûrement aller au cinéma après et en fait je lui dis je vais me coucher je suis complètement claquée et lui me dit ok et il me rejoint dans le lit et il commence à me toucher je lui dis non et tout il me dit si ça te fera du bien et je me souviens que vraiment je fais l'étoile de mer j'attends que ça passe lui il continue de me toucher et à un moment donné je pense que il était content de son truc il arrête Merci. Je me retourne sur le côté, je commence à pleurer, et lui me dit « et moi ? » Et j'ai vraiment ce souvenir du « et moi ? » Et je me sens que je me suis endormie en le touchant, parce que j'étais vraiment épuisée. Et on n'en a pas particulièrement reparlé. Et j'ai un autre souvenir, mais qui n'est pas arrivé sur un viol avec pénétration en tout cas, digital ou autre. J'étais dans la cuisine, il commençait à me toucher, et là j'ai... pété un câble entre guillemets en disant mais putain qu'est-ce que tu comprends pas dans non c'est comme la dernière fois je t'ai dit non c'est non c'est pas le moment et ça j'ai trois souvenirs en gros de ce truc là donc voilà c'était un peu ça la question en elle-même et en fait ce qui est fou c'est que j'étais tellement dans un truc de déni et ça je m'en suis rendu compte après en parlant avec des psys, avec des copains etc que en fait pour ne pas revivre une agression j'étais prête à retenter l'anal avec lui en préparant etc juste pour être sûr qu'il le ferait plus par surprise et que je réjouirais plus cette situation là Quand il est revenu à la charge et qu'il m'en a reparlé, parce qu'après ça, il m'a dit non, mais plus jamais, on en parlait tout. En fait, en janvier, après, il a commencé à m'en reparler, en Italie d'ailleurs, nous venons avec les parents. Il a commencé à m'en reparler, et là, je me suis dit, enfin, je pense qu'intérieurement, je me suis dit, OK, il faut le faire parce que c'est de la survie, quoi. Mais à l'époque, je me souviens que j'étais marquée, mais qu'en même temps, il y avait un truc de bombe à falloir que je le fasse, mais je n'avais pas compris que c'était lié à ça. Et en fait, quand j'en ai parlé autour de moi, je me suis rendu compte que c'était juste de la protection. Parce que si moi, je prenais le contrôle, la surprise et la violence du truc ne pourraient pas revenir. Et ça, ça a été un peu un step de le comprendre et de me dire, « Ah, mais pourquoi j'ai su... » Enfin, ça ne pouvait pas être ça, parce que j'y ai su retourner après. En fait, si, ça fait sens. En parlant notamment dans les groupes de parole, on est beaucoup à faire ça. C'est juste une façon d'avoir le contrôle, en fait. Je voulais le dire parce que... Ça m'a beaucoup travaillé ce truc-là.
- Speaker #0
Non mais t'as bien fait, oui. C'est vrai qu'on n'entend pas souvent ce genre de témoignages.
- Speaker #1
Parce que c'est un peu honteux en vrai. C'est pas honteux parce qu'on le sait, mais quand on y réfléchit tout seul et qu'on se dit putain, pourquoi j'ai fait ça en réalité ? On peut avoir honte d'en parler et ça m'a pris tellement de temps moi de le process. Je me dis que si quelqu'un peut l'entendre, ça peut être utile.
- Speaker #0
Ouais, c'est clair. Après, le cerveau fait comme il peut pour survivre. Pour survivre, c'est exactement ça.
- Speaker #1
C'est vrai que c'est fou. Ça, c'est un truc qui m'a bluffée dans tout le suivi psy que j'ai eu après. C'est la capacité du cerveau à faire des trucs pour te protéger de tes propres trucs, de tes propres souvenirs, de tes propres réactions, de tes propres traumatismes, tous les chemins déviés, la survie, comment ça se passe, comment ça s'articule, etc. Je trouve que le cerveau est vraiment impressionnant.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est bluffant.
- Speaker #0
Et du coup, pendant un an et demi, deux ans, t'as oublié ?
- Speaker #1
Ouais. C'est pas que j'ai oublié parce que j'ai fait référence sur des cartes postales, des trucs comme ça.
- Speaker #0
Des cartes postales ?
- Speaker #1
Que je lui ai envoyées à lui. Ou des lettres que je lui ai envoyées. Ou des messages d'ailleurs, où je lui disais « Oh, notre week-end inoubliable à Gabor ! » Ou « Week-end rocambolesque ! »
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et je le racontais comme ça à mes potes. Je disais, oh putain, ce week-end-là, n'importe quoi. En plus, j'avais fait une crise d'allergie, j'avais gonflé partout. Je me demande dans quelle mesure ce n'est pas aussi mon corps qui a réagi à la glace. Parce que même si c'était une vieille fleurie, je crois que j'ai rarement fait des crises d'allergie pareilles. Encore un choix de merde, d'ailleurs. C'était son choix, Kabour, en plus.
- Speaker #0
Rien n'allait, quoi.
- Speaker #1
Rien n'allait. Mais non, mais c'était impressionnant. Et donc, du coup, effectivement, quand j'en parlais autour de moi, je disais, ah oui, les fois où ça arrivait. Sur des « je n'ai jamais testé ça » , c'était « ah bah ouais, ça m'est arrivé, mais bon, quelle galère ! » Oui. « Mais c'était un accident, blablabla » . Et en fait, c'est pour ça que je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui me connaissaient de l'époque où j'étais avec lui, qui n'ont pas compris ou qui ont eu du mal à capter quand je leur ai dit que j'avais été agressée.
- Speaker #0
Parce que du coup, si on fait la chronologie, le processus, c'est que vous vous êtes séparées. Oui. Donc, est-ce que c'était en lien avec les agressions ?
- Speaker #1
Non. Enfin, oui et non. C'est un peu compliqué de séparer le truc. En fait, je suis rentrée. Lui voulait absolument qu'on commence à vivre ensemble, etc. Il était dans la musique. Lui, il essayait de faire démarrer sa carrière. Et en l'occurrence, on a fait un brainstorming avec lui, son meilleur pote qui était aussi son ingésoire, entre guillemets, et son bassiste. Et on passe cette soirée à brainstormer sur qu'est-ce qu'on pourrait faire pour l'aider là-dedans, à faire démarrer le truc et tout. On fait plein de suggestions. Et c'est vraiment très bonne ambiance, et je le vois petit à petit se refermer. C'est-à-dire que pendant toute la conversation, je le vois parler beaucoup moins, devenir un peu plus sec, etc. Et à un moment donné, il se lève, il pète un câble, et il dit « Ouais, de toute façon, si vous aimez pas ce que je fais, cassez-vous. » Vraiment, un truc comme ça, il fait « C'est grâce à moi que vous êtes là aujourd'hui. Si vous n'êtes pas content, prenez vos affaires et cassez-vous. » Et c'est ce que j'ai fait. Je me suis rendue compte, en le regardant faire sur les autres, se passer avec moi. Je me suis dit, mais attends, comment tu peux traiter tes potes, ceux qui sont là depuis le début à te soutenir et tout, de cette façon-là, alors que là, on est en train de prendre une soirée sur notre temps pour t'aider, toi, à percer, à réaliser ton rêve, et t'es là en train de nous faire chier parce qu'on n'aime pas ta musique, entre guillemets, alors qu'en réalité, si on n'aimait pas ce que tu fais, on ne serait pas là, en fait. Et tu nous traites comme de la merde. Je me suis rendue compte de ça, et quand il a dit, si vous n'êtes pas confondus, prenez vos affaires et cassez-vous, j'ai fait un sac. Je lui ai dit, mais tu te rends compte de la façon dont tu parles ? Et je me suis barrée. Et même quand je me suis barrée, je lui ai plutôt parlé du fait qu'il traitait ses potes mal que moi. Ce qui est un peu fou. Et je me suis barrée en pleine nuit, quoi. Vraiment ? Ouais, ouais, c'était complètement fou, je pense. Je suis allée jusqu'à la bibliothèque François Mitterrand. J'ai appelé ma mère en pleine nuit en disant « Tu peux venir me chercher ? » Elle est venue et on a mangé une pizza sur le bord, sur le quai, parce que je n'avais pas mangé. Vraiment, j'étais partie. Je crois qu'à 22h, 23h, elle est venue en voiture. Après, j'ai pris mes affaires et je lui ai écrit une dernière lettre d'amour.
- Speaker #0
Après ça, comment est-ce que, déjà, tu te reconstruis d'une relation comme ça et quelles ont été les conséquences ? Je fais une nutrition très large là.
- Speaker #1
On est pour une bonne heure. En fait, ce qui est d'après ce que j'ai lu, assez rare dans les situations d'emprise, c'est qu'il m'avait dit, le jour où tu me quittes, je coupe contact, tu sors de ma vie. Ce qui avait été un levier pendant un certain temps, puisque j'étais là genre, mais attends, le jour où on se quitte, moi j'ai pas du tout envie qu'on arrête de se voir, on reste amies. Et en fait, lui m'a dit, tu pars, je coupe les ponts. Je suis partie, il a coupé les ponts. Je n'ai plus jamais entendu parler de l'éducation. En tout cas, il n'a jamais essayé de me récupérer, quoi que ce soit. Donc là-dessus, j'ai eu assez de la chance. Et donc, du coup, ça a été un peu... On était flou. J'avoue que j'ai très peu de souvenirs de cette époque. En fait, j'ai commencé une licence en fac de droit. Troisième année de droit directe. J'ai fait une passerelle. C'était un peu fou comme pari. J'ai un peu enchaîné comme ça dans le chou, quoi. Mais dans ma tête, j'avais pas quitté un homme toxique. J'avais juste quitté... mon premier copain. Donc c'était dur, mais en même temps, on se reconstruit comme une relation normale. Et après, quand j'ai commencé une nouvelle relation, c'est là que la deuxième partie s'est vraiment commencée. Puisque j'ai rencontré mon copain actuel à la fac, on a mis du temps avant de se mettre ensemble, puisque je l'ai rencontré premier TD de l'année, et on s'est mis ensemble le 1er janvier. Donc au bout de 3-4 mois, à se côtoyer, à être potes. Je pense qu'on n'en parle pas assez, mais quand on sort d'une relation toxique... qu'on tombe dans une relation saine, c'est très bizarre. C'est assez dur parce qu'on a tout le temps l'impression que ce qui arrive est de notre faute. Et l'autre personne, elle te dit, bah non, pas du tout. Et en fait, tout ce sur quoi t'as construit ta relation précédente, c'est miette. Tu te dis, mais attends, comment ça, ça c'est ok ? Bah oui, y'a pas de soucis. Mais du coup, tu m'en veux pas ? Bah non, pourquoi je t'en voudrais ? Et je peux sortir comme ça ? Bah oui, tu sors comme tu veux, en fait, on s'en fout. ton style. Ah ok. Et que des trucs comme ça quoi. Donc c'est vrai que c'est un peu particulier. Je m'excuse encore énormément dans mes relations. Par exemple. Ça c'est un truc contre lequel je lutte et contre lequel mon copain lutte activement. Chaque fois que je m'excuse il est là genre, pourquoi tu t'excuses ? Bah pour ça. Bah non, tu t'excuses pas pour ça. C'est ok, t'as le droit d'être toi-même.
- Speaker #0
Il est dur à perdre ce réflexe.
- Speaker #1
Oui, et surtout ça va faire 4 ans qu'on est ensemble maintenant. Donc c'est un truc qui persiste longtemps. Et en fait, ce qui a un peu déclenché toute la suite, c'est vraiment les premiers rapports que j'ai eus avec mon copain actuel. Où un jour, il met sa main pour me toucher. Et là, flashback de la question. De la deuxième dont j'ai parlé.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Parce que la première, ça a mis le temps. Ça a été plus par des rêves, etc. D'accord. Donc c'est revenu monter. J'ai dit, ouf, il y a peut-être un sujet là.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Et en fait, il pose sa main et là j'ai vraiment le flash de l'agression où je me retourne et je pleure, etc. Donc j'ai mis fin au rapport et il m'a dit ok. Et c'est là qu'après, je n'ai plus dormi pendant longtemps. Et ça a tout déclenché. Et en fait, quand j'ai commencé à avoir des souvenirs, je me suis rendu compte que je ne dormais plus, que je commençais à avoir des sensations d'une sensibilité accrue au bruit, à tout ce qui m'entourait, etc. Je me suis dit, c'est bizarre quand même. Et je suis allée voir le psy de la fac. qui n'a pas compris. Il est complètement passé à côté du truc. Je lui ai dit que je ne dormais plus, que j'avais des flashs et tout. Il m'a dit, ok, c'est peut-être le stress. Revenez dans trois semaines me voir, voir comment ça évolue. J'ai dit, ok. Je commence à en parler autour de moi. J'en parle un petit peu à mon copain, comme ça. Je revais le voir, je le réexplique et là, il a tilté. Il m'a dit, je suis désolée, je ne comprends pas comment j'ai pu laisser passer ça. Je vais voir avec la fac. avec l'organisme de santé des facles, si vous ne pouvez pas avoir un suivi psy avec nous. Le Covid est arrivé, donc j'ai commencé à avoir un suivi en distanciel, au téléphone, avec une psy qui ne comprenait pas exactement, en tout cas qui n'était pas la bonne pour moi. Et ouais, le Covid confinement, ça m'a vraiment permis de faire ma dépression dans mon coin. Je me souviens que juste avant le confinement, je suis allée au comité RIA pour déposer une main courante. Et alors là, quand j'arrive au commissariat pour déposer la main courante, donc c'était vraiment courant mars, juste après en fait avoir récupéré mes souvenirs.
- Speaker #0
Je voulais que si jamais il agressait une autre personne, il y ait une trace. Du coup, ça faisait un an, un an et demi. Je m'étais dit que de toute façon, ça n'irait nulle part et que ça ne valait pas le coup de porter plainte. Et que de toute façon, ce serait sa parole contre la mienne, etc. Donc, je n'étais pas partie pour porter plainte. Sauf que quand j'arrive là-bas, le monsieur qui m'a accueillie, je lui ai dit qu'il m'a demandé pourquoi c'était dans le hall du conférencement avec tout le monde. Comme d'hab. Mais bon, à part ça, il a fait ce qu'il a fait. Et en fait, il m'a dit, écoutez, vous allez rentrer dans ce box, j'appelle une collègue et vous pourrez parler avec elle de ce qui se passe, etc. Je pense que ce sera mieux. Bon réflexe. Effectivement, il appelle une collègue et elle me dit, en fait, le problème, c'est que si vous déposez une main courante, pour ces cas-là, on est obligé de le transformer en plainte. Donc, ce que je vous conseille, c'est de prendre le temps, parce que là, vous me dites que c'est très frais, etc. Et de revenir le jour où vous êtes prête. Puisque là, de toute façon, ça ferme en ligne. Donc, c'est pas pressé. Donc, elle m'a dit, prenez le temps d'être prête, de digérer les trucs. Parce que là, je pense que je devais avoir un discours un peu déconstruit, un peu flou, etc. Elle m'a dit, prenez le temps d'être prête parce que c'est quand même assez éprouvant. Vous revenez et nous, on sera là pour vous écouter. J'étais genre, ok. Donc, c'était pas un non, on prend pas à ta plainte. C'était vraiment en mode, là, toi, tout ce que tu veux, c'est pas possible. C'est ça qui se passe si on fait ça. C'est dur. Prends ton temps et reviens. Mais sois prête, sois ready. Après le confinement, c'est ce que j'ai fait. J'avais eu le temps de processer un peu plus, d'être un peu plus sûre de moi sur ma décision, etc. Et surtout, il y avait vraiment cette idée de porter plainte pour protéger les autres. Et je crois que c'est vraiment ce qui a un peu mené le truc jusqu'à aujourd'hui. Encore une fois, c'est pour ça que je fais ce podcast aujourd'hui, c'est encore pour les autres. Et je crois que ça ne m'a pas quittée. Donc, voilà.
- Speaker #1
Il n'est pas facile ce moment de décision de... Non. Est-ce que je porte plainte ou pas ?
- Speaker #0
Ouais, c'est clair. Et puis surtout, je ne l'ai pas pris sur un coup de tête, parce que j'avais longuement réfléchi. Par contre, le jour où j'y suis allée, c'était un peu en mode, bon bah, aujourd'hui, j'y vais. J'en ai parlé à mes parents à moitié. Je leur ai dit, bon bah, je vais porter plainte contre l'autre. Et en fait, ma mère m'a dit, mais pourquoi tu portes plainte ? Je ne sais pas, parce qu'il m'a agressée. Et en fait, le jour où je lui ai dit, je vais porter plainte, elle m'a dit, ok. Je me souviens qu'il était en train de repasser. Elle m'a dit, bon bah, à tout à l'heure. Et j'y suis allée, et j'ai porté plainte comme ça. Et je pense qu'elle-même, elle comprend. Et en fait, quand je suis rentrée à la maison après la plainte, là, on a discuté. En fait, dans ma famille, il y a un peu un truc de... En fait, mes parents me disent tout le temps, oui, il faut nous dire, nous, on t'écoute, on est là pour toi, blablabla, machin. Sauf qu'il y a aussi ce truc de si on n'en parle pas, il n'y a pas de problème. En tout cas, ils n'ont pas cherché. Plus que ça, c'est-à-dire qu'ils nous ont cherché le minimum. C'est-à-dire que quand j'ai dit je porte plainte contre mon ex, ils étaient là genre, ça sort d'où ? En plus, ils ont vu que ça n'allait pas, donc effectivement, ils ont posé des petites questions. Mais en fait, j'ai dû bafouiller. Elle a dû comprendre en lui disant que, bah non, pourquoi est-ce que je faisais un examen médical ? C'était parce que ce n'était pas par devant et que potentiellement, il y avait peut-être encore des traces. Et je pense que c'est comme ça qu'elle a compris. Mais en fait, elle n'a pas cherché plus loin que ça. Il n'y a pas eu d'autres conversations, etc. Ou alors quand je faisais des énormes crises de panique, ce qui arrivait deux ou trois fois devant eux. Et en fait, tout le reste, j'ai énormément caché. À part le fait que je dormais extrêmement mal, ils ne savaient pas. Ou alors ils ont appris vraiment au fur et à mesure. Et donc du coup, ils ont fait ce qu'ils pouvaient, je pense, avec les outils qu'ils avaient. Je pense que ce n'est pas suffisant par rapport à la dureté de ce qui se passait dans ma vie et à la violence du choc. Je sais que par exemple, ils ont tenté. Ma mère, tous les matins, elle me demandait comment j'avais dormi. C'était sa façon de me montrer qu'elle était là. Et moi, j'étais là genre, bah mal. D'après toi, je dors deux heures. Mais pour le coup, elle faisait ce qu'elle pouvait. Et c'était sa manière à elle de me montrer qu'elle était là. Mon père, il a essayé. Mais en fait, il a essayé de me soutenir comme lui savait faire. Et pas forcément comme j'en avais besoin. Même quand je lui ai dit par contre j'ai besoin de ça et pas de ce que tu me donnes, il n'était pas capable de le faire. Par exemple je lui disais mais en fait j'ai besoin que tu me rassures et que tu me dises que c'est pas tous comme ça et que je vais pouvoir revivre et que je suis pas en danger constant. Et il me disait mais moi je peux pas te dire des trucs pareils parce que c'est faux. Merci papa. Aujourd'hui c'est quelque chose que je pourrais entendre parce que j'en suis plus là et que mon parcours a évolué et que je me reconstruis et que j'ai des nouvelles bases assez solides. Mais par exemple, je venais de le vivre et il me disait « Ce n'est qu'un caillou dans ta chaussure. Ce n'est qu'un nœud sur ton chemin. » Ouais, enfin, là, je suis morte, quoi. Donc, là, c'est pas un nœud, c'est... Je viens de me prendre un autocar plus un avion, mais en même temps. Et en fait, je crois qu'il y a un peu ce truc avec les violences psychologiques où finalement, comme on ne les voit pas, on ne se rend pas compte. Parce que je me serais vraiment, littéralement, pris un bus, je serais à l'hôpital, comme ça, vraiment dans un sale état. Ils ne m'auraient certainement pas dit « c'est qu'un caillou dans ta chaussure » . Donc ça, je pense qu'il y a aussi un truc, une pédagogie à faire avec les familles. Et aussi en tant que proche de se renseigner, de lire des bouquins, il y en a en plus des bouquins qui ont été écrits là-dessus. Pareil, du coup, j'ai vu ma psy, ma super psy que je rencontrais après. Et en fait, on disait, mais peut-être qu'on peut les inviter à des sessions pour aller expliquer un petit peu exactement ce qu'il en est, ce qui te ferait du bien, etc. Et chaque fois que j'en parlais, c'était oui, oui, pourquoi pas ? Et en fait, ça s'est jamais vraiment fait. Ma soeur était au top. Un des premiers trucs qu'elle m'a dit, c'était parce que tout le monde me disait, mais on ne comprend pas, il avait l'air si parfait. Ma mère me disait, mais en fait, moi, quand je l'ai vue avec des nouvelles fringues et tout, je me suis dit, trop bien, elle s'épanouit, elle cherche un style, elle sort de son nid, elle va tenter des trucs. Et donc, tout le monde me disait, on ne comprend pas, ça va être vraiment un délire de réel. Ma soeur m'a dit, ouais, j'ai vu tout de suite que c'était un connard. J'étais genre, merci poulette. Et que des trucs comme ça. Et par exemple, quand ça n'allait vraiment pas, je lui ai demandé deux, trois fois si elle pouvait dormir avec moi ou si je pouvais dormir avec elle. Et elle a dit oui. Et franchement, ça a aidé. Pendant quelques mois, je faisais deux heures par nuit quand je dormais toute seule. Alors que quand je dormais avec quelqu'un, c'était plus 4-6. C'était aussi une ressource. Mais je pense que ce n'est pas facile pour les proches. Je pense qu'il faudrait vraiment, quand une personne est victime, que les psys ou les autres prennent contact avec les proches, quand c'est possible en tout cas, pour mettre en place un système un peu... Pas de protection, mais de cocon. Oui,
- Speaker #1
carrément. C'est une bonne idée. Un petit kit.
- Speaker #0
Exactement. Qu'est-ce que vous pouvez lui dire ? Qu'est-ce que vous pouvez faire ? Qu'est-ce qui est un peu trop tôt ? Qu'est-ce qu'on pourra faire dans la suite ? C'est quoi les priorités aussi ? Et puis, ça c'est la famille, mais pareil, dans mes potes, tous ceux que j'ai rencontrés après ont été ultra présents. Par contre, tous ceux que j'ai rencontrés avant, c'est ce que je disais tout à l'heure, ils sont un peu tombés des nues. Parce que moi, je le vendais à tout le monde comme le gars parfait, le cool qui fonctionne. Mais non, mais il est comme ça, mais en vrai, c'est juste que là on est loin, c'est dur pour lui. Donc en fait, ils sont tous tombés des nids. Donc ça, ça peut être aussi un peu violent de dire, mais en fait, pourquoi tu portes plainte, meuf ? En fait, c'est un accident, toi-même tu l'as dit que c'est un accident. Donc quand même nous, on commence à se remettre en question, et qu'on est un peu dans le doute de se dire, est-ce que je suis vraiment légitime ? C'est vrai que c'est pas évident, quoi. Et puis tout le monde a un peu un avis de qu'est-ce qu'il faut faire. C'est-à-dire que, ah ouais, mais là, ça fait longtemps, donc en vrai... Est-ce que t'as vraiment besoin de porter plainte ? Est-ce qu'au contraire, ça va pas te ralentir dans ton processus de guérison ? Je pense que c'est bien que tu portes plainte. Je pense que toutes les victimes devraient porter plainte. Tranquille. Chacune gère son truc à sa façon. Laissez les gens gérer eux-mêmes. Soyez des soutiens dans leurs décisions. Suggerez potentiellement des trucs, mais suggérez-les. Je pense que tu fais une connerie. Pense que tu veux, mais en tout cas, moi dans ma chair, je sais que je suis en train de faire la bonne chose. Et tout à l'heure, je parlais du boulot en disant que je les avais prévenus, etc. Et c'est vrai que j'ai été vachement bien entourée. J'en ai assez vite parlé à ma responsable de l'époque. Alors, elle a compris. Elle n'a pas forcément mis en place des choses. Par exemple, pour les journées où j'ai dû aller au commissariat, j'ai dû prendre des journées sans solde. Mais elle ne m'a pas trop posé de questions. C'était en mode, oui, oui, tu prends ce qu'il te faut, il n'y a pas de souci. Elle n'a pas fait une absence exceptionnelle. Elle a repris, mais elle ne l'a pas fait. Et après, j'ai changé d'équipe. C'était plutôt sur la suite où j'avais encore un stress post-traumatique, etc. Et je me suis refait agresser par la suite dans les transports. Et donc, du coup, ça a été un peu costaud. Et là, j'en ai aussi parlé à mon responsable. Je ne sais pas s'il en a parlé à mon équipe.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
En tout cas, quand j'avais des moments un peu en down, je n'en ai jamais aucun qui est venu me voir pour me dire quoi que ce soit. Ils étaient tous en soutien. Dès que ça n'allait pas, je disais bon, c'est un peu dur. Et en fait, il n'y avait pas de souci. Et en fait mon boss m'a dit mais en fait moi déjà c'est une preuve de confiance donc merci. Et ensuite en tant que responsable c'est important de savoir pour moi ce qui se passe dans ta vie pour que moi je puisse aussi adapter le boulot de manière à ce que ce soit le plus confortable pour toi. Et notamment il m'a permis de faire du télétravail full time pendant quasiment 3-4 mois quoi. Après la gestion dans les transports du coup j'osais plus du tout les reprendre. Il m'a dit mais en fait tu prends ton temps de toute façon que tu sois là ou chez toi ça change rien. tu fais le taf, tu fais ce qu'il faut, tu prends soin de toi et tu reviens quand t'es prête. Et ça, ça a été vraiment un soulagement.
- Speaker #1
Et du coup, si on peut faire la transition des symptômes de stress post-traumatique.
- Speaker #0
Ouais, bah le stress post-traumatique, alors déjà, quand j'ai entendu le terme, j'étais là genre, oui enfin, je reviens pas de la guerre quoi. Et en fait ma psy m'a dit, mais en fait les études ont montré que les victimes de violences sexuelles ont quasiment le même niveau de traumatisme que les gens qui reviennent de la guerre. Et là je me suis dit, ah ouais d'accord, peut-être qu'effectivement, je peux être empathique avec moi-même. Parce que du coup... En termes de symptômes, c'est des trucs du style... Déjà, il y avait le sommeil, où je ne dormais plus, je faisais des cauchemars, je me réveillais en panique la nuit. C'était horrible, mais ça a duré longtemps. Parce que pendant du coup de mars à août, je dormais quasiment deux heures par nuit. Ce qui est très peu... Enfin, je tombais de sommeil, d'épuisement à un moment donné. Et après, ça a monté petit à petit, j'ai fait quatre heures, six heures. Aujourd'hui, j'ai retrouvé un sommeil à peu près correct. Les crises de panique. Alors, les crises de panique, c'était terrible dès que j'avais l'impression qu'il était là.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'il y avait un brin dans une salle, qui avait à peu près la même de cheveux. Crise de panique. J'avais une angoisse qui montait de me dire, il est là. Un jour, j'ai croisé quelqu'un avec son parfum dans la rue. Je suis restée tétanisée sur place pendant vraiment deux, trois minutes à ne pas pouvoir bouger. Enfin, je savais en plus que c'était pas lui. Puisque je m'étais retournée, j'avais vu que c'était pas lui. Et juste l'idée de l'avoir recroisé m'avait sidérée. Impossible de bouger. Il y a ça, il y a l'hypervigilance. Ça, c'est le fait d'être tout le temps sur ses gardes. C'est ce que je disais, j'entendais les bruits plus forts. Même encore aujourd'hui, d'ailleurs. Je mets des écouteurs à vide dans les transports, parce que sinon, c'est trop. Les odeurs, les lumières, tout était trop. Le moindre bruit, quelqu'un qui casse une assiette ou un truc comme ça, je me bloquais complètement. Je re-rentrais en état de sidération tout de suite. Donc, c'était assez handicapant. J'ai eu une belle dépression. Pendant tout le confinement, j'étais en dépression totale. Je passais ma vie dans mon lit, juste à regarder le plafond et à attendre. Il y a un sentiment de vide énorme. Et ça a duré très longtemps. Pendant tout le confinement, en fait. Voir un peu plus. Et ce qui a été le pire pour moi, comme symptôme, et qui a duré longtemps aussi, pendant quasiment tout le premier confinement aussi, voire plus, dès que j'allais aux toilettes. J'avais une douleur comme si je revivais ce qui s'était passé. Donc je n'ai pas... C'est ultra glamour. J'ai pu ne pas faire caca pendant une à deux semaines. Juste parce que j'avais peur d'y aller. Dès que je prenais ma douche et que je devais me laver à ces endroits-là, c'était impossible. C'était crise d'angoisse tout de suite. Et ça, ça a duré du début jusqu'à juillet, je dirais. Et j'avais des crampes d'estomac. C'était vraiment horrible. Et quand j'en ai parlé après, des médecins m'ont dit que c'était ultra dangereux. Vous avez eu de la chance de ne pas avoir des problèmes plus violents que ça. Donc ouais, en fait, les impacts sur le corps et sur l'esprit sont ultra violents. Et surtout, on a un peu l'impression d'être faux. Et c'est là où moi, les groupes de parole m'ont beaucoup aidée. Parce qu'en fait, on en parle entre nous. On n'est que des personnes qui ont vécu ça. Alors moi, il y avait des groupes mixtes et non mixtes. Donc en plus, il y avait des hommes qui nous parlaient de leur expérience. C'est vraiment une richesse, ça aussi, je pense. Et en fait, on se parlait de nos symptômes et on avait tous les mêmes. Et en fait, là, on se dit, ah, en fait, c'est pas moi qui suis anormale. C'est juste, j'ai une réaction normale à des choses anormales qui me sont arrivées. Donc je suis normale. Je suis pas fou. Et ça, se dire je suis pas fou, puisque d'autres gens qui ont vécu la même chose réagissent de la même façon, c'est vraiment une bouffée d'air, quoi. C'est pour ça aussi que j'en parle et que je parle des symptômes même si c'est pas ultra glamour, parce qu'en fait, on est pas fou et c'est normal. Et on peut se faire confiance. Et en fait, c'est pas parce que... T'as l'impression que tu tournes plus rond, que tu peux plus faire confiance à qui tu es, à ton cerveau, à comment est-ce qu'il fonctionne, etc. Parce qu'à un moment donné, moi, je commençais à tout remettre en question. Et en plus, le manque de sommeil n'aide pas du tout. Et quand déjà, on n'est plus très stable, parce qu'on vient de se prendre un bus, je file la métaphore, mais qu'on vient de se prendre un bus, en fait, il faut pouvoir se rattacher au moins à soi-même. Et savoir que les autres vivent la même chose. Je le répète, mais on se dit, ok, tout va bien. Tout ne va pas bien, mais mes réactions sont normales.
- Speaker #1
Ça me fait penser, quand on s'était vues la première fois, je me souviens que tu avais pris une glace.
- Speaker #0
Ça, c'est les tactiques.
- Speaker #1
Ouais, si jamais tu as envie d'en parler, mais en tout cas, j'avais bien envie que tu en parles parce que je ne connaissais pas cette tactique.
- Speaker #0
Carrément. Ça, c'est plutôt pour diminuer les émotions, en fait, quand on est dans des situations qui sont un peu propices à la crise de panique. Déjà, la crise de panique, j'ai appris qu'il y avait 12 symptômes possibles.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et qu'en fait, si on en a 3 ou 4 sur les 12, c'est considéré comme une crise de panique.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Je peux les donner si tu veux.
- Speaker #1
Ah bah oui, carrément. Je ne les connais pas, donc avec plaisir.
- Speaker #0
Alors, les symptômes de la crise de panique. Petit cours. C'est la douleur thoracique. La sensation de suffocation, les vertiges, déséquilibre, épanouissement, un truc comme ça. La peur de la mort. La sensation d'étrangeté, d'irréalité ou de détachement. Bouffée vasomotrice. En gros, c'est les frissons dans les doigts ou les picotements. D'accord. Des nausées ou douleurs d'ostomate ou diarrhée. La sensation de picotement ou d'engourdissement. Ça va un peu avec... En fait, c'est vraiment le... Frisson, c'est vraiment les réactions, genre...
- Speaker #1
D'accord. Derniques.
- Speaker #0
Et l'autre, c'est vraiment à l'intérieur.
- Speaker #1
D'accord. Je vois. Les nuances. Moi, je la comprends.
- Speaker #0
La palpitation ou l'accélération du rythme cardiaque, l'étouffement ou la sensation d'étouffement, les sueurs et les tremblements. Donc ça, c'est tous les symptômes. Si tu en as trois ou quatre dedans, c'est considéré comme une crise d'angoisse. Et en fait, du coup, il y a plusieurs astuces pour sortir d'une crise d'angoisse, suivant à quel point tu es dedans, bien sûr. Et notamment, il y a, c'est ce qu'on disait, la sensation physique de froid qui, en fait, coupe. Tout ce qui se passe dans le cerveau émotionnel qui mouline, mouline, mouline et en boucle. En fait, le fait d'avoir une sensation de froid, ça ramène sur une sensation corporelle. Ça coupe un peu cet enchaînement et cette auto-alimentation de la crise. C'est vrai que c'est assez utile. Surtout si on peut l'en avoir. Par exemple, on met de l'eau fraîche, ultra fraîche dans un thermos. Tu l'as la journée. Et dès que tu sens une crise monter au boulot, dans les transports ou autre, tu bois un petit coup et déjà ça fait redescendre un peu. Dans les sensations corporelles, il y a aussi le fait de toucher des endroits de ton corps et de se concentrer sur le toucher, comment est-ce qu'on touche, à quel endroit ça touche, la pression, etc. Essayer de vraiment se focus là-dessus. Il y avait aussi un truc de, quand je sentais le truc monter mais que j'étais pas encore full dedans, il faut être encore un peu conscient pour pouvoir le faire, c'est de me focus sur un truc en particulier, donc par exemple dans la pièce, si t'es trois objets rouges, trois ou quatre, essayer de les chercher pour couper vraiment le... Le truc qui fait monter l'angoisse et le mettre un peu de côté, ça peut être donner tous les pays en A. Enfin des trucs un peu cons comme ça. Ce qui a beaucoup aidé aussi, c'est les anxiolytiques. En vrai, j'ai mis du temps à les prendre puisque j'avais vraiment peur de l'addiction. Parce que je m'étais dit, mais en fait, vu l'état où je suis, si on m'offre une porte de sortie, je la prends et je la prends pour toujours. Donc je ne sais pas comment je pourrais arrêter d'en prendre. Et en fait, ça s'est fait tout naturellement. Mais je les ai pris assez tard. Et je pense que je regrette un peu de ne pas les avoir pris avant parce que ça a vraiment été un soulagement. En fait, ça diminue l'anxiété chimiquement. En fait, il y avait des choses qui se passaient dans ma vie où je me disais, putain, mais là, normalement, on panique là. Et en fait, on n'est pas en panique. Donc, c'est cool. C'est un petit peu bizarre au début. Et en fait, ça m'a permis de souffler quelques mois et de redescendre le curseur. On parlait d'hypervigilance. En fait, ça remet la vigilance à un état correct. Et si, alors ça c'est suivant comment on le sent, et généralement il faut le demander, si quelqu'un est là, une personne de confiance, interagir avec, que la personne te dise non tu ne vas pas mourir. Ah oui,
- Speaker #1
tu veux dire avant que la crise de panique arrive, c'est ça ?
- Speaker #0
Ou même en crise de panique, quand les personnes devant toi elles disent je vais mourir, je vais mourir, ça ne va pas, il ne faut pas la toucher, ne touchez pas une personne de panique, sauf si elle vous le demande. Mais juste lui dire non, je suis avec toi, on est tous les deux, regarde on est dans le jardin, on est à tel endroit, si tu veux on sort. On s'assoit, on discute. Ok, t'es avec moi, on est tous les deux. Répétez qu'on est dans un endroit safe et qu'on est ensemble et qu'il ne se passera rien. Et qu'en réalité, le cerveau qui mouline. Je crois à vérifier. Mais que la molécule qui fait la crise de panique, je crois que c'est l'adrénaline qui joue. Me semble, vraiment à vérifier cette info. Et qu'en fait, on ne peut la produire que pendant deux heures. C'est une ou deux heures. Donc en fait, une crise de panique, elle ne durera jamais plus d'une ou deux heures. Ce qui est extrêmement long, mais ça y est, une fois. obligatoirement et on peut pas mourir en crise de panique puisque c'est le mécanisme inverse ça peut être aussi le savoir ça peut aussi genre me dire non non quelque part j'ai cette info que je vais pas vraiment si tu dois parler d'une dernière chose qu'est-ce que ce serait ? je parlerais de mon mec avant parle de ton mec avant ok ouais je dirais que en fait moi en sortant de ce truc là et quand j'ai récupéré tous mes souvenirs avec mon copain ça faisait juste Merci. un mois à peine qu'on était ensemble, je me suis dit, bon bah, c'est fini pour moi, quoi. Déjà, il va me quitter, parce qu'on ne reste pas avec quelqu'un qui est cassé. Et ensuite, déjà que je ne méritais pas beaucoup d'amour avant, puisque l'autre m'avait clairement envoyé ça dans l'esprit, c'est fini. Non. Déjà, je suis toujours avec mon copain, 4 ans après. Alors là, ça va bientôt faire 4 ans. Et en fait, il y a des gens qui sont sains, qui sont là, et on mérite l'amour. Je pense que tout le monde mérite d'être aimé correctement. Et de manière saine. S'il y a des gens qui vous disent « mais attends, on ne fait pas l'amour, je vais rester avec toi » , qui vous menacent en vous disant « mais attends, ce n'est pas comme ça que ça se passe dans une relation, si on ne fait pas l'amour, ce n'est pas normal » . Moi, avec mon mec actuel, quand j'ai mes souvenirs et mes traumas qui revenaient, où il ne pouvait pas me toucher, où il ne pouvait pas être derrière moi. où il pouvait pas être tout nu dans la pièce avec moi, en fait, on n'a pas fait l'amour pendant six mois. Et à aucun moment, il m'a fait sentir qu'il avait besoin ou de quoi que ce soit. À aucun moment, il m'a fait ressentir de la pression ou quoi que ce soit. Et encore aujourd'hui, à aucun moment, je ressens de la pression. Et ça, c'est une relation saine. Donc ça, c'est important de l'avoir. En fait, parce que j'ai l'impression qu'on ne le dit pas forcément assez. Et que, en fait, si, si, les mecs peuvent se retenir. Les mecs peuvent se débrouiller tout seuls comme des grands.
- Speaker #1
La pulsion masculine n'existe pas.
- Speaker #0
Non, non. On est tous responsables de nos propres désirs. Je pense que c'était important de le dire. Et en plus, il a été absolument génial. Vraiment incroyable. S'il y avait un truc que je voulais dire avant de finir, je pense que ce serait un petit message d'espoir. On se reconstruit. Au début des groupes de paroles, je discutais avec une fille qui était beaucoup plus loin dans son chemin de reconstruction que ce que moi j'étais. Et elle m'avait dit, oui, moi si c'était à revivre, je le referais. Et je l'avais regardé en lui disant qu'elle était complètement ma boule. Jamais. Genre moi, ça refaire, jamais. Non. Aujourd'hui, je comprends ce qu'elle veut dire. Ça me déchire en deux de le dire, mais oui. Parce que sans ça, je n'aurais pas vécu tout ce que j'ai vécu. Je ne serais pas la fille que je suis aujourd'hui. Je ne me serais pas reconstruite de la façon dont je me suis reconstruite. Je n'aurais pas rencontré toutes les personnes que j'ai rencontrées. Et je pense que je n'aurais pas compris des tas de trucs que j'ai compris par la suite. On se reconstruit. On retrouve des gens très corrects. Et même si ça fera toujours partie de ma vie, aujourd'hui, par exemple, on en avait parlé, mais j'ai du mal à m'asseoir dans des salles où il y a des gens derrière moi. Et je pense que c'est quelque chose qui restera toute ma vie. Quand j'entends que j'ai une copine qui s'est fait agresser, ça résonne particulièrement, c'est sûr. Maintenant, je suis heureuse quand même. J'apprends à vivre avec moi-même. Je m'habille comme je veux. Et en fait, on a engrandi. Et ça devient une cicatrice un peu gênante. La vie suit son cours. Si vous entendez ça et que vous êtes un petit peu au bas du bas, gardez espoir et prenez le temps d'avoir ce temps pour vous. Je pense que moi, le confinement m'a aidée puisque le monde s'arrêtait en même temps que moi. Mais arrêtez-vous. Si vous pouvez, faites-le et prenez soin de vous, prenez le temps, faites-vous aider et ça ira.
- Speaker #1
Vous venez d'écouter le 9e épisode du podcast « Au bénéfice du doute » . Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Dans le prochain épisode, Aurélie nous expliquera avec précision comment se sont déroulées les démarches judiciaires après son dépôt de plainte. Merci à elle pour son courage, son énergie et son désir de transmission. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert. La musique originale a été composée par Sandra Fabry. Et l'image a été dessinée par Camélia Blandot. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.