- Speaker #0
Bienvenue dans Au bord des praticables, le podcast qui donne la parole à celles et ceux qu'on n'entend pas toujours, mais qui vivent tout en silence ou en tension autour du tapis. Chaque mois, je te propose deux épisodes en solo ou en compagnie, avec des histoires inspirantes, des témoignages touchants et des clés puissantes pour mieux traverser les émotions dans ton sport. Que tu sois parent, coach ou athlète, tu es au bon endroit. Bonne écoute ! Bonjour tout le monde et bienvenue dans un épisode un peu spécial au bord des praticables. D'habitude j'invite des personnes issues du monde de la gymnastique rythmique, mais aujourd'hui j'avais envie de faire un parallèle inédit entre notre sport et une autre discipline, celle de l'écriture. Mon invitée, vous la connaissez sûrement, c'est l'autrice française la plus lue, la plume du feel-good, celle qui sort un roman par an avec des titres comme Pousse pas mémé dans les orties, ou encore La fugue ou La lignée, et bien d'autres. Mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est qu'avant de devenir écrivaine, elle a partagé avec moi un praticable. Oui, oui, nous étions coéquipières de chair dans notre enfance. Aurélie Vallogne, bienvenue au bord des praticables.
- Speaker #1
Coucou Leïla, merci pour l'invitation. C'est fou de se retrouver près de 30 ans après. Presque.
- Speaker #0
Je suis très heureuse de t'accueillir. On a déjà fait un petit briefing avant pour se raconter nos vies, mais aujourd'hui, j'aimerais qu'on reparle de ton histoire autrement. de cette petite fille dans le gymnase à l'écrivaine accomplie, de cette promesse que tu t'es faite un jour en disant presque par hasard « je suis écrivaine » et de la discipline incroyable qu'il faut pour écrire un roman par an. Et puis nous partagerons aussi ce que nous avons vécu ensemble avec cet entraîneur et comment malgré tout nous avons choisi de donner la parole et d'apporter de la bienveillance. Et enfin, je te laisse un petit jeu à la fin où on échangera les rôles. Alors, Réli ? On a grandi ensemble au bord des praticables, effectivement avec un entraîneur qui criait plus qu'elle n'encouragait. Si tu fermes les yeux un instant sur cette époque-là, donc c'était il y a longtemps, et que tu retournes au gymnase, on voit bien comment il est, à cette petite fille et que tu étais, quels souvenirs te reviennent en premier de cette époque ?
- Speaker #1
Déjà, j'ai le cœur qui palpite. J'ai commencé la GRS, moi je dis GRS, moi je suis une vieille. J'avais 12 ans, à peu près, je crois. Peut-être encore en primaire. Et c'est vrai que ça a été un lieu... Alors, je ne suis pas certaine d'avoir été forcément heureuse tous les jours de ma vie quand j'allais là-bas pour suivre l'hymnase. Il y avait un chemin bien particulier, il fallait grimper pour y aller. Enfin bref, je sens la poussière, je sens l'odeur. Je vois aussi... Au début, on n'avait pas de praticable, justement. Après, on a... On investit, il fallait dérouler. Je revois les espaliers où on faisait nos grands écarts. Je revois les toutes petites salles pour se changer. Parfois, on ne se change même pas forcément dans un vestiaire, moi qui étais très, très, très pudique. Je revois toutes ces choses-là. Je revois notre entraîneur, effectivement, qui était assise sur un tabouret. Je revois... mes coéquipières et je crois que c'était juste pour mes coéquipières que vraiment j'y allais deux fois par semaine si ce n'est pas trois parce qu'à ce moment là en fait j'étais toujours la plus jeune et toi tu as été la plus jeune aussi dans un groupe où il y avait des jeunes femmes bienveillantes et vraiment ça a été une famille qui a ouvert plein de portes pour moi parce que typiquement si je n'avais pas rencontré comme des grandes soeurs j'aurais peut-être jamais eu l'idée de faire certaines études de suivre certains parcours de prendre certaines options et c'était aussi le genre de discussion qu'on avait dans les vestiaires, surtout après les entraînements. Donc c'est vrai que tout de suite, quand je les replonge, j'ai failli pleurer, j'ai senti le cœur palpiter parce que mon enfant, ce n'est pas la période de ma vie que j'ai préférée. Et là, d'un coup, tout est remonté. Aussi, des formes de prendre sa place, s'autoriser, se trouver moche, se trouver immonde. se trouver trop grosse par rapport aux autres, sentir qu'on n'est pas aimée. Ça a été beaucoup de choses en même temps. Et j'ai quand même eu la chance d'avoir un corps qui était fait pour la GRS. J'étais très souple, peut-être même trop laxe. Au début, j'avais les bras qui partaient dans tous les sens. Donc voilà, j'en ai fait quelque chose de ça. Et j'ai trouvé ma place dans l'équipe et on y était très bien. Mais c'est vrai qu'il y a eu un moment donné où... Chaque chose se fait par étapes. Je suis arrivée toute jeune gymnaste, pleine d'envie, de rêve, de beau, de danse, de création, de musique qui fait battre le cœur vite. Et on y a grandi toutes les deux. On a passé nos concours pour être juge, pour être enseignante. Et on l'a fait avec passion et avec transmission.
- Speaker #0
Oui, exactement. Je revis exactement la même chose. Et c'est vrai qu'heureusement qu'on avait les copines. En fait, les copines, on parlait beaucoup quand même. On parlait dans le vestiaire, dans le cours, après le vestiaire. Et effectivement, comme elles étaient plus âgées que nous, quelques années d'avance, elles nous donnaient plein de conseils. Je ne sais pas si c'était des conseils, mais elles nous racontaient déjà leurs années au lycée, les années post-lycée. Et c'est vrai que ça nous a... Ça nous a inspiré. En tout cas, on a pu entendre. Et oui, moi qui n'ai que des frères, j'avais comme des sœurs. Et donc ça, c'était vraiment cool. Est-ce que tu te souviens, toi Aurélie ? Oui, je pense que tu vas te souvenir. Mais on était souvent mises de côté. Il n'y a pas longtemps, je te disais, je me souviens encore de toi avec ton ballon rouge et tu faisais une diagonale, lancée, roulade, grand écart facial. Et je te voyais. Tu le faisais mais 550 fois dans l'heure. Et à la fin, elle te disait, « Ah, mais c'est tout ce que tu as fait ! » « C'est tout ce que j'ai fait, j'ai fait ! »
- Speaker #1
En fait, ce qui est assez fou, moi je n'ai même pas de souvenirs comme ça, parce qu'on en reparlera, mais le sport, quand on veut quelque chose, c'est de la discipline, c'est refaire mille fois les mêmes choses. C'est s'entraîner, pas seulement aller à l'entraînement, mais vraiment s'entraîner. Il y a un état d'esprit qui est se mettre en jeu, risquer, y aller. Moi, la seule chose qui était un peu galère par rapport à d'autres, c'est notamment ma peau qui est extrêmement fine. Et typiquement, je sais qu'il y a la pédiatre que j'avais vue une fois pour un renouvellement d'ordonnance qui avait été traumatisée par mes avant-bras parce qu'en fait, on avait un mouvement avec les cerceaux où il fallait renvoyer le cerceau lancé en cloche par une de nos coéquipières. avec les avant-bras. Et donc, ça, je le faisais. Et j'avais tous mes avant-bras qui étaient bleus, un bleu vert de bleu. Et elle m'a dit, ça, c'est typiquement le genre de bleu qu'on a quand on se fait taper dessus et qu'on se défend. Et elle dit, heureusement que je connais vos parents et votre maman et que je sais bien que tout va bien. Et donc, j'avais tout le temps des bleus. Et typiquement, pareil, quand je faisais le fait de lancer le ballon, roulade, le rattraper, car facial, toute ma colonne vertébrale était pleine de bleu parce que le pratiquable, on ne sortait que pour... que pour les grandes occasions. Et donc, mon corps a appris à être un peu blessé parfois. Mais c'est vrai que c'était aussi formidable de pouvoir se dire, il y a un an, je ne savais pas faire ça. Donc, de s'entraîner et voir les progrès, de voir aussi que chacune dans l'équipe apportait quelque chose. Moi, je revois Sylvia qui faisait des pivots, triple pivot, et j'étais incapable d'en finir un double correctement. Et moi, effectivement, j'avais une certaine souplesse et du dos et des jambes. et donc je pouvais... Je pouvais faire les trois grands écarts et donc on avait notre rôle dans l'équipe. Donc c'est pour ça aussi qu'on s'entraînait certainement seul parfois. Mais tu vois, je n'avais pas ce souvenir-là de cette solitude.
- Speaker #0
Et d'ailleurs, tu parlais de discipline. Est-ce que toi, tu te souviens si notre entraîneur nous a appris justement à comment bien s'entraîner, comment atteindre un objectif ? Tu vois, cette discipline d'y arriver.
- Speaker #1
Non. Pas du tout. Je n'ai pas ce souvenir-là. Moi, j'ai le souvenir, on arrivait, il y avait une musique genre « I like to move it, move it » qui était lancée, toujours la même playlist. On courait pendant quatre minutes autour du terrain et j'étais déjà essoufflée avec mon asthme. Et puis après, il y avait vraiment au moins une demi-heure d'entraînement. Et clairement, je ne savais pas à quoi ça servait. Que ce soit des abdos, des espaliers, des trucs que tu veux, avant de pouvoir commencer à avoir le droit de toucher un engin. Donc, ce n'est pas grave. où on trouvait... à papoter et on restait des heures soit en position de grenouille, soit les jambes écartées, soit... Le papillon ! Voilà, exactement. Et là, quand je suis au yoga, parfois, je tente certaines positions, je me dis de dire qu'il y a une époque, mais ça ne me faisait pas mal. Donc voilà, mais c'est vrai que non, on n'a jamais eu de vision, on n'a jamais non plus participé aux chorégraphies, je ne crois pas, on ne donnait pas notre avis. Donc c'était très, en anglais on dit top down, ça nous tombait dessus et il fallait juste qu'on dise merci. Et de temps en temps, Catherine Mabini a des trucs géniaux du genre, on lance un ballon et celle qui est en face doit le récupérer entre les chevilles. Et que ça marchait une fois sur mille. Peut-être que de temps en temps, finalement, elle pouvait changer la chorégraphie, mais au final, souvent ça ne changeait pas. Et c'était à nous de nous adapter et de faire en sorte que ça marche. Donc non, c'est vrai qu'on n'a pas forcément eu de repères sur pourquoi on faisait les choses. et notamment l'impact que ça avait sur notre corps ou sur notre mental.
- Speaker #0
Et ni de consignes d'ailleurs. Non. Peut-être que ces idées étaient bonnes, mais en tout cas, si on avait eu des consignes, ça nous aurait un peu aidé, je pense.
- Speaker #1
Oui, après, de temps en temps, je pense qu'il pouvait y avoir un cours un peu particulier où d'un coup, je ne sais pas, on allait faire des diagonales de choses et on savait que ça allait débloquer un mouvement. Mais je n'ai même pas un exemple à te donner. Oui, ça devait être très anecdotique comme... Comme moment.
- Speaker #0
Deux par an. Au début de l'année, je pense, en septembre, on avait ça et peut-être au moment du gala. Est-ce que toi, tu te souviens d'un moment précis ? Tu disais avec les cerceaux ou moi, je me souviens de toi avec cette diagonale, mais toi, tu ne t'en souviens pas. Est-ce que tu te souviens à cette époque, justement, si tu devais retenir un seul truc qui t'a marqué durablement de notre entraîneur ?
- Speaker #1
De notre entraîneur, j'avais tout le temps peur d'aller la voir. Je n'avais même pas seulement d'aller la voir, d'aller en cours. J'étais terrorisée. Je crois que j'ai découvert que tous les adultes n'étaient pas forcément bienveillants, que tous les adultes n'étaient pas prêts à t'accueillir quand tu avais une question avec la porte ouverte, entre guillemets, et qu'il fallait vraiment y réfléchir à dix fois avant d'aller la voir. Et donc, j'avais une espèce de... Je vivais comme si c'était avec un tyran. Mais le pire, c'est que j'avais l'impression que j'étais seule potentiellement à le ressentir parce que je me disais, non, tiens, elle aime bien Charlotte, elle aime bien Sylvia. Elles y vont comme ça, il n'y a pas de problème. Et moi, je ressentais intimement qu'elle me détestait. Et en fait, quand on est un enfant, on n'est pas censé ressentir ça. Ou alors, on commence à douter de sa propre voix intérieure et à se dire, mais arrête d'être parano. Sauf qu'avec l'expérience, Maintenant, j'ai appris que toutes les fois où je suis parano... c'est qu'il y a une graine qui est quand même plantée et qui n'est pas très juste. Et en même temps, je me disais, il faut que tu apprennes à grandir, il faut que tu apprennes à t'endurcir. Peut-être que, entre guillemets, son respect se mérite. Et généralement, moi, les adultes, je les jugeais beaucoup, même en tant qu'enfant, sur leur intelligence. Et je les respectais aussi sur est-ce que je les trouve assez connectés. Et en gros, est-ce qu'ils ont prouvé le sens de leur vie ou est-ce qu'ils font des choses comme des moutons ou pas ? Et elle, elle était dans une catégorie un peu à part. C'est-à-dire qu'elle était compétente, je pense, pour inventer des chorégraphies. Elle était respectée dans le milieu, quand on allait dans des compétitions. Et d'un autre côté, quand même, je ne pouvais pas juste la détester ou juste la mépriser parce qu'elle avait forcément quelque chose à m'enseigner. Un, la GR, évidemment, mais deux, il y a peut-être quelque chose sur moi que je ne voyais pas et que j'avais à découvrir. Vraiment, ça a été les premières années où j'ai commencé à trembler intérieurement. Et en même temps, c'était quand même assez circonscrit autour du praticable. Le reste du temps, dans ma vie, j'étais très bien. L'école, j'étais première de place, donc je n'avais pas tellement de problèmes. Généralement, je ne mets pas du tout ma valeur entre les mains des autres. Mais alors, vraiment pas du tout. Et là, je me sentais rarement très bien ou pile à ma place. Et pourtant, j'en ai fait jusqu'à mes 21 ans ou 22 ans de la GRS. Donc, si vraiment on avait été profondément malheureuse, est-ce que collectivement, on n'aurait pas pu se dire, on change de club, mais d'un autre côté, quand tu sais que déjà ta mère te dit, tu te débrouilles pour y aller, pour revenir, que ton cours s'arrête à 22h30 et que tu as genre 12, 13, 14 ans, bon, évidemment que non, tu n'as pas tellement d'autres options. Mais puis après, c'est vraiment, c'était grandir à la dure. Je crois que ça faisait presque partie du... de ce que d'autres avaient pu entendre. Mais nous, sur de la danse, ce n'est pas la danse classique, on était censés être plutôt dans un cocon bienveillant. Mais d'un autre côté, ce cocon bienveillant, on se l'est créé nous, coéquipières.
- Speaker #0
C'est marrant que tu utilises, pourtant on ne s'est pas concerté sur ça, le mot « tyran » , parce que j'ai exactement utilisé ce même mot en parlant d'elle. J'ai eu cet entraîneur « tyran » . On est OK sur ce mot-là ?
- Speaker #1
Il y a un côté tyrannique. Elle était seule, elle régnait. Elle faisait régner la terreur. Mais d'un autre côté, les parents, pour eux, c'était normal. Il n'y avait vraiment pas de... Personne ne doutait de déposer ses enfants pendant une heure, une heure et demie dans ce gymnase. Il n'allait normalement rien se passer. Je ne crois pas qu'il me soit passé grand-chose. Peut-être qu'il y a eu des engueulades, peut-être qu'il y a eu des moments d'incompréhension, mais comme quoi le cerveau est bien foutu. on a tout effacé mais oui c'est sûr que et moi je la revois une fois par an elle voulait nous impressionner elle se levait de son tabouret et elle faisait un grand écart et tu vois c'est et quelque part oui j'étais impressionnée parce qu'effectivement on avait du mal à se dire qu'elle savait le faire et en fait sans s'entraîner il était toujours là en elle et voilà mais c'est vrai que ça serait presque une caricature aujourd'hui tu dirais mais non c'est pas crédible non non on n'invente pas du tout Merci.
- Speaker #0
Et puis en plus, elle était impressionnante de par sa taille. Elle était quand même grande, bien enrobée. Donc toi, tu as le souvenir d'un tabouret, mais moi, je me souviens d'un gros fauteuil en cuir.
- Speaker #1
Tu as raison.
- Speaker #0
Elle était bien installée pour ne pas avoir mal aux fesses, justement, pendant 4 heures ou 5 heures dans le gymnase. Avec sa bouteille de coca et ses bonbons. Parce que moi, je me souviens, j'arrivais souvent un peu en avance à me donner 10 francs pour aller acheter des bonbons à la boulangerie avec 10 francs. Et oui, moi aussi, j'avais peur d'elle. Après, ça s'est atténué. Mais on avait quand même peur de lui parler, de lui poser des questions. Est-ce que c'est le moment ? Ce n'est pas le moment. Et que le gymnase tremblait tellement qu'elle criait. Tu disais que les parents ne se posaient pas de questions. Moi, je me souviens que ma mère me disait, tous les hommes, je disais, mais tu es sûre que tu veux continuer ? Et je pense qu'on a continué parce que nous, on s'est créé ce noyau de copines.
- Speaker #1
C'est sûr. On n'est pas récoltes pour elle. Je n'ai fait que de la GRS parce qu'on a créé quelque chose ensemble qui était beau. Et moi, j'avais quand même fait pas mal d'autres sports avant. J'avais fait de la danse classique, donc ce n'était pas non plus fait pour moi. J'avais même fait du multisport, donc j'avais testé plein de trucs. Et je sentais bien que la GRS, pour moi, il y avait tout. Il y avait le rapport au beau, le rapport au corps. En fait, on m'aurait dit de faire que des compétitions individuelles. Je ne l'aurais jamais fait.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
pour moi, c'était l'équipe et le biais pour les filles. Et en fait, une fois que tu es partie de ce tout, tu es fière, tu es heureuse, tu sens que tu grandis dans la même direction. On était vraiment soudés. Ce n'était que des belles valeurs. Je pense qu'humainement, on a appris un milliard de choses et on en a appris en plus avec notre coach aussi. Mais ça, c'était du bonus. Mais c'est sûr qu'au bout d'un moment, mais je crois même au bout de la première année, c'était une évidence que je n'allais pas abandonner parce que... C'était trop beau ce qu'on arrivait à faire. Même les chorégraphies, la musique, c'était émouvant, le gala. Et après, les compétitions se sont ajoutées. Mais au début, c'était juste pour la beauté de ce qu'on pouvait faire pendant 2 minutes 30.
- Speaker #0
Et du coup, je fais le parallèle à nous, ce qu'on a vécu il y a très longtemps, un nombre d'années. Et aujourd'hui, moi, en tant que préparatrice mentale, je vois encore ces choses-là. En me disant que des entraîneurs comme ça, ça existe. Après, chaque enfant le prend comme elle peut. Mais nous, on a réussi à résister parce qu'on s'est créé ce noyau-là de copines, de coéquipières. Allez, on va voir les copines. En ayant la boule au ventre en allant au gymnase, en ayant la boule au ventre de poser une question. Est-ce que tu peux me corriger ? Non, on ne va pas poser la question. On va se débrouiller toute seule. Et aujourd'hui, on en a encore là en 2025. Alors, je ne fais pas une généralité. Ce n'est pas dans tous les clubs. Ce n'est pas tous les entraîneurs. mais quand même on a encore ce pouvoir l'adulte a encore énormément de pouvoir et j'aimerais vraiment faire passer ce message toi et moi de se dire on a connu ça et malgré tout on est quand même resté heureusement qu'il y avait les copines et toutes les deux on a utilisé quand même ce truc de c'était un tyran oui elle créait de beaux enchaînements pour l'époque mais on a quand même connu Je ne sais pas, je ne vais pas dire maltraitance psychologique, mais presque quoi. Si on remet la même situation aujourd'hui, alors il y a 30 ans, on ne l'aurait peut-être pas appelé comme ça, mais aujourd'hui, je pense qu'on l'aurait appelé comme ça.
- Speaker #1
Malheureusement, je pense que oui. Quand tu m'as dit, Valérie, referme les yeux, va dans le gymnase, premier truc qui me vient, j'ai envie de pleurer, j'ai peur, ce n'est pas normal. Donc oui, je pense que c'est ancré quelque part. Et c'est beau de voir qu'on grandit, de voir qu'on évolue, de voir que... il nous est rien arrivé de grave non plus mais qu'on n'était peut-être pas émotionnellement on n'avait pas la carapace on n'avait pas la cuirasse et puis surtout on n'a pas l'habitude d'avoir des adultes qui n'ont pas les deux faces d'une pièce ou qui n'ont pas assez de nuances ou pas assez de même d'amour et je sais que tout à l'heure on en parlait aussi mais nous tout de suite quand on a repris un club et qu'on a été enseignante typiquement on savait ce qu'on voulait ne voulait pas être. On savait quel type d'enseignante on voulait être. Plus une grande sœur, plus à partager, plus dans les coups, dans le soutien. Et très, très proche. Sans mettre une barrière, il n'y avait pas besoin de prouver c'est moi la chef. Au contraire, très rapidement, je pense que le respect s'est installé aussi parce qu'on était plus âgés et qu'on avait appris quelques trucs sur notre chemin déjà. Mais en tous les cas, c'est sûr que Merci. Malheureusement, si tu dis que ça existe encore aujourd'hui, c'est vrai que parfois je me pose la question de... Moi, je sais que j'ai un feu intérieur, et on en reparlera notamment même pour l'écriture, ça a toujours été là. Je pense que la détermination, la volonté, je me mets des objectifs toute seule, je fais tout pour les atteindre, ça a toujours été là. Forcément, en GRS, j'ai dû trouver un écho qui m'a permis de continuer. Et d'un autre côté, quand on n'est pas dans la peau d'un enfant en face de soi, Quand on lui demande beaucoup et qu'on voit que ça ne répond pas, quels sont les outils qu'un coach aujourd'hui a ? Parfois, peut-être qu'il y a plusieurs manières de communiquer. Une d'entre elles serait « vas-y, bouge-toi » , et ça, c'est perçu comme de la violence. C'est vrai que pour obtenir le meilleur de chacun dans les meilleures conditions possibles, je pense qu'il y a des outils, tout le monde ne les connaît pas. À mon avis, c'est vraiment une boîte à outils où on se dit « ok, j'ai reconnu tel profil d'enfant, Ça serait donc telle phrase qui lui irait le mieux. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, même moi, je serais un peu démunie peut-être. Je pense que j'aurais de l'écoute, mais j'aurais peur de ne pas être la bonne... la bonne enseignante parce que je ne saurais pas le faire développer à son maximum en termes de potentiel. Elle a tendance à l'écouter et à m'arrêter quand lui pense qu'il ne peut aller que jusque-là. Je pense qu'un bon prof sait qu'il peut aller plus loin et lui montre par A plus B qu'il avait raison de se faire confiance et qu'il peut aller encore plus loin. Je pense que ce n'est pas si évident. On touche de l'intime, on touche aux émotions. et puis la confiance en soi, elle est tellement fébrile qu'il faut vraiment être un très bon accompagnateur.
- Speaker #0
Oui, d'ailleurs, c'est ce que je fais. C'est pour ça que j'accompagne aussi les entraîneurs aujourd'hui parce qu'au début, je n'accompagnais que les athlètes et puis je me suis rendu compte que c'est bien de donner les outils aux enfants, mais si les éducateurs n'ont pas d'outils, ça ne sert à rien. Donc aujourd'hui, j'accompagne aussi les entraîneurs pour ça, pour tel profil, telle phrase. Parce que quand on passe nos diplômes, on a une pédagogie, point. C'est surtout le face-à-face pédagogique, les consignes. Il y a quand même du mental. Je ne crache pas sur les formations aujourd'hui. Enfin voilà, ça c'est ce que je faisais. Et du coup, passons à la transformation Aurélie. Donc là, on va laisser notre époque praticable.
- Speaker #1
Et juste au corps.
- Speaker #0
Et juste au corps. Comment es-tu passée justement de cette petite gymnaste laissée un peu de côté à la femme aujourd'hui qui ose s'affirmer ? Donc aujourd'hui, tu es une grande écrivaine avec le challenge d'un livre par an. Comment tu as réussi à... Tu disais tout à l'heure que tu avais le feu intérieur où tu te fixes des objectifs. Comment tu as réussi à passer justement à... On avait entre 12 jusqu'à 22 ans, on a pratiqué. Aujourd'hui, on en a 20 de plus.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
et qu'est-ce qui s'est passé pendant 20 ans enfin pas les 20 ans comment on a réussi à passer à cette petite fille éduquée dans la gym avec un tyran, à aujourd'hui où toi et moi, finalement, on se retrouve dans la bienveillance, on ose, on a confiance. Alors, pas tous les jours, mais en tout cas, on avance.
- Speaker #1
En fait, déjà, j'ai l'impression, dans une vie même d'enfant, on n'est pas réduit à une activité sportive. Donc, heureusement, depuis toute petite, j'ai eu la chance d'être bien entourée. J'avais une mère aimante et des parents aimants. Mes parents ont divorcé, j'étais jeune, mais je ne l'ai jamais vécu comme un traumatiste. Mais j'ai toujours été heureuse. J'adorais l'école et j'ai toujours eu la chance d'être faite pour l'école. Donc, j'étais plutôt du genre première de classe. Donc, ça aussi, en termes de confiance en soi, quand il suffit d'ouvrir son cahier, de lire les mots et de refermer et qu'après, on a 20 sur 20, bon, ça va. Tu vois, il y avait un vrai truc de confiance en moi que j'avais depuis toute petite, mais vraiment toute petite et qu'à la limite, je déposais seulement devant la porte du gymnase où là, je tremblais. Et aujourd'hui, j'ai ressenti ça deux fois en entreprise et ce que j'appelle aujourd'hui un burn-out. Donc, finalement, tout le reste de ma vie, ça a été plutôt quand on veut, on peut. Je suis très sûre de moi. J'ai un peu intérieur. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas arriver à faire ce que d'autres arrivent à faire. Je n'ai jamais considéré que quelqu'un valait plus que moi. Même si j'avais croisé un président de la République, pour moi, je n'allais jamais me plier en quatre pour lui parce qu'un jour, ne t'inquiète pas, je prendrai ta place. J'avais quand même un truc de, pas de mégalomanie ou je n'en sais rien, mais plus très confiante que quand on veut, on peut, quand on se donne les moyens, on y arrive. Même si en GRS, finalement, ça ne s'est pas toujours prouvé parce qu'il y avait des compètes, on n'était pas première. Mais en tous les cas, l'esprit de compétition, le côté ambitieux, le côté pas me battre contre les autres, mais me battre pour moi et avec moi pour me faire progresser, ça a toujours été là. Donc, tu vois, personne n'a fait d'études dans ma famille, grâce notamment aux filles de la GRS. Je voyais bien que toutes allaient faire un bac. Voilà, donc évidemment que je n'allais pas, moi, me dire, non, je ne sais pas, dans ma famille, on n'a pas fait. Ben si, bien sûr que si. Donc, j'ai fait un bac. Après, elle faisait une prépa, j'ai fait une prépa. J'ai vraiment copié complètement le parcours de ces jeunes femmes qui, quelque part, avaient des familles un tout petit peu plus au courant que la mienne et voire la tienne aussi, tu vois, sur les études à faire. Donc ça, ça m'a beaucoup aiguillée. Et puis, ben voilà, donc prépa, après j'ai été prise en grande école. Donc, de nouveau, la compétition, elle est partout. Et quand tu passes le concours. Et quand tu dois rentrer sur concours, on te fait passer des espèces de thèses d'intelligence, et de nouveau, en fait, tu n'arrives pas les mains dans les poches, donc tu prépares, tu prépares et en fait, tu refais 50 fois des exercices différents, et tu sais qu'à un moment donné, c'est bon, tu as compris le principe, ça devrait bien se passer. Les entretiens d'embauche, c'est pareil, c'est quelle image tu renvoies, comment répondre de manière assez concise. à des questions qui sont toujours des questions pièges. Donc, les préparer, c'est là où moi, ma créativité, je pense que je l'ai toujours eu aussi, même si je n'en faisais pas grand-chose petite, mais d'inventer tous les pièges, les pires et inimaginables pour ensuite arriver devant l'instructeur. Et au final, il a des questions faciles. Donc, toujours se préparer et s'entraîner à être challengé, découvrir ses propres limites pour les repousser toujours plus, mieux se connaître soi et mieux connaître le monde. Donc, vraiment, moi, j'ai toujours... tout donner, si tu veux. Je pense que je suis très sérieuse, très grande travailleuse. Ça a été le cas en entreprise quand j'ai eu une école de commerce. Ensuite, j'ai été embauchée par un grand groupe dans le marketing, un groupe américain. Ils n'avaient pas de CDI en France, ce n'est pas grave, je me valide, je vais à Genève. Il y a un côté, si ça ne marche pas par la porte, on rentrera par la fenêtre, je m'en fiche. Je n'ai pas peur forcément de... Du changement, je n'ai pas peur d'essayer, je n'ai pas peur de rater. Je sais que quand finalement ça ne marche pas comme on veut, il y a toujours une autre alternative. Et j'ai même tendance à ne pas voir les échecs. Pour moi, ce n'est pas grave, juste avance, t'apprends, tu réorientes le tir. Et donc j'ai fait 13 ans en entreprise. Et notamment vers la fin, j'étais encore à Paris. Avant d'écrire, je revenais de mon congé de maternité. C'est là où j'avais commencé à poser les premiers mots de « mémé dans les orties » . Et là, j'ai fait une espèce de burn-out où, en fait, je remplaçais trois personnes. J'étais responsable digitale pour une énorme entreprise. Donc, autant te dire que je passais ma journée en réunion avec Google, Apple, et viseurs et compagnie, que ma journée effective commençait à 18h. Donc, des emails, des réunions. Et là, je me retrouvais avec des espèces de chefs qui disaient « Mais je ne comprends pas Aurélie, ça allait bien avant. Mais qu'est-ce qui se passe ? » Et en fait, juste le job est fait pour te mettre en échec. Et toi, tu ne le vois pas. On te prend un peu de haut, il y a un côté méprisable. Et ce genre de personnes qui ne veulent pas du bien, ça s'est réveillé en moi et d'un coup, tu perds confiance. Tu vois que tu ne regardes plus les gens dans les yeux, tu cherches la porte de sortie. En fait, tu remets toute ta valeur en cause, alors qu'au final, tu n'as pas changé du tout. C'est juste un espèce de principe, parce que derrière, ils appelaient aussi des candidatures pour un licenciement volontaire. D'accord. Ce qui est percé. Finalement, j'ai quand même... Mon mari a été muté à l'étranger, en Italie. J'ai levé la main pour prendre le package de six mois et le suivre. Je savais que j'avais six mois pour apprendre l'italien et six mois aussi pour faire un projet que pour moi. C'est à ce moment-là que je me suis dit que ça n'arrive jamais dans une vie d'avoir six mois où tu es payée, où tu es indépendante financièrement de qui tu veux. Je savais que je ne resterais jamais au crochet de mon mari. J'ai volontairement demandé à ce qu'on se marie en séparation des biens pour me mettre moi-même en risque et me dire, lui, il vient d'une famille bourgeoise, mais jamais de la vie, je l'ai épousée pour ça. Donc, que ce soit bien clair, je gagnerai mon argent, il gagnera le sien. Et donc, j'aimais ce défi de me dire, OK, j'ai six mois devant moi, c'est quoi mon rêve le plus intime ? Le truc où je pourrais dire, le jour où on vient de m'embêter, en me disant, mais toi, tu as réalisé ton rêve ? Je dirais, ouais, mon roman, il est là dans le tiroir, tu peux le lire, il existe, je l'ai fait. Alors en fait, j'avais 50 milliards de rêves. C'est parti de ma personnalité très curieuse et où tout est possible. Donc moi, je voulais écrire un roman, je voulais faire un EP, enfin chanter, être chanteuse. Je voulais actrice, je voulais être décoratrice d'intérieur, je voulais être styliste, enfin, de mini rêve. Et donc le jour où j'ai écrit « Mémé dans les orties » , pour moi, c'était très clair, j'allais reprendre ma vie normalement, retrouver un job dans le marketing, et qu'un jour, j'allais passer le rêve d'après, genre chanter. Sauf que ce que je n'avais pas prévu, c'est que finalement, ce roman-là, j'ai eu peur qu'il meure dans mon ordinateur parce que je ne voulais pas l'envoyer à des éditeurs. Donc, j'ai fini par le mettre sur une plateforme d'auto-édition. Et puis, les éditeurs viennent te chercher. Tu fais, bon, en fait, je ne veux pas me retrouver comme quelqu'un, tu sais, comme le Born to be Alive, le mec qui a fait un tube dans sa vie et toute sa vie, il ne m'a parlé que de ça. Mais genre, gars, c'était il y a 40 ans ou 60 ans. et moi je me dis non, dans ce cas là tu t'y remets tout de suite parce qu'en fait je pense que plus t'as peur plus t'as pas Et moi, je ne veux pas avoir peur jamais. Donc, je fonce, quitte à me tromper, ce n'est pas grave. Et donc, j'avais retrouvé un travail. Et j'ai quand même écrit le deuxième en parallèle, en posant 15 jours de congé sans solde en août. Et puis, en travaillant le week-end. Et voilà, c'est tout. Et donc, j'avais réussi à écrire le deuxième. Et donc là, ça a commencé à s'emballer. Un premier, un deuxième. Et une fois que vraiment, les lecteurs sont encore au rendez-vous. Et donc... Et donc oui, à partir du moment où j'en étais au troisième roman, je me suis dit, chaque année, je vais ritualiser les choses. Ma mère est d'accord pour garder les enfants pendant deux semaines au mois d'août. Moi, pendant ce temps-là, je m'enferme dans une chambre d'hôtel à Paris et je vole ce temps à tout le monde et à moi-même et à ma famille et je ne fais qu'écrire. Et donc évidemment, l'écriture, tu ne peux pas sortir un roman entier de toi sans préparation. Donc évidemment qu'il y a une énorme partie de préparation pour ce moment T. C'est un peu comme une compète, tu sais que c'est maintenant qu'il faut tout donner, tu n'auras pas une minute après, tu retrouves ton travail, ta famille, deux enfants, un sacré rythme. Et donc j'avais vraiment, je préparais tout, j'imaginais mon histoire, j'imaginais mes personnages, je faisais des grandes fiches sur chacun. Et surtout j'avais un plan hyper détaillé. Donc quand j'allais le matin au bureau, j'avais un petit carnet et je notais, ok il y aura cette scène, puis il y a ça, puis avant il y a ça. Et donc mon plan je le faisais même sur Excel, pour te dire où j'avais, en gros j'y visais en haut. en cinq grandes parties, les étapes pour le roman. Et au milieu, je dis, il va se passer ça, puis il n'y aura qu'un rebondissement à la fin du chapitre. Donc comme ça, quand j'ai rêvé que je m'enfermais dans ma chambre d'hôtel, il n'y a pas la peur de la page blanche. Tu ouvres ton ordi, tu éteins ton cerveau, tu mets Play, tu regardes le film que tu as déjà prévu, tu le déroules, et tes doigts, ils tapent sur l'ordinateur. Et tu réfléchiras plus tard chez toi, si c'est bien écrit, si ce n'est pas des bêtises. Dans tous les cas, tout ce que tu as répudié depuis des mois, juste tu arrêtes de t'analyser et de réfléchir juste tu fais et donc c'est vrai que c'est hyper important d'avoir ces deux phases là une où tu réfléchis à tout et tu as pesé le pour et le contre 50 000 fois et tu as bloqué les décisions et tu t'y tiens et la partie où tu fais où tu arrêtes de réfléchir parce que sinon toute sa vie on pourrait avoir envie d'écrire un roman et ne jamais l'écrire là juste il est écrit il est nul il n'est pas envoyable clairement mais quelque part si c'est ton nom que tu veux voir parquer dessus Aurélie Valogne c'est pour ça que Je n'ai pas changé de nom, c'est mon nom de jeune fille, c'est mon rêve de petite fille. et bien clairement il y a un moment donné tu passes à l'action et tu te dis bah en fait écrire c'est pas que écrire c'est réécrire, de nouveau c'est pas fini quand t'as mis le point final tu reprends et tu reprends donc il y a une véritable discipline aussi de pas vouloir se laisser le temps de douter parce que sinon c'est facile moi je pourrais en écrire un tous les 2-3 ans j'irais au cinéma, j'irais au théâtre, je profiterais de la vie et en fait si je commence à faire ça je me connais très bien, c'est important de se connaître mais plus t'as de temps plus tu doutes Et puis en plus, moi qui suis très très créative, si j'avais trois ans pour en écrire un, j'écrirais quatre ou cinq romans différents. Parce que j'ai trop de trucs qui débordent. Au bout de quatre mois, je me lasse. Je veux changer d'idée. Donc là, j'ai trouvé mon rythme à moi qui me correspond, que personne n'a jamais opposé. Quand c'est moi qui frappe à la peur des éditeurs, je leur dis, vous m'interdisez d'en écrire un par an, je me casse. C'est vraiment moi qui en ai besoin. Et s'ils ne sont pas prêts à m'accompagner et qu'ils me demandent d'en faire un tous les deux ans parce que c'est mieux pour je ne sais quelle raison. Ce n'est pas la bonne personne. Elle n'a pas compris que mon cerveau a besoin de raconter,
- Speaker #0
partager. Et c'est marrant. Je fais le parallèle parce que justement, quand tu te dis, je prépare tout, tous les jours, je prépare, je fais mon plan sur Excel. Et le jour J, quand j'arrive dans ma chambre d'hôtel pendant 15 jours, j'arrête de réfléchir. Je mets mon cerveau en off et j'y vais. Et c'est un peu ça aussi dans le sport. Enfin, ce n'est pas un peu, c'est les gymnastes, elles s'entraînent tous les jours ou plusieurs fois par semaine. Nelson. peine, elle rate, elle recommence et le jour J, en fait, le problème du stress, c'est qu'elle se pose trop de questions. Et si je n'y arrive pas ? Et si je perds ? Et si je rate ? Et si les autres sont meilleurs ? Et si tout ce que j'ai fait jusque-là, ça ne marche pas aujourd'hui ? En fait, elle n'arrive pas à se dire, ok, en fait, je vais faire juste ce que je fais depuis six mois, puisque je m'entraîne pour le même enchaînement. Ça fait six mois que je le répète, je le connais par cœur. Et aujourd'hui, mettre son cerveau en off. pour le jour où j'ai fait.
- Speaker #1
Et en fait, c'est vraiment ça. On est là pour jouer, que ce soit sur un praticable ou avec un ordinateur pour raconter une histoire. En vrai, ce n'est pas si important. En vrai, il n'y a pas mort d'homme. En vrai, ta valeur ne se joue pas sur une compète ou une quinzaine de jours dans un hôtel. Donc vraiment, pour moi, il y a ce lâcher prise de se faire confiance aussi et de dire en fait, ça fait des mois et des mois que je me prépare.
- Speaker #0
Je suis prête. Je le sais.
- Speaker #1
Et en fait, il faut accepter l'échec. Il faut accepter de revenir avec un... soit pas la médaille autour du cou, d'avoir fait tomber ton engin, il est sorti du praticable et ça arrive en fait, c'est pas grave, ça arrive, et t'avais bossé et t'avais une chance sur 10 que ça arrive, ça arrivait, c'est pas grave. Et donc de juste t'enfermer, de savoir, de se faire confiance, de dire tu sais faire, y'a pas ta vie qui est en jeu, rien de grave va t'arriver et juste profite du moment, on est là pour ça et va vers ta joie, toujours vers ta joie. vit le moment tellement intensément dans l'instant présent qu'évidemment que tu vas ressortir de là, quoi qu'il arrive, en ayant la certitude que tu étais la bonne personne au bon endroit à ce moment-là. Et ce n'est pas grave si quelque part le roman que tu es en train d'écrire, il ne prend pas pile la direction que tu avais prévue. Ceux qui te regardent de l'extérieur, ils ne savent pas ce que tu avais prévu de faire de toute façon. Et toi, ton mouvement, il est parfait, il est fluide, parce que tu t'écoutes en fait. Et être dans cette forme d'écoute, tu ne peux pas y être si tu n'as pas la technique, si tu n'as pas bossé avant. Et c'est pour ça qu'il faut vraiment couper le cerveau, c'est de se dire, en fait, c'est le moment de se faire confiance, c'est le moment de laisser son corps et toute son unité entre le cerveau, l'âme, tout ce qu'on veut y aller, parce qu'en fait, on sort de là et c'est comme si les 15 jours ou les 2 minutes 30, elles sont passées comme un claquement de doigts, t'étais presque en dissociation. C'est pas toi qui as récupéré le ballon quand tu l'as lancé, que t'as fait la roulade, ton facial, mais il est arrivé pile au bon endroit, tu ne sais pas comment. Et en fait, ton corps, il sait parce que ça fait des années que tu t'entraînes. Et tout, en fait, tout travail paye toujours. Ça, c'est une des certitudes que j'ai acquises avec la vie et peut-être avec ma GR. Et le travail paye toujours. Donc, même si un jour, je ne sais pas pourquoi, aujourd'hui, j'ai ouvert l'ordi, il n'y a rien de bon qui est venu. Finalement, j'ai eu besoin de le refermer, de lire un livre. J'ai trouvé une phrase où j'ai écouté un podcast, où vraiment, je me couche déprimée. Le lendemain, il y a un truc. et en fait, j'avais besoin de la journée d'avant pour avoir le déclic de la journée d'après. Donc, de toute façon, toute évolution, elle est toujours par palier. Tu commences, même d'un grand écart ou n'importe quoi, tu ne l'as pas dès le premier jour. Donc, quand tu commences une nouvelle activité, tu fais des progrès de géant et après, tu stagnes et tu te dis, mais purée, pourquoi je n'y arrive plus ? Laisse-toi le temps. Et plus tu es dans un lâcher-prise, plus tu vas vers ta joie, plus tu sais pourquoi tu fais les choses et tu les fais mieux et bien. Donc, toutes celles qui s'accrochent et qui vont en force, à un moment donné, elles ne peuvent plus tellement progresser. Il y a un truc qui bloque et c'est la tête qu'il faut vraiment apprendre à lâcher.
- Speaker #0
Oui, c'est ce que je leur dis de toute façon. Dans tout, là je parle de la GR, mais dans tout, plus tu as envie d'y arriver, toi tu as envie d'écrire un roman qui marche, elles ont envie de performer, mais en même temps, il y a cette peur de j'ai peur du regard des autres, j'ai peur si je ne gagne pas, j'ai peur si je ne me qualifie pas, j'ai peur de ce qu'on dira. Et en fait, entre la peur et l'envie, notre cerveau est fait pour d'abord nous sauver la vie. Donc, il va d'abord s'occuper de la peur, peur et en fait finalement plus on a peur plus on l'attire à nous, plus on va faire des gestes imprécis, plus on va voilà et puis comme tu dis en fait j'avais besoin de cette journée un peu pourrie ou pas très productive mais en fait elle est pas productive aujourd'hui mais elle va déclencher quelque chose le lendemain et tout à l'heure on se disait en coulisses, en off alors je sais pas si tout a commencé par le fait que tu aies dit un jour je serai écrivaine, enfin tu l'as écrit et j'aime bien ce ce côté, parce que moi, je l'utilise beaucoup aussi avec les personnes que j'accompagne, un peu comme la vision de board ou écrire ce que tu veux. En fait, c'est comme si tu écrivais ton futur, écrire sa réalité. Est-ce que tu peux me parler de ça un petit peu ? Le moment où tu es écrit, je suis écrivaine, qui n'était pas encore le cas, c'est ça ? Est-ce que là, comme ça, tu le vois comme si tu avais écrit ta réalité ?
- Speaker #1
Oui, maintenant, on le sait que l'autoprophétie, ça marche vachement bien. Mais c'est vrai que quand je suis arrivée en Italie, après avoir quitté mon travail, et je sortais d'un burn-out, d'un baby-blow, j'avais une cousine à moi qui faisait un cancer du sein terrible, et ça s'est mal fini. Donc vraiment, j'étais dans un creux de vagues, la totale. Vraiment rien, rien, enfin rien n'allait. J'étais en bonne santé, donc je ne veux pas dire que... Mais bref, et donc je vais m'inscrire à l'Institut français, donc c'est une bibliothèque à Milan. et quand elle me demande mon nom, mon prénom, je dis Valogne Aurélie et là, elle me dit mon métier. Je la regarde droit dans les yeux. J'ai un gros moment de bug intérieur parce que je me dis, je n'ai pas envie de dire marketing parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas vrai. Je ne sais même pas si c'est ce que je vais faire. Je ne veux pas dire femme au foyer parce que ça ne me définira jamais. Je ne veux pas dire chômeuse parce que je ne touche même pas le chômage en Italie. Ce n'est pas non plus un truc qui… Je ne veux pas que ça soit écrit.
- Speaker #0
Chercheur d'emploi.
- Speaker #1
Voilà, chercheur d'emploi, c'est pas ça. Et donc vraiment, j'écoute la voix au fond de moi. Il y a un truc qui sort, mais sans que je le maîtrise, et qui dit écrivaine. Et là, je le dis à voix haute, je dis écrivaine. Et là, je la vois noter, mais vraiment, genre, c'est crédible. Et moi, je me sens devenir rouge comme une pommette, parce que je sais que je n'ai pas encore écrit une ligne. C'est un rêve qui s'était réveillé au début de mon congé de maternité. J'avais commencé à prendre un carnet, mais je n'ai pas écrit un mot, pas une ligne, pas ouvert l'ordi, je ne sais même pas faire. Et là, je me suis dit, ok, ma cocotte, maintenant que tu l'as dit, tu vas le faire. Et donc, je me suis dit, ok, je ne me laisse pas tu vas l'écrire en 100 jours ce roman. Donc, je me suis débrouillée. J'ai été sur Internet, j'ai regardé Atelier d'écriture dans YouTube. Je suis tombée sur des conseils de Bernard Werber qui raconte 10 conseils pratiques et je les ai suivis à la lettre. Je suis tombée sur une vidéo complètement pourrie en termes de qualité et autres d'un gars qui disait, c'est possible d'écrire en 100 jours si la première semaine on fait ça, la deuxième, ok, je vais faire ce qu'il dit. Et je ne l'ai dit à personne. Parce qu'en fait, déjà, un, j'avais dit à une inconnue que j'étais écrivaine, ce n'était pas tout à fait vrai. Et après, je me dis, je ne veux que personne d'autre me fasse rougir à nouveau. Juste, foutez-moi la paix. La journée, je ne raconte pas ce que je fais. Je mets mon fils à la crèche. Et à 16h30, j'ai fini ma journée. Et d'ailleurs, même pas, il fallait que je termine à 13h59 parce que j'avais mon cours d'italien. Et donc, tous les matins, j'écrivais, j'écrivais, j'écrivais. Et je ne savais pas ce que je faisais. Mais ce que je savais, c'est que j'en avais besoin. J'écrivais le livre que j'avais envie de lire à ce moment-là, que je ne trouvais pas. et je suis juste allée vers ma joie et c'est vrai que je pense que parfois de dire les choses Il y a tellement de choses qui nous font peur. Et souvent, celles qui nous font le plus peur, c'est nos rêves les plus intimes et les plus profonds. C'est vraiment loger au même endroit dans le cœur. C'est côte à côte. Et si je m'étais vraiment écoutée au lycée, évidemment que j'aurais fait des études littéraires. Évidemment que j'aurais souhaité tenter un truc pour devenir écrivain ou écrivaine. Mais sauf qu'on ne connaissait personne qui avait fait ce métier-là. Il n'y avait pas d'école pour devenir écrivain ou écrivaine. Donc évidemment que tu étouffes ton rêve d'enfant en disant n'importe quoi, tu n'as pas l'air d'être, tu peux être Victor Hugo Donc vraiment, tu ne t'autorises pas à y aller. Et pourtant, c'était ça que j'avais envie de crier. Et donc finalement, ce mensonge-là, on s'est fait d'abord à nous en disant qu'on n'écoute pas notre voix intérieure. Et puis un jour, notamment parce que parfois, on quitte tout. Et là, c'était le cas. Moi, j'étais à l'étranger, donc je pouvais me réinventer. Et ça, c'est quand même une grande chance. Là, j'ai dit clairement celle que je pensais être intime, mais je l'ai criée. Et une fois vraiment, c'est ça que tu ressens au fond de toi, aligne-toi, garde ta congruence entre ce que tu dis et ce que tu fais et écris ton livre, finis-le Et une fois qu'il était fini, j'étais contente. Je l'ai fait lire à Marie, à ma meilleure amie, qui m'a dit que c'était super. Et une fois qu'on me dit ça, tu te dis, bon, je ne peux pas tellement leur faire confiance parce que c'est évident qu'ils ont tout intérêt à me dire c'est bien, alors que quand tu leur confies ton rêve le plus intime entre les mains. Et au final, je me dis, je ne peux pas leur faire confiance. On m'a demandé à des gens que je ne connais pas. Et c'est là où ça s'est vraiment emballé et que des vrais civils et autres que je ne connaissais vraiment pas, mais étaient cinq étoiles sur cinq. je l'ai adoré, c'est drôle, c'est machin Et là, tu dis, OK, donc en plus, quand je suis naturelle, quand je ne calcule rien, quand je suis très naïve, parce que c'est un regard très naïf sur le monde que de faire une amitié entre un vieux monsieur et une petite fille, en fait, à ce moment-là, je touche quelque chose d'intime chez les gens. Et donc, en fait, la voix intérieure que j'ai, je peux lui faire confiance et m'écouter davantage. Là, ça a débloqué plein de portes. Mais c'est vrai qu'on nous apprend, et depuis des années, à mettre un couvercle sur nos propres émotions, notre petite voix qui aurait envie d'y aller. Et on a intériorisé tellement de... de petits diables et d'injonctions qui disent les portes qu'on prend. Et on est notre pire juge, souvent. Donc, vraiment, depuis l'écriture, j'ai appris à faire une place, notamment à cette voix d'enfant, l'enfant que j'étais, qui a un très bon aiguillon et je sais à peu près où elle est maintenant.
- Speaker #0
Et du coup, justement, par rapport à ta routine, pour toi, pour écrire, tu ne prends que 15 jours ? Non, là, aujourd'hui, c'est... Est-ce que tu pourrais me faire le parallèle ? ta routine sportive ou ta routine d'écrivaine et qu'on puisse vraiment comprendre par rapport au sport ?
- Speaker #1
C'est vrai que moi, je pense sincèrement, souvent j'ai l'impression que je cours des marathons. Vraiment, et je ne cours pas dans la vraie vie. Mais écrire un roman par an depuis 12 ans, ce n'est pas anodin. Tout le monde n'y arrive pas. Il y en a plein qui lâchent. Il y a quand même un truc de persévérance et de confiance, de ne pas lâcher. qu'il faut avoir, peut-être aussi d'insouciance, d'inconscience. Donc voilà, j'avoue. Mais en tous les cas, je sais que je suis à ma juste place et que c'est ça que je veux faire. Et le jour où ça ne me plaît plus et que je ne prends plus aucune joie, je ne me forcerai pas et je l'arrêterai. Tu seras chanteuse. Je serai peut-être chanteuse, exactement. Ou encore autre chose. Mais c'est sûr que je m'interdis strictement rien. Donc pour moi, le parallèle que je peux faire, déjà à une époque où j'écrivais mes romans, plutôt... Le premier m'est mis dans les orties en 4 mois, 6 mois non-stop. Et après, j'ai repris un travail. Pour le deuxième, j'avais un travail. Pour le troisième, j'avais un travail. Là, c'était mes fameux 15 jours où j'allais m'isoler à l'hôtel avec avant, pendant au moins 6 mois, une préparation de toute l'histoire que je voulais raconter, de mes personnages, de mon plan hyper détaillé. Et après, ces 15 jours d'hôtel où j'avais vraiment écrit pile ce que je devais écrire, il y avait évidemment à retravailler pas mal parce que tu n'écris pas un roman en 15 jours. ça peut se tenir et en plus à l'époque c'était beaucoup de dialogue donc c'est plus simple à écrire les phrases elles sont juste directement mais quand t'écris des romans où t'es pas sur des formes dialoguées ou notamment quand tu prends plus un narrateur externe t'écris en jeu là c'est quand même ça devient une grosse galère et donc les premiers romans je les ai faits plutôt avec un travail à côté. Et ensuite, j'ai abandonné mon travail dans le marketing à partir du quatrième roman. Et surtout, le plus important, je suis revenue en France à partir du cinquième. Et en revenant en France, d'un coup, la récréation était finie. C'est-à-dire que vraiment, ce que je faisais sans me rendre compte de rien, parce que je n'habitais pas dans le pays, je n'écoutais pas vraiment les émissions de radio, je ne me rendais pas compte de à quoi ressemblaient mes livres en librairie. Là, je me suis pris comme une énorme claque de voir
- Speaker #0
L'impact.
- Speaker #1
Oui, l'impact, mais de mettre des couvertures Vichy alors que ce qui est valorisé, c'est des couvertures blanches, de faire des comédies alors qu'il n'y a pas plus mal vu et de mauvais goût que de faire des comédies. Et là, je me suis dit, en fait, je commence à me rendre compte de ce que c'est pour eux un vrai écrivain. Ce n'est pas censé, d'ailleurs, être productif. Ce n'est pas censé faire un roman par an. Sinon, ce n'est évidemment pas de la qualité. Quand c'est trop populaire, c'est forcément vulgaire ou pas qualitatif. D'un coup, je me suis pris une petite claque de tout ça et je me suis dit, en fait, on ne va pas m'empêcher de faire ce que j'aime. Je vais essayer, bien évidemment, de comprendre dans quel monde j'évolue, lire des classiques de la littérature que je n'ai pas lues, comprendre le milieu, notamment Germano-Pratin, Paris VIe, du monde de l'édition, et continuer quand même à tracer ma route. À savoir, j'écris toujours à partir d'une injustice, j'écris toujours en essayant d'écrire le livre le plus honnête et sincère possible que je pouvais rendre et partager au monde pour cette date-là. de me fixer une deadline à chaque fois. Chaque année, je sais que je donne rendez-vous au mois de mars. Pour le prochain roman du mois de mars, je suis déjà à la bourre, je suis déjà en retard. Donc en fait, j'ai besoin de ce stress.
- Speaker #0
Mars 2026.
- Speaker #1
Exactement. Je suis jamais autant meilleure qu'avec une deadline et une adrénaline, en fait, qui me force à me dépasser. Donc il y a vraiment ça. Et donc, je planifie maintenant mon année avec des grands repères. Donc typiquement, mon roman sort chaque année en mars. De mars à mai, juin, je fais le tour des librairies pour accompagner le livre, le présenter aux lecteurs, aux libraires, aux médias. Je ne fais quasiment que ça. Et en même temps, c'est une phase où je me remplis. C'est ma récompense. C'est le moment où il y a...
- Speaker #0
Dans ton noir.
- Speaker #1
Exactement. Je le re-remplis de plein de choses et à la fin de ma tournée de librairie, je sais que j'ai trouvé ma nouvelle idée de roman. Souvent, c'est dans les échanges que je peux avoir avec les gens que d'un coup, ils mettent le doigt sur un truc que j'ai dit et qui me travaille déjà. et je sais que j'ai trouvé et donc à partir de ce moment-là je commence à réfléchir à mon nouveau sujet à poser des mots à lire plein plein plein de livres sur des thèmes qui me plaisent pas des romans mais plutôt des essais ou autres et ensuite juillet j'essaye d'avoir un plan grande masse en gros il va se passer ça ça ça et souvent c'est plus du tout un plan précis et au mois d'août je m'enferme de nouveau pour écrire un premier jet je n'arrive plus du tout à écrire un premier jet qui suit le plan enfin d'ailleurs il n'y a pas de plan donc vraiment je ... Je fais confiance. Je me dis, je suis comme une antenne. Ça va me tomber dessus. Ce qui doit sortir, va sortir. Et donc là, toujours, on est en septembre. Et donc, je viens d'imprimer hier ce que j'ai écrit en août. Je sais qu'à un moment donné, je vais aller le reprendre et le retravailler. Mais en fait, tout ce que j'ai écrit, c'est que des fragments. C'est des paragraphes à droite, à gauche. Et mon travail, là, c'est d'aller dire, ce paragraphe, il va aller partie 8. Puis là, partie 1, B. Donc, toi, je fais même un truc qui n'est pas du tout lézard. comme un puzzle Et il y a des bouts qui ne servent à rien et des bouts qui vont servir. Et une fois que ça va être dans l'ordre, donc d'ici 10-15 jours, je pourrais enlever toutes mes béquilles avec le nom de mes parties et voir qu'il manque des transitions, voir où ça se répète. Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que tous les matins, je me lève. Tous les matins, j'ouvre l'ordinateur. Enfin, dans la phase d'écriture, donc entre août et décembre, janvier. Et je ne me laisse pas le choix. C'est-à-dire que je ne me dis pas, je vais aller au cinéma, etc. Par contre, il y a des jours où je sens que ça ne vient pas. Donc, si ça ne vient pas, je vais promener ma chaîne. Je fais attention que les gens la promènent. Mais on laisse venir, tu vois, en marchant. Tu as forcément des idées qui viennent. Tu réfléchis différemment. Allez prendre une douche. Tu trouves des nouvelles idées. Toi, de forcer, de sortir des mots pour sortir des mots, il n'y a rien qui viendra. Par contre, moi, je me nourris de tout. Donc, j'écoute des podcasts qui n'ont pas toujours à voir avec la littérature. Et quand même, ça vient m'apporter des choses. Je me dis, c'est ça que je veux que mon héros ou mon héroïne traverse ou expérimente. évidemment que c'était ça. Et donc, tous les jours, il y a une nouvelle pièce de puzzle qui vient s'ajouter. Donc, c'est là où le travail peigne toujours. Même les journées pourries, d'un coup, il y a une fleur que tu croises. Hier, il y avait un arc-en-ciel magnifique. Et je sais que, bizarrement, l'arc-en-ciel d'hier, plus l'écureuil qui passait juste avant, je l'ai mis ce matin. Parce qu'en fait, ça parle de ça. Tout vient nourrir. Et donc, rester vraiment ouvert, rester captif. Et donc, il y a une grande forme de rigueur, de discipline, de... L'inspiration, en fait, c'est comme un muscle. Donc, si on croit que ça nous tombe dessus, bon courage, en fait. Tu ne peux pas, par hasard, écrire un roman par an. C'est vraiment une question de volonté. C'est une question aussi d'exigence envers soi-même, jusqu'au boutisme. Moi, je suis plutôt perfectionniste. Donc, le jour où il y a un roman qui sort avec mon nom dessus, je vais pouvoir en être fière, je vais regarder les lecteurs dans les yeux. C'est assez facile d'écrire un livre et de jamais aller se confronter à ceux qui le lisent. Parce qu'on a trop peur qu'ils nous disent que c'était pourri. « En fait, on a peur, mais on y va. » Donc, c'est vrai que pour moi, il y a une grande ligueur. Et ça, je pense qu'on peut la retrouver effectivement dans le sport et dans cette contrainte de, si tu as un objectif aussi plus grand que toi, comme courir un marathon ou un ultra trail, tu te prépares, tu t'écoutes, tu es bienveillant avec toi. Et plus ça va aussi, j'ai découvert un nouveau truc, c'est la douceur.
- Speaker #0
Vraiment de se laisser aller vers sa joie. De vraiment plus forcer le plan qui doit sortir. Envers moi. La dose envers moi. Et de me dire, en fait, juste ce matin, tu as envie d'écrire ça. Ce n'est pas ce qui était prévu, mais tu l'écris. Ça va peut-être servir, ça ne va peut-être pas servir, tu t'en fous. Mais tu as besoin de ça aujourd'hui. Donc oui, je pense qu'il faut qu'on se souvienne qu'on n'est pas juste soit un athlète dirigé vers un but, mais on est une personne complète qui a une mission de vie. tout vient nous nourrir et un jour on ne sera plus seulement une écrivaine ou une gymnaste, on sera une belle personne si on ne s'est pas trop raté.
- Speaker #1
Et justement, merci déjà pour ton travail, ça me faisait vraiment le parallèle d'une planification, que ce soit dans l'écriture ou d'un projet sportif ou d'une compétition, c'est tout à fait ça. Et j'aimerais bien rebondir sur ce côté de, on se fait plaisir, on est attiré par la joie et parfois ça ne marche pas et parfois ça marche. et Dans le sport, on a cette régularité, cette discipline. Je vais tous les lundis faire ça, tous les mardis je vais ça. Alors oui, je suis d'accord pour que les enfants aillent au sport et que ce soit présent et que les entraîneurs aussi. Mais parfois, surtout chez les filles, où nous on a beaucoup d'hormones, chez les adolescentes, il y a plein d'hormones qui fluctuent selon le mois. Et des fois, il y a des entraînements, ça ne marche pas. On ne sait pas pourquoi aujourd'hui. Je ne me suis pas bien entraînée, je suis de mauvaise humeur. Ce qui passe d'habitude, ça ne fonctionne pas. Et c'est vraiment ça. C'est comme tu dis, un peu se lâcher prise. Enfin, ce n'est pas un peu, c'est carrément se foutre la peine, lâcher prise et de se dire « Ce n'est pas grave, tout ce que j'ai fait ces six derniers mois ne sont pas perdus. Ce n'est pas parce qu'aujourd'hui, l'entraînement ne s'est pas bien passé que je vais arriver dernière à la compétition et regarder un petit peu dehors. » Et d'ailleurs, tes livres, ils sont lus quand même par pas mal de générations. Oui. Et puis, je pense qu'on a grandi aussi avec toi, les livres du début à aujourd'hui. Qu'aimerais-tu vraiment transmettre en priorité à ces jeunes filles ou à ces femmes aujourd'hui, à travers tes livres ?
- Speaker #0
Alors, il y a plusieurs choses. Et en fait, j'ai même envie de rebondir sur ce que tu as dit, mais ça se trouve, ça va juste se répéter. Mais c'est vrai que ce qui fait du bien aussi, par rapport à la question juste avant, c'est d'accepter le fait que peut-être on va échouer. Tu vois, que ce soit une compétition, que ce soit un entraînement, que ce soit écrire un livre, moi je me fixe mars chaque année. Mais en fait, depuis quelque temps, je me dis, et si jamais ce n'était pas mars ? Si c'est avril, qu'est-ce que ça change ? Et si c'était mai, qu'est-ce que ça change ? En vrai, rien du tout. Et si une année, tu vois, finalement je décide. que je n'ai pas envie de sortir de l'éveil ou que je le décale à l'année suivante, ça change quoi ? Et en fait, ça ne change rien. Donc, il faut juste être très au clair par rapport à soi, se foutre la paix aussi et accepter cette forme de, ce n'est pas un échec, mais tu vois, de bienveillance envers soi, de je m'écoute, je ne le ressens pas et on ne va pas faire les choses en force, on va juste accueillir. Donc, c'est sûr que ce lâcher prise-là, c'est vraiment un chemin. Et parfois, on se demande, oui, mais que vont en penser les autres ? Est-ce que je vais les décevoir ? Et en fait, une fois qu'on a créé quelque chose aussi, tu vois par exemple, c'est sûr que quand t'arrives comme une toute jeune championne et que c'est ta première compète et que tu rates, bien évidemment que ça joue sur ta propre perception de ta valeur. Moi, quand j'arrive pour le douzième roman, clairement, les lecteurs et les lectrices, ils veulent une Aurélie qui est plutôt dans son bon mood. Si j'ai besoin d'un mois de plus ou d'un an de plus, personne ne m'en voudra. Donc, ça fait aussi du bien d'avoir fait la paix avec soi pour mieux être avec les autres aussi et de se dire, en fait, je n'attends plus de validation, je n'attends plus, je ne remets pas tout en jeu, en fait. Je reste la même personne et la relation, elle est déjà créée. Donc, ça, c'est pour répondre à ce que tu ne m'as pas demandé. Pardon. Non, mais c'est moi. Mais pour répondre à ta question sur la transmission, déjà, s'il y a un mot qui pouvait résumer l'intégralité de mes douze romans, c'est le mot transmission. Et plus ça va, plus je me dis, c'est même partage. Parce que la transmission, il y a presque quelque chose qui va de quelqu'un à quelqu'un d'autre. Et ce que je trouve toujours très beau, c'est que souvent, on croit que c'est des adultes vers les enfants. Et dans mes livres, évidemment, c'est souvent plus les enfants vers les adultes, parce que les enfants comprennent bien mieux la vie que les adultes. Mais en fait, cette notion de partage-là et de transmission, pour moi, elle est clé. C'est aussi ce qui me touche beaucoup quand, effectivement, devant moi, en signature, j'ai quatre générations devant moi, avec l'arrière-grand-mère, le grand-père. Et vraiment, ils sont tous là à dire, mais on a tous aimé le même livre, potentiellement pour les mêmes raisons ou pour des raisons différentes. Et c'est ça qui est beau, c'est de se dire qu'on peut encore être rassemblés autour de valeurs simples, communes, qui nous font espérer un monde un peu plus solidaire, plus généreux. Et c'est vraiment ça que j'essaye de faire. Donc là, le nouveau roman, évidemment, encore une fois, il va être très en lien avec ce que j'ai envie de partager. Donc, c'est des valeurs qui vont être sur ralentir. qui vont être sur la bienveillance, l'écoute, l'émerveillement, la nature, respecter aussi les femmes, parce que les femmes pour moi ont une place spéciale à jouer dans notre société, notamment en termes de mixité. Parce que c'est vraiment, aujourd'hui on se rend compte que partout, dès qu'on va dans le haut de toutes les sociétés, il n'y a que des hommes, et bizarrement on ne ressent pas les mêmes choses avec notre corps. Et qu'on le veuille ou non, on n'est pas juste des êtres humains, on est fait d'hormones, t'en parlais. Et il y a des choses que l'on ressent. Et le fait de laisser une place, notamment à une forme de sensibilité, de bonté, même la bienveillance, souvent, c'est très jugé cul-cul. Ah, c'est féminin. Et en fait, non, on a besoin de soins, du fameux care. Donc, au final, ça ferait vraiment plus de bien si on se rendait compte qu'on a besoin de cette mixité-là partout. Donc, voilà. Donc, c'est vrai que c'est aussi des valeurs. Je pense que quelqu'un qui me lit, notamment, les trois quatres derniers, qui sont beaucoup plus personnels, Une fois qu'ils me rencontrent, il faut bien qu'il n'y ait pas de différence du tout entre la personne, ce que j'écris. C'est des bouts de moi, c'est des bouts de ma vision du monde. Et ce qui me rassure beaucoup quand je vais les rencontrer en librairie, en salon ou dans des bibliothèques, c'est de me rendre compte que je ne suis pas la seule à rêver à ce monde-là, un monde plus généreux, où d'un coup, on a pris conscience de ce qui était vraiment important dans la vie.
- Speaker #1
Je rebondis, je ne sais pas si ça t'a fait écho ou pas, mais tout à l'heure tu disais... Dans tes personnages, dans tes romans, c'est souvent les enfants qui donnent un petit peu l'impulsion, les leçons en tout cas vers l'adulte. Et tout à l'heure, au tout début, on parlait justement de notre entraîneur qui justement, nous enfants, on était complètement écrasés. On n'osait même pas transmettre ce qu'on ressentait, pas forcément une transmettre de connaissances. transmission de nos émotions, transmission de ce qu'on pensait, ça on y arrive, si on n'y arrive pas, on partage, on se met peut-être à la même hauteur, puisque finalement on est de humain à humain. Est-ce que ça te parle, si on revient 30 ans en arrière ? Enfin 20, pardon.
- Speaker #0
Alors, je ne pense pas particulièrement à elle du tout. Parce que vraiment, moi je me dis que par contre, en tant qu'enfant, j'ai dépensé vraiment mon enfance, c'est-à-dire que j'ai dépensé le fait d'avoir pas le droit de choisir pour moi. d'avoir des phrases du genre tu feras ce que tu veux quand tu seras chez toi, tu feras ce que tu veux quand tu auras 18 ans et de grandir avec ça alors que la personnalité et s'il y a un mot que je peux me faire tatouer, c'est la liberté. Vraiment, partout, sur le corps, sur la tête. Moi, je veux choisir, je veux décider. Ce n'est pas pour rien qu'à mon âge, j'avais même pensé être présidente de la République. Ce n'est pas pour dire aux autres ce qu'ils doivent faire. C'est que personne ne doit me dire ce que moi, je dois faire. Et je sais que vraiment petite, j'avais tendance à me prendre vraiment, comment dire, je me sentais au même niveau que les adultes. Pour moi, c'était évident. En fait, mes parents ont divorcé. Ma mère m'a parlé dès mes 7 ans comme si j'étais l'alter ego. Donc moi, j'ai pris la place, mais je pense que j'avais déjà potentiellement compris que ça pouvait être ma place. Et en fait, quand d'un seul coup, je parlais à des parents d'amis et qu'ils disaient « Oui, t'en as pas marre de parpoter avec ma fille en bas de chez nous, il faut qu'elle aille réveiller son brevet. » Et que là, je lui disais « Mais de toute façon, le brevet, ça ne se réveille pas la veille. Ça fait deux ans que c'est un contrôle continu. » Elle m'a dit « Ça suffit, il est fronté. » Et je fais « Ah ! » Un nouveau mot que je ne connais pas. Mais je sentais bien que ce n'était pas une qualité. Mais en fait, j'avais ce côté rebelle. J'avais ce côté où je disais ce que je pensais aux adultes. Et parfois, je ne le disais pas. Mais parfois, j'en trouvais certains qui étaient super stupides, à être angoissés ou à se prendre la tête pour des contraintes. Alors que finalement, si tu prenais un pas de recul, tu voyais bien qu'il y avait des solutions qui font plus de sens. Mais les adultes, en fait, ils ont peur. Et en tant qu'enfant, tu n'as peut-être pas ces peurs-là. Bref. Bref, et donc j'avais l'impression quand même d'avoir une vision du monde qui était beaucoup plus... presque la bonne, tu vois, en tant qu'enfant. Et que d'un coup, j'avais vraiment cette envie de jamais grandir, enfin pas jamais grandir, mais de jamais devenir un adulte. Tu vois, la pire version de l'humain.
- Speaker #1
De référent qu'on a eu, quoi.
- Speaker #0
Voilà. Et alors maintenant, je pense que je suis le genre d'adulte que j'aurais adoré avoir comme modèle enfant. Tu vois, je ne me sens pas... Je n'ai pas trahi la Aurélie de l'époque. Au contraire, je continue de jouer avec mes enfants. Je m'assieds par terre en tailleur. Enfin, tu vois, il n'y a pas un truc où je trouve absolument que je prouve que je vaux mieux que tout le monde. Et ce modèle-là, effectivement, ce référent-là, on ne l'a pas bien vu. Tu vois, l'adulte qui écoute, il y avait encore à une époque, pas dans ma famille, mais les grands-parents ou les parents à table qui disaient « les enfants, ils se taisent » .
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
ben non, ça ne va pas être possible. Pas avec moi. En fait, on a tous le droit à la parole. Et c'est vrai que ça, ça sera peut-être partie des grandes choses qui devraient bouger dans les années à venir. Mais on parle toujours des dominés et clairement des dominants, et les enfants, les femmes, les personnes âgées. sont... Les animaux, on a tendance à les trouver un chouï moins intéressant que les hommes ou les adultes. Donc, c'est vrai que les enfants, pour moi, ils ont tellement à nous enseigner. Et c'est à nous de les écouter et de nous mettre à leur hauteur. Et effectivement, ça vient rebondir sur ce qu'on n'a pas forcément eu, notamment en GR, il y a quelque temps.
- Speaker #1
Je me retrouve vachement, en fait, des fois, on a notre âge. Tout va bien. Tout va bien. Donc, on a 42 ans. Exactement. Et en fait, des fois, je me rends compte, enfin, quand j'étais plus petite, je voyais les quarantenaires en disant, oh là là, ils sont vieux. Et aujourd'hui, quand je me dis, ah, mais moi aussi, j'ai 40 ans, sauf que dans ma tête, je suis comme un enfant pareil. Je suis en tailleur, je joue, je me déguise, je danse. Enfin, comme si on n'avait pas perdu cette âme d'enfant. Ouais, cette authenticité. Comme tu disais, on n'a pas trahi la Layla, la Aurélie de...
- Speaker #0
Mais je pense vraiment que ce qui peut nous sauver, c'est de faire les choses, comme tu disais tout à l'heure, pas avec la peur, mais avec la joie, avec l'amour, et que ce soit vraiment notre boussole intérieure. Tu vois, si on commence à avoir une vie qui est régie par des contraintes, la peur d'ouvrir sa boîte aux lettres, la peur de se retrouver au chômage, la peur de... En fait, non, juste notre vie, on va se l'écrire. Donc toi, tu montes ton business, et ce n'est pas parce qu'un jour tu dis, tiens, j'ai peut-être moins envie d'être coach autour d'un praticable, mais je veux passer à une vitesse supérieure. pas de côté. Tout est possible. Je pense que les gens qui n'obéissent qu'à leur peur, finalement, ça leur fait des vies un peu plus rétrécies où ils n'osent rien du tout. Et au final, une fois que tu te rends compte que quand tu oses, il ne se passe rien, vraiment, parce que tout le monde dit « mais c'est quand même le courage que tu as eu pour écrire » . Mais d'où il y a du courage ? Quand tu écoutes ta voix intérieure qui te dit « j'ai six mois pour me faire un kiff, un plaisir fou, le jour où je me lève et je vais inventer une histoire » . Et qu'après, en plus, tu vois... Je joue et maintenant je gagne ma vie comme ça. Le courage, c'est au contraire de préparer le dîner tous les soirs à ses enfants. Le courage, c'est de ne pas râler quand ils ont des trous au joug. Vraiment, le courage, c'est tout le quotidien, c'est la routine, c'est ce qui t'étouffe. Alors que quand tu vas vers ta joie, quand tu vas vers se créer une vie un peu sur mesure où tu n'as fait que suivre ta joie, tu ne peux pas manquer de courage et tu ne peux pas avoir peur. Au contraire, tu n'as qu'une envie, c'est d'y aller. Moi, tous les jours, je me réveille en me disant... Dire que demain, je ne sais même pas ce que demain me réserve. C'est fou.
- Speaker #1
Oui, ça résonne. C'est trop beau. C'est trop beau. On fait notre petit jeu de la fin ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Alors, le petit jeu de la fin, c'est si toi, par exemple, on échange de rôle.
- Speaker #0
Oui, avec grand plaisir.
- Speaker #1
Alors, Aurélie Vallogne, maintenant, c'est toi qui es préparatrice mentale. Et moi, je suis une gymnaste qui vient vers toi et qui dit, j'ai trop peur. peur de rater, je suis trop stressée, j'ai pas du tout confiance en moi. Qu'est-ce que je vais faire ?
- Speaker #0
Respire, ferme les yeux et imagine-toi dans ton lit demain matin. Imagine-toi la journée de fou que tu as vécue aujourd'hui, jour de compétition. Et imagine ce que tu ressens. Dis-moi quelle est la plus grande joie qui peut te traverser.
- Speaker #1
Des larmes de joie.
- Speaker #0
Des larmes de joie. Pour quelle raison ?
- Speaker #1
Parce que j'ai... Je suis fière de moi, je suis sortie avec le sourire.
- Speaker #0
Exactement. En fait, je pense que c'est là où j'ai une voix qui n'est pas la voix d'un coach.
- Speaker #1
Tu fais avec ta voix d'écrivaine.
- Speaker #0
Oui, avec ma voix d'écrivaine. Tu as ces larmes de joie qui coulent sur tes joues et que tu es très fière de toi. Ce n'est peut-être même pas parce que tu as eu la plus haute marge du podium. Ce n'est peut-être même pas parce que tu as absolument fait la plus belle chorégraphie de ta vie. Mais c'est peut-être tout simplement parce qu'au moment où tu es rentré sur le praticable, tu savais pourquoi tu étais là. Tu étais juste là pour t'amuser. Tu étais juste là pour te souvenir que ton corps savait ce qu'il avait à faire. Toi, tu avais juste à profiter de la musique qui allait démarrer. Laisser ton corps te dire ce qui allait beau et oublier tout le reste. Et en fait, ça ne peut pas mal se passer si tu as juste envie de t'amuser. Si tu as juste envie de prouver que depuis... Prouver n'est pas le bon mot. Si tu as juste envie... de partager que depuis des mois et des mois tu t'entraînes, des mois et des mois tu as préparé une chorégraphie que personne n'a vue, personne ne sait exactement ce que toi tu as prévu de faire. Mais celle que tu vas faire aujourd'hui, elle est unique. Et tu vas nous montrer un moment unique. Donc, Ausha à ça. Ausha à la joie qui va te parcourir, à la fierté de tout le travail accompli. Le travail paye toujours. Fais-toi confiance.
- Speaker #1
Waouh ! Tu vois, tu l'as mis dans tes 50 rêves de la vie.
- Speaker #0
Là, je pourrais. Mais tu sais qu'en ce moment, c'est un peu ce que je fais sans le faire exprès. Parce que j'ai des jeunes... écrivaines qui m'écrivent et qui m'envoient leurs manuscrits. Et moi, je t'avoue que dans la vie, j'avais qu'une envie, c'était de continuer à écrire. Je me disais que j'accompagnerais des jeunes écrivaines quand je serais à la retraite. Maintenant, c'est un moment d'échange incroyable parce que finalement, quand tu lis des livres depuis ta six ans et que tu sais ce que c'est qu'un livre qui te passionne et un qui te tombe des mains, lire un manuscrit, c'est pareil. Rapidement, tu sais tout de suite si ça va t'emmener ou pas. Et avec l'expérience que j'ai en tant qu'écrivaine, maintenant j'ai même les outils pour savoir comment on peut... passer un premier jet qui est bof bof à un roman où tu ne le lâches pas du début à la fin. Donc là, j'ai accompagné deux personnes cet été et il y en a encore une que je n'accompagne pas. Et ce qui est marrant, c'est qu'elle sort aussi son livre en mars et du coup, le sien est beaucoup plus avancé que le mien. Et mon éditrice n'est pas au courant, mais je m'en fiche parce qu'en fait, je sais que ce n'est pas seulement faire grandir quelqu'un, ce n'est pas seulement partager. C'est aussi, c'est une joie qu'on partage. et je la fais grandir, elle se fait grandir toute seule et elle me fait grandir. Là, je découvre des qualités que je n'avais pas, notamment de savoir reformuler pour appuyer sur les boutons de motivation. Et clairement, il y a des fois où je me dis « Ah non, et si je devais écrire un truc sur le manuscrit ? » Ça ne serait pas renvoyable comme ça. Mais une fois que j'ai la personne au téléphone ou autre, c'est facile de « débriefer » parce qu'on veut tous la même chose. On veut juste aller dans l'intérêt du roman et de l'histoire à raconter. Donc moi, je n'ai pas d'ego. Je m'en fous complètement. Ce n'est pas mon histoire. Mais par contre, elle sait ce qu'elle veut faire. Et moi, je suis juste... Alors, elle dit la bonne fée, mais celle qui l'accompagne.
- Speaker #1
C'est toi la bonne fée ?
- Speaker #0
Apparemment. Mais ça m'a l'air très prétentieux.
- Speaker #1
On prend, on prend. C'est pas grave.
- Speaker #0
On prend, on prend. C'est gratuit.
- Speaker #1
Ça fait plaisir. On prend. Aurélie, pour terminer, j'aimerais que tu te reconnectes à Aurélie, qui est dans le gymnase, qui est dans le vestiaire, qu'à la boule au ventre, et qui est contente de revoir ses copines, mais elle sait que ce soir, ça risque d'être un petit peu dur. Et là, Aurélie, elle découvre un petit mot dans son sac, comme si c'était toi qui lui avais déposé dans son sac. Qu'est-ce qu'il lui aurait écrit sur ce petit mot ?
- Speaker #0
Il lui aurait écrit, aujourd'hui, tu as l'impression que rien ne va, que tu n'es pas assez. Et au fond de toi, pourtant, tu sens que c'est tout l'inverse, c'est que tu mérites des belles choses. et que l'avenir n'est pas incertain. Au contraire, il y aura des très, très belles opportunités qui vont sourire à toi. Et en fait, ta future vie ne se résume pas à ce que tu vis aujourd'hui dans ce gymnase, ne se résume pas à une personne ou à certains mots un peu durs que tu peux parfois même toute seule te donner contre toi-même. C'est un mot très, très long. Mais au final, fais confiance à la voix, à celle que tu penses être à l'intérieur. Parce que celle... que tu penses être dans ce gymnase, dans ce vestiaire, le miroir que tu vois et que tu sais que tu vois dans ce vestiaire, ce n'est pas la vraie toi. C'est qu'une facette qui n'est même pas la bonne. Et à l'avenir, tu verras qu'il y aura des personnes bienveillantes qui vont te renvoyer la bonne image de toi. Et parfois, ça ne passe pas vraiment par d'autres. Ça passe aussi par se faire confiance et de s'accepter tel qu'on est. Donc dans ce vestiaire, tu regardes la taille des cuisses des autres. Tu regardes à quel point elles sont belles et à quel point tu te trouves immonde. Tu regardes aussi celles qui réussissent déjà leurs études et toi, tu demandes où tu vas. Et au final, au fond de toi, à côté de ton cœur, il y a l'endroit de toutes tes peurs, l'endroit de tous tes rêves. Et en fait, il suffit de ce plus, cet endroit-là. Parce que ta voix intérieure te souffle et te crie. Et une fois que tu le suis, c'est le bon chemin. Et tu verras, ça ne te lâchera jamais. Voilà ce que j'aurais aimé savoir.
- Speaker #1
Ouh, j'ai des frissons ! Bonjour Aurélie ! Est-ce que tu écras ce petit mot quelque part ?
- Speaker #0
Merci pour cette conversation,
- Speaker #1
ce retour en arrière.
- Speaker #0
Tu vois, ce qui est fou, c'est que je suis très alignée dans ma vie. Tout va bien. Vraiment, je n'ai aucun doute. Je n'ai plus de peur. Et d'un coup, on a quand même été creusé à un endroit qui n'est pas complètement guéri ou cicatrisé. Sachant qu'en vrai, là, ça va très bien se passer. Je vais me coucher. Mais je ne pensais pas qu'il restait au fond de moi des lieux comme ça un peu… Tu sais, quand tu grattes avec l'ongle, ça ne fait pas du bien. donc c'est dire que toutes les Toutes les jeunes gymnastes qui peuvent nous écouter, tu vois, typiquement, si parfois elles se mettent à douter, ce n'est qu'un passage, rien ne dure. Et puis, à la fin, tu auras la justice. Donc, au final, ce qui tu es, ça va ressortir et ça ne va t'apporter que du bien. Et ceux qui te font du mal...
- Speaker #1
Ils le paieront. Ils le paieront. Ils le paieront. Merci infiniment Aurélie pour cette conférence. Je suis trop ravie de cet échange. Trop contente. Et vous qui nous écoutez, j'espère que cet échange vous a inspiré autant que moi il m'a inspiré. Si c'est le cas, n'hésitez pas à partager cet épisode autour de vous, à vous abonner au podcast Au bord des Praticables, à me laisser un petit mot parce que c'est grâce à vous que ces histoires continuent à voyager. On se retrouve très vite pour un nouvel épisode et d'ici là, prenez soin de vous, souvenez-vous, nos blessures d'hier peuvent devenir nos plus belles forces d'aujourd'hui. Merci infiniment Aurélie.
- Speaker #0
Merci Leïla, trop beau. Merci à toi.
- Speaker #1
Merci d'avoir été là avec moi au bord des praticables. Si cet épisode t'a touché ou fait réfléchir, pense à t'abonner et à laisser un 5 étoiles sur ta plateforme préférée. C'est tout simple, mais ça m'aide énormément à faire grandir ce podcast. Et si tu connais un parent, un coach ou un athlète à qui ça pourrait faire du bien d'écouter cet épisode, alors partage-lui. On ne sait jamais quelles graines ça peut planter. Allez, à très vite, au bord des praticables !