- Angélique Bordas - Transdev
Ma peur, c'est de perdre mon authenticité.
- Intro/Outro
Bouh ! Bienvenue dans Bande de Flippés, le podcast DRH et des dirigeants qui ont du cran. Cette saison, nous partons à la rencontre de DRH, dirigeantes, dirigeants, recruteuses et recruteurs qui n'ont pas peur d'avoir peur. Aujourd'hui, nous recevons Angélique Bordas, Directrice des ressources humaines chez Transdev, mais aussi présidente de l'ANDRH Paris-Seine. A l'initiative de plusieurs démarches RH concrètes, de l'académie interne à l'IA appliquée et pourtant... flippée.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Bonjour Angélique.
- Angélique Bordas - Transdev
Bonjour Mélik.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Angélique, quelle est ta peur ?
- Angélique Bordas - Transdev
Ma peur, c'est de perdre mon authenticité.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Du coup, d'où vient cette peur, Angélique, justement, de perdre ton authenticité ?
- Angélique Bordas - Transdev
Cette peur, elle ne date pas d'aujourd'hui. Je l'ai compris assez tôt que dans ma fonction, le but, c'est de pouvoir être alignée avec ses valeurs. Et c'est très difficile. Pourquoi ? Parce que l e métier de DRH, on doit prendre des décisions, on a accès à des données sensibles et des décisions qui impactent clairement des vies professionnelles, voire personnelles. Et à la fois, on doit être aligné avec les objectifs collectifs de notre direction. Avoir du recul et pouvoir être capable de les prendre fait que parfois on peut se perdre. Et donc la peur de ne plus être soi-même et de jouer un rôle, c'est ce qui est difficile dans notre métier.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Dans le milieu professionnel, on parle souvent d'une dissociation qui peut exister entre ce que l'on est en termes de personne, en tant que personnel et aussi professionnel. Est-ce que du coup, ce n'est pas aussi un peu normal parfois de perdre son authenticité quand on est dans un cadre qui ne le permet pas spécialement, notamment le cadre du travail ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, ce que tu dis est juste en soi. Et puis, nous sommes aussi victimes de notre fonction parce que le DRH est vécu comme quelqu'un de solide, un roc, quelqu'un qui doit être neutre. Mais on est un être humain, on est un homme, des femmes, donc on a aussi notre propre vulnérabilité. Donc pour moi c'est logique et ça fait sens qu'on puisse se perdre en soi. Mais après c'est avec l'expérience qu'on acquiert en fait, des possibilités, des façons de faire qui nous permettent justement de pouvoir être alignés avec ces valeurs. Je vais donner un exemple tout bête, c'est qu'effectivement on a des décisions difficiles à prendre. Certes, on doit les prendre, ça fait partie de notre rôle, de notre job. Mais la manière dont on va les faire, va faire qu'on peut le faire avec dignité, considération pour la personne.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Est-ce que tu as un contexte en particulier, un exemple qui te viendrait en tête, d'une situation où justement tu avais un dilemme entre l'authenticité que tu avais envie d'avoir et le rôle que tu avais à porter qui peut-être te mettrait en décalage avec l'authenticité que tu avais ?
- Angélique Bordas - Transdev
Bien sûr, et j'ai envie de dire... L'exemple qui me vient en tête et qui est assez récurrent, c'est le fait de gérer des départs à différents niveaux. Lorsqu'on est face aux collaborateurs avec qui on a tissé notamment des liens, c'est un collègue, on passe du temps à déjeuner, manger, boire un café. Et donc à la fois, on se retrouve dans une situation où là, on a des décisions importantes, difficiles à prendre, qui doivent être prises. Et dans ces moments-là, c'est comment prendre ces décisions lorsqu'on a la personne en face de soi, mais de manière à lui dire les choses sans pour autant le blesser. Et ce qu'il est en capacité de recevoir, pour moi c'est ce que je me dis régulièrement.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Mais est-ce que du coup, dans ce type de cadre-là, ton authenticité ne te permet pas justement de générer plus de proximité avec le collaborateur dans ce type de situation ?
- Angélique Bordas - Transdev
Non, parce que, encore une fois, je l'avais dit au début du podcast, c'est que j'ai appris très vite qu'il ne faut pas dire tout ce qu'on pense, en fait. Il faut être capable de prendre le temps de la réflexion dans ce que l'on dit et avoir les mots justes. Et je le redis, ce que la personne est en capacité de recevoir. C'est ça pour moi le plus important. Et ça, ça s'acquiert avec le temps, l'expérience.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Quand tu dis en capacité de recevoir, qu'est-ce que tu mets derrière cette capacité de recevoir ?
- Angélique Bordas - Transdev
Eh bien, c'est par exemple lorsqu'on licencie clairement une personne, parce qu'elle a commis une faute ou pas, peu importe, parce qu'à un moment donné... La situation le nécessite, parce que c'est ça surtout. Et bien ce que l'on va expliquer à la personne, ce qu'on va lui donner comme information, doit être au plus juste et de manière à ce que la personne comprenne que cette décision est liée à ce qu'il a généré et ce qu'il ne peut plus apporter à l'entreprise en fait. Et que quelque part pour lui, c'est un tournant, c'est une étape pour laquelle il y aura mieux dans son avenir.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Ce qui peut être un peu compliqué, en effet, à recevoir de prime abord.
- Angélique Bordas - Transdev
Exactement.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Mais ce qui va être important demain, c'est dans la manière dont ça va être amené et compris de la part de la personne.
- Angélique Bordas - Transdev
Et je le redis, la manière, c'est les mots employés ont son importance parce que c'est ce qui permet de considérer la personne et d'être le plus juste et que la personne ait sa dignité, en fait.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Dans ce qu'on dit là, et ça vient un peu évoquer un peu la notion politique du rôle d'un DRH, là où aujourd'hui on évoque aussi ce besoin de proximité, comment on conjugue ce besoin de proximité avec cette posture, ce rôle qu'on doit avoir de par les décisions qu'on prend et qui ont une réelle influence dans la vie des gens ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, pour moi je le fais depuis des années, c'est que lorsque j'intègre ma fonction, la première chose que je fais, c'est que j'apprends à connaître chaque collaborateur. Pourquoi ? Parce que justement, on demande aux collaborateurs d'être authentiques aussi lors des recrutements et eux-mêmes attendent que la direction le soit également. Cela passe par de la communication et de la communication simple, c'est-à-dire boire un café, prendre le temps de lui demander comment il va. C'est peut-être des choses toutes bêtes, mais ça fait partie de la considération. Après ensuite, bien évidemment, lorsqu'on se retrouve dans des situations un peu plus délicates, là c'est d'être toujours sincère, aligné avec ses valeurs, pour moi c'est très important, mais en étant le plus juste et de dire les choses.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Est-ce qu'à force d'occuper une fonction aussi exposée qu'un rôle de DRH, on finit parfois par jouer un personnage, un rôle ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors le risque existe, clairement. Pourquoi ? Parce qu'on est un métier où on a beaucoup de pression, on est très sollicité pour tout et n'importe quoi. Il faut aussi se le dire, parce que c'est ce métier qui a évolué aujourd'hui en entreprise, j'ai pu l'apercevoir dans la période de Covid. Et donc, bien évidemment, là, il est important que chacun, puisqu'on reste des êtres humains, on puisse avoir notre propre bulle d'air et pouvoir se reconnecter à soi et de se dire que non, là, je ne me comporte pas comme je devrais, je ne dis pas les choses que je devrais, pour pouvoir justement se réaligner. C'est très important.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et on parle d'authenticité depuis tout à l'heure, mais... Comment tu définirais l'authenticité ? Comment ça s'incarne, tant d'un côté collaborateur que justement du côté des RH que tu disais justement que l'on cherche que chacun le soit ?
- Angélique Bordas - Transdev
C'est une très bonne question. Alors l'authenticité pour moi, c'est être aligné avec ses valeurs. Ce n'est pas dire tout ce qu'on pense, contrairement à ce que les gens se disent. Non, c'est être aligné avec ses valeurs, avec qui on est, ce qu'on souhaite nous dans notre chemin de vie en fait, voilà.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et comment tu fais quand tu es confrontée justement à ce décalage entre ce qui te paraît juste, selon tes valeurs, et justement ce rôle de DRH que tu dois avoir, où tu dois peut-être t'imposer certaines postures qui ne sont pas forcément en adéquation ?
- Angélique Bordas - Transdev
C'est justement ce que je dis, c'est qu'à un moment donné, on fait un métier. Donc ce métier, ce n'est pas faire plaisir et aider les collaborateurs, pas du tout. C'est être au plus juste et avoir l'objectif d'un collectif, parce que c'est un collectif, c'est pouvoir faire grandir l'entreprise, développer le business avec les bonnes personnes. Et ces bonnes personnes, c'est les faire grandir pour qu'elles puissent s'engager et s'investir pleinement dans ces objectifs-là. Donc pour ça, bien évidemment, il est nécessaire de pouvoir faire les choses et de dire les choses comme on doit l'être dans notre fonction, mais, je le redis, c'est la manière et la forme dont on transmet les informations, les messages qu'on communique, qui font sens et qui permettent d'être alignés avec soi-même tout en avançant dans les décisions d'entreprise.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Tu parlais justement de ce rapport à l'intérêt collectif, finalement, dans cette authenticité. Du coup, qu'est-ce que l'on perd lorsque l'on n'ose plus être authentique ? Parce que parfois, ce n'est pas qu'une question de volonté mais parfois peut-être de devoir ou de jeu de posture, tant du côté collaborateur que sur un poste de direction ?
- Angélique Bordas - Transdev
Pour moi, on perd de la crédibilité. La direction ne nous fait plus confiance et les collaborateurs ne nous font plus confiance. Donc même le climat peut se ternir justement parce que, encore une fois, on reste un pilier important dans une entreprise et si le DRH incarne une personne fausse qui joue un rôle et qui est inhumain, en fait... Clairement, les salariés ne vont pas se sentir alignés avec leurs convictions, parce qu'aujourd'hui, il ne faut pas l'oublier, les salariés, lorsqu'ils intègrent une entreprise, ce qu'ils souhaitent en premier, ça fait partie des motivations premières, c'est être alignés avec ses propres valeurs et ses convictions lorsqu'ils intègrent l'entreprise.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et comment on le sent si quelqu'un est authentique ou pas ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, c'est une très bonne question également. Je dirais qu'avec l'expérience, Hum... On peut le voir en fait. Pourquoi ? Parce que lorsqu'une personne dit une chose et qu'elle fait l'inverse, l'entreprise va le détecter très vite. On va s'en apercevoir très vite. C'est comme nous, c'est exactement la même chose. Si, je donne un exemple, on dit que nous sommes des personnes bienveillantes, peu importe, c'est sûr que si dans la réalité on ne l'est pas, là, on n'est pas alignés. Donc, on ne doit pas que dire les choses, on doit l'incarner, le vivre.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
C'est intéressant la manière dont finalement les actes doivent être alignés avec nos paroles, dans la manière dont on peut être authentique. Et à ton avis, justement, qu'est-ce qui fait le plus peur aux DRH aujourd'hui entre prendre une mauvaise décision ou être jugé lorsqu'ils montrent qui ils sont vraiment ?
- Angélique Bordas - Transdev
Waouh ! Alors ça, c'est important parce que c'est ce qu'on vit quand même au quotidien. Parce qu'on est là pour prendre des décisions, c'est justement notre job. Et ce dont nous on a peur, enfin moi en tout cas, ce dont j'ai peur, c'est d'être jugée, clairement. C'est d'être jugée parce que je n'ai pas pris les bonnes décisions. Mais au final, je préfère avancer et dire les choses telles que je le pense, que de faire semblant et de jouer un rôle. Parce qu'on est là justement pour conseiller. La plupart du temps, on doit être en business partner avec notre DG, et il a besoin d'être conseillé. La plupart du temps, les gens autour de lui sont toujours en train de faire des choses pour lui plaire, pour lui faire plaisir ou aller dans son sens. Mais pour moi, ce n'est pas ça leur rôle. Leur rôle, et mon rôle en tant que DRH, c'est de pouvoir le conseiller et même lui dire des choses qui ne lui plaisent pas. Mais après, c'est lui qui prend la décision finale au final. Mais l'objectif, c'est de pouvoir dire les choses en étant aligné. Et ce qui est bien pour l'entreprise, c'est parce que nous, on a la capacité, c'est dans notre rôle de pouvoir se détacher et de voir ce qui se passe.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, dans ce rôle finalement de partenaire et de capacité aussi à apporter des visions, des décisions sur le sujet, est-ce que ça t'est toi déjà arrivé de t'autoriser à partager un doute, une émotion, une fragilité sur un choix que tu avais à faire ? Et finalement, tu t'es rendue compte que cela avait renforcé, plutôt affaibli ou crédibilisé ton propos ?
- Angélique Bordas - Transdev
Oui, mais justement, c'est l'expérience qui m'a permis de le faire. Parce qu'au départ, on n'ose pas... On préfère se cacher et on a peur d'être jugé, comme je l'ai dit au démarrage. Donc oui, au fur et à mesure, à un moment donné, on lâche prise. On est humain et donc à force de vivre la pression, on fait part de nos doutes. Et je me suis rendu compte qu'effectivement, plus on est aligné avec soi-même, plus on dit les choses, plus on est crédible.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Plus on est crédible, plus on dit les choses. La question qui me vient, et peut-être que des auditeurs se posent la question en nous écoutant, c'est de se dire, aujourd'hui, on prône un monde où il faut être authentique, il faut dire les choses pour avancer sainement, mais factuellement, on reste humain. Et parfois, quand on dit les choses à quelqu'un qui est mal luné, qui n'est peut-être pas en adéquation avec ce que l'on dit, on peut se mettre en porte à faux.
- Angélique Bordas - Transdev
Complètement.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Quel est, toi, ton avis, justement, sur le sujet ? Quel est, finalement, le bon équilibre à apporter ? Est-ce que le monde n'est pas noir, il n'est pas blanc, il est gris ?
- Angélique Bordas - Transdev
Non, exactement. Mais c'est ce que je dis encore une fois, être authentique, ce n'est pas dire tout ce qu'on pense. Encore une fois, c'est d'être capable de dire avec des mots pour lesquels on prend le temps de réfléchir et ce dont la personne est en capacité de recevoir.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Si demain, tu pouvais transmettre une seule conviction à un jeune DRH pour l'aider, enfin un jeune DRH, un jeune RRH, quelqu'un qui travaille tout simplement aussi, pour l'aider à rester aligné tout au long de sa carrière, laquelle ce serait ?
- Angélique Bordas - Transdev
Je dirais qu'en fait, ce qui est important, c'est qu'en tant que DRH... La loyauté, c'est de ne pas renoncer à soi.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
C'est-à-dire ?
- Angélique Bordas - Transdev
C'est-à-dire qu'on a un métier où, effectivement, on est sollicité par notre DG, par la direction, parce qu'on a beaucoup de décisions à prendre. Et parfois, ces décisions sont hâtives, doivent être prises très vite. Et donc, se dire qu'il est important de prendre ses décisions en étant aligné avec ses propres valeurs, avant de prendre la décision.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et qu'est-ce que cela permet justement d'être aligné ?
- Angélique Bordas - Transdev
De ne pas se perdre et de ne pas être faux.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et toi, le jour où tu quitteras tes fonctions de DRH, qu'est-ce que tu aimerais que les personnes qui ont travaillé avec toi disent de toi justement ?
- Angélique Bordas - Transdev
Waouh, c'est une question pertinente et à la fois... Ah oui, on me l'a déjà dit puisque j'évolue chaque fois que je quitte une entreprise. On me dit justement que ce qu'on apprécie avec toi, Angélique, c'est que "tu es humaine pour une DRH". C'est ce qu'on dit régulièrement.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, comment ça s'incarne le fait d'être humaine, d'être authentique au quotidien par exemple ? Aujourd'hui, dans cette qualité que te partagent les personnes avec qui tu travailles, comment tu arrives à l'incarner ? Qu'est-ce que tu fais ?
- Angélique Bordas - Transdev
Je fais des choses simples, encore une fois, c'est que je prends le temps de considérer chaque collaborateur. La considération, elle passe par un bonjour, par un sourire. même si, comme tout le monde, on a nos propres problèmes et qu'on n'est pas forcément en forme, qu'on est stressé, qu'on est malade, peu importe. Et c'est aussi de temps en temps de prendre le temps d'échanger avec la personne de manière désintéressée.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Comment ça s'illustre, par exemple, de parler avec une personne de manière désintéressée ? Est-ce que tu as un exemple à me partager ?
- Angélique Bordas - Transdev
C'est simplement qu'on croise la personne et on lui dit « Écoute, ça va ? T'as regardé le match ? » Ça lui permet à la personne de se dire « Ah, elle s'intéresse à moi ! » Tout simplement. Même si, je rappelle, je suis DRH donc quand même, on est victime aussi de notre image, où la majorité des collaborateurs ont une appréhension de se dire "Ouh là là ! Quoi qu'on dise, tout va être retenu, il faut qu'on fasse attention". Mais ça, casser cette image-là passe par le fait qu'on prenne le temps de parler aux collaborateurs à des moments qui n'ont rien à voir avec les entretiens ou la pause café, ou même là, c'est encore des clichés comme on dit. C'est dans ces moments-là, on les croise dans les couloirs, on va les voir au moment de dire bonjour, on prend le temps d'échanger avec chaque personne. Même si c'est que quelques secondes, une minute, ça fait son sens pour pouvoir être crédible après dans notre rôle et dans notre fonction.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Justement, c'est ce que tu évoques, ça revient un petit peu à dire que c'est les moments informels aussi qui permettent de montrer notre authenticité, peut-être d'une certaine manière. Comment on fait justement pour garder cet équilibre entre cette capacité à parler d'éléments qui sont informels tout en partant du principe que normalement... On part du principe que le boulot, c'est le boulot pour certains. Comment on fait ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, ce n'est pas facile. On va dire que nos horaires ne sont plus comptés, bien évidemment. Mais oui, c'est qu'il faut organiser son temps et s'accorder des petits moments pour pouvoir le faire le tour des équipes.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Dans cette question d'authenticité, il y a aussi cette question du droit à l'erreur. Est-ce que tu penses qu'en tant que membre de direction des RH, on est aussi plus exposé ? On se permet moins ce droit à l'erreur ?
- Angélique Bordas - Transdev
Oui, la réalité fait qu'on est attendu par les collaborateurs, surtout en période de crise, en situation difficile économiquement. On a tous tendance, au niveau de la direction, à se dire "Non, il ne faut pas dire qu'on s'est planté." Mais moi, je ne suis pas d'accord avec ça. Et justement, ça, c'est un exemple type où mon rôle, c'est de conseiller mon DG et de dire "Non, c'est important si on veut apaiser le climat social et ne pas rendre les collaborateurs inquiets de la situation." C'est de dire en toute transparence que oui on est des êtres humains, nous aussi nous avons fait une erreur mais après c'est de rassurer sur comment on agit puisque c'est notre rôle derrière et ça ça m'arrive souvent.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et est-ce que justement dans cette démarche là tu as déjà mis des choses en place au sein des entreprises dans lesquelles tu as travaillé pour justement mettre en valeur ce besoin d'authenticité en interne parce que, je ne pense pas qu'il existe de formation d'authenticité.
- Angélique Bordas - Transdev
Non pas du tout.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Qu'est-ce que l'on met en place ?
- Angélique Bordas - Transdev
Si on fait ça, ça devient justement quelque chose de faux, comme si tout est orchestré. Et là, on se perd.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Comment du coup on fait pour, je dirais, mettre en avant ces valeurs-là dans une entreprise ? Qu'est-ce que tu as pu, toi, déjà mettre en place par rapport à ça ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, moi, je pense qu'il faut vraiment s'adapter à la population, au secteur. Et donc, ça se construit avec les collaborateurs, pour moi, et la direction. J'ai plusieurs exemples, mais par exemple lorsqu'on est une population assez dynamique, assez jeune, qui a l'habitude de petits pots, de moments clés comme le petit déjeuner, il faut les organiser. Parce que dans ces moments-là, les gens se retrouvent et s'expriment, ont envie de raconter ce qu'ils ont vécu le week-end. Ou parfois on organise des petits jeux, par exemple des petits concours de recettes de cuisine et autres. Là aussi, les gens se mettent à avoir leur propre créativité. Et comme ça, ça permet de connaître leurs différents types de talents en dehors de l'entreprise. Et ça, ça les valorise aussi, ça les considère.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Est-ce que tu as toujours eu, toi, cette peur, justement, de perdre ton authenticité ou c'est une peur qui est venue au fur et à mesure de ta carrière professionnelle ?
- Angélique Bordas - Transdev
Je dirais que c'est une peur qui est venue au fur et à mesure de ma carrière professionnelle, bien sûr.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Pourquoi ?
- Angélique Bordas - Transdev
Parce que... Quand j'ai intégré cette fonction, je ne savais pas à ce moment-là encore quel serait le rôle de DRH et je n'étais pas DRH au départ. Donc j'ai avancé dans mon métier parce que j'aime les relations humaines, j'aime le contact humain. Et de me dire que je vais contribuer au développement de l'entreprise en faisant grandir les humains, c'était mon kiff, c'est ce que j'adorais faire. Et je me suis rendue compte très vite par l'expérience qu'être soi-même et dire tout ce qu'on pense, non ça ne passe pas. J'ai fait des erreurs justement. Et c'est par ces erreurs que j'ai appris et que j'ai évolué, que j'ai compris comment il fallait évoluer en entreprise et avec les collaborateurs.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et justement, est-ce que tu peux nous partager certaines de ces erreurs que tu as pu faire, qui ont pu te porter préjudice et qui aujourd'hui t'ont permis justement d'apprendre pour que les gens qui nous écoutent puissent justement peut-être s'en inspirer ?
- Angélique Bordas - Transdev
Oui, bien sûr. C'est simplement que tout à l'heure, je disais encore une fois que dire tout ce qu'on pense je pensais que c'était être authentique dans la vie de tous les jours, mais en entreprise, non, parce que, justement, au détour d'un pot, d'un café, on a envie d'être soi et donc on a tendance à plus réfléchir et donc on exprime ce qu'on a vécu et autres. Et j'ai mélangé une expérience qui s'est passée en entreprise où j'ai exprimé ce qui s'était passé, j'ai dit ce que j'avais vécu et ce que j'avais fait. Et j'ai vu à la tête des collaborateurs que ça les avait un peu choqués. Peu importe, je l'ai fait à plusieurs reprises. Et là, je me suis dit, bon, là, ils m'ont trouvé un peu trop raide. Voilà, donc je me suis dit, là, il y a une façon de le dire, il y a une façon de le faire. Et puis, c'est simple c'est remonté, parce que ça va très vite une entreprise, c'est comme un village. Donc, tout se sait et c'est remonté au niveau de la direction. Et puis, quand on est dans des entreprises où c'est plus politique, on te fait comprendre que là, non, Angélique, on ne s'exprime pas comme ça. On ne dit pas t out ce qu'on a vécu de cette manière-là.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Tu parlais d'entreprises plus politiques. Est-ce que pour toi, il y a des secteurs d'activité qui sont plus politiques que d'autres ?
- Angélique Bordas - Transdev
Oui, bien sûr. Alors ça, c'est de par mon expérience, puisque j'ai plus de 23 ans d'expérience dans ce domaine et j'ai pu travailler dans différents types de secteurs. Par exemple, le secteur bancaire est un secteur assez politique.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Quand on dit politique depuis tout à l'heure, pour nous, ça semble assez parlant. Qu'est-ce qu'on met derrière ce mot-là, nous, quand on discute ? Ou toi, qu'est-ce que tu mets derrière ce mot-là ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors, j'ai envie de dire, quels que soient les secteurs, il y a forcément un peu de politique. Mais je peux faire la différence entre le fait de travailler, par exemple, dans un centre de tri, où là, les rapports humains sont simples et plutôt francs, et on peut même se tutoyer. Côté bancaire, c'est plus le vouvoiement. Lorsqu'on fait un mail, on doit prendre le temps de l'écrire. Quand on s'exprime auprès des représentants ou des collaborateurs, il y a une façon de s'exprimer où justement, là, on doit être dans sa fonction et utiliser les mots justes pour que les collaborateurs comprennent ce qu'on doit leur dire.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
La question que je voulais te poser aussi, c'est que parfois, quand on est notamment dans des responsabilités où on doit prendre des décisions, on fait souvent des compromis. À partir de quel moment un compromis devient une forme de trahison de ses propres valeurs ?
- Angélique Bordas - Transdev
Alors là, justement, ce que tu dis est important parce que l'équilibre, il est justement là. Avoir la maturité pour trouver l'équilibre entre être aligné avec soi tout en... Je vais la refaire. Ce que je veux dire par là, c'est que justement, l'équilibre, pour moi, il est important de l'avoir entre le rôle qu'on exerce en tant que DRH et être soi. Voilà.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et toi justement, qui a su évoluer vers cette responsabilité de DRH, il y a peut-être des personnes qui nous écoutent qui n'ont pas encore ces responsabilités-là et qui aimeraient aujourd'hui évoluer sur ce type de responsabilité. Est-ce qu'on devient du coup DRH en apprenant à porter un masque ou en apprenant à rester soi-même malgré les attentes des autres ?
- Angélique Bordas - Transdev
Ah ben alors là, évidemment, indéniablement, c'est surtout pas de porter un masque, mais d'être soi-même tout en avançant.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Est-ce qu'un DRH authentique prend parfois le risque de déplaire, là où un DRH plus politique cherchera avant tout à être accepté ?
- Angélique Bordas - Transdev
Bien sûr, bien évidemment.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Et quel est le mieux, finalement ?
- Angélique Bordas - Transdev
En fait, ce que je peux même dire, parce qu'avec les années d'expérience, c'est que pour moi, aujourd'hui, pourquoi la majorité des collaborateurs ont cette image, ce cliché du DRH ? C'est parce que, justement, beaucoup de DRH et encore aujourd'hui, tiennent plus le rôle et préfèrent jouer un rôle et être complètement faux que d'être authentique. Moi, je ne fais pas partie de ce type de DRH. Donc, je peux ne pas plaire, c'est vrai, mais je préfère être alignée avec moi-même parce qu'à un moment donné, à long terme, je le paye parce que les collaborateurs se sentent bien, s'investissent, s'engagent et ma direction est satisfaite parce qu'au final, elle me fait confiance.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Si tu avais un mot de la fin justement à partager, Angélique, par rapport à ça, ça serait lequel ?
- Angélique Bordas - Transdev
Ça serait qu'on peut faire ce métier passionnant sans renoncer à soi.
- Mélik Cangür - L'étincelle RH
Merci Angélique.
- Angélique Bordas - Transdev
Merci Mélik.
- Intro/Outro
Merci d'avoir écouté Bande de Flippés, un podcast produit et imaginé par l'Étincelle RH. Envie de partager vos peurs ? Vous pouvez nous contacter sur LinkedIn. On se retrouve dans deux semaines pour découvrir un autre membre de la Bande de Flippés. BOUH !