- Speaker #0
Salut les amis, je suis ravi de vous retrouver pour ce nouvel épisode de podcast. Je vous propose aujourd'hui un épisode en eau trouble, dans lequel l'adolescence, la vie active ou encore la parentalité seront passées à travers le spectre de la performance. Tous les jours, toute la journée, dans tout ce que nous faisons, il y a une notion de performance qui est associée. Un exemple simple, les bonbons disposés à proximité des caisses dans les supermarchés. Un autre, le chef qui vous envoie un mail pendant un jour de congé. Ces deux exemples, bien qu'ils n'aient rien à voir avec le sport, font partie de ce thème de la performance. Avec mon invité, nous nous sommes soumis à l'exercice d'analyser les mécanismes en jeu dans la performance, que ce soit dans le sport ou dans le travail, et comme vous allez vous en rendre compte, il y a beaucoup de similitudes. Je vous souhaite une très belle écoute. Bienvenue dans Au-delà du mur. Le podcast pour tous les passionnés de course, qu'il s'agisse de bitume, de nature ou de piste. Que vous soyez débutant ou coureur à guéris, nous explorons ensemble la préparation physique et mentale, la nutrition et la santé pour vous aider à atteindre vos objectifs. Si vous cherchez des conseils pratiques, des témoignages inspirants et des discussions captivantes, vous êtes au bon endroit. Préparez-vous, votre voyage au-delà du mur commence ici. Ma chère invitée, bonjour, comment vas-tu ?
- Speaker #1
Bonjour, je vais très bien, merci. Et toi ?
- Speaker #0
Ça va, merci beaucoup. Merci de me consacrer ce temps, d'accepter de discuter avec moi. J'ai cru comprendre qu'aujourd'hui, tu n'as fait que de courir et pourtant, tu as quand même réussi à être à l'heure pour notre discussion. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Pour les gens qui ne te connaissent pas et qui n'ont pas reconnu ta voix, est-ce que tu peux nous dire qui tu es et d'où tu viens ?
- Speaker #1
Avec grand plaisir. Je m'appelle Mélanie Indy, je suis psychologue du sport. C'est mon métier de tous les jours. Et puis, d'où je viens, en tout cas mon parcours professionnel, j'ai un parcours assez classique de psychologue. J'ai fait mes classes sur Lausanne, à l'Université de Lausanne en psychologie, avec une orientation déjà plus ou moins sportive, parce que j'ai essayé d'orienter mon cursus. En fonction de la psychologie du sport, je savais déjà que je voulais faire ça assez tôt dans ma carrière. Et puis après ça, quand on sort, en tout cas à l'époque, avec un diplôme de psychologue de l'université, on n'a pas beaucoup d'expérience. Donc moi, j'ai fait un DU en préparation mentale et psychologie du sportif à l'université de Lille en France. Un DU, c'est un diplôme universitaire. Ça m'a permis d'avoir des outils pour travailler avec... avec les athlètes. Et puis, ensuite, je me suis formée, j'ai fait mon titre de spécialisation aussi à l'Université de Lausanne en trois ans, ce qui m'a permis d'obtenir mon titre de spécialiste en psychologie du sport. Mais parallèlement à ça, puisque c'était des formations post-grad, ma première insertion professionnelle, c'était dans le monde du travail, où j'ai travaillé en tant que spécialiste de la santé en entreprise pendant trois ans. Et puis après, j'ai pu monter ma consultation petit à petit en psychologie du sport jusqu'à... passer à 100% indépendante dans ce domaine-là. Voilà.
- Speaker #0
Donc, c'est un livre que tu viens de détailler. Donc, on va essayer d'y aller page par page en essayant de ne pas trop en oublier. Tu disais que tu as commencé, enfin, tu savais très tôt que tu voulais t'orienter dans la psychologie sportive. J'imagine que c'est parce que tu as un passif sportif ou que tu es encore sportive actuellement ?
- Speaker #1
Oui, absolument. Alors, moi, j'ai fait du twirling pour ceux qui ne connaissent pas ce sport. En gros, c'est la version sportive des majorettes. Donc c'est les mêmes mouvements que la gymnastique rythmique et sportive qu'on connaît mieux. C'est des athlètes qui travaillent avec des ballons, des cerceaux, des rubans. Sauf que dans le twirling, on travaille avec un bâton de majorette. Et puis malheureusement, j'ai connu un épisode de blessure assez tôt dans ma carrière à 14 ans. J'ai malheureusement cassé mon ligament croisé antérieur du genou. Et puis, ça a mis fin à ma carrière. Et à l'époque, j'aurais bien voulu avoir un psychologue du sport à qui me confier. C'était un moment difficile pour moi. Sauf que, à cette époque-là, on ne connaissait pas tellement la psychologie du sport. On ne savait pas vraiment que ça existait. Il y avait peu de praticiens en Romandie. Et puis, c'est au moment de passer au gymnase, de choisir une option spécifique, où j'avais pris philo-psycho. Et c'est là que j'ai appris que la psychologie du sport existait. Et je me suis dit, tiens ! Ça regroupe mes deux passions dans la vie et c'est ça que je veux faire. Voilà comment ça m'a menée à ce métier un peu particulier de la psychologie du sport.
- Speaker #0
Et dans le cadre de ta blessure, tu disais que tu cherchais, que tu aurais bien voulu avoir un psychologue du sport, mais pour qui ? A quoi ? A revenir ou à gérer le processus de blessure ou à accepter la fin de ta carrière ?
- Speaker #1
Pas forcément à revenir. Je pense que j'étais dans une phase de ma vie où je n'aurais pas voulu forcément revenir au sport de compétition. Parce que c'est un milieu quand même assez rude. Et puis quand on a 14 ans, on est en prise avec des questions de l'adolescence. Mais oui, j'aurais bien voulu avoir un psychologue du sport à cette époque-là, je pense, pour déjà traverser ce processus de blessure, toutes les émotions qui sont liées à tout ça, faire le point probablement sur ce qui m'avait amenée à cette blessure. Et puis... Et puis, préparer la suite probablement aussi au niveau sportif. Parce qu'assez tôt, les médecins m'ont dit, et ça, c'est encore une des choses qu'on entend heureusement de moins en moins, mais les médecins m'ont dit, il ne faut plus faire de sport, mademoiselle. Et puis, quand on est une sportive de haut niveau où l'entraînement prend beaucoup de place dans la vie, dire qu'on ne pourra plus jamais faire de sport à cause d'un genou blessé, ce n'était pas entendable pour moi. Alors, j'ai quand même fait du sport avec une attelle. J'ai trouvé des adaptations. Et puis… Au final, je fais encore du sport maintenant, donc c'est tout à fait possible de refaire du sport après un ligament croisé lésionné, disons. Mais oui, j'aurais bien voulu avoir quelqu'un qui m'accompagne sur ces aspects émotionnels de ce moment de la blessure en même temps que l'adolescence. Et puis, je pense que je vais rêver un petit peu différemment. Voilà.
- Speaker #0
Ce qui explique peut-être justement que tu sois également active dans l'association End You. Alors ça, c'est plutôt... C'est plutôt une association qui a pour but d'alerter ou de faire de la prévention dans le cadre de la maltraitance chez les jeunes. Mais ce n'est pas vraiment ton cas de figure. Comment est-ce que tu t'es retrouvée embarquée dans cette aventure d'association ?
- Speaker #1
En fait, j'ai co-créé cette association. Elle n'existait pas avant qu'on la fonde. Comment je me suis retrouvée là ? En fait, cette question des maltraitances, elle m'a toujours un petit peu suivie. de par le fait de mon expérience, je faisais un sport esthétique où le poids était quand même une question très importante. Justement, quand on est adolescent, on est en prise avec des questionnements sur son image, sur le fait de grandir, le fait de grandir peut-être un petit peu plus vite que les autres, se former, avoir ses règles en tant que fille. Et puis tout ça, ce n'est pas forcément évident, c'est une grosse pression. Et moi, justement, je n'ai pas très bien vécu ça en fait. des soucis après, de troubles du comportement alimentaire. Et en fait, sur le moment, je ne m'étais pas vraiment rendue compte que j'étais dans un milieu qui pouvait être assez maltraitant. Donc voilà, après, moi, j'ai fait mon petit bonhomme de chemin. Et puis, à peu près trois ou quatre ans avant les Jeux de la jeunesse, le ZAN 2020, on commençait à parler un peu de maltraitance dans le sport. Moi, je commençais à entendre des histoires de la part de mes patients ou de mes patientes qui ne me semblaient vraiment pas très correctes. soit d'athlètes entre eux, soit les coachs, les attitudes ou les comportements de coachs envers certains athlètes. Et puis j'ai contacté mes collègues du CHUV, notamment le docteur Stéphane Tertier, en lui disant mais est-ce que vous, dans votre département de la santé des adolescents, la DISA, où il y a un département sport ado, est-ce que vous êtes en prise avec ces questionnements ? Est-ce que vous faites quelque chose ? pour ça, est-ce qu'on pourrait y réfléchir ensemble si tel est le cas ? Et puis lui, il m'a dit, écoute, on est justement en train de monter une activité de prévention contre les maltraitances pour les JOJ, dans le cadre de l'événement des Jeux Olympiques de la jeunesse. Et en fait, il m'a embarquée dans ce groupe interdisciplinaire où on a travaillé trois ans sur l'élaboration d'une expérience que les athlètes pourraient vivre et qui ferait office de prévention de ces situations de maltraitance. Et puis, on a mis ça en place pour les Jeux. Moi, j'ai géré tout ce qui se passait au niveau prévention sur le village olympique de Saint-Maurice. Et à la suite de ça, on s'est dit quand même que tout ce qu'on avait fait, c'était vraiment super, qu'on avait construit quelque chose de vraiment chouette, qui parlait aux ados. Et puis, que ce serait sympa d'avoir un héritage de ces Jeux pour les jeunes du canton, en fait, et de la Romandie, parce que c'est vrai que ça a touché les athlètes internationaux qui sont venus pour ces Jeux. Mais on avait envie que ça puisse profiter aussi aux jeunes de la région. Et pour ça, pour continuer nos activités, on avait besoin d'argent, on avait besoin de fonds. Et pour faire ces demandes de fonds, on avait besoin d'avoir une association. Et c'est comme ça que l'association s'est créée. Voilà, la petite histoire.
- Speaker #0
CQFD, quand vous avez fait justement cet exercice de prévention et d'accompagnement des jeunes pendant les GOJ, Est-ce que c'était une thématique qui parlait à tous les jeunes du monde entier ? Je m'explique. En tout cas, moi, j'ai toujours ce cliché des films où on voit les gens dans les pays de l'Est qui font des exercices à la barre, des danseuses étoiles, etc. où il y a la directrice avec les baguettes, etc. Mais est-ce que c'est un cliché ? Est-ce que c'est un cliché ou est-ce que c'est quelque chose qui est plutôt à tendance généralisée, y compris aussi en Occident ?
- Speaker #1
Ce n'est pas tellement un cliché. Au travers de cette expérience, on a aussi mené une étude. On a récolté des données sur la sensibilité ou la tolérance à la violence. On a pu classer les données en fonction d'où provenaient les gens, de quel type de sport ils faisaient. Cette étude a été publiée, elle est accessible pour ceux qui veulent en savoir un peu plus. Mais en gros, c'est vrai qu'on a remarqué que les athlètes... des pays de l'Est ont une sensibilité moins grande à la violence, en tout cas une tolérance plus élevée à la violence. Il y avait certains films qu'on leur montrait, parce que l'expérience End Use c'était ça, on leur montrait des films grand public avec des scènes de violence plus ou moins explicites, avec différents types de maltraitances, et puis on voulait savoir un petit peu comment ils se situaient par rapport à ces situations qu'ils ont vues. Et ensuite on en discutait avec eux, puis on leur transmettait des messages de prévention. En effet, la tendance était plutôt à ce que les pays de l'Est aient une tolérance plus grande à la violence, une normalisation de certaines scènes qui nous paraissaient, avec notre regard d'occidentaux, clairement au-delà de la limite. Et puis on a vu aussi que les filles, comparées aux garçons, avaient tendance à être plus sensibles à ces scènes de violence que les garçons qui auraient plutôt tendance à les normaliser. Voilà, donc on n'est pas très loin du cliché.
- Speaker #0
Malheureusement, oui. Et puis, donc, JOJ, c'était des jeunes qui venaient du monde entier, mais quel rôle pour les parents là-dedans ?
- Speaker #1
Alors, pour les JOJ, les parents n'étaient pas présents, il n'y avait que des coachs. Donc, on n'a pas tellement eu accès, en fait, à ce que les parents pouvaient... mais à partir du moment où on a monté cette association, puis qu'on a commencé à faire de la sensibilisation ici, on fait aussi des soirées pour les parents, on essaie de les sensibiliser à ces questions de maltraitance, déjà d'avoir une compréhension commune de ce que c'est la maltraitance dans le monde du sport des jeunes, quels sont les types de maltraitance qu'on peut retrouver, comment ça se matérialise, disons. Et puis, on les sensibilise aussi au fait que les adultes, c'est sûr, ils ont un rôle de modèle, mais il y a aussi cette hiérarchie qui fait que parfois, on peut abuser du pouvoir qu'on a sur les jeunes. Et il faut en être conscient parce que justement, les jeunes qui sont là prennent exemple sur les parents, prennent exemple sur les coachs qui deviennent des gens très importants, surtout au moment de l'adolescence. Et puis... On sait aussi qu'on a plutôt tendance à reproduire ce qu'on a vécu. La violence se reproduit de génération en génération si on n'a pas travaillé ça. Et surtout dans le monde du sport, où il y a une normalisation de la violence au profit, au nom de la performance, parfois il y a des comportements qui sont tout à fait acceptés dans le monde du sport, qu'ils ne le seraient pas dans un autre contexte. Donc les parents ont un grand impact, évidemment, de protection de leurs enfants. Ils ont un devoir de protection sur leurs enfants. Mais parfois... On a un peu le cliché du coach qui maltraite son athlète. C'est sûr, ça arrive, ça a existé et ça existe encore. On sait aussi que la plupart de la maltraitance se passe entre pairs. En fait, on a beaucoup entendu parler des phénomènes de harcèlement, intimidation entre pairs à l'école. Mais ça se passe aussi, évidemment, dans le milieu du sport. Ce sont des milieux qui ne sont pas complètement déconnectés. Mais il y a aussi la pression. que les parents peuvent mettre sur leurs enfants, qui peut aussi être une forme de maltraitance, alors que la première intention est de vouloir bien faire, de vouloir faire en sorte que son enfant soit performant, qu'il aille chercher des médailles. Et puis, a priori, quand on discutait avec des parents qui ont poussé leurs enfants un peu trop, peut-être, ou ça a pu être dommageable pour leur santé psychologique ou physique, leur intention, c'était jamais de faire du mal. C'était plutôt que leurs enfants réussissent. Mais c'est vrai qu'au profit de la performance, parfois, on fait des choses qu'on n'aurait pas faites dans un autre contexte.
- Speaker #0
Clairement. Et c'est là où je voulais en venir. C'est qu'on est tous convaincus que notre enfant, c'est le prochain fédéraire. Donc, comment faire pour être vigilant, justement, pour identifier les premiers signes de maltraitance envers nos enfants ? Alors que... Oui, on veut justement le meilleur pour eux, mais comment est-ce qu'on peut faire pour bien faire la différence entre, oui, on veut les stimuler, on veut qu'ils soient meilleurs qu'on n'a jamais été, mais attention, là, c'est peut-être un peu trop tiré sur la corde, comme qui dirait. Est-ce qu'il y a des signes, des indicateurs qu'on peut détecter ?
- Speaker #1
Oui, déjà le premier indicateur, tu l'as dit, je pense qu'il faut bien être au clair sur sa propre histoire. Est-ce que j'ai envie que mon enfant soit meilleur que ce que moi j'ai été ? Est-ce qu'il doit accomplir quelque chose que je n'ai pas pu accomplir dans ma vie ? Et si on est déjà dans ce schéma-là, alors attention parce qu'on pourrait vite déborder, on pourrait vite aller au-delà des limites. Donc je pense que la première chose à faire déjà, c'est de se rappeler qu'on a des enfants qui sont des enfants et ces enfants-là, ils doivent pouvoir jouer, ils doivent pouvoir avoir du plaisir. plaisir dans ce qu'ils font peu importe le loisir qu'ils font et quand on est au stade de l'enfance c'est important qu'il y ait cette notion de plaisir parce que si c'est déjà de la contrainte du drill des entraînements trop importants on va nuire à leur croissance déjà on va avoir des problèmes au niveau physique on va aussi avoir des problèmes au niveau du développement psychologique parce que les enfants ont besoin de s'amuser ont besoin de jouer et en tout cas ce que le monde médical préconise c'est de favoriser en fait déjà que l'enfant puisse choisir le sport ou le loisir qu'il a envie de faire et pas qu'il soit imposé par les parents et de deux qui puisse toucher à plusieurs choses le premier conseil ce serait déjà de dire bon je discute avec mon enfant sur ce qu'il a envie de faire qu'est ce qui l'attire qu'est ce qui l'attire pas Je peux l'inscrire à plusieurs choses sans surcharger son agenda non plus, parce que parfois on voit des enfants qui ont des agendas plus importants et plus chargés que des adultes, entre l'école et les activités extrascolaires, puis il n'y a plus beaucoup de temps aussi de récupération, justement de jeux, d'ennuis. On a plutôt tendance à blinder leurs agendas, et ça c'est compliqué aussi parce que les enfants et les adolescents ont besoin de temps pour se développer, ils ne sont pas des petits adultes. Et leur corps et leur cerveau ont encore besoin de se développer. Et ça passe aussi par le repos.
- Speaker #0
Et quelles conséquences, ou alors peut-être que tu n'as pas encore ce recul ou les études n'ont pas été réalisées, mais quelles sont les conséquences qu'il pourrait y avoir une fois justement atteint l'âge adulte pour les enfants qui pourraient subir ce genre de maltraitance-là ?
- Speaker #1
Oh, on a le recul tout à fait nécessaire. d'études qui sont sorties là-dessus. D'ailleurs le CIO a émis des consensus sur les maltraitances, en fait. En anglais on appelle ça harassment and abuse donc le harcèlement et les abus, mais ça va un petit peu au-delà de ça. Les conséquences peuvent être très graves. Alors non seulement elles peuvent être au niveau physique, parce que justement des athlètes qu'on a usés, épuisés, ça crée des blessures, ça crée des douleurs chroniques et ça a un impact sur le long terme. On sait aussi que les commotions cérébrales à répétition peuvent entraîner des démences. On a eu des exemples avec le football américain, où ils sont revenus un peu sur le fait de mettre des règles différentes aussi pour les jeunes, parce qu'il y avait trop d'impact. On est en train d'y penser pour le hockey. Donc, il peut y avoir vraiment des conséquences physiques et physiologiques très importantes sur la santé physique, disons. Mais les conséquences, elles sont souvent… plus psychologique, où on a des gens qui sont en dépression, et ça arrive parfois jusqu'à des suicides, tellement qu'on a l'impression d'être coincé dans cette situation-là, et puis que la seule issue, c'est le fait de sauter la vie. Donc les conséquences peuvent être vraiment très graves.
- Speaker #0
Et là, je fais un parallèle, ou alors peut-être un trop grand écart, ça c'est toi qui me le dis. Mais c'est des personnes, justement, une fois qu'elles sont dans l'âge adulte, donc elles se retrouvent dans le monde professionnel. Le côté compétitif n'est certes pas là, mais la dépression ou les gens, justement, qui ne se sentent pas bien dans leur peau, c'est aussi des choses qu'on retrouve également dans le monde du travail. Donc, est-ce que les schémas sont les mêmes ou pas ?
- Speaker #1
Alors, pour une certaine partie, oui. Pour une autre, non. C'est-à-dire que quand on parle de maltraitance dans... Le sport, il faut bien se rendre compte que justement, le monde du sport normalise certains comportements, certaines attitudes au profit de la performance. Mais c'est vrai que le parallèle peut être fait avec certains milieux professionnels très exigeants où tout à coup, on va demander à des gens de travailler jour et nuit, de ne plus avoir assez de temps de repos, de récupération, de se donner corps et âme pour leur travail. Et puis, c'est vrai que du coup, on voit des épuisements. On voit des gens qui sont malheureux dans leur métier et au final, ça peut aussi entraîner des conséquences très importantes. Alors peut-être un petit peu moins sur le côté physique, quoique ça dépend du métier qu'on fait, mais les conséquences psychologiques peuvent être très importantes. Quand on regarde, c'est des histoires de culture en fait aussi, quand on regarde au Japon ou en Chine. Des cultures du travail où on ne s'arrête pas tellement, où on ne dort pas beaucoup. On voit des gens qui meurent d'épuisement. Donc, les conséquences sont toutes aussi graves.
- Speaker #0
Et justement, dans ton expérience de trois ans en tant que spécialiste en santé et en entreprise, c'est quoi le constat général que tu peux faire ? Est-ce que tu étais déjà dans une seule entreprise ou tu en as visité plusieurs ?
- Speaker #1
Alors, j'en ai visité plusieurs parce que je travaillais pour un service qui appartenait à une assurance. Et en fait, cette assurance avait assuré en perte de gains les entreprises. Et c'était un service qui fournissait en plus à ces entreprises-là, évidemment pour limiter l'absentéisme et du coup limiter les dépenses que l'assurance devrait faire pour ces entreprises. Mais finalement, le but était assez louable, c'est-à-dire que les différentes entreprises qui étaient assurées dans cette assurance pouvaient bénéficier de ces prestations. Donc j'ai vu beaucoup d'industries différentes, beaucoup de milieux différents. Et les constatations, alors évidemment dans certaines industries, beaucoup de troubles musculo-squelettiques liés à l'activité en elle-même, mais aussi liés à la charge psychique. On parle souvent du fait d'en avoir plein le dos et puis qu'en fait on se bloque le dos. Oui, on sait que les conséquences d'un mal-être psychique peuvent retentir sur le physique. Mais c'est vrai que ce que j'ai vu, et j'ai peut-être un biais parce que je suis psychologue, et puis que du coup, j'intervenais aussi en tant que psychologue dans les entreprises, beaucoup de souffrance au niveau psychologique, beaucoup de stress, beaucoup de personnes épuisées. Et d'ailleurs, ce n'est pas que moi qui le constate. Il y a un organisme qui s'appelle Promotion Santé Suisse, qui, tous les deux ans à peu près, fait une étude sur le stress des personnes actives en Suisse. Et malheureusement, on voit qu'il y a une augmentation des… du pourcentage de gens qui se sentent épuisés, voire très épuisés, en raison de leur domaine professionnel. Donc c'est une constatation que j'ai pu percevoir, mais c'est une constatation que les spécialistes font de manière générale, liée au monde du travail.
- Speaker #0
Mais est-ce que c'est parce qu'on pose plus souvent la question à plus de personnes, ou est-ce qu'il explique justement que... Enfin, qui cherche trouve, quoi. Donc, est-ce que, justement, on pose la question à davantage de personnes et du coup, on se rend compte que le chiffre, il augmente ? Ou est-ce que, par rapport aux mêmes personnes, justement, si on les suit sur quelques années, on se rend compte que, ben non, c'est des personnes qui, gentiment, sont en train de glisser vers un état de stress, etc., au niveau de leur travail ?
- Speaker #1
Je ne pense pas que ce soit un effet de... On pose plus la question, alors il y a plus de monde qui répond. Puisque ça concerne tous les travailleurs actifs en Suisse et que cet index est fait tous les deux ans. Alors, ce n'est pas forcément toujours les mêmes personnes qui répondent, mais de manière générale, l'effet est le même. Par contre, non, c'est aussi le monde du travail qui presse toujours plus les gens. On voit qu'on est dans des contextes où le travail est toujours le même, il y a des cadences de travail qui augmentent, une mondialisation du travail, on travaille avec… tous les plus horaires du monde et puis au final on coupe dans les budgets, on coupe dans les moyens, on met moins de monde pour faire le même travail et puis ça c'est problématique parce qu'en fait on n'a que 24 heures dans une journée et si la culture du travail tend vers ce genre de pratiques, c'est sûr que le mal-être et la détresse psychologique va augmenter et c'est ce qu'on voit.
- Speaker #0
Donc ce qui stresse, ou en tout cas ce qui semblerait causer le plus de tourments aux gens, c'est l'augmentation des cadences de travail.
- Speaker #1
Ça, c'est une des raisons. L'augmentation des interruptions aussi. Le fait d'être toujours atteignable, enfin de devoir toujours être atteignable. D'avoir des pop-up qui arrivent sur son écran, des collègues qui viennent nous interrompre, des téléphones. apprendre, il faut répondre à tout le monde tout de suite, les emails qui ne peuvent pas attendre. Oui, c'est la cadence, c'est la manière de travailler, c'est les open space aussi, où il y a beaucoup plus de bruit, beaucoup plus de sollicitations, c'est tout ça. Et puis, il y a aussi quelque chose qui a changé depuis le Covid, c'est le télétravail. Et autant, ça peut être un super bénéfice, parce que ça permet une flexibilité, ça permet justement d'avoir peut-être des horaires un peu plus souples. permettre une conciliation vie privée-vie professionnelle un peu plus facile, mais ça floute aussi les barrières, les limites entre la vie privée et la vie professionnelle. Et on serait vite tenté de répondre vite à un petit mail dans son lit à 23 heures ou de vite encore faire quelque chose à la maison parce qu'on a la possibilité, on a la connexion. Et ça, parfois, pour pouvoir vraiment se reposer, pour pouvoir déconnecter, ce n'est pas si évident.
- Speaker #0
Mais comment, justement, pour les personnes qui se retrouveraient dans cette situation-là ? Parce que des fois, j'ai l'impression, justement, de commencer à devenir ce genre de personnage-là et je me dis, non, non, il faut arrêter. Mais pour les gens qui se retrouvent déjà dans ce cas de figure-là, plus oser déconnecter, parce que je n'ai pas l'impression qu'il y a des injonctions à être disponibles tout le temps, parce qu'en soi, quand on reçoit un mail, il y a... Je rarement écris, j'attends une réponse dans la seconde. Il y a quand même une pression qu'on se met ou qui est mise d'une certaine manière. Mais comment est-ce qu'on peut faire pour se sortir de cet engrenage de non, non, je reçois un mail, il faut que je réponde tout de suite
- Speaker #1
Oui. Bon, il n'y a pas d'injonction. Il y en a, mais peut-être de manière un peu implicite. C'est-à-dire que quand je reçois un mail de mon chef à 23h, mais que lui me dit en séance que non, non, ce n'est pas attendu de ma part que je réponde à mes emails à 23h, finalement, c'est compliqué, parce que lui le fait. Et il y a aussi l'injonction ou le comportement des personnes qui ne peuvent pas attendre une réponse de mail, qui envoient un mail, qui attendent un petit moment et puis qui nous appellent derrière pour nous dire Est-ce que tu as vu mon mail ? Je pense que tu vas me faire sourire plus tard, parce qu'on a tous connu ce genre de cas de figure. Oui et non, c'est vraiment cette histoire de culture où ce n'est pas forcément écrit noir sur blanc dans votre contrat de travail ou dans votre liste de tâches que vous devez répondre dans les cinq minutes. Mais au final, il y a quand même une culture qui s'installe, qui fait que c'est vraiment valorisé si on le fait. Donc, c'est compliqué parce que ça veut dire qu'il faut s'autodiscipliner, il faut remettre en question ces modes de fonctionnement et puis peut-être mettre en place des choses très concrètes. C'est-à-dire que… C'est ça que je voulais parler. peut-être mettre une fin dans son agenda de journée de travail, donc à partir de 17h ou l'heure que vous souhaitez. Vous n'êtes plus disponible, vous le marquez sur votre agenda partagé avec tous vos collègues et vous vous forcez à ne plus répondre si on vous appelle après cette heure-là. Je sais que c'est des généralités, ça ne s'appliquera pas à tout le monde bien sûr, mais le fait de ne plus avoir ses mails sur son portable, ça, ça peut être aussi quelque chose de très intéressant. Parce qu'on est vite tenté à regarder, à scroller un petit peu, à voir, ah bah tiens j'ai reçu un email, bon bah j'y réponds vite, de toute façon ça ne me coûte pas grand chose et puis ça ne me coûte pas beaucoup de temps. Mais en fait c'est une intrusion de la vie professionnelle dans la vie privée. Si vous avez la possibilité de ne pas avoir vos emails sur votre téléphone et de les laisser que sur votre ordinateur portable, ou d'avoir un téléphone, enfin d'avoir deux téléphones en fait, d'avoir un téléphone professionnel et un téléphone privé, ça aide aussi à faire un peu la différence. Et puis d'avoir un peu des rituels aussi. Par exemple, si vous faites du sport, l'activité physique, ça aide beaucoup à gérer le stress. De pouvoir faire quelque chose entre le moment où vous sortez du travail et le moment où vous avez du temps privé, où vous allez souper avec votre famille ou voir des amis, ça peut être utile. On appelle ça un peu des sasses de décompression. Ça permet vraiment au cerveau aussi de comprendre qu'on n'est plus dans le moment professionnel. Et puis... on a du temps pour soi, pour pouvoir investir aussi le temps privé. Mais c'est vrai que ces espaces physiques sont importants, de différencier ces espaces physiques, parce qu'avec le Covid, tout s'est un petit peu embrouillé. Avec le télétravail, parfois, on reste des jours entiers dans le même espace où on se travaille, on mange, on dort et on est avec sa famille. Et ça, ça peut être parfois un petit peu délicat en termes de santé mentale.
- Speaker #0
Totalement, tu parlais de... Ça, c'est quelque chose qui me parle, ce sport. comme soupape de décompression, mais si je force le trait à fond en me disant que ça ne va pas du tout au niveau professionnel, et puis mon seul moyen justement de me sentir plus ou moins, de me remettre plus ou moins à flot, c'est de pratiquer le sport. On peut tenir combien de temps dans une situation comme ça ? Ça dépend qui vous êtes déjà, à quel niveau d'entraînement vous avez. Mais c'est vrai que si c'est la seule manière de décompresser, là on a un souci parce que le jour où vous ne pouvez pas en faire, ou si vous vous trouvez dans un endroit où ce n'est pas possible, ou que vous êtes malade par exemple, ou que vous êtes blessé, parce que ça c'est un risque si on fait trop d'activités physiques et qu'on n'a pas assez de temps de récupération, les blessures arrivent. C'est le corps qui dit stop à la place de la tête. Donc, combien de temps, on ne sait pas trop. Mais c'est vrai que moi, j'aimerais bien parler là d'addiction au sport, du coup. Parce que si le sport a cette fonction-là de décompression, c'est super. Mais il faut avoir peut-être d'autres moyens de décompression aussi. Soit par des techniques de respiration, de relâchement, de relaxation. Ou, je ne sais pas, de l'art ou d'autres choses, en fait, qui permettent à chacun de trouver son...... sa propre soupape de décompression en disant mais c'est vrai que si elle est unique, là on peut peut-être avoir un souci Et c'est toujours une question d'équilibre. C'est que si on en fait beaucoup et tout le temps, on va avoir des problèmes. Parce qu'en fait, le souci qu'on a aussi avec cette addiction au sport, c'est que c'est la seule addiction qui est socialement valorisée. C'est-à-dire que plus vous allez faire de sport, plus votre entourage va le savoir, plus vous allez devenir un héros. Par contre, si votre soupape de décompression, c'est l'alcool ou la cigarette ou les jeux d'argent, là, ce sera quand même beaucoup moins socialement valorisé. Vous allez être beaucoup plus vite critiqué ou stigmatisé. Pourtant, les mécanismes sont les mêmes. Et on peut tout à fait souffrir d'addiction au sport au même titre que d'une autre addiction. Donc, attention à ne pas glisser dans ces extrêmes. Le sport, c'est bon pour la santé. Il faut en faire. Le corps a besoin de bouger. Moi, je préfère parler d'activité physique plutôt que de sport. Si on a envie de faire du sport de compétition, c'est très bien. Mais il ne faut pas que ce soit la seule manière de décompresser d'un travail qui ne nous satisferait pas ou qui est très stressant.
- Speaker #1
Et là, justement, dans les propos qu'on vient de tenir, je ne vais pas dire que c'est une généralité, mais c'est quelque chose avec le temps. Depuis que j'ai débuté ce podcast-là, je me rends compte qu'il y a une catégorie de personnes qu'on n'a pas abordées dans cette pression du monde du travail, dans cette pression du monde du sport. C'est les femmes, parce qu'elles ont ce genre de pression-là à la maison, au travail, en sport et encore plus si c'est des athlètes d'élite.
- Speaker #0
Oui, il faut être une femme qui gère à la maison, il faut être une bonne maman, il faut être une bonne épouse. aussi être performante dans le monde du travail, mais par contre quand même pas trop parce que les femmes cadres ça fait peur et puis une femme cadre on voit que c'est difficilement conciliable avec une vie de famille d'ailleurs les femmes qui sont à des postes à responsabilité sont moins nombreuses que des hommes à postes à responsabilité donc c'est compliqué parce qu'avant on parlait d'injonction, là c'est des injonctions qui sont contradictoires et c'est la même chose dans le monde du sport, on commence à avoir des exemples maintenant Et avec les derniers jeux en date, on a vu que c'était possible. Mais c'est vrai qu'il n'y a pas si longtemps que ça, les femmes avaient l'impression qu'elles devaient choisir entre une carrière sportive et une expérience de maman, un peu au même titre que dans le monde professionnel, où soit on choisit d'être carriériste, soit on choisit d'être maman, mais on ne peut pas faire les deux quand même.
- Speaker #1
Mais est-ce que du coup, avec toutes ces similitudes-là, ça me fait repenser justement à quand tu parlais du monde du télétravail ? depuis le Covid, mais en fait, même avant le Covid, on reste quand même systématiquement dans cette performance à tout prix, peu importe dans le domaine dans lequel on se trouve. Donc on est de toute façon condamnés à une performance quelconque, que ce soit au niveau du sport, que ce soit au niveau du travail. Les indicateurs ne sont certes pas les mêmes, mais les conséquences, j'ai quand même l'impression que la finalité, c'est les mêmes, surtout quand c'est Netflix. Donc quand on se tue à la tâche et qu'on répond au mail à 23h, alors des fois le chef y remarquera, peut-être qu'un jour il ne remarquera pas, et puis ça aura pris 3h pour répondre à son mail, mais j'ai quand même l'impression que ça ne date pas du Covid ça ?
- Speaker #0
Non, on vit dans une société de performance, c'est clair, et je pense qu'il faut en être conscient, et remettre ça en question aussi, parce que ça a des impacts importants sur la santé physique et la santé mentale surtout. Donc prendre un pas de recul et se demander Est-ce que c'est vraiment comme ça que j'ai envie de vivre ? Est-ce que je suis prêt à payer le prix de ma santé pour le travail ? ou pour le sport. Et je pense que le prix de la santé est trop élevé pour tout ça. Mais j'ai l'impression aussi que les nouvelles générations, si on parle avec les jeunes et on voit cette tendance avec la génération Z, ils n'ont plus envie de travailler à 100%. Ils remettent un peu en question ces modèles de performance à tout prix. Et puis la vie privée et la santé prend une place plus importante que celle qu'elle a pu faire. prendre ou qu'elles ont pu prendre dans les générations précédentes. Donc, j'ai l'impression qu'il y a une prise de conscience et puis j'espère qu'il y aura un revirement aussi de situation. Moi, j'ai confiance dans la jeunesse, en tout cas, à ce niveau-là.
- Speaker #1
Donc, effectivement, on a tendance à travailler un peu moins, mais en faveur de quoi ? Est-ce qu'on sait ? C'est plus de temps en famille ? Est-ce que c'est plus de temps en sport ? On ne sait pas.
- Speaker #0
C'est plus de temps pour soi aussi, plus de temps en famille. On n'a plus envie de consacrer sa vie de famille et ses enfants au profit d'un travail. On a envie de pouvoir investir des loisirs, investir des voyages. Je crois que c'est la vie de manière générale, ce n'est pas seulement le sport. Alors le sport fait partie du bien-être, je crois. Mais j'ai l'impression que c'est plutôt les projets personnels qui prennent le pas, plutôt que quelque chose en particulier.
- Speaker #1
Et si j'étais un patron et que j'écoutais justement la discussion qu'on est en train d'avoir, je me dis purée, je suis un tortionnaire, il faut absolument que je change si je ne veux pas perdre tous mes collaborateurs Mais donc, qu'est-ce qui se passe ou qu'est-ce qui doit se passer au niveau des patrons justement pour que ça change ? Parce qu'on se rend compte que les gens veulent de moins en moins travailler, donc ça veut dire que d'une certaine manière, le patron, si je reste dans le cliché, ça veut dire qu'il va gagner moins. Donc qu'est-ce que lui, il peut faire ? Le collaborateur, il n'a pas envie de… trop se détacher de son travail ?
- Speaker #0
Je crois pas que c'est une volonté de moins travailler, c'est de travailler différemment en fait. Et puis pour les patrons c'est de voir que si on continue à presser les gens comme on les presse maintenant, ça va coûter cher parce qu'en fait ce sera des gens qui sont plus productifs, qui sont en arrêt de travail. Alors d'accord on a des assurances pour ça mais les assurances se payent aussi donc ce sera aussi une dépense avec des primes qui sont plus élevées et au final une perte d'efficacité. Si on repense un peu les modèles du travail, proposer des temps partiels, du job sharing par exemple, un 100% mais divisé en 2,50%, on ne perd pas en efficacité, on ne perd pas en qualité du travail. On a des gens qui sont motivés, qui même auront peut-être tendance à faire un peu plus que ce qu'il leur est demandé, parce que justement, ils ont un bon équilibre, vie privée, vie professionnelle. Et en fait, probablement que tout le monde est gagnant là-dedans. Donc c'est repenser un peu les modèles. de travail, je pense, et des conditions de travail qu'on propose pour que tout le monde s'y retrouve, en fait. Et aussi, une des craintes avec le Covid, c'est le télétravail. Les patrons de l'ancienne génération, avec un besoin de contrôle important, se sont dit Ouh là là, mais alors le télétravail, c'est la porte ouverte au tir au flanc. Si je peux dire ça comme ça, en disant Mais les gens vont être à la maison, ils ne vont pas travailler. En fait, on s'est rendu compte que les gens ont travaillé plus et qu'il n'y a pas eu de perte de productivité durant le Covid. Donc voilà, pour moi, c'est un constat vraiment très intéressant en disant, quand on donne la possibilité aux gens d'investir d'autres domaines de leur vie qui sont importants pour eux, ils sont plus motivés au travail, ils vont être moins absents, ils vont être plus impliqués dans l'entreprise et au final fournir une meilleure performance. Donc c'est des win-win.
- Speaker #1
Absolument. Et est-ce que ça passe forcément par des adaptations du temps de travail ou est-ce qu'il y a d'autres choses qui devraient aussi changer ou évoluer ? dans le monde du travail pour que les gens se sentent mieux ?
- Speaker #0
Ça c'est une des mesures. Il y a beaucoup de mesures différentes pour influencer la santé des travailleurs et leur motivation. Mais ça peut passer par plein de choses. Ça peut passer par le fait d'avoir des infrastructures sur place pour favoriser l'activité physique. Par exemple sur la pause de midi, si on a des douches, c'est plus facile que si on n'en a pas. C'est organiser par exemple... j'en sais rien, mais des back to work par exemple. Et puis c'est des défis qui sont intéressants parce que les gens se mettent par équipe et puis non seulement bougent, mais en plus renforcent le respect d'équipe. Et puis on voit que l'employeur se soucie de notre santé, donc ça crée une identification plus importante à l'employeur. Enfin, il y a beaucoup de mesures qui peuvent être intéressantes. Ça peut passer de… de la cafétéria avec une alimentation saine, avec une offre de menus qui n'est pas que des pizzas et des frites, parce que ça se voit parfois dans certaines entreprises. Des bureaux qui se lèvent, pour les gens qui ont des problèmes de dos et qui sont contents de pouvoir venir au travail parce qu'ils ont une place de travail ergonomique. Mais je crois que si on travaille vraiment sur ce côté vie privée, vie professionnelle, on est obligé de repenser ces modèles de travail et ces temps de travail. En fait, il y a beaucoup de mesures, elles n'ont peut-être pas toutes le même impact. Mais, mine bout à bout, je pense que ça peut avoir une influence très importante.
- Speaker #1
Dès le moment où on est dans le questionnement pour essayer d'améliorer sincèrement le quotidien de ses collaborateurs, je pense qu'on peut rarement se tromper et faire des choses fausses.
- Speaker #0
Oui, absolument, c'est ça. Et si on les implique aussi, avec des démarches participatives, s'ils ont l'impression de pouvoir donner leur avis, justement, quand il y a quelque chose qui ne va pas, de pouvoir le faire remonter, que les choses changent, je crois qu'il y a aussi ça. D'avoir, on le sait, un impact sur la santé psychologique, mais aussi le fait de pouvoir faire des tâches de A à Z, et pas seulement une tâche où on ne verrait qu'un petit bout, comme le travail à la chaîne par exemple, et puis on ne va pas à la finalité de l'histoire ou du projet. Alors parfois ce n'est pas possible, mais c'est vrai que de penser à ce genre de choses-là qui influencent grandement l'implication des gens, ça peut changer beaucoup de choses, non seulement pour les employés, mais aussi pour les employeurs.
- Speaker #1
Là, il y a une remarque, ou en tout cas un partage d'expérience qui me revient à l'esprit. C'est sur sollicitation dont tu parlais avant, avec des pop-up, etc., des notifications, c'est devenu quand même extrêmement compliqué de se concentrer justement sur une seule tâche. Alors même si on espère faire une tâche de A à Z, mais je me rends compte des fois dans ma journée que j'arrive rarement à rester concentré, plus de 30 minutes en train de faire un truc, il y a un café, Il y a quelqu'un qui rentre pour poser une question, il y a un mail qui sort, etc. Ce n'est pas que de la procrastination. Au bout d'un moment, il faudra presque qu'on arrive à se mettre dans une bulle. Alors c'est vrai que là, quand on est à la maison, c'est idéal parce qu'on est dans notre bureau, personne ne nous dérange. Mais dans les travaux OpenSpace, etc., au niveau des bureaux, ce que je me rends compte, c'est qu'il n'y a pas moyen d'être tranquille quand on est au bureau.
- Speaker #0
Oui, c'est compliqué. Alors il y a certaines entreprises qui mettent en place des... des espèces de salles ou des petits modules où on peut s'isoler et puis on peut avoir du temps pour soi où il n'y a pas d'interruption, où les gens ne vont pas venir nous interrompre. Mais c'est vrai que c'est toujours un challenge. Et puis, c'est toujours des discussions qu'on a en entreprise quand je vais encore donner des formations. Et il y a certaines entreprises qui ont mis aussi en place des espèces de lumières au-dessus des ordinateurs, vers ces je suis disponible, vous pouvez venir me déranger rouge c'est je ne suis pas disponible, je passe plus tard. Donc voilà, peut-être qu'on peut être aussi un peu créatif et puis voir comment est-ce qu'on peut aider les collaborateurs ou comment est-ce qu'ils peuvent s'aider eux-mêmes pour se donner des indicateurs pour des moments de calme aussi. Et c'est vrai que j'ai pas mal travaillé avec des téléphonistes ou des gens qui doivent prendre des appels régulièrement. C'est compliqué parce qu'on est tout le temps interrompu par ces appels. Et si on a des tâches à faire ou on a besoin de concentration, peut-être qu'on peut dévier les appels à un moment donné chez un de nos collègues et puis faire de même pour lui au moment où il aura besoin de se concentrer sur une tâche en particulier, parce que sinon c'est infernel. Et puis on n'arrive pas… C'est vrai que c'est très difficile de se concentrer sur plusieurs choses en même temps parce que notre attention n'est pas multiple. On a l'impression, et le monde du travail nous dit qu'il faudrait faire plusieurs choses en même temps, mais au niveau de l'attention, ça n'est pas possible. On ne peut traiter qu'une seule tâche à la fois. Donc peut-être que ça c'est une des astuces aussi pour soi-même. d'arriver à se dire que c'est une tâche à la fois et j'aurai plus d'efficacité et d'attention sur cette tâche si je me dis que je prends une tâche, je la fais, je la termine, j'en prends une autre, je la fais, je la termine, que si vous êtes sur plusieurs plans à la fois parce que ça ne fonctionne pas très bien.
- Speaker #1
Tu viens de filer un méchant coup de canif au multitasking.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Je valide, ça ne fonctionne pas du tout. C'est fascinant de voir à quel point j'avais imaginé qu'on allait discuter de... de psychologie sportive, et à quel point je me rends compte que la psychologie sportive, ou la psychologie du travail, ou encore les comportements qu'on a envers les autres, peuvent avoir un certain lien. Alors des fois c'est un peu plus tiré par les cheveux, mais on est un peu programmé au fil de l'évolution de notre vie. Il y a des choses qu'on va répéter, qu'on va répéter plus loin parce que c'est comme ça qu'on l'a vécu, mais l'impact est réel entre ce qu'on fait, au travail, ce qu'on fait à la maison, ce qu'on fait quand on est jeune, ça forme un doute, en fait.
- Speaker #0
Oui, on est une même personne. Le fonctionnement humain est le même dans un contexte ou dans un autre. Et c'est vrai que moi, j'aime bien dire que la psychologie du sport, elle devrait s'appeler peut-être un petit peu autrement. On devrait peut-être l'appeler la psychologie de la performance. Parce que justement, il y a des choses très transverses entre le monde du sport, le monde du travail, le monde de la danse et de l'art, le monde des musiciens. Et en fait, toutes ces personnes la fournissent une performance. C'est tous des athlètes à un certain moment, disons. Moi, j'aime bien dire aux gens que je vois dans les entreprises, vous êtes les athlètes de votre entreprise, parce que c'est vrai, en fait. C'est eux qui fournissent la performance et puis qui collaborent, en tout cas, au succès de l'entreprise. Et puis, quand je dis ça, je vois qu'il y a des petites étoiles qui s'allument dans les yeux de certains. En fait, chacun a ses JO, peu importe son niveau, en fait. Et ça, je crois que c'est vraiment important de le rappeler. C'est que chacun a ses défis, chacun a ses challenges. Et ce n'est pas forcément toujours évident.
- Speaker #1
d'y arriver quoi en fonction de où on part et du bagage qu'on a à la base c'est vraiment un sujet fascinant et je suis persuadé qu'il y a moyen de creuser davantage et comme tu le disais très justement de faire de la psychologie de la performance sa vie entière sans rentrer justement sans devenir un contrôle freak et puis je vais laisser mijoter là dessus et puis Je te réécrirai dans quelques temps et puis on verra si on arrive à sortir quelque chose. Et puis après, on va faire un petit épisode. Mais je te remercie beaucoup, Mélanie, d'avoir pris du temps pour la psychologie, de la performance. Du coup, on va l'appeler comme ça. Et puis, je rappelle que tu as cofondé l'association End You, qui permet de faire la prévention auprès des parents, enfin auprès des proches, des enfants qui sont victimes de maltraitance. C'est une association qui est juste fabuleuse. Donc, je vous invite. à aller visiter le site web et puis je mettrai le lien de cette association en lien dans la description, en plus des liens pour contacter Mélanie.
- Speaker #0
Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci infiniment à toi et je te souhaite une très belle après-midi.
- Speaker #0
A toi aussi, merci.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté cet épisode d'Au-delà du mur. Si le sujet vous a inspiré ou intrigué, n'oubliez pas de vous abonner pour ne rien manquer des prochains épisodes. Rejoignez notre communauté sur les réseaux sociaux et partagez vos réflexions avec nous. Je serais ravi d'entendre ce que vous avez pensé de cet épisode. Et si vous avez aimé, pensez à laisser un avis 5 étoiles sur votre plateforme d'écoute préférée. Ça m'aide énormément à faire grandir la communauté d'au-delà du mur. A très bientôt pour une nouvelle exploration de l'autre côté du mur. Jusque là, continuez à questionner, à explorer et à repousser vos limites.