- Speaker #0
Salut à toi et bienvenue dans Au-delà du mur. Aujourd'hui, j'ai le plaisir d'accueillir Simone Ruxler, une athlète qui vient tout juste de franchir une étape importante de sa vie, la fin de sa formation. Ces dernières années, Simone a mené de front deux vies presque incompatibles, celle d'une étudiante en quête de réussite académique et celle d'une sportive de haut niveau engagée sur les sentiers les plus exigeants du trail. Entre les entraînements, les compétitions, les sessions d'examen et les moments de doute, elle a dû apprendre à jongler avec le temps, la fatigue et les priorités. Dans cet épisode, elle nous parle avec sincérité de ce que cela signifie pour elle de trouver un équilibre entre la passion, la performance et les obligations du quotidien. On évoque la discipline, la pression, la charge mentale, mais aussi les petits moments de satisfaction et les leçons qu'elle retient de ces années intenses. Que tu sois étudiant, parent, travailleur à plein temps ou simplement passionné par la course à pied, son témoignage te parlera sûrement. Parce qu'il nous rappelle à tous qu'on ne peut pas tout faire, tout le temps, mais qu'on peut apprendre à mieux choisir. Alors installe-toi confortablement, que ce soit en footing, en voiture ou à la maison, et bienvenue dans cet épisode. d'Au-delà du mur avec Simon Troxler. Bienvenue dans Au-delà du mur, le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guéris, nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques, des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous Votre voyage au-delà du mur commence ici. Ma chère Simone, bonjour.
- Speaker #1
Oui, salut Hugo.
- Speaker #0
Comment tu vas ?
- Speaker #1
Ça va bien, merci. Et toi ?
- Speaker #0
Magnifique, merci beaucoup. J'ai cru comprendre que la météo en Valais est nettement plus belle qu'ici à Fribourg sous ce stratus persistant.
- Speaker #1
Oui, alors ici il fait grand beau, il fait pas mal chaud aussi et voilà. plan soleil, magnifique couleur d'automne. Donc voilà, beaucoup de chance. Ah là là, ça suffit, on va changer de discussion, sinon ça va me perturber. Pour les gens qui ne te connaissent pas,
- Speaker #0
est-ce que tu pourrais nous dire qui tu es et d'où tu viens ?
- Speaker #1
Oui, alors voilà, je m'appelle Simone, sauf qu'on me connaît plutôt sous le nom de Simi, il faut dire, dans le sport et puis aussi, voilà, mes amis proches. Alors, je suis originaire de Suisse allemande, en fait. J'ai habité trois ans. Puis après, avec la famille, on a déménagé en Suisse romande. Et j'ai grandi à Chardon, dans un magnifique village au-dessus de Vevey. Puis, j'ai fait des études de médecine à Lausanne. Puis après, pour la fin des études, par contre, je suis allée à Berne, où je vis depuis quatre ans. J'ai aussi fait mon doctorat là-bas. J'ai trouvé mon premier boulot. Par contre, je prévois un retour en Suisse romande en décembre.
- Speaker #0
Magnifique. Et ce qu'il y a d'assez extraordinaire, c'est que Troxler, c'est germanophone. Mais comme tu l'as dit, tu as passé une grande partie, voire une grande partie de ta vie en Suisse romande. Et on n'aperçoit aucun accent germanophone quand tu parles français. Tu parles très, très bien également allemand. C'est quand même une chance dans un pays comme la Suisse.
- Speaker #1
Oui, j'ai beaucoup de chance. Comme tu dis, de parler les deux langues vraiment sans accent, surtout que le suisse-allemand, ça ne prend pas par après. À la maison, on a toujours parlé suisse-allemand. Par contre, à l'école, j'ai appris le français à l'école enfantine. Après, j'ai fait ma scolarité en français. Donc voilà, beaucoup de chance de ce côté.
- Speaker #0
Effectivement. Tu parlais de ton récent doctorat, donc la récente fin de tes études. D'ailleurs, toutes mes félicitations. J'imagine que pour toi, ça doit être une étape très importante dans ta partie professionnelle,
- Speaker #1
en tout cas. Oui, merci beaucoup. C'est vrai que surtout les études de médecine, c'est pas mal long. Et puis après, je ne voulais pas tout de suite... faire mon assistana, puis aussi j'ai toujours bien aimé aussi la recherche et je voulais d'abord encore voilà me consacrer encore un peu à ça et du coup voilà je suis super contente qu'au final voilà j'ai terminé et puis en plus encore voilà je l'ai fait à l'université de Berne donc voilà d'avoir pu faire un cursus dans deux universités c'était très très cool.
- Speaker #0
Effectivement t'aimes bien j'ai cru comprendre Tout ce qui est un peu challenge et difficulté, et dans ta présentation, je ne sais pas si c'était volontaire, mais tu as quand même un peu éludé le fait que tu es une figure du trail, que ce soit au niveau régional, voire même national, depuis un certain nombre d'années. Donc réussir à combiner performance sportive et études de médecine, j'imagine que ça n'a pas toujours dû être facile pour toi.
- Speaker #1
Non, c'était assez compliqué. Surtout que ce n'était pas du tout prévu vu que c'était en 2016 où je commençais les études de médecine. Et c'est aussi à ce moment-là où je commence la course à pied. Avant, je faisais de la gym aux agrès jusqu'à mes 18 ans. Et puis après, je suis partie en eau aux États-Unis. Non, cinq mois, mais ça fait une année sabbatique. Et en fait, c'est là où je ne pouvais plus trop faire de gym. Et voilà où j'ai commencé, mais juste un peu à bouger comme ça pour moi. Je faisais des petits footings dans le quartier. Puis en fait, en rentrant, c'était un peu un pari d'ami. C'était de faire une fois les 20 kilos. Et du coup, je suis allée là-bas avec une amie qui faisait de l'athlétisme. Et en fait, voilà, ça s'était super bien passé. alors que je n'avais jamais couru cette distance-là. Je me rappelle, c'était drôle, je n'avais pas du tout de repère, donc je m'étais inscrite en deux heures, je crois que je partais avec l'avant-dernier bloc. Et au final, j'avais fait 1h27 et puis j'avais dépassé mon ami. Là, je me suis dit, en fait, c'était vraiment cool, j'avais trop aimé cette course, surtout l'ambiance, c'est ce qui m'avait le plus portée, je crois, par toute la musique sur le parcours. Et en fait, Quand j'ai commencé les îles de médecine, je me suis dit que je ne pouvais pas faire que médecine. J'ai envie de m'aérer la tête, de rencontrer des autres gens aussi. Et c'est là que j'ai commencé à courir avec l'Unisport. C'était le running club uni les PFL. Et c'est là où j'ai découvert ce que c'était une piste, ce que c'était des intervalles, ce que c'était des intensités, ce que c'était une allure. Et puis, c'est comme ça que ça m'a pris.
- Speaker #0
Donc, ça fait moins de dix ans que tu as débuté la course à pied.
- Speaker #1
Oui, exact.
- Speaker #0
Tu as quand même un certain niveau et tu as très, très rapidement progressé. Donc,
- Speaker #1
comment est-ce que les choses se sont enchaînées ou chevauchées en lien avec tes études et puis le fait que tu avais quand même des bons résultats au niveau sportif ? Alors, je pense que la première médecine, c'est où j'ai aussi commencé à courir. Donc, c'était... déjà je je courais tout le temps sur Montreux. Pour moi, c'était vraiment juste pour me défouler le soir. Et c'est là où, en fait, des amis m'ont pris à des courses en 2017, un peu. C'était nouveau un peu les mêmes. Je crois que j'avais refait les vins qu'ils m'avaient pris sur Montreux-Rochelny, que j'avais très bien aimé aussi. Donc, j'avais un peu découvert comme ça. Et après, en deuxième Paris-Lamy, on m'avait dit, mais viens, on fait le marathon de Lausanne. en 2017, et du coup ça faisait un an que je courais, et j'étais un peu là, bon, ben pourquoi pas, comme ça je peux dire que j'ai au moins couru une fois un marathon dans ma vie. En plus c'était le jour de mon anniversaire, et du coup je voulais bien m'offrir ça pour mon anniversaire, et du coup ben voilà, j'étais partie sur ce marathon-là. Je ne savais pas ce que c'était une allure encore à ce moment-là, vu que je n'avais pas de montre. J'avais reçu ma montre ce jour-là, c'était mon cadeau d'anniversaire, mais du coup je savais juste comment on allumait, et c'était tout. Et du coup... Voilà, j'étais partie sur ce marathon comme ça, de nouveau un peu vraiment dans l'inconnu. Et au final, je crois que je le termine en 2h55 et je finis troisième. Et en fait, c'est suite aussi à ce marathon que je me suis dit, en fait, peut-être que je ne suis pas si nulle que ça en course à pied. En an d'entraînement, ça a quand même un peu payé, sur piste de faire un peu. Et c'est là que je me suis aussi un peu plus intéressée, on va dire. au printemps qui avaient suivi. Bon, je ne faisais pas des courses au printemps parce que ça faisait beaucoup trop avec les études, surtout mentalement en fait. Moi, je voulais juste m'entraîner, je voulais voir des gens. Je faisais juste le plan de l'Uni. En fait, je n'avais pas des entraînements en tête. D'ailleurs, je ne les connaissais pas assez. Et du coup, je n'avais pas de prépare spécifique pour quelque chose. Mais du coup, moi, c'était vraiment dans cette optique-là de juste avoir autre chose à côté. Et du coup, je n'avais pas fait de course au printemps, rien du tout. Et du coup, en 2018, après, j'avais fait le marathon de Verbier de nouveau. un dossard deux semaines avant. Là aussi, de nouveau, je l'avais gagné avec une heure vingt d'avance et puis je n'en revenais pas parce qu'en plus j'étais partie avec juste des Blévita comme Ravito, de nouveau complètement à l'inconnu. Et puis en fait, suite à ça, il y a eu Cierzynal, je suis de nouveau partie avec les amis de Luni. En fait, j'avais aussi récupéré un dossard cette Cette fois-ci, c'était, je crois, le... coiffeur d'un ami qui s'était blessé. Et là, c'était vraiment le truc sans vraiment faire exprès. Je ne savais même pas les gens qu'il y avait au départ. Pour moi, je ne savais pas du tout l'ampleur que ça avait. Je pense que j'ai fait la course de ma vie et du coup, j'avais terminé troisième en 3h02. Et c'est là où ça a tout chamboulé. Il y a aussi la première fois des sponsors qui sont venus, où je suis un peu rentrée dans ce mode élite, où ça a commencé à parler de compétition. Et c'est comme ça que je suis un peu rentrée là-dedans. Du coup, c'est après mes deux premières années de médecine. Donc voilà, ces deux premières années se sont super bien passées en combinant sport et études, parce que pour moi, ce n'était pas du sport d'élite que je faisais, c'était juste... quelque chose à côté comme ça. Je n'avais pas de sponsor, je n'avais pas de coach. Je faisais les courses, je m'inscrivais deux semaines à l'avance parce que j'avais envie de les faire et parce que je me sentais. Et puis, c'était tout. Et du coup, en 2018, après Cierzyna, vu que ça s'était bien passé, j'avais eu des contacts pour faire le marathon de la Jungfrau. Donc là aussi, les inscriptions étaient déjà terminées, mais j'avais envie de le faire. J'ai pu avoir un dossard. Je le fais, ça se passe super bien, je fais quatrième. Et puis après, je voulais refaire, bien sûr, le marathon de Lausanne. Et puis là, je termine deuxième. Et du coup, après cette année 2018, ça avait complètement changé tout ce qui était autour. Ça devenait plus que juste se faire plaisir à côté, je pense.
- Speaker #0
On entend que tu n'as jamais forcément recherché à gagner des victoires. Pour toi, c'était un peu un exutoire. mais arrive forcément un moment où... Si les résultats sont là, ce qui est le cas, tu te retrouves prise, entre guillemets, malgré toi, dans un système qui veut faire de toi, ou qui a besoin de toi, ou qui te met en avant comme une championne potentielle.
- Speaker #1
Oui, c'est de ça, et surtout que je suis quand même quelqu'un qui a envie de faire les choses bien, et si je fais quelque chose, je me donne à fond. C'est clair qu'aux entraînements, je suis quand même quelqu'un qui avait toujours cet esprit compétitif. Donc, quand j'allais aux entraînements, j'avais quand même envie de pouvoir suivre des gens ou bien je me disais comme challenge, ah mais oui, essaye de suivre ou des choses comme ça. Donc, ce n'est pas comme si j'allais à la bave, je cours un petit peu et puis on verra bien. Non, je sais quand même, s'il fallait faire des séries, moi, j'étais là-bas pour me dépasser un peu le soir et puis essayer de suivre des autres. Et puis, je pense que quand même, C'était quelque chose à l'intérieur de moi et c'était quand même la même chose. Pendant une course, je voulais quand même donner le meilleur de moi-même. Après, vu que je ne connaissais pas du tout les concurrentes ou le milieu, pour moi, ça n'a jamais été je veux battre une telle ou je veux battre les autres. Pour moi, c'était vraiment, si je voyais une qui était devant, tu essaies de la rattraper si tu arrives, puis ça serait cool. Et puis sinon, tu te fais le meilleur de toi-même. Et après, ça a changé. Je pense qu'après, en 2019... Bon. C'est vraiment l'année où, voilà, la troisième année de médecine, déjà, c'est ça qui venait un peu plus clinique. Donc, ce n'était plus juste des cours que tu pouvais un peu faire un peu pour toi-même et puis placer comme ça. Et aussi, je pense que justement, vu que j'avais quand même, j'avais jamais vraiment appris aussi comment gérer une pression. Est-ce que c'était vraiment un esprit comme ça de compétition ? Du coup, je pense que je me suis moi-même un peu dit, si je fais ces courses, j'ai envie de faire mieux. Et du coup, 2019, les résultats étaient de nouveau là, mais je l'ai... moins bien vécu déjà parce que du coup, je savais que les entraînements, c'était aussi, je voulais faire mieux, il y avait les temps. Du coup, après, j'ai quand même appris à me servir d'une montre. Du coup, il y avait des temps de référence et puis si une fois, c'était moins bien, on se posait aussi un peu la question pourquoi. Oui, c'est un peu tout à changer et je pense que peut-être que je n'étais pas vraiment prête pour ça non plus. plus. Donc voilà, mentalement en tout cas, beaucoup a changé en 2019 après.
- Speaker #0
J'imagine tout à fait que quand tu utilises la course à pied comme un exutoire pour penser à autre chose et puis les résultats sont là, c'est un peu la cerise sur le gâteau. Mais dès le moment où tu as potentiellement envie de commencer à performer, où tu commences à avoir cette fameuse technologie au poignet qui va te dire, tiens, par rapport à la semaine dernière, ton entraînement est moins bien. Et en plus, la médecine quelque chose qu'on ressent qui est extrêmement important pour toi, tu as envie d'être au top dans les deux niveaux. Et forcément, quand ça ne passe pas trop, j'imagine qu'il y a quand même un peu un changement d'état d'esprit. Donc, comment est-ce que tu as vécu justement cette année 2019 complète ?
- Speaker #1
Je voulais un peu refaire de nouveau toutes les grandes courses que j'avais faites en 2018. Sauf que, bien sûr, c'était une année énorme. Et du coup, ça m'a vraiment beaucoup coûté, surtout en 2019. C'est aussi, en fait, fin 2018, j'ai un peu pris un coach. Surtout mes parents étaient là, il faut peut-être que tu prennes quelqu'un pour qu'ils te guident, pour pas que t'en fasses trop. Parce qu'ils ne sont pas du milieu non plus. Donc, c'était assez dur aussi pour eux de savoir vraiment dans ce que je me lançais. Et du coup, j'avais pris un coach. Et là aussi, j'avais dit, écoute, au printemps, je peux peut-être faire les 20 kilos ou un truc comme ça que j'ai envie de faire, mais je ne vais pas déjà là me lancer vraiment dans la saison parce que j'ai les études. Et mentalement, je n'arrive pas à gérer vraiment deux choses comme ça, puisque j'ai toujours étudié à 100% en fait. Et après, en été 2019, il y avait les championnats suisses de course de montagne. Et c'est là qu'on m'a dit, on essaye. Et du coup, là, je faisais 8 championnats suisses. Et du coup, ça m'a tout de suite qualifiée pour les championnats d'Europe, qui étaient à Zermatt en juillet 2019. Et du coup, là, c'était ma première sélection pour l'équipe suisse. Et là, je me rappelle, à Zermatt, je ne me reconnaissais pas. J'avais mis ce maillot de la Suisse et j'étais là. Qu'est-ce que je fais là ? Ce n'est pas moi. En plus, il y avait des caméras, ça passait à la télé, on est médiatisé. Je me suis dit, je crois que j'ai loupé un chapitre. Après ça, c'était devenu un peu vraiment compliqué. Surtout, je suis avec un gros volume d'entraînement. Mais après, je voulais refaire Sierzina, je voulais refaire le marathon de la Jungfrau. J'avais encore eu l'opportunité de partir au Pérou. Après, ils m'ont encouru les championnats du monde. Suite à ça, j'étais complètement un peu cramée déjà à ce moment-là. J'étais super fatiguée. C'était aussi après les championnats d'Europe, les premières fois où j'avais commencé à pleurer aux entraînements parce que je ne savais plus si j'arrivais, si j'avais l'énergie. Je commençais à pleurer avant les compétitions. Et d'ailleurs, après la dernière course en 2019, ces championnats du monde qui étaient quand même en novembre, c'est la première course que j'avais en bonne année parce que je n'arrivais plus. Il y a tout qui disait un peu stop à ce moment-là. Donc, c'est là où après 2019, c'était une super saison encore. J'ai fait des super résultats, notamment en gagnant le marathon de Lausanne, en gagnant le marathon de la Jungfrau. en faisant de nouveau un top 10 à Sierre-Zinal, huitième au championnat d'Europe, mais ça m'avait beaucoup coûté, et je pense que ça ne se voyait pas de l'extérieur non plus, tout ce que les gens y voyaient un peu, c'est « Ah voilà, elle fait du médecine, et en plus elle performe, c'est trop bien » , mais en fait, à l'intérieur, ça n'allait pas.
- Speaker #0
Et c'est là où j'allais en venir, c'est que... Tu disais que la troisième année, tu arrêtais un peu la partie théorique et tu étais vraiment sur le terrain. Donc ça a dû te coûter une énergie déjà monstre, ne serait-ce qu'au niveau de tes études. Tu te retrouves prise dans cet engrenage, tu as un certain talent qu'il faut reconnaître de toute manière. Tu l'as dit, tu faisais des études à 100%. Donc, à aucun moment, tu n'as pu bénéficier d'un aménagement du temps des études ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Non, ça n'existait pas. Je ne sais même pas si maintenant ça existe pour les études de médecine. C'est parce que c'est assez spécial. C'est qu'en fait, on étudie un peu par module, par bloc. Donc, en fait, après la troisième année, j'avais quand même pris contact. Je leur avais posé la question si ce serait possible de faire, par exemple, un 50%. Sauf qu'en fait, ça voulait dire que j'avais quatre semaines de cours pour un module, après quatre semaines de congés et quatre semaines de cours, quatre semaines de congés. Et puis, ça ne me servait mais exactement à rien. Et sinon, ce n'était pas trop possible d'aménager. La seule chose que j'ai eue, c'est la dernière année de médecine. J'ai eu une lettre qui attestait comme quoi j'avais la carte suisse olympique. Et en fait, la dernière année de médecine, c'est des stages. Et du coup, je devais passer… C'était à moi de prendre l'initiative, d'aller vers le chef de service, de lui montrer cette lettre et après de voir avec lui ce qui était possible ou pas d'emménager. La plupart du temps, c'était juste dire ou bien j'avais la possibilité de vraiment pouvoir partir à 5h du soir pour aller à l'entraînement, pour ne pas avoir des heures supplémentaires par exemple. Pour ça, ça m'avait aidée. Comme ça, au moins dans ma tête, c'était clair. J'ai dit, écoute, jusqu'à 5h tu travailles et après tu as le temps d'aller t'entraîner. Sinon, c'était beaucoup trop. trop stressant, si je ne savais pas si je pouvais vraiment y aller ou pas, combien je pouvais faire pendant un mois. Donc voilà, c'était vraiment la seule chose que j'avais eue pendant la dernière année de médecine.
- Speaker #0
Donc si on... Alors c'est sûr que c'est déjà quelque chose, c'est mieux que rien, mais par rapport à la Simone qui allait courir comme ça, à la fresh, pour se changer les idées au niveau des cours, et celle qui va... Entre guillemets, quémander, voire mendier des aménagements du temps de travail pour pouvoir s'entraîner, c'est sûr qu'il y a quand même clairement un changement au niveau de l'état d'esprit. Est-ce que tu étais encore dans l'avoir envie de faire ou est-ce que tu te disais je dois le faire ?
- Speaker #1
C'était un peu les deux. Je pense que moi-même, j'avais des attentes envers moi-même pour encore performer sur des courses. Je voulais quand même faire mieux. je pense que c'est dans ma nature en fait par contre aussi après un aspect qui m'a quand même toujours accompagnée je pense qu'il m'a aussi permis peut-être de faire autant d'entraînement à côté des études de médecine et que ça ait tenu autant longtemps c'est parce que j'étais quand même rentrée dans un caractère addictif de la course à pied maintenant longtemps je pense que je le cachais un peu où je disais juste que je fais du sport d'élite, mais en fait, j'étais prise dans un engrenage où je n'arrivais plus du tout à réduire le volume, alors que normalement, il fallait périodiser. J'en arrivais à un moment où je cachais les entraînements à mon coach. Et du coup, quand on est vraiment un peu dans une addiction, on ne se laisse pas le choix, on le fait. Je pense que mentalement, c'est ce qui m'aidait le plus parce qu'au final, on ne s'écoute plus du tout. Si on est fatigué, si on n'est pas fatigué, ça prend le dessus parce que si on ne le fait pas, on est complètement stressé. Il n'y avait pas que l'envie de s'améliorer et de faire mieux, il y avait aussi tout le côté addictif. En fait, les deux ensemble, c'était une bombe qui a éclaté avec le temps.
- Speaker #0
Tu parles de cette période-là au passé, elle était au passé effectivement, et je crois comprendre que tes études de toute manière sont terminées, mais tu ne te retrouves plus dans cette phase-là.
- Speaker #1
Mais à quel moment est-ce qu'il y a eu la cassure et puis tu as tout remis en question ? Je pense que la plus grosse cassure où j'ai vraiment fait un travail de fond, parce que oui, je sentais... quelque chose n'allait pas trop. Mais je m'étais un peu disparadra. J'allais voir une psychologue du sport un petit peu par-ci, par-là, mais j'arrivais pas du tout à vraiment faire un travail de fond pour sortir de tout ça. Et je pense que où tout s'est cassé la gueule, c'était un peu en 2022, en terminant mes études de médecine. C'est là où mentalement j'ai complètement lâché en fait. Même si je pense que mes deux meilleures saisons c'était 2018 et puis 2019. 2020, ça m'a un peu sauvée parce que du coup, on n'était plus vraiment obligé de faire autant de courses. Et du coup, je pouvais à moitié un peu me reposer. Mais après, en 2021, oui, il y a encore eu quelques bons résultats, mais ça me coûtait beaucoup trop et c'était plus avec autant d'enthousiasme. Et je pense qu'après, j'ai tenu jusqu'en 2022 et j'ai essayé de faire les deux du moins. Et je me rappelle, dès que les études se sont terminées, C'est un peu le noir complet. Les souvenirs, c'est assez flou quand même. Tout ce que je me rappelle, c'est que pendant tout l'été 2022, j'essayais d'étudier, mais j'avais mal à la tête toute la journée. Je n'avais plus du tout à me concentrer. Je m'en fichais presque un peu de si j'allais passer, si je n'allais pas passer. La course à pied, c'était juste quelque chose qui était là et que je faisais. parce que ça fait des années que je le faisais et puis c'était un peu au quotidien. Et voilà, en fait, après, gros trou, quoi. Je me rappelle, j'avais quand même... J'avais terminé, j'avais réussi, mais ça ne m'avait pas vraiment... Je ne suis pas super heureuse. Et comme plus d'émotions, plus rien. Voilà, c'était vraiment... Tout était plat à ce moment-là. Et ce qui m'a un peu sauvée, ça peut paraître très bizarre, mais c'est vraiment mon pied qui a dit stop en fait. Même si mentalement, en fait, je crois que j'avais besoin d'une excuse pour dire écoute, mais là, ça ne va plus du tout. Et du coup, j'avais eu, en fait, j'ai le hallux valgus, c'est l'oignon en fait. Et voilà, je sais que c'est dans la famille, donc que j'étais à risque de l'avoir. Et je pense que la course à pied, ça n'a pas trop aidé. Et du coup, j'ai tellement martyrisé que mon pied s'est complètement décompensé, que j'arrivais plutôt à courir dessus parce que j'ai réussi à retirer la plaque plantaire. Et du coup, après, voilà, de toute façon, il me fallait une opération si je voulais rien que remarcher sans avoir mal. Et c'est là, en fait, où je me suis dit, non, mais là, tu prends vraiment une pause pour tout soigner, pas que le pied, mais aussi mentalement, sortir de cette addiction. Aussi, à soigner, je suis complètement rentrée dans une dépression où je n'en pouvais plus. J'étais burn out. Je n'avais plus du tout de joie de vivre. C'est là où j'ai aussi pris une pause de deux mois de mon doctorat parce que je n'arrivais plus du tout à travailler non plus. C'était quelque chose qu'il fallait y passer. Je l'ai pris comme vraiment un reset complet. Et du coup, pendant bien deux ans, deux ans et demi, je me suis bien reconstruite. J'ai pu gentiment reprendre un quotidien normal. Et je dois dire que ça en valait la peine parce que là, depuis, je pense bien, depuis six mois, je suis vraiment de nouveau comme avant. super contente de bouger, d'être dehors j'ai de nouveau la niaque j'ai de nouveau envie de bien m'entraîner j'ai de nouveau un peu l'esprit compétitif voilà j'ai plus du tout mal à la tête tous les jours et puis je suis aussi super contente c'est un peu le message que j'ai envie de donner c'est que oui on peut en sortir et puis même si ça prend du temps ça en vaut la peine quoi On peut hésiter à demander de l'aide, même si parfois c'était assez dur. Mais voilà, et maintenant, je suis vraiment de nouveau... Ouais, j'ai l'impression que c'est un peu un nouveau départ. Et je suis super contente d'avoir comme une deuxième chance de pouvoir revivre la course à pied. Et puis cette fois-ci, de manière beaucoup plus saine, cette fois-ci, de nouveau, de manière où c'est moi qui décide ce que j'ai envie de faire, les courses que j'ai envie de faire, qui me font plaisir, et puis de le reprendre quand même. peu, voilà, beaucoup de plaisir et puis pas être contrôlée par quelque chose et puis ouais, je suis super contente pour ça quoi.
- Speaker #0
Ce qui est assez réjouissant dans le partage et je retiens la partie que tu viens d'achever là, c'est que j'ai l'impression que c'est la Simone qui venait de découvrir la course à pied qui redécouvre la course à pied maintenant selon ses propres règles Mais avec peut-être un poids en moins qu'est celui des études, parce que les études sont terminées, ton doctorat est terminé. Donc peut-être que maintenant aussi tu vas pouvoir, en tout cas t'adonner à 100% à cette passion-là quand tu pourras t'y consacrer, parce qu'il y a moins d'études et d'examens quand même derrière. Ah oui, clairement. Parfois, je suis comme une petite enfant qui redécouvre le monde du trait, les petits qui sont de nouveau super contentes. Quand je peux faire une longue sortie et que je me sens de nouveau comme je me sentais avant, vraiment cette liberté de pouvoir bouger juste comme on veut, et que le corps réagit et que l'esprit est super content, je redécouvre ça. Voilà, pour moi, c'est... voilà Parfois, je me compare à un petit enfant qui court dans la nature. Et pour ça, je suis super contente. Comme tu dis, je pense que maintenant, j'ai une deuxième chance de pouvoir le faire. Et je pense aussi que j'ai beaucoup appris. Je sais aussi maintenant où sont mes limites. Je sais ce que ça veut dire de faire du sport d'élite. Je sais qu'il faut mettre des choses en place, qu'il ne faut pas en abuser, que c'est quelque chose de précieux, qu'il faut en prendre soin. Et moi, on m'a toujours dit, moi, j'ai l'impression que c'est le plus gros cadeau, en fait, que maintenant que je puisse avoir, c'est de pouvoir de nouveau le faire et de nouveau avoir ces émotions et puis de ressentir ça. Et puis, j'ai surtout envie d'en prendre soin et je sais que voilà, pour ça, il faut aussi faire attention et qu'il ne faut pas le prendre un peu pour acquis de pouvoir courir comme on veut.
- Speaker #1
Je trouve ça magnifique, cet état d'esprit dans lequel tu es, parce que dernièrement, j'étais à Cremontana parce que je courais aussi le Ville de 10 ou le 15, je ne sais plus. Et puis, j'étais extrêmement content et surpris de voir qu'il y avait quelqu'un sur le podium que je connaissais très, très bien. C'était en l'occurrence toi. Félicitations pour ton podium au Ville de 50. tu me disais quand on a commencé à discuter que tu n'avais pas forcément de... de préparation spécifique, tu n'avais pas forcément pu t'entraîner spécifiquement pour la course, mais ça s'est quand même très bien passé pour toi, non ?
- Speaker #0
Oui, non, comme tu dis, je suis super contente parce qu'au final, je finis troisième. Non, parce qu'en début de saison, je n'avais pas du tout prévu de refaire un peu des longues distances. Pour moi, c'est vraiment cette saison-là où j'ai recommencé les compétitions aussi internationales. Je voulais un peu me retester. Et du coup, je me suis dit, pour me remettre en forme, il faut faire des trucs un peu moins longs, donc on va essayer de faire des verticales, aussi quelque chose qui n'impacte pas trop mon pied. Et je me suis dit, tu verras comment ça se passe, tu verras si tu prends du plaisir, si c'est encore fait pour toi, si tu retrouves l'esprit compétitif ou pas. Et en fait, j'ai vraiment vu une évolution au cours de la saison. Donc début de saison, j'étais encore un peu endormie, j'avais l'impression. Et vraiment, de course en course, je prenais de plus en plus de plaisir. J'apprenais de nouveau beaucoup de choses. Et sur la dernière course, du coup, j'ai fait les séries de la Coupe du Monde. Donc, j'ai aussi pu beaucoup voyager. C'était de nouveau trop bien. J'ai pu revoir des gens de 2018-2019 que je n'avais pas revus. J'ai pu renouer des liens d'amitié, notamment avec une très bonne amie de Norvège. Et en fait, de pouvoir revivre tout ça, pour moi, c'était wow, trop bien. trop cool. Et la dernière course de la Coupe du Monde, c'était fin août. Et là, je me suis dit, pourquoi pas essayer le Wiltsch Trubel parce que c'est une course qui était sur ma liste avant que je n'avais pas pu faire ces dernières années. J'adore l'idée de rejoindre la Suisse allemande à la Suisse romande, ou bien le Belande-Bernois au Valais. Je savais que c'était un parcours qui était magnifique. Et je me suis dit, vas-y. Sauf que je n'avais qu'un mois vraiment pour me préparer sur une plus longue distance. Et à savoir que la dernière semaine avant, le Ville Troubelle, ce n'est pas où on va faire le plus gros volume. Après, il faut dire que l'endurance, je savais que ça n'allait pas trop me poser de soucis. Parce que c'est quelque chose que... que j'aime bien et où je n'ai pas beaucoup de difficultés. Par contre, je suis un peu nulle en descente. Et ça, du coup, ça me faisait un peu peur. Parce qu'il y avait quand même 3000 dénivelé négatifs et je crois 3500 dénivelé positif. Je savais que les monter et tenir la longueur, d'une manière ou d'une autre, j'allais pouvoir le faire. Je ne savais pas trop comment, mais je savais que je devais trouver une solution. Par contre, les descentes, alors là... surtout avec un pied, que je ne savais pas trop comment il allait réagir sur autant longtemps, surtout avec une intensité en descente. Ça, ça me faisait peur. Et je pense que quand j'étais au départ, je n'avais pas trop conscience non plus à quel point j'avais du respect pour les descentes. Et du coup, c'est où je perdais quand même beaucoup, beaucoup de temps. Je me faisais tout le temps, tout le temps doubler en descente par les filles. Je les rattrapais en montée. Mais bon, après, quand ça se passe à chaque descente comme ça, au bout d'un moment, on n'arrive plus à les rattraper en montée. Donc, voilà. Donc, ça a confirmé qu'il faut que je travaille les descentes. Et puis, ça ira. Mais du coup, oui, je suis super contente de cette course et d'avoir pu recourir une auto à longue distance. Quand on prend dans les Pyrénées en 2025,
- Speaker #1
ça ne s'est pas fait. Est-ce que tu as la Slovénie, les championnats d'Europe, dans le coin de l'œil pour 2026 ou pas forcément ?
- Speaker #0
Oui, je pense. Par contre, je pense plutôt, si possible, de nouveau sur la montée, sur la verticale. Après, à savoir que oui, j'adore les montées. Par contre, quand c'est des efforts d'une heure, parfois, il me manque quand même encore un peu la puissance et la vitesse. Mon moteur, en fait, il s'active vraiment. Après une heure, donc sur les comptes, c'est des efforts de deux à trois heures. J'ai quand même beaucoup plus de facilité. Mais voilà, je vais essayer de travailler. Et puis, si ça se fait sur la verticale en Slovanie, j'adorerais. En plus, je connais le parcours parce que du coup, c'est où il y avait la finale de la Coupe du Monde cette année. Donc, je connais le parcours par cœur. Enfin, par cœur, je le connais, on va dire. Et j'avais vraiment beaucoup aimé, si ça soit aussi. que ce soit le parcours, la course, mais aussi la région. C'était magnifique comme pays. Donc, si j'ai l'opportunité d'y retourner, je le ferai avec grand plaisir. Donc oui, je pense que tout dépendra aussi de comment ça se passe l'hiver et de la course de sélection qu'il faut faire et des critères. Mais je pense que je vais tenter ma chance.
- Speaker #1
C'est magnifique. Je te tiens les pouces et puis je vais suivre de très très près en tout cas ton parcours et puis de toute manière on va rester en contact. Je te remercie 150 000 fois Simone pour ton témoignage qui était vraiment fantastique. Merci beaucoup, j'espère que ça en inspirera plus d'un qui sont en train de réaliser leurs études et puis qui triment. C'était vraiment un superbe témoignage et puis je te félicite encore pour ton récent podium et puis pour cette...
- Speaker #0
belles démonstrations de persévérance que tu nous as apporté aujourd'hui merci à toi voilà que de m'avoir reçu et puis voilà que j'ai pu partager et puis voilà ça m'a fait super plaisir c'est hyper cool merci beaucoup Simone merci
- Speaker #1
à toi merci d'avoir écouté cet épisode d'Au-delà du mur si le sujet vous a inspiré ou intrigué n'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer des prochains épisodes Rejoignez notre communauté sur les réseaux sociaux et partagez vos réflexions avec nous. Je serai ravi d'entendre ce que vous avez pensé de cet épisode. Et si vous avez aimé, pensez à laisser un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire conduire la communauté d'au-delà du mur. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là, continuez à questionner, à explorer. et à repousser vos limites.