Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Je n'aurais jamais pu être influenceuse yoga sur les réseaux. Je ne suis pas tombée dans la marmite de souplesse quand j'étais petite. La danse m'a appris la fluidité et le yoga la force, ou plutôt la constance. Mais le yoga n'a rien fait pour la souplesse. En tant qu'influenceuse yoga... Je n'aurais pas su faire toutes ces photos, toutes ces vidéos pour montrer comment aller plus loin dans une posture, comment se transformer en bretzel, comment emmener sa jambe derrière la tête. J'aurais été aussi une mauvaise influence parce que je me bats depuis trop longtemps pour limiter la sexualisation du corps des femmes. Et des hommes aussi, tiens. Je n'aurais donc pas pu me montrer à moitié vêtue pour faire exploser le nombre de vues. Ainsi, En étant raide et ne voulant pas faire de mon corps un élément de promotion, je suis peu visible sur Instagram. Et à vrai dire, je m'en fiche un peu. Mon seul regret, c'est que cette voie d'un yoga athlétique avec peu de souplesse, dans des vêtements révélant peu le corps, semble aussi s'effacer. Le résultat, c'est que beaucoup de personnes n'osent pas passer la porte d'un cours de yoga pensant ne pas être à la bonne place, ne pas être assez souple. Nous voulons pas mettre la tête au sol et nous voulons pas payer un legging à plus de 80 euros. Bref, pour toutes ces raisons, je voulais faire un épisode un peu coup de gueule, un peu manifeste, pour parler de la raideur. Oui, on peut être raide et à contre-courant et pratiquer un yoga avec constance, humilité, joie ou pour le plaisir de s'accorder un temps avec soi. Bienvenue donc dans ce nouvel épisode de Blabla Yoga. Si vous écoutez pour la première fois, je suis ravie que vous tombiez sur cet épisode parce que l'énergie de ce podcast est de vous inviter à pratiquer un yoga libre et décomplexé. Pourquoi libre ? Pour se détacher des injonctions, des « il faut que blablabla » , « il n'y a qu'à blablabla » et pour oser revenir régulièrement sur son tapis ou pratiquer le yoga hors du tapis d'ailleurs. Parce qu'aujourd'hui, ça demande de la volonté. que de dérouler son tapis au lieu de déguiner son téléphone pour s'évader mentalement. Et ça demande du courage de regarder son théâtre intérieur plutôt que de vouloir voir la vie en rose, le rose qu'on nous propose d'avoir des quantités de choses qui donnent envie d'autre chose. On nous fait croire que le bonheur, c'est d'avoir et de l'avoir plein nos armoires. Allez, au lieu de pousser la chansonnette, c'est parti pour dérouler l'épisode au lieu du tapis. Ah oui, et puis si vous ne me connaissez pas, j'aime les jeux de mots pourris et les blagues étranges, mais ici, c'est promis, j'apprends à me tenir. Je vais vous faire une confidence. Je n'ai jamais compris comment on pouvait passer plus de 10 minutes à essayer de faire la vidéo parfaite, en équilibre sur un bras, avec un sourire ultra bright et peut-être sur un fond de coucher de soleil. Moi, quand j'essaie de faire ça, je finis soit par terre, soit... complètement démoralisée parce que je ne suis pas réussie à faire ce que je voulais et ça m'a pris une heure, ou parce que je n'aime pas le résultat et que ça me fait me sentir nulle. Cela dit, une fois, j'ai réussi à trouver le bon angle, la bonne lumière, la posture simple mais efficace, sans acrobatie, la bien nommée Viparita Karani. Mais c'était sans compter sur mon fils qui est entré dans le champ de vision pour me faire un bisou et un petit sourire au téléphone. C'était donc rappé pour la vidéo parfaite. La vérité, c'est que je suis une très mauvaise candidate pour devenir influencieuse yoga. Pas parce que je n'aime pas partager, au contraire, mais parce que mon corps ne rentre pas dans les cases. Et comme je vous le disais plus haut, je ne suis pas tombée dans la marmite de la souplesse en étant petite. Et puis surtout, je refuse de jouer le jeu, le jeu de tout montrer, le jeu de montrer des postures à droite, à gauche, dans tous les sens, avec souplesse ou sans souplesse, avec acrobatie, sans acrobatie, avec performance ou sans performance. Parce que ce jeu-là, c'est un piège. Un piège qui nous fait croire que pour pratiquer le yoga, il faut soit ressembler à une pub pour Loulou Lemon, pouvoir se transformer en un Bredzelme, Devoir faire plein de postures alors que certaines postures peuvent suffire à avoir une pratique régulière et efficiente, et surtout, avoir un corps qui vend du rêve. C'est-à-dire jeune, souple, plutôt blanc, et encore mieux, à moitié dénudé encore une fois, pour faire monter les vues. Mais tout ça ne me ressemble pas. Et puis, ce n'est pas du tout ce dont je veux parler. Et ça ne ressemble ni à qui je suis, ni aux personnes qui sont en face de moi dans les cours. Ma réalité est que mon grand écart ressemble plus à celui de Prince avec la jambe arrière pliée qu'à celui de Simone Biles. Que je donne parfois court en jeans souples, et pour montrer que c'est possible. Et d'ailleurs, un de mes élèves fait systématiquement le court pantalon de Chino, et je ne suis même pas sûre qu'une tenue de sport soit dans son dressing. Ensuite, je n'ai jamais acheté un legging à plus de 50 euros, et ceux-là sont dans mes placards depuis plus de 10 ans, et je les porte toujours. Et je préfère utiliser mon temps pour écrire des posts autour de l'anatomie et de la pédagogie et de l'éthique que de faire des photos et des vidéos rates. Et puis franchement, je crois vraiment que mon temps est bien plus précieux que de faire des photos et des vidéos pour animer les réseaux sociaux. En revanche, ce qui me désole, c'est que ce yoga-là performant, élitiste, sexualisé devient la norme. Et que des milliers de personnes se disent, moi, Avec mon corps raide, mou, blessé, trop ceci, pas assez cela, je n'ai pas ma place dans un cours de yoga et je n'ose pas y aller. Eh bien je suis là pour vous dire si vous avez votre place et elle est même vitale. Parce que le yoga ce n'est pas une compétition de souplesse, ce n'est pas non plus un concours de tenue moulante ou une pratique réservée à ceux qui ont le bon corps ou le bon portefeuille. Le yoga c'est un espace pour se reconnecter à soi. Sans jugement. C'est un outil pour bouger avec joie, même si c'est juste de toucher ses genoux en pince. C'est plutôt pour retrouver la mobilité de son corps, pour être à l'aise avec son corps. Et surtout un acte de résistance contre cette injonction à atteindre une posture idéale ou une posture parfaite. Alors aujourd'hui, je vous propose une forme de manifeste. Le manifeste d'une prof de yoga raide, têtue et heureuse de l'être. Un manifeste pour tous ceux qui se sentent exclus de cette image lissée de yoga, qui ne s'y reconnaissent pas. Parce que la révolution des raids et des corps différents, eh bien, elle commence main. Alors, parlons-en de cette rideur. Pas comme un avantage, pas comme un désavantage, mais simplement comme une réalité. Mon corps est fait comme ça, et le vôtre aussi d'ailleurs. Parce que non, on ne naît pas tous avec des ligaments en élastique. et des hanches qui s'ouvrent comme les portes d'une grange. Enfin, les miennes s'ouvrent comme les portes d'une grange, mais façon Michael Jackson, elles grincent. Elles ne vont pas loin, elles ne s'ouvrent pas grande, mais ça grince sévèrement. Et puis, il y a une autre réalité dont on ne parle pas beaucoup. Selon certaines études, c'est que seulement 10 à 30 % de la population montre une hyperflexibilité au niveau articulaire ou une souplesse, une grande mobilité. Donc, il y a entre 10... et 30% de la population générale qui sont en mesure de faire beaucoup de choses avec leur corps et de se transformer en bretzel autant qu'ils le souhaitent. Et alors, le reste d'entre nous, nous qui avons des corps non flexibles, ou qu'on pourrait dire des corps normaux finalement, parce qu'ils sont bien plus nombreux que les 10 à 30% de la population, des corps qui bougent, qui s'adaptent, qui ont leurs limites, et c'est très bien comme ça d'avoir des limites aussi. D'ailleurs, savez-vous que la raideur parfois est une protection ? Quand les ligaments sont trop laxes, ils ne maintiennent pas assez les articulations. Cela crée des risques de blessures, d'instabilité, de manque de force. Alors, le fait que les muscles autour soient dynamiques, ont une réponse de contraction forte, ça va rendre le corps plus raide, mais ça va permettre de contrebalancer avec la laxité des ligaments. Et c'est bien, non ? Plutôt que de se tordre les chevilles dès que le sol est irrégulier. Alors oui, être raide, c'est parfois frustrant. Surtout quand on voit les autres faire le grand écart comme si de rien n'était. On pourrait même dire les doigts dans le nez. Mais c'est aussi une façon pour notre corps de dire, et attention, ce n'est pas ce qui est au programme corporel. Donc on y va tranquille. Alors comment on fait avec ça ? Eh bien, on compose. Et de préférence, joyeusement. On ne force pas. On ne se compare pas. On n'essaie pas de faire comme le voisin de tapis déjà installé en bretzel. On écoute. Parce que le yoga, ce n'est pas une compétition de souplesse, c'est une pratique. Une pratique où l'on apprend à bouger avec ce qu'on a, pas avec ce qu'on aimerait avoir. Parce que ce qui compte dans la pratique du yoga, ce n'est pas la finalité, c'est le chemin que l'on emprunte. Et ça, c'est libérateur. Parce que quand on arrête de se battre contre son corps, on peut enfin l'écouter. On peut enfin se dire, ok, aujourd'hui, mon grand écart, ça va être juste de toucher mes genoux. Et c'est parfait. Et je vais continuer à respirer, et ce sera encore plus parfait. Et on peut enfin réaliser que le yoga, ce n'est pas qu'une question de performance, c'est une question de présence. de respiration et de connexion, et de se sentir ici et maintenant, physiquement, mentalement, émotionnellement. Alors oui, je suis raide et mon corps est comme ça, le ventre aussi peut-être, et c'est très bien aussi comme ça, parce que le yoga, ce n'est pas réservé aux contorsionnistes ou aux super flexibles, c'est pour tous ceux qui veulent simplement être là, présents à ce qu'ils font. Alors voilà ! On a parlé de raideur, de corps qui ne rentrent pas dans les cases, de yoga sans performance. Et si je devais résumer tout ça en une phrase, ce serait le yoga n'est pas une question de souplesse, c'est une question de chemin, voire de liberté. La liberté de pratiquer comme on est, avec ce qu'on a, sans se justifier. La liberté de dire mon corps est comme ça et c'est très bien et je pratique le yoga qui me ressemble. Alors avant de vous laisser... Je vais vous redire une dernière chose, parce que ça, c'est important. Si vous êtes prof de yoga et raide, pratiquant et raide, ou même simplement solidaire avec cette belle raideur qu'est la nôtre, souvenez-vous que ce n'est ni un avantage, ni un désavantage. C'est juste comme ça. Parce qu'au bout du compte, le yoga est bien plus qu'une question de flexibilité physique. C'est une voie vers la connaissance de soi. C'est un chemin vers l'acceptation. Et c'est la célébration de la diversité des corps. D'ailleurs, dans toutes mes formations, on parle aussi bien de la souplesse que de la raideur. Et surtout, on apprend à adapter sa pratique et son enseignement aux deux extrêmes. Parce que le yoga, c'est justement ça. Trouver l'équilibre entre ce qu'on est et ce qu'on fait, sans jugement ni performance. Et si cet épisode vous a parlé, n'hésitez pas à me le dire. Laissez un commentaire, une étoile, un petit mot sur Apple Podcasts, Spotify ou Instagram. Ça m'aide énormément à continuer de partager ce yoga libre et décomplexé. Et si vous voulez creuser le sujet, mes formations sont faites pour ça. On y parle pédagogie, anatomie et adaptation pour tous les corps, qu'ils soient raides, souples ou entre les deux. Alors à très vite pour un prochain épisode de BlaBlaYoga, où l'on parle de yoga sans filtre, sans dogme et surtout sans souplesse obligatoire. Une dernière chose avant de vous quitter. Le yoga, c'est comme la vie. Ça se pratique avec ce qu'on a, pas avec ce qu'on voudrait avoir. Je vous laisse donc avec ça et je vous dis à bientôt pour un prochain épisode de Blabla Yoga. Bye bye !