Speaker #0Je suis Sandrine Martin, enseignante et formatrice en Yin Yoga et en Yoga fonctionnelle. J'ai créé ce podcast pour donner une autre vision du yoga. Un yoga où chacun peut trouver sa place, que l'on soit raide ou flexible, petit ou grand, fin ou rond, quel que soit son âge. Je ne crois pas aux règles universelles de l'alignement. En revanche, je crois que chacun peut trouver ses propres alignements. Chaque semaine, seul ou avec mes invités, je vous propose des réflexions, des partages d'expériences et des explorations. L'intention de ce podcast est de vous offrir la liberté de pratiquer un yoga qui vous ressemble et qui vous fait vibrer. Hello, hello ! Je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui dans l'une de ces nombreuses balades autour du yoga. Merci pour votre présence et votre oreille attentive. Dans l'épisode 165, j'évoquais les différentes raisons qui pouvaient rendre l'ajustement inconfortable. Et d'ailleurs, je vous remercie pour les retours que vous avez exprimés après cet épisode. Vous y avez trouvé des mots pour exprimer vos vécus et il vous a aidé à comprendre ce qui était ressenti. Et ça, c'est exactement pourquoi je fais ce podcast. Je rappelle que l'idée de cet épisode n'était pas de trancher entre il faut ajuster ou pas ajuster, parce que ça ne peut pas être blanc ou noir et c'est un thème qui mérite de la nuance. Aussi, je ne pouvais pas aller uniquement dans le sens de ne pas ajuster. Ce serait trop facile et surtout ce serait incomplet. Alors voyons maintenant pourquoi ajuster est nécessaire, mais encore une fois, pas de manière obligatoire. Et avant d'aller plus loin, un petit rappel. La question du consentement, de comment le demander, comment le recevoir et comment le respecter, je l'ai traité en profondeur dans l'épisode 3 et je vous invite à le réécouter. Le lien est dans le descriptif. Et sur le consentement, je ne reviendrai pas dessus aujourd'hui, mais c'est le socle. Sans le consentement, tout ce qu'on va voir ensemble aujourd'hui n'a pas de sens. Avant d'aller plus loin, j'ai envie de m'arrêter une seconde sur les mots. Parce que pour moi, les mots sont importants et ils ne sont jamais neutres. Je ne crois pas en la correction. Je mets correction avec de grands guillemets, même si ça ne se voit pas comme ça par audio. Corriger. C'est partir du principe qu'il y a une erreur, comme s'il y avait une faute. C'est ce qu'on voit à l'école, on corrige un devoir pour améliorer parce qu'il y a des fautes. Et pour d'autres personnes, la correction n'évoque rien de particulier, c'est juste un mot technique, pédagogique, neutre. Mais pour d'autres personnes, ce mot réveille quelque chose. Le châtiment corporel, la petite claque reçue sans explication ou encore une remarque humiliante en public. ce qu'on appelle les violences ordinaires, celles qui ne laissent pas de traces mais qui s'expriment dans le corps et dans la mémoire. Et ça, je le refuse dans ma pratique et dans mon enseignement. Aussi, je préfère utiliser « ajuster » , même si ce mot ne me convient pas totalement non plus. Parce que « ajuster » se définit par « rendre conforme » . Et ça aussi, c'est répondre à une certaine norme. Or, je crois fortement à la singularité, alors aussi bien dans les corps que dans les chemins, et les besoins de chaque personne, de chaque pratiquant. Il n'y a donc pas de conformité à combler. Bon, je m'égare peut-être un peu, et peut-être que cette réflexion va trop loin, et qu'elle est trop philosophique. Mais je tenais à la poser, là, parce qu'elle dit quelque chose de fondamental sur la façon dont j'envisage l'enseignement. Alors, assez de philosophie et passons aux choses concrètes. Et on commence par quelque chose qui fait partie de mes piliers de formation, le schéma corporel. Le schéma corporel, c'est la représentation mentale que chacun a de son propre corps, la carte intérieure si vous préférez. Et cette carte, elle n'est pas la même pour tout le monde. Elle se construit tout au long de la vie à travers les expériences, les sensations, les mouvements. Certains pratiquants ont une carte... très précises. Ils savent exactement où est leur bassin, ils sentent leur homoplate, ils perçoivent leur axe, se récupèrent facilement quand ils perdent l'équilibre. D'autres ont des zones floues, des territoires du corps qu'ils habitent peu ou mal. Pas parce qu'ils ne font pas d'efforts, mais parce que leur histoire, leur vécu, leur système nerveux ne leur ont pas encore donné les outils pour y accéder. Et c'est là qu'un ajustement peut faire quelque chose qu'aucune consigne verbale ne peut faire à sa place. Une main qui se pose sur une zone de corps, c'est une information directe, immédiate, concrète. Ça dit là. C'est ça, ça aide à faire des liens entre ce qui est dit et ce qui est ressenti. Ça dessine un contour et puis ça rend réel ce qui était flou. Ce n'est donc pas corriger, ce n'est pas conformer, c'est aider quelqu'un à habiter un peu plus complètement son propre corps. La deuxième raison d'ajuster, et celle-là je l'adore parce qu'elle est très concrète, très incarnée, c'est de faire ressentir le trajet. Parfois une consigne verbale ne suffit pas. On peut dire « allongez votre colonne » , « grandissez-vous » , « portez votre sternum vers l'avant » et l'élève, en face, fait de son mieux. Et ça se voit d'ailleurs qu'il fait de son mieux pour essayer de faire passer la consigne. Mais le message ne passe pas. Pas parce qu'il ne comprend pas intellectuellement, mais parce que le trajet à emprunter, il ne le sent pas encore dans son corps. Et c'est là qu'un ajustement peut faire le lien. Pas pour forcer. Pas pour pousser, mais pour montrer la direction, faire ressentir le chemin. Un exemple très simple que j'utilise souvent. Je place un doigt sur le sommet du crâne du pratiquant et je lui dis « Pousse sur mon doigt pour te grandir, pour aller chercher dans cette direction. » Et là, quelque chose se passe. Le corps comprend ce que les mots n'avaient pas réussi à transmettre. Et la connexion se fait entre la consigne et le geste, entre l'intention Et le mouvement. Et ce n'est pas moi qui fais la posture à sa place, ça on est sûr. C'est moi qui lui monte la porte. Et c'est surtout lui qui va l'ouvrir. Et nous ne sommes pas tous égaux face aux sensations et à la finesse d'exécution des mouvements. Et c'est normal, c'est humain, chacun sa carte. Le toucher peut donc être ce pont entre ce qu'on comprend et ce qu'on ressent. La troisième raison... Et là, on entre dans quelque chose d'assez fascinant qui touche directement au fonctionnement du cerveau, c'est la connexion neuronale. Quand on apprend un nouveau mouvement, le cerveau crée de nouvelles connexions neuronales. Et plus ces connexions sont sollicitées, plus elles se renforcent. C'est ce qu'on appelle la plasticité neuronale. Le cerveau se remodèle en fonction de ce qu'on lui donne à traiter. Et le toucher dans ce processus est un accélérateur. Parce qu'il ajoute une information sensorielle supplémentaire, c'est-à-dire une information tactile, qui vient enrichir et renforcer ce que le cerveau est en train de construire. La consigne verbale passe par un autre canal, le toucher en ouvre un autre, tout comme la vue d'ailleurs. Et quand la consigne verbale et le toucher se combinent, l'apprentissage moteur s'ancre plus vite, plus profondément. C'est pour ça qu'un élève peut pratiquer une posture pendant des mois sans vraiment la trouver et qu'un ajustement au bon moment peut tout débloquer. Ce n'est pas de la magie, c'est de la neurologie. Bon, j'avoue, c'est quand même un peu magique cette histoire de savoir comment tout ça fonctionne. Et je vous emmène ainsi à notre quatrième raison, la proprioception. Ce mot un peu étrange, que j'adore d'ailleurs, qui désigne simplement notre capacité à nous sentir dans l'espace. À savoir où sont nos membres, notre axe, notre centre de gravité, sans avoir besoin de regarder. Je dis nous, mais c'est plutôt notre cerveau qui va avoir besoin de cette proprioception. Certains pratiquants ont une proprioception très développée, d'autres beaucoup moins. Et ça n'est pas un jugement, c'est encore une fois une réalité neurologique. Ces personnes ont du mal à sentir où est leur... corps dans l'espace et apercevoir leurs appuis à trouver leur équilibre intérieur. Pour eux, un ajustement peut donner un repère externe qui progressivement devient interne. Une main sur un bassin qui dit « là, c'est un centre » . Une pression sur les pieds qui dit « là, c'est ton ancrage » . Et avec le temps, avec la répétition, le corps apprend à retrouver ses repères tout seul. C'est un travail. patient, subtil, mais c'est un travail profond. Voyons maintenant la cinquième raison d'ajuster. Et elle est assez proche de la proprioception, mais elle est subtilement différente. C'est le repère spatial. Il ne s'agit plus simplement de sentir son corps, mais de s'orienter dans l'espace. Certaines personnes ont du mal à s'organiser spatialement, à savoir si leur bras est vraiment horizontal, si le bassin est vraiment neutre, si la colonne est vraiment verticale. L'image qu'elles ont de leur posture, de leur corps, ne correspond pas toujours à la réalité de ce qu'elles font. Je vous donne un exemple tout simple. Vous demandez à certaines personnes de s'allonger sur le sol. et de lever les mains vers le plafond. Et systématiquement, vous ne verrez pas les mains se diriger vers le plafond, mais elles vont se diriger au-delà de leur tête. Parce que dans le quotidien, ils sont à la verticale et que lever les bras vers le plafond ou vers le ciel, c'est d'emmener les mains au-dessus de la tête. Et là encore, le toucher peut être une boussole, une main qui indique une direction, un contact qui dit tu es là et tu vas là. Pas pour imposer une forme. mais pour offrir un point de référence dans l'espace. Donc par exemple, ça pourrait être dans une posture de fente, de donner une indication d'ancrage sur le pied arrière, par exemple, disons la jambe gauche, et que le bras droit étant vers le plafond, et c'est donner aussi une indication pour aller étirer le bras droit vers le plafond, comme si on voulait créer un ensemble dans le corps vers le sol, vers le plafond, et je dirais en contre latéral, c'est-à-dire avec la main. et le pied opposé, pour faire ressentir ça. Parce que oui, le corps humain est fait pour être en contrôle latéral, mais ça, c'est le sujet, peut-être, d'un autre épisode. La sixième raison d'ajuster est un domaine que j'apprécie particulièrement. C'est le toucher comme révélateur sensoriel. Le toucher est notre sens le plus archaïque. Le premier à se développer est dès la vie un hétéro. Et paradoxalement, C'est peut-être celui qu'on sollicite le moins consciemment dans une pratique de yoga. On est beaucoup dans le visuel, dans la consigne verbale et dans l'image mentale de la posture. Une main qui se pose peut littéralement allumer une zone du corps qui était dans l'ombre. La rendre présente, réelle, vivante, dans la conscience du pratiquant. Pas pour corriger, mais pour dire « là, c'est là, cette zone existe, tu peux l'habiter » . C'est quelque chose que je fais souvent quand il s'agit de guider la respiration. Je place ma main, par exemple, sur l'espace entre les deux homoplates et je dis, essaye de trouver la respiration sous ma main, dans cet espace-là. Alors c'est différent du schéma corporel, différent de la proprioception. C'est peut-être plus sensoriel, plus immédiat. C'est le toucher comme révélateur, celui qui réveille ceux qui dormaient. Très efficace avec la respiration d'ailleurs. Voyons notre... avant-dernières raisons. Et celle-là, je pense qu'elle est peu connue. Et pourtant, elle concerne un grand nombre de pratiquants. Dans l'épisode 165, on parlait d'hypersensibilité. Ces systèmes nerveux qui reçoivent trop, trop fort, trop vite. Mais il existe le provis inverse des personnes hyposensibles, dont le système nerveux a besoin d'inputs sensoriels plus nombreux, plus intenses pour traiter l'information et fonctionner. Pour ces pratiquants, le toucher n'est pas une intrusion, c'est une nécessité. Sans ce retour sensoriel suffisant, ils ont du mal à s'ancrer dans leur corps, à sentir qu'il existe dans l'espace et à rester présent dans la pratique. Pour eux, un ajustement n'est pas un outil pédagogique parmi les autres. C'est parfois ce qui rend la pratique possible. Deux profils opposés, une même invitation pour le prof, observé, pas supposé et adapté. Passons à la huitième et dernière raison d'aller ajuster. Elle est peut-être plus simple, la plus humaine. Certaines postures font peur. Une inversion, un équilibre, une ouverture profonde, elle demande d'aller dans un territoire inconnu, parfois inconfortable, parfois vertigineux. Et beaucoup de pratiquants n'osent pas. Pas par manque de force ou de souplesse, mais par manque de sécurité. Elle est là. Notre dernière raison, la sécurité. Et là, une main peut tout changer. Pas pour faire la posture à la place de l'élève, pas pour le pousser plus loin qu'il ne peut aller, mais pour dire, je suis là, tu peux explorer, je te tiens si tu sens que tu perds l'équilibre. C'est le toucher comme filet de sécurité. Et parfois, on n'a pas besoin de toucher, il suffit juste d'être à côté. Le pratiquant sache qu'on est à côté et qu'on... pourra assurer cette sécurité si besoin. C'est comme une permission finalement d'oser, d'oser à essayer. Et parfois, c'est ce dont un élève a besoin pour franchir un cap qu'il n'aurait jamais franchi tout seul. Alors voilà, on a visité beaucoup de territoires aujourd'hui. Le schéma corporel, faire ressentir un trajet, la connexion neuronale, la proprioception, le repère spatial, le toucher comme révélateur sensoriel. le besoin de stimulation, la sécurité dans l'exploration. Honnêtement, chacun de ces actes mériterait un épisode à lui tout seul. Ce que je voulais montrer aujourd'hui, c'est que l'ajustement n'est pas juste un geste anodin, ni dans un sens, ni dans l'autre. Il peut être un outil extraordinaire au service du pratiquant. Ou, il peut être vécu comme une intrusion. Tout dépend du contexte, de la personne, du moment, du consentement et de l'intention pédagogique de l'enseignant aussi. Et c'est exactement pour ça que le débat pour ou contre m'énerve un peu, parce qu'il passe à côté de toute une richesse, toute une flopée de nuances. Mettre des mots sur des ressentis, c'est ça l'objectif de ces deux épisodes. Que vous soyez prof ou pratiquant, j'espère que vous repartez avec quelques clés de plus pour comprendre ce qui se joue sur le tapis. Et peut-être quelques questions nouvelles aussi, parce que les bonnes questions valent souvent mieux que des réponses. trop rapide. Alors dites-moi, après tout ça, lequel de ces axes, laquelle de ces raisons vous parle le plus ? Qu'est-ce qui vous donne envie d'aller plus loin, d'aller explorer l'ajustement ou le non-ajustement ? Écrivez-moi, laissez-moi des messages, laissez un commentaire. Vos retours construisent ce podcast autant que mes réflexions. Et si vous êtes prof de yoga et que tout ça résonne, Que ce soit sur la pédagogie, sur le toucher, sur la façon d'accompagner vos élèves, je vous invite à rejoindre la Newsletter. C'est un espace où se partagent des réflexions de fond, des ressources, des outils concrets pour votre enseignement. Le lien est dans le descriptif, il vous suffit juste d'une minute pour vous inscrire. Et au début d'épisode, je vous disais que le schéma corporel faisait partie des piliers de mon enseignement. Tout ce que l'on a visité dans cet épisode fait partie de ce que l'on peut voir. lors des formations. Et d'ailleurs, si l'occasion s'y prête, ce serait une bonne manière de vous rencontrer. Merci beaucoup pour votre écoute précieuse. Je vous souhaite une pratique libre et décomplexée. Bye bye !