- Speaker #0
Les criminologues, comme on disait tantôt, mettons qu'on repart du principe qu'on travaille avec des criminels, c'est quoi, vous pensez, les problèmes des criminels ? Ça va être l'estime de soi, ça va être l'anxiété, ça va être la dépression, ça va être les problèmes relationnels, l'impulsivité. Je veux dire, c'est des problèmes qui sont humains.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Enlève le casier judiciaire, là. Ce qu'on travaille, à la base, c'est la même chose.
- Speaker #1
Salut Alexandra.
- Speaker #0
Salut Félix.
- Speaker #1
Comment ça va ?
- Speaker #0
Ça va très bien, toi ?
- Speaker #1
Très bien, merci beaucoup. Merci d'avoir fait la route aussi de Québec.
- Speaker #0
Merci de me recevoir, ça me fait plaisir.
- Speaker #1
Je pense qu'on va avoir un sujet très intéressant qui sort, je pense que les gens ne comprennent pas nécessairement, ou en tout cas, c'est mal compris, on va dire, dans la société en général. Puis même pour des gens quand même proches du domaine, ça peut être mal compris aussi. Oui,
- Speaker #0
il y a encore quand même de l'incompréhension ou de l'ignorance, on va dire. Oui,
- Speaker #1
exactement. Fait que je vais te laisser te présenter, mais d'entrée de jeu, tu es criminologue.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Donc, depuis combien de temps ?
- Speaker #0
Gradué en 2017.
- Speaker #1
Gradué en 2017. Oui. OK. Je pense que tu vas aussi remettre, c'est ça, certaines bases par rapport à le métier, par rapport à l'expertise, le carré de sable, un petit peu, on va dire, des criminologues qui... Moi, la première chose, quand j'entends criminologue, je pense au true crime, puis... T'es pas le seul. À des scènes de crime, je suis comme, OK, c'est quelqu'un qui arrive sur place, qui...
- Speaker #0
On n'est pas les enquêteurs de police. C'est ça.
- Speaker #1
Mais le terme est quand même, sonne très crime. Oui, oui,
- Speaker #0
avec raison. Il y a le mot crime dans criminologue. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Fait que je te laisse débuter, te présenter, parler un petit peu de ton parcours. Pourquoi avoir choisi cette voie-là plutôt qu'une autre ? Puis on part là-dessus.
- Speaker #0
C'est des grosses questions. Tu vas voir, mon parcours est quand même atypique. Fait que répondre à la question, pourquoi la criminologie, c'est quand même pas si simple, mettons. Mon parcours est qu'en fait, comme je t'ai dit il y a quelques minutes, je viens de Victoriaville, donc je viens de la région. D'emblée, j'avais décidé moi de partir pour faire technique juridique à Québec. Fait que mettons, c'était ça mon go-to, je m'en allais à l'avocate en droit criminel. Moi, c'était ça mon but, on va dire, dans la vie. Et j'ai commencé ma technique juridique à Garneau. Et puis après un an, j'ai trouvé que c'était beaucoup trop de technique, évidemment, c'est une technique, mais c'était très paperasse, c'était très... apprendre à chercher la jurisprudence. Oui, c'était intéressant, mais il manquait un petit peu d'action sur le terrain pour moi. Après ça, j'ai dit, finalement, je vais m'en aller dans d'autres choses. J'ai fini mon deck, on va dire, sans mention. J'ai vraiment fait un cumul des crédits, tout simplement. J'avais juste hâte d'aller à l'université. Je suis rentrée à l'université en communication. Je m'en allais journaliste d'enquête. Il y a toujours eu une ligne directrice, mais comme moi, dans ma tête, c'est ça, j'allais être dans ce monde-là. Évidemment, ce n'est pas si simple être journaliste d'enquête. Ça prend énormément d'expérience, beaucoup de contacts. Ça doit être aussi,
- Speaker #1
comme tu dis, contingenté parce qu'il doit y avoir beaucoup de... C'est quoi l'expression ? Peu d'élus, beaucoup de candidats peu d'élus.
- Speaker #0
C'est pas si simple. J'étais quand même encore jeune. Je venais de quitter justement le nid familial. Je n'avais pas nécessairement la discipline, la rigueur pour être comme moi. Je vais faire tout ce qu'il faut pour... Non. Après un an, j'étais comme, bon, bien, sais-tu que ça ne m'intéresse pas tant que ça, finalement, tout ce qui est de l'autre côté de la communication, le marketing, les RH, le journalisme plus général. J'ai commencé à chercher les programmes universitaires et j'ai vu le certificat en criminologie. Ça a piqué ma curiosité. C'est là que j'ai fait, ah, ça a l'air intéressant. Ça recoupait un peu, donc, autant, tu sais, oui, la communication, la psychologie, le droit, il y avait comme un peu un mélange de tout ce qui m'intéressait. Donc, j'ai appliqué, j'ai rentré au certificat. En tout cas, j'ai fait ma première année. Par la suite, j'ai entré au bac, finalement. J'ai complété le bac. J'ai vraiment aimé ça. J'ai vraiment aimé ça parce que, justement, je trouvais que c'était une discipline qui n'était pas comme le droit où est-ce que tu veux, on va dire, soit punir ou, en tout cas, comprendre un peu les feuilles du système. Là, c'est plutôt d'être vraiment aidé l'individu soit en amont, dans la prévention, soit pendant ou après dans la réinsertion. Tu as comme plusieurs, on va dire, sphères dans lesquelles tu peux... tu peux oeuvrer, ou avec aussi les victimes. C'est très large, finalement. C'est ça. J'ai fait ça. Par contre, mon stage, il était au communautaire, parce qu'à Québec, le bac en criminologie, il était quand même nouveau à l'époque encore. C'était beaucoup formé à partir du bac en travail social. Ça se ressemblait quand même. Puis les offres de stage, on dirait qu'on avait un peu les restants des services sociaux. C'est pas le plus, mais c'était un peu ça. parce que Beaucoup de communautaires ou sinon agents de probation, agents de libération conditionnelle, c'est la détention. J'ai fait, bon, je vais faire mon stage comme ça s'appelait agent communautaire, intervenante communautaire. Fait que t'étais comme en maison de transition. Puis moi, je m'assurais que les personnes contrevenantes qui avaient des conditions à respecter, qui devaient venir, mettons, à la maison de transition une fois par deux semaines ou une fois par mois, viennent. Puis moi, je m'assurais qu'ils répondent à leurs conditions. Tout simplement. J'ai fait ça tout mon stage, puis après ça, ils m'ont engagée, fait que j'ai fait ça tout l'été. Puis rendu à l'automne, je me suis dit, « J'aimerais ça peut-être faire un peu plus. » Fait que j'ai décidé de m'inscrire à la maîtrise. Mais la maîtrise, elle n'existait pas encore à Québec, fait qu'ils l'ont comme un peu faite sur mesure.
- Speaker #1
Parce qu'il attend... Le bac en criminaux, c'est un bac de trois ans. Puis dans ce temps-là, c'était-tu... Il y avait-tu un... Quand tu as fait ton bac ?
- Speaker #0
Dans ce temps-là, c'est sûr. Mais en 2020,
- Speaker #1
2018, est-ce qu'il y avait un ordre professionnel ? Oui, il y avait un ordre,
- Speaker #0
mais c'était tout nouveau. Ça venait juste là. Mettons, l'école de criminologie existe à Montréal depuis plusieurs années déjà, mais le bac en criminologie à Laval, à l'Université Laval, était très récent. Ça faisait peut-être une cour qui graduait. Moi, je suis en gré. Ça faisait pas très longtemps. Donc, justement, la maîtrise n'existait pas. Aujourd'hui, il y a un doctorat maintenant qui s'offre. Comme ça, elle a vraiment pris de l'essor. Fait que finalement, la maîtrise, comme elle répondait plus ou moins à ce que je cherchais, ça m'a un peu démotivée. J'ai décidé d'aller faire complètement autre chose. Je suis allée sur le terrain. Fait que c'est un peu ça mon expérience, mettons. On va dire au départ, j'ai fait mon bac, puis je ne suis pas allée travailler là-dedans. J'ai fait mon stage, mais je n'ai pas travaillé là-dedans. Ça m'a un peu, on va dire, découragée, le communautaire. Ça ne m'intéressait plus. plus ou moins.
- Speaker #1
Tu n'étais pas stimulée.
- Speaker #0
J'étais un peu plus dans l'approche que tu me disais. J'avais le goût de travailler peut-être plus avec la police ou mon but, c'était d'être un petit peu plus... Sans dire que je voulais travailler avec la police, mais moi, je voulais aller aider les personnes qui se faisaient interroger à tort ou des fois, les interrogateurs qui induisent des réponses ou qui travaillent dans la peur ou toutes ces affaires-là. Bref, c'est un peu mon côté justicière. Puis ça n'a comme pas débouché. Finalement, j'ai décidé de retourner vers ce que je... je connaissais parce que je ne savais pas que j'avais eu des jobs de service à la clientèle et de touriste parce que je parle trois langues. C'était facile pour moi d'aller vers ça. J'ai complètement bifurqué. Je suis allée travailler dans les hôtels, dans les spas. J'ai fait de la gestion de personnel. J'ai fait de la supervision.
- Speaker #1
OK. Tu n'étais complètement pas là-dedans.
- Speaker #0
Jusqu'à la pandémie. La pandémie a fait un peu un changement. Moi, je me suis séparée aussi. Ça a comme... fait un changement de cap complètement dans ma vie, si tu veux. Puis là, il y a eu une offre d'emploi qui était d'être directrice adjointe dans un organisme communautaire à Québec. Ça a recoupé un peu mes deux, on va dire, expériences, parce que j'avais beaucoup d'expérience en gestion de personnel, administration, RH, machin, machin, mais pas nécessairement beaucoup sur le terrain, sauf que j'avais une notion de travailler avec une clientèle marginalisée, travailler dans un milieu un petit peu plus communautaire. Faire des relations aidantes aussi. J'ai été engagée dans un organisme qui s'appelle Point de repère à Québec, qui donne du matériel de console pour les personnes qui consomment. Donc, vraiment, on est dans la réduction des risques, on appelle. J'ai fait ça pendant comme deux ans. Puis là, j'ai été chanceuse parce que c'est des organismes qui sont considérés essentiels, donc ils ne fermaient pas pendant la pandémie. Donc, j'ai... pas perdu mon emploi. Ça fait que c'était super intéressant parce qu'on a vraiment vu aussi la clientèle qui était en détresse durant cette période-là. Super difficile d'accéder à des services et tout ça. Ça m'a comme redonné un peu, on va dire, la piqûre. Mais j'étais rendue là aussi dans ma vie, je pense, de retourner vers un monde un petit peu plus marginal. J'étais un peu tannée aussi de la gestion de personnel. Puis finalement, j'ai appliqué après ça dans un poste de direction clinique. À la Maison Pinchot, qui est une maison de transition pour personnes judiciarisées, autant des personnes avec des dossiers au fédéral qu'au provincial. J'ai engagé là. Puis j'ai travaillé là comme plus ou moins un an, si on veut. Ça fait que ça a été vraiment une super expérience aussi. Tu habitais dans la maison de transition avec des résidents qui dorment et qui habitent là. Puis c'est à la suite de cette expérience-là que j'ai rencontré des gens. Je me suis fait des amis, dont ma collègue Blanche, que vous avez peut-être vu dans l'épisode au parloir.
- Speaker #1
Oui. Effectivement, si vous n'avez pas vu, Alexandra, elle a un épisode au parloir. Je ne me souviens pas, c'est quel ?
- Speaker #0
C'est l'épisode 33, je pense. 33, OK.
- Speaker #1
Un super bel épisode. C'est un peu comme ça aussi qu'on t'avait déjà vu en podcast et qu'on a voulu continuer la discussion ensemble aujourd'hui. Si ce n'est pas fait, allez voir cet épisode-là.
- Speaker #0
Oui, exactement. Justement, Blanche est avec moi dans cet épisode-là. C'est super intéressant. Elle est l'épico-éducatrice. On est très complémentaires dans nos champs d'expertise.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Puis c'est à travers ces rencontres-là qu'on m'a parlé un peu de la pratique privée. J'ai commencé à m'intéresser à ça, ce milieu-là. Donc, de me dire, est-ce qu'on peut faire ça en tant que criminologue ? Est-ce qu'on peut être en pratique privée ? Ça veut dire quoi ? Parce que j'étais un peu comme toi. Tu me disais, mais on ne travaille pas juste avec les criminels ? Oui. Ça veut dire quoi, être en pratique privée ? Comment on fait pour trouver notre clientèle ?
- Speaker #1
C'est ça. C'est quoi qui s'offre à nous ? Beaucoup d'éducation quand même à faire. Oui,
- Speaker #0
puis même pour nous, parce qu'on ne se le fait pas dire au bac. C'est ça. À la base, on est tous un peu novices.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
En m'informant, finalement, j'ai parlé avec des amis, dont une collègue qui travaillait avec Brio, qui m'a dit « Écoute, il y a des PAE, il y a différents organismes qui peuvent justement te fournir, on va dire, une clientèle. » À partir de là, a commencé ma pratique privée. Pratique privée,
- Speaker #1
qui est maintenant à 100 % ou du moins 80 % plus qu'à…
- Speaker #0
Je travaille en autonome. C'est ça, exact. Je ne suis pas salariée de personne. Exact.
- Speaker #1
Puis t'aimes encore, t'aimes ça. T'es dans ton élément.
- Speaker #0
J'adore ça. J'adore le fait aussi d'avoir cette flexibilité-là, de pouvoir faire des projets, de pouvoir donner des formations, d'avoir ma clientèle. Je ne fais pas juste une chose à chaque jour.
- Speaker #1
Absolument, absolument. Alexandra, j'ai l'air d'être en scoop parce que j'ai eu plein de nouvelles, mais Alexandra, nouvellement dans l'équipe de formation. On a deux formations maintenant qui sont affichées dans notre catalogue. Ça fait que c'est une belle... On avance et on construit aussi notre équipe de formation. Je suis super contente d'aller. Une sur les dépendances et l'autre, c'était sur quoi ?
- Speaker #0
L'identité professionnelle.
- Speaker #1
L'identité professionnelle. On vous invite à aller consulter notre catalogue. Ce n'est pas déjà fait. Je vais arrêter de plugger. Mais non, c'est ça. Je pense que ça amène une belle couleur. On essaie d'avoir une équipe de formateurs qui a des expertises et de l'expérience. pour avoir des... des thématiques qui varient. Je pense que ça va être un super bel ajout. Là, je reviens un petit peu plus à la crimineau et criminologue en soi. Tu arrives dans un souhait de famille ou tu arrives avec des nouveaux gens et tu te dis « je suis criminologue » . C'est quoi un peu le... Comment les gens voient ça ? Comment les gens réagissent par rapport à ça ? Ils sont sûrement un peu comme on discute depuis tantôt en mode « ils ne savent pas du tout c'est quoi » ou du moins ils ne sont complètement pas à la bonne place.
- Speaker #0
Il y a différents... On va dire différentes opinions, différents regards sur la criminologie. Il y en a qui savent c'est quoi, il y en a qui pas du tout. Il y en a qui, comme on disait, pensent vraiment qu'on ne travaille qu'avec la clientèle criminalisée. Donc, il y a des gens en détention, des gens qui sont avec des conseils judiciaires, etc. Puis, il y en a beaucoup aussi qui pensent qu'on est pour le crime. Je ne sais pas comment dire ça. C'est comme moi, je ne serais pas capable de travailler avec ce monde-là. Je ne sais pas comment tu fais.
- Speaker #1
Un peu comme les avocats. Oui,
- Speaker #0
exactement, parce qu'on est dans une optique de réinsertion sociale, on est dans une croyance de deuxième chance. Ça ne veut pas dire nécessairement qu'on endosse tout, il faut se ramener premièrement. Mais souvent, les gens ont vraiment l'impression que notre champ d'expertise, c'est les criminels.
- Speaker #1
En gros,
- Speaker #0
c'est ça.
- Speaker #1
Puis je suis persuadé que dans ta pratique privée… Ce n'est pas vrai. Non, c'est ça, tu n'as pas que des criminels. Non,
- Speaker #0
mais j'en ai que très peu, d'abord et avant tout. C'est comme je disais, la criminologie, on peut travailler autant avec, oui, on va dire les personnes judiciarisées, mais on peut travailler avec les victimes, on peut travailler avec les proches, comme moi, c'est mon cas. On peut travailler aussi en prévention. Donc, il y a des criminologues qui travaillent, on va dire, dans les firmes pour dire, bon, bien, voici, mettons, auprès de la ville, qu'est-ce que vous pourriez faire pour améliorer la sécurité ? augmenter, on va dire, je ne sais pas, la lumière après un certain heure dans ces parcs-là, dans ces environnements-là, vous pourriez faire ça. On peut être en prévention sans nécessairement que ce soit avec une clientèle ciblée.
- Speaker #1
Exact, c'est ça.
- Speaker #0
Ça peut être auprès des enfants. Il y en a qui travaillent avec la DPJ.
- Speaker #1
On est beaucoup, c'est ça, puis c'est un peu la nature du pourquoi on est là aujourd'hui, c'est que chez Brio, on est beaucoup dans l'éducation. Parce que, comme on a dit tantôt, on a une belle base de professionnels qui est très, très variée. On a des thérapeutes en relations d'aide, des criminologues, des travailleurs sociaux, des psychos, des psychologues, psychothérapeutes. Bon, bref, on a vraiment une belle variété de professionnels. Puis les gens, quand ils appellent au PAE, ils veulent voir un psychologue.
- Speaker #0
Toujours.
- Speaker #1
On est toujours dans cette éducation-là de dire... Bien, pour toi, peut-être que ce n'est pas le psychologue qui est le meilleur professionnel. Oui. Puis où je m'en vais avec ça, c'est quoi pour toi l'identité ? Puis là, chaque professionnel a son identité, mais c'est quoi un peu l'identité des criminologues ? C'est où, en consultation PAE ou au privé, vous allez avoir une couleur qui se démarque, mettons ?
- Speaker #0
Bien d'abord, il faut comprendre que... Comme tu dis, ce n'est pas parce que nécessairement on a un problème, on va dire, d'ordre psychologique que ça prend absolument un psychologue. Absolument. Ce n'est absolument pas pour enlever rien aux psychologues, pas du tout, du tout. Mais les criminologues, comme on disait tantôt, mettons qu'on repart du principe qu'on travaille avec des criminels, c'est quoi, vous pensez, les problèmes des criminels ? Ça va être l'estime de soi, ça va être l'anxiété, ça va être la dépression, ça va être les problèmes relationnels, l'impulsivité. Je veux dire, c'est des problèmes qui sont humains.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Enlève le casier judiciaire. Ce qu'on travaille à la base, c'est la même chose. Tu comprends ? 100 %. Des fois, c'est de comprendre aussi que tu n'as pas besoin d'être criminel pour que je travaille ton estime de toi.
- Speaker #1
Je veux dire,
- Speaker #0
je suis capable de faire ça quand même.
- Speaker #1
C'est ça. Toute éthnication de niveau, on s'entend. C'est vrai. On n'y pense pas. Les criminels ne sont pas… Ce ne sont pas des traits ou des…
- Speaker #0
Mais non.
- Speaker #1
C'est pareil. Toutes les humains sont faits de la même façon.
- Speaker #0
C'est comment on travaille la réinsertion sociale. C'est qu'on travaille des valeurs qu'on dit prosociales. Donc, de développer des liens, de favoriser la meilleure gestion des émotions, de favoriser une meilleure maturité émotionnelle. Tout ça, c'est des choses qu'on peut travailler avec M. et Mme Tout-le-Monde.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
À la base, mettons. Après ça, évidemment, c'est de partir aussi, comme je disais, du principe que ce n'est pas vrai que tous les psychoéducateurs travaillent juste avec les enfants. Ce n'est pas vrai que tous les sexologues travaillent avec des problèmes de nature sexuelle. Ce n'est pas vrai que... Les psychologues, nécessairement, vont travailler tous les enjeux non plus. Ils peuvent des fois dire « bon, bien ça c'est plus d'ordre de travers sociaux parce que c'est une approche plus systémique qu'on appelle, au niveau familial » . Tu sais, c'est juste de savoir c'est quoi votre besoin, puis c'est quoi le genre d'approche que vous voulez.
- Speaker #1
Ouais, exact.
- Speaker #0
Après, c'est tout, tu sais, tu vas choisir ton professionnel selon l'approche et non pas selon le titre. Les criminologues, ce qu'on peut dire, mettons, bien c'est que, on va dire, la force selon moi, il n'y a pas de jugement. Même s'il y a peut-être un problème sous-jacent, même si ça n'a pas été criminalisé, la personne peut avoir dans sa vie un conjoint qui est criminalisé et c'est ça qui lui cause du stress. Elle se sent mal ou elle va se sentir jugée parce que ça peut arriver qu'un autre professionnel va avoir dit « moi je ne suis vraiment pas à l'aise avec ce département-là » . Elle ne peut pas les aider dans toute situation légale ou judiciaire parce que des fois on est limité en termes de ce qu'on connaît. C'est quoi une ordonnance d'approbation ? C'est quoi des conditions à respecter ? Quelqu'un qui va avoir un problème, genre, il a pété la ballonne. C'est quand même assez commun.
- Speaker #1
On s'entend,
- Speaker #0
mais tu vas passer à travers un processus judiciaire. Tu vas devoir faire face à la justice, à comprendre ce qui t'attend, sans nécessairement dire que le psychologue ne peut pas t'aider. Mais ça se peut que le criminologue va déjà t'acquérir, te dire, « Hey, c'est bien correct, regarde, inquiète-toi pas, on va travailler ensemble. Je comprends, lis-moi les conditions, je vais t'aider. » Là, oui, c'est ciblé à une situation, on va dire, judiciaire, mais ça peut être n'importe qui qui va avoir vécu un traumatisme. Puis un traumatisme, ça peut être au travail. Ça peut être du harcèlement au travail. Ça peut être qu'il s'est passé quelque chose dans sa famille. On est équipé pour ça, tu comprends ? Les traumas, l'anxiété, les enjeux. Au final, il n'y a pas grand-chose, je pense, qui nous déstabilise.
- Speaker #1
C'est ça. Est-ce qu'il y a justement dans... Je pense que tous les professionnels en relation d'aide ont quand même... Peut-être pas tous. Je vais faire attention à mes mots, mais des dossiers qui ne vont pas vouloir aller vers ça, est-ce que votre niveau de, on va dire, est-ce que vous êtes plus, vous couvrez le plus les dossiers un peu chauds ou que les autres professionnels sont moins enclins à aller vers ça ?
- Speaker #0
C'est dur à dire parce que je ne peux pas répondre pour les autres professionnels ou même pour les autres criminologues. C'est sûr que, comme je te dis, moi, j'en ai eu, tu sais, des dossiers que c'est un client, que ce soit chez Brio ou d'autres PAE, que c'est parce que là, ils vivent une situation très difficile, soit parce que quelqu'un a été judiciarisé dans leur famille ou parce que, mettons, une femme qui veut sortir d'une relation de violence, tu sais, ou ça peut être une situation avec la DPJ, tu sais. C'est sûr que nous, ces dossiers-là, on va dire en guillemets, on est un peu formés pour ça, tu sais. Oui, c'est ça. On ne va pas être comme, OK, non, ça, moi, j'ai pas le goût d'aller témoigner en cour. Je ne suis pas sûre de qu'est-ce qu'il y en a. Probablement qu'ils se disent, moi, je ne me mouille pas, je n'ai pas envie d'aller là. Puis ça peut être des criminologues aussi. C'est rare qu'on va se dire, je ne pense pas que je suis équipée pour ça. C'est ça. En tout cas, dépendamment des formations qu'on va avoir eues, mais en majeure partie, d'habitude, on a vu ça dans le bac.
- Speaker #1
Exact. Oui, c'est ça. Fait que les dossiers un peu plus crunchy ou que ça peut être potentiel. Puis là, on s'entend, ça dépend de chaque personne, mais habituellement, vous avez plus du moins le bagage, le coffre à outils pour aller dans des dossiers un petit peu plus complexes, on va dire. Oui,
- Speaker #0
puis j'en ai eu des clients qui m'ont dit… J'ai eu des jugements de la part d'autres professionnels. Oui. Tu sais, j'ai ressenti du jugement d'avoir choisi de rester avec mon conjoint qui s'est fait arrêter pour YZ raison, qu'il y en a qui ont dit « ben moi je suis pas à l'aise de te suivre » . Tu sais, il se sent des fois que même en tant que professionnel, les gens sont… c'est correct, il y en a qui respectent leurs limites ou qui disent « moi je suis pas à l'aise » ou ça vient trop confronter les valeurs. Oui. Mais sauf que ces clients-là se sentent tout le temps un peu comme, c'est qui qui va m'aider d'abord ? Et où l'aide ? Parce que des fois, ils peuvent avoir pensé que d'emblée, ça prenait tel type de professionnel. Puis finalement, ça rend compte qu'il y a des jugements, il y a des commentaires, il y a des biais. Ça peut venir confronter. C'est de se ramener au fait aussi que, comme on disait dans l'autre podcast que j'ai fait, on n'est pas responsable des résultats en tant que thérapeute, en tant qu'intervenant. On est responsable des moyens. On leur donne les moyens, on leur donne les outils, on essaie de les accompagner le plus possible. Mais après, s'ils ne font rien avec ça ou ils ne sont pas rendus là, bien, ça leur appartient.
- Speaker #1
Si,
- Speaker #0
en tant qu'intervenant, tu prends tout sur toi et que tu te remets en question si la personne, on va dire, elle rechute ou elle récidive ou peu importe son parcours et que là, tu le prends personnel, bien, c'est sûr que tu vas avoir une difficulté à avoir une distance émotionnelle. Tu vas peut-être être justement confronté dans tes valeurs. Tu vas tomber dans le contrat de transfert. Ce n'est pas ça qu'il faut faire. Il ne faut pas se prendre ça personnel. Il ne faut pas se mettre dans l'équation, on va dire. Ça, c'est une façon, évidemment, de te protéger là-dedans. Ça dépend des gens. Mais encore une fois, comme je dis, moi, vu que je travaille souvent plus avec une clientèle contrevenante ou avec la famille, je travaille moins avec les victimes.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Souvent, les gens qui travaillent avec les victimes, ils ne comprennent pas qu'on travaille avec cette clientèle-là.
- Speaker #1
C'est ça. Il y a les deux côtés quand même qui sont souvent… Il y a l'expertise qui… Un ou l'autre, en fait, j'imagine.
- Speaker #0
Ça peut arriver, là, des fois que tu peux dire, OK, bien, tu sais ça, je vais le prendre, mais moi, j'ai vraiment moins de mandats IVAC, par exemple. J'en ai vraiment pas beaucoup, tu sais, parce que souvent, c'est une clientèle avec laquelle, justement, je travaille pas, je suis pas habituée. Puis vu que j'ai un style plus confrontant, ça serait pas super, là, tu sais. Je pense que ça viendrait peut-être... Tu sais, je pense pas que ça ferait, là, maintenant. Non, non,
- Speaker #1
c'est ça. OK. Puis, tu sais, c'est ça, on parlait que c'est une profession quand même assez nouvelle. Tu disais que le doctorat aussi était maintenant en place. C'est quoi le positionnement des criminologues ? Je pense aux travailleurs sociaux, aux psychoéducateurs, aux psychologues qui ne sont pas mieux établis, mais les criminologues sont où par rapport à ça ? Il y a du travail, j'imagine, encore ? On est là. Oui, c'est ça, vous êtes là. On est là tout le monde. Puis tu sais, des fois, tu sais, je me souviens, j'avais parlé avec une criminologue justement à notre journée des intervenants, puis elle me disait, c'est ça, tu sais, on est un peu les… Les délaissés, le mouton noir, c'est ça. Fait qu'on en est où par rapport à ça ?
- Speaker #0
Écoute, j'aimerais te dire que tout ça, c'est derrière nous, mais c'est encore le cas, comme tu peux voir. En fait, là, on a parlé encore de la clientèle judiciarisée, criminalisée, mais majoritairement, moi, ma clientèle, c'est des messieurs, madames, tout le monde qui consultent pour épuisement, pour deuil, pour difficultés relationnelles, pour anxiété. C'est ça, ma clientèle. Fait que c'est de comprendre que, comme je disais tantôt, c'est pas parce que t'as un titre de criminologue que tu peux pas accompagner la dame qui se questionne à savoir si elle est prête à prendre sa retraite ou que tu peux pas accompagner une maman qui se sépare. Tu sais, c'est complètement faux de penser qu'on peut pas faire ça. Mais dû au fait qu'on n'est pas encore reconnus par les compagnies d'assurance... qu'on est encore dans la mentalité populaire, qu'on n'accompagne que les gens qui sont criminalisés, on est en détention, nous autres, c'est là notre place.
- Speaker #1
C'est ça, exact.
- Speaker #0
Ou dans les cours, dans la cour avec les avocats et tout ça. Bien, encore une fois, les gens sont comme, bien là, pourquoi j'irais voir une criminologue ? Mais il y en a plein au Québec maintenant, en pratique privée, vous pouvez aller voir sur le tableau de l'ordre des criminologues. Il y en a plein qui... Puis on regarde les types de difficultés auxquelles, mettons, ils travaillent. C'est tout ça, l'épuisement, l'anxiété, le deuil.
- Speaker #1
Parce que vous les avez, vous, à côté. On voit les spécialités des gens. OK, les spécialetons, là, sur le site de l'Ordre. Oui,
- Speaker #0
vraiment. Fait que, tu sais, au final, où est la place ? Pas encore côte à côte avec nos confrères et consoeurs, même si on aimerait bien être reconnus, comme les psycho-aides, comme les travailleurs sociaux, les sexologues, tu sais. Absolument. Je sais que les sexologues aussi se battent pour ça. Puis même les psychoéducateurs, il y a quelques compagnies d'assurance qui arrivent maintenant à les reconnaître, mais encore une fois, eux aussi sont pris dans « Travaillez juste avec les enfants » .
- Speaker #1
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
C'est pas nécessairement vrai. Non, non,
- Speaker #1
exact, c'est ça.
- Speaker #0
Je pense que c'est de s'éduquer et de... Donnez la chance. Si vous êtes jumelé à un criminologue, donnez la chance. Si vous vous dites que ça ne fit pas, ça ne fit pas. Mais si vous ne l'essayez pas, vous ne le saurez pas.
- Speaker #1
Absolument. Puis, y a-tu un snobisme de la part des travailleurs sociaux ? Je ne sais pas. Est-ce que tu ressens ça ?
- Speaker #0
Je ne ressens pas ça.
- Speaker #1
Tu ne ressens pas ça.
- Speaker #0
Mais je travaille seule chez moi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, exact.
- Speaker #0
Est-ce que les gens nous snobent ? Peut-être. Est-ce que c'est du snobisme ou encore une fois de l'ignorance ? Est-ce que peut-être ils ne se sentent pas nécessairement à l'aise de nous référer de la clientèle parce qu'ils sont habitués de la référer à des psychologues, à des psychothérapeutes, à des sexologues, puis ils ne pensent pas aux criminologues. Ça se peut. Honnêtement, ça se peut très bien. Après, encore une fois, c'est de s'informer. Il y en a de plus en plus, un peu partout dans les bureaux qui sont partagés, des bureaux multidisciplinaires. Si vous avez un collègue ou une collègue criminologue, posez-lui la question. Informez-vous.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. Comme je disais tantôt, Nous, chez Brio, on a nos collaborateurs aux appels qui prennent les dossiers. Dans le day-to-day, c'est beaucoup de leur travail. C'est de dire, voici ton besoin. Je pense que ça va fitter avec un criminologue, mais là, c'est comme, OK, pourquoi ? Il y a beaucoup de questions. C'est en éduquant, c'est en parlant aux gens, c'est en vous faisant voir comme on fait aujourd'hui. Faisant vraiment des discussions et de l'éducation, je pense que c'est comme ça qu'on va pouvoir...
- Speaker #0
Mais c'est lourd. C'est lourd. On comprend les gens. On comprend très bien. Ça m'arrive aussi des fois de dire « Je vais vous envoyer des outils par courriel. » Ils voient mon adresse courriel qui est écrite « Alexandra Criminologue » . Ça y est, dans leur tête, c'est comme « Hein ? Mais comment ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a une erreur dans le système. » Il faut que tu déconstruises. Puis il faut... tu te justifies, puis c'est un peu lourd quand tu dis « Je sais ce que je fais, ne inquiétez-vous pas, je ne m'improvise pas. » J'ai mon diplôme, la gang, puis je fais partie d'un homme, puis je suis inspectée comme tout le monde, alors je sais ce que je fais, mais les gens sont comme inquiets, sécures, tu sais, comme je dis, je comprends, mais on voit qu'il y a encore beaucoup d'ignorance. On ne parle pas de nous à la télé, on ne parle pas de nous à la radio. Non, c'est ça.
- Speaker #1
On entend très peu ça. Même nous qui baignons dans ce milieu-là, c'est rare qu'on en... En fait, tu sais, c'est... C'est pour ça que notre équipe de formation, je trouve ça super le fun parce qu'on va chercher plusieurs expertises, plusieurs backgrounds, des travailleurs sociaux, des psycho-aide, qui amènent toute une couleur qui est distincte et qui va répondre à un besoin, qui va avoir un fit particulier pour certains dossiers. Je pense que ça amène juste plus de variété. Parce que vous êtes tous là pour une raison. Vous avez toute votre raison d'être, vous ne le faites pas comme professionnel. C'est important de remettre ça aussi de l'avant. Oui,
- Speaker #0
de s'entraider. Des fois, on va savoir que ce ne sera pas pour moi parce que ça va relever plus du côté du travailleur social, qui des fois sont plus dans des approches systémiques, donc de travailler plus avec l'ensemble de la personne. Des fois, tu vas te dire que ça va trop loin, c'est un trauma qui est trop cru. Je vais référer en psychologie, parce que clairement, il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Il y a des actes réservés. Il ne faut pas avoir la prétention de dire « Non, je vais aller jusque-là. » Moi, je le dis d'emblée au client. On n'ira pas creuser dans vos traumas d'enfance. Ça se peut qu'on fasse un survol de c'est quoi votre dynamique avec vos parents ou votre famille, juste pour comprendre un peu mieux le portrait d'ensemble. Mais on n'ira pas creuser là où est-ce qu'après ça, je n'ouvrirai pas une boîte de Pandore que je ne saurais pas quoi faire après. Je vais être capable de savoir quand elle est où ma limite, puis à qui je réfère, puis je le fais avec plaisir. Oui,
- Speaker #1
c'est clair. Puis d'un point de vue un petit peu plus organisationnel, on était plus dans l'individu. Une petite question sur l'entreprise. C'est quoi ta couleur ? C'est quoi la couleur d'Alexandra quand tu arrives dans une entreprise ? Puis là, tu fais des mandats de formation, tu fais des mandats d'intervention de crise aussi.
- Speaker #0
C'est quoi la couleur d'Alexandra ?
- Speaker #1
Bien, comme je t'ai dit un peu en début de parcours, j'ai travaillé, moi, dans plusieurs domaines dans ma vie. J'ai fait beaucoup de la gestion de personnel. J'ai travaillé dans des organismes ou dans des compagnies où est-ce que c'était ça, ma job, faire de la gestion, on va dire, pas juste de crise, mais de penser à c'est quoi les besoins de l'entreprise puis c'est quoi les besoins des employés. Fait que je ne suis pas juste intervenante. Tu comprends, il y a quand même une partie de moi que j'aime beaucoup. comprendre aussi les dynamiques organisationnelles, les cultures d'entreprise, puis qu'est-ce qui peut être amélioré. C'est sûr que moi, d'emblée, mon approche, c'est d'être une alliée. Dépendamment de c'est qui la personne dans le besoin, c'est de m'assurer qu'elle peut me faire confiance. Puis moi, je suis là pour qu'on puisse travailler ensemble positivement. Peu importe, ça va être quoi la stratégie.
- Speaker #0
Oui, 100 %.
- Speaker #1
Parce que, tu sais, moi, dans mon approche, majoritairement, puis c'est souvent ce que les gestionnaires aiment quand je donne des formations auprès des employés, je ramène beaucoup au fait que c'est important de se responsabiliser. Tout le monde, tu sais, de se ramener à soi puis de se dire, tu sais, vous n'êtes pas obligés d'être où est-ce que vous êtes. Puis je ne dis pas ça parce que je veux que tout le monde lance leur job. Non, non, c'est ça. On s'entend, là, c'est vraiment pas ça. C'est pas pour mettre les employeurs dans la misère, là. Mais, tu sais, des fois, je vois les gestionnaires qui me regardent puis sont comme... Oui, tu sais, en voulant dire, ça ne sert à rien, tu restes 20 ans à une place pour chialer pendant 20 ans. Si tu l'as eu, tu as déjà voté. Ça,
- Speaker #0
c'est clair.
- Speaker #1
Puis comme il y a beaucoup de mentalité de, mais là, je ne m'en irai pas parce que mon fonds de pension, parce que mes réaires, parce que mon argent. Puis je ne dis pas qu'il n'y a pas des arguments qui sont valables là-dedans, mais c'est de se ramener à, c'est un choix que tu fais de rester ici.
- Speaker #0
Oui, c'est clair.
- Speaker #1
C'est un choix que tu fais et c'est correct, sauf qu'assume-le. Puis dans ce temps-là, focus-toi sur ce que tu as le contrôle. Tu as le contrôle sur ton attitude, ta perception ou qu'est-ce que tu fais en dehors du travail, comme on disait, pour te remettre dans quelque chose de le fun, de sain, pour avoir une identité à toi qui n'est pas juste au niveau du travail. Ça, c'est souvent apprécié. Autant les employés qui se remettent des fois dans cette perspective-là de « dans le fond, c'est vrai, je ne suis pas obligé de rester ici, c'est mon choix » , autant que les gestionnaires qui vont apprécier parce qu'eux ne peuvent pas toujours dire ça. Par eux-mêmes, ils ne peuvent pas dire à tout le monde, « Bien, vous n'êtes pas contents d'aller vous-en. » C'est moins bien reçu.
- Speaker #0
Non, non, ça, c'est clair.
- Speaker #1
Mais de responsabiliser les gens, de leur ramener à eux ce qui leur appartient, puis ça, ça fait beaucoup partie de ma couleur, de mon approche. Puis après ça, c'est de faire le pont sur, si vous avez de la misère avec ça, vous pouvez contacter le PAE. On peut le faire ensemble. On peut le déconstruire sur plusieurs séances en individuel.
- Speaker #0
Exactement. Mais juste,
- Speaker #1
c'est pas le petit déclic de ça. Ça, c'est apprécié.
- Speaker #0
Bien, c'est clair. C'est clair. Puis, c'est quoi, bon, on a parlé un peu de tes sujets. Tes sujets d'Adam, c'est quoi un peu ton cercle d'intervention aussi ? Dans quoi tu as le plus de facilité ou d'intérêt finalement aussi à intervenir plus dans l'aspect des entreprises ?
- Speaker #1
J'aime beaucoup tout ce qui est justement la culture organisationnelle. Fait que tu sais, travailler autant avec les gestionnaires qui des fois ont de la difficulté à se positionner, soit à assumer leur leadership ou à reconnaître que peut-être finalement ils n'aiment pas ça ce qu'ils font. Parce que des fois les gens... Ils idéalisent le poste de gestionnaire, de superviseur. Il y a quelque chose dans la société aussi qui nous pousse beaucoup vers monter les échelons. Bien oui, absolument. De gravir, machin, machin. Mais finalement, la personne se rend compte que c'est une people pleaser, puis elle n'aime pas ça d'être là. Absolument. Elle n'aime pas ça de ne pas faire partie de la gang, ou elle n'aime pas ça d'être le méchant dans l'histoire. Fait que des fois, de travailler ça, travailler ça soit pour aider la personne à lâcher prise, ou pour arriver à juste constater que peut-être que ça, c'est quelque chose qui va te rendre malheureux ou malheureuse dans ta vie, puis tu n'es pas obligé. Absolument,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Ça fait vraiment partie, je te dirais, de mes dadades. Et autant travailler aussi avec les employés, comme je te disais, qui ne sont pas bien, qui ont vraiment de la difficulté à se sortir de leur dynamique ou des fois, les personnes qui vont avoir tendance à peut-être, j'aime plus ce mot-là, mais se victimiser. Donc, voir beaucoup les choses qui leur arrivent et oublier qu'ils ont un pouvoir d'agir.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Fait que moi, j'aime beaucoup travailler avec les… Tout ce qui est épuisement professionnel, je n'aime pas ça parce que je trouve ça plate pour eux. Oh,
- Speaker #0
non, c'est ça.
- Speaker #1
On est d'accord, mais je trouve que c'est des dossiers qui sont intéressants parce qu'on voit souvent une progression, puis on est capable de travailler avec ça, puis souvent, on voit aussi d'où ça part. Donc, on est capable de voir que la personne, oups, on a un petit enjeu de peur du rejet, de peur de l'abandon, de la difficulté à mettre nos limites, à dire non, peur de déplaire, ça vient de où, sans dire qu'on va aller creuser, mais on est quand même capable de voir que Il y a quelque chose de sous-jacent à ça. Puis que si on ne travaille pas ça, ça va suivre toute ta vie. Ah non,
- Speaker #0
c'est clair. Puis c'est quoi ta vision des climats de travail en 2026 ? Comment tu perçois un petit peu, tu fais du terrain, tu sais, tu... Comment tu vois ça ? Est-ce qu'on s'en va dans la bonne voie ? Est-ce qu'il y a des défis qui sont récurrents dans les milieux de travail ? C'est une grosse question. Oui, bien oui. C'est une très grosse question. Je le sais, puis on peut passer du temps sur cette question-là.
- Speaker #1
C'est une grosse question. Je pense qu'il y a énormément de défis pour plusieurs raisons, parce que les gens vivent beaucoup d'anxiété. C'est vraiment une problématique que l'on voit.
- Speaker #0
Bien, puis tu parles à n'importe quel professionnel, puis ils vont dire exactement la même chose que toi, là, si c'est clair. Oui, beaucoup,
- Speaker #1
beaucoup, beaucoup d'enjeux, d'anxiété. D'où ça vient, je ne peux pas te dire exactement. Non, non. J'ai ma petite idée de à peu près quand même pourquoi, mais ça reste que là, ça serait tombé dans le philosophique, puis on ne va pas là. Mais tu sais, c'est ça, je pense qu'on est dans une ère où est-ce que les gestionnaires ou les cultures essaient beaucoup d'accommoder. qui est... ce qui est correct. Mais en même temps, de l'autre côté, on ne sait pas trop jusqu'où il faut qu'on aille.
- Speaker #0
Il n'y a pas de guide à suivre. C'est dans ce cadre-là et on arrête là.
- Speaker #1
Les gens se rendent compte, ils sont très conscients d'eux-mêmes, ils sont très self-conscious, ils sont très dans leurs propres enjeux. Ils se rendent compte qu'ils sont anxieux, ils vont tenter d'aller chercher des moyens, mais en même temps, des fois, c'est que là, on n'en dure plus non plus grand-chose.
- Speaker #0
On ne tolère plus grand-chose. Non, c'est ça.
- Speaker #1
Les gens ne sont pas bien dans le mal-être, ce que je comprends, mais ne sont pas bien au point où est-ce que ça prend une solution là. La difficulté maintenant à tolérer un peu d'inconfort, puis là, je ne dis pas d'endurer des affaires pas possibles. Non, non.
- Speaker #0
Mais de plus en plus, la zone de confort est de plus en plus confortable.
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est très glissant comme terrain pour les employeurs, les gestionnaires. Ils essaient d'accommoder, de comprendre, d'être ouvert. Bon, il y en a qui ne le sont pas, puis rendu là, on voit aussi que ça crée autre chose.
- Speaker #0
Oui, absolument.
- Speaker #1
Il faut trouver un juste milieu, mais je pense qu'il y a des employés qui ont aussi de la difficulté à rencontrer l'employeur à mi-chemin. On est un peu dans, comme maintenant, tout... nous est dû de ce côté-là. Le balancier n'est plus équilibré, j'ai l'impression. Avant, c'était comme l'autre bord où il fallait que tu donnes à ton employeur et il fallait que tu fermes ta boîte. C'était ça, c'est ça. On est rendu à l'autre côté où tout le monde s'en va.
- Speaker #0
Pression énorme sur les gestionnaires. On fait justement un guide sur la santé psychologique des gestionnaires en collaboration évidemment avec nos clients et nos non-clients, mais on fait une étude avec l'Université de Sherbrooke et Puis c'est vraiment intéressant ce qui va ressortir de ça. Évidemment, tu vas le voir passer, mais il y a beaucoup de pression. Beaucoup, beaucoup, beaucoup. Pression bidirectionnelle, autant par exemple de la haute direction. Puis nos gestionnaires de premier niveau, c'est très difficile.
- Speaker #1
C'est dur, c'est très dur. Puis comme on est dans un mouvement social aussi, on est dans un... Ça serait trop long d'aller faire... C'est une étude, dans le fond, macro, au final. Oui, absolument. C'est vraiment, vraiment gros. Puis on a peur aussi de se commettre.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
en a peur de se faire « cancel » . On a peur de dire quelque chose que ça y est, on n'a pas de la bonne affaire, on n'a pas pensé à la bonne chose. On se fait rapidement mettre dans une catégorie ou dans un coin. Je pense que ce n'est pas facile. Ce n'est vraiment pas facile, autant les petites entreprises que les grosses entreprises.
- Speaker #0
Ils ont des réalités différentes, mais les besoins sont là. Ça, c'est clair. Les formations que tu donnes, tu en donnes pour différents... différentes organisations, c'est quoi les bienfaits ? T'as-tu un des... Bien, les bienfaits, c'est peut-être pas le bon mot, mais les impacts. T'as-tu des commentaires des organisations après coup ?
- Speaker #1
Malheureusement, pas vraiment. Pas de passe. On les donne, mais on a pas vraiment les feedbacks. C'est ça. Même si on aimerait bien ça. Des fois, on reçoit les sondages, comme quoi la formation a été appréciée, puis on est capable de les lire, mais c'est quand même rare. J'aimerais bien, mais ce n'est pas des entreprises dans lesquelles moi je travaille. Je vais donner la formation, puis après, ça finit là pour moi.
- Speaker #0
Quel impact tu veux avoir ? Je vais reformuler ma question.
- Speaker #1
Ce que je trouve intéressant, c'est que ça peut être parfois, comme je disais, un pont vert, soit une thérapie. Quand même, si on touche une personne sur 50, moi je me dis que c'est un win. On est content et on est bien heureux de ça. Ce que je trouve intéressant, c'est justement de donner de l'information qui est... qui est quand même assez concrète. Parce que, tu sais, moi, souvent, c'est des 60 minutes, 90 minutes. L'idée, c'est de donner de l'information générale. Tu sais, c'est pas de faire du cas par cas, là. Fait qu'à la base, c'est leur donner des outils, des stratégies, puis leur verbaliser, vulgariser des réalités. Par exemple, si on va parler de prévenir l'épuisement professionnel ou comment prendre soin de soi ou qu'est-ce qu'on peut faire, justement, pour réduire le stress, l'anxiété, tu sais. Fait que des trucs qui touchent tout le monde, au final. Absolument. Puis souvent, justement, les gens vont soit des fois dire « ça me fait réfléchir, je me rends compte que… »
- Speaker #0
Tu peux se sommer une grande puis que ça refasse du chemin. Exactement.
- Speaker #1
Puis après ça, ils peuvent soit dire « je vais appeler le PAE » ou « je vais en parler avec mon conjoint, ma conjointe » parce que des fois, c'est des personnes à charge que c'est eux finalement qui peuvent être touchés par le sujet, on va dire. Je pense que c'est qu'on va toucher un plus grand nombre que la personne qui va appeler son PAE pour une thérapie. Elle a déjà fait la moitié du chemin, on s'entend, alors qu'assister à un webinar, des fois, tu vas là en n'ayant pas trop d'attente. C'est l'heure du dîner, tu manges ta salade, tu entends quelque chose et tu fais hop Une petite cloche qui… Je pense qu'il y a quelque chose de le fun. Pour moi aussi, personnellement, je trouve aussi intéressant que ça change le mal de place, on va dire. Moi, je suis une personne qui aime ça, pas la routine. Ça fait changement pour moi aussi de donner des ateliers. de parler et d'être moins en mode écoute active dans ce moment-là.
- Speaker #0
C'est ça. As-tu un type d'entreprise chouchou qui était plus... Tu préfères ce type d'entreprise-là ? Mettons, je pense, au secteur manufacturier. As-tu une clientèle en formation que tu sens que ça passe mieux ou que tu as plus de succès, on va dire, avec eux ?
- Speaker #1
Bien, je dirais que les entreprises qui sont les plus... C'est intéressant, on va dire. Dans mon cas, à Québec, c'est Costco. Je trouve ça toujours très intéressant. C'est vraiment gros comme entreprise. On s'entend, ils ont beaucoup d'employés.
- Speaker #0
Les grosses structures.
- Speaker #1
Eux autres aussi, ils sont tout le temps un peu pris justement entre répondre aux besoins des employés, en même temps répondre aux besoins des gestionnaires, s'assurer que tout le monde est bien. Bref, c'est gros. Oui,
- Speaker #0
c'est une grosse machine.
- Speaker #1
Souvent, quand je vais parler, il y en a toujours que je sens que… Ça vient les toucher, là, tu sais. Ça vient créer quelque chose. Fait que ça, c'est intéressant. Mais sinon, ouais, là, tu sais, des grosses entreprises, des fois, c'est souvent eux avec qui ça va plus résonner que des tout petites business.
- Speaker #0
OK. Je reviendrai un petit peu à l'aspect criminologie. Là, on a parlé un petit peu plus de l'aspect organisationnel, mais j'aimerais quand même ça qu'on... J'aimerais ça que tu nous parles peut-être d'un cas ou d'un... Tu sais, quelque chose de plus concret, là, dans ton parcours à titre de criminologue. Y'a-tu quelque chose qui te vient dans, peut-être plus ton avant, une intervention, un cas plus précis qu'on pourrait mettre un petit peu plus de concret où tu sens que t'as eu un impact pis tu sens que justement la criminologue en toi a fait une belle différence ? Oui.
- Speaker #1
Bien, je pense que c'est peut-être plus, justement, auprès de la clientèle avec laquelle je me suis spécialisée, c'est-à-dire les... proche des personnes judiciarisées parce que je pense que c'est souvent eux qui sont dans l'oubli, qui sont un petit peu laissés pour compte. Il y a eu des gens avec qui j'ai travaillé, que j'ai accompagné et que j'accompagne encore. Des fois, pendant un an, un an et demi, être là pour la personne qui passe à travers tout le processus avec, mettons, son conjoint qui vient d'être arrêté, vient d'être reconnu coupable, donc elle est dans tous ses états, ne sait pas trop ce qu'elle va faire, tout le questionnement de « je reste avec, j'en parle sur ma famille » . « Les gens vont-ils me juger ? » Tout ça.
- Speaker #0
C'est dur à s'imaginer.
- Speaker #1
C'est extrêmement difficile comme situation. C'est extrêmement difficile parce que des fois, la personne, ça peut faire quatre ans qu'elle est avec son chum. Puis soit elle n'a aucune idée ou soit dans sa tête, ce n'est pas si sérieux parce que des fois, ça peut être très long avant que la sentence tombe. Donc, la personne peut se dire « Ça fait quatre ans que c'est arrivé. » Je ne sais pas, moi, je me suis battue dans un bord, ça fait 4 ans. Tu sais, je ne sais pas, mais ton chum, il avait 20 ans, vous êtes rendu à 24 ans. Et là, ben, il se fait reconnaître coupable pour voie de fait. Bon, OK, attends un peu, ça veut dire quoi, là ?
- Speaker #0
Ben oui, c'est ça. Tu sais,
- Speaker #1
donc là, la personne doit comprendre qu'est-ce que ça veut dire, ça va impliquer quoi pour le couple. Si elle reste avec lui, il y a sûrement des gens qui vont la juger. La famille, vas-tu quand même continuer à l'accepter ? Donc, de comprendre tout le processus judiciaire. se présenter à la cour, manquer des journées de travail parce qu'elle doit accompagner son conjoint.
- Speaker #0
Les enfants aussi.
- Speaker #1
Les enfants. On va dire, mettons, quelqu'un qui sait qu'il va y avoir une sentence de détention. Bon, bien là, comment je vais m'organiser ? Ça veut dire quoi financièrement ? Lui, il perd son salaire. Est-ce qu'il perd sa job ? Parce que ça se peut très bien qu'il perde sa job. Après ça, se replacer avec un casier judiciaire, c'est pas chose facile. Peut-il voyager à certaines places ? Il y a comme vraiment beaucoup de choses qui viennent impacter, pas juste la personne criminalisée, la famille au complet.
- Speaker #0
C'est clair.
- Speaker #1
Moi, d'avoir accompagné ces gens-là de A à Z, puis de voir, OK, le conjoint, il a fini par sortir, il est sorti de détention, OK, là, il est rendu en transition, OK, là, il a fait sa demande de libération, puis ça s'en vient. Puis de vraiment voir que ça commence à souffler, puis que ça commence à être derrière eux, puis là, il s'est retrouvé une job, puis là, ça va mieux. Puis là, tu sais, la personne a été là de A à Z, elle est allée en détention, elle a fait des visites conjugales, elle s'est faite enverrer de bord par les agents. Il y a eu des moments où elle s'est faite juger, elle a fait... Tu comprends ?
- Speaker #0
Ben oui, c'est ça. Tout ça,
- Speaker #1
pour moi, c'est des cas où est-ce que je me dis, moi, je suis bien contente d'avoir été là pour eux autres. Puis c'est une forme de succès, si on veut, pour moi.
- Speaker #0
Tu sens que tu as fait une différence.
- Speaker #1
Je sens que peut-être que j'ai été, on va dire, entre guillemets, la seule personne qui les accueillait. pas dans le jugement, qui leur demandaient « Mais toi, comment ça va ? »
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
C'est juste toi, là. Puis tu sais, t'as le droit aussi de me dire qu'aujourd'hui, là, ben tu sacrerais tout ça, là, puis t'aurais le goût de t'en aller. T'aurais le droit, tu sais. Ils se sont pris dans leur propre culpabilité, se sentent super mal. Tu sais, il fait juste prendre une maman qui, à l'apprent que son gars, il est accusé de possession de pornographie juvénile, là.
- Speaker #0
C'est fou, puis on...
- Speaker #1
C'est pas la faute de la mère,
- Speaker #0
là. Non, non, c'est ça. Elle,
- Speaker #1
elle se met en question, là. Elle, elle se demande en maudit qu'est-ce qu'elle a fait, puis elle se fait juger.
- Speaker #0
Elle s'est agit par les autres, c'est vrai.
- Speaker #1
Tu n'as pas vu ça, puis ça ne se peut pas. Fait que là, tu sais, tu t'en manques.
- Speaker #0
Puis on n'y pense pas assez à ces familles-là. Puis on a des biais qui se forment, tu sais. Comme tu dis, des biais qui... Ah bien là, voyons, cette mère-là, elle n'a pas assez encadré. Elle n'a pas assez... Comment elle a pu laisser passer ça et tout ? Fait que la pression... Exact.
- Speaker #1
Puis elle retourne le voir en prison. Elle continue d'aller le visiter. Mais elle l'aime, son fils, tu sais. C'est pas si simple, là. C'est pas si simple, là. C'est très, très lourd à porter pour eux. Puis ils sont souvent, justement, comme par la bande, impactés et ou coupables, on va dire en guillemets. Ils se font mettre dans la même catégorie. Ils ont la sentence, eux aussi, sur leurs épaules, quasiment. C'est pour ça que j'ai décidé de me spécialiser envers eux. Puis j'en ai, des fois, à travers les PAE, des gens qui ne savent pas, ils tombent sur moi, puis je suis comme... Je suis enceux.
- Speaker #0
Ah, c'est intéressant. On arrive bientôt à la fin. Tu sais que tu donnes la formation, c'est très peu qu'on retient d'un épisode. Je ne sais pas on est à combien de temps, mais on a quand même fait un petit peu de temps. C'est quoi, si tu aimerais que les gens retiennent une chose, je vais t'en donner deux. Ce serait quoi d'aujourd'hui, de cette rencontre-là, de ce balado-là ?
- Speaker #1
Bien, premièrement que les criminologues, on ne travaille pas qu'avec la clientèle criminalisée. ça je vais le dire et je vais le redire à tout le monde à la maison on va faire des billboards exactement, on est tout scié pour vous accompagner faites-nous confiance essayez-le, puis tu sais je dis nous les criminologues mais ça peut être aussi les travailleurs sociaux je vais parler aussi pour les autres professionnels qui ont encore un peu de chemin à faire on est capable de vous aider dans ce que vous vivez, on est là pour vous on est tout scié d'abord et avant tout, j'ai envie de dire ça puis n'hésitez pas aussi à à l'essayer, on va dire la thérapie. Même si c'est pour une rencontre. Des fois, les gens sont comme, « Bien là, ce n'est pas si pire. Je vais attendre. Je ne suis pas rendu là encore. » Si vous avez un PAE, prenez-le. C'est gratuit. Ce n'est pas en lien avec votre employeur. Il n'y a rien qui va être rapporté à votre employeur. Ça peut faire la différence pour vous. Ça peut faire la différence pour votre proche. Peu importe si vous avez des... questions, vous êtes en train de vous demander vous êtes où dans votre vie ?
- Speaker #0
Comme j'aime le dire, tu n'as pas besoin d'être en boule, en coin, dans le coin de la pièce en train de pleurer pour appeler au PA. Ça peut être fait en amont, tu peux avoir, comme tu dis, des questions, ça peut être très dans la prévention aussi. 100%. Pas être seulement dans la grosse intervention. On n'est pas... C'est des interventions qui sont brèves aussi. Comme tu disais... C'est une approche court terme. C'est une approche court terme. Ce ne sera pas... 28 séances. Des fois, ça peut juste... On vit un petit quelque chose, on a une question, on a le goût de parler à quelqu'un aussi de ce qu'on vit ou de ce qu'on a vécu dans les dernières années. Ça peut être vraiment une porte d'entrée.
- Speaker #1
Exactement. Comme je dis, c'est de ne pas non plus s'arrêter au fait que vous êtes jumelé avec quelqu'un qui, dans votre tête, ne peut pas vous aider. Comme on se disait tantôt, une des formations que je donne avec Brio par rapport à l'identité professionnelle, c'est quelque chose qui revient beaucoup, moi, dans ma pratique. Donc, des gens qui se questionnent sur... Je suis qui en dehors du travail ? Tu sais, souvent, des générations qui ont misé énormément sur leur identité professionnelle, puis là, bien, ils sont pas capables de se définir en dehors de ça. Ils sont tous un peu perdus. Fait que, mettons, eux, quand ils tombent en épuisement ou en arrêt, là, c'est tout à reconstruire, là. Ou ils s'en vont à la retraite, puis ils sont comme déstabilisés. Bien, ces gens-là, bien, ils ont le droit d'être accompagnés, puis c'est important. Puis sachez qu'on peut vous aider.
- Speaker #0
Oui, absolument. On est là pour ça. C'est clair, c'est clair. Où t'aimerais, en terminant, où t'aimerais qu'il y ait la profession de criminologue ? On se repose dans 5-10 ans. Comment tu vois ça ? As-tu des choses que tu voudrais dire par rapport à ça ? Y a-t-il des choses que tu disais, moi, quand je me vois dans 10 ans ou quand je vois mon ordre, puis on va être, on va être mieux établi, on va être bien établi aussi dans la... Bien,
- Speaker #1
je pense que ça revient un peu à ce qu'on disait tantôt, donc de nous voir d'égal à égal avec les autres professionnels. De savoir que oui, évidemment, il y a des criminologues, c'est leur expertise. On ne va pas faire semblant qu'on ne travaille pas là-dedans. Oui, il y en a qui travaillent avec la clientèle criminalisée ou les victimes qui sont vraiment plus au niveau de la DPJ ou les situations de crise, on va dire. Mais que ce n'est pas nécessairement tous les criminologues et qu'il y a des criminologues en pratique privée qui sont amplement capables de faire ce qu'on disait tantôt. Donc, de voir les mêmes titres, on va dire, aux portes, c'est-à-dire psychologue, psychothérapeute, criminologue, travailleur socio, psychologue, sexologue, conseiller d'orientation. Toutes les gens qui font partie des ordres professionnels en santé et sciences sociales, on va dire. Moi, c'est ce que j'aimerais. C'est ce que je souhaiterais qu'on parle de nous aussi. À large, à la télé, dans les radios, puis que ça ne soit pas juste en lien avec des rapports présententiels puis l'évaluation du risque.
- Speaker #0
Absolument. Merci beaucoup, Alexandra, pour ton temps. Ça a été un bel entrevue. Je vous invite à aller voir les formations qui sont nouvellement dans le catalogue aussi. L'identité professionnelle et...
- Speaker #1
La consommation en milieu de travail. La consommation en milieu de travail. On n'en a pas parlé,
- Speaker #0
ça aurait pu être... On fera un autre balado là-dessus. Et puis, évidemment, l'épisode aussi, si vous n'avez pas vu l'épisode au Parloir, c'est super intéressant. On curse un petit peu plus dans, justement, certains cas plus au niveau carcéral ou criminalisé. Fait qu'on vous invite à aller l'écouter. Donc, merci à tous. Merci, Alexandra. Puis, on vous souhaite une très belle fin de journée.