- Speaker #0
Salut à toi et bienvenue dans Au-delà du mur. Aujourd'hui on va parler d'un sujet qui touche un peu tout le monde. Coureurs, cyclistes, marcheurs, bref, tous ceux qui aiment partager leurs sorties sur les réseaux sociaux. Pourquoi on ressent ce besoin de publier nos entraînements sur Strava, sur Instagram ou ailleurs ? Qu'est-ce que ça dit de nous ? Est-ce que c'est vraiment pour se motiver ? Ou est-ce que quelque part, on cherche à être validé par les autres ? Pour en parler, j'ai à nouveau le plaisir de recevoir Laurence Chapuis, psychologue du sport et psychothérapeute FSP à Lausanne. Vous la connaissez peut-être déjà, on avait enregistré ensemble au début 2025 un épisode sur la psychologie de la performance et la comparaison aux autres. Un échange qui vous avait beaucoup marqué. Dans cet épisode, on va aller un peu plus loin. On va explorer ensemble cette frontière entre motivation et validation sociale. entre plaisir et pression, et réfléchir à la manière dont les réseaux sociaux influencent notre rapport au sport et à nous-mêmes. Un épisode pour mieux comprendre ce qui se cache derrière nos publications, et peut-être apprendre à retrouver un peu de légèreté dans notre pratique. Allez, on démarre ! Bienvenue dans Au-delà du mur, le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guérit. Nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques, des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous, votre voyage au-delà du mur commence ici. Laurence, je suis super content de t'accueillir aujourd'hui dans les studios Disruptive Audio, comment ça va ?
- Speaker #1
Ça va bien, merci. Je suis contente que tu m'aies recontacté et puis qu'on puisse faire un bout de chemin ensemble cet après-midi.
- Speaker #0
Magnifique. Merci encore à mon cher régisseur, à nouveau Nicolas Fideloposte, de prendre la vidéo. C'est toujours un plaisir. Le thème du jour, je t'ai contacté pendant les vacances, je crois les vacances d'été. J'ai vu ces derniers mois une prolifération sur les réseaux sociaux de personnes qui faisaient des publications sur Instagram de leurs sorties. avec l'aide d'une application très très connue pour le suivi des activités. Et puis, c'est de là qu'est venue cette idée. Je me suis dit, tiens, que penserait Laurence de cette prolifération de publications ? Et ce qui m'amène à parler aujourd'hui justement de ce phénomène qui touche tous les sportifs, y compris moi, publier de temps à autre ses sorties et ses entraînements sur les réseaux sociaux. On le fait sur Strava, sur Instagram, sur Facebook, sur WhatsApp, etc. Mais d'après toi, d'après ton avis d'expert, Qu'est-ce qui nous pousse à le faire ?
- Speaker #1
Je pense que déjà le fait que beaucoup de gens le fassent, ça pousse certains à dire « tiens, pourquoi moi je ne le ferais pas ? » Aller découvrir de quoi ça parle, comment c'est, qu'est-ce qu'on peut y faire. Et puis pour certains, en tout cas clairement, se comparer, aller trouver des parcours, chercher des endroits où on n'a pas encore été, regarder quelles performances font nos amis, des concurrents. de la famille, etc. Donc il y a plein de motifs pour lesquels je pense que les gens font ce genre de publication.
- Speaker #0
On l'entend d'ailleurs souvent, quand je m'étais lancé sur ces plateformes de suivi, c'était en tout cas motivationnel pour me dire « je ne suis pas tout seul » . Ça a quelque chose de rassurant aussi de voir qu'il y en a qui ont des allures similaires aux nôtres, idéalement plus faibles. Mais qu'est-ce que ça dit de soi-même quand on publie justement les sorties sur le réseau ?
- Speaker #1
Ça permet déjà pour soi d'avoir un répertoire de tout ce qu'on fait et puis soi-même se comparer, voir si on est régulier. Enfin voilà on peut regarder toutes sortes de statistiques plus ou moins intéressantes sur ce qu'on fait. Et puis après je pense que la comparaison avec les autres elle est toujours un peu délicate parce que derrière un temps ou une performance on sait pas si la personne était à l'entraînement, si la personne était en cours, si la personne... qu'est-ce qu'elle visait, quel était son objectif. Donc il faut toujours prendre avec beaucoup de distance ce qu'on lit et ce qu'on voit, parce qu'on ne sait pas très bien de quoi ça parle. On sait ce que nous on a mis, on sait ce que nous on est allé faire, mais on ne sait pas ce que les autres ont derrière leur activité.
- Speaker #0
C'est vraiment important de réussir à mettre bout à bout toute l'histoire et pas uniquement se raccrocher à ce qu'on voit sur ces plateformes de suivi.
- Speaker #1
Il faudrait toute une explication. tout un espèce d'historique, de savoir ce que les gens ont voulu montrer, pourquoi ils l'ont mis, qu'est-ce qu'ils ont fait, quels étaient leurs objectifs, qu'est-ce qu'ils visaient. Il y a tout un bout qui nous manque quand on compare des publications des uns et des autres. Et puis souvent, les gens sélectionnent ce qu'ils mettent aussi, comme pour d'autres publications qui ne concernent pas la performance sportive, mais on voit quand même des publications de gens qui... qui ont fait des chouettes choses, qui sont allées dans des beaux endroits. Donc on choisit quand même ce qu'on publie. Et ça, ça amène aussi une information intéressante.
- Speaker #0
On se montre donc toujours un peu sur son meilleur jour, finalement.
- Speaker #1
C'est en tout cas l'impression que ça donne quand on regarde les réseaux sociaux, parce qu'on a l'impression que pour la plupart des publications, ce n'est pas le cas de tout, mais qu'il y a beaucoup de publications qui montrent quand même des performances. très bonne ou qui montre des endroits très beaux ou qui montre des familles heureuses ou des choses comme ça. Après, il y a d'autres choses aussi. On sait qu'il y a des choses beaucoup plus dark. Et puis, ça dépend aussi le fil de ce que nous, on consulte, évidemment.
- Speaker #0
Si on prend la partie motivationnelle de cette action-là, je poste des choses positives, je poste des images de moi quand je réalise un entraînement où je me sentais bien, je poste des images de moi avec ma famille quand on est en vacances. Quelle est la capacité, je dirais, motivationnelle d'entraînement en soi-même si on publie des choses comme ça ?
- Speaker #1
Ça dépend. Les gens, qu'est-ce qu'ils cherchent ? Est-ce qu'ils ont besoin de poster ça pour se motiver ? Est-ce que le fait de voir qu'ils en mettent de plus en plus, ça les motive davantage ? Est-ce que c'est une sorte de compétition avec son frère, sa sœur, son père, un ami ? Je pense qu'il y a diverses motivations et que c'est vrai qu'il faut se poser la question. Mais pourquoi moi je publie ? Qu'est-ce que je cherche ? Qu'est-ce que j'ai besoin ? Qu'est-ce que ça m'amène ? C'est ça un peu les questions derrière.
- Speaker #0
Parce qu'on cherche aussi quand même une certaine validation de la part du reste de la communauté. que ce qu'on fait c'est C'est bien, on fait partie de la communauté, on a une superbe vie, on est super heureux, on est sains. Un esprit sain dans un corps sain.
- Speaker #1
Si on pense en tout cas au like ou autre kudos qui arrive, c'est quand même probablement ce que les gens aimeraient bien. C'est quoi une activité qui est postée et qui ne génère rien du tout ? Comment elle est prise ? Est-ce qu'elle a servi à rien ? Est-ce que personne ne s'y est intéressé ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Je pense que les gens cherchent aussi un peu... à avoir un feedback sur ce qu'ils font, sinon ils n'auraient pas besoin de publier.
- Speaker #0
Alors il y a cette notion de validation sociale, après moi qui passe du temps, beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux. Quand j'ouvre mon fil, je ne vois pas forcément les dernières publications. Il y a une gentille petite machine qui a décidé que ce que j'allais regarder, c'était ce qui était censé être pertinent pour moi. Bien souvent, je publie justement des photos de moi pendant le sport, volontairement, en live, c'est peut-être un peu flou, etc. J'ai très rarement plus que 2 ou 3 likes. Donc il y a l'effet, effectivement, c'est peut-être pas ce genre de choses que les gens recherchent, mais il y a l'effet aussi algorithme. Donc qu'est-ce que tu dirais pour alerter ou peut-être rassurer ou sensibiliser quelqu'un qui se dit « je publie des photos de moi sans filtre » , et bien en fait tout le monde s'en fout.
- Speaker #1
Je pense que c'est difficile à dire parce que je pense qu'on ne sait pas très bien pourquoi les gens ont besoin de publier des photos d'eux sans filtre. Mais en tout cas, j'aimerais dire aux gens qu'ils n'ont pas besoin de ça. En tout cas, s'ils ont besoin de ça, peut-être qu'il faut faire un travail sur soi pour essayer de réfléchir à quel est l'objectif, pourquoi ils ont besoin qu'on like leurs photos, qu'on les trouve bien, qu'on les admire, etc.
- Speaker #0
Et le côté pervers de ce genre de publication-là, parce qu'il y a un côté positif qui peut être motivationnel, ou peut-être qu'on se dit qu'on va rentrer dans le cercle vertueux. C'est peut-être justement de se retrouver enfermé dans ce cercle infernal, on se dit je vais me lancer dans la course à la publication pour avoir le plus de likes possible.
- Speaker #1
Peut-être qu'il y a des gens qui se lancent dans cette course pour avoir des likes, peut-être qu'il y en a qui se disent c'est la seule façon pour moi de tenir un objectif. Il y a aussi des propositions de... de défis, il y a des défis les uns avec les autres, les uns contre les autres, contre soi-même. Donc il y a plein de choses qui sont proposées qui permettent certainement de motiver certains, certaines à faire davantage de sport. Pourquoi pas, c'est peut-être une bonne idée. Mais après, je pense que la motivation, celle qui est la plus forte, c'est quand même cette motivation intrinsèque. Pourquoi on fait les choses pour soi-même ? Qu'est-ce que ça nous apporte à nous ? Et pas ces motivations qu'on appelle extrinsèques qui sont... de recevoir de l'argent ou des likes ou des commentaires positifs de l'extérieur. Je pense que c'est bien que les gens se posent la question de quelle est leur motivation à faire du sport.
- Speaker #0
C'est intéressant que tu parles de motivation extrinsèque, parce qu'il y a 20 ans, il n'y avait pas Instagram, il n'y avait pas Facebook, et puis on constate quand même qu'il y a une augmentation des personnes qui pratiquent la course à pied, les sports d'endurance, etc. Alors quantifier exactement combien de pourcents proviennent des réseaux sociaux, je ne sais pas, mais il y a quand même un certain nombre de personnes qui ont débuté la course à pied ou à bouger grâce justement à cette motivation extrinsèque, parce qu'ils voyaient que peut-être leurs voisins ou... Je ne sais pas qui connaissent dans un autre pays à commencer la course à pied.
- Speaker #1
Oui, je pense que pour certains, en tout cas, c'est peut-être un appel à se lever du canapé, à oser se dire « tiens, moi je peux aussi y aller » ou même à y aller avec quelqu'un qui pratique déjà. Donc sûrement que certains, ça les aide un peu. Après, je pense que pour plein d'autres, ça faisait partie de leur vie. Même si aujourd'hui, peut-être, ils pratiquent plus, il y a aussi ceux qui vont devenir peut-être trop pratiquants. qui vont trop en faire à cause des réseaux sociaux. Il y a des gens qui disent, moi, j'ai désinstallé certaines applications parce que ça me pousse à y aller encore alors que je suis déjà allé hier ou que j'y vais déjà demain. Donc, il y a un peu de tout. Il y a ceux qui se sont sentis appelés, il y a ceux que ça soutient, il y a ceux qui en font trop. Et je crois que surtout, on doit être attentif à tout ça et à sa santé globale.
- Speaker #0
Le marqueur potentiel qui pourrait nous indiquer qu'on en fait peut-être un peu trop, ça serait quoi pour toi le plus simple à identifier ?
- Speaker #1
La fatigue, mais après la fatigue elle a de multiples facteurs, donc il faut encore arriver à savoir si est-ce qu'on dort assez, est-ce qu'on travaille trop, est-ce qu'on court trop, c'est quoi la raison de notre fatigue. Des blessures, c'est sûr que si on pratique trop, il y a des risques de blessures de tout type. Et puis une sorte de lassitude, de besoin d'y aller, mais de lassitude à la fois de se dire... J'ai pas envie mais il faut que j'y aille. Puis après il y a d'autres catégories de troubles comme des gens qui font beaucoup de sport pour gérer un trouble alimentaire, donc qui mangent mais qui vont faire du sport pour brûler des calories, donc il y a plein de facteurs différents.
- Speaker #0
Je me rends compte qu'on a beaucoup parlé de réseaux sociaux aujourd'hui. Il y a 20 ans, nos discussions n'auraient pas tourné autour des réseaux sociaux parce qu'ils n'existaient pas. Dans 20 ans, ce sera quoi le prochain endroit, d'après toi, où les gens vont se taper un peu la comparaison ?
- Speaker #1
J'ai de la peine à répondre. Je pense que ça va continuer à être sur des écrans, en tout cas, parce que je crois que les écrans prennent de plus en plus de place dans nos vies et que ça va continuer à être là-dessus. Mais j'ai de la peine à imaginer à quoi ça ressemblerait. J'ai l'impression que c'est de plus en plus compliqué de mettre des limites à ce qui est proposé. Même si on a envie d'essayer de résister, on se dit « ah non mais quand même, ce serait bien que j'aille voir » . Et puis aujourd'hui, moi j'entends des gens qui effectivement se coupent par moment des réseaux sociaux parce que c'est trop, c'est quelque chose qui semble être assez difficile à gérer pour beaucoup, beaucoup de monde, pas du tout que pour des gens qui seraient addicts à leur écran.
- Speaker #0
Si j'entends ce que tu dis, je prends ça presque comme une bonne nouvelle, parce que ça veut dire que si on se projette dans 20 ans, les écrans seront toujours là, mais à mon avis, les moyens de... de contrôler ou de réguler ou de modérer, ils auront quand même aussi évolué. Et là, on est clairement en retard. Et puis, on essaie de rattraper un peu le retard, notamment par exemple avec les enfants qui ont une surabondance d'écran. J'imagine que dans quelques années, on va quand même se rendre compte que ce n'était pas fantastique de leur mettre la télé à 5h du mat ou de leur donner la tablette à n'importe quel moment de la journée.
- Speaker #1
Oui, j'espère qu'on est sur ce chemin-là, de se rendre compte et puis de se dire qu'il faut vraiment qu'on travaille à ce que ça aille moins loin. Après, il y a des pressions énormes de... Voilà, contre lesquels on a de la peine à faire quelque chose. Puis le risque, c'est qu'on soit toujours un peu en retard, comme l'est par exemple le contrôle anti-dépage dans les compétitions, où on sait souvent des années après qu'un sportif a été dopé. Et puis, c'est assez difficile en fait. On voit ce qui se passe, on se dit ouf, ça ne va pas trop. Et puis, on a peu de moyens d'action ou en tout cas, pas assez rapide.
- Speaker #0
Ce que je retiens de nos discussions aujourd'hui, c'est la vigilance, clairement. La vigilance, le questionnement. Pourquoi est-ce que je publie cette sortie ? Est-ce que j'ai besoin de motivation ? Est-ce que c'est un jour sans ? Est-ce que je n'en fais pas trop également ? Donc, c'est cette notion d'auto-feedback. Et puis, tu dirais encore quoi à quelqu'un qui, son dada, s'est publié, s'est sorti sur les réseaux sociaux pour vraiment être certaine que ce qu'elle fait, c'est vraiment ce qu'elle a envie de faire.
- Speaker #1
Alors, moi, je rajouterais le point de la communication avec d'autres. Qu'est-ce que tu en penses ? Si je fais ça, toi, tu le prends comment ? Tu le vois comment d'un autre point de vue ? Je pense que ça peut aider. Une sorte de prise de distance, mais parfois il y a des gens qui n'arrivent pas à prendre la distance tout seul, donc de le faire avec quelqu'un d'autre qui peut dire « je trouve aussi bizarre que tu peux ça » ou « j'ai pas très bien compris » . Donc l'avis de quelqu'un d'autre, une prise de distance par rapport à soi, et puis aussi certainement de se faire aider par un professionnel si on a l'impression qu'on ne gère pas, que c'est compliqué. et que, enfin, je pense que si on a Ça qui est tout le temps dans notre tête, c'est un signe quand même qu'il y a quelque chose d'un peu compliqué qui se passe et qu'il faut réagir. Comme plein d'autres choses. Si on a tout le temps l'alimentation dans la tête, c'est bizarre. Si on a tout le temps les réseaux sociaux dans la tête, c'est bizarre. Il faut se poser des questions.
- Speaker #0
Laurence, je te remercie infiniment. Je rappelle que tu es psychologue du sport FSP à Lausanne. Et puis tu accompagnes les coureurs, les sportifs d'élite, mais également les populaires. Merci encore d'avoir pris le temps cet après-midi de venir discuter avec moi.
- Speaker #1
Avec grand plaisir, à bientôt.
- Speaker #0
A bientôt. Merci d'avoir écouté cet épisode d'Au-delà du mur. Si le sujet vous a inspiré ou intrigué, n'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer des prochains épisodes. Rejoignez notre communauté sur les réseaux sociaux et partagez vos réflexions avec nous. Je serai ravi d'entendre ce que vous avez pensé de cet épisode. Et si vous avez aimé... Pensez à laisser un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire conduire la communauté d'au-delà du mur. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là, continuez à questionner, à explorer et à repousser vos limites.