Speaker #0Le 26 octobre dernier, j'ai pris le départ du Marathon de Lucerne. Une course que j'ai choisi d'aborder sans pression, avec une préparation allégée et quelques semaines très chargées. Dans cet épisode, je reviens sur ma course, sur ce qui a bien fonctionné, ce qui aurait pu être mieux, et les enseignements que j'en tire pour la suite. Je vous souhaite une très belle écoute. Bienvenue dans Au-delà du Mur, le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guéris, nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques, des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous, votre voyage au-delà du mur commence ici. Et voilà, ça y est, le moment est venu. C'est celui du débrief de mon dernier objectif de cette année 2025, ce marathon de Lucerne. Et qu'est-ce que ça a été compliqué d'en arriver là. Je ne m'imaginais pas, au début de l'année 2026, que le débrief de cette course serait autant... Je dirais dire chaotique, je voyais une année linéaire où tout allait se passer exactement comme je l'avais prédit et écrit au millimètre près et à force de constater que la vie a très rapidement repris le dessus La veille du marathon de Lucerne, j'avais organisé une conférence, la fameuse conférence sur le cycle menstruel et le cycle d'entraînement Vous allez me dire pourquoi est-ce que d'organiser une conférence la veille d'un marathon ? La réponse est extrêmement simple. Si vous voulez avoir des intervenantes au top, des fois il faut savoir choisir et puis prendre des décisions qui sont un peu plus difficiles, à savoir organiser une conférence hyper importante la veille d'un marathon. Indépendamment de l'organisation de cette conférence, les semaines... qui ont précédé ce marathon, elles ont été relativement compliquées. J'ai pas beaucoup couru, j'ai eu énormément de peine à me relancer, à me motiver pour faire ces entraînements, pour faire ces sorties longues. La météo a commencé à changer un peu, mais en fait c'est un peu facile d'utiliser ça comme excuse. C'est juste que j'avais plus vraiment envie de me faire du mal après les vacances d'été, après la rentrée scolaire. de recommencer à se lever tôt, aller s'entraîner, faire des sorties longues de 35 km, faire des accélérations en côte. Et ça, je n'avais pas imaginé une seule seconde au début de l'année 2025 que ce genre de coup de moula pourrait arriver. Et pourtant, un peu avant le semi-marathon de Zurich, ça m'était déjà arrivé un peu une fois, de me relâcher un peu, de commencer à me questionner sur la préparation de l'entraînement. Mais je pense qu'à l'époque, c'était essentiellement dû Merci. au fait que je commençais un peu à douter de ma magnification d'entraînement, je commençais à douter d'arriver à battre ce fameux record, alors que cette fois-ci, c'était, je pense, un peu plus de la lassitude. Et quand on a organisé l'apéritif à la fin de la conférence, eh bien, une des intervenantes, Merci Simone, a eu une phrase qui était vraiment lumineuse. « Tu prends ce marathon comme si c'était un entraînement. » À ce moment-là, je me suis répété cette phrase-là dans ma tête plusieurs fois, et là j'ai eu le déclic. C'est moi qui ai décidé de courir ce marathon, c'est moi qui ai décidé de maintenir cette organisation-là, en sachant que ça risquait d'être extrêmement chaud d'aligner une conférence, de rester concentré jusqu'à la fin, et en plus de courir un marathon le lendemain, et pourtant j'ai quand même décidé de le faire. Donc au bout d'un moment, il faut assumer, et puis finalement, si c'était pas pour battre un record, et bien ça aurait été uniquement pour honorer le fait qu'il y ait des personnes qui n'ont pas pu participer à cette course là parce qu'elle était sold out. La semaine avant le marathon, le mardi après-midi, j'ai fait le trajet depuis Jivizier jusqu'à Lucerne pour aller faire la reconnaissance du parcours. Après le 10 km de Payens, c'est la deuxième fois que je prends le temps d'aller sur place pour réaliser une reconnaissance de parcours. Je compte bien évidemment pas le fiasco de la tentative de reconnaissance du parcours. pour le semi marathon de Zurich. Donc j'ai fait le tour que j'étais censé emprunter et que j'ai emprunté d'ailleurs le dimanche afin de pouvoir un peu... mentaliser, visualiser les segments du parcours, les moments où je savais que ça risquait d'être difficile. Typiquement, la partie entre le 12e et le 32-33e kilomètre qui consistait en une boucle. Je savais qu'au 12e kilomètre, j'allais entamer un départ et ensuite au 32e kilomètre, j'allais revenir au même point de départ. Donc c'est vrai que ça peut être des fois un peu compliqué d'avoir l'impression d'avoir couru pendant presque deux heures. Et puis on se dit, purée, en fait, j'ai pas du tout avancé. Donc le fait d'avoir réalisé cette boucle-là, ça m'a vraiment aidé pour le jour de la course. Et dans ma stratégie de course, je me suis dit, un marathon, je vais décomposer en plusieurs courses de 10 km. 10 km, c'est palpable, c'est pas trop long, et c'est comme ça que j'ai pris le départ de cette course. Quand je suis arrivé à Lucerne le soir même, parce que j'ai fait le déplacement la veille, histoire d'être frais et dispo le matin. Je suis arrivé détendu, et puis j'étais prêt à vivre l'expérience que j'avais à vivre bien avant une performance, quand bien même, je sais que je l'ai déjà dit plusieurs fois cette année, il faut surtout pas mal le prendre, parce qu'on peut avoir l'impression que je dis avec une certaine légèreté « je sais que je vais battre mon record » , etc. Mais pour celles et ceux qui ne le savent pas, la première fois que j'ai couru un marathon, à Luciennes c'était la deuxième fois, j'étais blessé. Donc mon seul objectif, c'était de le terminer. Donc, étant donné que je n'étais pas blessé lors de ce deuxième marathon à Lucerne, je savais qu'il y avait de fortes chances que je batte de toute manière mon record. Ce qui fait qu'au niveau stress, même si je savais que je n'avais pas énormément de kilomètres dans les jambes, je savais que de toute manière, ça allait le faire. Même avant le départ. Vous avez peut-être eu l'occasion de voir sur ma page Instagram, j'ai eu l'occasion de partager un certain nombre de reels, parce qu'en fait, le matin, j'étais joueur, j'étais joyeux, j'avais envie de jouer, de m'amuser un peu, donc j'ai commencé à faire un peu l'imbécile au centre-ville de Lucerne, en faisant des vidéos un peu humoristiques, histoire de me rappeler cette belle journée qui avait commencé avec une météo qui était assez catastrophique. C'était pas si pire vers la fin, mais tout de même. Départ de la course, 8h30, ça faisait déjà 20 minutes que j'étais dans le sas de départ, et un truc que j'ai fait pendant que j'étais dans le sas de départ, je m'ennuyais un peu, il y avait des gens qui s'échauffaient, etc., ça commençait un peu à me chatouiller, je comprends pas d'ailleurs ces gens qui font des accélérations dans le sas de départ, j'ai l'impression que c'est un peu pour se faire mousser un peu, mettre la pression, etc., montrer, ouais, je suis là, regardez, je suis beau chaud, je fais ça, je fais ça, je fais ça, et on voit des gens qui commencent à courir dans tous les sens, à se regarder parmi. Et pour le lieu de faire ça, moi je me suis inscrit à une course. J'ai reçu une notification pendant que j'étais en train de scroller sur mon téléphone que les inscriptions pour le semi-marathon d'Alec fin juin 2026 étaient ouvertes. Et qu'est-ce que j'ai fait ? Comme un imbécile, je me suis inscrit direct. Tu ne regrettes pas, parce que c'est vraiment une course qui est géniale. Et si vous avez l'occasion de la faire une fois, je vous la recommande vraiment parce que c'est un paysage qui est juste magnifique. C'est une course extrêmement bien organisée. dans un des plus beaux endroits qui m'était donné de voir. 8h30, bang. Départ, maîtrisé, je regarde ma montre, allure, 4h30 au kill, et je me dis, t'es mort. Si tu continues comme ça, t'es mort, arrête, ralentis. J'arrive pas à ralentir. Je me fais aspirer par le mouvement, je me fais aspirer par les gens qui courent, je vois les pacer. Avec le drapeau 3h30 devant moi, je me dis, oh là là, vous, je vais m'éloigner, je vais reculer, je fais exprès de ralentir, je ralentis, j'ai l'impression que les gens devant moi, ils ralentissent aussi, comme pour se dire, purée, on est parti beaucoup trop vite, on va tous péter au bout du cinquième kilomètre. Je ralentis encore un peu pour me retrouver à 5 minutes au kilomètre, donc 12 km heure, je me dis, de toute façon, tu ne vas pas courir ton marathon à cette allure-là, tu vas péter, tu vas péter, mais je n'arrivais pas, en fait, à ralentir. Ce qui fait que je me suis un peu laissé aller. Le début de la course, les encouragements, les premiers kilomètres, effectivement, je les ai courus très très rapidement. Mais finalement, il n'y avait aucune baisse d'énergie. Ça se passait très très bien. Les premières montées, elles arrivaient. Je savais qu'elles étaient là. Je savais à quel moment elles allaient arriver. Les ravitaillements étaient là. Je savais à quel endroit étaient les ravitaillements. Je savais quels produits, quels boissons, quels bars, quel type de gel étaient donnés. à chaque ravitaillement de la course. Et ça, franchement, au niveau charge mentale, c'est vraiment quelque chose de très très précieux. Parce que quand je suis parti la veille de la course, j'ai pris zéro flasque. J'ai testé les ravitaillements de la course pendant une année, que ce soit les gels, que ce soit les boissons isotoniques, que ce soit les bars. Donc il n'y avait aucune raison que je m'amuse à transporter du bois avec moi le jour de la course. Et ça, c'était vraiment un super pari. À chaque fois qu'il y avait un ravitaillement, je me suis arrêté. J'ai pris le temps de marcher, de prendre une boisson. de sentir mes sensations, est-ce que j'avais un peu faim, est-ce que j'avais envie d'un peu de gel, etc. Et ça s'est très très très bien passé. Et chose que j'aurais jamais cru que je ferais un jour lors d'une course, c'est que je me suis arrêté deux fois pendant la course pour aller aux toilettes. Il y avait des toi-toi, j'avais besoin, il pleuvait comme je sais pas quoi, je suis allé aux toilettes, comme si de rien n'était, et puis à chaque fois je ressortais, je reprenais ma course. C'est dire à quel point j'étais décontracté. malgré cette météo et les événements qui se sont déchaînés sur nous. C'est vraiment un truc de dingue. Quand j'étais bien dans ma course, je ne me suis pas laissé influencer par les autres coureurs, et ça c'était vraiment positif, parce que malgré le fait que je sois parti plus rapidement que le sas de départ, je me suis quand même fait dépasser par des gens. Dans ma tête je me disais, laisse tomber, c'est pas le moment d'essayer de les suivre, soit ils sont plantés de slot, soit ils vont péter plus tard. Mais quoi qu'il arrive... Mais quoi qu'il arrive, la course qu'ils étaient en train de faire, c'était la leur. Il fallait que je reste concentré dans la mienne. J'ai regardé les conditions météo le jour de la course. Je savais que la météo allait être très changeante, qu'il risquait de pleuvoir. J'avais la veste de pluie avec moi. J'ai regardé la météo avant de partir. J'ai laissé la veste de pluie au vestiaire. Eh bien, je n'aurais pas dû. J'aurais dû la prendre avec moi parce qu'il a plu une grande partie du parcours. Le seul équipement de mauvais temps que je me suis permis de prendre, c'est des gants pour le froid. Je me disais que s'il y avait des moments difficiles et que je commençais à avoir un peu froid aux mains, ça allait m'apporter un peu de réconfort. Et ça, c'était vraiment une idée brillante. Parce qu'à chaque fois que je sentais que j'étais un peu dans le dur, j'avais un petit coup de moins bien. Même si je n'avais pas forcément froid aux mains, je mettais les gants, ça me donnait l'impression que j'étais de nouveau dans un cadre confortable et réconfortant. Quand bien même j'avais les pieds trempes. Quelque chose que j'aimerais également souligner dans ce parcours, c'est que tout le long de ce marathon, il y avait des gens incroyables, tout le long du parcours, il y avait des gougonnes, il y avait des gens qui scandaient les noms, qui encourageaient, et ça c'était vraiment génial. Et je tire mon chapeau aux bénévoles exceptionnels qui, malgré la pluie et leurs pèlerines toutes trempes, sont restés fidèles au poste pour ravitailler toutes celles et ceux qui couraient. et croyez-moi... Étant donné que je me suis vraiment arrêté lors des ravitaillements cette fois, je me rends compte du bordel que font les coureurs quand ils s'arrêtent au ravitaillement. Ils arrachent les gobelets, ils boivent à peine, ils s'en mettent plein partout, et quand il s'agit de viser dans la poubelle, eh ben ils balancent à côté. Franchement, ça c'est vraiment quelque chose de pas terrible. Je serais même tenté de dire, je vais pas dire que c'est un manque d'éducation, mais là, honnêtement, il y a quand même quelque chose à faire. Les gars, on est dans une course, ok, c'est peut-être la course la plus importante de votre vie, ok, mais c'est pas une raison pour faire les cochons et puis pour balancer les trucs par terre. Vous allez certainement pas gagner la course, donc prenez le temps de viser dans l'immense panier pour balancer vos gobelets. Et d'ailleurs, dans le sondage de satisfaction que j'ai reçu à la fin de la course, il y a une des questions qui a été posée par les organisateurs, à savoir si j'étais partisan ou pas. de rendre obligatoire le transport d'un gobelet personnel lors de la course. Eh bien, même si ça m'embêterait de le transporter, finalement, je préfère mille fois cette alternative-là plutôt qu'à quelqu'un qui balaye les centaines et les milliers de gobelets que les gens y balancent par terre. Alors, ceux qui sont par terre, j'espère que c'est la minorité, donc je n'imagine pas la quantité de déchets qui sont générés en termes de gobelets à chaque fois qu'il y a une course. Une grande crainte que j'avais lors de cette course-là, c'est qu'après avoir réalisé une sortie longue le dimanche avant la course, j'ai eu une immense angoisse. J'avais très très mal, et puis j'ai pris le temps quand même d'analyser mes chaussures, pas trop près parce qu'en fait c'était évident qu'elles étaient fichues. Je m'étais dit que je pourrais aller jusqu'à mon marathon avec, mais en fait c'était juste pas possible. Les chaussures elles étaient tellement usées, elles ne se tenaient pas à droite, et puis j'avais mal. J'étais vraiment pas bien dedans, ce qui fait que, contrairement à ce que je dis tout le temps, J'ai changé de chaussures à la dernière minute, parce que je savais que je risquais d'arriver détruit à la fin de mon marathon si je m'entêtais à vouloir conserver les vieilles chaussures pourries que j'avais depuis le début de l'année. C'est un choix extrêmement risqué, mais qui s'avérait payant. J'ai vécu les 42 km, les pieds mouillés les plus agréables et les plus confortables de toute ma vie. Zéro cloque, zéro douleur aux pieds. Ça, franchement, je ne pensais pas que c'était possible. Je pense que je vais aller acheter une centaine de paires de chaussures comme celle que j'ai maintenant, tellement je suis content de comment ça s'est passé. Et peut-être qu'un des points qui ont contribué au fait que je n'étais pas détruit à la fin de mon marathon, c'est le fait que cette année, j'ai vraiment pris la peine d'effectuer du renforcement musculaire de manière régulière. Et ça, je suis certain que ça m'a aidé. Dans toutes les courses auxquelles j'ai participé, et particulièrement le marathon. Le lendemain, j'avais un peu les jambes qui tiraient, le lundi de retour au travail, la satisfaction d'avoir couru le marathon, t'arrives au travail, tu regardes tes collègues, ils te regardent, personne ne te dit rien, comme s'ils ne se rendaient pas compte que tu venais de surmonter une montagne, que t'étais un héros, que t'étais une légende. Eh ben non, pas du tout. T'es juste toi avec ton café, avec tes souvenirs de la course de la veille. Parce que finalement, le marathon, je n'étais pas couru pour mes collègues, j'étais couru pour moi. Les jambes lourdes, je les ai eues seulement le lendemain. Et ça, c'était vraiment cool, parce que le lendemain, je sentais déjà que les jambes étaient prêtes à repartir. Mais je me suis obligé, vraiment obligé, à ne pas faire de sport pendant deux semaines. Parce que j'imagine qu'une des raisons qui ont... Le fait que je n'ai pas trop couru les dernières semaines avant le marathon, c'est aussi une certaine lassitude. Sur ce programme d'entraînement, c'est aussi une certaine lassitude que cette chasse au record arrivait à sa fin, que je devais encore donner un coup de collier pour terminer ce marathon, que j'avais beaucoup de choses organisées, etc. Je me suis promis de faire zéro sport pendant deux semaines. Au moment où j'enregistre cet épisode, ça fait une semaine et demie, vous n'imaginez pas à quel point j'ai envie d'infimiler mes baskets. Mais c'est pas grave, je vais tout faire pour tenir jusqu'à lundi prochain. Et cette fois où j'ai couru ce marathon à une allure qui était très certainement plus proche de l'allure à laquelle je devais la courir, parce que j'ai constaté, après avoir analysé ma courbe de fréquence cardiaque, que mon rythme cardiaque RSC stable, et ça c'était vraiment fantastique, parce que j'ai couru ce marathon aux sensations, je savais qu'est-ce que je voulais ressentir pendant toute la course au niveau du souffle, et puis ça a tenu. Musculairement, ça a tenu, c'était un truc de dingue. Je pense que le ravitaillement a quand même assez bien aidé à ce niveau-là, parce que j'ai toujours bu quelque chose, j'ai toujours mangé quelque chose, j'étais à l'écoute de ma sensation de faim quand même, j'essayais d'anticiper des éventuels coups de mou. Il y avait quelque chose que je n'avais pas forcément anticipé dans mon ravitaillement, c'était le fait d'incurgiter une aussi grande quantité de gel de manière continue et sur une durée de plus de 3 heures. Et ça, quand j'ai commencé à cogiter là-dessus pendant la course, j'ai commencé à avoir les jetons. Je me suis dit, autant de sucre, c'est qui tout double, j'ai pas l'habitude, d'un coup, je vais exploser. Mais ça s'est bien passé, il n'y a pas eu de soucis et ça c'était vraiment positif. Donc je n'ai pas eu de mur du marathon. Ce qui n'était pas du tout attendu et qui m'est arrivé à partir du 38ème kilomètre, c'est une montée d'émotion. Quand j'ai vu le drapeau 38ème kilomètre, j'ai eu des larmes qui me sont montées aux yeux et j'ai commencé à pleurer pendant que je courais. Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas pourquoi j'avais ces larmes, je réfléchis encore aujourd'hui. Je pense qu'il doit y avoir un mélange de gratitude, de fierté d'avoir réussi à terminer, d'être en train de réussir à terminer ce marathon au moment où je vois ce drapeau, de me dire yes, je vais battre le dernier record qu'il me manquait à battre, je vais y arriver, je vais faire ce que j'avais dit que je ferais. le soulagement peut-être aussi de se dire Yes, c'est enfin bientôt terminé, je vais pouvoir passer à autre chose. Je pense que c'était un mélange de tout ça, mais ce qui fait que j'ai laissé les larmes aller. Je les ai laissées couler, parce que finalement ça faisait quand même un peu de bien. J'étais très content d'ailleurs que ma femme et mes enfants n'étaient pas là à l'arrivée, parce que je pense que si je les avais vus, ça n'aurait pas été la même. Et là, j'aurais bleuré comme une madeleine. J'ai vraiment apprécié ce moment de connexion et au 40ème kilomètre, ça a recommencé. Et j'ai nouveau eu des larmes. Et j'ai nouveau pleuré un peu. J'ai continué. C'est pas grave parce que finalement j'étais en train de savourer. Et je me rendais compte qu'après ça, il n'y avait entre guillemets plus rien. C'était fait. J'arrive sur la ligne d'arrivée. Je commence à faire des gestes tués à la con du mec qui est trop content. D'ailleurs, je ne regarderai jamais les vidéos d'arrivée parce que je n'imagine même pas la tête que je devais avoir. À peine franchi la ligne d'arrivée, j'arrête de courir. Bam ! Cramp ! Je me dis « Pouah ! » C'était le moment de m'arrêter là. C'était vraiment le moment de m'arrêter. Je marche comme un robot. Je vois des gens un peu partout qui se congratulent. Ils sont trop contents. Il y a les bénévoles qui distribuent des couvertures de survie. J'essaye tant bien que mal de marcher, de continuer à marcher pour ne pas rester bloqué. Et puis, je prends des boissons de récupération. Je bois plein de trucs. Je m'hydrate et puis je me dirige le plus rapidement possible. C'est-à-dire à la vitesse de 0,01 km par heure tellement je marchais comme un robot vers le vestiaire. Et là, j'ai pris certainement la douche. la plus longue de toute ma vie. Il y a tellement de choses que j'aurais pu faire différemment dans cette préparation marathon, mais finalement, je suis assez content que ça soit passé comme ça parce que ça m'a permis de me rendre compte de plusieurs choses. C'est que la préparation d'un marathon pour l'automne, avec la vie que j'ai, les enfants, le travail, de prévoir des grosses vacances, et puis de devoir s'entraîner quand il fait presque 40 degrés sur des terrains extrêmement accidentés, c'est pas idéal. Donc j'ai compris que courir un marathon en automne, c'est clairement quelque chose que je vais éviter de faire, en tout cas pendant un certain temps. Le fait de dormir sur place la veille, ça a été une expérience sympa, mais finalement, ce n'était pas une expérience indispensable parce qu'après coup, j'ai regardé, j'aurais très bien pu prendre le train le jour de la course à 5h23 chez moi et je serais arrivé une heure à une heure et demie, je crois, avant le départ de la course. Donc je me serais peut-être levé un peu plus tôt. Mais le jour de la course, je me suis levé à 6h à Lucerne. Donc en fait, je me serais levé 1h15 avant. Donc en soi, ça n'aurait pas changé grand-chose. J'aurais pu prendre le petit-déj que je voulais dans le train. Chose que je n'ai pas pu faire à Lucerne. Parce que... Bien que la boulangerie était ouverte, le tea room, lui, qui m'aurait permis de prendre un vrai petit déjeuner, entre guillemets, lui, il n'ouvrait qu'à 7h. Donc je n'allais pas attendre 7h du mat pour commencer à prendre mon petit déj et puis pour être dans mon bloc de départ à 8h10. Ça commence à faire un peu chaud quand même au niveau timing. Ce qui fait que j'ai pris un petit déj sur le pouce avant le départ. Et ce qui m'a permis de réaliser ces petits reels que j'ai publiés. sur ma page Instagram pendant que j'étais en train de marcher pour me diriger vers la ligne de départ. Le repérage du parcours, c'était vraiment une fantastique idée. J'ai très bien fait de le faire, comme ça, ça m'a permis d'anticiper les segments difficiles, d'anticiper la partie entre le 12e et le 32e kilomètre, on va dire que c'était le 32e kilomètre, où je commençais, je terminais cette boucle où j'avais l'impression d'avoir rien couru, mais cette fois, ça ne m'est pas arrivé. Dans la tête, je savais que je devais rester mobilisé et concentré. Ça, c'était vraiment quelque chose de très positif. Et le fait d'avoir un week-end ultra chargé, c'est sûr que ça n'a pas aidé dans la décharge mentale en vue de la course. Mais en soi, physiquement, ce n'était pas quelque chose d'extrêmement compliqué. Donc finalement, je pense que ça ne m'a pas trop pénalisé pour la suite. Les leçons à retenir de ce marathon, c'est qu'il faut respecter la distance. Je crois que c'est un des trucs principaux que je veux retenir, c'est que maintenant on est un peu dans la tendance de l'ultra, où il y a des gens qui courent des 100 miles, des 400k, des 900k, des 700km. Mais il faut se rendre compte qu'un marathon, c'est 44-45 000 pas, 44-45 000 fois, donc... à peu près, où on va faire le même geste. Sur du revêtement qui est dur, à une allure qui est plus ou moins continue. Chose qui n'arrive jamais quand on fait du trail ou quand on fait de l'ultra. Ce qui fait que l'impact quand même à la fin d'un marathon, physiquement, on peut être entre guillemets détruit. Chose qui, après un marathon de trail, même avec 2000 mètres de dénivelé, c'est... quand même clairement pas la même. Parce qu'à la montée, l'allure, c'est pas du tout la même. La descente, c'est pas les mêmes muscles qui sont utilisés. Donc le fait de pouvoir alterner les appuis, ça fait que physiquement, ça reste quand même moins compliqué. Une autre chose que je retiens avant une course, c'est que si je lève le pied, c'est pas un signe de faiblesse, c'est pas un signe que la course sera forcément un échec. La preuve, j'ai réussi à battre mon record. C'est peut-être plus un signe où je m'écoute davantage. Et ça, à nouveau, je suis vraiment très très fier d'avoir su m'écouter tout le long du parcours, parce que zéro blessure, zéro crampe, zéro mur. J'ai systématiquement adapté mon allure et peut-être un peu ma posture de course, parce que je sentais que peut-être il y avait des courbatures qui risquaient d'arriver, donc j'étais quand même toujours dans une certaine écoute. histoire d'éviter que les ennuis physiques commencent à me frapper parce que dès le moment où on commence à avoir des crampes des courbatures d'ailleurs j'ai vu passablement de monde sur le parcours qui s'arrêtait parce qu'ils avaient des crampes parce qu'ils avaient des points etc et dès le moment où on commence à casser le rythme et à rentrer dans un faux rythme c'est très très difficile de repartir sur une allure qui soit continue et j'ai pris énormément de plaisir. Ça c'est un truc de dingue. J'avais pas du tout envie, maintenant je peux le dire, j'avais pas du tout envie de faire cette course. Après avoir fait la reconnaissance, j'avais pas envie de faire cette course les semaines avant le marathon, parce que j'avais plus envie de m'entraîner, je me disais, mais à quoi bon, etc. Je me remettais tout en cause. Mais c'est dingue, le plaisir que j'ai eu, c'est dingue, la sensation que j'ai eue. À la fin, quand je sentais que j'allais atteindre mon objectif, c'est vraiment un truc de dingue. Comment est-ce qu'on peut se retrouver dans une sensation... Et dans un état d'esprit de plénitude autant cool. Ça, c'est vraiment un truc de dingue. Et dernière chose que je retiens de cette préparation marathon, c'est que j'ai, entre guillemets, atteint mes limites en termes de self-coaching. Cette année, ça m'a permis de me rendre compte que je me connais beaucoup trop bien au niveau préparation physique, au niveau préparation mentale. Et je sais que j'ai tendance à... Et il faut que je puisse sortir de cette casquette-là et avoir quelqu'un qui puisse me donner des entraînements qui soient adaptés aux ambitions que j'ai, aux objectifs que j'ai. Ce qui fait que pour la saison 2026, j'aurai un coach. J'aurai l'occasion d'ailleurs de revenir sur cette partie-là lors de mon débrief de fin d'année. Mais j'ai envie d'aller plus loin et à quelque part je me dis que chacun des records que j'ai battu cette année, je peux faire beaucoup mieux. Encore. Mais pas tous en même temps, ça c'est une certitude. Merci Lucerne, tu m'as rappelé que le plaisir et la performance, ils ne sont pas opposés, ils peuvent coexister. Si on apprend à écouter notre corps. Voilà, c'est mon débrief. Du marathon de Lucerne 2025, c'était vraiment une fantastique aventure. Je suis très content de l'avoir partagé avec vous. Je me réjouis des prochaines étapes et des prochaines courses. D'ailleurs, j'ai commencé à travailler sur mon calendrier de course de 2026 que je vais devoir construire avec mon coach. Merci pour votre attention. Où que vous soyez, je vous souhaite une très belle journée, une douce nuit, un bon matin, un bon petit déjeuner, un bon run. Et je vous dis à bientôt. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là, continuez à questionner, à explorer et à repousser vos limites.