- Speaker #0
J'ai toujours cru qu'on pouvait faire la différence dans ce que l'on est, dans ce qu'on peut apporter, si minime soit-il, pour aider au mieux-être et puis au bien-être des individus. C'est ça qui m'a toujours motivé.
- Speaker #1
Bonjour tout le monde, ça me fait plaisir d'être avec vous encore aujourd'hui pour un nouvel épisode de l'Audio Brio. En débutant, j'aimerais vous parler très rapidement de notre offre de services et ce que Brio peut vous offrir. On a chez Brio différents services en santé organisationnelle, que ce soit de l'analyse des risques psychosociaux, que ce soit du coaching de gestion, de la médiation, de la gestion de conflits, un beau catalogue de formation aussi très complet. Donc, je vous invite à aller jeter un oeil, aller voir ce qu'on offre. On a aussi un nouveau site web, une nouvelle image qu'on a travaillé très fort l'équipe là-dessus. Je vous invite à aller voir. Également, si vous aimez ce qu'on fait, si vous aimez le contenu qu'on produit, vous pouvez partager, nous laisser un « j'aime » , commenter et tout. Ça nous aide à pouvoir poursuivre ce projet-là. On a des très bons commentaires, que ce soit de nos clients et des non-clients, sur ce qu'on fait en termes de balado. Donc, on vous propose encore des sujets super intéressants, super actuels en lien avec la santé et le mieux-être au travail. Donc, sur ce, je vous laisse avec mon... Prochaine invitée, une très belle journée. Donc Alain, merci d'être là. Ça me fait plaisir de te recevoir. Un pilier quand même de brio et du CRESS. Bref, brio qui est enseignement de CRESS. Alain, je pense qu'il n'y aura pas mieux que toi pour te présenter et expliquer un petit peu ton parcours. Tu viens d'où ? Qui est Alain Ouellet ? Puis après ça, on va pouvoir se lancer dans le vif du sujet.
- Speaker #0
Parfait. Donc, j'entame, je termine ma 54e année de pratique. Il faut dire que j'ai commencé en 1971. Comme travailleur social, j'ai travaillé 20 ans dans les écoles secondaires. Et puis, en 1991, j'ai décidé que je n'avais plus de plaisir à travailler avec les adolescents. Puis moi, dans ma vie, il faut que je travaille dans le plaisir. Donc, à ce moment-là, j'ai décidé de quitter. les écoles, pour aller travailler avec les adultes, et plus particulièrement dans le domaine des programmes d'aide aux employés. En 1989, avec mon ami Jean-Guy Grenier, on avait fondé le CRES pour s'ouvrir aux entreprises, pour être capable d'offrir des services à ce niveau-là. Donc, à partir de 1989, on a développé tranquillement les programmes d'aide aux employés. Quand je dis tranquillement, parce que Il faut savoir qu'il y a 35 ans passé, vendre un programme d'aide aux employés à une entreprise n'était pas chose facile. On s'est fait dire à plusieurs reprises, vous avez un beau projet, mais nous autres, on n'est pas un hôpital psychiatrique. Ça part de loin. On les avait l'un après l'autre. Après, ça s'est développé. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, je travaille encore. Je le fais parce que je suis passionné de mon travail, je le fais parce que j'ai du plaisir. Lorsque j'ai quitté les adolescents, le milieu d'adolescents, pour aller travailler avec les adultes, j'ai toujours eu du plaisir et j'en ai encore après 54 ans. Et je pense que c'est un beau privilège de pouvoir travailler et d'avoir le plaisir de faire ce qu'on fait. Sinon, on développe toutes sortes de problèmes, on devient non motivé. Ça dégénère dans différents problèmes.
- Speaker #1
Incroyable. Incroyable. Plus de 50 ans de pratique. 54. 54, Alain. C'est exceptionnel, ou du moins, c'est incroyable. Honnêtement, je n'ai pas d'autres mots. Tu as vu neiger.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quand on parle de santé psychologique, de compétences relationnelles, peu importe ce qui attrape l'humain, tu en as vu de toutes les couleurs.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu as vu des employés, des gestionnaires, des... Comment tu, puis là, ça, c'est ma petite question, on passe fort, mais comment tu résumerais ton parcours jusqu'à aujourd'hui, en quelques mots, une phrase, ou peu importe, en huit phrases, ça tente, mais comment tu résumerais ça ?
- Speaker #0
Bien, écoute, j'ai toujours cru qu'on pourrait améliorer la société, j'ai toujours cru qu'on pouvait améliorer les contacts entre les humains, j'ai toujours cru qu'on pouvait apporter... faire la différence dans ce que l'on est, dans ce qu'on peut apporter, si minime soit-il, pour aider au mieux-être et puis au bien-être des individus. C'est ça qui m'a toujours motivé. Ça me motive encore aujourd'hui d'avoir des gens qui vivent des drames, des détresses psychologiques importantes, mais le fait de venir consulter, ils arrivent à être capables de reprendre contact avec leur potentiel et retrouver leur équilibre émotionnel. Donc, c'est ce qui fait que, pour moi, c'était un peu, je dirais, ce qui me motive à poursuivre, d'apporter si minime ma contribution pour aider les individus ou les personnes en détresse.
- Speaker #1
Puis, c'est un peu ça, j'imagine, qui t'a amené à fonder le CRESS à ce moment-là. Tu avais eu de l'expérience dans les écoles, mais qu'est-ce qui t'a amené spécifiquement le CRESS, le CRESS PAE, qui est maintenant Brio ? Qu'est-ce qui t'a amené à prendre cette décision-là, ou du moins te diriger vers ça ? Parce qu'on s'entend, c'était un PR dans les milieux de travail. Oui. Qu'est-ce qui t'a déclenché à ce moment-là ?
- Speaker #0
Ce n'est pas compliqué. C'est que quand on travaille dans les fonctions publiques, quand on travaille dans les organisations structurées, la marge de manœuvre, il n'y en a pas. On nous donne une ligne de conduite. C'est ça que tu fais, puis c'est ça que tu as à faire. Moi, je me disais, non, moi j'ai de la créativité, j'ai d'autres choses, voyons donc, je peux faire d'autres choses que ce qu'on me demande, voyons donc. Puis il y avait des décisions souvent qui étaient inappropriées et aberrantes dans l'organisation. Je me dis, non, regarde, moi je vais aller voir ce que je peux créer, ce que je peux me réaliser, ce que je peux innover. Et c'est pour ça que les programmes d'aide aux employés, travailler avec des adultes, travailler avec des organisations, Ça, ça nous a motivés. Puis c'est ce qui a été l'élément déclencheur en disant, regarde, moi, je vais aller ailleurs. Où est-ce que je suis capable de... Il n'y a pas de limite. Dans le milieu privé, il n'y en a pas de limite. Alors que dans le milieu organisationnel, gouvernemental, la structure était straight. Il n'y avait pas beaucoup de place à l'innovation.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Pas beaucoup. Ça fait que c'est ça qui m'a emmené là.
- Speaker #1
Si on fait un petit retour historique, parce que je trouve ça intéressant de pouvoir, tu sais, puis on s'en est parlé aussi avant d'enregistrer, mais il y a quand même des stades, puis tu as vu évoluer la santé psychologique, la santé mentale au fil des années, les années 70, 80, 90. Bref, tu peux-tu un peu nous, comment tu vois ça, nous faire un petit récapitulatif ? historique de comment ça a évolué dans la bonne ou dans la mauvaise direction selon ce que toi, ta perception de la chose ?
- Speaker #0
Ce qui me fait sourire, c'est que lorsque j'étais, lorsque j'ai fait mon cégep à l'Université de Sherbrooke, au cégep de Sherbrooke en 1967, à ce moment-là, ils avaient créé un programme, ça s'appelait les récréologues parce qu'ils nous disaient que l'an 2000, ça serait la société des loisirs, on travaillerait trois jours et on serait en congé quatre jours. Il y avait des gens qui étaient en récréologie pour amuser le monde qui sera en congé en 2000. Ça a été l'opposé. La pression, la performance, le stress est venu envahissant de sorte que les récréologues n'ont jamais été capables d'exercer leur profession parce qu'on travaillait trop. Donc, effectivement, il y a eu une évolution importante. Cette évolution-là aussi est reliée, je dirais, avec tout ce que j'appelle l'évolution technologique. Je veux dire, dans les années 70-80, il n'y avait pas d'Internet, les magasins étaient fermés le dimanche. Donc, c'était vraiment, la vie était vraiment, vraiment tranquille. On n'était pas surtaxé de toutes sortes de choses. Mais quand est arrivé l'Internet, avec toutes les évaluations psychologiques, pas psychologiques, mais technologiques, là, la société s'est mise à accélérer et on est devenu, j'appelle aujourd'hui, dans une société hyperactive. C'est fou, là. Tout est pourrière, tout est de suite, tout est instantané. Il y a eu une belle évolution, mais les... Je dirais ça, les effets de ça, c'est que tu sais, les gens aujourd'hui, le bonheur, c'est pas instantané. La réalisation, la réussite, c'est pas instantané. Faut prendre le temps, faut cultiver ça. Mais aujourd'hui, c'est pour ça qu'à un moment donné, si ça fonctionne pas, on jette ça, on continue, on vire de bord. Ça, c'est des changements qui ont été importants dans la transformation. Moi, je me souviens... Le stress est apparu. En tout cas, on a commencé à avoir des effets dans les années 92-95. Ça a commencé tranquillement parce que là, la technologie s'est accentuée avec les années qui font en sorte qu'en 2025, c'est énorme. Par contre, ce que je trouve intéressant dans l'évolution, je vais te donner un exemple. Dans les années 90, quand on a commencé le programme d'aide aux employés, Écoute, la salle d'attente, il ne fallait pas qu'il y ait deux clients de la même entreprise qui se voient. Il fallait avoir deux salles d'attente. Il fallait gérer ça pour ne pas qu'ils se voient parce que c'était tabou de venir consulter en 90. Le monde était gêné parce que dans ce temps-là, on confondait santé mentale à maladie mentale. Les consultants psychologues ont des fous.
- Speaker #1
C'est comme tu disais au début, on n'est pas une hôpital psychiatrique. Dans les entreprises, on est loin. Ah oui, oui.
- Speaker #0
Maintenant, aujourd'hui, ce qui est intéressant, c'est qu'à peu près toutes les entreprises ont leur programme d'aide aux employés parce que maintenant, on considère que la santé mentale, c'est aussi important que la santé physique. La première cause d'absentéisme au travail, c'est la dépression, trouble d'adaptation, burn-out, épuisement professionnel. Donc là, on est obligé de dire reconnaître qu'effectivement, la vie est trop rapide, trop vite. Et là, maintenant, les entreprises sont beaucoup plus sensibles à ça. Maintenant, il n'y a pas personne qui est gêné de dire qu'il voit un psychologue et qu'il vient consulter. Au contraire, c'est un peu...
- Speaker #1
Ça a été démocratisé. Oui, beaucoup. Les tabous, on a déconstruit un peu les tabous.
- Speaker #0
Beaucoup. Puis moi, un des changements les plus importants que je vois, qui va me motiver encore à travailler bien des années, c'est la relation maintenant qui existe entre les médecins et les psychologues. Avant, on travaillait en vase clos. Le médecin faisait ses affaires, puis nous autres, il n'y avait pas de communication. Mais maintenant, je dirais que la majorité des médecins, ils reconnaissent maintenant que la médication peut faire un travail, mais l'autre travail, il faut que ça soit fait par un suivi psychologique. Ça maintenant, c'est un changement qui est, je trouve, super agréable. Même, je n'avais pas vu ça, il y avait des médecins qui me donnent leur numéro de téléphone, puis ils m'appelaient. Il y a même des médecins qui m'appellent et me disent « qu'est-ce que vous en pensez pour son retour au travail ? »
- Speaker #1
Incroyable.
- Speaker #0
Moi, je suis en bas de ma chaise parce que je n'avais jamais, jamais vu ça. Quand je vois ça, je me dis « ah, je vais travailler en cours 20 ans. » Non, mais ça, c'est un changement. Un changement, je dirais, qui est vraiment très, très, très important. Ce que je trouve intéressant, c'est qu'on en fait de plus en plus de promotion de la santé mentale, d'une bonne hygiène mentale, d'un bon équilibre de vie. Mais parallèlement à ça, même si on fait tout ça, Les conséquences ou les méfaits sont encore là. On n'a jamais eu tant de féminicides, jamais eu tant de violences. Je me dis, bon, bien, qu'est-ce qui se passe ? C'est pour ça que je me dis, par contre, de façon générale, les changements sont très importants. Ce qui me fait sourire, c'est qu'il y a 30 ans, les gens se définissaient par le signe zodiac. Moi, j'étais un lion, moi, j'étais un sagittaire, moi, j'étais une vierge. Maintenant, on est passé à l'étape des... Moi, j'étais visuel. Moi, j'étais un auditif. Moi, j'étais un kinesthésique. Là, on est rendu. Moi, j'étais un TDAH. Moi, j'étais un dépendant affectif. Fait qu'on se définit un peu à partir de la Bible, là, du DSM-5 sur nos caractéristiques. Mais on a besoin de se définir de quelque façon que ce soit. Puis, bon, en tout cas, ça me fascine parce que souvent, c'est ce que j'entends. Je t'ai dit, je suis un tag.
- Speaker #1
Puis pourquoi tu penses que les gens aujourd'hui se définissent comme ça ?
- Speaker #0
Parce que bon, je pense qu'on en parle de plus en plus. Deuxièmement, on a, je dirais, dédramatisé les problèmes de santé mentale. On les a vulgarisés parce que d'un... C'est assez spécial. On a tous un peu notre petit côté anxieux, puis petit côté dépendant. On l'a tous. Ce qui fait qu'aujourd'hui, c'est plus facile, puis les gens s'acceptent là-dedans. Ça, je trouve que c'est une belle évolution à ce niveau-là.
- Speaker #1
Puis d'en entendre parler, ça résonne chez les gens. D'entendre, mettons, peu importe, pas dans notre entrevue spécifiquement, mais... Les gens écoutent un balado sur YouTube, peu importe. Ils voient quelqu'un parler de ses troubles anxieux, de son trouble d'attachement, peu importe. Ça vient créer quelque chose d'intéressant. J'ai l'impression que ça vient lui enlever un peu ce poids-là de dire « je suis seul au monde, je vis cette détresse-là ou ce problème-là. »
- Speaker #0
En plein ça, parce que souvent, les gens ont l'impression qu'ils sont seuls à vivre ça. Quand ils en entendent parler, ils disent « bien, écoute-moi. » C'est pas si anormal que ça. Elle lui sait ça, puis elle lui sait ça. Donc ça, je trouve que c'est des aspects très positifs de cette évolution-là que l'on a au niveau du développement, au niveau de la santé mentale. Donc ça, ça devient de plus en plus, comme je dirais, et c'est ce que je trouve intéressant.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Ces changements-là qu'on a présentement.
- Speaker #1
On en a parlé brièvement, puis j'aimerais ça qu'on revienne un peu, mais c'est quoi les besoins des employés ? Bon, comme on disait, tu vois en consultation des employés des gestionnaires, c'est quoi les besoins des gens dans le temps ? Est-ce que les gens ont les mêmes besoins au niveau de la consultation qu'il y avait il y a 20 ans,
- Speaker #0
il y a 30 ans ? C'est ça qui est spécial, même si la société a évolué, je dirais, sur le plan technologique. Sur le plan humain, on est à la même place qu'on était. On a tous le besoin d'aimer, d'être aimé. On a tous le besoin d'être reconnu. On a tous le besoin d'être apprécié, d'être valorisé. On a tous ce besoin-là. Puis ça, ce n'est pas la technologie qui va nous le donner. Mais ça, ces besoins-là sont les mêmes qu'en 1995, en 2025. Sauf que bon, comme je dirais... Aujourd'hui, je parlais avec un professeur d'éducation physique qui travaillait dans une entreprise. Il me disait, si je mettais une petite pilule sur le coin de la table, ça représenterait une heure d'activité par jour. Les gens prendraient la petite pilule au lieu d'aller faire l'exercice.
- Speaker #1
Donc, la facilité.
- Speaker #0
La facilité, l'effort. Parce que dans le fond, ce que je disais tantôt, ça a évolué. Mais il y a une chose qui est toujours restée. Notre bien-être, notre bonheur, ne part pas des autres. Ça dépend de nous autres. À chaque matin, quand on se lève, c'est nous autres qui décidons de la journée qu'on va passer et comment on va la passer. L'extérieur, ça n'a pas de contrôle là-dessus, mais ça part de nous. Et c'est pour ça qu'en bout de ligne, dans le cheminement de l'évolution, ça revient toujours à la même chose. Prendre soin de soi, prendre soin de sa santé mentale. Il n'y a rien de magique. Si on ne fait rien, il ne se passera rien. Donc, à travers tout ça, on essaie de travailler pour s'améliorer. Mais le problème, c'est qu'aujourd'hui, tout il faut que ce soit parfait. Il faut que j'ai des enfants parfaits, une jambe parfaite, un conjoint. Ça n'existe pas à la perfection. Puis la place à l'erreur. Il n'y en a pas beaucoup. On se sent coupable facilement de rien. J'aurais donc dû. Mais écoute, c'est ça qui fait qu'il faut apprendre à accepter les limites. Tout ne peut pas être parfait. Tout ne peut pas se passer comme on veut. Par contre, ça me dit, ça prend du temps. La technologie est rapide, mais l'être humain, dans son cheminement, dans ses apprentissages, ce n'est pas aussi rapide que la technologie. Et c'est ce qui fait aujourd'hui que le niveau de stress, puis je dirais le niveau de détresse, est relié aux changements qui sont d'une rapidité incroyable. On n'est pas capable, on n'arrive pas à les assimiler, qu'il y en a déjà d'autres.
- Speaker #1
Tu parlais de capacité d'adaptation.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est plus que jamais mis à l'épreuve de tout le monde.
- Speaker #0
Définitivement. c'est pour ça que Je regarde, tantôt tu me demandais les besoins. Je dirais que la première cause d'absentéisme au travail, c'est la santé mentale, la dépression, l'épuisement proportionnel, les troubles d'adaptation. Mais qu'est-ce qui amène ça ? C'est que, bon, la surcharge de travail et la non-reconnaissance. Moi, ce qui me fascine, c'est qu'on fait des formations, des formations à l'autre, je peux à droite de toutes sortes de choses. Moi, je me dis, pour les gestionnaires...
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
La première chose qu'ils devraient retenir dans la formation, c'est quand ils arrivent au bureau, de dire bonjour à leur employé. Bonjour, bonne fin de semaine. Il y a des employés qui me disent qu'ils voient leur patron une fois dans un an, lors de leur évaluation annuelle. Ils ne l'envoient pas le reste de l'année. Mais voyons donc, à pas d'allure. Hey, vous travaillez avec des humains. Juste aller faire un petit tour. Bonjour, salut, salut, ça va bien. Ça, je trouve que ça devrait être la première préoccupation d'un gestionnaire de saluer son monde.
- Speaker #1
Puis la réalité, Alain, c'est qu'il y a beaucoup de gestionnaires. En fait, il y a plusieurs points que je vais aborder. Mais premièrement, les gestionnaires, je pense que c'est… On parlait de performance tantôt, de rendement. On dirait que leur premier réflexe, c'est d'être axé là-dessus parce qu'ils ont des comptes à rendre niveau performance, niveau rendement. auprès de l'entreprise, auprès de eux, leurs patrons. Un. Deux, il y a beaucoup de gestionnaires qui ont monté les échelons, qui sont très bons au niveau technique, si on prend le secteur manufacturier, par exemple, mais qui ont monté les échelons tranquillement, mais qui n'ont pas nécessairement développé de compétences relationnelles, compétences de gestionnaire d'un point de vue purement humain. Techniquement, c'est des sommités dans leur domaine, c'est des sommités dans l'entreprise, mais... En termes de compétences humaines, zéro ou très peu.
- Speaker #0
Non, pas. Exactement.
- Speaker #1
Ça a évolué pour ça, mais j'ai l'impression qu'il y a un retard quand même au niveau gestionnaire sur le côté humain ou l'importance accordée à ça.
- Speaker #0
Oui, il y a du rattrapage à faire dans ce niveau-là, certain, parce que, comme tu dis, souvent, le gestionnaire, c'est souvent des gens qui sont très perfects, performants dans leur domaine, mais sur le plan relationnel, c'est nul. et les employés, parce que très souvent, « Sir Ouellet, j'aime ce que je fais. C'est le climat dans lequel je me trouve que je ne suis plus capable. Il n'y a pas de… ça se bitch, il n'y a pas de communication, c'est toxique. » À ce moment-là, le rôle de gestionnaire devient important. C'est un port de l'eau. C'est un phénomène qui… En tout cas, moi, je me dis, ça devrait être prioritaire un peu comme je disais… Un des plus grands zoologues s'appelle Bernie Sigel, qui a écrit le livre Amour, médecine et miracle. Il disait que les médecins devraient s'attarder, non pas dans un premier temps à la maladie du patient, mais au patient qui a la maladie. C'est la première chose qu'ils devraient faire quand ils rentrent dans une chambre d'hôpital ou dans le bureau. Bonjour madame, bonjour monsieur, soyez-vous, comment ça va aujourd'hui ? Mais il dit non, là, ta pression, t'as tout ça qu'il dit. Fait qu'il y a... la relation n'est pas là. C'est ça qui devient difficile. De ramener ça, c'est ça qui n'est pas facile. C'est là-dessus qu'il faut travailler. Ce que je me dis, ça ne coûte rien. Tu n'as pas besoin d'aller suivre une formation qui va te coûter 2000$. Il faut juste dire bonjour à ton monde quand tu rentres travailler et bonne fin de semaine quand tu pars. Ça va être toute une différence majeure.
- Speaker #1
C'est la base. Oui. Tu te rends compte que finalement, ce n'est pas inculqué, ce n'est pas appliqué.
- Speaker #0
Parce que tu sais, ce qui me questionne aujourd'hui, c'est tout le monde de l'informatique. Maintenant, on fait des réunions FaceTime, on fait des cours sur Teams. Écoute, on est rendu qu'on fait même des congrédiments sur Teams. On ne rencontre même pas la personne. On lui disait, écoute, à partir d'aujourd'hui, t'es convivier chez les affaires. Elle était abarouette, ce qu'on s'en va avec ça. Puis ça devient très impersonnel. Ça devient, tu sais, je me dis, on oublie, en bout de ligne, l'être humain. Puis ces êtres humains-là qui se font remercier de façon juste cavalière, bien, ils viennent consulter. Parce qu'ils se sentaient moins que rien. Ils se sont sentis rejetés. Puis on sentit que tout ce qu'ils avaient donné pour l'accompagner, ça comptait pas. Fait que... Ça a mené des conséquences de ne pas être capable d'être attentif aux personnes avec qui on travaille.
- Speaker #1
Je reviendrai un petit peu au PAE, parce que je trouve que c'est important d'aborder la question, puis qu'évidemment, on est un PAE.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
On parlait d'hôpital psychiatrique tantôt. Oui. Il y a plusieurs années. Y a-tu eu pour toi un switch dans la mentalité des organisations de dire, « On n'est pas un hôpital psychiatrique, c'est pas nous autres qui gèrent ça, la santé psychologique, blablabla, ça n'existe pas, ou peu importe. » Ah ! c'est important, il faut qu'on la prenne en charge, puis on a une responsabilité à jouer là-dedans. Y a-tu comme un... ça s'est-tu fait graduellement ou y a-tu eu une espèce de switch ? T'as-tu quelque chose à dire par rapport à ça ?
- Speaker #0
Bien, le switch qui s'est fait, c'est qu'à un moment donné, quand les entreprises ont vu que les employés tombaient, c'est pas comme des mouches, là, mais tombaient facilement au combat, pas facilement, mais difficilement au combat. Parce que ce qu'on disait, c'est que l'épuisement professionnel a remplacé les mots d'eau. Au début, les années, c'était les mots d'eau, les bursettes, les tendinettes. Mais là, c'était pas ça. C'est les problèmes de difficulté, de ne plus être capable d'être opérationnel. C'est là que les entreprises ont dit « Oup, là, il y a... » Puis aussi, avec toute la publicité qui a été faite, donc les entreprises, les dirigeants, Ils sont venus beaucoup plus sensibles à ça. Puis je me souviendrai toujours, j'avais vu un dirigeant, une espèce de gros bonhomme qui était directeur d'une entreprise. Il est venu consulter parce qu'il faisait un burn-out. Il dit, M. Ouellet, tu viens d'avoir une leçon de ma vie. Moi, c'est des gens qui faisaient des burn-outs, c'était des momons. Des fragiles. Il dit, je viens d'en faire un. Puis je me pensais à l'abri de tout ça. Ce qui arrive aujourd'hui, c'est que les gens le savent, personne n'est à l'abri de cette pression, de ce stress-là que l'on subit dans la société. Ce qui est difficile, c'est d'être capable de, comment je dirais ça, d'essayer de mieux organiser notre vie, d'avoir un mode de vie plus équilibré. Tu sais, je disais ça. On est dans une société hyperactive. Je regarde, moi, juste les jeunes familles, là, qui ont des enfants, là. Je me disais, là, à 6h30 le matin, ça se lève, puis ça se dit, vite, vite, vite, faut déjeuner, vite, vite, vite, faut s'habiller, vite, vite, vite, faut aller à la garderie, puis à l'école. Fait que les enfants s'en vont à l'école. Allez, ils viennent les chercher à 4h30. Vite, faut souper, vite, faut prendre notre bain, vite, faut... Le petit gars, là, c'est ses hôtes, là, depuis le matin, qui entendent vite, vite, vite, vite, vite, puis là, Mais quand tu dors au poids, bien tu te dis, « Oh, je me suis laissé. » J'ai speedé depuis 6 heures le matin. Donc, ce qui fait que... C'est vrai, je suis même à la place de ces familles-là. Écoute, les devoirs, les leçons, le travail. Une fois que les enfants sont couchés, on sort notre portable et on continue à faire un peu de travail jusqu'à minuit. Ça devient... C'est un déséquilibre.
- Speaker #1
Ce n'est pas une vie.
- Speaker #0
Je me dis que tout est bon dans la vie, mais dans la mesure où il y a un équilibre. Dans la mesure où il y a une modération. Puis le problème de gens qui font des burn-out, c'est des perfectionnistes, des passionnés, des performants, puis ils mettent tous les yeux dans le même panier. Mais le problème, c'est qu'un jour, ça les rattrape. Puis c'est sûr que, je veux dire, les gestionnaires, ils ont une part à faire dans la gestion de l'épuisement professionnel, mais l'employé aussi, tu sais. Le problème, ce que je trouve aberrant des fois, un employé qui tombe en arrêt de travail, son gestionnaire va lui envoyer un petit guide sur la gestion des priorités ou la façon de mieux gérer son travail. Mais c'est pas ça qu'il avait besoin. Il avait besoin qu'il dise, écoute, je passe à mon bureau, que c'est rien, qu'est-ce qui s'est passé. C'est pas de lui dire, tu gères mal ton travail, mais c'est un peu ce qui arrive. Je te donne un exemple. Il y avait dans une usine un directeur des achats, il était sans employé. Il était directeur des achats. Il allait monter à 150, 200, 300, 375. Lui, il venait me consulter parce qu'il ouvrait son ordinateur à 6 heures le matin, puis il fermait à 8 heures le soir. Il ne mangeait pas, il ne dînait pas le midi. Je lui avais dit, écoute, tu as deux choix. Ou tu continues comme ça, ou la vie va changer de régler ton cas. Va voir ton gestionnaire. Gestionnaire, je pense que tu gères mal tes priorités. Il gère pas mal. L'entreprise a triplé. Fait qu'un lundi matin, j'avais un rendez-vous avec ce monsieur-là. Sa conjointe m'appelle, elle dit, « Monsieur Ouellet, il ne saura pas votre entrevue ce matin. » C'est vraiment ça. Il a fait une crise de cœur en fin de semaine. Il était à l'Institut Cardiologie de Montréal, opération cœur ouvert. Ah ouais ! Un an en arrêt de travail. Quand il est revenu au travail, à son poste, fascinant. Il était trois personnes et demie pour le remplacer. Mais pendant tout ce temps-là, son patron disait, tu gères mal tes priorités. Priorise. La surcharge de travail était trop grande. Donc, qu'est-ce qu'il a fait ? Il n'est pas capable de mettre ses limites. Il n'est pas capable de dire, non, regarde, ça ne marche plus. Parce que souvent, c'est l'illusion que, bon, les gestionnaires, on ne voit pas toujours ce qui se passe. Ils ne sont pas toujours là. à la fée de tout ce qui se passe avec eux autres. Ça, c'est un exemple qui m'avait frappé. Je lui avais dit, d'ailleurs, si tu ne te positionnes pas, la vie va changer de te positionner. Et c'est ce qui arrive dans la vie. Si on ne prend pas une décision, si on n'arrive pas à mettre nos limites, la vie va changer de nous en mettre. C'est ce qui arrive quand on fait des burn-out et des épuisements professionnels ou des dépressions. C'est pour ça que je dis, il y a une partie où le gestionnaire a... a un rôle à jouer dans l'écoute puis dans le maintenir des bonnes et saines relations, mais l'employé aussi. Parce que ce que j'entends, j'aime tellement ce que je fais, mais comme tellement ce que je fais, on en donne un petit peu plus, on en donne un petit peu plus, on en donne un petit peu plus, bien, à un moment donné, le vase déborde puis c'est de même que l'élastique se casse, là. Fait que c'est ça qui est un peu le piège au niveau de... de l'épuisement professionnel. L'autre chose aussi que je trouve, c'est les relations toxiques, malheureusement. Je trouve ça triste un peu, parce que souvent, il n'y a pas d'intervention qui se fait. On ferme les yeux là-dessus. On n'intervient pas. Et l'équipe de travail se détériore. Ça n'en prend pas toi dans l'équipe. Ça n'en prend une personne.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Souvent, des fois, je me dis... Je me souviens, une fois, j'avais été... On m'avait appelé pour le congédiement d'un employé. Ça faisait 25 ans qu'il travaillait là. Fait que je demande à l'employeur. Ils ont congédié pour des comportements inadéquats. J'ai dit, depuis quand cet employé-là avait ces comportements-là inadéquats ? Ouais, ça a toujours été un peu de même, M. Ollotte. Mais il nous rendait des précieux services. était toujours disponible pour faire de l'overtime. Puis, il nous dépendait dans des situations difficiles. Mais on l'a toléré. Mais ils ont brûlé bien du monde en travers ça, en tolérant une personne qui avait des comportements inappropriés envers ses collègues. Puis souvent, c'est ce qu'on fait. On tolère, on ferme les yeux. Oui, c'est pas si pire. Mais non, la relation est toxique. Puis, il y a des gens qui s'en vont.
- Speaker #1
Exact. Puis tu sais, c'est quelque chose qu'on voit tellement régulièrement. Il faut, en tant que gestionnaire, peu importe le gestionnaire employé, il faut, quand on voit les drapeaux rouges se lever ou les signes précurseurs ou les premiers signes de comportement inapproprié ou attitude toxique dans une organisation, il faut arrêter l'hémorragie pendant que c'est le temps. parce que, comme tu dis, plus on attend... Plus l'équipe est contaminée, plus les autres, toutes les gens qui gravitent autour de ça peuvent subir les conséquences de ça. Oui,
- Speaker #0
ça entraîne de la démotivation, de la démobilisation. Ça a des conséquences très sérieuses, mais c'est pour ça que ça devrait être fait au moment où il y a déjà des gens qui manifestent à dire, écoute, là, ça ne marche plus. On ne peut pas, mais souvent, on tolère jusqu'à un moment donné. Il passe quelque chose, il arrive de quoi, puis là, OK, on va faire de quoi. L'autre affaire que je trouve qui est un peu, quand je rencontre des gens qui vivent un épuisement professionnel, ils me disent, ouais, mais là, ils vont s'en apercevoir. Non, non, oublie ça. Quand tu vas finir, tu vas te tourner sur la même job, tu vas t'assurer sur la même chaise, avec le même monde, puis il n'y aura rien de changé. Si toi, tu ne changes pas quelque chose dans ta façon de travailler, il n'y a rien. C'est pas non. Puis, ils me disent tous, tu avais raison. C'est vrai. Il n'y a rien de changé. Mais non, non, non. Ils ne sont pas conscients de ça.
- Speaker #1
Exact.
- Speaker #0
Même s'il y en a 5, 6 dans le département qui ne sont plus là. On la continue. Il y a eu une belle évolution, mais encore beaucoup de travail à faire. Beaucoup de travail. Parce que bon, c'est comme je dirais. travailler avec l'être humain, ce n'est pas comme travailler derrière un ordinateur. Ça que je me dis, moi, un bon leader, ce n'est pas celui qui est le plus compétent dans son domaine. C'est celui qui est le plus habile dans ses communications, pour être capable de soutenir le meilleur de chacun dans ce qu'ils font. Et non pas de, comment je dirais ça, parce qu'il n'y a pas de communication, oublie ça. Oublie ça, l'équipe n'ira pas loin. Par contre, il y a des organisations, des fois je me demande comment ils font pour fonctionner, mais ça fonctionne.
- Speaker #1
Puis tu m'ouvres la porte en parlant de l'importance de l'humain au centre de ça. On s'entend, comme tu disais tantôt, tu parlais de teams, des rencontres en vidéoconférence. Bon, les équipes de plus en plus éclatées ou de moins en moins connectées, on va dire ensemble. Les humains de moins en moins connectés, mais ensemble, mais de plus en plus connectés au niveau technologique. Ça, c'est clair que dans un contexte de climat, dans un contexte de santé mentale, santé psychologique, Je sors un petit peu du monde du travail parce que c'est en général, l'humain a besoin de connecter avec d'autres humains de manière, comme on discute en ce moment, comme on parle, de ressentir, de voir. Tout ce volet-là est un peu dans la frénésie de tout ce qui se passe, puis en contrepartie, l'évolution technologique, puis tout ça est un peu oublié ou mis de côté dans beaucoup d'organisations, dans beaucoup de... de familles aussi, dans toutes les sphères de la vie.
- Speaker #0
Moi, ce que tu dis, le besoin de contact comme psychothérapeute, travailleur social, intervenant, ce que je vois, c'est que ça va... Non, moi, je ne veux pas m'en rendre là. Maintenant, ça fait... On consulte par télé... On ne se voit plus en personne. Ça peut être téléphonique, ça peut être... Non. Non, moi, je n'adhère pas à ça. Puis la journée qu'on se rend du là, ça va être terminé pour moi. Pour moi, c'est un non-sens. Ce genre d'intervention-là, comment on appelle ça, de téléconsultation, ça peut être bon pour une question, une information. Mais non, pas pour une psychothérapie. Je regrette, mais on oublie ça. On oublie ça. Fait que je me dis ça, puis je vois que ça a l'air d'être une mode, ça, là.
- Speaker #1
Oui. Puis, tu sais...
- Speaker #0
Moi, je ne crois pas à ça. Je ne crois pas à ça. Puis, tu sais,
- Speaker #1
je ramène un petit peu le PAE là-dedans. On est, évidemment, on est un PAE, on est connecté au monde du PAE. Il y a beaucoup de progrès en dedans de nos employés qui font le virage 100 % numérique. On n'aura pas de nom, là. Oui. Qui délaissent complètement le côté présentiel. Puis... Je pense que chez Brio, c'est pas notre... C'est pas notre angle parce qu'on croit au contact humain en psycho. Puis là, on parle de psychothérapie, mais à tous les niveaux. C'est la force du présentiel. Puis, on s'est adapté, on a ajusté pendant la pandémie, puis c'est correct parce qu'on avait des limitations, puis on devait s'ajuster par rapport à ça. Mais là, on est redevenus... On est redevenus à la possibilité d'être consultant en présentiel. En tout cas... C'est ça. Je pense que c'est très contre-intuitif dans une optique de relation d'aide de faire ça. Le mode hybride peut être intéressant. C'est quelque chose qu'on a exploré, qu'on a fait aussi. Je pense qu'il peut y avoir certaines rencontres pour faciliter au niveau des déplacements, au niveau logistique global. Mais je pense qu'en personne, il demeure le... le plus important. Moi,
- Speaker #0
c'est ce que je crois. D'avoir, dans le genre de travail qu'on fait, comme tu dis, il n'y a rien qui empêche qu'on peut le faire une fois pour différentes raisons, mais de le faire juste en télé, je ne crois pas ça.
- Speaker #1
Puis, tu sais, Alain, je voulais que l'on parle quand même d'une tendance depuis l'arrivée dans nos vies de manière effrénée de l'intelligence artificielle. Là, on est là-dedans. C'est vraiment le sujet de l'heure depuis même plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années. On voit de plus en plus, ou on lit de plus en plus de choses par rapport à, bon, les gens vont demander des questions d'ordre psychologique à l'intelligence artificielle ou vont même consulter. Je sais qu'il existe des programmes, des applications. Tu vois un psychologue qui, dans le fond, n'existe pas, mais qui est une intelligence artificielle. C'est inquiétant, je pense, à certains niveaux. Puis il faut le nommer. Puis comment toi, tu... Je pense que je connais la réponse, mais comment tu vois ça quand même, ce volet-là ?
- Speaker #0
C'est... Je trouve ça inquiétant dans une certaine mesure, parce qu'il n'y a pas longtemps, j'ai vu une dame, elle me dit, « Monsieur Ouellet, de... Je vis seul, je suis un peu solitaire. Ma jeune amie. Ah oui, ton amie. Ah oui, elle dit que je parle à tous les soirs. Ah oui, c'est qui ton amie ? C'est l'intelligence artificielle. Oh boy ! L'intelligence artificielle. Oui. Quand je fais part de mes humeurs, elle me répond. Oh ! Là, je me suis dit... Oui. Là, c'est... C'est inquiétant.
- Speaker #1
On parlait de connexion humaine.
- Speaker #0
Oui. C'est inquiétant de voir... Par contre, ça peut être très aidant dans certains niveaux pour se valider dans certaines choses. Mais quand on est rendu que l'intelligence artificielle devient notre ami intime, je me dis que je ne sais pas où on s'en va avec ça. Je trouve ça inquiétant d'une certaine mesure. Je trouve ça très inquiétant. Pourquoi ? Parce qu'il y a des gens qui ne sont pas toujours bienfaisants. Ils peuvent se servir de ça. Déjà, Je regarde, sans l'intelligence artificielle, combien de gens se font noquer par Internet. Imagine-toi avec ça. On va falloir être vigilant et être aux aguets. Mais ça peut être très intéressant, mais il y a un côté aussi qui m'inquiète beaucoup à ce niveau-là. C'est moi, quand j'entends, j'ai un ami, puis c'est l'intelligence artificielle. Ouf ! OK. C'est quelque chose, ça, là. parce que Puis cette évolution-là, comment je dirais ça, on ne peut pas l'arrêter, c'est fait, on est rendu là. Jusqu'où ça va aller, je ne sais pas. Mais je reviens, tu reviens, quand je pense à l'intelligence artificielle, je racule un petit peu. Ce que je trouve triste, un peu, d'une certaine façon, avec l'évolution qu'on a eue, de voir des jeunes enfants qui ont 4 ans, 5 ans, la première chose qui se lève le matin, ils ont lieu tablette pour jouer sur leur tablette. Mes rayons de leçoir sont sur leur tablette. Je me dis, off, elle va être où la créativité ? Elle est où ? Je trouve ça, ça me fait frissonner à chaque fois que je vois ça. Mais on est rendu là. Fait que donc, je me dis, c'est quoi ? Mais quand on a parlé d'hyperactivité, c'est pas pour rien qu'on est rendu hyperactif. On est sollicité, je sais pas. de tous bords, de tous côtés. On reçoit un texto, il faut répondre tout de suite. On reçoit un mail, il faut répondre. Si on ne répond pas cinq minutes après, on lui dit comment ça, tu n'as pas répondu. Je ne sais pas, il n'y a pas juste ça à faire. Il y a d'autres choses. Ça fait qu'on devient surexposé. Oui, surexposé à tout ça. C'est pour ça qu'à un moment donné, On va être obligé à un moment donné de se repositionner par rapport à notre mode de vie. C'est quoi notre mode de vie ? Puis tant qu'on n'aura pas... Puis c'est ce qui fait qu'on tombe dans des détresses, des dépressions. C'est qu'à quelque part, il y a un déséquilibre qui s'est installé. Puis à un moment donné, alors que l'être humain, il est bien fait. À un moment donné, on n'est plus capable. Puis c'est pour ça que l'épuisement professionnel... Le corps disait, toi, si tu veux continuer, vas-y, mais moi, je ne suis plus capable. Il n'y a plus de réserve, il n'y a plus d'énergie. Les gens veulent bien, mais des fois, le genre, donne-moi des trucs pour que ça aille plus vite. Il n'y en a pas.
- Speaker #1
Puis tu sais, on est en train, je pense, de plus en plus d'interconnecter la santé mentale, la santé physique, puis de faire le lien. C'est exactement la même chose. segmenté, santé physique, maladie, tout ça, et santé psychologique, donc la tête et tout le reste, mais on est en train de plus en plus, je pense, de voir que dans le fond, c'est...
- Speaker #0
Très, très, très interrelié. Parce que, comme disait ce livre-là, on m'a fasciné, de Bernie Segal, il disait à guérir son âme, on guérit son corps. Quand tu rencontres des gens, la première chose, ils te demandent « Qu'est-ce que tu as vécu au cours de tes deux dernières années ? » 80% des gens ont vécu un stress très intense. Ça a eu des répercussions. C'est ça qu'il disait. C'est pour ça que des fois, le fameux livre « Écoute ton corps » parce que notre corps nous envoie des signaux. Les gens disent « J'ai mal dans le dos, je ne sais pas ce que j'ai. T'es-tu tombé ? Non. Peut-être que t'en as trop sur les épaules. » C'est ça qui devient important de rester à l'écoute de ce que l'on vit. En fin de compte, est-ce que ce que je vis... présentement, si tu es conforme à mes valeurs, c'est tout ça que je veux. Si ce n'est pas ça, il faut faire quelque chose. Mais c'est sûr qu'on se laisse souvent envahir par toute la société, ce qu'elle nous amène, tout ce qu'elle nous propose. Mais c'est pour ça qu'il faut être capable des fois de prendre un recul et de dire non, moi, ça n'a pas de sens. C'est ça qui est intéressant. Je reviens. aux gens qui font un engagement professionnel, ce qui est très, très intéressant, c'est qu'ils font un temps d'arrêt, mais pas juste au niveau du travail. Ils font un temps d'arrêt dans leur vie. C'est tout ça que je veux. Ça me convient-tu ? En bout de ligne, c'est très positif parce que quand ils retournent, ils n'ont pas juste fait le ménage dans le travail. Ils ont fait le ménage dans leurs besoins personnels, dans ce qu'ils veulent vivre et dans ce qui leur convient, et non pas. de suivre et d'embarquer. L'autre chose, souvent aussi, quand ils retournent au travail, j'appelle ça avoir des sensors en français, des balises qui disent « Ah, ah, ah, non, je ne vais pas plus loin. » Ça, c'est les choses qui sont positives dans ce que les gens vivent, ce temps de recul-là. Parce que quand on est dans le feu de l'action... On n'a pas le temps de se poser des questions, ça vient trop vite. Ça, je trouve que c'est une belle chose. C'est positif d'une certaine façon. Donc, tu sais, c'est pour ça que... Comment je dirais ça ? Je reviens au niveau de l'intelligence artificielle. C'est certain que c'est quelque chose de très intéressant. Mais je pense que ça va demander une très grande vigilance par rapport à ça parce que... C'est assez impressionnant ce que ça peut faire. C'est assez impressionnant.
- Speaker #1
C'est clair. Écoute, Alain, ça fait déjà un petit bout qu'on se parle.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
J'aimerais ça te poser une question extrêmement ouverte pour finir. Puis ça prendrait la direction que ça prend, mais... Bon, quand tu regardes un peu ton parcours, puis ton niveau, bon, premièrement scolaire, après ça... Le lancement du CRESS, arriver plus dans le secteur d'entreprise, bref, tout ça, puis toutes tes années de pratique. C'est quoi que, comment tu résumerais ça ? Qu'est-ce qui te rend le plus fier ? Qu'est-ce qui, sur une note un peu plus positive, qu'est-ce qui fait que ça a été une belle carrière, puis que tu as encore plusieurs années devant toi ? C'est ça. Je conclurai là-dessus.
- Speaker #0
Je pense que la chose la plus importante, puis pour moi, j'appelle ça un privilège, c'est d'être, j'appelle ça sur son X, d'avoir du plaisir à faire ce qu'on fait. Quand on a du plaisir à faire ce qu'on fait, on n'a pas le sentiment qu'on travaille. Moi, je ne travaille pas par obligation. Je travaille par plaisir. Ça me procure énormément de plaisir. Chaque matin que je rentre, c'est jamais... La journée que la poignée de porte va dire « ouvrir » , on va tout arrêter ça là. Mais c'est le plaisir, le... Comment je dirais ça, donc ? Le goût d'apporter quelque chose à l'être humain qui est en difficulté pour son mieux-être. Puis ça a toujours été ma croyance. La journée que je n'ai plus de plaisir, je vais faire d'autres choses. Et c'est pour ça que quand j'ai quitté les écoles, Je n'avais plus de plaisir. Ça faisait deux ans que la porte était difficile à ouvrir. Je n'ai plus de fun à faire ça. Donc, il faut que je retrouve mon plaisir dans ce que je fais. Puis, c'est ce qui me motive encore aujourd'hui. C'est toujours agréable. C'est toujours plaisant. Même si, je dirais, les problématiques sont plus complexes. La société dans laquelle on est aujourd'hui, c'est... C'est bien différent de ce que c'était il y a 50 ans quand j'ai eu des enfants. Mais quand même, le défi est encore important, c'est encore agréable à relever. Puis aussi, je me dis, peu importe. La plus petite chose qu'on peut faire pour apporter un changement, je me dis, bravo, mais il faut te poser ça, il faut y croire. C'est dans le fond... Oui,
- Speaker #1
c'est la base.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. C'est pour ça que je me dis, pour moi, c'est aussi d'apporter de l'espoir dans ce que les gens vivent, dans ce que, comme on dit, si on regarde la société aujourd'hui. Sur le plan géopolitique, il ne faut pas aller là. Moi, je me dis, à un moment donné, il faut croire que l'être humain est plus intelligent qu'on le pense. Puis, il va être capable de résoudre ou de solutionner les conflits. Donc, c'est ça que je trouve qui était un peu la ligne de conduite de mes 54 ans. Puis, je le dis toujours, tant j'ai la santé, puis le plaisir. Je vais continuer parce que c'est encore très intéressant. Puis des fois, je dirais ceci, quand on est passionné, des fois, nos interventions deviennent magiques. C'est assez spécial. Je ne pensais pas que ça donnerait ce résultat-là.
- Speaker #1
Absolument.
- Speaker #0
Puis peu importe. Je regarde en psychologie, des approches, elles donnent en moins 150. Ce n'est pas nécessairement parce que les approches, c'est des techniques. Techniques que tu apportes. Mais la première chose qui est importante quand on rencontre un client ou une personne, ce n'est pas la technique qui va être importante. C'est de créer un lien positif avec cette personne, un lien de confiance. Puis une fois qu'on a ça, la magie va s'installer. Mais si on n'a pas ça, c'est pour ça que des fois... Il faut être plus patient, plus tolérant, parce qu'il y a des gens qui sont... C'est la première fois qu'ils consultent, ils sont un peu réticents, ils ont peur d'aller dans leurs émotions. Mais quand on prend le temps, quand on les respecte dans ce qu'ils sont, puis quand on arrive à établir le lien de confiance, c'est merveilleux ce qu'on peut faire. Parce que, bon, tout ce qu'on a en psychologie, c'est des techniques qu'on applique. Mais on les applique à qu'un être humain. Mais avant d'appliquer la technique, il faut être capable de créer le lien de confiance avec cette personne-là. C'est pour ça que ça devient au même stade que les gestionnaires. Moi, je suis un intervenant, mais la première chose que je me dis, comment je vais faire pour l'aider ? Comment je vais faire pour créer le lien de confiance ? Des fois, comme je te dis, des fois, ce n'est pas la première rencontre. Il faut être plus patient. La chimie se passe, la chimie se développe. Ça fait que c'est un peu... C'est un peu ça qui... Puis, je reviens ici en abriot. Ce qui est intéressant, c'est un climat de travail exceptionnel. Et c'est pour ça que je vais rester encore longtemps.
- Speaker #1
Et puis, je conclurai aussi en disant qu'on a tous un peu notre rôle à jouer. Tu parlais tantôt du gestionnaire qui va voir ces gens. Comment ça va ? Hey, as-tu passé un beau week-end ? Qu'est-ce que... C'est tellement... de base, on va se dire, mais on peut appliquer ça à tous les niveaux dans l'organisation. Là, on parlait du gestionnaire, mais tous les employés peuvent prendre ces petits moments-là qui vont... C'est des petits gestes. Il faut être plus... Tu sais, il faut être bienveillant les uns envers les autres. Puis je pense qu'il y a beaucoup d'humanité, beaucoup de... beaucoup de choses qui vont passer par là. Dans...
- Speaker #0
Puis, un exemple que je vais te donner en terminant.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Qui m'avait frappé. On était longtemps à avoir un programme d'aide aux employés avec Cascade. Et dans le temps des frères Lemaire, ça me frappait. Il y avait des réunions de 300-400 personnes, entre autres. M. Laurent Lemaire, à la fin de sa... Il partait dans le fond de la salle, il venait vers moi, il me donnait la main. « Merci, M. Ouellet, pour le bon travail que vous faites, mes employés. » Aïe, aïe, aïe. Je vais te dire, c'était une source de motivation débordante. Mais est-ce qu'on le fait encore aujourd'hui, est-ce que les gens le font ? C'est un exemple que je trouve percutant à ce niveau-là, sa motivation.
- Speaker #1
Écoute, merci beaucoup, Alain. Merci pour toutes ces années et ces années à venir aussi parce qu'on te garde encore longtemps.
- Speaker #0
On va essayer.
- Speaker #1
On veut te garder dans l'équipe, mais c'est ça, merci pour ce temps-là que tu as pris avec moi aujourd'hui.
- Speaker #0
Je termine en disant ça, que j'avais déjà entendu ça et ça m'a fait rire. On dit le travail, c'est la santé.
- Speaker #1
Merci Alain.
- Speaker #0
Si on aime ce qu'on fait.
- Speaker #1
Absolument, c'est vrai. Merci à tout le monde. Merci d'avoir été là. On se revoit très bientôt dans un prochain épisode.