- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles et de pensées suicidaires. Écoutez-le uniquement si vous êtes dans de bonnes conditions émotionnelles. Et si ce n'est pas le cas en ce moment, mettez-le en favori, vous l'écouterez plus tard, mais surtout, en attendant, prenez bien soin de vous. Aujourd'hui... C'est Elsa qui a décidé de prendre la parole pour raconter l'expérience qu'elle a vécue avec un homme rencontré sur une application de rencontre et qui a fait en sorte de la mettre dans une situation embarrassante pour arriver à ses fins.
- Speaker #1
J'ai 20 ans, j'ai rencontré cette personne sur l'application Rencontre Fruit quand j'avais 18 ans. Il m'avait envoyé ce qu'on appelle une crush note, je sais plus c'était quoi l'intitulé de la... La crush note, c'était un petit message que j'avais accepté parce qu'à la base, je le trouvais quand même mignon. Il m'a trouvé sur Fruits en novembre 2021. On s'est très vite ajouté sur Instagram. Il me parlait de sérieux, le courant passait assez bien. On va dire que lui et moi, on est dans la même situation. On est en études, mais on alterne entre maison. et notre appartement étudiant, sauf que lui, il est en alternance. Du coup, c'est entre son taf dans notre ville natale et les études dans notre ville d'études. Du coup, à ce niveau-là, on avait parlé de ça. On avait parlé de plein de choses. Il m'avait parlé de sérieux. Il voulait qu'on aille en date, manger des crêpes sur le marché de Noël. Ça paraît romantique, assez idyllique en soi. Donc, je me suis dit, oh, trop mignon, tout ça. Je m'étais dit, waouh, enfin, mec. qui va pas me dire, ouais, si on le fait, on se mettra ensemble ou quoi. Donc j'étais contente. Du jour au lendemain, il m'envoie un message Instagram, et il me dit, ouais, en fait, j'ai envie de m'amuser. Genre, viens, on s'amuse et tout ça, et sinon, tant pis. Et moi, je me suis dit, je l'aime bien un petit peu, ce garçon. Puis je me dis, peut-être que je pourrais le changer. Peut-être que si on fait une ou deux fois, je pourrais le changer. Enfin, j'étais jeune, j'étais naïve, mais en soi, je vais pas culpabiliser pour ça, parce que c'est pas de ma faute. On s'est vu une première fois en décembre. Donc c'était le soir. On s'était vu dans sa voiture et tout ça. Il s'est très vite passé ce qui devait se passer. On a couché ensemble. C'était consenti cette fois-là. C'était quand même important de le préciser. Après, c'est tout. Je ne faisais pas vraiment attention, mais il me parlait un petit peu moins. Mais bon, ce n'était pas non plus ma priorité, vu que j'avais d'autres choses à faire avec les études. Et puis il y a eu des parties qui arrivaient. On discutait de temps en temps. Puis un jour, en janvier, je discute de lui avec une de mes amies et tout ça. Et elle me dit, mais je le connais lui en fait. Et je lui fais, ah bon, tu le connais et tout ça ? Pourquoi ? Enfin, comment ça ? Elle me dit, bah, j'ai eu un date avec... Enfin, oui, c'était un date avec lui, entre guillemets. Un petit pique-nique posé et tout ça. Et elle m'a dit, ouais, il m'a embrassé et tout ça. Et il voulait que je monte dans sa voiture pour faire des préliminaires avec lui. alors qu'il était très insistant. Et j'étais en mode, ouais, quand même, c'est chaud. Mais je réalisais pas la gravité de la chose. Et au final, j'ai envoyé un message à le garçon. Enfin, j'ai envoyé des snaps et tout ça, parce qu'au final, on a fini par rire de la situation. En mode, oh bah, on a embrassé le même garçon, trop marrant. Enfin, j'ai envoyé un snap à ce garçon. Je lui ai dit, oh, regarde, tu la connais, elle, et tout ça. Il me dit, haha, ouais, tout ça. Il riait jaune, en quelque sorte. Bah, c'est tout, il était pas très très content. Je me retrouve le soir même supprimée sur Snap. Sur un stage, je n'ai pas forcé. Je n'ai pas envoyé de message, je n'avais pas de nouvelles. Donc pendant un mois, enfin presque deux, du coup, je n'ai pas eu de nouvelles de lui. Je me suis dit, tant pis, ce n'est pas grave. C'est dommage, mais bon, voilà, c'est comme ça. Un soir de février, le 28 février 2022, je rentrais de ma séance de sport. j'avais eu ma journée de cours, enfin voilà, j'ai eu une journée un peu plus normale, et je reçois un message Instagram de lui, pas de bonjour, ça va, quoi que ce soit, non c'était, tu viens à l'appart ce soir ? Il n'y avait pas d'interrogation, mais j'avais l'impression que c'était un peu une affirmation, enfin je lui disais déjà bonjour, c'était un peu de surprise, et il me dit oui, j'ai l'appart pour moi tout seul ce soir, bon à la base c'était l'appart étudiant de sa sœur. Et il était à côté de la fac et il m'a dit « Oui, tu peux venir, c'est la seule soirée où je peux. Après, ma soeur, elle va rentrer, tout ça. » Il me dit « Oui, comme ça, ça me laissera l'occasion de t'expliquer pourquoi j'étais absent, pourquoi je t'ai supprimé, ceci, cela. » Je me suis dit « Bon, est-ce que j'y vais ? Est-ce que je n'y vais pas ? » Je lui ai dit « Écoute, il est 21h, moi, je ne tourne pas manger, je ne suis pas lavé. » Il était marrant, mais il était à l'autre bout de la ville. « Comment je fais, moi, après, pour rentrer chez moi ? » Il me dit « Tu dors à la maison ? » Et moi, dans ma tête, je me dis « Bon, il est vraiment littéralement deux minutes de ma fac. » Je ne commence pas non plus tard, donc je commençais vers… 10h, 9h, quelque chose comme ça. Et donc, je m'étais dit, au pire, ce sera bénéfique. J'arriverai une heure en avance ou je réviserai pour une fois. Et je m'étais dit, bon, il a des choses à me dire. On va aller le voir, on va aller l'écouter. Et puis, voilà, on va y aller. J'avais prévenu juste ma copine en question qui avait eu ce date avec lui. Et je voulais avoir des explications par rapport à ça parce que je trouvais quand même que c'était hyper louche. Il avait tenté de lui faire toucher son sexe sans son accord et de faire des préliminaires avec elle dans sa voiture. Donc, j'avais trouvé ça assez suspect. C'est tout, je vais sur le chemin. Je prends le tram, il est 22h. Non, il était 22h30. J'arrive. Et vraiment, ce soir-là, je pense qu'il y a une mémoire vraiment qui est très précise ce soir-là. Je me rappelle encore... Des fois, c'est horrible parce que, ça, j'entendrai peut-être après, mais du coup, j'arrive, je lui dis « Oui, t'es où ? » et tout ça. Il me dit « Je suis devant la fac. Je vois quelqu'un devant la fac. C'est un gardien. » Je dis « Non. » Il me dit « Non, je suis de l'autre côté du trottoir. » Et là, je le vois avec sa grosse veste « The North Face » rouge, avec l'effet un peu bibindome. Et je le vois et je me dis « Vas-y, il faut quand même que je lui fasse comprendre que... » Je suis pas forcément contente qu'il m'ait un peu ghosté et que j'ai besoin d'explications. Du coup, je l'embrasse pas, je lui fais pas la bise, je lui dis juste bonjour et tout ça. Et c'est tout, on se dirige vers les logements étudiants. On essaie de discuter et tout ça. Il me dit ça va, oui, toi, c'est cela. À un moment donné, il m'a posé une question, juste avant de me donner ses pseudo-explications, il m'a dit t'as couché avec un autre mec depuis moi. Je suis en mode, ça te regarde pas, tu vois. Comme si j'étais ta chose, alors que, bon, ta pseudo-chose, t'as pas fait attention à elle pendant deux mois, quoi. Et c'est tout, on se dirige vers les logements étudiants, et ils m'expliquent très vite, en trois minutes, même pas top chrono, pourquoi... Mais va parler, je pense que c'était des excuses un peu bidons, à la base de j'ai eu des problèmes avec mes parents, je me suis barrée. Si cela, ça allait pas, après, ça allait pas, c'est ton choix, mais bon, de là, il y aurait tout le monde, quand même. C'est tout, on monte dans l'ascenseur, premier étage. Il y a eu plein de... C'est à chaque fois que je me remémore la soirée ou que j'y pense, je me dis qu'il y a eu plein de red flags avant. Et j'étais tellement dans une sorte de déni que je ne m'en suis même pas rendu compte. Mais quand dans l'ascenseur, il me dit « Oh, tu ne m'as même pas embrassé tout à l'heure, qui m'embrasse ? » Et qu'après il me dit « Oh, tu l'as déjà fait dans un ascenseur. » Je n'ai pas fait gaffe, mais j'étais gênée sur le coup. Mais je n'étais pas en mode « Ouais, il est dangereux » . Et c'est tout, on arrive au premier étage, des apparts étudiants. Je me rappelle encore des portes rouges. Et on arrive dans le logement étudiant qui, à la base, du coup, est à sa sœur. Ce soir-là, il y avait Divergente sur W9. C'est tout, moi, je pose mon sac de cours, parce que du coup, j'avais pris mon sac de cours, mais j'avais vraiment pas de place dans mon sac pour mettre un T-shirt ou un pyjama quelconque. Moi, je me suis dit, vas-y, il va me prêter un T-shirt ou quelque chose comme ça, tu vois. Je m'assieds sur le lit, j'enlève mon manteau et je lui dis « Ouais, t'as un t-shirt pour moi dormir ou quoi ? » Et il me dit « Bah non, tu peux dormir en sous-vêtements et tout ça. » Je suis en mode « Bah ouais, mais j'aimerais bien un t-shirt parce qu'on est en février quand même, il fait pas non plus super chaud. » Il me dit « Non mais c'est bon, tu peux dormir en sous-vêtements, c'est pas grave, ceci cela. » Je dis rien, je laisse parce que je me rends compte de rien pour moi. Je m'étais juste dit quand j'y suis allée, oh bah bien, c'est cool, je vais passer une soirée de chill, on va s'expliquer, tout ça, ça va bien se passer. Il y avait le lit, il y avait la télé en face. Il faut savoir que je n'aime pas les films genre divergentes et tout ça, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai regardé un peu. Et il me dit, oui, tu ne me calcules pas, je ne comprends pas, tu ne m'as même pas embrassé, tout ça, tu n'es pas tactile. Et je me dis, bah, je ne sais pas, moi, on est chill, tu vois. Il essaye de m'attendrir. Il m'a bien fait comprendre qu'il voulait coucher avec moi. Et il essaye de m'attendrir pour que je couche avec lui. Enfin, en mode de bébé, je t'aime. Si tu veux, demain, on mange ensemble et tout ça. Et ça a duré pendant presque une heure, une heure et demie à un moment donné. Genre, tu sais, moi, j'essayais d'esquiver en mode de le taquiner, de me chamailler avec lui, mais pour qu'il oublie, pour pas qu'il pense à cette envie de coucher avec moi, alors que moi, j'étais pas trop dans le mood.
- Speaker #0
Alors attention, parce que durant les prochaines minutes, Elsa va décrire les violences sexuelles qu'elle a subies. Si vous souhaitez sauter ce passage, rendez-vous à la 15e minute.
- Speaker #1
Et à un moment donné, je me retrouve, entre guillemets, allongée sur le lit, au bord du lit, et du coup, moi, j'étais en sous-vêtements parce qu'il m'a dit, bah... dans mon sous-vêtement et en fait il s'est mis au-dessus de moi et ça c'est un truc que je t'avais pas dit l'autre jour mais là du coup je m'en rappelle il a dû être il avait pas mis sa main dans ma culotte mais sur ma culotte il m'a mis au moins deux doigts et j'ai hurlé stop stop stop stop stop trois fois et il m'a dit oh ça va c'est rien j'ai dit ouais mais tu me fais mal là il me dit oh mais je suis pas un violeur non je crois que c'était après qu'il me l'a dit ça mais en tout cas il me l'a dit Et puis moi, je lui ai expliqué qu'auparavant, j'avais eu un garçon qui m'avait fait beaucoup de mal, enfin beaucoup de peine, et il me dit « Oui, mais tu t'es jamais fait violer. Moi, mon ex, elle s'est fait violer. Je sais ce que c'est. » Bon, j'étais en mode « Bon, peut-être, mais quand même, ça n'empêche que... » Et il continuait de forcer pour qu'on couche ensemble. Et au final, il m'a eu à l'usure, mais mon corps, même si moi, je ne me rendais pas compte sur le coup, mon corps, lui, il s'en est rendu compte que ce n'était pas voulu. Donc j'ai fait en quelque sorte, enfin j'en faisais déjà auparavant, mais le problème c'était un peu calmé. Mais pendant qu'il me violait du coup, j'ai fait du vaginisme et tout ça. Et du coup il m'a dit t'es chiante et tout ça. Je lui ai dit bah oui mais je sais pas, ça m'arrive des fois suite à ce qui m'est arrivé auparavant. Bah du coup il m'a dit ouais mais bon t'es chiante un peu. Et après son comportement il a changé du tout Il est passé du mec, oh bébé, je t'aime et tout ça, viens, on se met ensemble et tout ça. Après, c'est expliqué, ouais, non, je m'en fous et tout ça. Après, je ne sais pas pourquoi, il m'a parlé d'une fille de la ville où on habitait, du coup, notre ville natale. Il m'a dit, oui, elle, c'est une pute et tout ça. Puis ta pote, c'est une connasse. Vraiment, il a eu des propos très problématiques et moi, je ne dis rien. Je sais pas s'il y avait un échec et de choc ou quoi. Enfin, moi, j'avais juste envie de dormir. Donc, c'est aussi pour ça que je me suis laissée, entre guillemets, faire. Même si, bon, j'en avais pas envie. Mais moi, je m'en rendais pas compte. Je me suis dit, vas-y, si je me force un petit peu, peut-être que j'en aurais eu. Mais non. Non, et puis, c'est tout. Donc, je crois qu'il était à peu près minuit, minuit et demi, quand ça s'est terminé. Et qu'il m'a laissé dormir, quoi. Parce qu'en fait, là, à le raconter, j'ai l'impression que si je le faisais pas, j'allais pas dormir de la nuit.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Bah, du coup, c'est tout. La nuit, c'est... J'étais dos à lui. J'ai dû bouger dans la nuit, mais au moment où là, je parle, je suis dos à lui. Moi, je suis du côté du mur. Lui, il est du côté où il peut sortir, comme ça, tranquillement. Mais moi, je suis côté du mur, donc je suis en quelque sorte coincée. Et du coup, je suis dos à lui. Vers 5h du matin, je sens une main sur ma taille. Je me dis, il va me faire un câlin trop mignon. Mais je n'étais pas réveillée. J'étais pas consciente encore, mais j'ai senti quelque chose. J'ai senti une main. Et ensuite, ça a été très rapide, très violent, mais il a pris ma tête et il m'a fait faire une fellation alors que j'étais pas réveillée. Et que c'est à ce moment-là que je me suis réveillée, en fait. Et j'étais pas vraiment consciente. Et puis, surtout, j'étais pas consentante, en fait. Et c'est toi, du coup, qui a pris ma tête, qui m'a fait faire ça. Ensuite, il m'a remise sur le dos. Et euh... Pardon.
- Speaker #0
Prends ton temps.
- Speaker #1
Ouais. Et du coup, là, j'étais à peu près réveillée, mais je n'étais pas totalement consciente. Et on était dans le noir aussi. Du coup, il est au-dessus de moi et j'entends le bruit de l'emballage du préservatif qui est en train de s'ouvrir, tu vois. Je sens qu'il va se passer quelque chose, mais enfin, tu as le son, mais tu n'as pas l'image. Donc, c'est extrêmement perturbant. Puis, il me prend comme ça. Très violemment. Ça a été vraiment très très violent parce que du coup, ça c'est quelque chose qui ne m'est jamais arrivé auparavant, mais ça a été tellement violent que... Après, je n'ai pas fait une hémorragie non plus, mais j'ai perdu quelques gouttes de sang. Au final, après qu'il soit passé ça la deuxième fois, il a fini son affaire, il a allumé la lumière, puis il a vu que là il y avait deux taches dans le lit, il m'a dit « putain, tu fais chier » . C'est lié à ma sœur, si elle voit ça, elle va m'engueuler, tout ça. Et je suis en mode, ouais, désolée, mais enfin... Enfin, je me suis même pas excusée, parce que j'y suis pour rien, en soi. Genre, c'est lui qui a été très, très brutal, très fort, et que surtout, j'étais pas prête, et j'étais surtout pas d'accord. Et c'est tout. Je crois qu'après, on se rend dans, genre, pour une ou deux heures, et on se lève. Enfin, lui, il se lève à 7h, ça, il va à la douche. Moi, je reste dans le lit, stoïque. Enfin, je pense à rien, mais j'ai mon téléphone à côté de moi, et j'ai un réflexe, c'est... de prendre une photo de l'appartement. Du coup, j'ai toujours cette photo de l'appartement, vue du lit. Je sais pas pourquoi j'ai pris cette photo. Je me suis peut-être dit, ouais, ça prouve que j'étais là ce soir-là. Et je sais pas pourquoi, j'ai commencé à m'arracher les cheveux. Et en fait, il est sorti de la douche, on a déjeuné, et je me suis encore arraché les cheveux, mais je le faisais derrière son dos. Mais je sais pas dans quel but je le faisais à l'heure actuelle. Et en fait, il l'a vu et il m'a dit « Ah, tu perds tes cheveux et tout ça, moi, il ne faut pas que ma soeur, elle le voit et tout ça. » Et j'étais en mode « Ouais, bah désolé, ça arrive. » Arrive 8h, on ressort de l'appartement étudiant, du logement étudiant. Lui va direction le tram, moi je vais direction la fac et il m'embrasse l'air de rien. Comme si tout ce qui s'était passé cette nuit-là, c'était normal, comme si on allait se revoir. C'est tout. Moi, je fais ma journée de cours, je vis ma vie. J'en parle même avec ma copine qui l'a connue dans le plus grand des calmes, mais comme si c'était normal, en fait. Et sur le coup, aucune de nous deux capte. Et je ne sais pas pourquoi, deux jours après, et ça, ça ne m'était jamais arrivé, mais je ne sais pas pourquoi, j'ai ressenti le besoin de demander une aide psychologique auprès des médecins de ma fac et j'ai très vite été prise en charge. Mais je ne me rendais pas encore compte de la chose. Mais en fait, j'avais compris que ce truc-là, c'était un peu la goutte d'eau qui faisait déborder le vase. Et je m'en suis rendu compte à peu près trois semaines après. Je ne sais plus comment je m'en suis rendu compte. Mais je me suis dit, c'est trop bizarre et tout ça. Et en fait, ça m'a détruit. Bon, ça me détruit toujours autant. Mais on va dire, heureusement plutôt, avec le temps, les effets s'estompent. Mais c'est toujours aussi douloureux. J'étais en colère. J'ai toujours été enclin au trouble du comportement alimentaire. Mais là, ma colère, je la mangeais ou alors je la gardais. Je la contenais, je me restreignais. Dès que je me suis rendu compte de ça, je me suis dit « Merde, attends, on fait des déplacements entre deux villes, lui et moi. C'est les deux mêmes villes. Donc en fait, je ne vais jamais lui échapper. » Je me suis dit « Je vais mourir ceci, cela. » Il faut savoir qu'à ce moment-là, du coup, il m'avait bloquée sur Instagram parce que quand il m'avait dit « Ouais, on se verra, on ira manger ensemble le lendemain et tout ça, on ira en veille » , moi, je l'avais pris au sérieux. Mais pas lui, visiblement.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On va dire que c'est de là qu'est arrivée ma grande colère féministe. Ça m'a détruit. C'est à la base un psychanalyste toutes les semaines, mais là, j'en suis à mon troisième psy, donc ce n'est pas forcément Jojo. Après, il y a d'autres problématiques qui sont traitées, mais ça, c'est autre chose. Mais du coup, voilà, trois semaines se sont passées après mes deux viols dans cette nuit-là. J'en suis rendu compte. Je passais par plein d'émotions. Ça a été très compliqué de sortir du déni, surtout quand mes proches ne sont pas au courant. Et que je me dis, mais en fait, j'ai besoin d'en parler. Il faut que j'en parle, mais si j'en parle à mes proches, j'ai trop peur de leur réaction. Donc, je me suis dit, si je ne peux pas en parler à mes proches, je vais au moins prévenir des gens. De manière... anonyme. Il y avait un compte... Il en existe d'autres en fonction des villes, mais c'était balance ton violeur slash la ville en question. Du coup, moi, j'avais décidé de le dénoncer sur ce compte-là de la ville où ça s'est passé en question et avec des screenshots à l'appui, comme quoi, à la base, ça devait juste être une soirée où on s'explique, une soirée tranquille, à base de câlins, papouilles, et qu'au final, ça s'est pas du tout passé comme ça. Donc j'ai témoigné, j'ai envoyé les screens, ça a été publié. Le 2 mai 2023, encore une fois, je faisais ma vie tranquillement, je faisais de la salle de sport. Je rentrais chez moi et je reçois un DM de mon violeur qui m'envoie un screen du témoignage. Il n'y a rien qui prouvait que c'était moi, mais il me dit « oui, je sais que c'est toi, fais supprimer ça, c'est vraiment pas bien ce que tu fais, tu me fais passer pour une mauvaise personne » . Il y a des amis qui m'ont envoyé carrément. Et moi, je me suis demandé vraiment… qui a pu lui envoyer ça parce qu'on avait d'abonnements en commun sur ce compte-là. Il n'y a pas eu de likes bizarres ou quoi que je connaissais de personne. Oui. Et au final, ça a quand même réussi à atteindre ses oreilles. Et il m'a dit, oui, sache que je t'ai rien fait de mal. Tu as juste cru qu'on allait sortir ensemble. Alors que pour moi, ce n'était pas ça, en fait. C'était limite qu'un bout de viande, tu sais. Même s'il ne me l'a pas écrit comme ça, il me dit, c'est vraiment mal ce que tu fais. Là, il faut que tu fasses supprimer le truc. Sinon, on va se retrouver au tribunal. Je vais porter plainte pour diffamation. Et ce moment-là, je lui ai dit, mais tu es au courant que ça détruit ma vie totalement. Moi, je ne vis plus comme avant. J'ai peur, je fais de l'anxiété. Et je lui dis, mais t'es con que je peux aussi porter plainte pour viol et tout ça ? Et que tu risques beaucoup plus que moi ? Il me dit, oui, mais j'ai pas peur et tout ça. Toi, c'est de la diffamation, je le sais. On a juste couché ensemble, mais juste parce qu'on n'est pas sortis ensemble, t'as pris ça pour ça. Franchement, c'est pas bien. Enfin, il a essayé de me faire culpabiliser un max. En fait, c'est à ce moment-là, ce soir-là, que j'ai fait ma première crise d'angoisse. Et j'ai fini en pleurs totalement, sauf que moi, le soir, j'ai l'habitude d'appeler mes parents, enfin, plusieurs soirs dans la semaine. Et mes parents m'ont appelée à ce moment-là où je pleurais. J'avais calmé la crise d'angoisse, mais je pleurais énormément. Et j'ai eu l'excellente idée de décrocher. Ils ont compris que je pleurais. J'avais pris l'excuse de sceller par ciel, j'ai peur de me louper. Et ils m'ont dit, non, tu ne te mettrais pas... Enfin, on sait que c'est important les études pour toi, mais... Là, tu te mets dans des états qui sont trop extrêmes pour que ce ne soit que les partiels. Donc, dis-nous ce qui s'est passé. Ils m'ont un petit peu sorti les verres du nez. Du coup, je leur ai raconté. J'avais peur de leur raconter parce que je sais qu'en termes de féminisme, on n'a pas forcément les mêmes idées. Donc, ils étaient désolés pour moi. Mais dans un autre sens, ils m'ont dit, oui, mais tu es quand même allé le voir à 22h. Tu es un peu naïve. Franchement, c'est un peu de ta faute en quelque sorte. Je savais très bien qu'ils allaient me dire ça. Mais je leur ai dit, voilà, je vous l'ai dit, maintenant vous le savez, mais je veux mener ce combat toute seule. Parce que voilà, j'avais pas envie forcément d'avoir des petites réflexions, des petits piques par-ci, par-là, même s'ils savent que c'est horrible quand même ce qui m'est arrivé. Je sais très bien qu'il peut y avoir des petites réflexions. Après, j'ai forcément eu la question de s'établir comment. Écoute, je suis arrivée face à lui, je portais mon jean avec mon petit pull rose et mes baskets roses. Mais comme quoi, la vie, ça fait pas le viol. Ni même la personne. Parce que vraiment, c'est une personne, tu la vois comme ça dans la rue, tu dis non, on serait pas capables de faire ça. Elle est trop propre sur elle pour faire ça. Mais ça, c'est que des masques au final. Oui,
- Speaker #0
bien sûr.
- Speaker #1
Voilà, en fait, dès le moment où j'en ai parlé à mes parents, je me suis dit maintenant, j'ai plus rien à cacher à personne. J'ai fait le plus dur, vraiment. C'était la seule réaction que je craignais. Enfin, parce que... C'était le seul frein qui m'empêchait de parler. Et du coup, j'étais en mode OK. Ça s'est dit et du coup, j'ai commencé à « libérer » ma parole et tout ça. Et je me suis dit, j'ai envie de reprendre quand même le contrôle de mon corps. Ça a été une phase qui était très dure. J'étais toujours suivie par mon psy qui, au final, était un psychanalyste. Au mois de juin, j'ai eu la chance de rencontrer un garçon qui a été un peu ma bouée de sauveteux. Oula, ma bouée de sauvetage, j'ai eu la chance d'avoir une relation saine avec lui, où il a su quand même toute l'histoire, il ne m'a pas jugée, et qui m'a appris à reprendre le contrôle de mon corps. Mais en ayant de nouveau des rapports sexuels, ça a été le commencement des crises d'angoisse, j'ai même eu des flashbacks, et ça a été assez violent, assez dur, à la rentrée en deuxième année à la fax et arrivé, tout ça. J'étais toujours avec lui. Bon, après, je me suis séparée de ce garçon. Mais ça a été une relation qui m'a énormément aidée à me reconstruire. Après, il y avait toujours le suivi psy parce que bon, même s'il était là, il fallait quand même que je me reconstruise de moi-même. Et malheureusement, les crises d'angoisse, elles ont commencé à venir de plus en plus souvent parce que forcément, qui dit rentrer à la fac, dit septembre, puis octobre, puis novembre. Donc, la nuit arrivait beaucoup plus tôt et les cours... Des fois, je finissais assez tard. Il y avait le mercredi où je finissais à 20h. Et en fait, je me retrouvais face au lieu où j'ai retrouvé mon violeur dans les mêmes conditions. Et ça me faisait paniquer parce que je me disais « Oui, à tout moment, il est là. » Du coup, j'en faisais des crises d'angoisse, des crises de larmes. Et ça a été vraiment très très dur. Maintenant, je gère un petit peu mieux ça. C'est un chemin qui est quand même... assez long, assez douloureux, mais je pense que pour s'en sortir, il faut prendre son temps, il faut écouter son corps et faire les choses à son rythme. Mais il y a des jours où je me disais « ouais, c'est bon, je vais avancer, je vais y arriver de toute manière » . C'est qu'une partie de mon passé, maintenant j'ai balayé cette porte. Il y avait d'autres jours où je me disais que je ne m'en sortirais jamais, que j'allais mourir. Et au final, il y a eu cette période de décembre 2022 à janvier 2023, où vraiment, ça m'a surprise de moi et choqué, mais je n'ai jamais pensé aussi sérieusement au suicide. Vraiment, j'étais en mode, oui, mais ça va bientôt faire un an, qu'il s'est passé ce qui s'est passé, on rentre dans la période où je l'ai rencontré. J'ai peur. Et puis j'ai toujours cette peur constante de le voir, de le croiser, peu importe la ville dans laquelle on est. Et je me disais, mais comment je vais réagir ? Qu'est-ce que je vais faire pour que je sois futé quand même ? Mais j'ai peur. Et au final, à quelques jours de cet anniversaire du 28 février 2023, je crois que c'était le 25 ou le 24, à quelques jours près, J'étais dans ma ville natale et je ne sais pas, j'étais sereine à ce moment-là. Je me suis dit non, parce que des fois, je regardais ses stories pour savoir où il était, pour appréhender, pour savoir où ne pas aller. Et j'avais vu qu'il allait à, je ne sais plus le nom de la salle de sport, mais ce n'était pas Basic Fit, sachant que moi, je vais à Basic Fit. Je m'étais dit, je vais aller dans ma salle de sport de ma ville natale, Basic Fit. Je vais aller faire du sport, ça va être trop bien. En plus, c'est super grand, c'est mieux que dans ma ville d'études. Et c'est tout, je fais mon sport et tout ça, je commence à marcher et je reconnais cette silhouette de dos au loin avec une fille. Et je me dis non, c'est pas lui. Et je suis pratiquement sûre à 95% que c'était lui. Et vraiment, ça m'a fait un choc. J'ai même pas attendu qu'il se retourne ou de le voir de profil. J'ai juste vu le dos, l'allure, les vêtements. Je me suis dit c'est lui, c'est sûr, c'est sûr. Et j'ai commencé vraiment à partir en crise d'angoisse. Et la salle de sport était vraiment très très grande. Donc, je me suis dit, soit je cours d'un coup, mais il va me voir, soit je reste très discrète, je marche tranquillement et peut-être qu'il ne me verra pas. Et au final, je me suis dit, vas-y, marche. Et au final, avec la panique et l'angoisse, j'ai couru. J'ai couru et je me suis enfermée dans une douche. J'ai fait vraiment une très grosse crise d'angoisse, très grosse crise de larmes. Et en fait, ça m'a terrifiée de le voir avec une fille parce que je me suis dit, à tout moment, il va lui faire ce qu'il m'a fait. Tout comme... J'avais appris deux mois après mon viol qu'il venait de se mettre en couple avec une fille. Et je me suis dit, mais ça me terrifie. Surtout que cette fille-là, elle est dans ma fac. Et j'étais en mode, est-ce que je lui envoie un message ou pas ? Ça se trouve, il lui a parlé de moi, il lui a dit que j'étais folle. Et je voulais la prévenir. Je me sentais mal, mais à tout moment, en fait, je me suis dit, il va se servir des messages que j'aurais envoyés à sa copine, qui maintenant n'est plus sa copine, heureusement. Et il va me coller un procès au cul pour diffamation. Donc j'avais peur pour elle, en fait. Et comme j'ai eu peur pour cette fille qui était avec lui à la salle de sport, ça a été très très dur ce jour-là. Vraiment, j'ai dû rester au moins une heure dans les vestiaires à pleurer et tout ça. Pourtant, il y a des filles qui se sont changées, qui ont fait leur vie, qui sont venues, qui ont fait leurs allées et venues. Et tout le monde m'a vue, mais personne n'a eu de réaction. Personne ne m'a dit ça va, tu veux un verre d'eau ou quoi qu'est-ce. Personne. Donc après, ce n'est pas ce que je demandais non plus. Mais je me sentais vraiment très très mal. Du coup, j'ai demandé à mon père de... Je suis quelqu'un de très indépendante à la base. Mais ce jour-là, j'ai demandé à mon père de venir me chercher. Finalement, j'étais en panique. J'étais pas bien et tout ça. Et mon père, forcément, quand je lui ai dit qu'il était là, il était en mode... Quoi ? Et tout ça. Il n'était pas très très content. Mais du coup, je me suis dit, ça se trouve, il était là. C'était lui. Ou alors, c'était peut-être pas lui. J'en fais des caisses. Mais du coup, ça m'avait mis très très mal. Et voilà, moi. Je pense que si j'avais un message à transmettre à toutes les victimes qui ont vécu ça, c'est de prendre son temps, de s'écouter. Dès que vous vous sentez prête, libérez votre parole. Mais juste, malheureusement, la justice ne sera pas forcément avec nous. Parce que du coup, moi, le jour où il m'avait fait les menaces de diffamation, le lendemain, j'avais appelé le commissariat pour savoir si je pouvais faire... une main courante pour ça, mais c'est des faits trop graves. Ils m'avaient envoyée vers le commissariat central. J'avais été reçue au téléphone par un agent d'accueil très compatissant qui m'a envoyée vers le service spécialisé. Vraiment, à ce moment-là, j'étais tombée sur quelqu'un qui m'a expliqué la procédure, mais d'une façon, avec un désin. À l'écouter, j'avais l'impression vraiment de ne pas être prise au sérieux, que j'étais une menteuse, vraiment. La manière dont il parlait, c'est vraiment l'impression que ça m'a donné. Et j'avoue que ça m'a un petit peu découragée. Puis après, ça faisait deux mois aussi, donc forcément, il n'y avait plus vraiment de traces.
- Speaker #0
sachant que ça faisait deux mois et que les rapports avaient été protégés et qu'entre temps je m'étais quand même lavé une paire de fois du coup ça m'a un peu découragée donc c'est pour ça que je me dis si on n'a pas la force, le courage après c'est pas parce qu'on ne porte pas plainte qu'on n'est pas courageuse on l'a vécu c'est ça aussi le courage c'est pour ça que je dis que c'est quand même important de libérer sa parole dès qu'on s'en prête même si on est porté plainte ou non on est tout aussi légitime même si on n'a pas porté plainte Parce que souvent, si on parle de notre viol, on va se dire « Pourquoi t'as pas porté plainte ? » Il y a ce qu'on appelle un état de choc, il y a le déni. On passe par plein d'étapes avant de se rendre compte. Et d'ici là, à se rendre compte, peut-être que c'est trop tard, en fait. Donc, voilà.
- Speaker #1
Mais oui, c'est très juste ce que tu dis. C'est un peu cette injonction à porter plainte pour être une bonne victime. Sinon, on sait que ça t'a pas vraiment fait tant de mal que ça. Enfin, voilà, c'est un peu ce que pense l'inconscient collectif.
- Speaker #0
Alors qu'il y a quand même... Je suis psychologique derrière pour la plupart des victimes. Donc si, c'est pas parce qu'on ne porte pas plainte qu'on va bien.
- Speaker #1
Et puis la dernière fois aussi, tu m'avais évoqué le fait que tu connaissais les chiffres et que tu connaissais aussi l'issue la plus probable si jamais tu portais plainte. Oui,
- Speaker #0
ça aussi, ça m'a découragée parce que je me suis dit si je me retrouve avec un classé sans suite ou du sursis et qu'après il me colle un procès pour diffamation, je sais que ça va me détruire. Je sais que je serais déçue, donc je n'ai pas envie d'être déçue.
- Speaker #1
Oui, c'est normal. Je sais que je n'avais pas forcément prévu cette question, et que tu n'étais pas obligée de répondre, mais l'année dernière, surtout en janvier-février, tu as traversé une période qui était un peu compliquée. C'est quoi les choses qui t'ont fait du bien ? Tu me parlais que tu fais du sport, est-ce que ça en fait partie ? Ou est-ce que tu as d'autres astuces à toi qui te permettent d'aller de l'avant et justement de traverser ces périodes-là ?
- Speaker #0
C'est vrai que j'avais beaucoup d'idées noires et des envies. partir, mais c'est vrai que le sport, quand même, pour renforcer le mental, c'est vrai que ça m'a beaucoup aidée. Je me focalisais aussi beaucoup sur le travail, peut-être même trop aussi. En fait, je crois que c'est surtout aussi le travail et le fait de me dire aussi que j'ai des proches, quoi, et que j'ai pas forcément envie de les décevoir, parce que et puis même, qu'est-ce qu'on va penser ? Je m'étais dit, qu'est-ce qu'on va penser de moi ? Enfin, donc je me raccrochais à ce que je pouvais. Enfin, j'essayais d'être occupée le plus possible, en fait, pour pour ne pas y penser, même si forcément, quand on se retrouve seule le soir dans son lit, ce n'est pas forcément la chose la plus simple, mais j'essaie quand même d'être occupée pour ne pas y penser.
- Speaker #1
Je crois que tu m'avais évoqué la personne avec qui, justement, lui aussi avait été violent, l'ami et la pote que vous aviez en commun. Tu lui en avais parlé aussi, il me semble.
- Speaker #0
Oui, j'ai fini par vraiment lui en parler. Mes amis proches... Je n'ai pas tout raconté dans le détail non plus, mais ils savent ce qui m'est arrivé. Ils sont vraiment là pour moi. J'ai déjà fait des crises d'angoisse devant eux. Ils ont toujours été très compréhensifs. Ils ont toujours pris le temps de m'écouter, de me guider pour aller mieux. Je leur en suis reconnaissante.
- Speaker #1
C'est toujours un peu les proches parfois. C'est quitte ou double. Il y a parfois des personnes qui savent bien y faire et qui sont compatissants, compréhensifs. Parfois, t'en as qui n'ont pas forcément les bons mots, qui n'essayent pas de chercher à comprendre.
- Speaker #0
Oui, voilà. C'est pour ça que j'en ai parlé à mes proches parce que j'ai confiance en eux et que je les connais un minimum. Je sais qu'ils ne vont pas avoir une réaction en mode « oui, mais pourquoi t'as fait ça ? » en essayant de m'infantiliser, en mode de décrédibiliser ce qui m'arrivait. C'est pour ça que je choisis quand même... J'analyse quand même un minimum les personnes avant de leur parler de ça parce que si c'est pour qu'on s'en serve contre moi après... Et que ça me fasse plus de mal qu'autre chose, c'est pas la peine que j'en parle.
- Speaker #1
Ouais, carrément. Est-ce qu'il y a d'autres choses dont tu as envie de parler ? Quelque chose que t'as pas dit ? Que j'aurais oublié ?
- Speaker #0
Juste, connaître le temps de connaître les gens avant de les voir en vrai. Et faites attention à vous.
- Speaker #1
L'inversion de la culpabilité est souvent utilisée par l'agresseur pour justifier ses actes. Mais ce procédé est aussi employé parfois par les personnes qui reçoivent la parole des victimes. Ce sont des phrases que l'on entend souvent, telles que « Mais t'étais habillée comment ? » « Mais pourquoi t'es allée chez lui alors qu'il était si tard ? » « Mais comment t'as pu lui faire confiance ? » Toutes ces phrases font entendre aux personnes victimes qu'elles sont quand même un petit peu responsables du viol ou de l'agression qu'elles ont subi. Comme l'a fait Elsa, je rappelle que rien. absolument rien ne justifie qu'une personne se fasse agresser ou violer. Merci à Elsa d'avoir eu la force et le courage de témoigner. Si vous avez été victime de violences sexuelles, prenez soin de vous. Quand vous vous sentez prête, parlez-en à des personnes de confiance. Et si vous n'en avez pas la possibilité, je vous invite à vous rapprocher des associations compétentes. Je mets leurs liens et leurs numéros dans la description de l'épisode. Vous venez d'écouter le 11e épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous souhaitez que la parole d'Elsa voyage encore plus loin, ou si vous pensez que cet épisode peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert, la musique originale a été composée par Sandra Fabry, et l'image a été dessinée par Camélia Blandot. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.