- Speaker #0
C'est la façon un peu à lui de nous témoigner un retour un peu de la relation, c'était nous fabriquer des origamis.
- Speaker #1
Je suis Romain Poncey, ingénieur de recherche à la chaire Valeurs du Soin. Bienvenue, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast au Grand Remède, les petits mots. Alors aujourd'hui, pour l'épisode du jour, je suis en compagnie de Marie Soulac. Bonjour Marie.
- Speaker #0
Bonjour.
- Speaker #1
Marie, je te laisse te présenter en deux mots nos auditeurs.
- Speaker #0
Alors, je m'appelle Marie, j'ai 22 ans et je suis infirmière diplômée depuis moins d'un an. Donc je travaille actuellement à l'hôpital public en service de médecine polyvalente. Et du coup, c'est un métier que j'ai toujours un peu voulu faire. En tout cas, j'ai depuis plus jeune voulu travailler dans le milieu du soin. Et puis petit à petit, je me suis dirigée vers le soin à l'autre. Et puis voilà, le métier d'infirmière m'a attirée pour plusieurs raisons. Parce que j'aimais la dimension relationnelle, j'aimais les soins techniques. et puis aussi les... différents milieux d'exercice. Donc voilà, plusieurs raisons qui m'ont poussée vers cette profession.
- Speaker #1
Sinon, tu ne serais pas là. Tu as déjà vécu des histoires qui t'ont marqué. Je te laisse me raconter l'une de ces histoires que tu veux nous partager aujourd'hui.
- Speaker #0
Alors, l'histoire que j'ai décidé de raconter aujourd'hui, c'est celle de la relation avec un patient d'origine arménienne qui est âgé de 70 ans environ, qui comprend soin dans le service pour notamment, entre autres, une... plaies d'escarres importantes au talon, pour lequel le projet thérapeutique est assez limité. En tout cas, nous, nos soins infirmiers consistent principalement à la réfection des pansements et puis la prise en charge de la douleur. Sur ce plan-là, c'est vrai que pour la compréhension, qui est assez limitée, on a pu mettre en place différentes ressources, que ce soit des pancartes traduites en sa langue. On a pu solliciter aussi un traducteur. Et puis, il y avait également la présence de sa femme qui venait du coup quotidiennement lui rendre visite et avec qui la barrière de la langue était plus réduite. Et du coup, elle permettait de faire quand même le lien plus facilement avec le patient. En tout cas, elle m'a permis de davantage créer du lien avec ce monsieur. Lorsqu'elle était là, j'essayais en tout cas de prendre le temps de les écouter. même si je ne comprenais pas toujours, ça pouvait passer par les gestes, par le regard. Et puis, dans ces moments-là, je sentais que le patient était plus ouvert, plus souriant, plus volontaire également, parce que c'est vrai qu'il avait une mobilité très réduite de par ses problèmes. Petit à petit, j'ai pu sentir qu'il y avait une confiance qui se tissait. C'est original parce que sa façon un peu à lui de nous témoigner un retour un peu de la relation, c'était de nous fabriquer des origamis. Du coup, avec vraiment les matériaux qu'il trouvait dans son environnement très proche, les boîtes, des plateaux repas, différents bouts de papier qu'il trouvait par-ci, par-là. C'est vrai que ça permettait de... Enfin, c'était un moyen original aussi de créer du lien. Et puis, sa femme également était très reconnaissante. Parfois, elle m'a amené une petite barre chocolatée. Ce n'était pas grand-chose, mais je sais que c'était pour elle une façon de dire merci et une reconnaissance. Oui,
- Speaker #1
non-verbale, quoi, en fait.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Et ce que je trouve intéressant dans ton histoire, c'est cette conclusion, entre guillemets, avec ces origamis. Qu'est-ce que ça fait, du coup, quand on reçoit ce genre de choses, des origamis ou autre ?
- Speaker #0
Moi, j'étais quand même touchée parce que même si, quelque part, on donne... pas les soins qu'on fait pour recevoir en retour. Mais quand il y a un lien qui se tisse, c'est aussi la preuve qu'on a pu créer quelque chose, qu'il y a une confiance qui est née et que quelque part aussi, sa vulnérabilité un peu touchée, sa sensibilité, comme tu dis, c'est juste l'émotion. Et sa femme aussi le retrouvait beaucoup parce qu'elle disait que dans sa jeunesse, il dessinait beaucoup. On a cru comprendre que c'était un architecte et que du coup, elle était contente, elle aussi, de le voir. dessiner et s'épanouir là-dedans de nouveau.
- Speaker #1
Trop intéressant en fait cette histoire d'origami, parce que c'est à la fois quelque chose de très pratico-pratique pour vous permettre de communiquer, mais c'est aussi quelque chose qui va lui faire du bien. Est-ce qu'on est préparé à ça, à ce genre de communication créative ?
- Speaker #0
Non, effectivement, on n'est pas préparé. Puis c'est vrai que chaque relation qu'on noue est assez unique. On a différentes relations avec chacun des patients parce qu'il y a aussi différentes problématiques très actuelles, du manque de temps, de tous ces sujets-là. Mais puis, il y a aussi les patients, comment eux, ils s'investissent et comment nous, on s'investit aussi dans ces relations-là. Et puis voilà, donc parfois, on peut avoir plus des relations à type d'interaction où c'est vrai que le lien va moins se nouer profondément, si je puis dire. mais parfois dans d'autres situations. Et c'est vrai que pour ce patient, je pense qu'on a pu tisser un lien parce que la durée de séjour a été prolongée pour lui. Il est resté plus de deux mois chez nous. Donc, c'est vrai que ça permet de tisser ce lien sur le long terme où, quand les durées de séjour sont plus courtes, les interactions sont plus réduites également.
- Speaker #1
C'est pas pareil. Ce que je retiens, c'est qu'il y a un côté improvisation un peu, créativité. J'ai l'impression qu'il faut un peu se réinventer un petit peu dans son approche au patient, en fonction du patient, puisque chaque patient est différent.
- Speaker #0
Tout à fait, et notamment aussi avec la barrière de la langue, qui est ça pour le coup, je ne pensais pas que c'était aussi fréquent. mais c'est vrai qu'en tout cas là où je travaille c'est souvent qu'on a des patients avec des barrières de la langue et avec lesquels du coup il faut vraiment composer que ce soit avec nous nos propres ressources et que du coup eux leurs ressources à eux également qui sont l'entourage, la famille parfois c'est vrai qu'il m'arrive d'avoir quelqu'un de la famille au téléphone pour un peu faire la traduction voilà c'est différentes ressources après nous les ressources qu'on a aussi dans le service et sur l'hôpital quoi.
- Speaker #1
Dernière question que j'aurais envie de te poser sur cette jolie histoire Pourquoi cette histoire plutôt qu'une autre ?
- Speaker #0
Parce que je pense qu'elle m'a touchée. J'y ai également... C'est vrai que, mine de rien, des interactions, on en a tout le temps, toute la journée, mais des liens profonds, plus profonds, où il y a une relation de confiance qui se crée, une relation soignant-soignée de qualité sur le long terme, c'est vrai que c'est plus rare, disons. C'est pour ça que j'ai choisi cette histoire.
- Speaker #1
C'était un bel exemple, du coup. Marie, il me semble que tu as choisi deux capsules artistiques. Je te laisse la parole.
- Speaker #0
Du coup, j'ai choisi la musique de Goldman, « Y changer la vie » . J'ai une affection déjà particulière pour ce chanteur. Et puis, parce que j'aime ce qu'il raconte dans cette chanson, qu'en fait, on peut accompagner, qu'on peut aider par des choses simples, des gestes simples, qu'on peut en fait apporter une humanité. C'est... en fait aussi une reconnaissance aux métiers peut-être plus modestes qui ont un impact positif sur la vie des autres. Et puis le deuxième, oui, c'est une citation que j'avais lue au cours de mes études et qui me suit toujours depuis. C'est une citation de Louis Pasteur qui dit « guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours » .
- Speaker #1
C'est vrai que là, du coup, on voit directement le lien entre la citation et l'histoire. Écoute, merci beaucoup, Marie, pour ta présence, pour cette histoire qui est, à mon sens, elle est très parlante à différents niveaux, entre guillemets, sur à la fois la manière avec laquelle on fait son travail, on improvise aussi un peu sur le travail. Parfois, il faut être un peu créatif, quelque part, et aussi ce qui se cache derrière et ce qui se tisse dans les relations de soins. Donc, merci encore une fois. Merci également à vous de nous avoir écoutés. N'hésitez pas à nous suivre sur les plateformes de streaming, donc Spotify, Deezer, sur la page LinkedIn de la chaire également. Quand vous interagissez comme ça avec nos contenus, ça nous aide énormément pour faire gagner ce format en visibilité. Donc vraiment, n'hésitez pas. Vous pouvez aussi retrouver nos actus sur le site cher-valeurdussoin.univ-lion3.fr. Et en attendant, prenez soin de vous, prenez soin du soin. Bye bye.