- Speaker #0
Il faut prendre soin du soin. Elle est bien bonne celle-là. C'est bien aux professionnels de la santé de soigner, non ? Soigner, c'est leur métier à eux, c'est un métier de passion, mais surtout un travail comme les autres. Alors oui, on parle de crise des professionnels de la santé, mais bon, ils font des heures sup comme vous et moi, c'est dur pour tout le monde. Un travail comme les autres ? Enfin, pas si sûr que ça. Dans le soin, il y a des symptômes, diagnostics, traitements, il y a une demande, une offre, une valeur économique. Oui, la santé, c'est un coup. Mais voilà, le soin cache bien son jeu. Dans le soin, est-ce qu'il n'y aurait pas autre chose ? Une valeur presque secrète ? Une valeur éthique, sociale, humaine ? Eh bien, menons l'enquête. Tendons l'oreille, écoutons les mots. Oui, oui, les petits mots des professionnels du soin, ceux qui racontent ces secrets, et ceux au sein desquels se cachent souvent de grands remèdes. Je suis Romain Poncey, ingénieur de recherche en sociologie à la chaire valeur du soin. Bienvenue dans cet épisode introductif du podcast Aux grands remèdes, les petits mots Pour cette occasion, du coup, je suis en compagnie, en très bonne compagnie de Jean-Philippe Pierron. Bonjour Jean-Philippe.
- Speaker #1
Bonjour Romain.
- Speaker #0
Je te laisse te présenter Jean-Philippe, peut-être pour ceux qui ne te connaissent pas encore.
- Speaker #1
Jean-Philippe Pierron, professeur de philosophie, spécialité philosophie de la vie, de la médecine et de la santé, et directeur scientifique de la chaire Valeurs du Soin hébergée à Lyon 3.
- Speaker #0
Super. Alors cet épisode introductif, c'est avant tout en fait pour nous un moyen de vous présenter le concept du podcast. C'est un podcast qui est initié du coup par notre chaire de recherche Valeurs du Soin. Est-ce qu'éventuellement, du coup, Jean-Philippe, tu peux présenter peut-être en deux mots la chaire Valeurs du Soin ?
- Speaker #1
Oui. Il y a cette idée qui anime un peu la chaire, c'est qu'il n'y a pas, quand on parle du soin, une seule valeur, mais des valeurs en discussion et parfois concurrentes. Et la seconde idée fondatrice de cette chaire, c'est de penser l'articulation entre le très intime de la relation de soin entre un soignant et un soigné, et le très public, à la fois des sciences, des organisations et des stratégies politiques qui soutiennent, empêchent ou mutilent parfois les pratiques de soin.
- Speaker #0
Ça me permet d'embrayer cette mise en contexte sur le parti pris de ce podcast au grand remède les petits mots, en cohérence avec cette ambition qu'avait la chaire d'aborder cette thématique-là des valeurs plurielles du soin. Au grand remède les petits mots, c'est avant tout une volonté de raconter le soin autrement. Le parti pris de ce podcast, c'est de partager ensemble un petit moment, une petite histoire, petite mais souvent signifiante, avec des professionnels. de tous horizons, on va dire, du monde du soin au sens large, mais également, pourquoi pas, des patients, pour nous raconter leurs histoires de soins. Des anecdotes, des histoires, des moments où ils ont eux-mêmes pris soin ou alors on a pris soin d'eux. C'est des petites histoires comme ça qui peuvent sembler banales, mais qui, au final, sont souvent riches de sens. Et là-dessus, on s'est dit qu'on pouvait aller encore plus loin, en fait. On s'est dit que parfois, pour raconter ces histoires, les mots nous manquent, on n'a pas les mots. C'est quand même dommage pour... Un podcast qui s'appelle Au grand remède, les petits mots. Alors on s'est dit que quand on n'a pas les mots, on peut peut-être illustrer notre histoire par une œuvre. Une œuvre culturelle, artistique. Ça pourrait être de la musique, de la poésie, une série, vraiment n'importe quoi, mais qui rentre un petit peu en résonance avec cette histoire qu'on va nous raconter. Jean-Philippe, qu'est-ce que tu en penses ? À quoi on peut s'attendre ?
- Speaker #1
Je crois qu'on peut s'attendre, ça a d'abord été bien présenté par tes soins il y a quelques instants, d'abord à prendre soin des mots du soin. souvent en fait les pratiques de soins sont là aussi un peu appauvries par les catégories qui servent à en nommer appauvries en raison de la spécialisation, d'ailleurs des acteurs qu'ils soient les soignants médecins, les travailleurs sociaux, le médico-social le second aspect c'est ce que tu évoques sur la question des histoires je pense à Walter Benjamin qui dit que nous sommes devenus pauvres en histoire et en fait parce que... Les comptables ont pris le dessus sur les compteurs. Et donc, un des objectifs, c'est à la fois de proposer des contre-récits à notre manière de raconter le soin. C'est qu'en fait, le soin, c'est certes le soin en général, mais toujours pour des histoires singulières. Et de ce point de vue, la question de l'anecdote n'est pas ici à prendre comme simplement une espèce de fétichisme du fait divers, mais plutôt comme une pointe d'attention à ce qui, dans la singularité d'une situation, est le point de l'anecdote. le point de cristallisation d'enjeux qui sont entre du très intime et du très politique. Il ne s'agit pas simplement de dire, on se raconte des petites histoires pour éviter d'avoir à faire l'histoire, mais c'est au contraire d'entrer dans la chair du soin, chair sans eux ici, par l'épaisseur de ces micro-récits qui ont, je crois, une fonction critique, faire entendre autrement, nous dire, tiens, qu'on pourrait voir des choses qu'on ne voit pas ou entendre des choses qu'on ne... qu'on ne voit plus ou qu'on n'entend plus, et en même temps d'y trouver quelque chose comme des capteurs de notre sensibilité engagés dans le soin, en se demandant comment on peut le soutenir.
- Speaker #0
Je voulais avoir également ton avis sur la narration via une œuvre culturelle, entre guillemets.
- Speaker #1
Ce que ça interroge, c'est que là aussi, la question des œuvres d'art dans leur diversité, de la littérature aux arts plastiques, en passant par la musique ou le théâtre, dans leur diversité, en fait, ces œuvres d'art disent que rien de ce qui est humain leur est trangé. Et l'expérience de la souffrance, de la maladie ou de la mort, elle a été profondément méditée par les arts dans leur diversité. Et puis, s'il y a une fonction, je crois, de l'art, sans vouloir l'instrumentaliser, c'est Bachelard qui dit ça, il dit en fait, l'art nous aide à imaginer, mais imaginer, ce n'est pas forcément inventer des images, mais c'est défaire des images. Au sens, en fait, nous aider à mettre en travail nos clichés, nos représentations toutes faites, nos configurations sûres d'elles-mêmes, pour se laisser dérouter. Et donc, que ce soit le récit ou que ce soit l'image, parce que... tout ne se dit pas, d'une certaine façon, je trouve que la mobilisation des œuvres d'art dans leur diversité, c'est de réouvrir, je veux dire, le travail de l'imagination pour mettre de côté nos clichés se représentant tel type de pathologie ou tel type de catégorie professionnelle soignante, par exemple.
- Speaker #0
Merci, Jean-Philippe, pour ces quelques mots de présentation du podcast. Je tenais, évidemment, à te remercier pour ta présence. à vous remercier également vous qui écoutez ce programme les prochains épisodes ils vont arriver au compte-gouttes, donc sur les différentes plateformes de streaming le compte-gouttes c'est une belle figure médicale exactement, c'était involontaire mais très bienvenue voilà donc comme je l'ai dit petit à petit sur les réseaux de streaming en attendant vous pouvez nous suivre sur le site internet de la chaire, donc chaire-valeurdussoin-lion3.fr valeur au pluriel En attendant, vous pouvez également nous suivre sur la page LinkedIn de la chaire. On prépare, vous allez le voir, de nombreuses belles choses et de belles surprises. Prenez soin de vous et prenez soin du soin.