- Speaker #0
Aujourd'hui, j'ai le plaisir de vous proposer un épisode inspirant, sincère et sans filtre avec Léonore Linden. Léonore est vétérinaire à Sion, chef d'entreprise avec 8 collaborateurs, maman de 2 enfants, chroniqueuse radio et coureuse passionnée. A 44 ans, elle a récemment battu son record personnel au marathon de Zurich avec un chrono impressionnant de 3h00.02. Depuis notre enregistrement, elle a enchaîné les défis. Elle a terminé Sierre-Zinal en 3h59, un chrono solide sur cette course mythique des Alpes. Et au moment où vous écoutez cet épisode, elle est en plein cœur d'un autre rêve fou. La Diagonale des Fous à La Réunion, une des courses les plus exigeantes au monde. Léonore nous montre qu'avec de l'organisation, de la volonté et une bonne dose de passion, tout est possible. Même quand on est maman solo, chef d'entreprise et engagé sur plusieurs fronts à la fois. Dans cet épisode, on parle de charge mentale, de résilience, de freins qu'on rencontre de nombreuses femmes dans leur rapport au sport, mais aussi de motivation profonde, d'objectifs personnels et d'équilibre. Alors que vous soyez en train de courir, de conduire ou de prendre une pause entre deux rendez-vous, je vous invite à découvrir ce parcours unique qui, je l'espère, vous donnera à vous aussi l'envie de repousser vos propres murs. Et avant de lancer l'épisode, j'aimerais remercier... Naomi, pour son message laissé sur Spotify après l'épisode avec Cisco Taboada. Elle a écrit « Tellement inspirant, merci beaucoup pour ce beau partage. L'exquisite, on ne m'y reprendra plus. » Merci Naomi et merci à toutes celles et ceux qui prennent le temps de partager leur retour. C'est pour vous que je fais ce podcast. Place maintenant à l'honneur Lyndon, notre coureuse du dimanche, et peut-être au moment où vous m'écoutez, finisseuse.
- Speaker #1
Alors, lassez vos baskets, montez le son et préparez-vous à courir avec nous. Ma chère Léonore,
- Speaker #2
bonjour. Bonjour Hugo.
- Speaker #1
Comment ça va ?
- Speaker #2
Très bien, merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci de m'accueillir dans ton fantastique cabinet ici à Sion. En plus, à chaque fois que j'arrive en Valais, il fait merveilleux. Bon, il faisait aussi beau chez moi, donc pour une fois, je ne viens pas en Valais pour trouver le beau. Pour les gens qui ne te connaissent pas, est-ce que tu pourrais me dire un peu plus sur toi ?
- Speaker #2
Avec plaisir, je m'appelle Léonore Linden, j'ai 44 ans, je suis médecin vétérinaire et chef d'entreprise parce qu'on est effectivement dans mon cabinet que j'ai ouvert il y a bien des années maintenant, c'était 2012. Je suis maman de deux petites de 10 et 11 ans et je suis mordue de course à pied depuis 25 ans.
- Speaker #1
C'est vrai. Magnifique programme, je me réjouis déjà de tous les hacks que tu vas me donner pour améliorer mon quotidien au niveau de l'entraînement. Donc ça fait à peu près une dizaine d'années que tu as cette entreprise-là, tu as deux filles qui entrent gentiment au niveau de l'adolescence, j'imagine que ta vie est assez rythmée et puis tu n'as pas beaucoup de temps pour toi.
- Speaker #2
Alors oui, c'est vrai et c'est aussi un choix parce que je pense que ça fait partie de mon tempérament, j'ai un côté un peu hyperactif. Et j'ai besoin d'avoir un os à ronger, donc d'où un peu ces choix de vie. J'ai ouvert mon cabinet en même temps que j'ai eu mes enfants, j'ai jamais arrêté la course à pied, donc c'est vrai que c'est un peu mon mode de fonctionnement comme ça, très actif.
- Speaker #1
Et comment est-ce que tu arrives à intégrer cette constante-là, justement entraînement, travail, vie personnelle et puis vie professionnelle, indépendamment du fait que tu as tout commencé, je serais tenté de dire en même temps.
- Speaker #2
Oui, alors... J'ai envie de dire que pour moi, le maître mot en ce qui concerne déjà ma profession, c'est de savoir déléguer. Parce que moi, je suis chef d'entreprise, ça c'est sûr, ça c'est une casquette que je garde. Et puis par contre, mon côté de médecin vétérinaire, j'ai deux autres vétérinaires qui travaillent avec moi, qui ont le même diplôme et en qui j'ai une confiance absolue. Et c'est vrai que je n'ai pas un pourcentage à 100% ici au cabinet. Donc je viens quand même tous les jours, mais à des horaires qui sont quand même réduits. Et puis le reste du temps, quand moi je ne suis pas là, je sais que le cabinet tourne parce que j'ai pu donner ma confiance à des gens qui sont compétents et les clients sont satisfaits. Je pense que ça c'est vraiment une nécessité si on veut réussir à tout faire en une journée, c'est de pouvoir déléguer.
- Speaker #1
Mais j'imagine qu'au départ, tu n'étais pas entourée comme tu l'es maintenant. Donc au début, j'imagine que c'était toi qui étais au four au moulin.
- Speaker #2
Alors le début, c'était terrible. On ne va pas se mentir. C'était terrible parce que j'ai ouvert, effectivement, j'étais seule. J'ai très vite engagé une assistante en médecine vétérinaire. Donc j'ai ouvert en 2012. tombée enceinte en 2013, puis en 2014, parce que mes filles, elles n'ont qu'une année d'écart, et je faisais les gardes la nuit, je faisais les gardes le week-end, donc mes filles, en fait, moi, deux semaines après l'accouchement, j'étais ici, donc mes petites étaient avec moi, et puis je les faisais biberonner par des clients le soir, quand je devais venir pour des gardes, enfin, c'était vraiment, vraiment rock'n'roll. Après, quand j'y pense maintenant, je me dis, mais comment j'ai fait ? Quand j'étais dans le bain, au final, il faut que ça roule, il n'y a pas le choix.
- Speaker #1
Et au niveau créneau horaire et séparation de la partie professionnelle et tes entraînements, comment est-ce que ça se passe ? C'est les créneaux que tu bloques dans ton agenda ou tu y vas un peu à l'arrache ?
- Speaker #2
Alors, en ce qui concerne la course à pied et les entraînements, j'ai envie de dire que c'est très structuré. Je suis suivie par un coach depuis une dizaine d'années, toujours le même. Et ça dépend un petit peu de quel type de course je prépare, parce que moi, je suis autant route que trail. Et là, c'est vrai que jusqu'en avril, j'avais une préparation marathon qui était très exigeante. Et je m'entraînais de 5h à 7h du matin sur mon tapis, à la cave, avant d'aller réveiller les enfants, avant de partir au travail. Donc au final, il n'y avait personne d'autre que moi qui savait que je préparais ce marathon. Parce que c'était le créneau qui m'allait le mieux pour pouvoir après affronter la journée sous toutes ses autres facettes.
- Speaker #1
J'ai l'impression que c'est ma vie, l'histoire du tapis. J'ai aussi un tapis dans mon garage et puis j'allais courir en hiver pour préparer mon semi-marathon. Pendant que deux membres dormaient, tu te lèves le matin, ils sortent, ils sont encore en train de comater et puis toi t'es déjà comme ça parce que ça fait une heure et demie sur le tapis à faire les intervalles.
- Speaker #2
C'est un peu ça, oui. Alors après, de nouveau, moi j'ai l'immense chance que j'adore courir sur tapis. Il y a beaucoup de personnes qui s'interrogent sur... comment je peux, en hiver, être dans ma cave à 5h du matin. C'est une punition pour beaucoup. Moi, c'est ma passion. Je n'ai aucun problème avec ça. Donc, je n'ai pas non plus beaucoup de mérite.
- Speaker #1
C'est vrai qu'il faut quand même se faire un minimum de violence pour se lever, pour aller courir le matin. Tu donnerais quoi comme conseil à une femme active qui est débordée pour créer son premier créneau régulier de course à pied, même si c'est 20 minutes ?
- Speaker #2
Il faut déléguer. Pour moi, c'est vraiment le mot qui rythme ma vie parce que si je ne pouvais pas déléguer autant le travail que des fois les enfants, je n'arriverais pas à avoir une qualité de vie et du temps pour moi, en l'occurrence pour le sport. Donc, quand je dis déléguer les enfants, ça veut simplement dire peut-être demander une fois par semaine ou deux fois par semaine à quelqu'un de la famille ou alors il y a des fois le parascolaire aussi ou alors des parents aussi avec qui on peut s'organiser et faire un tournus. Moi, je prends les enfants une fois par semaine manger à midi, toi tu les prends un autre jour, et puis vraiment essayer d'avoir du temps via ce côté d'accepter de déléguer, et puis pas vouloir être tout le temps à être, comment on peut dire ça, omniprésent, et puis ouais, ça je pense que c'est vraiment important.
- Speaker #1
Est-ce que tu t'es déjà dit que tu ne pouvais pas te permettre de participer à telle ou telle course parce que... Je ne sais pas, tes filles, elles avaient besoin de toi ou parce que tu disais que ton entreprise, elle n'allait pas fonctionner. Alors, tu me disais que tu as appris à déléguer. Donc, forcément, tu dois pouvoir aussi te reposer sur les autres personnes. Mais indépendamment de ça, j'imagine quand même quand tu es entrepreneur, il y a quand même ce côté où tu te dis non, je n'ose pas faire ce voyage, c'est beaucoup trop loin.
- Speaker #2
Non, je n'ai jamais eu ça parce que moi, je me suis toujours mise en tête que du moment qu'on devient parent, on continue sa vie comme avant avec les enfants. Donc je ne me suis jamais mise de frein parce que j'avais mes enfants. Typiquement on le disait quand j'ai accouché, tout de suite après j'étais ici au travail. Alors peut-être voilà, il y a des mamans qui seront horrifiées. Mais ma petite, elle avait trois mois quand on partait en Thaïlande pour la première fois. Elles ont déjà voyagé plein de fois en Asie. Enfin tout ce que je faisais avant les enfants, j'ai continué à le faire après, mais avec elle. Et tout est question d'organisation. Donc de nouveau, typiquement quand elles étaient plus petites. Je choisissais des hôtels où il y avait des kids clubs et une infrastructure qui me permettait d'aller au fitness de l'hôtel, faire mes entraînements pendant que les petites étaient toutes contentes en train de faire du bricolage à côté.
- Speaker #1
Il y a quand même ce côté injonction de la société quand tu es une femme, d'être une maman, d'être présente, presque des fois même omniprésente pour tes enfants. Est-ce que tu n'as jamais eu de problème avec d'éventuels regards ou justement des commentaires par rapport à ça ?
- Speaker #2
Alors bon, après je pense que c'était aussi un apprentissage de ma part dans le sens que j'étais... J'étais probablement plus égoïste au début de ma vie de maman. Et puis avec les années, j'ai créé un lien aussi avec mes enfants qui fait que paradoxalement, j'ai plus de peine maintenant à prendre du temps pour moi que quand elles étaient toutes petites. Quand elles étaient toutes petites, je me disais, elles sont aussi très bien avec ma maman, elles sont aussi très bien à la crèche. Alors je m'en occupais évidemment, mais j'avais un peu moins de culpabilité. Et puis maintenant, avec les années, c'est vrai que j'ai plus tendance à les prendre avec moi, à les faire. participer au projet, quitte à leur mettre un petit dossard parce que souvent sur ces courses, il y a la veille des choses qui sont organisées pour les enfants et j'essaie vraiment de les impliquer un maximum.
- Speaker #1
Et d'ailleurs, parlons-en de leur implication. Est-ce qu'elles aiment la course ou c'est pas du tout leur truc ?
- Speaker #2
Alors, pas du tout ! On va pas se mentir ! Pas du tout ! Je me berce encore de l'illusion qu'elles vont peut-être un jour changer d'avis. Mais à penser, elles sont très sportives, elles font de la gymnastique, elles font beaucoup de musique. Alors, ce n'est pas du sport, mais voilà, c'est quand même une activité qui les... qui les occupent, elles font de l'équitation, elles font du chant, et puis, la course, c'est vrai qu'elles n'ont pas encore crochet, elles sont encore petites. 10 et 11, je me dis, c'est peut-être pas forcément un âge où moi, j'aime non plus courir.
- Speaker #1
Non, effectivement, surtout que... Si tu fais partie d'un club à 10-11 ans, c'est plutôt de l'activité physique que tu fais, pas vraiment de la course.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #1
C'est vrai que ce n'est pas forcément la période la plus intéressante. On passe à la partie conseil. Donc, ce serait quoi ton conseil que tu donnerais à une femme qui culpabilise de s'inscrire à une course juste pour elle ?
- Speaker #2
Alors, moi, je pense que... Il y a une image qui me vient, elle est un peu cliché, puis on en parle beaucoup, mais c'est comme quand on est dans un avion, puis qu'il y a des turbulences. Et si on est avec ses propres enfants, la première personne à qui on doit mettre le masque avec l'oxygène, c'est soi-même, pour pouvoir s'occuper de nos enfants. enfants et là c'est pareil en fait dans la vraie vie si on prend pas soin de soi de ses propres besoins de ses propres passions on va être moins j'ai envie de dire épanouie et moins bien ceux qui parlent c'est pas que ce que moins bien des enfants mais on transmet une autre énergie donc moi j'ai appris à déculpabiliser en me disant le temps que je prends pour moi pour aller m'entraîner ou pour aller travailler c'est du temps qui me permet d'être épanouie en tant que femme et être hyper joyeuse en tant que maman et transmettre aussi des choses positives
- Speaker #1
T'as su ma fond, ton ambition sportive, on le sent, ça a toujours été le cas ?
- Speaker #2
Ça a été en crescendo. Donc moi j'ai commencé à courir il y a 25 ans, on m'a filé un dossard pour les 20 km de Lausanne, ça s'était bien passé, sans ambition. Voilà, je me suis prise au jeu. J'ai fait quelques marathons. Et puis, l'année passée, avec mon coach, on s'était dit qu'on pourrait aller chercher un chrono sympa sur marathon. Et puis là, j'ai atteint justement mon objectif en avril. Et puis, ça a un peu basculé, on va dire, dans ma tête. J'ai maintenant plus d'attentes au niveau du chrono que ce que j'avais avant, j'avoue.
- Speaker #1
C'est toujours la même chose, l'appétit en mangeant, je connais ça. Quand on se rend compte, à partir d'un certain moment, qu'on a toujours la capacité, les compétences d'atteindre des choses qui n'étaient pas imaginables à un moment donné, on se dit, purée, qu'est-ce que j'ai manqué ?
- Speaker #2
Alors oui et non, dans le sens que moi, ce que je me rends compte, c'est que le marathon que j'ai pu faire en avril, j'ai pu le faire justement parce que l'entreprise, maintenant, on va dire, ça roule. Les enfants sont plus grands, donc j'ai plus de temps et d'espace mental aussi pour pouvoir me dédier à mon sport avec ces ambitions-là alors qu'avant, ce n'était pas possible.
- Speaker #1
Effectivement, parce qu'une préparation marathon, ce n'est quand même pas anodin. C'est des heures d'entraînement. Indépendamment du fait que tu disais que tu courais sur le tapis à 5h du matin, c'était une partie de tes séances. J'imagine qu'il y en a d'autres que tu devais quand même faire le jour parce que les contraintes, elles faisaient que tu étais obligé de les faire la journée. C'est sûr que ça prend un an.
- Speaker #2
Absolument, oui.
- Speaker #1
C'est quoi la part de fierté personnelle dans l'atteinte de ces objectifs et de ces projets personnels ?
- Speaker #2
C'est une bonne question. C'est une bonne question. En fait, moi je pense que je fais partie de ces nombreux coureurs qui souffrent un peu du syndrome de l'imposteur. parce que là encore hier ou avant-hier il y avait une petite course locale ici où j'ai fait un joli podium j'ai fait un magnifique chrono mais j'ai un peu de peine à assumer en fait tout ça, tous mes résultats sportifs c'est comme si pour moi la partie vraiment importante c'était les entraînements vivre ma course et puis le résultat j'arrive moins à m'en réjouir que mon entourage bêtement, je sais pas pourquoi alors,
- Speaker #1
jamais je gagnerais une course mais si un jour je gagnais une course je te garantais que j'en profiterais parce que tu sais jamais combien de temps ça va durer tu sais jamais si ça va à nouveau se reproduire tu l'as volé à personne, si t'as gagné faut en profiter, ne serait-ce que marquer le coup ou se dire oui j'ai gagné, bravo, ensuite tu peux passer à autre chose.
- Speaker #2
Je pense effectivement que c'est de bienveillance et de se dire merci. Si, ça j'essaie de le faire quand même, de remercier, d'être conscient que c'est quand même un privilège de pouvoir courir et encore plus faire des résultats.
- Speaker #1
Ça c'est clair. Et t'as des projets sportifs, mais t'as aussi des projets aussi extra-sportifs. Quand tu m'as contacté la première fois, tu m'avais parlé justement du fait que tu soutiens également l'association Simba for Kids de Julien Leon que j'ai reçu dans le podcast. Comment est-ce que tu en es arrivé à soutenir cette association ?
- Speaker #2
Alors oui, ça c'est une amie. amitié de très longue date avec mon coach qui est justement Julien Lion. Il a commencé à m'entraîner, je dirais, il y a une dizaine d'années en arrière et puis il m'a toujours suivie en fait sur toute l'évolution de ma carrière un peu d'athlète. Et puis, donc j'étais amie avec lui quand il a déménagé au Kenya, quand il s'est marié là-bas, quand il a monté cette association. Et puis dès le premier jour, en fait, j'ai trouvé le projet incroyable et j'étais vraiment hyper fière de pouvoir soutenir en petite partie de façon très modeste ce... cet engagement-là. Alors, je cours toujours avec le t-shirt de Simba for Kids. Je vais une fois par année, j'essaye à Eten pour aller voir ce qui se passe, pour m'entraîner aussi là-bas parce que c'est incroyable. Et puis, d'être en contact avec ces enfants de cette association. Je pense que tu en as parlé dans ton podcast. Donc, c'est une expérience vraiment unique.
- Speaker #1
Que je vivrai peut-être, je l'espère prochainement. Effectivement, c'est d'ailleurs après avoir discuté avec lui que je me suis dit qu'il faut absolument que j'y aille une fois pour le voir de mes propres yeux parce que Merci. Ça avait l'air tellement beau en attendant que...
- Speaker #2
Je te le souhaite vraiment du fond du cœur parce que je pense qu'il n'y a pas beaucoup de gens qui rentrent déçus de cette expérience. Vraiment pas.
- Speaker #1
je te redirais pour conclure cette partie 3 justement tes défis j'ai une question, ça serait quoi le message que tu aimerais faire passer à une femme qui hésite peut-être dans un coin de sa tête à s'inscrire à un marathon mais elle n'ose pas en parler ou elle ne se sent pas forcément légitime de le faire alors je pense que la première chose qu'il faut se demander c'est pourquoi pourquoi
- Speaker #2
on veut faire ce marathon est-ce que c'est par contrainte sociale est-ce que c'est une pression en plus qu'on se met parmi mille autres pressions c'est peut-être une fausse bénédiction bonne idée. Si par contre, tout d'un coup, on a envie de se dépasser, on adore la course à pied, on veut relever un défi, c'est à la portée, j'ai envie de dire, de tout le monde. Si tout d'un coup, on a des pathologies majeures, alors pas. Mais sinon, de pouvoir aller au bout d'un petit rêve, il faut se mettre des objectifs dans la vie. C'est vraiment, pour moi, le moteur de la vie. Je pense que tout est possible. Moi, je dis toujours, on a tous 24 heures dans une journée. On a tous le temps de regarder Netflix le soir sur notre canapé. Par contre, tout d'un coup, il y a gens qui n'ont pas le temps de s'entraîner ou de faire du sport. Alors c'est où on met aussi ses priorités et ses passions.
- Speaker #1
Tu te sens bien entouré ? Ton coach est au Kenya, mais les réseaux sociaux et la technologie font qu'aujourd'hui, c'est très facile d'atteindre quelqu'un dans le monde entier. En plus, je crois qu'il n'y a qu'une heure de décalage horaire. Est-ce qu'il y a des périodes où tu t'es senti seul dans ta pratique ? Surtout, peut-être maintenant où finalement tu as des résultats. Des gens qui font des résultats dans les courses, il n'y en a pas énormément. Maintenant, comment est-ce que tu te sens ?
- Speaker #2
Alors, j'ai envie de dire que pour moi, la solitude, ce n'est pas un problème parce que c'est déjà un sport qui est solitaire. Je ne fais pas du football ou des sports collectifs. J'ai choisi ce sport-là parce qu'entre autres, ça implique la solitude. Alors là, on a beaucoup parlé de marathon, de course sur route, mais moi, l'année passée, je n'ai fait que des ultra trails. Je n'ai fait que des courses entre 100 et 120 kilomètres. Et là, pour s'entraîner, c'est des heures et des heures en montagne où on est dans la contemplation, on est dans la solitude. C'est une belle solitude. après il ne faut pas s'isoler socialement ça peut être aussi le problème de certains coureurs qui je pense qu'ils mettent le curseur au mauvais endroit et qu'ils se font prendre un peu par les entraînements et qui se coupent du monde social et ça c'est dommage donc moi par exemple en ce qui me concerne ce que je fais c'est que tous les mercredis soirs je vais courir avec des athlètes sur le stade ça fait cet effet groupe, cet échange j'ai quand même des amis alors on n'a pas le même niveau mais c'est pas grave parce qu'on a tellement de footing un peu en endurance fondamentale où on doit juste faire tourner les jambes, on peut faire ça avec n'importe qui. Donc non, je pense que le côté social est hyper important.
- Speaker #1
Et justement, qu'est-ce que tu dirais à quelqu'un qui hésite à se lancer parce que l'un des premiers freins ou en tout cas une des premières excuses qu'on se donne ou qu'on donne aux autres pour ne pas intégrer un groupe de course à pied, c'est de se dire « je suis trop nul, de toute façon, je vais pas aller vite
- Speaker #2
Alors oui c'est vrai parce que ça a été aussi une réticence de ma part. Le groupe que j'ai intégré il n'y a pas si longtemps, le mercredi soir, c'est que des coureurs qui sont vraiment bien plus performants que moi. Et c'était un peu un frein aussi parce que j'avais un petit peu peur. Et au final il y a quand même beaucoup de bienveillance dans le monde du sport et puis en fait chacun y trouve son compte. et de pouvoir apprendre aussi des gens qui sont plus forts que nous, c'est une richesse. Et de pouvoir après attendre aussi peut-être quelqu'un qui est un peu plus lent. Et c'est une synergie, c'est vraiment un partage. Donc il ne faut pas y aller avec cet esprit, on va me regarder, on va me juger. Tout comme nous, on ne va pas aller juger ou regarder les autres foncièrement, donc si ce n'est pour s'enrichir.
- Speaker #1
Chacun sa course, effectivement.
- Speaker #2
Oui.
- Speaker #1
A 44 ans, tu bats ton record. Est-ce que tu sens que ton corps est différent ?
- Speaker #2
Oui, il est différent en mieux. Étonnamment parce que comme je disais maintenant j'ai un entraînement qui est beaucoup plus structuré, beaucoup plus intense aussi donc j'ai un corps qui est plus musclé. Je m'intéresse plus aussi à l'alimentation, je m'intéresse plus à faire du gainage et des choses comme ça donc je me sens beaucoup mieux qu'il y a dix ans en arrière où je faisais un marathon en 3h15 et bah maintenant je le fais en trois heures parce que j'ai évolué en prenant de l'âge, en bien.
- Speaker #1
Comment est-ce que tu fais justement pour rester à l'écoute ? Tu as gagné 15 minutes sur un marathon, c'est un temps dingue. Alors c'est une grande distance, mais quand même, un quart d'heure, c'est un truc de dingue. Donc comment est-ce que tu fais pour rester quand même à l'écoute de ton corps pour éviter les blessures ? parce qu'on sait qu'arrivé à un certain âge, la densité osseuse est moins importante, etc. Donc, ce n'est surtout pas là où il faut commencer à se faire mal.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai. Alors moi, j'ai l'énorme chance et vraiment, je touche du bois, c'est qu'en 25 ans, je n'ai jamais été blessée. J'ai eu vraiment 2-3 pépins, mais qui ne m'ont jamais pénalisé dans mes entraînements. Et je pense que c'est une chance, en fait, sincèrement, parce que je m'entraîne beaucoup. Et peut-être, c'est aussi parce que je m'entraîne beaucoup que je ne me blesse pas, parce qu'il y a cette habitude. Moi, avec mon co-de-Julien, on en parlait, lui. ils prônent l'entraînement un peu à la kenyan, donc c'est du volume, du volume, du volume. Donc je m'entraîne 6 jours sur 7, je fais du renforcement. Et ce qui fait qu'au final, je pense que mon corps, il est habitué. Et je pense que c'est un facteur chance. Et puis il faut choisir le bon matériel, les bonnes chaussures, s'écouter quand même, pas trop, mais quand même un peu, quand on sent qu'il y a trop de fatigue ou une petite douleur, de dire, tiens, je fais deux jours peut-être de vélo pour se préserver, parce que c'est quand même, ouais, c'est pas notre job. En tout cas, moi, c'est pas mon job. C'est ma passion.
- Speaker #1
Tu cours combien de kilomètres par semaine ?
- Speaker #2
Alors en prépa marathon, je tournais autour des 100-120 par semaine. C'était beaucoup, c'était des bi-entraînements, c'était du gros volume. Alors après maintenant je fais des courses en trail et là je fais beaucoup plus pour le plaisir. Je pense même moins de volume sur des courses là pour Cierzynal, j'ai pas ça.
- Speaker #1
Pas besoin, effectivement. Enfin c'est pas le même entraînement.
- Speaker #2
Ouais, c'est ça.
- Speaker #1
Et d'ailleurs comment elle va cette préparation au Cierzynal ?
- Speaker #2
Elle va extrêmement bien, pour la simple et bonne raison que c'est une course plaisir. Moi, j'ai la chance d'habiter à 15 km du départ, je la fais chaque année depuis maintenant 15 ans. Donc, ce n'est pas du tout une course où je vais aller... Alors oui, je vais toujours chercher le résultat de faire du mieux que je peux, mais je n'ai pas d'entraînement vraiment spécifique pour Sierra de Hidalgo. Je m'entraîne 6 jours sur 7, je fais un peu plus de côtes, un peu plus de dénivelé, mais c'est vraiment le plaisir de vivre cette course qui est incroyable.
- Speaker #1
J'adorerais pouvoir m'entraîner aussi peu comme ça et aller pour le plaisir et puis pas souffrir. Je ne t'ai pas dit qu'on allait pas souffrir. Un jour, je le ferai sans souffrance. Je n'y suis pas encore. Je n'y suis clairement pas encore. Par rapport à tes débuts quand tu as commencé il y a une dizaine d'années, ton rapport au sport, est-ce qu'il est différent maintenant ?
- Speaker #2
Est-ce que mon rapport au sport est différent ? Il a pris plus de place. Il a pris plus de place. J'ai toujours couru, j'ai toujours été sportive, mais sûrement pas forcément pour les bonnes raisons. Moi, j'avais un stress à évacuer. Moi, je pense que je suis quand même une hyperactive, donc j'avais vraiment besoin d'être dans le mouvement. En tant que femme, avec aussi un peu les dictats de la société, il y avait le facteur poids aussi. On ne va pas se mentir qu'il me rentrait en ligne de compte. Donc, si je mangeais une pizza, il fallait le lendemain aller courir. Alors que maintenant, c'est plus, vu que j'ai cet entraînement-là, qu'est-ce que je vais manger ? Pour mieux être performante sur mon entraînement, ça s'est inversé avec les années.
- Speaker #1
Donc tu as changé peut-être, alors tu disais la partie nutritionnelle. Quand même, j'imagine que tu te fais quand même quelques plaisirs de temps en temps, c'est important. Oui, oui. Mais c'est peut-être un des gros changements, c'est la partie nutritionnelle.
- Speaker #2
Alors oui, clairement, je pense qu'à un moment donné, j'ai arrêté de dire je cours parce que j'ai mangé. Et j'ai commencé à me dire, vu que je vais courir, il faut que je mange. correctement et en m'apportant les calories et tous les nutriments dont j'ai besoin. Pour moi en tant que femme, et je pense qu'on est beaucoup dans ce cas de figure, et pas que des femmes d'ailleurs, ce côté course à pied et poids, c'est un chapitre à part.
- Speaker #1
Il n'y a pas que les femmes en général, les gens quand ils commencent à courir, la généralisme, on commence à courir pour perdre du poids, et ensuite on se rend compte qu'on ne perd pas de poids.
- Speaker #2
Non,
- Speaker #1
non. Il y a d'autres choses qui entrent en ligne de compte et par la force des choses, peut-être qu'on perd du poids, mais c'est pas le lien cause-effet plus compliqué que ça, effectivement. Clairement. C'est toi qui, au niveau alimentation, c'est empirique ? Ou t'es diététicienne, t'es nutritionniste pour la partie alimentation ?
- Speaker #2
Non, c'est moi. Après, j'ai des connaissances. J'ai quand même fait des études en médecine. Je suis passionnée de course à pied depuis des années. Je m'intéresse vraiment. J'écoute, je lis. J'ai été voir des nutritionnistes aussi. Et puis, au final, le Kenya, ça m'a aussi beaucoup apporté ça. C'est que je vais à l'essentiel, en fait. J'adore cuisiner pour recevoir des amis. Mais si c'est pour moi, pour mon quotidien, je vais vraiment privilégier des matières premières, du riz, du poisson, des œufs. Des choses vraiment, on ne pourrait plus simple pour avoir... pour avoir vraiment les calories dont j'ai besoin et les nutriments dont j'ai besoin.
- Speaker #1
Puis l'avantage, c'est que ça prend moins de temps aussi que de faire les choses trop élaborées,
- Speaker #2
effectivement. Absolument, en plus.
- Speaker #1
Clairement. Si tu avais un message à faire passer à une Léonore qui se retrouve dans une dimension parallèle, mais qui a un profil opposé au tien, et puis que tu aimerais l'encourager, en tout cas, à porter une brindille, un brin d'inspiration ou quelque chose qui pourrait... Allumer la mèche pour qu'elle se dise, moi aussi je peux le faire, ça serait quoi ?
- Speaker #2
Alors ce serait déjà d'effacer les peurs, parce que c'est beaucoup dans la tête. Ce serait de faire poser des objectifs pas trop ambitieux, parce que c'est décourageant. Et puis de se féliciter pour chaque petit pas qu'on arrive tous à faire en avant. Si on met de la passion, si on a de l'envie, c'est vraiment ce côté plaisir qui doit privilégier. quand on se met des objectifs. Et après, c'est à la portée de tout le monde.
- Speaker #1
On le sent, alors, cette notion de plaisir. Ce qui est bien, c'est qu'il y a la partie performance qui va aussi avec. Et puis d'ailleurs, hier, tu m'envoyais un message en me disant que tu avais été sélectionné pour les championnats du monde de marathon qui ont lieu à Cape Town l'année prochaine. Ce qui n'était de toute évidence pas forcément prévu, mais étant donné le bon chrono que tu as fait à Zurich cette année, tu as eu un slot. Comment est-ce que tu abordes ces championnats du monde ? Est-ce que tu y vas avec le plaisir ou est-ce que tu te dis qu'il y a quand même quelque chose à jouer ?
- Speaker #2
Ah non, alors là j'y vais avec un état d'esprit de battante ! Là j'y vais avec la rage au ventre et avec cette envie de faire une prépa pour me surpasser. Mais ouais, je pense que ça va être une expérience incroyable, c'est un privilège incroyable et je vais tout donner pour faire au mieux que je pourrais ce jour-là.
- Speaker #1
Tu vas aller chercher un repas ?
- Speaker #2
Oui, oui, alors ça c'est sûr. Je pense que je vais vraiment aller chercher un record. Et puis, je me réjouis de cette aventure.
- Speaker #1
Tu as prévu de la faire partager avec tous ceux qui en ont envie ou c'est un challenge rien que pour toi et ta famille ?
- Speaker #2
C'est un challenge rien que pour moi et pour mon coach aussi qui va devoir me soutenir dans cette aventure. Mais c'est lui qui m'a lancé ce défi. Et je pense que lui et moi, on va y arriver comme toujours.
- Speaker #1
Tu as plusieurs mois de préparation, effectivement. Donc, je pense que le tapis, il a de beaux jours devant lui.
- Speaker #2
absolument oui merci infiniment Léonore pour le temps consacré, c'était vraiment un plaisir merci Hugo à toi d'avoir pris le temps de venir me voir c'est un immense plaisir quelle énergie,
- Speaker #1
c'est extraordinaire et puis je te souhaite tout de bon pour cette merveilleuse aventure merci infiniment,
- Speaker #2
merci, à bientôt
- Speaker #0
Vous avez vécu une course hors du commun ?
- Speaker #1
Cet événement vous a transformé ?
- Speaker #0
Envoyez-moi un message à contact à au-delà-du-mur.ch en me décrivant en quelques lignes votre événement marquant, ce qu'il a représenté pour vous et ce qui a changé dans votre approche de la course à pied.
- Speaker #1
C'est peut-être votre histoire qu'on entendra prochainement dans le podcast.