- Speaker #0
Bienvenue dans Au bord des praticables, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qu'on n'entend pas toujours, mais qui vivent tout en silence ou en tension autour du tapis. Chaque mois, je te propose deux épisodes, en solo ou en compagnie, avec des histoires inspirantes, des témoignages touchants et des clés puissantes pour mieux traverser les émotions dans ton sport. Que tu sois parent, coach ou athlète, tu es au bon endroit. Bonne écoute ! Bonjour à tous et à toutes et bienvenue dans un nouvel épisode au bord des praticables. Aujourd'hui, j'ai la joie d'accueillir Camille, une jeune entraîneur au parcours absolument inspirant. J'ai connu Camille au bord des praticables, elle avait à peine 9-10 ans. Et à ce moment-là, elle traversait une maladie. Et malgré son cathéter et son bandeau sur la tête, elle voulait toujours s'entraîner. Je me souviens encore d'elle, qui ne se plaignait jamais, qui travaillait avec son petit cerceau. Et j'ai toujours eu la conviction que la gymnastique rythmique lui a donné une force incroyable. Et peut-être même qu'elle l'a aidé à traverser cette épreuve. Dans cet épisode, on va passer par plusieurs étapes. On reviendra sur son enfance et cette maladie qui a marqué son parcours. On parlera du déclic qui l'a mené à devenir entraîneur, alors qu'elle se cherchait après des mois d'études. On découvrira aussi son quotidien, aujourd'hui au club de Roy Malmaison, qui devient en quelques années un club formateur avec d'excellents résultats. Et puis quand même, on ouvrira une parenthèse sur la place du mental dans son travail et sur sa vision de l'accompagnement des jeunes gymnastes. Installez-vous bien, cet épisode est une vraie leçon de courage, de passion et d'engagement. Camille, bonjour, bienvenue.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Merci d'avoir accepté cette invitation. Alors pour se mettre à l'aise, je vais te poser des petites questions assez légères. Tu me réponds comme t'as envie.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Toi Camille, t'es plutôt café ou thé ?
- Speaker #1
Café.
- Speaker #0
Claquettes-chaussettes ou baskets ?
- Speaker #1
Claquettes-chaussettes.
- Speaker #0
Élégance ou cran ?
- Speaker #1
Un mélange des deux.
- Speaker #0
Ok, on prend. Quantité ou qualité ?
- Speaker #1
Qualité.
- Speaker #0
Matinale ou couche-tard ?
- Speaker #1
Couche-tard. Insomniaque même.
- Speaker #0
Ok. Rigueur ou créativité ?
- Speaker #1
Rigueur.
- Speaker #0
Ta musique préférée pour chorégraphier, plutôt classique ou moderne ?
- Speaker #1
Plutôt moderne.
- Speaker #0
Et pour toi, un week-end parfait, c'est quoi ? C'est repos total ? ou toujours en mouvement ?
- Speaker #1
Toujours en mouvement.
- Speaker #0
Ok. Camille, est-ce que tu peux te présenter un petit peu ?
- Speaker #1
Je m'appelle Camille Robin, j'ai 26 ans. Je suis entraîneur de gymnastique rythmique depuis 2000, officiellement pendant les années Covid. Après, j'ai toujours baigné dedans. J'étais aide-monitrice dans mon ancien club. Et puis aujourd'hui, je ne fais qu'entraîneur de GR.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et je passe le DEGET cette année.
- Speaker #0
Ah, cool, j'avais pas... Ça y est, ça a commencé ?
- Speaker #1
Ouais, ça a commencé en juin et la prochaine formation, semaine de formation, fin septembre.
- Speaker #0
D'accord, super. Alors Camille, comme je le disais en introduction, moi je t'ai connue justement au bord des praticables, à Issy-les-Moulineaux. Moi, je venais y travailler le samedi matin avec ma copine Julie. Et je me souviens de toi, alors ça devait être en stage d'août. où tu as dû apprendre ta maladie en l'été, il me semble. C'est ça. Et au stage de reprise, on a appris que tu étais malade. Et malgré tout, on t'a vu toute l'année avec ton cathéter, ton petit cerceau et ton turban sur la tête parce que tu n'avais plus de cheveux. Mais malgré tout, tu travaillais, tu travaillais. Tu en avais ? Tu en avais un peu ?
- Speaker #1
J'en avais ! J'avais juste le cathéter.
- Speaker #0
Mais je me souviens que tu avais un turban quand même sur la tête. Et tu travaillais du haut de tes 9-10 ans avec ton petit cerceau. Et tu répétais, tu répétais, tu répétais sans relâche. Si on revient sur cette période, comment tu l'as vécue, toi, cette période entre la maladie et l'école ? Je ne sais pas si tu allais à l'école et la GR.
- Speaker #1
En fait, ça s'est déclaré le jour de la rentrée. C'est d'ailleurs Julie et Claire. Donc les entraîneurs des Cilés Moulineaux à l'époque qui avaient alerté mes parents sur des énormes hématomes qui étaient sur mon corps. On a fait des examens et à la suite de ça, on a révélé une maladie. Ensuite, j'ai été hospitalisée pendant deux mois. Donc je n'ai pas fait d'école du tout pendant une année entière. J'avais une école à domicile. Et puis petit à petit, j'ai pu revenir à la GR, je dirais vers décembre par là. Donc ça a été un peu une année à blanc, mais je me souviens très bien que ma première inquiétude, c'était la GR. Je n'arrêtais pas de dire, je veux revenir à l'AGR, je peux revenir, ça me manque. Je m'en fichais un peu de l'école. Alors, il ne faut pas dire ça, mais c'est vraiment l'AGR qui m'a tenue, je pense.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Qu'est-ce que tu en as maintenant, après des années de recul, quand tu dis l'AGR t'a tenue, ça a été quoi pour toi ? Est-ce que ça a vraiment joué un rôle dans ta guérison ?
- Speaker #1
Je pense que j'avais. Aucune hâte, c'était de retourner m'entraîner, de voir mes copines, de progresser. Ça m'a donné un moteur peut-être pour être plus positive et plus combative envers la maladie.
- Speaker #0
Est-ce que les médecins t'interdisaient d'aller t'entraîner ?
- Speaker #1
Ils n'étaient pas très chauds au début pour que j'aille m'entraîner. Je n'avais pas le droit de faire tout ce qui est renversement, tête en bas, tout ça. Je n'ai pas toujours respecté. Je me suis un peu disputée du coup. Mais non, ils étaient au début pas très chauds. Et en fait, ils ont vu que psychologiquement, c'était un vrai plus pour moi. Donc, ils ont laissé faire.
- Speaker #0
D'accord. Et en fait...
- Speaker #1
Tant que les résultats médicaux étaient OK, ils ont laissé.
- Speaker #0
Donc du coup, ça s'est passé. Tu as eu bien peut-être six mois, c'est ça ? Enfin, une année blanche de l'école ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Et après, c'était stage d'août ou de juillet, il me semble, à la reprise.
- Speaker #1
Oui, ça a duré en fait un an. Je n'ai pas fait d'école. J'ai fait une ou deux compétitions, je crois, quand même.
- Speaker #0
D'accord. En équipe alors ?
- Speaker #1
Oui, en équipe.
- Speaker #0
D'accord, je ne me souviens pas.
- Speaker #1
Je suis partie sur une saison complète en deuxième année, Benjamin.
- Speaker #0
Trop bien. Et tes parents ? Le soutien de tes parents, alors moi je sais que tes parents ont été toujours présents et hyper investis, et encore aujourd'hui d'ailleurs, mais à ce moment-là, est-ce que tu te souviens de leur présence ? Quelle présence particulière ils avaient ?
- Speaker #1
Ils ont été très très présents à la maison, après du côté GR, je pense qu'ils m'ont toujours laissé faire, alors je vois ça avec mes yeux d'enfant de 9 ans du coup, de l'époque, de ce que je me souviens, mais ils ont plutôt été cool et libre envers mon entraîneur. Donc, c'était Julie. Ils lui ont donné les préconisations des médecins. Et puis après, on gérait sur le Prat pendant les cours.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
trop bien. La règle, c'était juste que les résultats médicaux soient OK. Oui,
- Speaker #0
trop bien. Et d'ailleurs, avec Julie, ton entraîneur, c'était quoi cette relation ? Est-ce que du coup, il y a eu quelque chose de différent ? que si tu n'avais pas été malade. Alors, je ne dis pas que grâce au fait que tu as cette maladie, tu as créé cette relation avec Julie, mais je pense que ça a eu un impact quand même.
- Speaker #1
Ça a eu un gros impact que je n'ai pas forcément repéré ou vu tout de suite. Mais quand elle est partie d'ici les Moulinots, j'étais encore gymnaste et c'est là où je m'en suis rendue compte. En fait, ça a été une année très dure quand elle est partie. Et je pense que ça vient de là. Parce que ça a été mon troisième repère finalement. J'avais mes parents. Et puis Julie, c'était la personne que je voyais pratiquement plus en dehors de l'hôpital. Donc c'était ma deuxième maman.
- Speaker #0
Ben oui. Et du coup, est-ce que tu peux nous en dire plus sur quand Julie est partie ? Donc elle est partie entraîner au pôle d'Evry à l'époque. Mais aujourd'hui, pôle d'Ile-de-France. Donc comment toi, tu l'as vécu ?
- Speaker #1
Pas très bien. En fait, je l'ai compris. J'ai compris son positionnement et je le comprends d'autant plus actuellement en tant qu'entraîneur. Mais j'avais 17-18 ans à l'époque. J'étais, je pense, pas suffisamment mature à ce moment-là pour comprendre qu'elle avait besoin de faire ses choix aussi pros. Et donc, j'ai un peu saboté ma saison individuelle.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Un peu par frustration.
- Speaker #0
Et tu étais en colère un peu ?
- Speaker #1
J'étais très en colère.
- Speaker #0
Pas un peu. Non, non, là,
- Speaker #1
très en colère. Je me rappelle la veille d'une compète où il y a eu un couac sur qui côte chez qui et j'ai appris que finalement, ce ne serait pas elle pour la région. Et en fait, je suis arrivée à la compète et je me suis plantée, mais volontairement.
- Speaker #0
Oui. genre j'ai plus mon entraîneur j'ai plus envie donc j'ai pas envie faites pas ça les gymnastes non mais du coup quand on a vraiment quelque chose quand on a pas envie on peut très bien rater sa compète c'est ça et du coup toi t'as commencé à entraîner je sais pas si quand on commence on parle d'entraînement mais plutôt aide, animée. Tu as commencé à quel âge ?
- Speaker #1
À 16 ans.
- Speaker #0
À 16 ans. Ok, donc Julie était encore là.
- Speaker #1
C'est ça, je l'ai aidée sur un petit groupe de CF.
- Speaker #0
Ok, d'accord.
- Speaker #1
Et après, au fur et à mesure, j'ai commencé à récupérer des cours loisirs.
- Speaker #0
À Issy-les-Moulineaux.
- Speaker #1
Après des groupes, toujours à Issy. Après des groupes compétitions, fédéral B, fédéral A. Et puis, on est arrivé sur la proposition de Rueil.
- Speaker #0
Et est-ce que toi, tu as réussi à être entraînée en tant que gymnaste, garder cette casquette de gymnaste et garder cette casquette d'entraîneur, d'animateur, moniteur au début ?
- Speaker #1
En fait, tout s'est un peu goupillé sur deux, trois ans. Les deux premières années, Julie était encore au club. Donc, ça se passait super bien. Ça allait. Et la troisième année, là où elle est partie au pôle, j'avais récupéré des groupes loisirs, si je ne dis pas de bêtises. Moi, en tant que gymnaste, ça n'allait plus.
- Speaker #0
C'est l'année où tu avais décidé ?
- Speaker #1
L'année de la session, j'avais décidé d'être un peu bête. Et je l'ai fait une saturation, je pense, de l'AGR. J'ai décidé d'arrêter à la fin de cette saison en tant que gymnaste pour me lancer aussi dans des études. C'était la fin du lycée, je passais mon bac et je voulais avoir le temps aussi d'entraîner à côté.
- Speaker #0
D'accord. Et du coup, tu avais choisi quoi comme étude ?
- Speaker #1
Du droit.
- Speaker #0
Du droit, ok. Et pourquoi ?
- Speaker #1
Dans ma tête, je voulais faire du droit du sport.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et puis après, en allant à la fac, j'ai compris que le droit du sport, c'était, il me semble, qu'en master 1 ou master 2.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et là, j'ai dit, ça ne va pas le faire, je ne vais jamais tenir 5 ans. J'ai fait deux mois de fac. La veille des partiels, je me rappelle, j'étais à Disney. Je suis rentrée chez mes parents. Je leur ai dit, je ne vais pas au partiel demain. J'arrête.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Voilà. Et alors ? En fait, les deux mois, c'était tellement mal passé. Ça n'allait vraiment pas du tout parce que ce n'était pas une voie qui me plaisait. Je pleurais beaucoup en rentrant chez moi.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, mes parents, ils m'ont dit, OK, il n'y a pas de problème que tu arrêtes. En revanche, tu ne restes pas à la maison sans rien faire.
- Speaker #0
Tu trouves quelque chose.
- Speaker #1
Tu trouves quelque chose. Voilà.
- Speaker #0
Et alors ?
- Speaker #1
Et alors, j'ai cherché pendant un ou deux mois. Je ne savais toujours pas quoi faire.
- Speaker #0
Tu cherchais à travailler ou des études ?
- Speaker #1
Plutôt à travailler. Et je réfléchissais sur des études pour l'année d'après. Pour me réinscrire en école ou en fac. En même temps, je donnais toujours mes petits cours de loisirs à ICI Les Moulinots. Julie avait toujours un pied à ICI. Il me semble que c'était que le mercredi. Et elle est tombée enceinte. ils ont cherché un... un remplacement. Ils n'ont pas trouvé. Du coup, ils m'ont dit est-ce que tu peux reprendre pendant le congé mat les heures de Julie ? En fait, c'est là que j'ai repris ces remplacements. Et là, je me suis dit mais c'est ça que je veux faire depuis trois mois.
- Speaker #0
Merci Julie d'être tombée enceinte à ce moment-là. OK. Et du coup, là, tu t'es dit révélation.
- Speaker #1
Révélation. J'ai placé mon moniteur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Je crois que c'était cette année ou l'année d'après, mais en tout cas à la suite de cette révélation.
- Speaker #0
Et quand tu as dit ça à tes parents, tu leur as dit « Bon, ça y est, j'ai trouvé » .
- Speaker #1
Ils n'étaient pas étonnés. Ils m'ont dit « Bon, de toute façon, je ne sais pas pourquoi tu es allée à la fac. On savait que tu finirais entraîneur de GR » .
- Speaker #0
Oui, oui. Donc non,
- Speaker #1
ils étaient plutôt soulagés.
- Speaker #0
Oui. Et je me souviens que j'ai croisé ta maman, ça devait être l'année dernière, je pense. Quand elle m'a dit que tu as trouvé un appart à côté de Rueil, elle me disait ça, gros changement et tout. Et puis, elle me raconte un peu cette histoire et je lui dis, tu sais Camille, chez la GER, c'est aussi ce qui lui a permis de se booster, de se bouger, de guérir. Donc en fait, la GER, ce n'est pas rien, ce n'est pas de la poterie. Enfin, je n'ai rien contre la poterie, mais voilà, ça a quand même une symbolique bien grande chez toi.
- Speaker #1
Oui, depuis toute petite.
- Speaker #0
Je suis complètement d'accord.
- Speaker #1
Je le dis souvent, je pense que la GR va te sauver.
- Speaker #0
Oui. On ne le saura jamais, mais en tout cas, heureusement qu'elle était là, la GR.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Après ces études, ce stage, ce stage en droit, ça ne convenait pas. Merci Julie d'être tombée enceinte, parce que là, tu as eu la révélation, c'est ça que je veux faire. Tes parents t'ont dit... ok on y va de toute façon on n'était pas au tonnet et ensuite tu as fait tes premiers pas dans ton club à Rueil alors j'ai j'ai fait
- Speaker #1
J'ai continué un petit peu à Issy pendant 2-3 ans que sur Issy-les-Moulineaux. Et puis à Ruelle, il y a eu une opportunité qui s'est libérée. Et c'est même Issy-les-Moulineaux, la responsable technique, Ambre, qui m'a dit qu'il y avait une opportunité à Ruelle et qu'ici, on manquait d'heures. Donc forcément, je n'aurais pas autant d'heures que ce que j'aimerais. autant de groupes que ce que je voudrais. Donc, elle m'a mise sur la piste de Rueil. Et du coup, j'ai débarqué à Rueil comme ça.
- Speaker #0
Oui, parce qu'effectivement, quand on est dans un club et qu'on est plusieurs salariés, on ne peut pas tous avoir un temps plein. Donc, cool qu'André, elle a pu te guider vers le club. Et du coup, on entame cette troisième saison à Rueil-Malmaison. Donc, c'est ça, hein ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Une année à Schwab sur ici et Rueil, la première année, pour me faire doucement au départ de mon club de cœur quand même, ce qui n'est pas évident comme choix. Et puis deux ans, donc l'année dernière que à Rueil, enfin 100% à Rueil, et là cette année, deuxième année, 100% à Rueil aussi.
- Speaker #0
D'accord, et du coup là-bas, tu es salariée en temps plein ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Ok, et c'est comment tu es ? Ton emploi du temps, tu entraînes tous les jours. Comment ça se passe, toi ?
- Speaker #1
J'ai le lundi de off. Alors là, j'ai choisi le meilleur jour en tant qu'entraîneur de gerge. Après les compétitions. Là, c'est un peu particulier cette année avec le DE. Parce que j'ai pas mal de visio en journée avant les cours. Mais sinon, l'année dernière, je faisais du 17h à 22h30 tous les soirs. sauf le mercredi. 9h, 22h30 et le samedi 9h,
- Speaker #0
19h. Ah oui, quand même.
- Speaker #1
Oui, on a la chance d'avoir le gymnase tard.
- Speaker #0
Oui, c'est bien. Et puis en région parisienne, on entraîne quand même très tard. Tu vois, quand je vois, tu dépasses la région parisienne, c'est à 20h grand maximum, 21h. Alors, je ne fais pas une généralité. Il y a quand même des clubs qui entraînent jusqu'à 22h. Mais c'est vrai qu'en région parisienne, c'est quand même assez courant de travailler jusque tard. Trop bien. Et alors, rentrons dans le vif du sujet. Là, Roy Malmaison est quand même un club qui fait d'énormes résultats. Ça fait que deux ans que tu étais là-bas. Et déjà, podium en DN2. Est-ce que tu peux nous raconter ?
- Speaker #1
DN3,
- Speaker #0
DN3.
- Speaker #1
Quatrième en DN2.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est vrai. Podium en DN2. Mais on a mis la
- Speaker #1
DN2 comme ça.
- Speaker #0
Voilà. Et alors ? Comment tu peux raconter nous, c'est quoi le, alors pas la formule magique parce que si on l'a, on va tous y arriver, mais voilà, en si peu de temps en fait, en plus c'est ça, c'est en si peu de temps, comment tu as réussi, qu'est-ce qui s'est passé, est-ce que c'est l'environnement, est-ce que c'est ta formation, est-ce que c'est le bureau, est-ce qu'il y a eu vraiment un projet autour de ça, est-ce que vous vous êtes tous lancés sur, ok on va être club formateur, ok on va faire de l'ADN, comment ça s'est passé ?
- Speaker #1
Alors, le projet Club Formateur, il était déjà avant que j'arrive. À l'entretien, on m'en avait déjà parlé. Donc ça, c'était dynamique quand même bien avant que j'arrive. D'accord. C'était déjà pas en place car on n'avait pas le label, pardon, mais c'était une volonté du club en tout cas. Ok. Ensuite, pour l'ADN, c'était pas un coup de chance parce qu'il y a eu énormément de travail. Mais j'avoue que... On ne pensait pas y arriver dès la première année. Voilà, aussi vite. Elles ont eu la saison d'avant, une saison qui était très compliquée parce qu'elles se sont entraînées toutes seules. D'accord. Quand je suis arrivée, il a fallu recréer un lien d'entraîneur à gymnaste avec une gymnaste qui est plus âgée que moi. Donc ça, je me souviens, ça a été un peu… J'ai eu peur au début. J'avais du mal à trouver un positionnement juste. et en fait ça s'est fait hyper naturellement les filles m'ont fait confiance je leur ai fait confiance et il y a vraiment eu une alchimie qui s'est créée avec cette équipe où on s'est dit quoi qu'il arrive on y va,
- Speaker #0
on se bat et puis adjienne que pourra et vous y êtes vraiment allé ensemble il n'y avait plus de relation on y va ensemble c'est ça et alors du coup cette superbe année en DN C'était trop bien. C'était alchimie de fou.
- Speaker #1
Il y a eu des moments compliqués parce qu'il y avait des filles aussi qui passaient le bac et qui étaient en entretien pour des écoles assez prestigieuses. Notamment à l'approche des Français, c'est vrai que ça a été dur. Mais ouais, on y est allés toutes ensemble. En fait, c'est à la région, il y a eu un déclic. Les filles ont fait une super compétition. Elles ont toujours eu la volonté d'être sur le podium, mais sans jamais réellement y croire. Et à la région, il y a eu un déclic. Elles se sont dit, non, mais en fait, on peut le faire. Donc maintenant, on va tout mettre en place pour y aller et avoir cette médaille.
- Speaker #0
Et là, tu as vraiment senti un vrai déclic. Il y a eu un avant-après.
- Speaker #1
Après, les gens, ça a été métamorphose.
- Speaker #0
Et toi aussi, en tant qu'entraîneur, tu as vu leur métamorphose, le déclic. Est-ce que toi aussi, tu t'es dit, moi aussi, j'y vais, je vais avec elle, on y va tous ensemble, on y va pour la médaille ?
- Speaker #1
On y va... Ce n'est pas trop mon discours d'y aller pour les médailles. Je n'aime pas ce discours parce que je trouve que ça peut mettre une pression sur certaines gymnastes ou stimuler chez d'autres. Mais je leur disais que c'était possible, effectivement, au vu du classement vertical, etc. Mais que ce qui m'importait personnellement, c'était qu'elles soient fières d'elles en sortant du praticable. Et qu'elles aient fait ça ensemble.
- Speaker #0
Trop bien. Et puis finalement, on y va comme ça, en étant fiers. Et du coup, le jour J, elles sont sorties fières d'elles.
- Speaker #1
Pas toutes. Il y a eu quelques couacs sur le passage. D'accord. Donc, quelques-unes étaient déçues d'avoir, entre guillemets, fait échouer l'équipe. Après, très contente finalement d'avoir du résultat, c'est ça.
- Speaker #0
Et toi, justement, quand tu récupères, donc là, on parle spécifiquement de l'ADN, mais c'est valable pour tous tes ensembles et même individuels. Quand tu retrouves des gymnastes comme ça, elles sortent du tapis, elles sont tristes, elles sont dégoûtées, elles sont peut-être même en colère, en se disant « Pfff, j'ai pas fait ce que je devais faire » Qu'est-ce que tu dis ? Qu'est-ce que tu fais ? Ou ça dépend ? C'est dur.
- Speaker #1
En fait, je sais pas. Il n'y a pas grand-chose à dire, je trouve, si ce n'est les rassurer sur le fait que c'est pas parce qu'elles aient raté que quelqu'un sera moins fier d'elles et les aimera moins. mais les voir pleurer les voir déçus tu vois quand tu m'en parles j'ai l'image de la DN3-4 à la région l'année dernière qui a été un gros gros échec je m'en souviens parce que Volonté c'est une équipe incroyable tant dans le travail maturité, elles sont géniales ces gamines elles étaient prêtes et puis elles s'épongent sur le prêtre le jour J et en fait elles sortent et on est toutes un peu Euh... C'est un coup de massue, en fait, sur la tête. On se regarde et personne ne sait quoi dire. Juste, on se met tout à pleurer en disant bon. Ensemble. On pleure et puis on analysera pour éviter de refaire, enfin, on se servira de cet échec pour rebondir l'année d'après.
- Speaker #0
Et du coup, elle n'a pas été vigueur pour elle. Oui, oui.
- Speaker #1
C'est dur. Et donc là, on est en train de travailler toujours sur cette compète pour réaborder la nouvelle saison. la meilleure manière qu'il soit.
- Speaker #0
Cette équipe, elle repart sur une DN ?
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Une DN 3-4. Et du coup, toi, comment t'as...
- Speaker #1
C'est un peu le sport. C'est la DN 3-4.
- Speaker #0
OK, on va dire une DN, OK. On laisse suspense. Comment t'arrives, toi, justement, à travailler avec elle ? Il y a eu un échec l'année dernière, enfin, une expérience, un échec. Chacun l'a vécu comme ça. Ça a été difficile. Comment là, tu arrives à travailler avec elles sur ça en se disant qu'on se projette sur une nouvelle saison où j'imagine bien que les filles vont avoir cet esprit un peu... Allez, cette année, on ne refait pas la même.
- Speaker #1
Elles sont très revanchardes.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
C'est compliqué parce que pour l'instant, on est quand même sur la saison indive. Et pour la majorité d'entre elles, elles ont eu une super saison indive.
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Donc, on... Ça va, pour le moment. Après, à l'approche de l'équipe, je pense qu'il faudra qu'on en rediscute, voir comment elles, dans leur tête, elles ont évolué. Même si on a déjà fait une analyse qui aurait pu les perturber le jour de la région, l'année dernière, et pourquoi ça n'a pas marché. On sait qu'il y a des petits trucs sur lesquels on peut travailler.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Comme le manque... de stimulation. En fait, la région s'est déroulée à Rueil. Et pour certaines, comme elles étaient à la maison, Elles n'ont pas eu l'impression d'être en compétition et donc elles n'étaient pas aussi stimulées que d'habitude.
- Speaker #0
D'accord. Du coup, vous n'organisez plus de région. C'est ça, le choix ?
- Speaker #1
Du coup, les parents de ces enfants ne veulent plus organiser de région à Reuil.
- Speaker #0
Voilà, on veut bien faire des mouvements interdeptes.
- Speaker #1
Voilà, mais plus de région. Non, il faut qu'elles soient aussi capables de se stimuler pour être plus faites. C'est ça.
- Speaker #0
Et est-ce qu'elles ont peur de revivre la même chose ?
- Speaker #1
Certaines, oui. Et d'autres sont tellement revanchardes qu'elles se posent moins la question, je pense.
- Speaker #0
D'accord. Eh bien, moi, tu vois, par exemple, quand j'accompagne des équipes ou des gymnastes comme ça qui ont vécu forcément un échec l'année d'après ou « Oh, il y a deux ans, c'était dans ce même gymnase que j'ai fait tomber mon cerceau » ou « Yeah, cette année… » Enfin, tu vois, il y a une espèce de… des espèces de croyances où ce lieu-là m'a porté toujours bonheur ou m'a porté malheur ou à cette région ou cette date ou ce juste au fin. Bref, tout un tas de croyances comme ça. Et en fait, effectivement, travailler sur la peur du passé qui s'est passé, donc comme tu as fait, analyser, on a manqué ça, on a manqué de stimuli, etc. Donc du coup, la peur redescend et ce qui est important aussi, c'est de toujours prendre cette peur et la projeter dans un futur. OK, maintenant que ta peur du passé est redescendue, tu as compris, maintenant, imagine que ça arrive de nouveau. Et là, soudainement, tu vas voir que la peur remonte. Non, non, non, je ne veux surtout pas que ça arrive. Oui, OK, on n'a pas envie, mais imagine que ta peur arrive de nouveau. Imagine qu'effectivement, on organise la compète chez nous ou imagine qu'il y a pareil, pas le même stimuli. L'idée, c'est d'aller les emmener dans cette peur du futur et de leur donner un petit peu tous les outils. OK, si je ne suis pas stimulée, qu'est-ce que je fais ? si c'est chez nous, qu'est-ce que je vais faire ? En gros, tu leur donnes tous les outils dans le futur et finalement, elles sont un peu plus rassurées, la peur diminue. De toute façon, même si ça arrive, même si les mêmes circonstances arrivent, Camille nous a appris à travailler sur la peur du futur. Du coup, je n'ai plus besoin d'avoir peur et il ne reste que l'envie. Parce qu'entre la peur et l'envie, c'est la peur qui gagne. Tu as beau avoir envie de réussir, mais tu as complètement peur de rater que notre cerveau ait fait pour que la peur soit en premier. Je te donne un petit tips, si tu veux.
- Speaker #1
C'est trop bien. Comme ça, elles auront des clés.
- Speaker #0
Voilà. Emmène-les vraiment. Et tu vas voir, pose-leur la question. Pas tout de suite parce qu'elles sont dans l'indiv, mais quand vous allez travailler et que vous avez bien débriefé sur la saison, emmène-les directement. Fais-leur vivre vraiment cette peur du futur. Elle arrive, c'est la même chose. C'est tout pareil. Tu vas voir déjà leur tête. Elles vont se dire, ah ben non, ce qu'on pensait quand on avait travaillé dessus. Et du coup, vas-y, emmène-les pour de vrai. Et après, ça diminue tout doucement. Tu vois, comme les vues qui peuvent me dire « Oh, j'ai peur que mon cerceau sorte. » Oui. Et s'il sort, qu'est-ce que tu fais ? Ben, je vais le chercher. D'accord ? Et après, je retourne sur le tapis. Ok. Et ensuite, je continue mon ennachement. D'accord. Donc, en fait, c'est pas très grave s'il sort puisque tu sais ce qu'on va faire. Ah oui, c'est vrai. Bon, ben maintenant, il ne te reste plus que l'envie d'y aller. Enfin, voilà. Donc, du coup, après ces deux saisons avec... avec tout le monde et je voulais aussi parler sur les petites allez on va dire 10-12 ans à peu près où la saison individuelle a été juste remarquable est-ce que tu peux nous parler un peu du dernier championnat de France individuel ?
- Speaker #1
Du coup c'était à Reims en janvier dernier et puis sur les Nath B10-11 il y a eu une médaille d'or, une médaille d'argent en Nath A12-13 une médaille d'or et en nat C12-13 une médaille d'or également.
- Speaker #0
Donc,
- Speaker #1
année de folie.
- Speaker #0
Voilà, année de folie.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Ok. Donc, bon, bah ça, le job, il est fait.
- Speaker #1
Et pardon, je les ai oubliés, il y a eu aussi le nat 13 à Paris, au championnat de France.
- Speaker #0
Eh oui. Les pauvres, je les ai oubliés. Ce sont les mêmes filles ? Non.
- Speaker #1
Ce sont les mêmes. Il y en a deux.
- Speaker #0
Ok. Donc,
- Speaker #1
la nat C12-13 et la nat C12-13. C'est ça, deux médailles d'or en une année. Elles ont gagné leur année.
- Speaker #0
Elles ont gagné leur année. Et du coup, comment tu travailles toi avec elles sur des jeunes filles aussi jeunes qui performent très vite ? Comment tu gères ça ? Certaines personnes pourraient dire, elles vont avoir le melon, même si elles ne l'ont pas. Mais elles peuvent... Tu vois comment tu travailles ça du coup ? Ou justement, elles vont avoir ce goût de je veux encore plus ou je veux toujours avoir cette médaille d'or parce que c'était trop bien. Elles n'ont pas le melon. Personnellement, je ne trouve pas. Mais je pense que c'est plus la crainte de ne pas refaire une aussi belle saison qu'il en porte. C'est de se mettre la pression et de se dire, l'année dernière, on a fait une saison de dingue. Il y a quand même peu de chances que ça puisse réarriver. Parce qu'elles sont quand même hyper lucides, même si elles ont 12 ans. Et elles n'ont pas envie de décevoir papa, maman, le club. Me décevoir aussi parce que ça avait été une discussion, une très grande discussion. C'était avec le Nadis l'année d'avant, qui était composé des mêmes gymnastes. Et qui avait fait un championnat de France bien en dessous de ce qu'elles auraient pu présenter. Et le discours qui ressortait, c'était « Monta déçu » , alors que pas du tout. Elles ont raté et ça fait mal au cœur pour elles mais elles ont le droit de rater. C'est des enfants de 10 ans et ce n'est pas évident ce qu'on leur demande. Donc, il y avait eu tout un travail sur ça, sur la déception autour d'elles, que ce soit le bureau, que ce soit les parents, les entraîneurs.
- Speaker #1
Et du coup, comment tu prends le fait que les enfants te disent qu'on t'a déçue finalement ?
- Speaker #0
C'est horrible. Non, mais je trouve ça horrible parce que c'est faux. Ce n'est pas ce que je leur explique. Je ne suis pas déçue parce qu'elles n'ont pas une médaille ou qu'elles lâchent leurs engins. En fait, je suis plutôt triste pour elles parce qu'elles mettent tout en place pour réussir. Elles viennent je ne sais pas combien d'heures au gymnase. On leur demande un investissement qui est assez incroyable pour des petites de cet âge-là. Et les voir s'effondrer sur un pral, ce n'est jamais plaisant. Et moi, ça me fait plus de la peine que de la déception.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, pour cette équipe ou pour les autres dans votre club, est-ce que vous avez mis en place un projet autour de... Donc, vous dites officiellement, on est quand même un club formateur, on aime la performance, en tout cas, on fait tout pour y arriver, pour être performant. Est-ce que du coup, vous avez pu introduire de la préparation mentale ? Est-ce que ça a été un... Un projet du bureau, du club, de toi, des enfants ? Comment ça s'est passé ?
- Speaker #0
Il y avait quelques filles, l'année où je suis arrivée, qui travaillaient déjà avec une préparatrice mentale. Ils m'ont donné le nom, etc. pour faire un suivi, finalement. Et on a instauré ça. Alors, ce n'était pas obligatoire, parce que je considère que...
- Speaker #1
Tout le monde n'en a pas besoin.
- Speaker #0
Les filles, il y a affaire... Et les forcer, ça peut être contre-productif.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
En revanche, quand je vois... petite montée de stress qui n'arrive pas à être gérée, j'aiguille sur la prépa mentale.
- Speaker #1
D'accord, ok.
- Speaker #0
Il y en a pas mal quand on fait.
- Speaker #1
C'est cool et du coup, c'est vraiment toi qui impulse cette idée.
- Speaker #0
Ça peut venir des filles.
- Speaker #1
Même si les filles, elles aussi, elles ont ça.
- Speaker #0
Il y en a déjà qui m'ont dit qu'elles aimeraient tenter ou essayer. Je dis, go ! Si t'as envie,
- Speaker #1
vas-y. Vas-y. Et pour toi, le mental dans ces deux saisons, même si là, on a déjà entamé la saison individuelle, mais dans ces deux saisons pleines que t'as déjà vécues, est-ce que la préparatrice mentale, elle vient au club ? Est-ce que les filles... Tu vois, par exemple, pour la saison équipe, comment ça se passe ? Comment ça se passe chez vous ?
- Speaker #0
La saison équipe, elle essaye de venir un maximum au club.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Enfin, un maximum. Ça dépend combien de séances elle fait avec les équipes. Parfois, on est sur deux, trois séances. Elle vient au club sur la saison équipe. S'il y a besoin de plus, on essaye de caser plus. Pour les équipes, on a une salle à côté de notre bureau où les filles peuvent travailler avec la prépa mentale. C'est cool comme ça, on leur espace à elles. Sur la saison indive, elle fait plus de visio et elle peut venir de temps en temps au gymnase pour voir comment les filles se comportent à l'entraînement, en période d'entraînement ou en période de précompète. Déjà, rien qu'en précompète, il y a des points sur lesquels elle peut travailler.
- Speaker #1
Trop bien. Est-ce que du coup, elle te donne des clés ? Est-ce que tu échanges beaucoup avec elle pour aider au mieux ? Oui, je t'en range. Ouais, elle, elle aide à se protéger. Et puis toi, tu vois d'autres choses. Donc, du coup, vous pouvez... Vous échangez pas mal.
- Speaker #0
Quand je remarque un gros point sur lequel j'aimerais qu'elle travaille, du coup, je ne lui en fais pas. Après, quand elle met en place des petits rituels avec certaines, je pense avec l'accord, évidemment, de la gymnaste, elle m'en parle. Et comme ça, on peut essayer de travailler ensemble le jour de la compète, finalement. Par exemple, certaines ont besoin d'écouter un audio avant de rentrer en prépa. Et donc ça, c'est acté dans leur routine de compète qu'il y a 10-15 minutes d'audio où c'est prépa mental.
- Speaker #1
Et toi, tu es OK avec ça ?
- Speaker #0
Complètement.
- Speaker #1
Est-ce que... Je vais te demander ton avis, clairement. Même si on en fait deux, mais tout le monde nous écoute. Moi, je vais te dire clairement, il y a des entraîneurs qui refusent... Alors, ils aiment la préparation mentale, ils savent que c'est important. Mais pas de là. Les entraîneurs ont l'impression qu'on leur pique leur rôle et que ce n'est pas la place. Alors oui, le mental est important, mais il ne faut pas que ça vienne prendre trop de place à la technique ou qu'on pique la place de l'entraîneur. Sauf qu'il n'y a pas de place à personne, d'ailleurs. La place, c'est l'enfant qui passe sur le tapis. Et si elle a besoin de faire une danse de la joie avant, vas-y, cocotte, si ça peut t'aider à aller bien et performer. Voilà.
- Speaker #0
Et ta pensée avant de passer, vas-y,
- Speaker #1
cours. Cours, si ça peut te faire du bien, vas-y. Ce n'est pas très grave. Et du coup, je voulais avoir un petit peu ton avis justement sur ça où des entraîneurs n'acceptent pas du tout des aides extérieures, que ce soit de la préparation corporelle, artistique, musicale, mentale. Voilà, je voulais avoir ton avis là-dessus en toute franchise.
- Speaker #0
Je trouve ça hyper dommage parce que je trouve que... C'est chacun ses qualités, chacun son métier. Me concernant sur la prépa mentale, je sais que je ne suis pas performante et je sais qu'il y a plein de billes que je n'ai pas. Et je trouve ça hyper important pour les filles, pour qu'elles puissent être pierres d'ailes et réussir sur le prat, qu'elles aient le plus de billes possible. Donc, je n'arrive pas trop à comprendre ces entraîneurs-là, je t'avoue.
- Speaker #1
Et comme tu dis si bien, Imagine si toi, tu commences... Il y a des entraîneurs qui connaissent en menthe. En vrai, un entraîneur, c'est un vrai couteau suisse déjà à la base. C'est déjà maquiller, coiffer, monter des musiques, faire des réunions. Bref, on fait déjà tellement de choses. Donc, j'ai envie même de dire que c'est peut-être cool si au moins cette partie, c'est géré par quelqu'un.
- Speaker #0
Et puis, moi, je trouve qu'elles ont aussi besoin de voir, de ne pas être... qu'avec une personne. C'est-à-dire que là, ça concerne leurs émotions, leurs pensées, etc. Et elles vont peut-être avoir plus de facilité à parler à quelqu'un qui est extérieur qu'à l'entraîneur, qu'elles vont à 15h par semaine et parfois les saoulent. Parce que ça arrive en 15h d'entraînement par semaine.
- Speaker #1
Bien sûr. Et puis au moins, on peut parler, tu vois, les athlètes que je suis, elles peuvent me parler aussi de la relation avec l'entraîneur. Et ça ne veut pas dire que l'entraîneur est méchant, ça ne veut pas dire que... Non, tu vois, typiquement, comme tu disais tout à l'heure, j'ai peur de décevoir mon entraîneur. Toi, tu vas dire, mais non, je suis juste triste pour elle. Mais sauf que les enfants, elles sont persuadées de l'inverse. Donc, si on n'a pas les outils pour les aider et leur faire vraiment prendre conscience que non, tu ne déçois pas l'entraîneur. Oui, l'entraîneur est déçu de la prestation, mais pas de toi en tant que personne, en fait.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
J'avais une autre question aussi. Tu dois avoir certainement des gyms qui sont solides mentalement, mais qui sont moins bonnes techniquement, par exemple. Et puis des gyms absolument merveilleuses, techniquement, corporellement, mais mentalement, ça ne matche pas. Donc, on a deux gyms comme ça. Finalement, les deux peuvent arriver. On a même envie de mixer les deux pour que ça devienne une seule et unique gymnaste. Mais ça, ce n'est pas possible. Comment tu fais dans ces moments-là ?
- Speaker #0
Je galère.
- Speaker #1
Ok, c'est rassurant. Non, c'est rassurant en fait, c'est comme tout le monde.
- Speaker #0
Non, c'est dur d'être forte mentalement et moins techniquement. Je dirais que ça pose moins de frustration, on va dire. Notamment le jour de la compétition. C'est plus facile à gérer que d'avoir des gymnastes qui cochent toutes les cases pour réussir. Et on ne sait pas pourquoi le jour J, ça ne matche pas. Ça, c'est frustrant.
- Speaker #1
Ton âme est comme ça ?
- Speaker #0
C'est frustrant. J'en ai eu, il y en a une à qui je pense particulièrement, mais je suis bi.
- Speaker #1
Oui, oui, oui.
- Speaker #0
Là, pour le coup, elle est arrivée au club l'année dernière et j'ai dit, est-ce que tu as envie de faire de la prépa mentale ? Elle m'a dit, je ne suis pas fermée à l'idée. Et j'ai dit, go, on y va, parce que je pense qu'il y a un vrai sujet et qu'on ne va pas continuer pendant des années à ce que ça ne fonctionne pas, alors qu'il y a tout pour réussir.
- Speaker #1
Ça, c'était l'année dernière ? Et du coup, tu as vu une différence quand même un peu ?
- Speaker #0
Il y a eu une vraie différence.
- Speaker #1
Ah, cool.
- Speaker #0
Oui, c'est cool. J'ai trouvé que c'était une autre gymnaste.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Mais il y a encore un gros travail à faire dessus, forcément, parce qu'en un an, on ne peut pas tout régler. Mais il y a quand même eu une sacrée évolution.
- Speaker #1
Bon, trop bien.
- Speaker #0
C'était trop cool.
- Speaker #1
Et pareil, ton avis, Camille ? Est-ce que toi, tu penses que la préparation mentale, doit faire partie des formations des entraîneurs ? Est-ce que toi, par exemple, tu as eu des outils, des billes dans les formations d'entraîneurs ? Ou là, peut-être au DE, tu n'as pas fini le DE, tu ne sais pas encore, mais est-ce que pour toi, c'est important que le mental fasse partie des formations des entraîneurs ?
- Speaker #0
Moi, j'aimerais en tout cas avoir plus de billes, et je pense que c'est nécessaire aux entraîneurs d'en avoir. Après, je reste persuadée, mais c'est une conviction vraiment perso, qu'on ne peut pas tout faire parce qu'on n'a pas le temps de tout faire, surtout avec le système français. Les filles, elles ont pas le temps de s'entraîner la journée, etc. Donc nous, on n'a pas le temps. Moi, je préfère que ce soit quelqu'un d'extérieur qui fasse la séance de prépa mentale aux filles. Mais j'aimerais qu'il y ait plus de billes. Et il n'y en a pas assez dans les formations qui sont proposées aujourd'hui.
- Speaker #1
Tu vois, notamment, je ne sais pas si tu as suivi, cet été, j'ai lancé le premier camp des entraîneurs. Et justement, c'est trop, trop bien. Et on a travaillé d'abord sur l'entraîneur en tant qu'être humain. Et que nos propres peurs, nos propres expériences, notre propre stress, comme les parents, tu dois avoir des parents complètement stressés. Tu sais très bien que l'enfant va être stressé. Et bien, c'est pareil pour nous. Un entraîneur stressé, un entraîneur qui n'a pas confiance en elle, un entraîneur qui ne se sent pas à sa place et légitime, ça fait des gymnastes comme ça. Surtout qu'elle passe beaucoup de temps avec nous. donc ça a fait un peu nos... Pas nos mini-nous, mais un petit peu quand même.
- Speaker #0
Il y a un truc qui détend, c'est sûr.
- Speaker #1
Voilà, il y a un truc qui détend, effectivement. Du coup, on avait travaillé ça. Et après, je leur avais vraiment donné des outils rapides, pratico-rapides. Qu'est-ce que je fais le jour J ? Qu'est-ce que je fais quand j'ai une gym qui performe ? Et le jour J, elle n'arrive même plus à faire une rotation. Qu'est-ce que je fais avec une gym qui pleure 100 minutes avant de passer ? Enfin, tu vois, des petits… Comme tu dis, oui, la préparation mentale, comme dans la préparation mentale, son nom l'indique, c'est la préparation. Mais au moins, si les entraîneurs avaient quelques petites billes dans leur poche pour le jour J, ou à l'entraînement, histoire de débloquer très rapidement, ça, ça peut nous sauver quand même.
- Speaker #0
On n'a pas les bases de la préparation mentale. Alors que je pense qu'en formation, on devrait nous donner ces bases-là. Pour après, que derrière, en club, on puisse instaurer... des choses qui sont vraiment plus profondes avec quelqu'un d'autre. Mais nous, on manque de billes, en tout cas en formation pure et dure. On ne les a pas ou alors il faut aller se former par nous-mêmes.
- Speaker #1
Oui, venez avec moi.
- Speaker #0
Carrément.
- Speaker #1
Trop bien. Et Camille, j'aimerais qu'on parle de quelque chose qui est même assez exceptionnel dans la carrière d'un athlète. C'est que toi, tu as quand même été dans une équipe et tu as quand même grandi la même génération qu'avec Célia. Célia qui a eu quand même un parcours de haut niveau assez exceptionnel pour moi. Je pense que c'est l'une des Françaises qui a eu tous les titres existants, qui existent en tout cas, qui a fait pas mal de grandes participations. Peut-être qu'elle acceptera mon invitation sur ce podcast, mais en entendant, on va parler d'elle. Qu'est-ce que ça fait d'avoir comme coéquipière Célia ? Tu vois, de la voir grandir dans le haut niveau, tu l'as vu faire les championnats du monde, les coupes du monde, les championnats d'Europe, les Jeux Olympiques à Paris. Vas-y, raconte-nous, qu'est-ce que ça fait ?
- Speaker #0
C'est de la fierté. Franchement, 100% de fierté. Après, de l'avoir en coéquipière, pour nous, ça a toujours été le BBCC, comme on l'appelle. donc il y a beaucoup Il n'y a pas eu de vraiment... Oh, c'est Célia, elle a fait les chiots. Mais parce que je pense qu'on ne se rendait pas compte, pour nous, c'était la petite Célia qui a une tête bien dure et qui va là où elle a vraiment envie d'aller, en gardant une maturité et la tête sur les épaules. Mais après, de la voir sur le Prat au JO, j'ai pleuré. Ah, j'ai pleuré.
- Speaker #1
Je vous le dis.
- Speaker #0
Non, mais voilà. J'ai envoyé un pavé long comme le mois de mai. Et puis, non, trop de fierté, franchement.
- Speaker #1
Trop bien. Et en plus, Célia, elle a quand même sa maman qui était encore dans le club. Elle a toujours été présente. Enfin, tu vois, ce n'est pas comme si, bon, ça y est, je suis athlète de haut niveau. Je viens qu'une fois par an dans le club, elle a quand même été avec vous tout le temps, en fait, finalement, toutes ces années.
- Speaker #0
Oui, elle est souvent au club quand j'y étais. Là encore, actuellement, elle aide beaucoup aussi. Elle a un vrai pied, même dans le monde fédéral, pour nous aider au club. Donc, c'est aussi cool de pouvoir partager, qu'elle puisse partager ses expériences au gymnaste. Ça leur donne envie.
- Speaker #1
Et vous, est-ce que vous avez pu, quand elle était encore gymnaste, et toi aussi, du coup, est-ce qu'elle a pu vous donner, je ne sais pas moi, des tips, des outils, ou juste de la force par rapport à son expérience ?
- Speaker #0
De la force ? Ah, vous voyez, je ne vais pas mentir un peu de... Je ne savais pas trop ce que je foutais à côté d'elle, quoi, quand elle était en DN.
- Speaker #1
Oui, parce que vous aviez une DN, mais elle était l'indive, non ? Elle ne faisait pas l'ensemble.
- Speaker #0
C'est bon, elle a fait l'équipe avec nous et après, on faisait l'indiv d'Elle. Et toi,
- Speaker #1
tu étais en indiv avec elle, non ?
- Speaker #0
Avec elle, oui, avec elle. Donc non, c'est à côté de Célia qui a quand même fait des chiots de la jeunesse. Et t'es là, t'arrives avec tes petites massues, tu te dis, ouais, on va projeter, allez ! Non, mais c'est trop cool parce qu'elle sait détendre, elle est hyper encourageante. C'est une vraie supportrice dans tout ce qu'elle peut l'être, quoi.
- Speaker #1
bon trop bien un grand moment de partage on lui souhaite encore plein de belles choses et puis peut-être qu'elle sera au bord des pratiquats parce que je me souviens très bien de la première fois que je l'ai vue où elle était en loisir, éveil, loisir et moi j'avais préparé une séance type bébé parce que je remplaçais Claire qui un mercredi matin je remplaçais Claire qui me disait j'ai des éveils donc moi j'arrive avec ma séance sur les éveils et là Claire me dit Non, non, mais ce n'est pas des éveils, des vrais éveils. Là, on est dans des DN éveils. Je me souviens que du haut de ces cinq ans, je n'avais pas des éveils loisirs. J'ai tout de suite senti que Célia et puis il y avait tout ce petit noyau de petits groupes. Ce n'était pas pareil. Donc, je me souviens bien que… C'est pas des éveils. Des DN éveils, comme dit Claire. J'adore. Des éveils. Bon, super. Alors, Camille, pour finir, Je vais te demander d'imaginer cette petite Camille, alors pas la petite Camille de 10 ans parce que, j'ai envie de dire, grâce à sa maladie, elle a développé un courage et une détermination de fou, mais peut-être, tiens, la Camille, tu sais, la Camille qui dit « Non, moi, je n'ai pas envie de réussir ma compète. » Si tu pouvais lui glisser un petit mot à cette Camille-là qui s'est auto-sabotée, qui était en même temps en colère et voilà. Si tu pouvais lui glisser un petit mot dans le sac de Camille, 16-17 ans, qui commençait à douter d'elle, qui était en colère, qu'est-ce que tu aimerais lui dire aujourd'hui ?
- Speaker #0
J'aimerais lui dire déjà de ne pas s'auto-saboter parce qu'elle fait ça pour elle et pour personne d'autre. Et que ce serait bien qu'elle soit fière d'elle.
- Speaker #1
Ok. Au revoir. Trop bien. Et maintenant, qu'est-ce que tu aurais envie de dire ? Un petit mot à toutes les gymnastes du monde. Ou les tiennes, comme tu as envie, ou tu les connais mieux. Un petit mot de la fin, qu'est-ce que tu aurais envie de dire à toutes ces gymnastes où on partage cette même passion et en même temps dans un sport tellement exigeant ?
- Speaker #0
De profiter parce que ce n'est pas éternel, la GR. Donc elles vont s'arrêter un jour, de surtout ne pas avoir de regrets, tout donner, même quand il y a des moments de doute, parce que forcément ça arrivera, mais qu'elles soient elles-mêmes et qu'elles aillent au bout. bout d'elle-même tout en étant fière d'elle et profitant de tous les moments qu'elles peuvent vivre.
- Speaker #1
Trop bien. Merci beaucoup Camille. Merci d'avoir échangé avec grand plaisir. Merci d'avoir été si franche, si vraie, si souriante. Trop hâte de te retrouver au bord des Praticables. Merci beaucoup Camille. Gros bisous.
- Speaker #0
Merci.
- Speaker #1
Ciao. Merci d'avoir été là avec moi au bord des Praticables. Si cet épisode t'a touché ou fait réfléchir, pense à t'abonner et à laisser un 5 étoiles sur ta plateforme préférée. C'est tout simple, mais ça m'aide énormément à faire grandir ce podcast. Et si tu connais un parent, un coach ou un athlète à qui ça pourrait faire du bien d'écouter cet épisode, alors partage-lui. On ne sait jamais quelles graines ça peut planter. Allez, à très vite, au bord des praticables !