- Speaker #0
Vous écoutez Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole. Cet épisode évoque des faits de violences sexuelles. Écoutez-le uniquement si vous êtes dans de bonnes conditions émotionnelles. Marie est une ancienne étudiante d'école d'ingénieur. Trois ans après la fin de ses études, elle reste traumatisée par le viol dont elle a été victime, indissociable de l'ambiance hostile qui régit ce genre d'école.
- Speaker #1
Moi c'est Marie, j'ai 25 ans et j'ai fait une école d'ingénieur de 2017 à 2020, donc pendant 3 ans. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est que l'école d'ingénieur, c'est une école pour avoir un diplôme d'ingénieur que tu fais généralement après une prépa, donc une classe préparatoire, qui dure 2 ans. A l'issue de ces classes préparatoires, tu passes un concours et selon ton classement dans le concours, tu peux intégrer tel ou tel école d'ingénieur. Moi ce que je dis souvent et ce que je t'ai dit aussi, c'est que j'ai fait 3 ans d'école d'ingénieur et là ça fait 3 ans que je suis partie et je... pense que j'en suis encore traumatisée, parce que j'ai toujours des souvenirs qui me reviennent et toujours plein de choses à raconter, donc c'est pour ça que j'ai voulu témoigner auprès de toi et au bénéfice du doute. Donc je ne sais pas par où commencer.
- Speaker #0
Même juste pour reprendre ce que tu viens de dire, tu disais que tu avais été traumatisée. Est-ce que tu as été traumatisée seulement par les violences sexuelles que tu as vécues ou par d'autres choses ?
- Speaker #1
Tout. D'abord, c'était par les violences que j'ai vécues moi, parce que c'était... Je pense qu'il faut que j'explique tout.
- Speaker #0
Ouais, vas-y, t'es là pour ça, y'a pas de soucis
- Speaker #1
J'ai noté un peu tout ce dont j'ai entendu parler Donc il y a des faits de violences sexistexuelles que j'ai entendu parler par humeur D'autres où j'étais témoin, d'autres victimes Et j'aimerais un peu les lister pour qu'on se rende compte qu'en 3 ans avoir entendu parler de tout ça C'est clairement pas normal Donc en école d'ingénieur en 3 ans, j'ai été mise au courant de 2 tentatives de viol par le même étudiant D'une agression sexuelle aussi J'ai été témoin de garçons qui rigolaient sur le fait de bourrer une fille pour pouvoir profiter d'elle. J'ai été témoin aussi d'un harcèlement sexuel sur un ami à moi, agression sexuelle sur un autre ami à moi, du coup les garçons sont aussi victimes. Il y a plein de surnoms à la connotation sexuelle. J'étais également victime et il y en avait un qui m'a particulièrement marquée que je ne vais pas donner pour respect par la victime, mais qui est une déformation de son prénom pour le jeu de mots avec une catégorie pornographique. Il y a aussi beaucoup de rigolade et beaucoup de surnom à caractère sexuel sur les étudiantes qui avaient une sexualité un peu ouverte. Pour ça, c'est assez classique. Je pense que ce n'est pas uniquement une école d'ingénieurs. Mais bon, avec des remarques, enfin c'est un peu violent, mais sur le kilomètre de bite qu'elle a sucé, ce genre de choses. Je suis désolée, je suis peut-être un peu trop crue. Non, c'est très bien, oui.
- Speaker #0
Ça permet aussi de se rendre compte de la violence, en fait. Oui,
- Speaker #1
ça c'est très très courant sur une fille en particulier, donc je ne vais pas forcément dire qui c'est. Une fois, ça m'est arrivé justement de dire à quelqu'un, mais arrêtez avec ce genre de blague, parce que franchement, j'en me t'en... Non, en fait, quand la personne de question n'était pas là, et on me répondait à chaque fois, mais elle en joue, elle le sait, elle le dit elle-même. C'est pas parce qu'elle le dit elle-même que ça doit être une blague et une critique permanente. C'était permanent. À chaque soirée, quand elle n'était pas là, il y avait forcément un commentaire sur elle, même quand ce n'était pas du tout approprié à la conversation. Pour avoir parlé à d'autres gens, d'autres écoles d'ingénieurs, c'est pareil aussi. Je précise aussi que sur tout mon témoignage, je vais parler de violences sexistes et sexuelles parce que c'est ce que j'ai vécu. Mais je tiens aussi à dire qu'il y a eu beaucoup de racisme aussi. J'avais un ami racisé et il se prenait des remarques. Ta gueule, t'es noire. Pareil, les étudiantes qui osaient parler en les traitaient de féminazie. Donc il y avait aussi la grossophobie avec des blagues du style on ne boit pas trop sinon tu vas rouler. Uniquement aux personnes qui sont grosses. Il y a aussi la transphobie, j'ai été témoin de transphobie, de lgbtphobie. Je ne sais pas si j'ai tout dit, mais je tenais vraiment à signaler que, même si je ne parle que de sexisme, je suis parfaitement consciente qu'il y a aussi plein d'autres problèmes dans ces écoles-là, donc je vais en venir plus tard. Et moi, j'ai été victime de trois agressions sexuelles par deux étudiants différents, de deux surnoms avec le mot « sexe » dedans, donc à caractère sexuel, un surnom lié à ma vie intime. qui n'avaient aucune raison d'être utilisées pour des surnoms. Une fois, il y avait une sorte... C'est un peu compliqué d'expliquer le contexte, mais il se trouve qu'une image de moi a été diffusée dans le cadre d'un journal télévisé étudiant, où j'étais de dos. Et je précise que j'étais de dos, c'est un plan large. Mais j'étais en mini-shirt, parce qu'on la savait définie pendant l'été. Et lors de la diffusion, j'étais à côté, j'étais au milieu d'une grande salle, et il y a deux garçons, deux étudiants. Tous les deux savaient que j'étais là, et tous les deux étaient assez éloignés de moi. qui ont fait des remarques sur mon cul en disant « c'est le plus beau cul de la vie » . « Vous avez trop bien choisi votre image » . Et ça, je m'en suis rendue compte, je m'en suis rappelée assez tard. Après, en termes de surnom, moi j'avais le droit à la blonde. Souvent quand je ne comprenais pas quelque chose du premier coup, j'avais normalité blonde. Et j'avais le droit aussi à aller chiant avec la blonde. Parfois c'était par des amis, mais bon, au bout d'une ou deux fois ça passe. Mais tous les jours, dans toutes les semaines, c'est pas normal. Et dans le même cadre, j'ai parlé du racisme, de la gtphobie, etc. J'ai oublié le validisme, parce que pareil, en termes de validisme, j'ai une amie qui est à moitié sourde. On le faisait souvent signaler qu'elle était à moitié sourde, en le disant, quand elle ne comprenait pas quelque chose, qu'elle disait « j'ai pas bien entendu » , on lui répondait « normal, t'es sourde » . Ou quand quelqu'un d'autre n'entendait pas, on lui disait « tu fais ta X » , le prénom de mon amie. Donc il y avait aussi du validisme. Dans un modeur d'école d'ingénieurs, il y a très peu de personnes racisées. Très peu de personnes en situation de handicap. C'est des gens qui sont issus d'un milieu socioculturel assez élevé, en généralité. Donc on peut voir les chiffres, surtout regarder plus technique, qui sont des chiffres assez marquants. Je ne les ai pas en tête, mais je sais que je pense que 90% des gens sont d'un milieu socioculturel très élevé. Et en fait, dans mon école, on était entre 20 et 30% de filles, ce qui est généralement pour les écoles d'ingénieurs. Il y a des écoles d'ingénieurs avec plus de filles ou avec la mixité, mais c'est plutôt des écoles d'ingénieurs de chimie ou d'agronomie. Moi, je n'étais pas dans une école de chimie ni d'agronomie, donc j'étais dans une école pas du tout à la mixité. Et pour en avoir parlé à d'autres gens, c'est vrai que... Enfin, des gens qui sont sensibilisés, ils ont tendance à dire qu'à partir du moment où tu n'as pas la mixité, les violences sexistes et sexuelles sont... quotidienne. Même s'il y a des agressions et des choses très très graves qui se passent dans les écoles mixtes ou en majorité féminine, c'est pas forcément le même... Je pense qu'il faudrait le décortiquer, mais pour en avoir parlé à une amie qui a fait une école d'agronomie très célèbre, elle me disait que c'était pas exactement la même ambiance, mais il y avait toujours ce côté très sexuel, avec beaucoup de choses qui tournent autour de la sexualité, mais sans que les thèmes du consentement ou de l'inclusivité soient abordés. Donc c'est... Du sexe,
- Speaker #0
du sexe et du sexe.
- Speaker #1
C'est quelque chose d'assez récurrent en école d'ingénieur et c'est pour ça que je viens ici, parce que je veux dénoncer ça. Parce que pour moi c'est clairement pas normal, comme je t'ai dit ça fait trois ans que je ne suis plus en école d'ingénieur et j'y pense encore tous les jours. Et juste pour revenir aussi sur une anecdote d'un peu avant, pour montrer un peu le fait que le consentement n'est pas du tout un sujet. C'est que récemment, dans un contexte particulier, j'ai eu à re-regarder des vidéos et des clips musicaux qui avaient été faits au sein de mon école d'ingénieur. Ce qui est fait souvent dans la mienne. Et j'ai noté ces paroles-là. Donc c'était un mec qui chante une chanson. Et qui dit à mon école ingénieur X. Donc le nom, c'est les teufs, c'est les meufs. Et c'est pouvoir choper la fille trop bourrée. Et en fait, ça c'est... Je vais peut-être le rajouter, mais c'est super marquant pour moi aussi. Parce que vraiment, il y avait vraiment une culture du viol. Qui était très prenante. Et qui persistait quand j'y étais. Parce que cette vidéo, même si elle était assez vieille, elle persiste encore. Et le pire, c'est que ce genre de vidéos sont encore diffusées, sont encore regardées. Et en fait, moi je comprends pas. Vraiment, je comprends pas comment...
- Speaker #0
la personne qui a choisi les choix des diffusions de clips a pu laisser passer ça pour moi j'estime que tu peux pas dire dans une parole que d'aller en école d'ingénieur c'est de pouvoir profiter d'une vie trop bourrée enfin je suis désolée mais moi ça me paraît oui oui en effet je sais même pas si c'est même pas illégal en plus de dire des choses comme ça moi ce qui m'avait aussi marqué c'est que tu m'avais dit et c'est une chose à laquelle j'avais pas forcément pensé mais que tous ces étudiants qui passent par là c'est nos futurs dirigeants c'est le futur de notre pays en gros
- Speaker #1
J'ai oublié ce que je t'avais dit. Alors moi, si ça vous intéresse, il y a un essai qui est sorti sur Sciences Po. Je ne sais plus comment ça s'appelle. C'est Sciences Po Dominant... Domination Sciences Po, je ne sais plus. Ou qui a été également fait, interrogé par Salomé Sake sur Blast. Je ne me souviens plus du nom de l'essayiste, mais vous pourrez le trouver sur Blast. Qui justement parle de ça en Sciences Po. Et je pense que c'est exactement la même chose en école d'ingénieur. C'est qu'à Sciences Po et en école d'ingénieur, c'est des gens qui sont issus de catégories assez élevées, qui sont blancs, masculins. Et qui sont des personnes qui vont avoir du pouvoir, que ce soit Sciences Po en termes politiques, et en école d'ingé, c'est des gens qui vont être des PDG, des dirigeants, des managers, même des managers, c'est suffisamment de pouvoir. Et en fait, ça je le dénonce grandement, parce que pour moi l'école d'ingénieurs c'est une boîte à misogynie, à racisme, etc. Et qui accentue ça aux étudiants, et qui leur dit concrètement, vous pouvez être misogyne, vous pouvez être raciste, parce que non seulement vous avez zéro répercussion. et en plus, c'est drôle. C'est vrai, je vais mieux le dire, mais tout est couvert de l'humour. Quand je parlais de la rumeur d'un étudiant qui avait voulu faire boire notre étudiante pour profiter d'elle, c'était une blague. Enfin, c'était dit sous le ton de la blague, et en fait, c'est toujours sous le ton de la blague. T'as une culture des mèmes, ou je sais pas si vous voyez ce que c'est, mais c'est un peu des running gags, tu es dans des images qui circulent sur Internet, où tu peux mettre le texte que tu veux, donc l'adapter au contexte dans lequel tu le publies, qui tournait autour de la frustration sexuelle des garçons. T'as plein de blagues sur le fait qu'il y a des garçons qui arrivent à baiser et d'autres non. Il y en a qui sont frustrés. Ceux qui arrivent à baiser, c'est les mineurs. Ceux qui arrivent pas, c'est les gros frustrés. Et je m'en souviens, pour illustrer ça, d'une conversation qui s'est surprise. Où il y avait, dans le groupe, il n'y avait qu'un seul qui était en couple. Et il se trouve qu'il critiquait pour x ou y raison la copine de ce mec-là. Et le mec a répondu, ta gueule, moi au moins je baise. Donc c'était, j'ai une meuf chiante, mais moi je baise. Et en fait, ça c'est vraiment significatif aussi de l'ambiance qu'il y a à l'école d'ingénieurs. Pour moi, c'était de la responsabilité de mon administration et de l'école de pouvoir me garantir une scolarité en sécurité. Et j'estime ne pas l'avoir eu, cette scolarité en sécurité. Et du coup, j'ai énormément de colère en moi parce que je pense que tout étudiant et étudiante, je parle de ce sujet-là, mais évidemment, je pense que partout également, mais je pense qu'on devrait redoubler d'efforts pour pouvoir garantir à tout le monde une scolarité en sécurité et complètement saine. Et du coup, pour finir sur ce que j'ai subi, j'ai aussi été également victime de viols et de harcèlement sexuel par la même personne. Enfin, pardon, agression et harcèlement sexuel par la même personne, qui est l'événement le plus traumatisant, je pense. Enfin, je pense, c'est sûr même. Et voilà.
- Speaker #0
Donc c'est quelqu'un que tu connaissais.
- Speaker #1
Ouais. Alors, c'était quelqu'un que je connaissais... Donc moi, ça s'est passé à la fin de ma deuxième année. Donc c'était un étudiant qui était dans ma promo que je connaissais... Juste parce qu'on était camarades de classe. On avait fait quelques projets ensemble. Mais il n'y avait vraiment rien passé entre nous. On ne s'était quasiment jamais parlé seul à seul. Enfin, ce n'était vraiment pas en amie. Mais c'était quand même quelqu'un du groupe d'amis proches. Et en fait, j'ai été violée par lui lors d'une soirée. Donc lui, il était alcoolisé. Petite précision, parce que ça, je vais lui le dire aussi. Mais en école d'ingé, il y a aussi trois types d'étudiantes. Entre guillemets, ce n'est pas forcément le bon mot. Mais si tu es en couple, tu es plus ou moins protégée. des agressions sexuelles, de la drague lourde parce que j'ai pas parlé mais il y a aussi de la drague qui est très présente honnêtement je sais pas si j'ai fait une seule soirée dans mon école d'ingénieur sans sentir qu'un garçon était intéressé par moi c'est pas forcément des agressions sexuelles tout le temps même si j'en ai eu 3 c'est pas forcément de la drague lourde mais c'est inévitable de sentir que t'es quand même un intérêt pour l'autre et ça c'est très pesant si t'es en couple c'est une sorte de moyen de te protéger parce que t'es un peu intouchable Et typiquement, il y avait un étudiant qui était intéressé par moi. Et quand il a appris que j'étais l'ex de ses potes, il a dit « Ah, mais je ne touche plus » . Ce n'est pas très grave, mais c'est symbolique du fait que le fait d'être en couple est plus important que le consentement. Que finalement, c'est le fait que la personne que tu « désires » est en couple qui fait que tu ne vas pas agir. Et pas le fait que tu sens qu'elle n'en a pas envie. Et ça, pour moi, c'est très marquant. Après, comme je l'ai un peu abordé, si tu as une sexualité un peu ouverte, tu es victime de surnoms à caractère sexuel en permanence, de blagues. Tu ne peux pas avoir une sexualité ouverte et qu'on te laisse tranquille. Et qu'on dit juste que c'est ton choix. Et du coup, si tu as une sexualité ouverte, il y a ça. Si tu es en couple, on te laisse un peu tranquille. Moi, j'ai vraiment senti une différence entre le moment où j'étais célibataire et le moment où je ne l'étais pas. Je sais que ce n'est pas forcément le cas de tout le monde parce que j'avais vu des témoignages de... personnes qui disaient qu'elles n'avaient pas forcément senti une différence due à ça, mais moi, c'était très très clair, c'était très très marqué, qu'on me laissait un peu tranquille quand j'étais en couple, et quand je ne l'étais plus, c'était la cible.
- Speaker #0
Ça m'a marquée, quand on s'était eu au téléphone la première fois, tu m'avais dit que même se mettre en couple par dépit, justement pour être tranquille, c'était quelque chose de banal.
- Speaker #1
Moi, c'est ce que j'ai fait. Alors, je ne sais pas si c'est banal, parce que je n'ai pas fait un sondage auprès de tout le monde, mais moi, j'ai l'impression que c'est un peu ce que j'ai fait. Dans l'école d'ingénieurs, on te pousse aussi vachement à être en couple. Mais surtout les mecs. On s'entend pas. En fait, t'as un peu l'image de... Les mecs ont bousé deux ans. Ils sont pas sortis. Ils ont pas eu de sexualité. Ils ont pas fait la fête. Et paf, t'arrives en école d'ingénieurs. Et là, on te promet des meufs. On te promet de l'alcool. On te promet de la fête, des teufs, etc. Et t'as vraiment cette ambiance de relâchement complet. Et des mecs qui recherchent absolument pouvoir être en couple. Ces femmes sont des cibles. pour moi c'est vraiment ce que j'ai ressenti et les femmes dans la binarité de la chose, des rôles genrés t'as une image, il faut que tu sois en couple il faut que tu vives ta vie, laisse-toi faire Et c'est vrai que moi, je suis sortie avec quatre étudiants pendant mon école d'ingénieur. Sur les quatre, j'ai l'impression d'en avoir vraiment aimé qu'un seul. D'ailleurs, bonjour à toi si tu me lis, si tu m'écoutes. Et les trois autres, j'ai l'impression que c'était par dépit et pas vraiment par choix. Il y avait une sorte de contrainte sociale à être en couple. Et moi, je ne savais pas trop ce que je voulais. Je sortais d'école de prépa, j'étais très jeune, pour moi 20 ans, c'est sûr. super jeune. Parmi ces relations, comme je l'ai dit, j'ai eu trois relations que j'ai pas forcément désirées, et il y en a une qui s'est plutôt mal passée. Bah du coup, mon copain, mon ex, qui était triste quand je lui faisais pas de câlins en public, qui était triste quand je lui faisais pas l'amour, et en fait, qui mettait une sorte de pression, et en fait, il me faisait du chantage émotionnel. Il me disait, si tu veux pas me faire l'amour, c'est que tu m'aimes pas. Si t'as pas assez envie de moi, c'est que tu m'aimes pas. Pour moi, le sexe est primordial, pour moi, les câlins, c'est primordial. Et qu'en plus, je suis pas du tout une personne qui fait des câlins en public. C'était pas du tout mon genre. Et pour lui, c'était que je l'aimais pas. Et en fait, je me suis souvent forcée pour lui. Et je pense que ça a joué aussi dans mon viol. Parce que j'ai pas forcément envie d'entendre un détail du viol, mais je me suis retrouvée dans une situation un peu bloquée. Où je me suis dit, au final, t'as quoi te laisser faire ? Parce que de toute façon, tu t'es déjà laissée faire. T'en es pas morte. Et je pense qu'il y a eu un conditionnement au préalable qui a fait que j'ai pas eu les bons réflexes qui ont arrêté de sortir. En plus, évidemment, de... Ce qu'on appelle la dissociation, ce genre de choses. La sidération. La sidération, voilà. Et en fait, je me rappelle très bien, à un moment donné, je m'étais dit, il faut que je m'en aille. Mais j'étais sidérée. J'étais sidérée, mais je disais, il faut que je m'en aille, il faut que je m'en aille. Et je me suis dit, à un moment donné, je n'ai pas la force de partir, donc laisse-toi faire. Ça va être fini, tu l'as déjà fait de toute façon. Et un autre détail que j'ai oublié de dire aussi, c'est que je suis sortie avec trois garçons pendant mon école d'ingénieur. Et ces garçons, enfin deux, m'en voulaient énormément. Et que le garçon en question dont je parlais, qui pleurnichait quand je ne voulais pas lui faire l'amour, avait raconté même à d'autres amis en commun avec moi que j'étais plus ou moins toxique, que je lui avais menti. Et il était extrêmement de colère contre moi parce que c'est lui qui avait fini par rompre. En disant « tu ne m'aimes pas, tu m'as menti, on avait été 7 mois ensemble et pour juste 7 mois de mensonges » . Parce que je ne faisais pas ce qu'il voulait. Parce que quand il me proposait de faire une soirée avec lui, je ne voulais pas forcément, je voulais faire autre chose. En fait, il m'imposait ses choix et quand je disais non, c'était que je ne l'aimais pas. Et en fait, ce garçon-là, non seulement il était là, pendant la soirée où j'ai été violée, en fait pendant cette soirée, grosso modo, j'avais pas d'amis, il y avait personne de confiance. Par raison de ça, parce que les ruptures s'étaient mal passées entre deux garçons qui étaient là, les deux. Et les deux m'avaient complètement rejeté du groupe. Et en fait, il y en avait un qui ne supportait pas de me voir. Et j'ai appris plus tard d'ailleurs qu'il avait eu beaucoup bu, qu'il buvait beaucoup, et qu'il avait même inquiété ses amis après notre rupture. de façon pour moi complètement disproportionnée. Et ils m'ont volée énormément. Donc, grosso modo, j'étais exclue. Et ça s'est encore aggravé avec le deuxième. Comme c'était ma faute, c'était moi qui n'étais pas sympa. C'est ma menteuse, c'est mon machin. J'étais vraiment exclue. J'avais vraiment le sentiment d'être, entre guillemets, une salope. Je critique ce mot, mais voilà. Et du coup, je ne me sentais pas du tout à l'aise lors de cette soirée déjà. J'avais peu d'amis de confiance. Et en fait, je pense également jouer. parce que... Pendant mon viol, il a d'abord enlevé mon short de force. Et c'est là où je me suis dit, il faut que je m'en aille. Parce que là, c'est là où j'étais complètement cindérée. Et je me suis dit, je ne veux pas sortir parce que si je sors, personne ne va m'aider, personne ne va me soutenir. Qu'est-ce que je vais dire ? En plus, je suis à moitié nue. Je disais que je suis une salope. Ça pour dire qu'il y avait un conditionnement et un contexte particulier à mon viol qui est pour moi vraiment dû à l'ambiance qu'il y a en école d'ingénieur. Ce n'est pas un fait dissocié. Pour moi, mon viol n'est pas dissocié du tout. de l'ambiance qu'il y a en école d'ingénieur. Et pour moi, c'est super important de le dire, pour bien que l'auditoire comprenne ça. Et du coup, moi, j'ai été violée. C'était avant les vacances d'été. Donc lui, il voulait sortir avec moi. Et pendant les vacances d'été, il a continué à me parler. Donc il m'a envoyé des messages, il m'a appelé. Moi, je me laissais faire, parce que pendant les vacances d'été, j'étais en Italie. Donc j'étais complètement isolée. Je n'avais pas d'amis, j'étais complètement seule. Il n'y avait que des gens qui parlaient anglais. Bon, je ne parlais anglais, mais j'étais seule, quoi. Et j'avais, je pense, ça, je l'ai... Je l'ai accompli en écoutant des témoignages aux bénéfices du doute. Je ne sais plus lequel, je suis désolée.
- Speaker #0
Pas de problème, tu n'es pas obligée de les savoir par cœur, ne t'inquiète pas.
- Speaker #1
Mais j'avais vraiment l'impression que j'ai dissocié pendant les mois qui ont suivi, parce que j'ai un souvenir de moi qui n'est pas du tout moi. Et j'étais seule, je ne faisais rien à part voyager. Comme si j'étais complètement inerte, en fait. Et je rajoute ça plus la... peur énorme d'être enceinte. Il m'a fait tout un scandale. Enfin, c'était un scandale, mais j'avais extrêmement peur d'être enceinte. Du coup, ça m'a beaucoup, angoissée. C'était un peu une association, c'était un peu compliqué. Et lui, il continuait à m'appeler et je lui répondais. et je lui ai parlé. Là, rentrée, je lui ai dit que je ne voulais plus le voir. Et là, ça a un peu continué. Il a voulu savoir pourquoi. Je lui ai dit que j'étais amoureuse d'un autre étudiant, ce qui était vrai, mais à moitié vrai. Et puis, je n'aurais pas dû donner une justification pour pouvoir le voir, je pense. Mais il a continué. Une fois qu'il a su ça, il voulait savoir qui c'était. Et une fois qu'il a su qui c'était, il voulait savoir qu'est-ce qu'il avait de plus que lui. Et je m'en souviens, il savait où j'habitais. Il venait devant ma porte et il me demandait. qui cela de plus que moi pourquoi machin pourquoi truc et avec le recul je le prends un peu comme comme du harcèlement parce que c'était très très lourd et puis de recevoir un message de qui t'a violé qui veut absolument savoir pourquoi tu veux plus voir alors que c'était clair les plus voire point pour moi c'est largement je pense que pour la plupart des gens ça va être vachement ça devrait être compréhensible même si ça malheureusement les Beaucoup ne comprennent pas ça. Et une fois, il m'a même dit que je devais sourire un peu plus. Parce que ses amis ne m'aimaient pas. Parce qu'ils me trouvaient trop froide. Et ça, ça m'a beaucoup marquée aussi. Parce qu'on n'était pas en couple du tout. Et même si on était en couple, ça ne se dit pas qu'on soit bien d'accord. Mais il n'avait aucune raison de me dire ça. Complètement aucune. Ses amis, moi, je m'en fichais complètement. Je n'avais pas besoin de plaire à ses amis. Du coup, c'est ce que je lui ai dit. Sur le coup, je n'ai pas conscientisé à quel point ce n'est pas normal qu'on te dise ça. Une femme doit être souriante.
- Speaker #0
Oui, l'injonction au sourire. Voilà, l'injonction au sourire. C'est exactement ça. Ça, c'est terrible.
- Speaker #1
Bref. Et du coup, il s'est passé ça avec lui. Et à deux soirées par la suite, il m'a embrassée de force et surprise. Plus ou moins en même temps. Donc à deux soirées par la suite. Et après, il a continué à me demander des services. Par exemple, à me demander des cours ou des objets, des trucs. Donc je les ai vus à chaque fois. Mais là, on peut être enfin compris qu'il devait y avoir une certaine distance. Du coup, ça s'est arrêté. Et puis après, il y a eu le Covid, de toute façon. Et moi, sur le coup, j'ai fait un énorme déni qui a duré très très longtemps. Et je pense qu'il y a encore des répercussions aujourd'hui. Pendant très longtemps, j'étais persuadée d'avoir été consentante. Parce que comme je l'ai un peu dit plus tôt, je me suis laissée faire au bout d'un moment. Et en fait, moi, j'étais persuadée que j'étais consentante. Et du coup, même si j'étais pas bien du tout, même si j'ai appelé le 3919, en mode, j'étais en larmes quand je les ai appelés, sauf qu'ils ont... Je sais pas si je suis tombée sur une mauvaise personne, mais... Quand j'ai raconté mon histoire, elle m'a juste répondu « Et alors, c'est un viol ou pas ? » Moi, j'en savais rien. J'avais aussi oublié des choses. Et en fait, ça, c'est un peu revenu, enfin, c'est complètement revenu, en fait, quand il y a eu la rumeur de l'agression sexuelle dont je parlais tout à l'heure, qui était sur notre victime, qui a eu vent au sein de mon école d'ingénieurs et qui a mobilisé les étudiants de l'association étudiante, qu'on appelle l'AE en école d'ingénieurs. C'est les étudiants qui s'occupent de la vie étudiante en école d'ingénieurs. qui ont fait une assemblée générale pour pouvoir en parler, pour faire un peu de sensibilisation à ce sujet-là. Moi, je me rappelle qu'à un moment donné, c'était mon ex d'ailleurs, avec qui ça s'est très bien passé, qui m'avait dit, c'est déjà arrivé, toi ? Et sur le coup, j'ai répondu non. Et cinq minutes après, j'ai eu, je pense que ceux qui ont une mémoire traumatique, je ne vois pas ce que je veux dire, mais tu as une sorte de flash où tu as tout qui te revient d'un coup. J'avais des sueurs et j'étais... En fait, je ne sais pas ce qui s'est passé. Et c'est là où j'ai commencé à être persuadée de ne pas avoir été violée à peut-être que si. Peut-être que si, mais ça a duré super longtemps, le peut-être que si. Et ça s'est plus ou moins clôturé parce que, comme c'était pendant le Covid, la remise des diplômes a été décalée d'un an. Donc, on a eu notre diplôme en octobre 2021. Deux mois avant la remise des diplômes, j'ai commencé à stresser, à angoisser de façon énorme. Enfin, je pense que ceux qui ont un syndrome post-traumatique... de quoi je parle, mais c'était les réveils nocturnes, c'était les insomnies, c'était les angoisses, c'était qu'il y avait un bruit chez moi. C'était un stress permanent.
- Speaker #0
Est-ce que tu savais que c'était lié à ça ?
- Speaker #1
Oui, mais c'était compliqué de... Je n'arrive pas trop à me souvenir de ce que je pensais, mais c'était un peu compliqué. C'était lié à ça parce que je savais que je ne voulais pas le revoir. Et en fait, j'avais une peur énorme à l'idée de le revoir. J'ai recontacté une étudiante qui était à la cellule d'écoute des violences sexuelles et sexistes. de mon école, qui m'a montré des témoignages de violences sexuelles. C'est là où j'ai commencé à me renseigner sur les milieux militants. Et là, c'est ce que je te disais, je suis tombée sur... Je crois que c'était sur la page Nous Toutes, sur une photo d'une manifestation avec écrit sur un panneau « Céder n'est pas consentir » . Et du coup, je remercie Nous Toutes, très chaleureusement, parce que ça a été le déclic, je pense, final. C'est là où j'ai compris que j'avais cédé. Et que c'est pas parce que j'avais cédé que j'y ai consenti, parce qu'avec le recul, j'étais pas du tout dans les situations de pouvoir dire non. J'étais pas du tout en situation d'avoir un consentement libre et éclairé. Et ça, je l'ai vraiment compris avec les milieux militants. Et ça, je pense que il peut y avoir plein de défauts dans les milieux militants, mais il y a quelque chose de formidable, c'est que tu peux prendre conscience des choses. Du coup, ça m'a rendu... Malheureuse parce que j'ai enfin réalisé que j'avais été violée, pour de bon. Mais c'est vrai que je n'aurais pas du tout réalisé, peut-être s'il n'y avait pas eu les militants. C'est quand même bien parce que le déni, pour moi, fait beaucoup de dégâts. Parce qu'encore aujourd'hui, je me demande toujours si je ne mens pas. J'ai toujours cette pince-voix dans la tête qui me dit « tu mens, tu n'as pas été violée, tu n'es rien arrivé » . Et ça, c'est en permanence. Et j'ai l'impression que c'est la suite du déni. Parce que pendant plusieurs années, je m'étais dit… Il ne s'est rien passé, même si j'étais stressée, même si je n'allais pas bien, il ne s'est rien passé. De toute façon, tu mens, tout ça. Et en fait, encore aujourd'hui, je continue de me le dire. Et ça, c'est très compliqué pour moi. Donc, j'aimerais clôturer un peu ce qui me passait sur l'école d'ingénieur. Parce qu'il y a eu toute une phase où j'ai voulu faire bouger les choses. Ou en tout cas, savoir comment ça se passait en école d'ingénieur. Parce que du coup, je n'y étais plus. Et bon, ça s'est plus ou moins soldé par un échec. Ce qu'il faut savoir, c'est que moi, j'ai parlé à l'administration. Ils étaient au courant, justement, après la remise des diplômes, justement sous conseil de l'étudiante qui était à la cellule d'écoute des violences sexuelles au sein de mon école. Et du coup, je leur en ai parlé. Et en fait, j'étais plus étudiante là, mais ils n'ont même pas voulu savoir le nom de mon violeur. Ils m'ont juste dit de porter plainte. Donc, OK, ils ont bien accueilli ma parole, ce qui est quand même le minimum. Enfin, ils m'ont cru, quoi. Mais ça s'est un peu arrêté là. Et il n'y a pas eu de suite. Et en fait, moi, j'estime aujourd'hui que je suis très en colère contre mon école d'ingénieurs, parce que non seulement il n'y avait pas les structures mises en place lorsque j'étais étudiante pour nous garantir une scolarité saine, comme je le disais au début du podcast, c'est qu'il n'y avait pas de cellules d'écoute à l'époque. Donc l'étudiante dont je parle, ça s'est mis en place début 2020. Donc moi, quand j'étais violée, il n'y avait rien du tout. On n'en parlait pas du tout. Ce n'était pas du tout un sujet. Je crois que jamais personne n'avait parlé de consentement. C'était vraiment non-sujet. Ce que je voulais dire sur l'impunité, comme je dis, je n'ai pas allé à mon école d'ingénieur, elle n'a rien fait à part de me dire, d'aller porter plainte. Donc moi, j'étais plus étudiante, donc d'un côté, je peux me dire qu'ils ne pouvaient rien faire, mais d'un autre côté, il y avait des professeurs lors de cette soirée-là, c'est un peu compliqué à expliquer, mais il y avait des professeurs pas loin, et ils auraient pu se demander aux professeurs, qui étaient toujours dans l'établissement. En plus, il y a plein d'événements post-école d'ingénieur qui ont lieu, qui sont des événements en général entre les alumis ou les anciens d'une école d'ingénieur, qui est assez très très courant et commun en école d'ingénieur, parce qu'il y a un réseau professionnel qui est très fort en sortie d'école. Et en fait, il y a énormément de situations où j'aurais pu être amenée à le revoir. Que ce soit une situation des anciens, une rencontre des anciens, qui a lieu tous les dix ans, et ça y est, ils n'en sont même pas souciés. Alors que concrètement, il y a les dix ans... Je ne sais plus comment on s'appelle ça, mais au bout de dix ans, il y a une soirée qui est réservée aux anciens. Et là, je suis en train de me dire, je n'y vais pas, s'il y a une chance qu'il y aille. Je ne sais pas ce que je vais faire. Je vais envoyer un mail à l'administration pour leur dire que je veux qu'ils ne puissent pas venir. Parce que ce n'est pas normal qu'ils aient pu venir à ma remise de diplôme. Parce que ça m'a concrètement pourri la remise de diplôme. Parce que j'étais tellement stressée que je devais absolument savoir où il était en permanence. Et je pense que c'est assez commun au stress. Tu avais besoin d'avoir une sécurité autour de toi. Et en fait, une fois, je l'avais perdu de vue. Il se trouve qu'il était juste à côté de moi. Il m'a dit bonjour. Et là, panique à avoir. C'est cette hyper-vigilance constante. Ah oui, voilà, c'est ça. Alors moi, j'ai un peu moins l'hyper-vigilance, mais à l'époque, je l'avais pas mal. Et donc voilà, pour moi, l'école aurait dû s'assurer du minimum du fait que je ne puisse pas tomber sur lui lors d'un événement des anciens.
- Speaker #0
Et même tout en sachant tout ça, Tu me dis qu'il y a une cellule d'écoute pour des violences sexuelles, mais du coup, c'est plus une cellule d'accompagnement pour des personnes qui ont vécu ça. Mais rien n'est fait en connaissant tout ce contexte misogyne, raciste, etc. Rien n'est fait, en fait, pour faire de la prévention auprès des étudiants. Ah, et des affiches. C'est bien connu que les affiches, ça règle tous les problèmes, comme les flyers.
- Speaker #1
Moi, je suis tentée justement de savoir comment ça se passait à l'école. Donc, j'ai contacté les étudiantes qui étaient responsables de ça. Et je me suis pris un gros vent. concrètement. En vrai, je leur en veux un peu, mais je trouve peut-être que j'étais une ancienne. Elles ont estimé que...
- Speaker #0
Elles l'ont clairement dit, en fait.
- Speaker #1
Que je valais pas trop la peine qu'elles perdent du temps avec moi parce que j'étais une ancienne. C'était passé il y a 3 ans, enfin, ou 4 ans, je sais plus. C'était en 2019, donc... Et donc, j'ai pas réussi vraiment à savoir ce qui se passait, mais je sais que maintenant, ils ont mis en place des gardes. Et en fait, pendant les soirées, t'as des étudiantes formées... Non, pardon. Qui devraient être formées, qui ne l'étaient pas au moins de... de l'intégration. L'intégration, c'est le moment où tu rentres en école d'ingénieur, qui est en gros un mois de fête.
- Speaker #0
grosso modo, de bonne ambiance, entre guillemets, et aussi de l'agression sexuelle. Du coup, ils n'étaient pas formés à ce moment-là, alors que c'est pour moi le moment qui est très propice justement à ces violences sexistes et sexuelles. Donc en fait, il y a des choses qui sont mises en place, et je ne suis pas sûre qu'il y ait de la mauvaise volonté de la part de l'administration, mais je pense qu'il y a une prise de conscience qui n'est pas suffisante, et je pense surtout que le gros problème, c'est qu'ils se cachent sous le fait qu'ils n'ont pas assez de sous pour faire ça, et je ne sais pas si c'est vrai.
- Speaker #1
C'est un peu une fausse excuse de se cacher derrière le manque de budget, parce que tu as plein d'associations qui viennent et c'est 50 euros la journée. Ou ça peut être gratuit pour les écoles qui n'ont pas les moyens.
- Speaker #0
Je pense que c'est une fausse excuse, parce que c'est plus le temps qui leur manque, parce que les personnes qui sont chargées de ça, c'est pour ce monde-là du bénévolat. La femme à qui j'ai parlé de mon administration, elle est directrice des études, et je pense qu'elle fait ça sur son temps libre. J'ai cherché à lui parler, j'ai cherché à faire témoigner ouvertement de ma situation. Parce qu'il y a eu un sondage au sein de mon école, mais qui a été très très peu distribué. Donc très peu de personnes ont pu le voir. Et en fait, moi j'avais envie à l'époque que ça soit... Parce qu'il y avait quand même eu 6 viols dans ce sondage. Et du coup, il n'y avait pas d'une prise de conscience qui était suffisante de mon point de vue. Parce que ce sondage n'avait pas été distribué. Et je m'étais dit... J'aimerais pouvoir témoigner et pouvoir dire tout ce que j'ai vécu en trois ans. Pour appuyer le sondage et pour dire que c'est grave. Ce n'est pas juste des chiffres. Pareil, j'ai eu des vents. Grosso modo, ils s'en fichent un peu de moi. J'ai l'impression que les choses ne sont pas du tout acquises. Concrètement, il faudrait qu'il y ait des personnes qui ont le métier, qu'ils soient dans les écoles d'ingénieurs. Pas forcément en temps plein, mais même à mi-temps. Qu'ils soient payés pour faire ça. Qu'ils puissent se charger de tout ce qui est sensibilisation, de tout ce qui accueille la victime. Typiquement, les 6 viols qui ont été signalés via le sondage. Je mets ma main coupée que ça n'a rien donné. Alors, peut-être que les victimes n'ont pas voulu... Souvent aussi, elles ne veulent pas forcément témoigner ou parler de leur cas. Mais je n'ai jamais entendu parler, jamais, d'un étudiant qui a été viré d'une école. Et d'ailleurs, pour venir sur ça, l'étudiant dont je parlais tout à l'heure, qui avait agressé une victime et qui, du coup, m'avait fait sortir du déni. L'administration, avec l'un, m'a dit, on ne peut rien faire. Et du coup, les étudiants avaient... Je ne sais pas vraiment s'il avait pris l'initiative de le faire, mais il avait voulu l'exclure des soirées étudiantes, enfin de la vie étudiante, grosso modo. Et évidemment, ça n'a pas été fait, ça n'a pas été respecté du tout. Je sais très bien, j'étais témoin, j'étais là, qu'il est venu lors d'un événement étudiant. Je crois qu'il a été viré au bout d'un moment, mais il est quand même venu. C'est-à-dire qu'on l'avait autorisé à rester une demi-heure. Et il y avait des soirées où il venait quand même. Et d'ailleurs, ça me fait penser à plein de trucs, mais pour rapport à l'ambiance dont je parlais tout à l'heure, j'avais un groupe d'étudiants qui étaient dans mon assaut. donc c'était pas vraiment des amis et dont il y en avait un qui m'avait agressé moi concrètement il m'avait touché les seins plusieurs reprises lors d'une soirée et ses amis étaient moi et ils n'ont pas réagi ils ont dit c'est pour rire comme d'habitude et par contre quand c'était pas leur ami à eux quand c'était l'autre étudiant dont je parlais tout à l'heure c'était c'est inadmissible qu'il puisse aller en soirée c'est inadmissible qu'il puisse faire ça alors que concrètement ils ont laissé faire un autre étudiant agressé sans rien faire et sans juger que c'était suffisant pour une exclusion de cette personne-là de l'association. Donc je pense qu'il y a vraiment un double pendant selon si c'était ton ami ou si c'est pas ton ami. Parce que tant que c'est pour rire et que c'est ton pote, c'est bon. Et quand c'est un autre, c'est pas pour rire, c'est très grave, il faut finir. Et ça, je trouve ça aussi, il faut vachement l'annoncer parce que vraiment l'humour ne justifie rien. L'humour ne justifie pas les agressions. L'humour ne justifie pas les phrases misogynes. Enfin, de mon opinion. Donc cet étudiant, il a été impuni, en fait. Il a eu son diplôme, il pouvait aller en soirée. Ça n'a concrètement rien changé pour lui. Et je crois qu'il avait même été blacklisté pour le gala. Donc le gala, c'est un événement auquel je ne suis pas retournée depuis, parce que j'ai peur de croiser mon violeur, justement.
- Speaker #1
Cet événement qui a lieu tous les dix ans ?
- Speaker #0
Oui, en fait, il a lieu tous les ans. Et tous les dix ans, c'est une section VIP pour les anciens. dans ma ville, en soit je... pour y aller, mais je veux pas y aller parce que j'ai pas envie de croiser certaines personnes. Et je sais que j'ai entendu dire qu'il avait été blacklisté, mais que du coup, il pouvait pas commander, il pouvait pas prendre le billet sous son nom, mais il a trafiqué un truc, je vais pas forcément entendre le détail, pour quand même avoir une place qu'il a récupérée via une amie à lui. Donc en fait, comme t'as des amis de la station étudiante qui te laissent entrer, en fait, même quand t'es blacklisté, même quand c'est Merci. que t'as fait quelque chose de pénalement répréhensible, t'as quand même des ennemis qui vont te dire c'est pas grave, vas-y quand même sans se soucier une seule seconde de si la victime est ok de croiser son agresseur alors que normalement elle devrait y aller sans avoir peur de croiser son agresseur Et je ne pense pas non plus qu'on puisse dire que c'est une fausse dénonciation. Je n'y crois pas du tout. Vu l'ambiance que sert l'école d'ingénieurs, je ne crois pas une seule seconde qu'il puisse y avoir des fausses dénonciations. Donc pour moi, c'est vraiment très important de respecter les paroles des étudiantes. Et des étudiants aussi, parce que comme je disais tout à l'heure, j'ai aussi été témoin d'étudiants qui ont été agressés. Mais c'était toujours des étudiants au masculin qui agressaient. Du coup, au niveau de mon école d'ingénieurs, moi j'aimerais faire plus. Mais je suis un peu bloquée. J'ai l'impression qu'on me coupe la parole. qu'on ne me laisse pas parler, qu'on ne me laisse pas m'exprimer. J'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup écouté, je me suis beaucoup renseignée. C'est un sujet qui me tient à cœur et j'ai l'impression d'avoir un recul de ce qui se passe en école d'ingénieur qui est assez solide. Je sais comment ça se passe, je sais plus ou moins ce qu'on pourrait faire. J'ai plusieurs idées, j'aimerais témoigner ouvertement, j'aimerais ce genre de choses, mais on me coupe la parole, on ne me laisse pas parler, on me dit tout va bien, tu n'as rien à faire là, gros casse-toi. Non mais ça me met assez en colère en fait, de savoir que... que tout n'est pas parfait. De toute façon, on me l'a reconfirmé. Il y a le président du club d'inclusivité de mon école d'ingénieur qui m'a confirmé que son assaut était toujours considéré comme une plaie. Je ne sais plus quel mot il a utilisé, donc je ne vais pas me tromper sur ces mots. Mais qui était toujours mal vu, que c'était un peu les chiens qui veulent mettre de l'inclusivité partout, ce genre de choses. Et donc, je sais que ce n'est pas parfait. Et d'ailleurs, de toute façon... Je n'y crois pas du tout que trois ans après ce que j'ai vécu, tout ce que j'ai dit au début de l'épisode, qu'en trois ans, ça ait pu drastiquement changer. Je n'y crois pas du tout. Même si je pense qu'il y a du mieux, parce que je pense qu'il y a quand même du mieux. Peut-être que les paroles sourd, peut-être que les victimes parlent plus, ça je veux bien croire, mais je ne suis pas sûre qu'elles soient mieux entendues et que ça aille plus loin, et que les dénonciations aillent loin. Je ne suis pas sûre qu'une victime qui parle aujourd'hui a une garantie d'avoir une protection. d'être en sécurité lorsqu'elle va en cours. Je n'en suis vraiment pas sûre. Je suis même sûre que non, d'ailleurs. Je suis tombée sur plusieurs artillers qui parlaient de notre école d'ingénieurs où parfois tu avais un délai entre l'enquête et la dénonciation, le témoignage d'une victime qui était super long. Et en fait, ton école d'ingénieurs, tu n'y restes que trois ans. Donc c'est sûr que si on attend un an pour que l'administration se bouge et fasse une enquête, c'est un an de non-sécurité pour la victime. Il fallait plus vite que ça, en fait. Ça ne suffit pas de parler, en fait. Parler ne suffit plus. Maintenant, il faut écouter et prendre en considération et agir. C'est mettre en place, maintenant que le télétravail, tu peux très bien dire à l'agresseur, tu peux suivre, enfin, tu travailles avec tous les visuels et tout, tu peux suivre les cours à distance ou faire en sorte qu'ils ne prennent pas les mêmes cours ou qu'ils soient autorisés à aller en soirée. J'imagine que ça peut être compliqué à mettre en place. Mais moi, concrètement, ça n'avait pas eu la fin de mon école et le Covid. J'aurais arrêté ma scolarité. Et moi, le déni m'a sauvée. Enfin, m'a sauvée. Entre guillemets, j'ai fait un déni et ça m'a permis d'aller en cours. Ce n'était pas bien, mais j'allais en cours. Je ne dentifiais pas forcément, mais quand je suis sortie du déni, c'était avant la fin de mon école. Donc, il y a eu plus ou moins un mois. Et j'arrivais à me démourner pour jamais être dans la même pièce que mon violeur. Et il y a juste une fois où il est rentré dans une pièce où moi j'étais. Et je sais que je me suis levée violemment. Je suis partie. Il m'a dit, pourquoi tu pars ? Je me suis retournée. Je ne lui ai pas répondu. fais partie et j'avais une haine énorme, enfin une panique, et en fait tu peux pas avoir une scolarité dans ces conditions-là, c'est impossible. Donc soit tu vois que les options qu'on a c'est soit tu fais un gros déni qui a aussi des impacts sur ta santé mentale, soit tu vas plus en cours, soit tu vas plus en cours, donc pour moi c'est très important et même si certains pensent que C'est un câble. particulier, c'est pas un cas particulier du tout. Je pense qu'il y a beaucoup de dénis en école d'ingénieur, beaucoup de victimes qui laissent passer ou qui réalisent pas vraiment et qui s'en rendent pas compte. Alors c'est pas du tout leur faute.
- Speaker #1
Bien sûr. Mais ça met en lumière une vraie différence de traitement en fait. Les étudiants sont privilégiés sur les étudiantes, en tout cas leur bien-être. Parce que comme tu dis, t'as failli arrêter tes études. C'est quand même énorme. Et en effet, ça ne donne pas envie à d'autres étudiantes de venir étudier dans ces conditions-là.
- Speaker #0
Après, j'ai peur aussi de ne pas donner envie à ceux qui m'écoutent d'aller en école d'ingénieur. Mais je tiens aussi à dire que ce n'est pas forcément une fatalité. Parce que je sais qu'il y a des groupes. Tu peux former des groupes d'amis en école d'ingénieur très sains. Et que c'est possible. Et que je pense que si tu veux faire une école d'ingénieur, donc là je m'adresse aux itéristes, vas-y. Parce que je ne vais jamais te dire de ne pas le faire. Mais j'aimerais que tu sois préparée. prépare d'une manière ou d'une autre, et que tu arrives à te former un cercle d'amis, de confiance, à qui tu peux parler, à qui tu te sens en sécurité. Mais surtout, je n'ai pas du tout envie que les femmes aillent de moins en moins en école d'ingénieur, parce que je pense que le problème vient que ce n'est pas mix, justement. Et je ne pense pas que ce n'est non plus la solution d'éviter ce genre d'école. Donc, si tu veux le faire, franchement, vas-y. Mais prépare-toi. Et je pense que juste écouter mon podcast, écouter le podcast de Julie, ça suffira peut-être. Mais voilà.
- Speaker #1
Mais tu as raison, parce que c'est vrai que le fait d'être préparée, de savoir quels sont les mécanismes qui sont en jeu, ben, tu peux déjà avoir des, comment dire, des pensées et avoir des mécanismes, des méthodes que tu peux déjà au préalable mettre en place. Et rien que ça, c'est important. En plus, tu parlais d'une association d'inclusivité.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, voilà, il y en a. Et du coup, c'est possible, aux endroits où il n'y en a pas, d'en créer une, peut-être. Même, je ne sais pas, peut-être que j'ai beaucoup de rêves, mais une asso féministe, en fait, qui lutte contre les violences sexuelles. Au sein même de l'école, peut-être que ça peut exister. Et si l'administration ne fait rien, peut-être que, malheureusement, ce n'est pas le rôle des étudiantes, mais on peut s'attribuer ce rôle-là, de se dire, OK, on va faire changer le truc pour éviter que ça nous arrive et pour éviter que ça arrive à d'autres personnes.
- Speaker #0
Je suis d'accord. Après... Je vous mettrais des nuances et je pense qu'il y a des choses que ce ne sont pas les étudiants qui doivent le faire. Parce qu'en fait, en école d'ingénieur, il y a énormément de choses qui s'appuient sur les étudiants. Et en fait, l'administration s'appuie sur les étudiants concrètement. Et là, c'est un peu le cas pour les violences. Tu as les gardes, tu as les étudiantes qui défilent avec leurs brassards en soirée. Mais l'administration ne prend pas le recul quand il y a un cas d'agression. Elle ne prend pas les mesures qu'il faut. Donc après, il faut qu'il y ait des étudiants qui le fassent. Et moi, de ce que j'ai réalisé, c'est que... Quand tu rentres en école d'ingénieur, t'as 20 ans. Et moi, je trouve que c'est extrêmement jeune. Et en fait, moi, à 20 ans, j'avais aucun recul. Je sais pas toi, mais j'étais un peu néophyte. J'ai quand même l'impression qu'on est un peu trop jeune. Pour avoir parlé justement à plusieurs personnes, parce que c'est entre 20 ans et 23 ans, tu peux pas vraiment... t'as pas le recul. Mais après, je pense que justement, il faut des gens qui sont courants, qui aillent et qui se détèrent complètement. Et ça, du coup... Tu veux faire, je pense que j'ai fait ça dans l'école l'année dernière, et moi je me suis dit, je te fonce. Et depuis, je pense que, vraiment pour moi, le conseil, c'est d'avoir un cercle d'amis de confiance. Non seulement avoir les mécanismes, mais avoir un cercle d'amis de confiance, parce que moi, c'est ce que je n'avais pas. Et je pense que ça a énormément joué sur ce qui m'est arrivé.
- Speaker #1
Je suis d'accord sur le fait que 20 ans, c'est très jeune. Moi aussi, je réfléchis à moi. Quand j'avais 20 ans, je n'étais absolument pas sensibilisée sur ces questions-là. Et justement, c'est en me faisant agresser, quand j'avais 28 ou 29 ans. Et bien c'est là, avec cet événement-là, j'ai refait tout le film de plein de situations en fait. Et je crois qu'on en avait même parlé au téléphone. Oui,
- Speaker #0
parce que moi c'est tout pareil.
- Speaker #1
Et c'est là que tu te dis, mais mince, mais cette fois-ci aussi, c'était une agression. Et cette fois-ci aussi. Et en fait, tu te rends compte que tu as laissé faire des choses sans le savoir.
- Speaker #0
Exactement. Donc maintenant,
- Speaker #1
c'est très jeune.
- Speaker #0
Moi pareil, il n'y avait que le viol qui m'est remonté. Et après, ce qu'il avait fait avant, ce qu'il a continué à me voir et tout. Puis en fait, pareil, j'ai tout. de redérouler le fil de mon école d'ingénieur. Et avant, j'étais contente d'avoir fait l'école d'ingénieur. Quand je suis sortie, j'ai dit, ouais, c'est trop cool, j'ai fait la fête, machin. Et en fait, maintenant, je déteste avoir été en école d'ingénieur. Et à refaire, je le ferai pas. Mais je conseille quand même aux gens qui veulent le faire, mais si je devais repartir en école d'ingénieur, je le ferai complètement différemment. Mais c'est vrai qu'avant, j'avais plein de bons souvenirs et là, tous les bons souvenirs ont été dégradés en mauvais. Parce que typiquement, si je m'étais bien amusée à telle ou telle soirée, je me rappelle aussi que la même soirée, il y avait ces mecs-là, qui machin. Et en fait, ça fait que j'ai grosso modo que des mauvais souvenirs en école d'ingénieur. Et ce que je voulais revenir aussi sur les associations féministes en école d'ingénieur, un truc que j'ai envie de dénoncer très clairement, c'est la délation féministe, mais qui s'intéresse uniquement à la représentation des femmes ingénieurs. Et en fait, c'est très marketing. Et en fait, je ne sais pas comment expliquer ça, mais en fait, ça a été très très marquant le jour des filles et femmes de sciences. Je crois que c'est le 8 février, si je ne dis pas de bêtises. Le 8 février, c'est un journée consacrée aux filles et femmes de sciences et qui met en avant des profils de femmes de sciences, des chercheuses, des professeuses, ce genre de choses, mais qui n'est pas un mot sur la violence sexiste et sexuelle. Pour moi, c'est complètement lié. Parce que s'il y a toujours aussi peu de femmes en école d'ingénieur, c'est clairement lié à cette image que ça a aussi. Donc il n'y a pas... La représentation, c'est vrai que c'est quelque chose, parce que moi, j'étais touchée. Enfin, moi, j'étais une matheuse... dans l'âme, mais heureusement que mes profs étaient des femmes, j'avais des professeuses de maths qui m'ont poussé à aller plus loin. Donc ça joue, c'est très important d'avoir une représentation, mais c'est largement pas suffisant, et je pense qu'il faut aussi s'attaquer et décrire ouvertement les violences sexistes et sexuelles, et l'approche en général des écoles d'ingénieurs joue beaucoup sur l'image, l'image qu'elles renvoient, donc c'est un peu pour ça aussi qu'elles ne peuvent pas forcément trop en parler des violences sexistes et sexuelles qu'il y a au sein de leur établissement, et que les écoles s'attaquent à l'image. Montrant des profils de femmes ingénieurs qui arrivent, qui ont la belle vie. Et avec le genre de discours, quand on veut, on peut. Quand tu veux être science, scientifique, il faut savoir se relever après être tombée, genre de choses que j'ai vues, que ce soit à la fac de ma ville ou à l'école d'ingénieurs. D'ailleurs, dans mon école d'ingénieurs, ils avaient fait une vidéo de promotion. Ils ont dit « femmes ingénieurs sans « e » . » Et en fait, je crois que je ne sais plus exactement ce que c'est, mais ils n'ont même pas conjugué au féminin. Et ils ont fait interviewer un homme. Et il disait « on a du mal à trouver des femmes expertes » . Et moi j'ai dit « mais pourquoi tu n'as pas dit « expertes » ? » même dans les mots qui étaient choisis j'avais l'impression que c'était pas encore ça et du coup les écoles s'attachent beaucoup à l'image qu'elles renvoient et en fait s'attaquent très peu aux violences sexuelles c'est un peu tabou, je crois que c'est la polytechnique, centrale Paris et agro-paritech il y a eu des sondages qui sont sortis dans des articles comme Le Monde par exemple qui ont sorti les chiffres donc qui ont quand même fait beaucoup parler, les chiffres c'était autour de une répondante au sondage sur 10 avait été violée, une sur 5 agressée Merci. C'est quand même des chiffres énormes. Et en fait, ces chiffres sont sortis probablement parce qu'il y a eu de la pression de la part des entreprises qui étaient affiliées, ce genre de choses. Et en fait, dans les écoles qui sont moins reconnues, comme la mienne, même si c'est une très bonne école, mais ce n'est pas les trois dont j'ai parlé, c'est un peu l'histoire. Il faut que tu aies une bonne image. En fait, tout sur l'image, c'est juste que les écoles les plus renommées, ça a pété, ça a fuité parce qu'il y avait une trop mauvaise image interne du violon sexiste et sexuel parce que c'était des écoles qui sont... trop renommée, mais j'ai l'impression que tout repose sur l'image encore. Du coup, je déteste la journée des filles, des femmes de sciences.
- Speaker #1
Je comprends. Avec cette explication, je comprends complètement.
- Speaker #0
Parce que, oui, je suis complètement pour la représentation. C'est pas du tout ce que je dis. Je dis pas que c'est une mauvaise chose. Oui, j'entends,
- Speaker #1
mais il faut voir les choses dans la pluralité, la globalité, en fait.
- Speaker #0
Et je pense pas qu'en publiant juste des profils de chercheuses qui disent « quand on veut, on peut » , ça aide complètement pas. Parce que moi, je suis désolée, j'ai été violée. J'aurais pu arrêter l'école, mon école, à cause de ça. Je ne pouvais pas. Enfin, j'ai même pas les mots, en fait, pour décrire la colère que j'ai vers ce genre d'institution, parce que pour moi, ils ont rien compris, en fait. Juste attaquer à leur représentation et dire « quand on veut, on peut » pour motiver les femmes à aller en école d'ingénieur, pour moi, ça a passé à côté du problème. Et pour mon cas, ça a été complètement passé à côté du problème. Et d'ailleurs, pour venir sur mon école, donc moi, ils savaient pour mon cas, j'ai un ami aussi qui leur avait parlé, qui était, je crois, qui était même pas diplômé à cette époque-là. Et pareil, l'administration n'a même pas voulu savoir le nom. l'agresseur. C'est même pas qu'ils ont pas lancé. Et ils lui ont dit à mon ami, on revient vers toi. Ils sont jamais revenus. Étonnamment. Et pareil, tous les cas dont j'ai entendu parler, dont l'administration était au courant, n'ont abouti à rien. Et moi, quand je suis allée porter plainte, j'allais porter plainte l'an dernier, quand j'ai dit le nom... Donc je suis portée plainte au commissariat de police qui est juste à côté de mon école d'ingénieur. Donc c'est un hasard. Mais quand je lui ai dit ça au policier, il s'est levé et il est parti. Et quand il est revenu, il m'a expliqué pourquoi il était parti. Parce que je pensais que c'était ma faute. Il est parti parce que je lui avais dit que l'administration était au courant et qu'elle n'avait rien fait. Et il m'a dit que ce n'est pas normal, normalement, quand tu es au courant d'un cas criminel, répréhensible, enfin, coup criminel ou même pénalement répréhensible, au sein d'un établissement, l'administration est obligée de le déclarer au procureur. Bon, je ne sais pas exactement comment ça marche. Je sais qu'il y a une association qui s'appelle CLASH. Donc CLASH, c'est pour les enseignements supérieurs, en grande partie. sur laquelle vous pouvez trouver des infos et qui expliquent ce que les écoles sont obligées de faire. On a plusieurs lois, on a plusieurs trucs. Et en fait, même les cas où ils étaient au courant, ils n'ont rien fait. Et pareil, moi j'avais répondu à un sondage, c'était au milieu 2020, mais j'étais encore étudiante. C'était un sondage pour savoir quelle était l'ampleur des violences sexuelles et sexuelles. Et moi j'avais dit que j'avais été violée. Parce que c'était au moment où je sortais du déni, où j'avais besoin d'aide. Pareil, ça n'a pas donné suite, ça n'a rien donné. L'administration n'a pas tué les auteurs et les cours. L'administration n'a rien fait du tout. Il y a quand même une inaction qui est quand même flambante, pour moi, au sein de l'école d'ingénieurs.
- Speaker #1
Et du coup, tu as porté plainte. Oui. Qu'est-ce qui t'a amenée à porter plainte ?
- Speaker #0
Alors déjà, moi, j'étais persuadée de jamais porter plainte. Et en fait, je pensais que ça me suffirait de lui parler. Donc en fait, mon agresseur, enfin mon agresseur, je lui ai parlé, je lui ai parlé par message. Je lui ai dit que je n'avais pas été consentante. Bon, je n'ai pas parlé de détails. Et en fait, j'étais assez en paix après ça. Mais après, ça m'est revenu. Et en fait, moi je me sentais plutôt bien, c'était en début de l'été l'an dernier, c'était en juillet l'an dernier, je me sentais plutôt bien, et moi je l'ai un peu fait ça sur un coup de tête, c'est qu'il y avait un jour, il n'y avait pas de bus, il n'y avait pas de métro, il n'y avait plus de bus, c'était le même problème, et du coup en fait j'avais une journée à rien faire parce que je n'avais pas mon ordi parce qu'il était à mon labo. Et du coup là je ne me suis pas pourquoi je me suis dit quitte à pas de la journée autant porter plainte, et en fait il y a eu une envie de porter plainte parce que je m'en sentais capable, et vu que c'était pas longtemps après Double Pen, le hashtag Double Pen qui a commencé à Montpellier. qui m'avait beaucoup marquée et qui m'avait, je pensais, m'avait convaincue à ne jamais porter plainte. Et en fait, un jour, je me suis sentie suffisamment stable, bien, pour aller porter plainte. Je me suis dit, courageuse pour y aller. Je me suis dit, moi, c'est ma façon de militer. de parler à la place de ceux qui ne peuvent pas. Parce que si vous n'êtes pas capable de porter plainte, ce n'est pas votre responsabilité de le faire. Enfin, j'estime que ce n'est pas la responsabilité de la victime. Si vous ne le sentez pas, vous ne le sentez pas, en gros.
- Speaker #1
Bravo. Et ça aussi, c'est une façon de militer. Bien que, comme tu l'as bien rappelé, si on ne porte pas plainte, ce n'est pas grave. Mais du coup, grâce aux gens comme toi, c'est un peu porter la parole des autres aussi.
- Speaker #0
Je pense qu'une manière ou une autre, il ne faut pas quand même porter les chiffres. Parce que c'est... Je ne vous dis pas du tout qu'il faut porter plainte, mais c'est moche si vous portez plainte pour que ce soit considéré que tu as les chiffres. Pour qu'on puisse dire qu'il y a tant de dépôts de plainte cette année, mais combien qui sont classés sans suite. Et en fait, je trouve ça important aussi de montrer à quel point l'écart est énorme entre le dépôt de plainte et ce qui n'est pas classé sans suite. Donc c'est aussi pour ça que c'est pour moi important de le faire. Mais surtout, n'allez pas porter plainte pour des chiffres. Allez porter plainte si vous le voulez et si vous en sentez capable surtout.
- Speaker #1
Quand t'as porté plainte, du coup, il y avait ce policier qui allait se renseigner, qui est revenu. Ça s'est bien passé ? Oui,
- Speaker #0
alors moi, ma plainte s'est bien passée. Ce qui n'est pas parfait, mais c'était, je pense, très largement acceptable. En plus, j'y suis allée deux fois parce que j'ai fait un complément de plainte. Parce qu'en fait, moi, je suis allée porter plainte, comme je vous le disais, sur un coup de tête. J'avais rien préparé. J'étais dans la lune complètement. Ça a duré quatre heures. C'est super long. en dépôt de plainte. C'est super angoissant parce que tu vois le policier en paire des papiers en termes d'administratif. Vraiment, il faudrait que la police fasse un effort sur accélérer les choses parce que c'est quand même assez douloureux. Mais il a été quand même à l'écoute, il m'a cru. Quand je lui ai dit que je pensais que 3 ans c'était trop tard, il m'a dit mais tu sais, l'an dernier, il y a une victime qui est venue à la poser plainte, ça faisait 10 ans. Pour moi, il a été vraiment chouette le policier. Probablement que c'est un cas rare parce que je suis parfaitement consciente aussi que la police est très très bien d'être parfaite. D'ailleurs, d'où le hashtag double peine. Mais moi, ça s'est bien passé. Du coup, comme je n'avais rien préparé, il y avait plein d'erreurs. Pas des erreurs, mais des oublis. Typiquement, je l'ai oublié de dire qu'il m'avait agressée à deux reprises par la suite, ce qui est très important,
- Speaker #1
bien sûr.
- Speaker #0
Et du coup, je suis revenue en janvier de cette année pour faire un complément de plainte. Donc, je voulais tomber sur le même policier, mais il n'était pas là. Donc, gros coup de stress pour moi en me disant, mais c'est ok, je vais tomber. Donc, j'ai eu un autre policier, mais qui était pareil. En fait, les deux policiers que j'ai eus étaient un peu maladroits, en mode, les garçons de nos jours, machin. Mais ils m'ont cru. Et je n'ai pas l'impression qu'ils ont remis en doute, pas ouvertement, en tout cas ma parole. Moi, ça s'est plutôt bien passé. Après, je n'ai aucune nouvelle. Ça fait un an.
- Speaker #1
Et donc, juste pour repréciser, tu m'avais dit que le complément de plainte, tu l'avais fait à l'écrit pour t'aider.
- Speaker #0
Oui, le complément de plainte, j'ai fait un récit séquencencier. Donc là, mon copain m'a beaucoup aidée parce que je voulais l'écrire, mais j'étais incapable d'écrire. En fait, je suis incapable de me relire sur ce sujet-là. Et du coup, en fait, il m'a posé des questions à l'oral et à l'écrit, il a retracé. J'ai témoigné devant lui. Il a écrit. J'ai envoyé un récit très précis de tous les faits. Avec tous les témoins. Avec tous les trucs les plus précis dont je me rappelle. Je ne sais pas si c'est une bonne chose. J'ai fait ça. J'ai envoyé aussi une conversation SMS. Je ne vais pas en parler. Je n'étais pas préparée du tout. Je vous conseille quand même de le faire. De vous préparer si vous pouvez. J'ai appris sur un podcast de bénéfice du doute. Qu'il vaut mieux s'y venir avec un avocat. Je n'avais clairement pas les souffres. De toute façon, je ne serai jamais venue avec un avocat, mais si vous pouvez venir avec un avocat ou avocate, vous pouvez. Et pareil, j'imagine qu'il y a des associations qui peuvent aider. En termes d'associations, moi, j'ai beaucoup été en contact avec France Victime, qui est vraiment trop bien. Et actuellement, je suis en suivi psychologique avec France Victime, avec des consultations gratuites. Parce que je ne suis pas créé juste, quoi. Et du coup, il y a quand même des associations, vraiment des initiatives qui sont super cool en France. Après, il y a toujours le problème que c'est pas assez rémunéré. Enfin, il n'y a pas assez de sous. Pareil, les suivis que j'ai, c'est une fois tous les mois ou tous les deux mois. Alors, c'est peut-être pas suffisant, mais au moment où ça existe. Donc, il faut quand même vachement encourager ces actifs.
- Speaker #1
Puis, c'est tellement vite onéreux, en fait. Au moment où tu te rends compte que tu as un budget pas possible qui va au-delà de ton budget de course alimentaire, en fait, juste pour ta santé mentale.
- Speaker #0
Pareil. Bon, maintenant, ça commence à être un peu remboursé aussi par la Mutuelle. Mais moi, à l'époque, quand j'ai commencé à avoir vraiment les symptômes du stress post-traumatique... Du coup, je peux parler de ma santé mentale ?
- Speaker #1
Oui, bien sûr, bien sûr. Vas-y, je t'en prie.
- Speaker #0
Moi, ce qui s'est passé, c'est que j'étais à l'approche du remise au diplôme. Justement, je devais le revoir. J'ai cumulé insomnie, réveil nocturne, angoisse. Je restais chez moi, je ne sortais quasiment pas. J'étais vraiment au fond du gouffre. Je pleurais tout le temps. Je pouvais rester où j'irais rien faire. C'est assez compliqué. J'ai failli renoncer à y aller, mais mes parents étaient venus, donc je me suis forcée pour eux. Je pense que si un jour ils pourront confirmer que je n'étais pas bien du tout pendant cette remise de diplôme, je pense qu'ils n'ont pas reconnu leur fille. Du coup, à la suite de ça, j'ai décidé enfin d'aller voir un psy. Et la première psy que j'ai vue, alors moi j'ai fait marcher le chèque psy. Je ne sais plus si ça existe encore, mais en tant qu'étudiante, tu avais droit à 6 séances, entre 3 et 6 séances. Comme j'étais étudiante en thèse, j'avais pas le droit à d'autres structures pour les étudiants, mais j'avais le droit à avoir le chèque psy quand même, parce qu'en thèse c'est quand même étudiant. Donc j'ai fait jouer ça, sauf qu'en fait tu fais uniquement... c'est un accord, et en fait le psy que tu peux voir sont limités, et c'est ceux qui acceptent d'être payés avec les chèques psy. Et du coup je n'avais choisi une, un peu au hasard. Première séance, je lui dis rien. Je lui dis machin, donc c'était une psychanalyste. Elle me fait parler de mon père alors que j'ai aucun problème avec mon père. Et après la séance suivante, je lui dis, en fait, je viens vous voir parce qu'il m'est arrivé ça. Et là, elle me dit, vous êtes responsable, mais lui aussi. Elle a dit ça en intention de dire que lui était aussi responsable, c'était pas que moi. Mais en fait, c'était jamais été moi. Tout court.
- Speaker #1
Oui, donc c'est elle, du coup, qui a insinué que tu l'étais. Oui,
- Speaker #0
parce que je savais pas dire non. Et parce que j'avais peur du scandale. Et en fait, elle me disait, si t'avais été violée, si t'avais peur du scandale, et maintenant, qu'est-ce qu'on va en faire de ton problème ? On va... Tu vas évoluer et apprendre à dire non. Et en fait, moi, j'arrive dans ce cabinet, je suis pas bien du tout. Et moi, la seule chose que je voulais, c'était arrêter de y penser, dormir. Et elle me dit, va t'apprendre à dire non. Et en fait, non seulement j'avais pas le sentiment d'avoir un problème à dire non, et en plus, c'est pas grave, en fait, par rapport au fait que je dorme pas. Du coup, cette... C'est d'être psychologue, je l'ai mis il n'y a pas très longtemps, un avis très négatif sur Google, parce que c'est pas normal, c'est clairement pas normal. Et donc je venais de voir une deuxième après, qui était un peu mieux, mais qui ne me faisait qu'analyser mes rêves. En fait, à chaque fois que je venais le voir, je lui disais que j'avais encore rêvé, je rêvais de viol, je rêvais d'agression, et il me dit « comment vous analysez ce rêve ? » Enfin, moi j'étais un peu, mais... Enfin, en fait, j'ai pas besoin d'analyser, en fait, je sais très bien pourquoi je fais ce genre de rêve. Pendant tout ce moment-là, donc ça a duré plus ou moins 8 mois... Je ne t'ai pas bien, je dormais très très mal, je faisais plein de cauchemars. Personne ne m'aidait en fait. Et après, je suis allée voir, je conseille de ma mère, une hypnothérapeute qui était du coup psychologue TCC. Je ne sais pas si tu connais, mais...
- Speaker #1
Oui, c'est les thérapies cognitivo-comportementales. J'en ai jamais fait, mais j'en ai déjà entendu parler en tout cas.
- Speaker #0
Et du coup, ce n'est pas de la psychanalyse. Après, là, j'ai l'impression de... trop focalisée sur la psychanalyse, mais moi la psychanalyse n'a pas du tout marché pour moi. Alors je dis pas que ça marchera jamais, mais j'ai une confiance très limitée à la psychanalyse. Alors je sais pas comment c'est la pratique, mais les deux psychanalystes que j'ai vues, elles me disaient on va t'apprendre à dire non, on va parler de ton père, il y en a une qui est focalisée sur mon père, l'autre sur mes rêves. Et en fait, alors que moi c'était pas ça, je précise que je faisais des crises d'angoisse à l'époque, et en fait je suis allée voir une TCC, une psychothérapeute plutôt, enfin bon je sais plus exactement qu'est-ce qu'on dit le terme, mais je lui ai dit mes symptômes, et il m'a dit bâtard d'un stress post-chromatique. Et c'est la première. Ça faisait 8 mois que je n'étais pas bien. J'ai vu 3 personnes. Et c'est que la troisième qui m'a dit ça. Et en fait, elle m'a expliqué ce que c'était qu'une crise de panique. Comment il fallait agir. Elle m'a dit, si tu sens que ça monte, c'est que tu stresses, tu t'assoies. Parce que si tu t'évanouis, c'est pas grave, tu ne vas pas mourir. Et en fait, je ne sais pas si... Je ne sais pas ce que c'est qu'une crise de panique. Enfin, une crise d'angoisse. Mais en fait, tu as un truc qui te stresse. Moi, c'était ça. J'avais des sueurs froides. J'étais super froide. J'avais le cœur qui battait de plus en plus vite. Et en fait, tu as un moment où tu as l'impression que tu vas mourir. Parce que ton cœur il bat tellement fort que tu te dis il va craquer, il va craquer. Et en fait ça amplifie encore le stress. Et la fin de ton état de stress qui est tu peux plus rien faire, tu peux plus penser à rien. Et en fait ça m'est arrivé plusieurs fois. Et elle m'a expliqué ce que c'était du coup la psychothérapeute. Et en fait ça a quasiment suffi à faire disparaître complètement mes piqures de panique. Parce que j'en ai fait une après l'avoir vue. Une seule. Et ça fait quand même plus d'un an que je l'ai vue. Et en fait juste le fait de savoir... sur moi ce que c'était, ce qu'il fallait faire. Ça a été suffisant. Alors je ne dis pas que c'est suffisant pour tout le monde. Ce n'est pas du tout ce que je dis. Je me dis que ce n'est pas grave si j'en fais. Et en fait, pour moi, ça a eu un effet vachement calmant. Mais ça a été vachement dangereux. Assez grave que j'ai dû attendre autant longtemps pour qu'on me dise ça. J'ai vraiment l'impression que parmi les psychanalystes, il n'y a pas de personnel de santé. Il n'y a pas de gens qui travaillent dans la santé, en fait.
- Speaker #1
Là encore, ce que ça met en lumière, ce que tu es en train de dire, c'est que... les violences sexuelles, qui touchent quand même une très grosse partie de la population et encore plus les gens qui vont consulter des psys, en fait, ces personnes-là ne sont pas formées. Rien que le syndrome de stress post-traumatique, une fois que tu connais, etc., tu as l'impression que tout le monde en parle, une fois que ça y est, tu as mis les mots dessus, mais du coup, c'est dingue, je trouve qu'une professionnelle de la santé mentale, là, en l'occurrence, 2 sur 3, n'ait pas pu diagnostiquer ce truc, en fait.
- Speaker #0
Ils ne m'ont même pas parlé d'anxiété, même pas d'angoisse. Ils ne m'ont parlé de rien du tout. Ils faisaient vraiment canaliser mes rêves. Après, c'est ça qui m'a expliqué ce que c'était que la crise de panique, qui était trop chère pour moi. Donc j'ai arrêté de la voir. Et après, je suis allée à France Victime. Du coup, la piscine de France Victime, elle est du fois mieux, parce que c'était évident que j'avais un stress chromatique. Et du coup, j'ai commencé les thérapies d'EMDR avec elle. Donc c'est un peu compliqué l'âme d'ailleurs aussi. Je pense que j'ai un peu trop forcé parce que ça m'a mis entre autres très mal. Et là, il n'y a pas longtemps, ça fait deux mois que je prends des antidépresseurs. Et pareil, même moment, parce que j'ai commencé à avoir une médecin généraliste.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Une médecine. Parce que j'aime bien le public. J'essaye.
- Speaker #1
T'as raison. Je te sens là-dedans.
- Speaker #0
Donc j'allais voir une médecine. J'avais vu d'abord pour voir le vaccin des 25 ans. Puis à un moment, on me prescrit l'antidépresseur. Et c'est là où ça revient un peu sur ce que je disais, c'est que le déni m'a fait beaucoup hésiter à prendre mon antidépresseur parce que j'étais persuadée que je mentais. Et quand elle m'a prescrit l'antidépresseur, sur le coup, je lui ai rien dit. Et le soir même, enfin le week-end, je m'étais dit mais je l'ai menti. J'étais persuadée d'avoir menti à ma médecine sur mes symptômes alors que je sais très bien que non. Et en fait, j'étais persuadée de mentir pour attirer l'attention, pour qu'on me prescrive des médicaments, pour être la bonne victime. Ça c'est très important pour moi parce que j'ai lu l'essai de Florence Porcel, Honte. et elle en parle justement de la bonne victime je conseille avec les triggers évidemment cet essai pour ceux et celles qui auraient été victimes de violences sexuelles parce que ça parle un peu de son parcours et du coup cette image de la bonne victime qui est la victime qui est souvent une dépresseur qui prend des insulitines, qui dort pas, qui vient s'amener qui arrive pas à travailler, qui peut être crue pour que tu sois mal et moi j'ai voulu, un moment dans ma vie je voulais être conformée à cette mauvaise victime j'ai l'impression que j'étais pas une assez bonne victime Pour être crue. Je ne sais pas si c'est vrai.
- Speaker #1
Je vois complètement ce que tu veux dire.
- Speaker #0
Et du coup, quand on m'a prescrit l'antidépresseur, ce n'est pas du tout ce que je pense, mais du coup, je ne les méritais pas. Ce n'est pas du tout ça, mais je me suis dit, ce n'est pas suffisamment grave. Je ne suis pas dans un état suffisamment grave pour les prendre. Mais le fait est qu'aujourd'hui, j'ai bien failli les prendre. Parce qu'avec le recul, tu ne te rends pas compte. Ça faisait quelques mois avant que je prenne l'antidépresseur que c'était plutôt devenu une sorte de forme de dépression. Je ne parlais plus à mes amis. Je ne sortais quasiment plus. Je ne parlais qu'à mon copain, en fait. Je n'avais pas travaillé pour ma thèse. J'avais un stress permanent. J'avais des insomnies, ce genre de choses. J'étais triste tout le temps. Et c'est vrai qu'avec le recul, maintenant, il y a tellement d'avant-après l'antidépresseur que je me dis qu'en fait, oui, c'était pas bien. Et en fait, c'est légitime de prendre des médicaments. Et ça aussi, c'est un truc que je critique beaucoup. Parce que quand on m'a prescrit antidépresseur, non seulement il y avait ce côté, je ne les mérite pas. En plus, je suis allée sur Internet pour voir dans quel cas on prescrit antidépresseur. Et sur Internet, c'est une catastrophe. Ne faites pas ça. Parce que je suis tombée sur une page qui disait que les antidépresseurs, ça augmente le taux de suicide. Il ne faut les prendre qu'uniquement en cas de dépression sévère. Sauf qu'ils ne me considéraient pas du tout comme dépression sévère. Il faut privilégier les psychothérapies. Sauf que si tu n'as ni les sous, ni le temps, si tu as peur de voir un psychothérapeute, ne vous privez pas d'antidépresseurs sous prétexte qu'on vous dit qu'il faut d'abord faire la psychothérapie. Alors je ne dis pas qu'un antidépresseur, c'est absolument un prendre au pouvoir avec votre médecin.
- Speaker #1
Oui bien sûr, on comprend très bien que tout ça c'est nuancé, t'inquiète pas.
- Speaker #0
C'est ça, mais je pense qu'il faut déculpabiliser beaucoup sur la santé mentale. Ça met beaucoup de temps à marcher, mais là ça marche. Là je dors bien, ça fait une semaine que je dors, que je suis la nuit complète.
- Speaker #1
Bravo.
- Speaker #0
Du coup je recommence à sortir, à voir les amis et tout. Je voulais juste parler de cette culpabilisation que t'as quand t'es pas la mauvaise victime, ou quand tu te soulèves dans le sexe sexuel, t'as vraiment le côté... Il faut que tu sois une bonne victime pour qu'on te croie, sinon on ne te croit pas.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ta parole est sans cesse remise en question. Et il y a aussi, je ne sais pas si toi tu l'as vécu ou si tu le vis aussi comme ça, mais de se dire, ok, je n'ai pas été aussi vulnérable que ça. Il y a aussi ce truc-là de, non mais en fait ça va.
- Speaker #0
Oui, oui,
- Speaker #1
complètement. Je ne vais pas aussi mal que ce que j'ai l'impression de le prétendre.
- Speaker #0
Non, mais c'est exactement ça. Moi, avant de prendre l'antidépressant, j'étais deux mois, je n'ai pas vu mes amis. Je ne leur parlais pas, en fait. J'avais la tête baissée en permanence, je n'arrivais pas à communiquer. J'étais pendant un mal-être, je pense, très profond. Et j'étais vraiment, je n'avais pas si mal que ça. Ça va. Toute perçoite que ça va, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Et sur le fait de ne pas sentir-tu tellement vulnérable, moi, ça marchait aussi sur le moment du viol. comme j'étais persuadée au début que j'étais consentante. J'ai entendu avoir acquis beaucoup de choses en réfléchissant dessus, mais en analysant tous les faits qui se sont passés, sur le contexte dans lequel j'étais, ce que j'ai pensé au moment, et en fait, c'est vrai qu'avec la cause, je me dis que j'étais extrêmement vulnérable à ce moment-là. Et ce n'est pas ma faute. Là, j'ai très clairement conscientisé que je ne pouvais pas dire non. Je n'étais pas du tout en capacité que ce soit parce que je me sentais complètement isolée. J'étais en sidération, etc. Je n'avais aucun moyen que je puisse dire non. Et donc... pense vraiment que je n'ai aucun cas responsable et qu'il m'est vraiment bien passé quelque chose. Parce que si j'avais vraiment été d'accord, j'aurais dû être en situation pour lui dire non. C'est ce que je lui ai dit quand même. Il a fallu l'avoir entendu. Parfois, ça prend beaucoup de temps à conscientiser sur tous ces sujets-là. C'est un peu un parcours, c'est un parcours de combattante.
- Speaker #1
Un parcours qui finit presque jamais peut-être,
- Speaker #0
je sais pas. Moi je sais que toute ma vie, c'est ce qu'on dit, quand t'es violée tu prends perpète quoi. Tu prends perpète, enfin tu prends punition à la vie, enfin pas de punition mais... Je pense que c'est vrai parce que ça fera toujours partir de moi, j'aurais toujours peur de le croiser.
- Speaker #1
Ouais bien sûr. En tout cas, là, t'es dans une étape de ton parcours où t'arrives à en parler, à transmettre des choses. Donc ça, déjà, c'est énorme.
- Speaker #0
Ça a mis beaucoup de temps parce que j'avais parlé à cette étudiante de la cellule. Je lui ai parlé, mais sans lui croire vraiment mon histoire. Je ne sais pas comment expliquer. J'ai regardé un de l'autre,
- Speaker #1
mais je disais... C'est un peu comme si t'avais besoin aussi de la validation des autres pour être sûre que ce que t'avais pu, c'est bien ça.
- Speaker #0
Le pire, c'est qu'elle me l'a donnée, la validation. Pour elle, c'était clair et net. Mais ça n'a pas suffi. Et il a fallu... Et même après, il y a plein de choses. Je me dis, mais c'est super long, parce qu'il y a des gens qui m'ont redit, mais ça n'a pas suffi. Parce que d'un côté, les gens me disaient que oui, mais tu avais la psy qui me disait que j'étais un peu responsable, puis machin. La première fois que j'ai parlé, c'était à mon ex, en octobre, en décembre 2021. J'ai été violée en mai 2019. Donc j'ai mis un an et demi à vraiment parler à quelqu'un qui n'était pas... Là, j'en parle assez bien, donc je commence à en parler à mes amis. Mais pour moi, ça met beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps.
- Speaker #1
Est-ce que tu as des choses que tu as envie de rajouter ? Est-ce que tu as d'autres conseils ? Vas-y, je t'en prie.
- Speaker #0
J'arrive pas à me relire.
- Speaker #1
Ah oui, quand tu dis « j'arrive pas à me relire » , c'était en fait, c'est visuellement, t'arrives pas à te relire. C'est pas juste que ça te fait du mal. D'accord.
- Speaker #0
J'écris très très mal, mais voilà. Alors moi, j'aime beaucoup Virginia Woolf et des chants de Rolando. Je suis tombée en lisant « Le génie lesbien » d'Alice Coffin sur une phrase qu'elle cite, de Virginia Woolf, qui dit Merci. Être une féministe est une femme qui dit la vérité sur sa vie. Moi ça m'a beaucoup marquée parce que je pense que je ne suis pas encore prête à militer activement afin de faire comme toi parce que la santé mentale c'est un peu dur. Mais moi c'est ma façon de militer, de dire ce qui m'est arrivé et d'être honnête en fait sur ce que j'ai subi et pouvoir le dire. Donc ça c'est ma façon de militer.
- Speaker #1
Merci à Marie pour la précision de son témoignage si complet et qui donne matière à réfléchir sur les grandes écoles qui sont censées former l'élite de la France. Vous venez d'écouter le septième épisode du podcast Au bénéfice du doute. Si vous pensez qu'il peut être utile à d'autres personnes, n'hésitez pas à le partager. Cet épisode a été enregistré au studio La Poudre de la Cité Audacieuse. Merci à la Fondation des Femmes et toute son équipe pour l'accueil chaleureux. Ce podcast est entièrement autoproduit par Julie Dussert, la musique originale a été composée par Sandra Fabry, et l'image a été dessinée par Camélia Blando. Au bénéfice du doute, le podcast où les personnes victimes de violences sexuelles prennent la parole.