Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Bonjour à toutes et à tous, bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui j'ai envie qu'on parle de la réalité. Pas du yoga des magazines, pas de la posture parfaite sur la plage face à un coucher de soleil, mais du yoga que l'on pratique quand les enfants crient, quand on est en désaccord profond avec son conjoint ou sa conjointe. Ou quand on ouvre les réseaux sociaux et qu'on se sent submergé par l'agitation du monde et ce qui se passe autour de soi. J'aimerais vous proposer une vision, celle du yoga comme une immense boîte à outils. Alors clairement, c'est ma vision et si ce n'est pas la vôtre, restez quand même. Parce que l'on n'est pas là pour dire qui a tort ou qui a raison, mais pour ouvrir une conversation et une réflexion. Pendant longtemps, le yoga nous a été présenté comme une quête de dépassement. Pas le dépassement de soi, mais le dépassement de la condition humaine. Une sorte d'ascèse où le but ultime était de rompre le cycle du karma, de s'extraire de la condition humaine pour ne plus être affecté par les tourments du monde. L'idée, c'était de s'élever au-dessus de la mêlée, d'atteindre une pureté de conscience qui nous placerait dans un certain état de conscience, loin de l'agitation matérielle. Mais soyons honnêtes deux minutes, nous vivons en 2026. Nous avons des loyers à payer, des opinions politiques, des émotions qui nous traversent et parfois une sacrée dose de colère, de fatigue ou d'abattement. Est-ce que le yoga doit nous servir à effacer tout cela ? Et ma réponse est un non catégorie. Historiquement, il faut se souvenir que ce yoga de l'extraction, du retrait, des assaises n'était pas destiné à tout le monde. C'était une voie réservée à une élite. Soit on naissait dans la caste des brahmanes, soit on était une forme d'élu choisi très jeune pour suivre un enseignement exclusif. Et même pour ceux qui vivaient dans la société, la quête spirituelle radicale ne commençait qu'une fois les devoirs sociaux accomplis, c'est-à-dire après s'être marié, avoir eu des enfants et assurer cette lignée. Et c'est seulement là qu'on avait le droit de se retirer du monde pour chercher la libération. Et là, je ne parle que des hommes. Cette possibilité n'était pas... offerte, voire envisageable pour les femmes. Et le décalage est là. Aujourd'hui, nous n'attendons pas à être à la retraite, d'appartenir à une caste pour pratiquer. Nous pratiquons pendant que nous changeons les couches, pendant que nous gérons nos carrières, et ce, quel que soit notre genre. C'est pourquoi la vision que je souhaite vous partager est celle d'un yoga de l'inclusion totale. Ici, le but n'est pas de fuir le monde ou de s'isoler dans une bulle de pureté, ou de gommer nos défauts, mais de reconnaître que tout ce qui compose notre vie, c'est-à-dire nos colères, nos joies, nos dossiers en retard, nos éclats de rire, est une expression du vivant. Ce n'est plus une spiritualité de l'exclusion, où l'on se dit « je dois enlever ceci pour être zen » , mais une spiritualité de l'intégration. Comment j'accueille ce qui est là, maintenant, sans attendre que le décor soit parfait ? Le yoga moderne, tel que je le prône, n'est plus une gomme. Pour effacer nos défauts, c'est un projecteur pour éclairer notre réalité. Ce n'est plus « je pratique pour ne plus souffrir » , c'est plutôt à la place « je pratique pour apprendre à vivre au mieux en moi, avec mes cicatrices et surtout dans mon environnement » . Et puisque nous avons décidé de ne plus fuir le monde, mais de l'habiter, il nous faut un équipement solide. Imaginez que les huit branches du yoga de Patanjali ne sont pas des échelons. sur une échelle vers le ciel, mais des outils rangés dans une mallette que vous transportez partout avec vous. Alors on va explorer les huit branches dans le sens habituel, du corps physique vers le corps éthérique, mais comme on parle d'une boîte à outils, ça peut être pris dans tous les sens, en commençant par un outil plutôt qu'un autre. Commençons par le corps physique. C'est souvent par là que l'on commence, la pratique sur le tapis. Mais voyons cela comme de la maintenance de base. Les asanas, les postures, le pranayama, le souffle, c'est notre trousse de secours physique. On ne fait pas une posture pour être beau, pour atteindre une certaine image, on la fait pour que notre corps reste un endroit habitable, pour que notre corps soit mobile, flexible, disponible pour ce que l'on a à faire au quotidien. Quand vous avez mal au dos à force de porter vos enfants ou de rester devant un écran, le yoga est l'outil de réparation. Quand votre système nerveux est en surchauffe, après une journée de stress, La respiration est une forme de bouton reset. C'est comme se brosser les dents ou se nourrir correctement. C'est une hygiène de vie pour que l'outil principal, votre corps, ne tombe pas en panne au moment où vous en avez le plus besoin. Et la maintenance de la machine, on ne s'en aperçoit pas trop quand on est jeune, quand on est en bonne santé, quand on arrive à faire tout ce qu'on veut. Mais après, quand on commence à vieillir, qu'on a de l'arthrose, de l'arthrite, qu'on enchaîne certaines maladies et c'est là où on se rend compte que notre corps est notre bien le plus précieux et qu'on a besoin d'en prendre soin. Au lieu de le maltraiter en permanence et ce, chacun à sa manière. Passons maintenant au corps relationnel. C'est un peu le yoga de la cuisine et du salon. Et c'est ici que les choses sérieuses commencent. Parce que c'est facile d'être zen, seul, dans le silence. Mais appliquer le yoga avec son conjoint et ses enfants, c'est le niveau Super big boss d'un jeu vidéo. Et cela se pratique avec les yamas et les nyamas. Je vous prends deux exemples. À IMSA, la non-violence, ce n'est pas juste ne pas frapper quelqu'un. C'est l'outil que vous sortez quand vous sentez une remarque acide monter aux lèvres lors d'une dispute. C'est choisir la bienveillance, en voir soi-même quand on a l'impression d'avoir raté sa journée. Satya, la vérité, c'est avoir le courage de dire « Là, je suis à bout. » J'ai besoin d'air. Au lieu de prétendre que tout va bien et d'exploser dix minutes plus tard. Et ça, on l'a tous vécu à un moment ou à un autre, soit dans l'explosion, soit dans le fait d'observer l'explosion. Ainsi, le yoga, dans cette boîte à outils, c'est ce qui nous permet de ne plus réagir par réflexe, c'est-à-dire le mode automatique, mais d'agir par choix. Passons maintenant au corps mental. qui nous permet de garder le cap avec Dharana. Nous vivons dans une économie de l'attention et tout le monde veut un morceau de notre cerveau. Alors, cette image de vouloir un morceau de notre cerveau, on l'a déjà depuis des années, parce que, rappelez-vous, il y avait une personne célèbre de la télé qui en parlait, de vendre à des cerveaux disponibles. Eh bien, ça n'a fait qu'ouvrir une porte. Aujourd'hui, tout le monde veut capter notre attention et notre attention se dilue. à cause de ces machines, à cause de ces applications, à cause de notre façon de vivre, eh bien notre attention se dilue et on le voit de plus en plus avec la qualité attentionnelle des enfants. Dharana, c'est de la concentration, c'est l'outil qui va nous permettre de rester focalisé. C'est la capacité de ramener son esprit à l'instant présent quand on commence à scénariser une catastrophe future ou à ressasser un regret passé. C'est décider où l'on pose. son regard, plutôt que de laisser les différentes images, les différentes intentions, les différentes options que l'on a, nous diriger dans un sens, dans l'autre et sans jamais réussir à se poser. Garder le cap avec Dharana, c'est en quelque sorte savoir appuyer sur le bouton stop avant de prendre une décision ou de savoir aussi s'arrêter tout simplement. Pour garder le cap, un autre outil nous aide. Diana, la méditation. Ici, C'est l'outil de la présence. Et ce n'est pas forcément rester assis en lotus, c'est cette capacité à observer le flux de nos pensées sans se noyer dedans. C'est l'espace où l'on commence à voir clair. Pour aller plus loin, vous pouvez retrouver plusieurs épisodes sur la méditation au sein de Blabla Yoga. Je vous les mets en commentaire pour les retrouver facilement. Je voudrais maintenant que l'on s'arrête un instant sur un point crucial, celui du défi de l'altérité. de pratiquer face à ce qui nous dérange. On vit dans une société polarisée. On croise des gens qui n'ont pas les mêmes convictions que nous, les mêmes visions du monde et les mêmes priorités. Et parfois, on a l'impression que le yoga nous demande d'aimer tout le monde, d'un amour universel un peu fade. Mais la réalité est bien plus complexe que cela. Le yoga nous offre des outils bien plus concrets, comme le discernement, Viveka et le retrait des sens. Pratihara. Pratiquer face à quelqu'un dont les idées nous révoltent, ce n'est pas être d'accord avec lui systématiquement. C'est utiliser l'outil. C'est la stabilité. Avec Pratyahara, on apprend à ne pas se laisser happer par l'énergie ou la colère de l'autre. On reste solidement ancré dans ses pieds, on écoute jusqu'au bout sans se laisser dissoudre et même quand la tempête des mots fait rage autour de nous. On n'est donc plus une éponge qui subit, on est un centre qui observe. Pratyahara s'est décidé que l'agitation extérieure ne rentre pas. dans notre système nerveux. Pour revenir au fait de garder le cap qui est d'arana associé à pratyahara, le retrait d'essence, ça peut être aussi très pratico-pratique. Par exemple, il y a une dizaine de jours, j'ai décidé d'un seul coup d'un seul d'enlever l'application Instagram sur mon téléphone pour ne plus être attirée vers l'extérieur, pouvoir maintenir mon cap et mon attention et de ne plus me laisser dispersée. Alors, ce n'est pas du yoga, mais c'est une manière de pouvoir respecter ces différentes lignes et de rester concentré dans l'attention et dans la disponibilité. Et surtout, de laisser mon système nerveux tranquille. À chacun ses outils. Il nous reste le samadhi, cette union ultime, cette huitième branche souvent perchée tout en haut de l'échelle. Dans notre vie, en 2026, cette quête de l'éveil se situe sûrement ailleurs. que dans les yoga sutras. Il ne s'agit peut-être pas de s'extraire du monde pour rejoindre Ishvara, ce principe divin ou cette conscience pure, mais d'être intensément conscient de ce qui se passe juste là, autour de nous. C'est ici que je pense à Arjuna, le guerrier mythique de la Bhagavad Gita, pétrifié par le doute au moment où il doit entrer sur le champ de bataille. Arjuna ne cherche pas à s'enfuir par le retrait des sens, la méditation ou le samadhi. Il cherche à agir avec justesse, au cœur même du conflit. Le samadhi au quotidien, c'est exactement cela. C'est ce moment où, malgré le chaos et les injonctions, on se sent enfin à sa juste place. C'est cette sensation d'être en lien avec soi, avec les autres et son environnement, sans filtre, sans masque. Là où la séparation entre moi et le reste du monde s'apaise. C'est agir avec conscience, même quand le terrain est miné. Avant d'arriver à la fin de cet épisode, revenons maintenant sur un autre principe du yoga, la discipline. On entend souvent « je n'ai pas de discipline, je n'arrive pas à pratiquer tous les jours sur mon tapis » . Mais de quelle discipline parle-t-on ? Si votre discipline se résume à faire vos salutations au soleil mécaniquement, eh bien c'est bien, mais ça reste de la gym, ça reste du mouvement et pas du yoga. La véritable sadhana, la pratique spirituelle, c'est la discipline. de l'état d'esprit. Le Dalaï Lama dit souvent « Ma religion est la bonté » . Et si la discipline c'était ça ? Cultiver la gentillesse comme on cultive un muscle. La discipline de ne pas juger trop vite. La discipline de s'écouter vraiment. La discipline de voir le beau, même dans le gris. La discipline, c'est quitter le mode automatique. C'est se réveiller et se demander « Quel outil de ma boîte ai-je besoin ? » d'utiliser aujourd'hui. Parfois, l'outil de la journée sera la patience face à ses enfants, par exemple, ou son conjoint ou sa conjointe. Parfois, ce sera la force dans le fait d'être présent ici au monde. Et parfois, ce sera dans le silence. Pour clore cet épisode, je voulais vous dire ceci. Je prône un yoga libre et décomplexé. Pourquoi ? Parce que je refuse l'idée d'un yoga standardisé qui s'ajouterait à votre liste de corvées quotidiennes. Le yoga est là pour vous servir et pas l'inverse. Et tant pis si ce yoga n'est pas proposé par la majorité. Parce que certains jours, votre pratique spirituelle, ce sera de chanter un mantra, de scander le son Aum ou de répéter une phrase qui vous donne du courage. Parce que votre mental est en miettes et parce que vous avez besoin de cette vibration pour ne pas couler. D'autres jours, votre pratique sera simplement de méditer, pas pour atteindre un état d'éveil supérieur. Mais comme le dit si joliment Christophe André, pour faire silence et enfin entendre votre vie intérieure. Juste s'arrêter, respirer et écouter ce qui se passe en soi sans vouloir le transformer. Et d'autres jours encore, votre pratique sera de vous allonger simplement sur votre tapis, dans la douceur absolue, parce que votre corps est douloureux et la seule chose dont vous avez besoin, c'est de vous sentir soutenu par le sol. Le yoga, c'est développer un état de conscience. C'est cette petite... 8 secondes de pause entre un événement et votre réaction. C'est l'espace où vous redevenez maître de votre vie. N'ayez pas peur d'ouvrir la boîte, de tester les outils, d'en laisser certains de côté pour un temps et d'y revenir plus tard. Le yoga est un support de vie, pas une performance artistique. Soyez des yogis du quotidien, des yogis de la vraie vie. Merci d'avoir partagé ce moment avec moi. Au début de cet épisode, je vous proposais de voir le yoga comme une immense boîte à outils, que vous soyez d'accord avec cette vision ou que vous ayez encore vos propres interrogations. J'espère que cet échange a ouvert une petite porte, une réflexion. Peut-être pouvez-vous vous demander, est-ce qu'un des outils a résonné pour vous aujourd'hui ? Que ce soit au milieu d'une dispute ou face à quelqu'un dont les idées vous bousculent, est-ce que vous avez senti cet espace pour écouter jusqu'au bout, sans juger ? pour garder votre calme, votre centre, sans vous laisser happer par la tempête de l'autre. Si cet épisode a fait écho à votre quotidien, la meilleure façon de soutenir ce podcast est de lui laisser 5 étoiles ou un commentaire sur Apple Podcasts ou Spotify. C'est ce qui permet à cette conversation de grandir. Et si tout ce que j'ai évoqué aujourd'hui est nouveau pour vous, ne vous pressez pas. Laissez-vous simplement de la place et de l'espace pour explorer à votre rythme un yoga libre et décomplexé. D'ici là, la prochaine fois, n'oubliez pas d'ouvrir votre boîte et d'utiliser vos outils. A bientôt pour un prochain épisode de Blabla Yoga. Bye bye !