Speaker #0Bienvenue dans Au bord des praticables, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qu'on n'entend pas toujours, mais qui vivent tout en silence ou en tension autour du tapis. Chaque mois, je te propose deux épisodes en solo ou en compagnie, avec des histoires inspirantes, des témoignages touchants et des clés puissantes pour mieux traverser les émotions dans ton sport. Que tu sois parent, coach ou athlète, tu es au bon endroit. Bonne écoute ! Aujourd'hui, j'ai envie de te parler d'un sujet que j'entends chez toutes les mamans et papas. Toi, maman, peut-être que tu m'écoutes dans ta voiture, entre deux trajets ou dans la cuisine en train de faire à manger. Et ce sujet, il revient toujours, c'est tu as peur que ta fille soit triste. Tu veux la protéger, tu veux adoucir sa vie, tu veux éviter chaque larme, chaque blessure, chaque déception. Mais j'ai envie d'être honnête avec toi, la tristesse fait partie de sa construction. Et vouloir la lui éviter, c'est la priver d'une base essentielle qui fera d'elle une adulte solide, une adulte confiante et vivante. On va en parler ensemble dans cet épisode, vraiment parler, vraiment sans filtre. En GR, et d'ailleurs dans tous les sports, on vit des émotions très fortes très jeunes. On fait des passages ratés, des matchs ratés, des compétitions ratées, des non-sélections, des injustices, des rêves inachevés, des notes qui tombent qu'on n'attend pas toujours. Alors oui, ta fille va être triste. Et cette tristesse, elle la traverse avec son âge, son corps et son regard d'enfant. Elle ne vit pas la tristesse que toi tu as vécue. Pas une tristesse de rupture émotionnelle, pas une tristesse d'un deuil ou d'un abandon ou d'une humiliation ou d'un effondrement d'adulte. Elle vit à ce moment-là une frustration, un rêve qui ne se réalise pas à ce moment-là. Quelque chose d'immense pour elle, mais à l'échelle de son âge. Et c'est souvent là que les mamans confondent tout. Tu crois protéger ta fille, mais en réalité, tu protèges la petite fille que tu as été. Tu veux éviter à ta fille une douleur que toi, tu as vécue durement. Mais elle ne vit pas ta douleur à toi, elle vit la sienne. Et sa tristesse à elle, elle a les épaules pour l'encaisser. Cet été, j'ai eu la chance d'être invitée par Laurine Chevalier, lors de son camp bailo, donc j'ai organisé et animé une retraite pour les mamans. Et j'ai vécu vraiment quelque chose d'inoubliable. Les mamans, elles sont arrivées en se présentant. Je suis la maman de 7 gymnastes. Ma fille a connu ça, ma fille a eu des échecs, ma fille a un entraîneur comme ça, etc. Et ce qui m'a frappée, c'est que je n'ai jamais entendu de « je suis » . Alors, en cherchant bien, je les ai ramenées à elles, à leur chair, à leur fissure, à leur histoire. à leur cicatrice qu'elles cachaient derrière leur force de maman. Et quand je leur ai demandé de se reconnecter à leur propre tristesse, là, tout s'est ouvert. Les épaules ont cédé, les respirations sont devenues beaucoup plus tremblantes, les mains cherchaient des mouchoirs, les larmes ont coulé, et chaque maman avait un souvenir très précis, une vraie douleur de vie. D'ailleurs, rien qu'en en parlant, j'ai encore des frissons. Ça a été vraiment un moment émotionnellement très très fort, quelque chose qui nous lie, qu'on ne pourra pas vivre avec quelqu'un d'autre. En tout cas, on a travaillé sur chaque événement et je leur ai demandé qu'est-ce que ça t'a appris, qui tu es devenu grâce à ça et qu'est-ce que cet événement a construit en toi. Et puis après, on a fait l'exercice inverse. Je leur ai demandé si tu n'avais jamais vécu cette tristesse ou cette douleur, qui tu serais aujourd'hui ? Et là, à ce moment-là, elles ont vraiment compris. que sans ces moments-là, elles ne seraient pas les femmes solides qu'elles sont devenues. Alors quand une maman me dit aujourd'hui, je ne veux pas que ma fille soit triste, en réalité ce que je comprends c'est, je ne veux pas qu'elle devienne forte. Et là j'ai envie de te poser une vraie question. Toi maman, ou moi même, pour qui on se prend pour décider de la manière dont nos enfants doivent vivre leur tristesse, ou même leur joie ? En fait tu ne peux pas imposer à ton enfant comment ressentir. Ta fille, quand elle est triste, elle a le droit de s'isoler, elle a le droit de pleurer, de ne pas parler, d'avoir besoin d'un câlin ou même de silence. Tu dois respecter sa manière de vivre son émotion, pas essayer de la diriger. Tu peux diriger plein de choses, ranger la chambre, débarrasser la table, etc. Mais vivre son émotion, elle a le droit de le vivre comme elle veut. Et surtout, ce que ta fille vit n'est pas la tristesse que toi tu as connue. D'ailleurs, les enfants passent beaucoup plus vite à autre chose que nous, adultes. Parce qu'ils n'ont pas nos couches de blessures qui sont là encore et encore. Elle sera triste dix minutes, une heure, aller peut-être une journée, et puis le lendemain, elle retourne à l'école, elle ira voir ses copines, et ça passe. Mais toi, par contre, tu restes dans ce que tu as vécu et pas dans ce qu'elle vit. C'est pour ça qu'il faut vraiment la laisser ressentir, et finalement, c'est la laisser exister. Dans l'AGR, comme d'ailleurs dans tous les sports, c'est une école... gigantesque, une école de vérité. Dans chaque sport, on y vit la peur, l'envie, la frustration, l'injustice, mais aussi la progression, la fierté, la joie, l'humilité et la résilience. J'ai envie de te raconter un échange que j'ai eu récemment. Une maman me dit « Oh, ma fille, elle n'exprime pas trop ses émotions. D'ailleurs, même quand elle a une bonne note à l'école, elle n'exprime pas trop sa joie, ni sa tristesse. C'est toujours léger. » Et là, je demande, mais... « Mais toi, tu veux quoi pour elle ? » « Ben, je ne veux pas qu'elle soit triste. » Alors moi, je lui réponds « Mais tu sais que en l'empêchant d'être triste, tu l'empêches aussi d'être pleinement joyeuse. » En fait, elle ne voulait pas de douleur. Elle tuait sa joie sans s'en rendre compte. La tristesse et la joie sont liées. Tu ne peux pas enlever une émotion sans anesthésier l'autre. Et quand on empêche un enfant de vivre la tristesse, En fait, on fabrique des enfants des « ça va » . « Comment tu vas ? » « Ça va » . Des enfants qui « ça va » . D'ailleurs, même nous, aujourd'hui, adultes, quand on nous demande « comment tu vas ? » , on répond tous « ça va » . En fait, ça fait un peu des enfants fades, des enfants qui ne vibrent pas. Alors que, justement, le sport est là pour réveiller l'humain, pour réveiller l'émotion, pour réveiller la vie. Sache qu'on vit dans un monde de dualité. Il n'existe pas de chaud sans le froid. Il n'existe pas de réussite sans avoir échoué. Il n'existe pas de montée si tu n'es pas en bas. Il n'existe pas de fierté sans avoir peur. Il n'y a pas de lumière si l'ombre n'existe pas. C'est comme ça que ça fonctionne la vie. Quand tu empêches un enfant de descendre, tu l'empêches de monter. Tu veux un enfant heureux ? Alors accepte que la tristesse fasse partie du chemin. Accepte qu'il ressente et accepte qu'il vive. Là, je vais t'emmener en compétition. Tu sais, ce moment où tu as préparé ton enfant, tu l'as maquillé, coiffé, on a préparé le sac, on arrive au gymnase, et là tu t'installes dans les gradins, tu confies ton enfant à l'entraîneur, et tu es installé dans les gradins et tu attends là pendant une heure et demie, deux heures, avec le ventre noué. Et puis là, tu as différents profils de maman, tu as les mamans qui crient et qui encouragent, tu as les mamans qui sont qui se cachent les yeux pour pas regarder, qui écoutent juste l'atmosphère du gradin. Tu as même des mamans qui sortent de la salle pour pas voir leur fille. Bref, on a tout un tas de mamans. Chacune fait comme elle peut. En tout cas, ta fille, elle passe, elle rate, et tu la vois en pleurant quand elle sort du tapis. Elle remonte dans les gradins, et là, elle s'effondre, elle pleure. Et à ce moment-là, toi, en tant que maman, tu te dis, « Ouh là là, qu'est-ce que je vais lui dire ? Comment je vais récupérer mon enfant ? » Bon, je vais te donner deux, trois astuces. La petite phrase, ce n'est pas grave, on oublie parce que là, à ce moment-là, ton enfant, pour elle, c'est grave. Donc oui, nous, avec l'adulte, on sait bien que ce n'est pas si grave, c'est qu'une compétition. Mais elle, avec ses yeux d'enfant dans ce qu'elle vient de vivre, pour elle, c'est grave. Et puis pareil, la petite phrase, ma chérie, tu feras mieux la prochaine fois. Ça, on n'en sait rien parce que la prochaine fois, déjà, on ne sait pas s'il y aura une prochaine fois. On ne sait pas s'il sera mieux la prochaine fois. Et puis, la prochaine fois, c'est dans longtemps. Elle, c'était aujourd'hui qu'elle avait envie de faire bien. En fait, ton enfant, elle attend vraiment tes bras ouverts et lui dire, ma chérie, je suis là, tu peux être triste et je te comprends. À ce moment-là, elle ne cherche pas de solution. Elle sait bien que son passage est raté et elle sait bien que c'est trop tard pour aujourd'hui. À ce moment-là, elle cherche un refuge, elle cherche une présence, elle cherche un amour stable, elle cherche ton amour. Elle ne cherche pas des explications. et puis c'est pas ton rôle, l'entraîneur fera son débriefing. En fait, la confiance, elle ne naît pas du résultat. Elle naît du vécu. Elle naît quand on tombe, quand on se relève, quand on recommence, quand on apprend, quand on se voit grandir. Un enfant confiant, c'est un enfant qui a appris qu'une émotion, ça ne tue pas. Qu'on peut survivre face à la frustration, qu'on peut traverser une déception et qu'on peut recommencer le lendemain. D'ailleurs, tout le monde retourne au gymnase le lendemain. Si je te parle de tout ça, c'est parce que je l'ai vécu profondément. Pour ma part, je me suis construite dans des moments difficiles. Être une maman solo pour ma fille Noelia. Aller à la maternité toute seule, enfin avec mon ami Brenda. J'ai dû faire des choix, contester, j'ai beaucoup déménagé, j'ai perdu des gens, des amitiés, je me suis relevée seule. J'ai avancé quand tout semblait contre moi. Mais quand je regarde mon passé, aujourd'hui, en 2025, j'ai beaucoup travaillé sur ça et je ne changerai absolument rien. Parce que chaque événement, chaque expérience et chaque douleur m'a forgée, chaque chute m'a appris. Chaque renoncement m'a vraiment renforcée. Et aujourd'hui, je suis Leïla, une femme, une maman. Je suis qui je suis. Et aujourd'hui, j'accepte cette vulnérabilité. J'accepte de la vivre pleinement. Et quand il y a un jour où je suis un peu down, je l'accueille, je l'accepte, je ferme mon ordi. Et je me dis, bon, ce n'est pas pour aujourd'hui. On verra demain. Aujourd'hui, ça ne va pas. Et c'est comme ça parce que j'ai choisi cette vie-là. Et j'ose l'exprimer, j'ose le dire, j'ose montrer à mes filles aussi que maman ça va pas aujourd'hui, ça ira mieux demain, c'est comme ça. En fait je leur montre aussi qu'être forte c'est pas ne jamais être triste, c'est pas quelqu'un qui est jamais triste et c'est pas quelqu'un qui est tout le temps joyeux. En fait je suis un humain, c'est-à-dire que j'ai de la tristesse et j'ai de la joie et comme je connais les deux, je sais vivre intensément chaque événement qui arrive. Parce que j'ai eu le droit d'être triste, parce que j'ai eu le droit d'être perdue et parce que j'ai appris à me relever. Et j'ai envie vraiment de transmettre ces clés à mes enfants. Mais comme mes enfants, c'est la même génération que vos enfants, que tes enfants. Eh bien, ces clés-là, j'ai envie de leur donner beaucoup plus tôt que moi. J'ai envie qu'elles comprennent, qu'elles respirent, qu'elles se respectent et qu'elles existent en tant qu'humaines. J'ai envie de transmettre tout ce que nous, on n'a pas pu recevoir. J'aide pas les enfants à gérer juste le stress pour une compétition ou une qualification. Moi, je leur apprends à vivre, à ressentir, à comprendre, à se relever, à être vivant. Toi, maman, tu es le refuge. Et moi, je suis la transmission. Et ensemble, on va construire les femmes de demain. Alors, n'empêche jamais ton enfant d'être triste. Accueille-la, respecte-la, laisse-la ressentir. Parce que c'est là, précisément là, que se construit une adulte solide, confiante et vivante. Et si tu te dis, j'aimerais l'aider, mais je ne sais pas comment, ou je n'ai pas les outils, je vais te rassurer, bon, on n'est pas censé le savoir, puisqu'on ne les a pas eus quand elles étaient petites, mais moi je peux transmettre des clés, et si tu veux construire une génération d'enfants qui se sentent bien, tu peux t'inscrire, dans la description je vais te mettre la liste d'attente, et du coup on pourra faire le chemin ensemble, pour elles, pour toi. Et pour nous, à très vite ! Merci d'avoir été là avec moi au bord des praticables. Si cet épisode t'a touché ou fait réfléchir, pense à t'abonner et à laisser un 5 étoiles sur ta plateforme préférée. C'est tout simple, mais ça m'aide énormément à faire grandir ce podcast. Et si tu connais un parent, un coach ou un athlète à qui ça pourrait faire du bien d'écouter cet épisode, alors partage-lui. On ne sait jamais quelles graines ça peut planter. Allez ! A très vite, au bord des praticables !